Washington cherche les auteurs des attentats dans la nébuleuse islamiste Echaudés par les expériences passées, les Etats-Unis reconnaissent que l'enquête sera longue et difficile. Selon les derniers bilans, les opérations terroristes de Nairobi et de Dar es-Salaam ont fait 0 morts, dont 12 Américains, et 4 000 blessés ZECCHINI LAURENT TERRORISME L'Armée islamique pour la libération des lieux saints musulmans, qui a revendiqué les attentats anti-américains de Nairobi et de Dar es-Salaam, a réclamé le départ des forces américaines des pays musulmans dans un communiqué parvenu dimanche 9 août à Radio-France International. L'organisation y formule six autres exigences, qui tournent toutes autour du thème de l'usurpation par les Etats- Unis des droits et richesses des musulmans. LES ÉTATS-UNIS sont déterminés à retrouver les responsables de ces attentats et à les punir, ont dit, samedi et dimanche, les principaux responsables américains, qui affirment disposer de plusieurs pistes. OUSSAMA BEN LADEN, un islamiste richissime déchu de sa nationalité saoudienne et réfugié en Afghanistan, serait tenu pour le principal commanditaire possible des deux attentats. WASHINGTON de notre correspondant L'Amérique a la mémoire longue et aucun coupable ne doit se croire hors de sa portée : tel est en substance le message que les responsables de l'administration Clinton ont répété, dimanche 9 août. Madeleine Albright, William Cohen et Sandy Berger, respectivement secrétaire d'Etat, secrétaire à la défense et conseiller présidentiel pour la sécurité nationale, ont toutefois rappelé que des enquêtes comme celle qui vient d'être engagée après les attentats anti- américains de Nairobi et de Dar es-Salaam peuvent "prendre des années". Une caméra vidéo fixée sur le toit de l'ambassade à Dar es-Salaam, rapporte le New York Times, pourrait fournir de précieuses indications. "Au bout du compte, a assuré M. Cohen, nous capturerons les coupables." Le propos est de circonstance, même si l'expérience tend à prouver que le bilan de la lutte contre le terrorisme international est, dans l'ensemble, assez médiocre. Face au succès des longues traques ayant permis d'arrêter et de condamner Mir Aimal Kasi (responsable du meurtre de deux membres de la CIA, en janvier 93), et Ramzi Ahmed Yousef (principal organisateur de l'attentat contre le World Trade Center de New York, en février 93), combien d'autres opérations terroristes restées impunies ? Destruction du vol Pan Am 103 au-dessus de Lockerbie, en Ecosse, en décembre 88; attaques perpétrées au Liban, dans les années 80, contre l'ambassade et le quartier général des "marines" américains; attentat de Riyad, en novembre 95; attentat de Khobar, toujours en Arabie saoudite, en juin 96; meurtre de cinq employés d'une compagnie pétrolière américaine, à Karachi, en novembre 97, etc. "RÉPONSE APPROPRIÉE" Dans d'autres affaires, des coupables ont été arrêtés, mais soit ils n'ont pu être extradés aux Etats- Unis, soit ils ont été remis en liberté après quelques années de prison. Selon M. Cohen, Washington n'hésitera pas à apporter une "réponse appropriée" c'est-à-dire des représailles militaires s'il s'avère qu'un gouvernement étranger est à l'origine du double attentat de vendredi. Les responsables américains se gardent cependant de pointer le doigt vers quelque pays ou groupe que ce soit. Il n'empêche : à en croire plusieurs indiscrétions officielles, le suspect numéro un est bien Oussama ben Laden, ce dissident saoudien richissime résidant en Afghanistan, qui serait à la tête d'un des rares réseaux terroristes disposant à la fois des moyens financiers et de l'expertise pour mener à bien des attentats de cette ampleur. Il s'est juré d'obtenir le départ des forces américaines d'Arabie saoudite. Tous les journaux du week- end ont publié des portraits de l'intéressé, et le département d'Etat a rappelé que ben Laden avait qualifié les attentats perpétrés en Arabie saoudite d' "actes de terrorisme dignes d'éloges". En juin, à l'occasion d'un entretien accordé à la chaîne ABC, il avait notamment indiqué : "Nous pensons que les vrais terroristes sont les Américains (...). Nous ne faisons pas de différence entre les militaires et les civils : tous sont des cibles." Tout en soulignant qu'il est pratiquement impossible de protéger à 100 % des locaux diplomatiques contre une action terroriste, les responsables américains reconnaissent que les mesures de sécurité entourant les ambassades de Nairobi et de Dar es-Salaam n'étaient pas adéquates, tout simplement parce que le Kenya et la Tanzanie, en raison de leurs relations anciennes et amicales avec les Etats-Unis, n'étaient pas placés très haut sur la liste des pays dits "sensibles". En 85, deux ans après l'attentat contre l'ambassade des Etats-Unis à Beyrouth, le département d'Etat, reprenant les conclusions d'une commission présidée par l'ex-amiral Bobby Inman, avait adopté une série de recommandations de sécurité draconiennes. D'importants travaux devaient être entrepris dans 126 ambassades (sur 262) et 75 missions diplomatiques devaient être entièrement reconstruites, pour être compatibles avec les "standards Inman", pour un coût de quelque 3,5 milliards de dollars. Comme toujours lorsqu'il s'agit du budget du département d'Etat, le Congrès avait traîné les pieds (un tiers des fonds envisagés a été déboursé), et seules les ambassades situées dans des pays à haut risque, comme le Koweït et l'Arabie saoudite, ont profité de ce renforcement des mesures de sécurité. L'ambassade de Nairobi, construite en 81, devait faire l'objet d'un programme de réhabilitation, pour un coût de 3 millions de dollars, en janvier 99. LAURENT ZECCHINI Les attentats de Nairobi et de Dar-es-Salaam PORTRAIT Au coeur d'une nébuleuse islamiste, un richissime entrepreneur : Oussama ben Laden L'un des principaux suspects est un ancien de la guerre d'Afghanistan NAIM MOUNA IL EST DE CEUX qu'il faut toujours prendre au sérieux et dont les menaces ne sont jamais de simples rodomontades : Oussama ben Laden, qui a prédit, début juin, "un jour noir pour les Américains", est un millionnaire en dollars apatride depuis que le gouvernement saoudien l'a déchu de sa nationalité en 93, aujourd'hui tenu pour le principal possible commanditaire des deux attentats qui ont visé, vendredi 7 août, les ambassades des Etats-Unis au Kenya et en Tanzanie. Dans un entretien diffusé début juin par la chaîne de télévision américaine ABC news, Oussama ben Laden déclarait : "Nous pensons que les plus grands voleurs du monde et les plus grands terroristes du monde sont Américains. Le seul moyen de nous défendre de leurs assauts est de recourir aux mêmes moyens qu'eux. Nous ne faisons aucune différence entre ceux qui portent l'uniforme et les civils. Ils sont tous des cibles." Washington, comme lors de précédentes menaces du même genre formulées en 96 et 97, avait aussitôt renforcé les mesures de sécurité dans ses ambassades et installations au Moyen-Orient et en Asie du sud. Pourquoi ces deux parties du monde ? D'abord parce qu'Oussama ben Laden, installé en Afghanistan, est considéré comme l'un des principaux "banquiers" des activistes extrémistes islamistes. Et aussi, parce que le même ben Laden a participé, le 23 février, avec des responsables de mouvements islamistes, à une réunion organisée en territoire afghan et destinée à unifier les efforts pour créer un "Front mondial de la Djihad", dont l'objectif, selon des journaux arabes, est d'attaquer les Américains et leurs alliés jusqu'à "la libération de la mosquée d'el Aqsa (à Jérusalem) et de la Sainte mosquée (de la Mecque) et jusqu'au départ de leurs armées de toute la terre d'Islam". MOEURS ASCÉTIQUES Les chefs du Djihad islamique égyptien, de la Djamaa islamiya une autre organisation extrémiste égyptienne, du Mouvement des Ansars pakistanais et du mouvement du Djihad au Bengladesh auraient notamment participé à cette réunion. Qui est Oussama ben Laden ? Un grand bédouin sec, au regard doux et aux moeurs ascétiques, auquel on donnerait le bon Dieu sans confession si l'on devait se fier aux apparences. En réalité, un ancien de la guerre d'Afghanistan, atypique entre tous puisque, contrairement à l'écrasante majorité des musulmans, arabes surtout, qui avaient combattu l'Armée Rouge aux côtés des Afghans entre 79 et 89, ben Laden est un homme richissime, issu d'une grande famille d'entrepreneurs très liée à la famille royale saoudienne laquelle ne fut pas en reste lorsqu'il s'agissait d'encourager les recrutements et l'envoi d'aide en tous genres à ceux que l'on appelait les "combattants de la liberté" dans les années 80. En Afghanistan, ben Laden non seulement finance, recrute, crée des centres d'entraînement et arme les combattants, mais il participe aux combats. "Dans notre religion, il y a une place particulière dans l'au-delà pour ceux qui auront participé à la Djihad", déclarait-il en 96 à l'hebdomadaire américain Time. "Un seul jour en Afghanistan équivalait à mille jours de prières dans une mosquée ordinaire." C'est en Afghanistan qu'il noue des liens avec les responsables de mouvements islamistes de toutes nationalités, sa fortune et une certaine prodigalité facilitant l'amitié et l'allégeance. Après la chute de Kaboul, il regagne l'Arabie saoudite, mais les anciens d'Afghanistan n'y sont plus en odeur de sainteté. Il critique avec virulence le pouvoir qu'il accuse d'avoir vendu son âme et le pays aux infidèles, surtout après le déploiement de troupes américaines dans le royaume pour libérer le Koweït. Il s'enfuit en 91 au Soudan, où il a toujours affirmé, à l'unisson de ses hôtes soudanais, qu'il ne se livrait à aucune activité politique, se consacrant uniquement à ses affaires : investissement dans l'élevage, l'agriculture, l'exportation, la construction de barrages et de routes (Le Monde du 28 mai 97). Il aurait aussi largement financé le Front national islamique de Hassan Tourabi, l'éminence grise du régime islamiste soudanais. LA PROTECTION DES TALIBANS Comme on ne prête qu'aux riches, il n'en a pas moins été soupçonné, entre autres, d'avoir financé les extrémistes algériens qui ont commis des attentats en France en 95, d'autres, de la Djihad islamique, qui préparaient un attentat contre le président égyptien Hosni Moubarak la même année, d'avoir été le commanditaire d'attentats contre des personnels américains dans deux hôtels d'Aden en 92 et surtout de deux attentats qui ont pris pour cible des militaires américains en Arabie saoudite, en novembre 95 et juin 96. Ben Laden, lors de ses rares entretiens avec des journalistes, a toujours démenti les pouvoirs qu'on lui attribue. Samedi 8 août, c'est un porte- parole des talibans, les "étudiants en religion" afghans qui règnent sur Kaboul, qui a démenti, dans une déclaration à l'AFP, l'implication de ben Laden dans les deux attentats. Parce que depuis mai 96 Oussama ben Laden est de retour en Afghanistan, après avoir quitté Khartoum de son propre chef, affirme M. Tourabi, le Soudan voulant se blanchir des accusations de soutien au terrorisme. Lorsque les talibans ont pris le pouvoir à Kaboul en septembre 96, Oussama ben Laden aurait pu avoir quelques soucis à se faire, étant donné le soutien apporté par l'Arabie saoudite à ces "étudiants en religion". Mais le chef des talibans, le mollah Mohamad Omar l'a rapidement assuré de sa protection, en échange, selon la presse arabe, de l'engagement de ben Laden à financer des projets de développement en Afghanistan. Au gré de ses pérégrinations, ben Laden se serait aussi rendu au Yémen entre ses périodes soudanaise et afghane. En mars 98, un quotidien arabe paraissant à Londres, el Qods el arabi, rapportait, sur la foi des déclarations d'un chef de tribu yéménite, que le dissident saoudien aurait l'intention de s'installer dans les montagnes yéménites à la frontière saoudienne, pour lancer, avec un millier de sympathisants, "des actions militaires contre les forces américaines et saoudiennes". MOUNA NAIM Kinshasa accuse l'Ouganda de participer à la rébellion au Congo La RDC mènerait une "contre-offensive" au Kivu LA RÉPUBLIQUE démocratique du Congo (RDC, ex-Zaïre) a accusé l'Ouganda, dimanche 9 août, de participer à la rébellion des Banyamulenges, Congolais tutsis d'origine rwandaise entrés en guerre depuis une semaine contre le régime de Laurent-Désiré Kabila. Après avoir montré du doigt le Rwanda, un autre de ses anciens alliés, Kinshasa accuse Kampala d' "agression" et de violation du territoire congolais. Lors d'une conférence de presse à Kinshasa, le ministre de l'information, Didier Mumengi, a affirmé que deux colonnes de blindés de l'armée ougandaise ont été aperçues dans la province orientale frontalière de l'Ouganda. Ces colonnes se dirigeraient vers Bunia, localité située à moins de 50 kilomètres de la frontière avec l'Ouganda et le lac Albert. Officiellement, l'Ouganda, comme le Rwanda, a démenti toute participation aux combats. En réalité, comme lors de l'offensive victorieuse de M. Kabila contre Mobutu Sese Seko en 97, à laquelle Kampala avait activement participé, l'objectif serait d'occuper le nord-est de l'ex-Zaïre pour opérer la jonction avec les rebelles qui tiennent le Kivu (est du pays) grâce au soutien des troupes rwandaises. Selon M. Mumengi, l'envoi par l'Ouganda de troupes en RDC fait suite à une "contre-offensive" lancée par les Forces armées congolaises (FAC) aux environs de Bukavu, dans le Sud-Kivu, à la frontière avec le Rwanda et le Burundi. Outre Bukavu, les rebelles banyamulenges ont pris le contrôle des villes de Goma au Nord-Kivu et Uvira au Sud-Kivu. D'après M. Mumengi, les FAC auraient également "repris l'initiative" sur l'autre front, dans l'ouest du pays, autour de la ville de Boma, dans la province du Bas-Congo frontalière du Congo-Brazzaville et de l'Angola. Dans cette région, les rebelles ont annoncé avoir déjà conquis les villes côtières de Moanda, Banana et la base militaire de Kitona dans le Bas-Congo, ce que les autorités de Kinshasa démentent. L'enjeu de ces combats est le contrôle du port de Matadi par lequel transitent vivres et carburant à destination de Kinshasa. Dimanche, la RDC a accusé les troupes rwandaises de s'être livrées à des "actes d'extermination et de crimes de guerre". "Depuis samedi a commencé, à Bukavu, la déportation des populations civiles vers des camps de concentration au Rwanda en vue de massacres et d'exécutions", a affirmé le ministre de l'information congolais sans qu'aucune autre source ne vienne confirmer ses accusations. Par ailleurs, des rumeurs persistantes font état du ralliement à la rébellion d'anciens militaires de l'armée du maréchal Mobutu. A Kinshasa, les autorités ont procédé à l'enrôlement de "volontaires" afin de renforcer les rangs de l'armée gouvernementale. Plus de 5 000 jeunes auraient déjà répondu à l'appel à la mobilisation générale lancé par M. Kabila. OBJECTIF LUBUMBASHI De Bruxelles, un représentant de la rébellion a fait savoir que les insurgés banyamulenges, de leur côté, se fixaient maintenant comme objectif la prise de Lubumbashi, la deuxième ville du pays, et de Kinshasa, la capitale. Parallèlement, le mouvement politique d'Arthur Zahidi Ngoma, les Forces du futur, a désavoué "l'élection" de son chef à la tête de la rébellion. Dans un communiqué publié à Kinshasa, le parti de M. Ngoma estime que cette désignation va à l'encontre de "l'intégrité territoriale et des idées fondamentales du parti". Sur le plan des initiatives de paix, le sommet régional qui s'est tenu samedi au Zimbabwe n'a apporté aucun progrès. Malgré la présence des dirigeants ougandais et rwandais, Yoweri Museveni et Pasteur Bizimungu, les médiateurs ont été incapables de rapprocher la position des anciens alliés de la RDC de celle de M. Kabila, lui aussi présent. Une commission de quatre membres (Namibie, Tanzanie, Zambie et Zimbabwe) a été nommée, avec pour objectif d'obtenir un cessez-le-feu. (AFP, Reuters. ) Afghanistan Onze diplomates iraniens portés disparus L'Iran a rejeté, lundi 10 août, les affirmations des talibans selon lesquelles il n'y avait pas de diplomates dans le consulat iranien de Mazar-i-Sharif quand les miliciens intégristes sont entrés dans la ville, samedi. Selon Téhéran, les onze diplomates qui se trouvaient toujours à Mazar-i-Sharif ont été faits prisonniers par les assaillants. Mais un porte-parole des talibans, Wakil Ahmad Mutawakil, a affirmé que les Iraniens "pourraient avoir été tués". "Quand les talibans sont entrés dans le consulat, il n'y avait personne", a-t-il affirmé. Selon le représentant permanent de l'Iran pour l'Afghanistan, Alaeddin Borujerdi, les talibans se sont emparés des membres du consulat et "les ont maltraités en violation de toutes les règles internationales. Ils les ont transférés plus tard vers une destination inconnue. C'est clair et il n'y a pas d'ambiguïtés là-dessus." Les talibans affirment avoir pris le contrôle de la "capitale" du nord de l'Afghanistan CHIPAUX FRANCOISE ISLAMABAD de notre envoyée spéciale La guerre en Afghanistan pourrait avoir pris un nouveau tour avec l'entrée, samedi 8 août, de la milice islamiste des talibans dans Mazar-i-Sharif, la dernière grande ville qui leur échappait, dans le nord du pays. "Capitale" de l'opposition, à 450 kilomètres environ au nord-ouest de Kaboul, Mazar-i-Sharif était, pour l'essentiel et depuis plus d'un an, sous le contrôle des miliciens chiites d'ethnie hazara du Hezb-i-Wahdat qui y cohabitaient difficilement avec différentes forces de l'opposition. Des combats se déroulaient toujours, dimanche soir, dans la ville et ses alentours et la situation militaire y demeurait confuse, lundi, l'opposition comme les talibans affirmant être maîtres de la ville. Précédée de violents bombardements aériens et d'artillerie, l'entrée des talibans n'avait suscité que peu de résistance et ceux-ci avaient pris dans la journée position dans les principaux bâtiments et carrefours de la ville. Les choses se seraient compliquées pour eux dimanche, alors qu'ils commencaient leurs opérations de "nettoyage". De source indépendante, on affirme, en effet, que les accrochages se sont intensifiés dans l'après-midi de dimanche. Selon le principal porte-parole de l'opposition, le Dr Abdallah, "les combats ont débuté dans l'après-midi, quand les talibans ont commencé à perquisitionner dans les maisons pour ramasser les armes." Selon lui, les combats seraient menés par les chiites du Hezb-i-Wahdat et des combattants fidèles au commandant Ahmad Shah Massoud, qui auraient "repris une grande partie de la ville". Cette dernière affirmation a été rejetée comme "totalement sans fondement" par les talibans, qui ont envoyé, dimanche, des renforts avant de poursuivre leur offensive vers Hairatan, à 60 kilomètres au nord la ville. Port frontalier de l'Ouzbékistan sur la rivière Oxus (Amou daria), Hairatan est défendu par les troupes du général ouzbek Abdul Rachid Dostom, repliées samedi de Mazar-i-Sharif. Selon des sources humanitaires, les victimes de l'offensive de samedi seraient relativement peu nombreuses, les principales forces de l'opposition ayant quitté la ville dès l'approche des miliciens islamistes. Le porte-parole du CICR (Comité international de la Croix-Rouge), Juan Martinez, a annoncé que le CICR avait évacué en voiture huit blessés vers Sheberghan, à 120 kilomètres à l'ouest de Mazar-i-Sharif. A la demande des Talibans, le CICR a aussi fourni à la milice islamiste, à Kaboul, cinquante kits médicaux que celle-ci devait envoyer par avion au nord. Les civils s'étaient dès samedi terrés chez eux et les rues étaient désertes. Cette offensive des talibans vers le nord, dont l'issue reste à confirmer, s'est accompagnée d'une poussée sur le front tenu par les troupes du commandant Massoud, à environ 40 kilomètres au nord de Kaboul. Les talibans auraient gagné quelques kilomètres dans cette région dont le front est quasiment stable depuis un an. Des combats se sont aussi déroulés dans la région de Taloquan, tenue aussi par le commandant Massoud. L'aéroport de Taloquan est la principale voie d'approvisionnement du Lion du Panshir à partir du Tadjikistan. L'offensive des talibans vers Mazar-i-Sharif est la troisième depuis mai 97 quand, rentrés une première fois dans la ville qui leur avait été livrée par un allié du général Dostom, ils s'y étaient fait massacrer, perdant plus de 2 000 hommes, morts ou prisonniers après le retournement de leur nouvel allié. PRÉCAUTIONS En septembre, les miliciens étaient de nouveau aux portes de la ville mais avaient dû reculer sous les assauts de l'opposition, au prix encore de lourdes pertes. Même si la situation demeure aujourd'hui toujours incertaine, il semble les talibans ont, cette fois, pris des précautions. L'offensive vers Mazar-i-Sharif a en effet véritablement commencé il y a un mois quand, venant de la province de Badghis, le long de la frontière avec le Turkménistan, ils se sont emparés de Maïmana et de toute la province du Faryab contrôlée par des ouzbeks en mauvais termes avec le général Dostom. Ils ont ensuite continué en s'emparant de la base militaire de Sheberghan, capitale de la province natale du général Dostom, le Jowzjan, avant de poursuivre vers la province de Sar-i-Pul, où des commandants locaux en révolte contre le général ouzbek se sont livrés à eux. Contrairement à certaines expériences malheureuses du passé, les talibans ont désarmé leurs nouveaux alliés. Reste à savoir maintenant si les talibans vont pouvoir prendre le dessus, se maintenir durablement dans leurs nouveaux territoires et gagner quelque peu la confiance de la population. Selon les témoignages de plusieurs membres d'ONG qui étaient récemment en poste à Mazar-i-Sharif, la population de cette ville de 500 000 habitants était à bout de nerfs sous le pouvoir du Hezb-i-Wahdat. "Depuis mai 97, la ville était livrée à l'anarchie la plus totale", affirme l'un d'eux; "Vols et pillages se succédaient et j'ai l'impression que, au moins au début, elle préférera l'ordre taleb à l'insécurité permanente". L'autre question est aussi de savoir ce que vont faire les pays voisins. La Russie et l'Ouzbékistan avaient, dès le début de la semaine dernière, enjoint en termes sévères aux talibans de cesser leur offensive vers le nord. La Russie a mis en alerte maximum ses troupes qui patrouillent le long de la frontière du Tadjikistan. Le principal pays concerné est toutefois l'Iran, qui soutenait avec force les chiites installés à Mazar-i-Sharif. Onze diplomates iraniens sont portés manquants et pourraient être entre les mains des assaillants (lire ci- contre). Le Pakistan, qui est l'un des principaux soutiens de la milice intégriste, a promis, de son côté, de faire tout son possible pour régler le sort de ces Iraniens. Mais, jusqu'à maintenant, rien de concret n'est venu éclaircir le sort des diplomates et du correspondant de l'agence de presse iranienne IRNA, qui se trouverait, selon Téhéran, avec eux. Cette affaire risque de détériorer les relations entre le Pakistan et l'Iran, toujours tendues à propos de l'Afghanistan du fait du soutien de Téhéran à l'opposition. Les talibans ont, en revanche, reconnu détenir 35 camionneurs iraniens qu'ils accusent d'avoir transporté des armes et des munitions pour l'opposition. Attendue depuis longtemps, cette offensive des talibans sur plusieurs fronts pourrait en tout cas modifier sérieusement la géographie d'une guerre qui est loin d'être terminée. Mais Mazar-i-Sharif représente un enjeu capital pour chaque partie et va être sans doute chèrement disputée. FRANCOISE CHIPAUX DOC : AVEC UNE CARTE L'armée chinoise lutte pied à pied contre les inondations du Yang-tseu Une quatrième vague a épargné Wuhan de justesse Le quatrième pic de crue enregistré sur le fleuve Yang-tseu depuis le début des inondations a épargné de peu le centre industriel de Wuhan, dans la nuit de dimanche 9 à lundi 10 août. Le soulagement n'est que temporaire, de nouveaux orages, en amont, risquant d'amener les autorités à faire sauter de nouvelles levées. UN NOUVEAU pic de crue, le quatrième cette saison, a traversé la grande ville chinoise de Wuhan dans la nuit de dimanche 9 à lundi 10 août sans faire de dégâts, alors que les autorités envisagaient toujours de dynamiter certaines digues afin de détourner les eaux du Yang-tseu vers des zones de débordement. Le niveau du plus long fleuve de Chine est monté jusqu'à 29,39 mètres (par rapport au lit) entre minuit et 4 heures (16 heures et 20 heures GMT dimanche), avant de redescendre de un centimètre à 8 heures (0 heure GMT), a indiqué un responsable du centre municipal de lutte contre les inondations. Le débit du fleuve, qui passe en plein centre de la ville, a grimpé jusqu'à 68 300 mètres cubes par seconde, avant de revenir à 68 000 mètres cubes par seconde en début de matinée. Cette quatrième vague s'est révélée légèrement moins forte que ne le redoutaient les autorités : ces dernières s'attendaient à ce que le niveau monte jusqu'à 29,45 mètres, plus près du record de 54 (29,73 m). Les autorités avaient dynamité, dimanche, des digues secondaires dans le district de Jianli, à 0 kilomètres en amont de Wuhan, afin de protéger le centre industriel, qui est également un noeud de communications majeur, ferroviaire en particulier. L'opération avait pour but de détourner du cours principal du fleuve environ 800 millions de mètres cubes d'eau qui se sont déversés dans les campagnes environnantes. Cependant, l'agence Chine nouvelle a indiqué que les dynamitages avaient parfois rencontré l'opposition de la population, qui s'est réfugiée sur les levées et les digues, et que l'opération avait été alors retardée jusqu'à ce que les responsables locaux "persuadent" les récalcitrants. Les autorités centrales n'ont toujours pas donné de nouveau bilan total des victimes de ces inondations, s'en tenant à un chiffre de "plus de 2 000 morts", qui semble de plus en plus improbablement bas. Le chiffre officiel aujourd'hui retenu pour les inondations records de 54 est de 30 000 morts pour l'ensemble du bassin du Yang-tseu, mais une rumeur courante veut qu'il ait été de l'ordre de centaines de milliers de victimes, au bas mot. Dans la seule ville de Jiujiang, en aval de Wuhan, où une digue a éclaté le 7 août, ce sont 40 000 personnes qui ont dû être évacuées en catastrophe dans un quartier de cette agglomération d'un demi-million d'habitants. D'ores et déjà, près de 14 millions de personnes ont été évacuées de leur lieu de résidence le long du fleuve, et les eaux ont emporté près de 6 millions d'habitations. UN HOMMAGE APPUYÉ L'armée joue un rôle majeur dans les efforts de sauvetage et de prévention. Le gouvernement lui a rendu un hommage appuyé à l'occasion d'une visite du premier ministre Zhu Rongji et du vice-premier ministre chargé de la lutte contre les inondations, Wen Jiabao. L'ensemble des zones affectées a été placé sous "couvre-feu", un terme administratif chinois qui équivaut à une loi martiale dans laquelle l'armée prend les choses en main pour tous les aspects majeurs de la vie civile. Les journalistes étrangers étant repoussés vers les villes et les journalistes chinois se voyant imposer un "black-out" complet, la plupart des images de télévision visibles ces derniers jours ont été tournées par les caméras des chaînes officielles chinoises prises en main par l'armée. Leur propos est d'illustrer en particulier l'affirmation répétée avec force par le premier ministre au cours de sa visite sur le terrain : "L'Armée populaire de libération est bien l'armée du peuple chinois." Dans un accident colporté par le bouche-à-oreille chinois, une unité de plus de 100 hommes a péri dans l'éclatement d'une digue après que son commandant eut ordonné à ses soldats de rester sur place "jusqu'à la mort s'il le faut", alors que le combat pour maintenir le barrage était déjà perdu. Loin en amont, à Chongqing (province du Sichuan), 41 personnes ont péri dans des glissements de terrain intervenus après de violents orages vendredi. (D'après AFP, Reuters, AP.) DOC : AVEC UN DESSIN DE PANCHO Le Pérou est disposé à reprendre le dialogue avec l'Equateur LE PÉROU est disposé à discuter avec le nouveau gouvernement de l'Equateur du différend de frontières qui oppose les deux pays dans l'Amazone, a annoncé, dimanche 9 août, le ministère des relations extérieures. Malgré l'échec de la réunion de la Mission d'observateurs militaires pour l'Equateur et le Pérou (Momep) de samedi à Quito, le gouvernement du président Fujimori est "dans les meilleures dispositions pour prendre des contacts" une fois que le gouvernement du nouveau président équatorien Jamil Mahuad, qui prendra ses fonctions ce lundi, sera installé, a précisé le ministère dans un communiqué. L'objectif est d'aboutir "à une solution pacifique dans le respect de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de chaque pays", a ajouté le texte, qui attribue l'échec de la réunion de Quito à des "complications dues à des erreurs techniques (...) non imputables à la partie péruvienne", sans plus de précision. Un diplomate péruvien, l'ambassadeur Hugo de Zela, avait affirmé dimanche, lors d'une conférence de presse à Quito, qu'il n'y avait pas de "date précise" pour la reprise du dialogue bilatéral, mais que cela ne signifiait pas que celui-ci était rompu. Le président péruvien Alberto Fujimori avait réuni, samedi, les responsables de la défense nationale à la suite d'une incursion présumée de l'armée équatorienne au Pérou. La rencontre, qui a duré une heure, réunissait le chef d'état-major des forces armées, les ministres de l'intérieur, de la défense et des affaires étrangères. Le Pérou avait dénoncé jeudi une infiltration de troupes équatoriennes sur son territoire, 20 kilomètres au-delà de la zone démilitarisée séparant les deux pays. Quito a opposé un démenti formel, affirmant que tout était "totalement normal" à la frontière. La présence de M. Fujimori à la cérémonie de prise de fonctions de M. Mahuad, lundi, avait été initialement annoncée, mais le nouveau "différend" entre les deux pays fait que ce déplacement n'est plus à l'ordre du jour. (AFP.) L'écart se resserre entre M. Kohl et M. Schröder à l'approche des élections législatives allemandes Selon un sondage, les électeurs souhaitent une grande coalition entre la CDU et le SPD LEPARMENTIER ARNAUD A sept semaines des élections législatives du 27 septembre, l'écart se resserre entre le chancelier Helmut Kohl, au pouvoir depuis seize ans, et le candidat social- démocrate (SPD), Gerhard Schröder. Selon le baromètre de l'hebdomadaire Der Spiegel, paru le 10 août et réalisé par l'institut Emnid, le SPD n'obtient plus que 41 % des intentions de vote contre 38 % pour les chrétiens-démocrates (CDU). BONN de notre correspondant Helmut Kohl et les chrétiens-démocrates (CDU) peuvent-il encore gagner les élections législatives du 27 septembre ? A la mi-juin, l'écart avec son rival social-démocrate (SPD), Gerard Schröder, avait atteint un maximum de 8 points. Il n'est plus que de 3 points, selon le baromètre de l'hebdomadaire Der Spiegel. Selon un autre sondage réalisé par l'institut Infratest Dimap pour le Berliner Zeitung, 53 % des Allemands souhaitent avoir Gerhard Schröder comme chancelier contre 31 % pour Kohl. Mais la tendance est favorable à M. Kohl, qui a gagné 6 points en un mois, tandis que M. Schröder en perdait 7. En mai, 72 % des Allemands tablaient sur une victoire de l'opposition (14 % sur Helmut Kohl), selon Infratest Dimap. Ils ne sont plus que 57 % à le penser, 29 % pariant sur une victoire de M. Kohl. La cote de la CDU s'était effondrée après la victoire éclatante de Gerhard Schröder aux élections régionales de Basse-Saxe, le 1er mars. En mai, le chancelier était donné fini : lors des élections régionales de Saxe-Anhalt, dans l'ancienne RDA, son parti avait subi une déroute, obtenant 22 % des voix, en recul de 12 points par rapport au scrutin de 94. Le sommet de Bruxelles, qui devait permettre au "Grand européen" de profiter de l'introduction de l'euro, s'était soldé par une humiliation pour le chancelier allemand, en raison du psychodrame sur la présidence de la Banque centrale européenne. La remontée actuelle de la droite s'explique notamment par l'amélioration de la situation économique et la diminution du chômage, qui arrive en tête des préoccupation politiques des Allemands (82 %) devant la sécurité intérieure (18 %) et la limitation de l'immigration (15 %). Le nombre de demandeurs d'emploi a en effet baissé de 300 000 depuis le record atteint fin 97. 43 % des Allemands jugent que la situation économique est bonne, soit un bond de 12 % en un mois. Certes, les Allemands restent mécontents à 74 % de la manière dont ils sont gouvernés, mais pour la première fois depuis février, ils estiment que la CDU a plus de compétence que le SPD pour résoudre leurs problèmes. GRANDES MANOEUVRES L'euroscepticisme de la population s'est aussi atténué, ce qui ne saurait être défavorable au "grand européen" Helmut Kohl face à un rival longtemps dubitatif sur les vertus de la monnaie unique. Selon un sondage Emnid pour la chaine d'information NTV, 51 % de la population est aujourd'hui favorable à l'euro, contre 42 % au début de l'année. Surtout, les Allemands, qui n'ont jamais douté que leur appartenance à l'Union européenne était bonne pour l'économie allemande, estiment à 47 % que l'Europe leur apporte des avantages personnels. Ce taux s'était effondré à 31 % début 1995. Cette évolution de l'opinion pourrait se traduire dans quelques semaines par une augmentation des intentions de vote pour M. Kohl. Reste à savoir si la reprise économique et l'optimisme retrouvé des Allemands permettront à M. Kohl de l'emporter au finish, comme ce fut le cas en 94. A Bonn, de plus en plus d'observateurs estiment que l'Allemagne sera dirigée après le 27 septembre par une grande coalition entre le SPD et la CDU, censée entreprendre dans le consensus les grandes réformes fiscales, sociales et institutionnelles dont l'Allemagne a besoin, entraînant ainsi le départ de M. Kohl. Cette configuration politique, qui sera dictée par les urnes, correspond au souhait de la population (38 % selon Infratest Dimap) qui souhaite plus le départ du chancelier que l'arrivée au pouvoir de la gauche. Cette coalition serait conduite par Gerhard Schröder si le SPD arrive en tête. Si la CDU est le premier parti, le chancelier devrait être Wolfgang Schauble, président du groupe parlementaire CDU et dauphin de Helmut Kohl. Les grandes manoeuvres commencent à la CDU pour savoir si M. Schauble, paraplégique depuis qu'il a été victime d'un attentat en 90, pourra succéder à M. Kohl. "Je pense que c'est une fonction qui demande une quantité effroyable d'énergie et qui lui laisserait encore moins de liberté. Je pense en plus qu'il ne serait pas facile de faire passer dans l'opinion publique l'image d'un chancelier en chaise roulante. J'ai beaucoup de doutes à ce sujet", a déclaré son épouse Ingeborg Schauble dans un entretien au magazine Stern du 6 août, lançant le débat dans l'opinion publique. Si M. Schauble n'a pas la santé nécessaire ou n'est pas accepté par la population, le successeur de Helmut Kohl pourrait être le ministre de la défense Volker Rühe. L'autre solution serait la formation d'une coalition réunissant les sociaux- démocrates et les Verts. Mais cette hypothèse ne recueille plus l'assentiment que d'un cinquième de la population, contre 32 % en mars. Crédités de 12 % des voix au début de l'année, les Verts ont perdu la moitié de leurs intentions de vote : ils se sont discrédités en réclamant, dans une cacophonie surprenante, la hausse du prix du litre d'essence à 5 marks, la limitation à 100 kilomètres-heure de la vitesse sur les autoroutes, la limitation à un voyage en avion tous les cinq ans pour les vacanciers allemands, la dissolution de l'OTAN, la division par deux des effectifs de la Bundeswehr et l'abolition du service militaire, ainsi que la suppression de la prison à perpétuité. Aujourd'hui, les Verts ne sont même plus certains de franchir la barre des 5 % des suffrages, nécessaire pour être représentés au Parlement. ARNAUD LEPARMENTIER Le groupe paramilitaire protestant irlandais LVF annonce un cessez-le-feu LONDONDERRY. La Force des volontaires loyalistes (LVF), groupe paramilitaire protestant, a annoncé, samedi 8 août, qu'elle mettait fin de manière "absolue et complète" à sa campagne de violence en Irlande du Nord. La LVF, qui a diffusé des communiqués similaires par le passé, n'est pas signataire du cessez-le-feu décrété en Ulster par les autres milices loyalistes. Elle s'était opposée à l'accord de paix de Stormont conclu le 10 avril. Le gouvernement britannique avait fait savoir en juillet que la LVF ainsi que trois factions dissidentes de l'IRA (Armée de libération nationale irlandaise) ne bénéficieraient pas des libérations anticipées de prisonniers prévues par l'accord de paix. (Reuters.) Le nouveau cabinet palestinien a prêté serment GAZA. Le nouveau cabinet palestinien a prêté serment, dimanche 9 août au soir, devant le président Yasser Arafat, après avoir obtenu dans la journée la confiance du Parlement, a-t-on appris de source palestinienne. Au cours des derniers jours, pourtant, plusieurs députés avaient protesté contre le maintien en fonctions de ministres accusés de corruption. Le cabinet comprend trente membres, onze de plus que le maximum prévu par une Loi constitutionnelle adoptée par le CNP mais toujours pas entérinée par M. Arafat. En présentant, mercredi, le nouveau cabinet, M. Arafat avait souligné que le principal défi était de conduire les Palestiniens à proclamer un Etat à l'issue de la période intérimaire de l'autonomie qui prend fin en mai 99. Vendredi, Yasser Arafat avait pressé le secrétaire d'Etat américain, Madeleine Albright, de publier les propositions américaines sur un retrait israélien de 13 % de Cisjordanie. "En s'abstenant de présenter leur initiative, les Etats-Unis donnent l'occasion à Benyamin Nétanyahou [le premier ministre israélien] d'utiliser les pourparlers avec les Palestiniens pour gagner du temps et ne pas appliquer les accords." (AFP.) Médiation dans le conflit bissau-guinéen DAKAR. Une délégation de la communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao) a rencontré, dimanche 9 août à Dakar (Sénégal), les militaires rebelles bissau-guinéens d'Ansumane Mané, après s'être entretenue avec le président Joao Bernardo Vieira, a-t-on appris de source diplomatique à Bissau. La délégation s'est déclarée "satisfaite" au terme des deux réunions, selon un de ses membres. Pour mettre fin à la rébellion, qu'elle avait fermement condamnée, la Cedeao avait, en juillet dernier à Abidjan, préconisé trois options : le dialogue, les sanctions et l'intervention militaire, si nécessaire. Les rebelles avaient jusque-là montré une certaine réticence face aux tentatives de médiation de la Cedeao, invoquant la présence de la Guinée- Conakry et du Sénégal, engagés militairement auprès des forces fidèles au président Vieira, dans ce conflit qui oppose celui-ci depuis le 7 juin dernier aux mutins. (AFP.) ITALIE : interception de 63 clandestins Une embarcation transportant 63 personnes (des immigrés d'origine marocaine, tunisienne et kurde) qui souhaitaient débarquer clandestinement en Italie a été interceptée par une vedette de la brigade financière au large de l'île de Lampedusa, a-t-on appris, lundi 10 août, de source policière. Plus d'une centaine d'immigrés clandestins, pour la plupart des Albanais, avaient été interceptés dimanche au cours de différentes opérations dans plusieurs régions du sud de l'Italie. (AFP.) Un Français arrêté en Grèce pour "incendie volontaire" KUNZ DIDIER ATHÈNES de notre correspondant Un touriste français a été arrêté, vendredi 7 août, en Thesprotia, dans l'ouest de la Grèce, pour "incendie volontaire", alors que le pays est saisi d'une psychose à la suite d'une multitude de feux qui ravagent depuis un mois des dizaines de départements grecs. Alain de Frémont, quarante-neuf ans, agent immobilier à Neuilly-sur-Seine, a été arrêté pour avoir tenté de mettre le feu dans un petit bois de Zavia, près de Syvoton, un petit bourg balnéaire sur la mer Ionienne. Un berger l'avait repéré en train de se garer dans le bois et avait prévenu la police au moment où un petit feu éclatait dans la région. Devant le procureur d'Igouménitsa, le chef-lieu de la Thesprotia, Alain de Frémont a reconnu avoir allumé un feu pour brûler du papier toilette et avoir pris la fuite lorsqu'il a vu le feu s'étendre. Il devait comparaître lundi devant le juge d'instruction d'Igouménitsa, qui décidera de son éventuelle inculpation. Une source consulaire française a déclaré à l'AFP que l'incendie provoqué par le touriste français "était probablement dû à une maladresse" et que rien ne permettait de conclure qu'il s'agissait d'un acte intentionnel. La police d'Igouménitsa le soupçonne déjà d'être à l'origine d'incendies qui ont frappé, en début de semaine dernière, l'île de Corfou (mer Ionienne), où il a passé des vacances avec sa femme du 27 juillet au 4 août. Les responsables de la police ont également demandé des informations à Interpol pour examiner ses activités, car, selon le chef de la police locale, "il voyage beaucoup, au vu de son passeport qui comporte des tampons d'une dizaine de pays au cours des derniers mois". L'arrestation de De Frémont est intervenue après celle de deux jeunes toxicomanes, près d'Athènes, d'un émigré albanais de dix-huit ans près d'Aegion (nord du Péloponnèse) ainsi qu'un jeune Grec dans l'ouest du Péloponnèse. DIDIER KUNZ IRAN : Zan, le premier quotidien féminin Un quotidien féminin, Zan (Femme), est paru, samedi 8 août, pour la première fois en Iran. Appartenant à la députée modérée Faézeh Hachémi, responsable du sport féminin en Iran et fille de l'ancien président Ali Akbar Hachémi-Rafsandjani, le nouveau quotidien "veut jeter un regard féminin sur les problèmes des femmes, tenter de les familiariser avec leurs droits sociaux et combler ainsi des lacunes" écrit Mme Faézeh Hachémi dans un premier éditorial. Sans se prétendre féministe, Zan cherche simplement à "établir un équilibre entre les femmes et les hommes". (AFP. RUSSIE : l'amélioration des recettes fiscales nettement insuffisante Le chef des services fiscaux russes, Boris Fiodorov, a estimé, vendredi 7 août, nettement insuffisante l'amélioration des recettes fiscales constatée ces derniers mois (+ 6 % en juin par rapport à l'année dernière) et a accusé le Parlement de bloquer les efforts du gouvernement. La Douma (Chambre basse) n'a pour l'instant adopté qu'un tiers des mesures de réformes demandées par le gouvernement dans son programme anticrise. Elle doit se réunir à nouveau en session extraordinaire les et 20 août. (AFP.) 10 000 personnes aux obsèques de Todor Jivkov SOFIA. Dix mille personnes se sont rassemblées dimanche 9 août au matin dans le centre de Sofia pour rendre un dernier hommage à Todor Jivkov, qui dirigea d'une main de fer la Bulgarie communiste de 54 à 1989. Décédé mercredi à l'âge de 86 ans, Todor Jivkov avait été le premier dirigeant communiste à faire l'objet d'un procès en 1991. Il avait été placé en résidence surveillée, mesure qui fut levée en septembre 97. Il avait été hospitalisé le 8 juillet pour une infection virale, et son état de santé avait continué de se détériorer; des complications avaient entraîné coma puis décès. Aucun membre du gouvernement n'était présent aux obsèques; seuls des députés du Parti socialiste bulgare, héritier du Parti communiste, assistaient à la cérémonie. (Reuters Dix-huit étrangers sont détenus en Birmanie pour incitation aux troubles RANGOUN. étrangers, dont 6 Américains et 1 Australien, sont détenus à Rangoun depuis dimanche 9 août sous l'accusation d'avoir tenté de fomenter des troubles. Les autorités birmanes reprochent aux personnes interpellées (6 Américains, 3 Thaïlandais, 3 Malaisiens, 3 Indonésiens, 2 Philippins et 1 Australien) d'avoir distribué des tracts antigouvernementaux. "Ils resteront en détention pendant toute la durée de l'enquête", a précisé un porte-parole de la junte militaire tandis que des diplomates occidentaux penchent pour une prochaine expulsion. Ces interpellations sont intervenues au lendemain du dixième anniversaire du soulèvement populaire de 1988 en Birmanie, qui s'est déroulé sans incident notable à Rangoun, en dépit des appréhensions et des récentes altercations entre la junte militaire et la dirigeante de l'opposition Aung San Suu Kyi. (AFP.) L'attitude de la Russie au centre des discussions sur le Kosovo LA QUESTION de l'attitude de la Russie était, dimanche 9 août, au centre des discussions sur une intervention de l'OTAN au Kosovo : la France a estimé qu'il fallait un feu vert de Moscou, alors qu'un émissaire russe a déjà rejeté toute "ingérence militaire extérieure". Les Etats-Unis menacent depuis jeudi le président yougoslave Slobodan Milosevic d'une intervention de l'OTAN, sous la forme de frappes aériennes, si les forces de Belgrade ne cessent pas leurs opérations contre les séparatistes albanais du Kosovo, qui ont déclenché un nouvel exode de plusieurs dizaines de milliers de civils. Le secrétaire au Foreign Office, Robin Cook, a annoncé que les préparatifs militaires étaient achevés. "Nous avons signifié à Belgrade que l'OTAN était prête pour une intervention si nécessaire", a déclaré M. Cook à la BBC. Mais, pour pouvoir agir, l'Alliance atlantique doit maintenant obtenir un mandat international. Depuis l'avertissement de Washington, des consultations intensives ont lieu entre les alliés. Samedi, le président américain Bill Clinton a ainsi appelé au téléphone son homologue français, Jacques Chirac, avec lequel il s'est entretenu du Kosovo. Les deux hommes "sont tombés d'accord sur la nécessité d'aller de l'avant à l'OTAN pour une planification militaire", selon un porte-parole français. Mais M. Chirac a estimé qu'une intervention rendait nécessaire un accord préalable du Conseil de sécurité de l'ONU et "a remarqué que cela supposait un accord de la Russie, qu'il faut obtenir". Membre permanent du Conseil de sécurité avec droit de veto, la Russie, toujours réticente lorsqu'il est question d'agir contre les Serbes, a la capacité de bloquer une résolution autorisant l'usage de la force. M. Chirac a souligné la nécessité du "maintien de l'homogénéité du Groupe de contact", selon le porte-parole. Le Groupe de contact sur l'ex-Yougoslavie, mobilisé sur la crise au Kosovo, comprend l'Allemagne, les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne, l'Italie et la Russie. LA CHINE AUSSI OPPOSÉE À UNE INTERVENTION Quelques heures plus tôt, à Belgrade, un émissaire russe, Nikolaï Afanassievski, s'était prononcé contre une intervention militaire internationale. "Il ne peut y avoir de solution qui serait le résultat d'une ingérence extérieure contre une partie et en soutien à une autre", a déclaré M. Afanassievski, vice-ministre russe des affaires étrangères. "Je ne vois pas comment une ingérence militaire ou un bombardement peuvent contribuer à apaiser la situation" au Kosovo, a-t-il insisté. Et l'agence officielle yougoslave Tanjug, dans un compte-rendu de la visite à Belgrade d'une délégation parlementaire chinoise, a déclaré que la Chine, également membre permanent du Conseil de sécurité, était opposée à une intervention militaire occidentale. Sur le terrain, les sources serbes et albanaises ont fait état dimanche de violences dans la Drenica, une région du centre du Kosovo, et dans l'ouest, près de la frontière avec l'Albanie. Selon le centre d'information serbe de Pristina, chef-lieu du Kosovo, une série de points de contrôle de la police dans la région de Decani (ouest) ont été attaqués par des tirs d'armes automatiques ou par des tireurs isolés, et trois policiers ont été blessés lors d'une de ces attaques. Le service d'information albanais (KIC), pour sa part, a affirmé que plusieurs villages de la région avaient été "bombardés". Par ailleurs, selon le KIC, quatre civils albanais ont été tués à Decani, et ces meurtres auraient été commis par des membres des forces serbes, mais le KIC n'a fourni aucune précision sur les circonstances de leur mort. Trois autres Albanais ont été tués dans des villages de la région, selon le KIC. Les deux parties se sont aussi accusées mutuellement d'attaques dans la région de Klina, dans la Drenica, sans faire état de victimes. Depuis que le conflit a éclaté fin février, plus de 500 personnes, principalement des Albanais, ont été tués. (AFP.) La campagne électorale de 97 a coûté moins cher que celle de 1993 L'Etat s'est substitué aux entreprises, dont les dons sont désormais interdits RIVAIS RAFAELE LA DÉMOCRATIE a un coût. Les sommes dépensées pour les campagnes électorales ont tendance à diminuer, mais la part qui en incombe aux finances publiques augmente. La campagne des élections législatives de 97 a coûté à l'Etat plus de 900 millions de francs, alors que, pour celle de 1993, il avait déboursé 600 millions de francs, selon les données du ministère de l'intérieur. Cette augmentation est principalement liée au remboursement forfaitaire que l'Etat accorde aux candidats qui ont obtenu au moins 5 % des voix : il s'est élevé à 330 millions de francs en 97, au lieu de 118 millions en 93, 91 millions en 88. Aux élections de 97, il atteignait 50 % du plafond des dépenses autorisées, dans la limite de l'apport personnel du candidat : cette disposition, prévue par la loi du janvier 95, relative au financement de la vie politique, dite loi Séguin, constitue une contrepartie à l'interdiction des dons des entreprises. En 93, l'Etat ne remboursait que 20 % du plafond, et, en 88, 10 %. L'Etat s'est donc quasiment substitué aux entreprises : la différence entre le remboursement de 97 et celui de 93 s'élève à 212 millions de francs, ce qui est presque autant que le montant des dons consentis par les entreprises aux candidats en 93 (218 millions de francs). Les plus grands bénéficiaires du système sont les candidats qui n'avaient que peu de dons de ces personnes morales, parmi lesquels ceux du Front national ou du Parti communiste français : ils perçoivent désormais une aide publique. En revanche, ceux qui recevaient beaucoup d'argent des entreprises touchent infiniment moins, le remboursement de l'Etat étant plafonné. Ainsi, les vainqueurs des élections ont dépensé, en 1997, 40 % de moins qu'en 93. En revanche, ceux qui ont recueilli entre 5 % et 10 % des suffrages ont dépensé 56 % de plus, misant sur le remboursement forfaitaire. La loi de 95 aboutit, manifestement, à une plus grande justice entre les candidats. AIDE PUBLIQUE POUR CINQ ANS Par ailleurs, l'Etat rembourse aux candidats qui ont obtenu au moins 5 % des voix les frais d'impression de circulaires, de bulletins et d'affiches (114 millions de francs en 97, 119 millions en 93). Il prend en charge les frais de la campagne officielle radio-télédiffusée : 53,8 millions de francs en 97, au lieu de 41,6 millions en 1993. Le coût est plus élevé, car un plus grand nombre de formations étaient autorisées à y participer, la condition étant d'avoir plus de soixante-quinze candidats. Il faut encore ajouter les frais de mise sous pli des circulaires et bulletins (181,7 millions de francs en 97, 148 millions en 93), les frais postaux (102,9 millions de francs en 97, 93,4 millions en 1993), plus élevés dans la mesure où il y a eu plus de candidats, ainsi que les défraiements versés aux communes (environ 100 millions de francs), les frais d'enveloppes (20 millions de francs) et les heures supplémentaires payées aux fonctionnaires du ministère de l'intérieur (environ 2 millions de francs). Les résultats des élections législatives permettent de répartir pour cinq ans l'aide publique aux partis politiques, qui s'élève, en 1998, à 526 millions de francs. Les cinquante-six partis qui ont présenté plus de cinquante candidats ont reçu 263 millions de francs. A titre d'exemple, Génération Ecologie, avec 406 candidats et 448 287 voix, a obtenu une dotation de 4,8 millions de francs, chaque voix donnant droit à une aide d'environ 11 francs. Les partis ou groupements représentés au Parlement et ayant bénéficié de la première partie de l'aide publique se partagent, en outre, la somme de 263 millions de francs. RAFAELE RIVAIS Les nationalistes corses précisent leur stratégie A Corte, les dirigeants d'A Cuncolta indipendentista ont prôné le "règlement négocié" CODACCIONI MICHEL BASTIA de notre correspondant Les Journées internationales de Corte sont le traditionnel rendez- vous annuel des militants d'A Cuncolta, la vitrine légale du FLNC-canal historique, devenue depuis quelques mois A Cuncolta indipendentista. Cette année, la "grand-messe" nationaliste a été célébrée, du 7 au 9 août, en présence des délégations étrangères habituellement invitées, en provenance du Pays basque, de la Sardaigne ou de la Nouvelle-Calédonie; mais sept cents à huit cents personnes seulement avaient fait le déplacement. Le choc provoqué dans l'opinion par l'assassinat du préfet Claude Erignac, le 6 février, les nombreuses interpellations policières qui ont suivi dans les milieux nationalistes insulaires, et le surprenant succès d'A Cuncolta aux élections territoriales de mars conditionnaient ce rendez-vous politique. Toute la question était de savoir sur quel thème et avec quels moyens A Cuncolta entendait placer le rapport de forces avec l' "Etat français". Le 12 mai, le FLNC-canal historique avait annoncé "la reprise du fil de [son] combat après observation d'une période de trois mois [de trêve] suite à l'assassinat de Claude Erignac". L'organisation clandestine passait rapidement aux actes en perpétrant et en revendiquant plusieurs séries de plasticages, sur le continent et en Corse. "FORCE DE FRAPPE INTACTE" Le 28 juillet, le FLNC-canal historique affirmait : "Il est facile de prévoir que les mois à venir seront lourds d'événements parfois dramatiques (...). Le temps est passé de tenter de ramener à la raison un gouvernement démuni de toute politique (...). Ce n'est que par le rapport de forces constant et sur tous les terrains que les Corses pourront impulser les changements nécessaires. Contrairement à certaines prévisions, nous avons su conserver intacts tous les éléments de notre force de frappe et saurons les mettre au service de notre peuple en les adaptant à la situation (...). Cependant, nous persistons à dire qu'il est encore possible de choisir la voie raisonnable du règlement négocié. Encore faudrait-il ne pas trop retarder ce choix, ses limites en seraient réduites." La réunion de Corte a fait écho aux thèses des clandestins. Charles Pieri, le secrétaire national d'A Cuncolta indipendentista, a notamment déclaré : "Nous sommes là pour affirmer que l'indépendance se fera. Nous contribuerons à utiliser les moyens démocratiques à notre disposition. Nous laissons à nos frères d'armes du Front [FLNC-canal historique] les moyens d'action qui leur sont propres." Pour le responsable de l'organisation légale, la stratégie est claire : "L'indépendance, nous n'allons pas la demander, nous allons la prendre, en mettant tout en oeuvre pour nous doter d'institutions qui seront à négocier avec la France, mais aussi avec les organisations internationales." Selon M. Pieri, l'indépendance est accessible par deux voies, la "confrontation armée" ou le "règlement négocié". "Nous misons sur la seconde de ces deux démarches, a-t-il assuré. Nous avons été de ceux qui ont initié le processus de paix et nous y restons favorables. Pour autant, il ne saurait être question pour nous de sacrifier la moindre parcelle de nos droits au nom de ce choix." En partageant l'objectif d'indépendance de la Corse avec le FLNC- canal historique, tout en affirmant utiliser des moyens de lutte différents de ceux des clandestins, la représentation légale des nationalistes laisse entendre qu'elle échapperait à la tutelle hégémonique d'une organisation clandestine. Autrement dit, A Cuncolta indipendentista pourrait être le vecteur "démocratique" de la revendication. Participant à l'un des débats organisés à Corte, le fils de Jean-Marie Tjibaou, Jean-Philippe, membre du FLNKS, a donné une illustration de ce type de position en affirmant : "Je ne crois plus en la lutte armée. Il faut maîtriser d'autres armes pour les battre [les gouvernements] à leur propre jeu. Il faut démontrer que l'on peut gérer le pays aussi bien qu'eux." Cette thèse reste à débattre chez les nationalistes corses. MICHEL CODACCIONI La campagne électorale de 97 a coûté moins cher que celle de 1993 Plus de deux mille candidats remboursés 2 504 des 6 359 candidats aux législatives de 97 étaient en mesure de bénéficier du remboursement forfaitaire de l'Etat, car ils avaient recueilli au moins 5 % des voix. Seuls 2 391 candidats ont profité de cette aide, pour un total de 330 millions de francs. Les autres ne l'ont pas obtenue, soit parce que leur compte a été rejeté par la commission, soit parce qu'ils n'avaient pas apporté d'argent personnel. Le montant perçu par chaque candidat n'est pas public, mais il peut se déduire des comptes simplifiés publiés au Journal officiel du 30 juillet par la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques. Il serait aventureux, à partir de ces données, d'évaluer les sommes qui reviennent aux partis, car les candidats ne leur reversent pas forcément ces sommes, qui leur sont versées à titre personnel. ALLIANCE : Jean-Pierre Raffarin, vice-président de Démocratie libérale, déclare que "L'Alliance a été un pétard mouillé" Jean- Pierre Raffarin, vice-président de Démocratie libérale, déclare, dans un entretien publié par Le Figaro du lundi 10 août, que "L'Alliance a été un pétard mouillé" et qu'elle a été "tout de suite asphyxiée par des jeux d'appareil qui ont limité la formidable impulsion de rénovation contenue dans le message initial". Selon le président du conseil régional Poitou- Charentes, "les appareils nationaux sont victimes des stratégies présidentielles" et sont "dévorés par cette question, alors qu'il y a, dans les régions, une véritable dynamique, des énergies qui ne demandent qu'à se mobiliser et qui se fichent de la question de l'élection présidentielle". EXTRÊME DROITE Réactions après l'article de National Hebdo préconisant des "rafles" et des "camps de concentration" pour "l'expulsion immédiate des sans-papiers" Plusieurs responsables politiques et associations ont condamné l'article de National Hebdo, hebdomadaire proche du Front national, préconisant des "rafles" et des "camps de concentration" pour "l'expulsion immédiate des sans-papiers" (Le Monde du 8 août) : Michel Sapin (PS), Charles Pasqua (RPR), Alain Krivine (LCR), le MRAP et la Licra, la CGT... Le Conseil représentatif des institutions juives de France dénonce "une véritable provocation pour tous ceux qui ont connu les rafles et les camps de concentration". La campagne électorale de 97 a coûté moins cher que celle de 1993 Les candidats aux élections législatives provoquées par Jacques Chirac ont dépensé moins que leurs prédécesseurs. Le coût pour les finances publiques est cependant plus élevé, les contributions des entreprises ayant été interdites par la loi Séguin de 95 RIVAIS RAFAELE FINANCEMENTS POLITIQUES La Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques a publié au Journal officiel du 30 juillet les comptes de campagne des candidats aux élections législatives de mai et juin 97. Les dépenses de campagne pour ces élections, anticipées, ont été sensiblement moins élevées que pour celles de 1993, qui avaient eu lieu à leur date. LES FINANCES PUBLIQUES, en revanche, ont été davantage mises à contribution, la loi Séguin de 95, qui a interdit les dons d'entreprises aux candidats et aux partis, ayant prévu pour les campagnes une aide de l'Etat. EFFET PERVERS de cette disposition, les "petits" candidats ont eu tendance à "gonfler" leurs dépenses en y faisant figurer des frais pas toujours liés directement à leur campagne, afin de bénéficier le plus possible de l'aide publique prévue par la loi. POUR mener campagne, les candidats aux élections législatives des 25 mai et 1er juin 97 ont dépensé 480 millions de francs. Cette somme a été calculée par la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CCFP), qui vient de faire paraître, au Journal officiel du 30 juillet, les comptes simplifiés de ceux qui se sont présentés à ces scrutins. La dépense a été moins importante qu'en 93, où elle s'était élevée à 547 millions de francs. Cette diminution est la conséquence de la volonté qui s'est imposée, depuis une dizaine d'années, de réduire et de moraliser les dépenses engagées pour les campagnes électorales. Au terme de la loi du 29 janvier 93, dite loi Sapin, le plafond des dépenses autorisées aux législatives est de 250 000 francs, majorés de un franc par habitant de la circonscription. Sur la base de ces dispositions, la dépense moyenne aurait pu être, en 97, de 350 000 francs. La brièveté de la campagne, qui n'a duré que cinq semaines en raison du caractère anticipé des élections, provoquées par la dissolution de l'Assemblée nationale, le 21 avril, a permis de faire des économies : les candidats plus de six mille au total ont dépensé, en fait, une moyenne de 75 000 francs. Tous candidats confondus, cette moyenne a été sensiblement moins importante qu'en 93 : elle s'était élevée à 104 000 francs (soit 27 % de plus). Les vainqueurs sont plus dépensiers que la moyenne de l'ensemble des candidats : les cinq cent soixante-dix-sept élus ont déboursé, en moyenne, 231 000 francs. Leurs dépenses ont cependant, elles aussi, décrû : les députés de 93 avaient dépensé, en moyenne, 324 000 francs pour leurs campagnes. A l'inverse, les "petits" candidats ceux qui ont recueilli entre 5 % et 10 % des voix ont vu la moyenne de leurs frais passer de 73 000 francs en 93 à 114 000 francs en 97. Si ces candidats n'ont pas lésiné sur la dépense, c'est qu'ils ont misé sur le fait que leur campagne serait partiellement remboursée. DÉPENSES DOUTEUSES La loi du janvier 95, relative au financement de la vie politique, prévoit en effet que ceux qui obtiennent au moins 5 % des voix ont droit à un remboursement de l'Etat, qui peut aller jusqu'à 50 % du plafond des dépenses autorisées dans la circonscription concernée, dans la limite de l'apport personnel du candidat. Autrement dit, lorsqu'un candidat dépense 100 000 francs, dont 50 000 de sa poche, il a droit à un reversement de 50 000 francs. Cette disposition, contrepartie de l'interdiction des dons des personnes morales, a coûté à l'Etat 330 millions de francs au titre des élections de 97 (lire ci-dessous). Contrairement au passé, le principal souci des candidats n'a donc pas été de ne pas dépasser les plafonds, ce qui les rendrait inéligibles pour un an, mais d'intégrer dans leurs comptes un maximum de dépenses remboursables. En conséquence, les membres de la commission n'ont pas eu, cette fois, à traquer les dépenses omises, mais, au contraire, à déceler celles qui n'auraient pas dû figurer sur les comptes, parce qu'étant à caractère personnel. L'imagination des aspirants à la députation étant sans limite, les membres de la commission ont dû se demander s'ils pouvaient considérer comme des dépenses électorales des frais d'esthéticienne ou de coiffeur, des cours de diction ou de langues, des honoraires d'huissier ou d'avocat, des achats de costumes ou de vin fin, ainsi que des dîners aux chandelles pour deux personnes... Des rapporteurs, installés dans toute la France, ont fait un préexamen des comptes. Il s'agit de magistrats, de l'ordre judiciaire ou administratif, de membres de la Cour des comptes ou des chambres régionales, ainsi que de hauts fonctionnaires des finances, retraités pour certains, qui, moyennant une indemnité, ont accompli des vacations. Les comptes ont ensuite été transmis à la commission, composée de neuf membres et présidée par René Vacquier, qui a statué de façon collégiale. CANDIDATURES DE FIGURATION Ces limiers ont dû examiner 6 359 comptes, au lieu de 5 319 pour les élections de 93. Cette augmentation du nombre des candidatures s'explique, notamment, par le souci qu'ont eu les partis de multiplier leurs candidats, afin de bénéficier des aides accordées en fonction des suffrages obtenus aux législatives : s'ils présentent plus de cinquante personnes, ils ont droit à une somme d'environ 11 francs par voix obtenue (Le Monde du 24 mai 97). L'examen des comptes prouve qu'un grand nombre de candidats se sont contentés de faire de la figuration : plus de mille retracent des dépenses et des recettes de... zéro franc (les frais liés aux professions de foi et les bulletins de vote n'apparaissant plus, depuis 97, sur ces documents). La commission propose donc qu'à l'avenir on ne prenne en compte, pour l'établissement de cette dotation, que les candidats ayant recueilli au moins 2,5 ou 3 % des voix. Le calendrier du contrôle des comptes de campagne explique que ceux des législatives de 1997 ne soient publiés qu'aujourd'hui. Les candidats ont disposé de deux mois, après le scrutin, pour transmettre ces documents à la commission, ce qui menait au 1er août. La commission a examiné, dans un autre délai de deux mois, c'est-à-dire avant le 1er octobre, les 1 142 comptes qui faisaient l'objet d'un recours contentieux, afin de les transmettre très vite au Conseil constitutionnel. Elle a disposé ensuite de quatre mois pour examiner les 5 217 comptes restants. Son travail s'est achevé en février. Il a fallu alors assembler les éléments chiffrés et les rendre présentables. La commission a approuvé 6 085 comptes, soit 95,6 % du total, directement ou après révision à la hausse ou à la baisse. C'est plus qu'en 93 (87 %) : cette amélioration s'explique par la meilleure connaissance qu'ont les candidats des lois sur le financement de la vie politique. Cent trente-six comptes ont été rejetés, pour la plupart ceux de petits candidats n'ayant pas souhaité payer des honoraires d'expert-comptable. La commission a transmis les comptes rejetés au Conseil constitutionnel, afin qu'il statue. Elle a été suivie, sauf dans trois cas. L'un concernait Marie-José Roig (RPR), seule candidate à avoir dépassé le plafond autorisé, de 276 984 francs, dans la première circonscription du Vaucluse. Le Conseil constitutionnel a retranché certains frais, ce qui fait que les dépenses se trouvent au-dessous du plafond. Dans deux cas, ceux de Jean-Louis Masson (RPR, Moselle) et Jean-Marie Le Chevallier (FN, Var), la commission a approuvé les comptes, mais le Conseil constitutionnel, saisi par des tiers, les a rejetés; il a annulé les scrutins et déclaré les candidats inéligibles pour un an. Le Conseil constitutionnel a repris la jurisprudence qu'avait développée le Conseil d'Etat lors du contentieux, en appel, des élections municipales (Le Monde du avril 97) : il a toléré, dans certaines limites, les dons de personnes morales. Il s'agissait, en l'occurrence, de dépenses payées par des collectivités locales, telles que des frais de véhicule ou de téléphone portable. RAFAELE RIVAIS DOC : AVEC GRAPHIQUE : L'Etat s'est substitué aux entreprises Les principales sources de financement des campagnes législatives de 93 et 97 La pollution de l'air par l'ozone s'étend aux grandes villes de France Les difficultés pour informer en temps réel : le cas niçois LABORDE JEAN PIERRE NICE de notre correspondant La brise de mer fait défaut sur la Côte d'Azur, où à plusieurs reprises, ce week-end, le niveau 2 de pollution de l'air par l'ozone a été atteint. Habituellement, le littoral des Alpes-Maritimes profite d'un vent venu de la Méditerranée, si léger soit-il, pour dissiper la concentration en ozone. En fin de semaine, Qualit'Air, l'association agréée de surveillance de la qualité de l'air, avait délivré des bulletins satisfaisants, avertissant toutefois que le manque de vent risquait de provoquer une dégradation. La chaleur (environ 35 degrés), le ciel dégagé et la forte augmentation du trafic automobile le long de la côte ont entraîné, dès samedi après-midi 8 août, des dépassements du seuil de concentration d'ozone admis (180 microgrammes par m³) à Antibes, Cannes, et dans deux quartiers de Nice. Dimanche après- midi, le niveau 2 était atteint lors de six relevés différents entre heures et heures, dans trois stations de contrôle de Nice, Cannes et Antibes. Dans la soirée, un léger souffle venu de la Méditerranée faisait baisser les taux qui variaient, dans l'après-midi, de 2 mg/m³ à Nice à 8 mg/m³ à Cannes. Accusée, par le Journal du dimanche du 9 août, de rétention d'informations, la préfecture des Alpes-Maritimes a publié un communiqué, dimanche à la mi-journée, expliquant que, dès la veille, la procédure d'information établie pour le niveau 2 de pollution (lire ci-dessus) avait été parfaitement respectée. Dans le cadre des dispositions de la loi sur l'air, le préfet des Alpes-Maritimes avait pris un arrêté, le 1er octobre 96, pour déléguer à l'association Qualit'Air la mission d'information du public à travers les médias en cas d'alerte de niveau 2. Les capteurs d'air gérés par l'association sont ainsi reliés à un dispositif automatique qui déclenche l'envoi de fax aux médias et à la préfecture dès que la concentration en ozone dépasse 0 microgrammes/m³ sur une heure. Le document comporte le nom de la station de mesure, la valeur donnée par l'appareil et l'heure du dépassement. "La procédure est ainsi plus simple et plus rapide", explique le cabinet du préfet. Ce week-end, la transmission des fax a été relayée par une association basée à Martigues, Cyprès, dont le serveur Minitel sur le 36-14 recense l'ensemble des mesures sur la région Provence-Alpes-Côte d'Azur. Samedi, les fax constatant les dépassements de niveaux à partir de 16 heures ont été reçus à partir de 20 h 30 et jusqu'à 22 heures par les médias et la préfecture. Dimanche, la diffusion des dépassements constatés à heures a commencé aux environs de heures. Le temps de joindre l'ensemble des destinataires, l'information, qui concerne une heure donnée de la journée, ne peut donc jamais être transmise en temps réel. JEAN-PIERRE LABORDE La pollution de l'air par l'ozone s'étend aux grandes villes de France 000 francs pour l'achat d'un véhicule électrique L'aide à l'acquisition de voitures électriques, autorisées à rouler les jours de pics de pollution, a été portée de 5 000 à 000 francs, mais concerne un nombre limité de véhicules. Les véhicules bénéficiant d'une aide devront avoir été commandés à partir du 1er septembre de cette année et facturés au plus tard le 31 décembre 99. Sur cette période, le nombre de véhicules aidés sera plafonné à 3 000, précise un décret publié jeudi 23 juillet au Journal officiel. Moins de 3 000 immatriculations de voitures électriques ont été enregistrées en France depuis janvier 92 et le marché ne semble pas décoller. Malgré les avantages offerts aux propriétaires (contrats d'assurance préférentiels, stationnement résidentiel gratuit à Paris, Bordeaux, La Rochelle et Nice notamment), la vitesse maximum de ces véhicules plafonne à 95 km/h et leur autonomie à 100 kilomètres. La pollution de l'air par l'ozone s'étend aux grandes villes de France Des alertes de niveau 1 et 2 ont été déclenchées, samedi 8 et dimanche 9 août, dans la plupart des agglomérations et devaient être maintenues lundi. La surveillance de la qualité de l'air est entrée dans les moeurs mais le dispositif prévu par la loi se révèle encore insuffisant GARCIA ALEXANDRE ENVIRONNEMENT Les seuils d'alerte de niveau 1 et 2 de pollution de l'air par l'ozone ont été atteints, samedi 8 et dimanche 9 août, dans les grandes villes de France. Le niveau 2 d'alerte a été dépassé dimanche dans treize départements, parfois pour la troisième journée consécutive. L'OZONE troposphérique, situé au ras du sol, résulte d'une transformation chimique activée par le rayonnement solaire de polluants tels que les oxydes d'azote, les composés organiques volatils, les hydrocarbures ou les solvants. Ses effets néfastes à court terme sur la santé humaine sont aujourd'hui avérés. LA PRÉFECTURE des Alpes-Maritimes a délégué la mission d'information du public (niveau 2) à des associations de surveillance de l'air. Le dispositif automatique mis en place ne permet cependant pas une information en temps réel. (Lire aussi notre éditorial page 10.) LA POLLUTION de l'air par l'ozone progresse inexorablement sur l'ensemble du territoire. La canicule, l'absence de vent et la circulation automobile sont à l'origine d'un nouvel épisode de pollution qui a provoqué, samedi 8 et dimanche 9 août, une série d'alertes de niveaux 1 et 2 dans toutes les grandes villes de France. Selon Météo France, la journée du lundi 10 août s'annonçait comme la plus chaude du mois, les températures devant s'élever jusqu'à 38 degrés à Paris, Bordeaux et Lyon. Les pics d'ozone risquaient ainsi de perdurer jusqu'au début de la semaine. Le niveau 2 d'alerte, commandant des mesures d'information du public, a été dépassé dimanche 9 août dans treize départements français, parfois pour la troisième journée consécutive. L'alerte de niveau 2, déclenchée vendredi 7 août en Alsace et dans les Bouches-du-Rhône, s'est généralisée au cours du week-end dans les principales agglomérations du pays, comme Strasbourg, Mulhouse, Lyon, Paris, Bordeaux ou Grenoble. La pollution touche aussi des régions moins urbanisées, l'alerte de niveau 2 ayant été déclenchée dans des villes moyennes comme Epinal (Vosges), Annemasse (Haute-Savoie), Poitiers (Vienne) ou Le Havre (Seine-Martime), où des concentrations d'ozone supérieures à 0 microgrammes par mètre cube d'air ont été relevées. Cette pollution, provoquée par un fort ensoleillement associé à des vents faibles, décroît chaque jour après le coucher du soleil. La multiplication des alertes semble bien être la première conséquence de l'application de la loi sur l'air du 30 décembre 96, qui oblige, depuis le 1er janvier 98, toutes les agglomérations de plus de 100 000 habitants à s'équiper d'un dispositif de surveillance de la qualité de l'air. En 97, seules les agglomérations de plus de 250 000 habitants devaient disposer d'un tel outil. Au 1er janvier 2000, la France entière devra être placée sous "l'oeil" des capteurs. La surveillance de la qualité de l'air semble aujourd'hui être entrée dans les moeurs. L'équipement progressif des villes en réseaux de mesures atmosphériques trente-cinq à ce jour permet de disposer peu à peu d'une vision géographique globale de l'étendue de la pollution par l'ozone et par les autres polluants (dioxyde d'azote, dioxyde de soufre, particules fines) à travers le pays. La loi sur l'air de 96 a bien provoqué une réelle prise de conscience, mais celle-ci ne suffit pas, à elle seule, à juguler les causes et les conséquences de la pollution atmosphérique. L'efficacité des seuils en vigueur est notamment contestée par les écologistes. Le gouvernement a récemment choisi d'abaisser les seuils d'alerte de niveau 2 pour le dioxyde d'azote et le dioxyde de soufre mais il n'entend pas, pour l'heure, toucher au niveau 3 (Le Monde du 28 juillet). Au niveau 2, le dispositif obligatoire ne concerne que l'information du public et des personnes à risques et les préfectures peuvent décider de leur propre chef d'arrêter certaines mesures. Dans la région parisienne, où la circulation est pourtant quasi nulle en raison des départs en vacances, le préfet de police, Philippe Massoni, a recommandé aux particuliers, samedi 8 août, d'éviter l'usage de la voiture et d'utiliser en priorité les transports en commun. Les cars de tourisme ont été interdits à la circulation dans l'île de la Cité et l'île Saint-Louis. Les automobilistes d'Ile-de-France devaient en outre réduire leur vitesse de 20 km/h par rapport aux vitesses autorisées, soit 110 km/h sur autoroute et 70 km/h sur les routes nationales. POLITIQUE "DU COUP PAR COUP" Parmi l'arsenal facultatif à la disposition des préfets figurent également les contrôles antipollution. Dimanche 9 août, la police parisienne avait effectué "plusieurs milliers de contrôles" de véhicules dans la capitale et en Ile-de-France, qui ont donné lieu à une vingtaine de procès-verbaux. Les vérifications devaient être reconduites lundi 10 août. "Les forces de police et de gendarmerie procéderont à la vérification systématique de la réalisation effective des contrôles techniques obligatoires", a ainsi prévenu la préfecture de police de Paris. Le maire (RPR) de Paris, Jean Tiberi, a par ailleurs lancé un appel au civisme en demandant aux habitants de l'Ile-de-France d'utiliser au maximum les réseaux des transports en commun "qui sont les meilleurs du monde". Les élus écologistes de la capitale ont cependant jugé que cette politique du "coup par coup" ne règlait en rien le problème. "On répète depuis des années qu'il faut réduire la circulation automobile à Paris et le nombre de voitures qui circulent au diesel", a rappelé, samedi 9 août, un porte-parole des Verts. Les écologistes réclament des mesures "générales et continues" et la disparition des alertes. Cet épisode spectaculaire de pollution par l'ozone ne devrait toutefois pas atteindre l'ampleur de celui du mois d'août 97, où les pics de pollution avaient perduré, dans certaines régions, pendant plus de deux semaines. La pollution à l'ozone avait alors battu un record de durée à Paris : en moins de quinze jours, du 8 au 21 août, Airparif, le réseau de surveillance de la qualité de l'air en Ile-de-France, enregistrait pas moins de douze pics de pollution, huit déclenchant le niveau d'alerte 1 et quatre le niveau 2. Jean-Claude Gayssot, ministre de l'équipement, des transports et du logement, avait alors annoncé une réduction de 50 % des tarifs de la RATP, pour inciter les Franciliens à utiliser les transports en commun. Aucune réduction de tarif n'est prévue à ce jour, nous a-t-on précisé, lundi matin 10 août, au ministère des transports. A Strasbourg en revanche, la mise en place d' "une tarification spéciale" dans les transports en commun a été annoncée par la ville. PASTILLE VERTE Si le seuil d'alerte de niveau 3 devait être atteint dans les jours prochains, la circulation alternée serait immédiatement mise en oeuvre. La dernière alerte maximale, qui remonte au 30 septembre 1997, avait donné lieu, pour la première fois en France, à une application de la circulation alternée à Paris et dans vingt-deux communes de la région parisienne. Le civisme des Franciliens avait alors surpris. Le 1er octobre 97, le préfet de police de Paris, Philippe Massoni, avait en effet décidé de faire appliquer ce dispositif, prévu par la loi sur l'air de décembre 96, à la suite d'un pic de pollution au dioxyde d'azote. Ce jour-là, les transports publics étaient gratuits dans toute l'Ile-de-France; le nombre des rames de trains pour le service ferroviaire et le RER avait été augmenté pour accueillir le surplus d'usagers. La mairie de Paris avait annoncé, de son côté, que les places de stationnement résidentiel seraient gratuites pendant toute la durée de la circulation alternée (Le Monde du 3 octobre 97). Depuis, le gouvernement a lancé la "pastille verte" pour permettre aux véhicules les plus propres de circuler même les jours de pics de pollution et de circulation alternée. Cet autocollant gratuit est distribué par courrier depuis le 10 juillet aux propriétaires des véhicules les moins polluants et doit entrer en vigueur le août. ALEXANDRE GARCIA DOC : texte avec une carte intitulée "DE PLUS EN PLUS DE VILLES TOUCHEES". La pollution de l'air par l'ozone s'étend aux grandes villes de France Trois seuils d'alerte Niveau 1. Il correspond à une concentration d'ozone de 130 microgrammes par m³ d'air (CYg/m³ ). Les autorités sanitaires et préfectorales en sont informées par les différents réseaux de mesures, qui sont au nombre de trente- cinq en France. Aucun dispositif particulier n'est prévu. Niveau 2. C'est le "seuil d'information" de la population, atteint avec 180 microgrammes d'ozone par m³ d'air. Les enfants, les personnes âgées ou souffrant d'insuffisances respiratoires peuvent être affectées. Il est déconseillé aux sportifs de pratiquer des activités trop intenses pendant les pics de pollution. A ce stade, les autorités peuvent prendre des mesures pour réduire la circulation et la vitesse des automobiles. Niveau 3. C'est le "seuil d'alerte", atteint avec 360 microgrammes par m³ d'air. A ce niveau, l'ensemble de la population peut être affecté. Les autorités mettent en place des mesures plus contraignantes pour faire baisser les niveaux de pollution, telle la circulation alternée. La pastille verte, qui entre en vigueur le août, permettra aux véhicules les moins polluants de circuler les jours où ce seuil est atteint. La pollution de l'air par l'ozone s'étend aux grandes villes de France Des conséquences sanitaires néfastes et de mieux en mieux cernées FOLLEA LAURENCE L'OZONE, 0 pour les chimistes, est une molécule formée de trois atomes d'oxygène. Elle est présente à l'état naturel dans la stratosphère soit entre 10 et 50 kilomètres d'altitude où elle joue un rôle protecteur pour la santé humaine, en filtrant une grande partie des rayons ultraviolets émis par le soleil. L'ozone troposphérique (présente à moins de 10 km d'altitude) est produite par une transformation activée par le rayonnement solaire (photo-oxydante) de différents polluants (oxydes d'azote, composés organiques volatils, hydrocarbures ou solvants). Les pics de pollution par l'ozone se produisent dans la période estivale. La présence d'O dans l'atmosphère peut durer plusieurs jours, ce qui explique sa formation même en cas de circulation automobile réduite. Cet ozone "au ras du sol" est hautement néfaste pour la santé humaine. Il peut notamment être à l'origine de difficultés respiratoires chez les enfants, les personnes âgées et les personnes asthmatiques. Inhalée, cette molécule diffuse en effet facilement dans l'ensemble de l'arbre pulmonaire, jusqu'aux voies respiratoires les plus fines. Dès une exposition de l'ordre de 150 microgrammes par mètre cube d'air, des irritations oculaires, une toux et une altération pulmonaire peuvent apparaître, surtout chez les enfants et les asthmatiques. Les effets, variables en fonction des individus, sont majorés par l'exercice physique. L'ozone peut en outre entraîner une diminution du seuil de sensibilité aux allergènes qui affectent déjà les asthmatiques et aux infections virales. Il peut encore induire des inflammations de la muqueuse bronchique associées à une toux, une sensation d'oppression thoracique, une gêne respiratoire douloureuse. LIENS À COURT TERME Depuis quelques années, les connaissances scientifiques de l'impact de la pollution atmosphérique sur la santé humaine commencent à être mieux cernées. Les principaux effets à court terme concernent les appareils respiratoires et cardiovasculaires. Tous polluants confondus, une étude conduite sous l'égide du Réseau national de santé publique (RNSP) a chiffré le nombre des décès prématurés (avant soixante-cinq ans) liés à la pollution de l'air entre 30 et 50 à Lyon et entre 260 et 350 à Paris (Le Monde du 7 février 96). Une autre étude, baptisée Erpurs (Evaluation des risques de la pollution urbaine pour la santé) et lancée en décembre 90 par l'Observatoire régional de la santé d'Ile-de-France, le laboratoire d'hygiène de la Ville de Paris, le RNSP et la faculté de pharmacie de Paris-V, a constaté, au lendemain des pics de pollution, une hausse de la mortalité cardiovasculaire et confirmé l'existence de "liens à court terme entre les différents indicateurs de pollution et de santé" (Le Monde du 8 janvier). L'ozone a été statistiquement associé, l'été, à une hausse maximale de 4,8 % de la mortalité en Ile-de-France, toutes causes confondues. L'enquête Erpurs a également permis d'en savoir plus sur les conséquences sanitaires liées aux particules fines, au dioxyde d'azote (NO) et au dioxyde de soufre (SO). En période de fort ensoleillement, en cas de hausse du niveau de NO, la mortalité d'origine respiratoire augmente de 8 % à près de 20 %, ont calculé les épidémiologistes. En hiver, à un niveau moyen de pollution, la mortalité d'origine cardiovasculaire en relation avec une exposition au SO augmente de 2 %, et à un niveau élevé, de 7,6 %. Les hospitalisations pour affections des voies respiratoires sont surtout liées aux particules et au NO et peuvent augmenter jusqu'à 7 % lors des pics. Les visites médicales à domicile sont par ailleurs en hausse de 40 % en cas de pollution élevée au SO, de 53 % pour les particules et de 23 % pour le NO. DÉCÈS PAR CANCER Des travaux cherchant à établir des liens précis de causalité entre pollution de l'air et atteintes à la santé sont de plus en plus fréquemment publiés par les revues scientifiques internationales. Récemment, deux études britanniques ont conclu à une possible augmentation des décès d'enfants par cancers et par leucémies dans les zones fortement polluées par les dérivés du pétrole et, d'autre part, au rôle aggravant des polluants dans la survenue des infarctus du myocarde. LAURENCE FOLLEA Nouvelle mission de sauvetage des vins doux de Rivesaltes MARRE JEAN CLAUDE PERPIGNAN de notre correspondant "Tramuntana o marinada" ou "tramontane ou marinade", du nom des deux vents catalans qui soufflent dans les Pyrénées-orientales. Le slogan de la campagne de promotion de Jacques Séguéla annonçait-il dès le printemps la série de revers qui affectent aujourd'hui les vins de Rivesaltes ? Mardi 12 août, Jacques Berthomeau, ancien directeur de cabinet de Louis Mermaz, sera à Perpignan pour entériner les démissions de Bernard Dauré, président du comité interprofessionnel des vins doux naturels (VDN), Armand Ulrich, président du syndicat du cru Rivesaltes, et Jean-Luc Pujol, président de la confédération des VDN. Nommé le 6 août médiateur par le ministre de l'agriculture et de la pêche, Louis Le Pensec, il doit réaliser un audit sur la structure des VDN en Roussillon et faire d'ici six mois des propositions pour tenter de mettre un terme à la crise endémique qui frappe ces productions depuis plusieurs années. Le marasme actuel a des racines anciennes. Du début du siècle à 45, viticulteurs et caves coopératives vendaient en vrac aux négociants. Les courtiers très riches comme Violet (créateur de l'apéritif Byrrh) pratiquaient des prix élevés et chacun s'y retrouvait. Jusqu'aux années 60, les VDN de marque (Bartissol, Vabé, Dauré...) avaient pris le relais en faisant de même. Avec le décret du mai 72 regroupant les VDN des côtes de l'Agly, des côtes de Haut-Roussillon et les côtes de Rivesaltes sous le nom unique de Rivesaltes, l'appellation a pris une dimension nouvelle, mais la production reste excédentaire en dépit d'une baisse (de 336 000 hectolitres en 94 à 277 000 hectolitres en 97). La crise dure. Le décret du 29 décembre 1997 a élaboré le "plan Rivesaltes", qui vise trois objectifs : la reconversion d'environ 30 % de l'aire géographique, une démarche qualitative avec la constitution d'une réserve de viellissement de 100 000 hectolitres et une campagne d'image confiée au plus catalan des publicitaires, Jacques Séguéla. En dépit de cet effort, les stocks qui seront invendus au 1er septembre 98 friseront les 147 000 hectolitres, et le négoce est conduit à faire encore baisser les prix puisque les caves sont pleines. Pourtant les producteurs ont accompli des efforts pour la qualité, ont investi ou gelé des terres afin de redresser la situation. IMAGE BROUILLÉE Sans doute la réputation a-t-elle vieilli depuis l'époque où Rostand fit dire à Cyrano de Bergerac : "Halte-là Rivesaltes." Il y aurait pourtant, selon les producteurs 4 500 exploitants sur les Pyrénées-Orientales et l'Aude, bien des manières de déguster ces vins en apéritif : frappés avec des glaçons ou mélangés avec des sodas. Cependant l'image brouillée des rivesaltes a ouvert la brèche au porto, qui ne demandait, sur le même créneau, qu'à pénétrer le marché français. Pourtant un premier effort a été réalisé : "L'aire de production a été réduite de 4 000 hectares", souligne Bernard Dauré, du comité interprofessionnel des VDN, pour qui, tout espoir n'est pas encore perdu. "Il est insensé qu'avec le climat, le terroir, le savoir-faire et les hommes que nous avons, le produit ne soit pas plus connu." "Si l'on ne fait rien, on va crever sur un tas d'or", ajoute-t-il non sans une pointe de pessimisme. La mission de Jacques Berthomeau consistera sans doute à restructurer de manière encore un peu plus sélective le vignoble, en réservant les VDN à la partie en coteaux plutôt qu'à la plaine, et à fixer un prix plancher qui puisse permettre aux viticulteurs de rembourser les frais engagés pour une campagne. Mais la commercialisation reste la question la plus délicate des rivesaltes. Cette partie de la filière devrait pouvoir être prise en charge plus activement par les viticulteurs eux-mêmes ou leurs représentants. L'image ternie des rivesaltes saura-t-elle se transformer pour séduire à nouveau le consommateur ou bien, de plans de sauvetage en plans de sauvetage successifs et plus rigoureux, leur disparition est-elle inéluctable ? Autre nuage à l'horizon, sur le front de la concurrence : le groupe Pernod- Ricard a décidé récemment d'abaisser le degré de son apéritif Cinzano de 16 à 14 degrés. De ce fait, il bénéficiera d'un droit fiscal très allégé, passant de 14 à 0,22 francs par litre. Ces apéritifs sont sur les linéaires du commerce les concurrents directs et les plus redoutables des vins doux naturels. JEAN- CLAUDE MARRE La construction du dernier grand barrage du bassin de la Loire est contestée REPORTAGE La rivière de la discorde entre militants écolos et élus communistes La Petite-Marche (200 habitants), comme le village d'Astérix, fait de la résistance GUYOTAT REGIS CHAMBONCHARD (Creuse) de notre envoyé spécial Claire n'en est pas encore revenue. Une ministre dans son champ, sortant de l'hélicoptère en tailleur rose. "Je ne pensais pas qu'elle était aussi simple. Elle a cherché à s'informer. Elle voit bien que c'est un projet absurde." La visite de Dominique Voynet, ministre de l'aménagement du territoire et de l'environnement, le 2 juillet dernier à Chambonchard (Creuse), a redonné de l'espoir aux opposants résolus au barrage, comme Claire Gayon, ancienne laborantine, installée avec ses deux enfants à Saint-Pardoux, le seul hameau encore en vie dans la vallée qui va être noyée. Au milieu de cette cuvette naturelle, convoitée depuis le début du siècle par les aménageurs, le village de Chambonchard, serrée autour de sa petite église romane, est à l'abandon; les ronces partent à l'assaut des maisons. Seul le Cher fait entendre sa chanson, et les truites se faufilent entre les pierres plates sous d'épaisses frondaisons. Le projet de barrage a fait fuir les habitants. L'Epala s'est rendu maître de 90 % des terrains. "Quand le prix de la terre est multiplié plusieurs fois, on ne se fait pas prier pour vendre !", lance Gérard Renoux, un autre farouche opposant, adjoint au maire de La Petite-Marche. Cette dernière commune devrait être la plus touchée, avec 40 % de son territoire sous les eaux. La Petite-Marche (200 habitants), comme le village d'Astérix, fait de la résistance et a accueilli, le 28 juin dernier, les écologistes de SOS-Loire vivante, venus tenir leur assemblée générale dans la mairie rebelle. Mais cette petite commune, partisan d'un développement rural sans béton, est bien isolée. Les élus, de droite comme de gauche, de la Creuse ou de l'Allier le mince filet du Cher sert de limite entre les départements et les deux régions de l'Auvergne et du Limousin souhaitent la construction du barrage, solution, selon eux, aux maux dont souffre cette région en perte de vitesse. "Je suis maire depuis 71, j'ai une étagère de dix-huit mètres de dossiers sur Chambonchard !", s'exaspère Bernard Barraux, sénateur (centriste) de l'Allier, maire de Marcillat-en- Combraille. Le futur barrage est situé entre Evaux-les-Bains et Néris-les-Bains. "Ces deux stations thermales ont été construites par M. Jules César il y a deux mille ans. Depuis cette date, il ne s'est jamais rien passé ici... Ce barrage est pour nous l'occasion d'effectuer un virage vers une économie plus touristique, moins spécifiquement agricole", explique Bernard Barraux. "Ici nous ne sommes pas dérangés par les bouchons." Justement. Peut-on s'attendre à une ruée des touristes dans une région peu connue, où les activités de détente se pratiquent sur le mode de la discrétion ? "Nous sommes à un quart d'heure de Montluçon. Dans un rayon de une heure de route, nous avons un million d'habitants", assure le sénateur. Leader des pro- barragistes, le député communiste de l'Allier Pierre Goldberg affirme : "Il y a un consensus rarement vu chez des élus sur ce projet. Un homme comme Jospin devrait comprendre cela." Pierre Goldberg s'inquiète de l'approvisionnement en eau de Montluçon. La ville n'a pas de nappe phréatique, elle est donc tributaire des niveaux du Cher, où l'eau est puisée. "Actuellement, nous pompons moins de un mètre cube par seconde, les services de la mairie sont en alerte." Pour Pierre Goldberg, le barrage existant de Rochebut, exploité par EDF, ne peut suffire. Il faut un ouvrage neuf à Chambonchard. Une majorité d'élus, qui ne savent plus comment faire pour enrayer la désertification, s'accrochent à ce barrage comme à une bouée de sauvetage. La visite de Mme Voynet, invitée par Pierre Golberg, avec l'annonce d'un nouvel ajournement de la décision, alors que la déclaration d'utilité publique a été signée, a causé la déception. Et les écologistes de La Petite-Marche, ici, restent des envoyés du diable. "Mme la ministre s'intéresse beaucoup plus à trois ou quatre marginaux qu'aux autres habitants", insiste le sénateur Bernard Barraux. REGIS GUYOTAT La construction du dernier grand barrage du bassin de la Loire est contestée Malgré la signature de la déclaration d'utilité publique, le gouvernement hésite à financer cet important ouvrage à Chambonchard, sur le Cher, que les élus, autour de Montluçon (Allier), réclament à cor et à cri. Les opposants à son édification parlent d'un énorme gaspillage GUYOTAT REGIS ORLÉANS de notre correspondant Faut-il dépenser 600 millions de francs d'argent public pour construire le barrage de Chambonchard sur le Cher, un affluent de la Loire, en amont de Montluçon (Allier) ? "C'est du gaspillage !", clament tout net les écologistes. "C'est indispensable !", répondent les élus de toute tendance. Inscrit au "plan Loire", signé en 94 entre l'Etat et l'Etablissement public d'aménagement de la Loire et de ses affluents (Epala), Chambonchard est un rescapé du gigantesque programme de construction d'ouvrages dressé par l'ancien maire de Tours, Jean Royer créateur de l'Epala, pour dompter le fleuve. C'est aussi un des plus contestés. Lorsque, au début des années 90, l'Etat doit trancher, c'est le projet de barrage de Serre-de-la Fare (Haute- Loire), objet alors de la colère des écologistes, qui est sacrifié. Celui de Chambonchard, une belle cuvette sauvage sur les marches du Massif Central, refait alors surface. Il se murmure que Pierre Bérégovoy, premier ministre et maire (PS) de Nevers, a "offert" l'ouvrage aux communistes le député de l'Allier et maire (PC) de Montluçon Pierre Goldberg, le réclame à cor et à cri en échange de leur soutien lors d'un vote d'une motion de censure qui risquait de mettre en péril son gouvernement. Aujourd'hui le projet a même été revu à la hausse. Michel Barnier, qui, comme ministre (RPR) de l'environnement, avait signé le plan Loire en 94, avait engagé l'Etat pour une retenue de 50 millions de mètres cubes. L'Epala a porté la capacité de celle-ci à 83 millions, répondant au souhait des élus de la région de Montluçon d'ajouter à la fonction d'étiage une vocation touristique. La facture doit être réglée par l'Epala (340 millions de francs), l'Agence de l'eau (190 millions) et l'Etat (70 millions du ministère de l'agriculture), les collectivités locales prenant à leur charge l'essentiel du coût des aménagements touristiques. C'est donc un monstre qu'il va falloir gérer. Depuis, la déclaration d'utilité publique a été signée le 12 décembre 96. Mais l'Etat se fait tirer l'oreille pour verser sa part. A son arrivée au ministère de l'environnement, Dominique Voynet avait paru souscrire aux options du plan Loire. Aujourd'hui, la ministre fait part de ses "doutes". Répondant notamment à une question de Pierre Goldberg à l'Assemblée nationale, le 13 mai dernier, elle affirmait : "L'utilité du barrage apparaît moins évidente, compte tenu de l'évolution de la politique agricole." La ministre ne faisait que reprendre l'enquête publique, qui notait que l'extension de l'irrigation ne constituait plus une priorité, du moins "à court terme", pour les agriculteurs, en particulier les gros céréaliers du Berry, installés en aval. "Il y a une incroyable faiblesse argumentaire pour un ouvrage de 600 millions de francs. Jamais on n'aura autant dépensé avec si peu de raisons. C'est parce qu'il s'agit d'argent public...", estime Bernard Rousseau, un des responsables de France Nature Environnement. Rencontrant le 2 juillet à Montluçon les élus concernés tous favorables au barrage de l'Allier et de la Creuse, pour la plupart communistes, Mme Voynet a annoncé qu'une décision serait prise en fin d'année, après avoir répété que l'opération posait encore "de nombreuses questions". La réaction des élus ne s'est pas fait attendre. Le 9 juillet, l'Epala, par 53 voix pour, une contre et 4 abstentions, a décidé de suspendre sa participation financière au plan Loire. Eric Doligé (RPR), le successeur de Jean Royer à la tête de l'Epala, président du conseil général du Loiret, tempête : "Le vrai gaspillage serait de ne pas réaliser cet ouvrage, qui a été décidé par le gouvernement, qui a fait l'objet d'une déclaration d'utilité publique, et pour lequel 100 millions de francs ont déjà été dépensés". Et le responsable de l'Epala ajoute : "L'Etat a incité des dépenses sur sa signature : il va bien falloir qu'il compense." Les écologistes contre-attaquent : "En transformant un débat d'utilité publique en marchandage avec l'Etat, l'Epala réduit le plan Loire à une dimension strictement politicienne... C'est la question de l'utilité de l'Epala qui est posée". Réponse d'Eric Doligé : "L'Etat ne peut se passer de l'Epala, c'est un outil qui fédère les élus, un instrument d'appel de fonds et de réflexion." Derrière la polémique sur Chambonchard, c'est l'ensemble du plan Loire, doté d'un important volet environnemental (mise en valeur des berges, entretien des digues, maîtrise des zones inondables), qui est aujourd'hui en question, et pas seulement la construction du barrage. Dans l'immédiat, les élus du bassin, à l'initiative de Pierre Goldberg, ont demandé rendez-vous à Lionel Jospin. REGIS GUYOTAT DOC : AVEC CARTE : Les barrages du bassin de la Loire HORIZONS ENQUETE 1- VOYAGES EN UTOPIES Le tour de la Terre en 80 minutes MAURUS VERONIQUE Quarante et un ans après Spoutnik, l'espace reste le domaine réservé des scientifiques et des militaires, mais plusieurs sociétés imaginent les premiers véhicules de tourisme spatial MESDAMES, messieurs, nous sommes arrimés. Vous pouvez détacher votre ceinture. En orbite, il n'y a pas d'heure locale. N'oubliez rien à bord." Dans la haute cabine du spatiobus, un couple très ému flotte vers la sortie en se tenant par la main. Dix ans qu'ils en rêvent, et puis la chance, le hasard d'un tirage au sort qui leur a offert une semaine dans l'espace. "C'est exactement comme à l'écran", murmure Mme Dupont en titubant maladroitement vers le hall sphérique, d'où partent des rampes d'accès aux quartiers d'habitation. Au fur et à mesure qu'ils progressent, la marche devient plus facile. L'hôtel est conçu comme une énorme roue, tournant lentement autour d'un cylindre central : plus on s'éloigne du centre, où règne l'apesanteur, plus la gravité artificielle augmente. Au bout du couloir, on pèse un sixième de son poids terrestre, soit une dizaine de kilos. C'est assez pour se tenir debout, dormir, se laver sans difficulté, mais c'est si peu qu'on saute, bondit, et cabriole comme un enfant. Les Dupont savourent à l'avance les plaisirs inédits de leur première nuit dans l'espace, mais, arrivés dans leur chambre, ils restent interdits, hypnotisés par la vue qui s'offre à eux. Sur le noir étincelant de l'infini sidéral, la Terre et le Soleil se succèdent toutes les minutes, au rythme de la rotation des pièces. L'hôtel Intersidéral a été inauguré en 2024, il y a un an. Depuis les premiers vols suborbitaux au début du siècle, le tourisme spatial est devenu une vraie industrie. Aux aventures pionnières de quelques casse- cou richissimes, qui payaient une fortune pour quelques minutes passées en apesanteur, ont succédé des croisières à bord d'avions spatiaux de plus en plus sûrs. Après Cape York, dans le nord de l'Australie, des spatiodromes se sont ouverts sur tous les continents. Vedettes du spectacle et du monde des affaires, tous les privilégiés de la "space society" s'y succèdent. A 100 000 francs la semaine, le palace cosmique n'est pas encore à la portée de toutes les bourses. Les Dupont, premiers touristes ordinaires de l'espace, entendent profiter de tous ces jeux inconnus. Ils hésitent. Sauter comme une puce dans le trampoline tridimensionnel, où on rebondit en tous sens sans jamais se blesser ? Ou bien essayer de voler, muni de petites ailes, à travers l'immense gymnase en apesanteur. Il faut, paraît-il, de l'entraînement pour trouver l'équilibre. Ils peuvent aussi nager comme des dauphins dans la piscine sans fond, où l'eau, collée aux parois, semble posée sur le vide. Ils optent pour le ludo- bar, où on joue à manger : M. Dupont fait gicler un jus d'orange qui reste suspendu devant lui, puis le boit à la paille. Ensuite, ils iront contempler la Terre, dont on fait le tour en 80 minutes dans une bulle d'observation largement vitrée. A cette hauteur, notre planète, encore très proche, déroule ses fleuves, ses glaciers miroitants, ses déserts, ses vallées sous-marines. Ni frontière ni oeuvre humaine. Cette merveille bleutée flottant dans le noir galactique paraît si fragile qu'ils en reviendront transformés, convaincus, comme tous leurs prédécesseurs, de l'absurdité des guerres et de la pollution. Avec un nouveau rêve : aller sur la Lune, où on campe depuis peu dans des gîtes sous- luniens. Les Dupont de l'espace existent déjà. Vous, peut-être ? Vos enfants ou vos petits-enfants ? "C'est possible techniquement. Ce sera possible financièrement. Savoir si on le vivra...", dit-on chez Arianespace. L'hôtel de l'espace, dans ses moindres détails, figure dans les cartons du groupe japonais Shimitsu, comme le spatiobus conçu par la société Bristol Aerospace, et le spatiodrome de Cape York, actuellement en projet. Quand ? C'est la vraie question. A priori, le tourisme spatial paraît un rêve lointain. Quarante et un ans après le premier Spoutnik, l'espace reste le domaine réservé des scientifiques et des militaires, géré par des organismes publics qui n'ont pas pour objectif d'emmener M. Dupont en voyage, mais de conquérir Mars ou d'explorer la galaxie. Le marché commercial se limite aux satellites de communication. Quatre cents astronautes seulement ont volé dans l'espace. Les coûts de lancement prohibitifs (120 000 francs par kilo) et l'accident de Challenger en 86 ont repoussé aux calendes grecques toute exploitation touristique de l'espace. EST-CE bien sûr ? A écouter les spécialistes, cet horizon approche. "Dans cinq ans démarreront les premiers vols commerciaux suborbitaux; dans dix ou douze ans, les premiers vols orbitaux. Ils seront très chers, mais c'est comme ça qu'a débuté l'aviation", affirme Thomas Roger, président de l'Association américaine des transports spatiaux. "2025 paraît un horizon raisonnable pour le tourisme spatial, confirme Géraldine Naja, spécialiste du long terme à l'Agence spatiale européenne (ESA). Dès 2015, quelques pionniers privilégiés ouvriront la voie, mais, en 2025, on pourra faire son voyage de noces en orbite ou sur la Lune." 2025... Aux environs de Bristol, dans un bureau encombré de plans, d'ordinateurs et de maquettes, David Ashford sourit, énigmatique : "J'irai dans l'espace, et je ne serai pas le premier." Le tourisme spatial, il en rêve depuis les années 60, lorsque, jeune ingénieur aéronautique, il planchait déjà sur un petit avion spatial réutilisable. A l'époque, six équipes européennes, dix aux Etats- Unis, travaillaient sur le sujet. "Après le Spoutnik, c'était l'étape suivante évidente, dit-il. Elle n'est jamais arrivée, pour des raisons politiques." La NASA, embarquée dans la conquête de la Lune pour gagner la guerre froide, a oublié les désirs du public. Daniel Ashford a remballé ses rêves et travaillé sur le Concorde, puis dans l'armement. "J'ai été frustré de ma carrière", dit-il, l'oeil bleu pétillant. En 89, grâce à une préretraite précoce, il est revenu à l'espace et a créé une petite société, Bristol Aerospace. Depuis, il planche sur le développement d'avions spatiaux. Il n'est pas le seul : outre la NASA (avec les programmes X 33 et X 34), l'Agence spatiale européenne avec le Festip (futur système de transport spatial), une dizaine de petites sociétés (Pioneer, Kistler, Kelly, etc.), pour la plupart américaines, étudient sérieusement les futurs véhicules de l'espace. C'est, en effet, la clé de cette aventure. "Une fois qu'on a le lanceur, il n'y a plus de problème", assure Géraldine Naja. Pour initier le tourisme spatial, il faut faire baisser massivement les coûts de lancement et améliorer tout aussi spectaculairement la sécurité. Seuls des astronefs totalement réutilisables le permettront. Les lanceurs actuels sont soit "jetables", comme Ariane, soit partiellement réutilisables, comme la navette américaine, dont il faut à chaque vol refaire les pièces essentielles. D'où un coût prohibitif : "Imaginez une voiture dont il faudrait changer le réservoir et refaire le moteur à chaque fois qu'on s'en sert !" Un véhicule totalement réutilisable permettrait d'amortir les coûts sur de nombreux vols, donc de diviser les prix par cent, voire plus. Il aurait aussi un meilleur niveau de sécurité, à l'idéal comparable à celui de l'aviation. "Un avion effectue au moins mille vols avant d'être commercialisé. Il est testé progressivement, poussé à ses limites. C'est possible avec un véhicule réutilisable, pas avec un lanceur qu'on n'utilise qu'une fois", explique David Ashford. Cet avion de ligne sidéral est-il aujourd'hui faisable ? Oui, assure-t-il, avec tous les mordus du tourisme spatial. "Il n'y a pas besoin de percée majeure. On peut utiliser les techniques existantes." En combinant des moteurs à réaction puissants, pour décoller dans l'atmosphère (jusqu'à 50 kilomètres du sol environ), puis, une fois l'oxygène disparu, des moteurs chimiques de fusée pour gagner l'orbite (à plus de 100 kilomètres), on peut concevoir un véhicule capable de s'arracher à l'atmosphère, de faire un ou deux tours de Terre et de redescendre intact. Chacun a sa solution : David Ashford a imaginé deux avions imbriqués l'un dans l'autre qui se détacheraient à environ 70 kilomètres de hauteur. Kelly Space envisage de faire tirer son Astroliner par un Boeing jusqu'à une certaine hauteur, Kistler Aerospace étudie un camion spatial à deux étages tous deux récupérables. Les "grands" de l'espace font la moue. Quelle que soit la recette, il s'agit de bricolage, assurent-ils. Et tant qu'on gardera les moteurs chimiques (de fusée), les passagers seront assis sur une bombe en puissance. Mieux vaudrait un véhicule unique, doté d'un moteur mixte ou d'un nouveau système de propulsion, bref, un avion du troisième type. Tout est possible : l'ESA étudie des moteurs aérobies (dans lesquels l'oxygène de l'air sert de carburant) ou la propulsion électrique; la NASA envisage des systèmes encore plus futuristes utilisant l'antimatière ou les champs de force de l'univers. "Mon projet est le plus réaliste", persiste David Ashford, calculs en main. Car il ne s'agit pas de concevoir directement une navette bis. Plus prosaïquement, Bristol Aerospace, comme tous ses concurrents, essaie, dans un premier temps, de construire un petit véhicule suborbital, c'est-à-dire capable de monter jusqu'à environ 80 ou 100 kilomètres, avant de retomber, comme une balle lancée en l'air. Il existe déjà, sous forme d'une maquette téléguidée. Ascender, "premier avion spatial de la nouvelle génération" (sic), a volé incognito pour la première fois le 8 mai sur un petit aérodrome de campagne. A première vue, c'est un mini-Concorde. Mais, en grandeur réelle, il pourra emporter deux passagers jusqu'aux confins de l'atmosphère pour passer deux minutes et demie en apesanteur, puis redescendre à l'autre bout de la planète. La moitié du globe en 75 minutes... Reste à le construire. David Ashford n'en a pas le premier sou. Son espoir : gagner le "X prize", un concours lancé par une fondation américaine, qui récompensera la première équipe capable de faire voler un véhicule suborbital réutilisable. 10 millions de dollars (60 millions de francs) sont à la clé. Seize équipes concourent, dont quatre ont des projets très avancés. "D'ici à 2001, une équipe gagnera. Grâce à cette mise de fonds, on pourra réunir les sommes nécessaires au développement d'un vrai service commercial. Ces vols suborbitaux seront extrêmement populaires. Et, à partir de là, on pourra envisager un véritable avion spatial vers 2010", explique, enthousiaste, Patrick Collins, économiste et coauteur, avec David Ashford, d'un livre, Your Spaceflight Manual. Le marché potentiel existe. Toutes les études réalisées depuis 93 au Japon, aux Etats-Unis et en Europe le prouvent. Deux personnes sur trois aimeraient visiter l'espace une fois dans leur vie, à condition de ne pas dépasser 36 000 francs pour assouvir leur rêve. Une petite frange, trois millions de privilégiés, sont prêts à dépenser 600 000 francs et plus. A ce prix, le voyage pourrait être rentable. Déjà, deux tour-opérateurs américains proposent des vols suborbitaux : 590 000 francs, payables en quatre ans, pour une semaine, dont un jour de vol. Le 29 avril, Richard Branson, le PDG de Virgin, s'est mis sur les rangs pour organiser les premiers voyages spatiaux. SUR le bureau de David Ashford trône un petit Ascender orné du logo Virgin. Un fétiche. David ne se prend pas vraiment au sérieux. "Dès que l'un de ces avions spatiaux volera avec succès, il y aura une ruée vers la gloire, je devrai faire attention à ne pas me faire écraser." La gloire, il ne la cherche pas plus que la fortune. "J'adore dessiner des avions", dit-il. Passé l'étape des vols suborbitaux, les coûts de développement d'un véritable avion spatial plusieurs dizaines de milliards de dollars sont prohibitifs. Quelle entreprise privée prendra un tel risque pour un marché qui reste à créer ? Il est beaucoup plus probable que les développements technologiques majeurs seront assurés par les grandes agences publiques, quitte à laisser ensuite le privé assurer l'exploitation commerciale. L'ESA ou la NASA n'ont pas vocation à le faire. Mais elles ont intérêt à aider, ne serait-ce que pour justifier leur existence et leur budget. "Le tourisme n'est pas de notre ressort, mais si ce que nous faisons peut y contribuer, tant mieux", dit l'Agence. La conquête de tout nouveaux territoires passe par trois phases, explique Guy Pignolet, du Centre national d'études spatiales (CNES) : l'observation (pour la curiosité, la science et la gloire), puis la prise de position stratégique (on surveille, on retransmet des signaux), et, enfin, l'exploitation (on s'installe). Dans l'espace, la seconde phase se termine. Déjà, on songe à produire de l'énergie ou de nouveaux matériaux dans l'espace, à extraire les richesses minérales des comètes. Le tourisme est la suite logique. Depuis peu, les signes se multiplient. Aux Etats-Unis, une société propose d'expédier vos cendres dans l'espace. Une autre promet pour bientôt le yesterday delivery : grâce aux vols suborbitaux, on pourra livrer un paquet de Los Angeles à Tokyo en une heure, c'est-à-dire la veille ! Au Japon, Pepsi-Cola a lancé cet été un concours "Let's Go to Space". Les prix ? Cinq tickets pour l'espace en 2001. "2001, c'est un peu tôt, corrige Patrick Collins. Mais tous ceux qui ont trente ans pourront aller dans l'espace, j'en suis sûr !" VERONIQUE MAURUS DESSINS : JEAN-CLAUDE MEZIERES 10 RECTIFICATIFS Paul Flamand Dans l'article nécrologique sur Paul Flamand, fondateur du Seuil (Le Monde du 7 août), il était écrit par erreur que la revue Esprit était publiée par Le Seuil dès 1943. C'est après la guerre que la revue (dont la publication avait été interrompue entre juillet 41 et octobre 44) fut diffusée par Le Seuil, en restant indépendante. 10 Il y a 50 ans dans Le Monde Yachting aux Jeux olympiques LAVALETTE G. DE LE YACHTING à voile français est d'une grande modestie publicitaire : celle qui convient à un sport souvent "magnifique", mais qui pourtant ne fera jamais recette tant sont forcément vastes les "enceintes" et réservées à un public de connaisseurs. Il a fallu l'annonce de résultats techniques pour que l'attention soit attirée sur le Français Jean-Jacques Herbulot, gagnant la semaine dernière à Torquay une éliminatoire des Jeux olympiques, disaient les dépêches. Or il s'agit en réalité de la première manche d'une lutte très belle qui en comprend sept, et dans laquelle sont engagées vingt-trois nations. Pour la première fois, la technique d'aviation ! aidant, les bateaux monotypes intégraux mettent au départ tous les concurrents sur un strict pied d'égalité. Les Anglais ont créé en effet spécialement pour les Jeux un petit bateau d'environ 4 mètres de long, pourvu de deux voiles (il y a un foc), et dont tous les détails de construction sont de grande série moderne, c'est-à-dire strictement semblables en dimensions, matériaux, poids, etc. Jamais pareille égalité de moyens n'a été ainsi approchée. Les coques ne comprennent aucune charpente proprement dite : elles sont en bois moulé. Deux couches de feuilles de plaqué collées à la mise en forme sont entrecroisées. Elles assurent la solidité considérable et ce qui est capital pour un bateau de régates la constance des formes de la coque, jolie et résistante comme un grand violon en bois verni. G. DE LAVALETTE (11 août 48.) 10 HORIZONS - ANALYSES ET DEBATS LE MONDE EDITORIAL Une ville sans voiture ? PARADOXALEMENT, la pollution atmosphérique qui, ces dernières années, s'aggrave sur l'Hexagone et a atteint, ces derniers jours, pour la première fois du moins depuis qu'on l'observe la quasi-totalité des grandes villes, aura permis une conquête démocratique. Elle a en effet contraint les pouvoirs publics à prendre en compte le phénomène. Depuis que la loi Lepage oblige les grandes agglomérations à s'équiper en capteurs mesurant le niveau des gaz polluants, l'information est désormais disponible pour tous et il suffit qu'un département, comme celui des Alpes-Maritimes, ce week-end, publie les chiffres avec retard pour que le tollé soit général. Désormais, on sait et on veut savoir. Cette exigence de transparence s'accompagne d'une attitude de la population qui, lors de la circulation alternée imposée le 1er octobre 97, a surpris les responsables politiques et les observateurs patentés de la société française : les Franciliens ont plébiscité la mesure (à 80 % selon un sondage). On croyait les Français plus esclaves qu'ils ne le sont de leur automobile; on les découvre moins égoïstes, plus adultes, plus citoyens. Les mesures contraignantes qui sont prises pour contenir la pollution atmosphérique dans les villes sont en général bien accueillies. Jusqu'à présent mais il faut concéder que des mesures comme la réduction de la vitesse ou la circulation alternée ne sont pas encore très coercitives la responsabilisation et le civisme l'emportent sur les attitudes poujado-critiques. Tout le monde sait donc désormais que le phénomène de pollution urbaine par l'automobile est là, installé de manière durable, même si l'amélioration des moteurs et des carburants laisse espérer de moindres dégagements de gaz. La société française est désormais devant un choix, en toute connaissance de cause. Soit elle décide de vivre avec cette pollution, considérant qu'elle est indissociable de la modernité et des modes de vie urbains, tout en prenant des précautions. Cela passera inévitablement par des mesures de plus en plus restrictives comme l'abaissement des seuils en particulier celui du niveau 3 d'alerte, qui instaure la circulation alternée, le déclenchement de celle-ci dès le niveau 2 ou l'instauration de péages urbains pour endiguer la circulation... Mais si le phénomène est jugé suffisamment grave pour la santé publique, il oblige à repenser l'ensemble de la problématique de la circulation urbaine et, à travers celle-ci, toute l'architecture de la ville. L'histoire du dernier demi-siècle a soumis les villes à la loi de l'automobile. C'est elle qui a modelé le visage qu'elles présentent aujourd'hui, selon le modèle californien du "tout voiture". Chasser la voiture de la ville pour des raisons de santé publique mais aussi pour des raisons d'engorgement, de coût économique et de bruit permettrait de rendre enfin les transports collectifs attractifs et de repenser toute l'organisation urbaine dans le sens de la sociabilité. Une ville sans voiture, cela paraît impossible. Cela deviendra peut-être nécessaire. 10 HORIZONS - ANALYSES ET DEBATS RECTIFICATIFS Thermes de La Léchère Contrairement à ce que nous avons écrit à propos des thermes de La Léchère en Savoie (le Monde du 6 août), l'eau n'était pas polluée par des salmonelles mais par des légionelles. 10 AU COURRIER DU "MONDE" Pratiques génocidaires MONNOT JACQUES Dans son article sur la famine dans le sud du Soudan (Le Monde du 22 juillet), Mouna Naïm cite le directeur du département médical de Médecins sans frontières (MSF), Marc Gastellu Etchegorry, qui déclare que la famine dans le sud du Soudan est "comme un accident de voiture". En réalité, la famine dans le sud du Soudan n'est pas un accident. Elle est le résultat de la politique du régime islamiste de Khartoum, qui vise à l'extermination des peuples du sud du Soudan, afin de pouvoir exploiter (dans tous les sens du terme) le pétrole du sud du Soudan, sur un territoire qui aurait été vidé de ses habitants par des pratiques génocidaires. JACQUES MONNOT ORLEANS (LOIRET) 10 HORIZONS - ANALYSES ET DEBATS Les mots vieux garçons Réponse à Marc Fumaroli GARDE PAUL FAUT-IL dire "Mme le ministre" ou "Mme la ministre" ? Dans Le Monde du 31 juillet, Marc Fumaroli plaide pour le maintien de la première tournure. Il se fonde sur des considérations institutionnelles, psychologiques ou sociales, voire politiques : n'est-il pas un des meilleurs spécialistes de notre histoire culturelle ? Mais, bien qu'il s'agisse d'un problème de langue, il ne recourt à aucun argument proprement linguistique. Or l'histoire des idées et des cultures avance au long des décennies (tant de choses se passent De Montaigne à La Fontaine, comme dit le titre d'un livre du même auteur); les structures linguistiques, elles, évoluent au rythme des millénaires. C'est la rencontre de ce temps long et de ce temps court qui peut créer des conflits. On ne saurait les résoudre si l'on ne considère qu'un des deux termes. Le titre même de l'article, "La querelle du neutre", trahit une surprenante inadvertance : le grand humaniste classique qu'est l'auteur ne peut ignorer que le genre neutre, dans les langues où il existe, n'a jamais servi à résoudre les difficultés évoquées. Il nomme essentiellement des êtres inanimés, asexués ou considérés comme tels, et non des qualités attribuables aux êtres vivants des deux sexes. Ces dernières, à quelques exceptions près, sont condamnées au choix entre masculin et féminin : un élève, une élève, et la perte du neutre dans notre langue n'y a rien changé. Où donc est la spécificité du français parmi les langues indo-européennes ? C'est qu'il a progressivement perdu la capacité de féminiser librement des noms de personnes à l'aide de suffixes appropriés. L'italien dit sans hésiter professoressa, le tchèque profesorka, l'allemand forme indéfiniment des féminins en "in". Chez nous, le suffixe "esse" ne reste bien implanté que dans "maîtresse" et "hôtesse" et dans les titres nobiliaires : "princesse, duchesse, comtesse". Pour le reste, le français d'aujourd'hui relègue l' "abbesse", la "chanoinesse", la "prêtresse" et la "papesse" dans leur niche historique, la "demanderesse" dans le jargon du palais, le mot "négresse" dans son ghetto raciste, et s'il reste attiré par les "pécheresses", il fuit tant qu'il peut les "diablesses", "ogresses", "drôlesses" et autres "tigresses". Cette mauvaise compagnie a compromis jusqu'à la "poètesse", la "doctoresse", la "notairesse" et même la "Suissesse", qu'on appelle encore ainsi chez elle mais non dans l'Hexagone. Et ne parlons pas de l'éphémère suffixe "ine", que notre langue n'a emprunté à l'allemand que pour en affubler un mot russe dans "tsarine", anglais dans "speakerine", et arabe dans "cafrine" (qui remplace "négresse" dans la bouche des Réunionnais). Bref, ces suffixes sont morts, devenus inutilisables. C'est pourtant avec tout ce tintamarre qu'on essaie d'effrayer le public pour le dissuader de créer de nouveaux noms féminins, comme si la disparition d'un procédé particulier avait fait de tout le français une langue morte Or, en même temps qu'elle perdait la féminisation par suffixe, jadis propre au nom, notre langue développait à l'extrême un autre procédé plus simple, lui aussi hérité d'un passé lointain, et semblable à celui des adjectifs : le féminin ne diffère du masculin que par l'addition d'un "e" ou lui est semblable ( "un" ou "une secouriste", comme "il est" ou "elle est jeune"). Ce procédé concerne des milliers de noms de personnes et est applicable potentiellement à presque tous. Se sont aussi développés deux petits groupes de mots, ceux en "eur", "euse" et en "teur", "trice", qui servent à former à la fois des noms et des adjectifs ( "directeur, directrice" comme "plan directeur, idée directrice"), mais qui ne fonctionnent librement que s'ils sont en rapport direct avec un verbe existant dans la langue : est "directeur/trice" celui ou celle qui dirige. Si ce rapport n'existe pas, le suffixe n'est plus senti comme vivant. "Acteur/actrice" ou "instituteur/institutrice" sont des mots très courants, mais qui ne peuvent plus servir de modèles pour de nouvelles formations. D'où un premier blocage, purement linguistique, concernant un petit groupe de mots en "eur" ou "teur" que leur sens ne lie pas de façon évidente à des verbes : "docteur", "professeur", "recteur", "censeur", "procureur", "sénateur", "facteur" et quelques autres. Ces mots, désignant des fonctions qui jusqu'au siècle dernier n'étaient jamais exercées par des femmes, n'ont pas alors (contrairement à "acteur" ou "instituteur") développé de féminin en "euse" ou "trice", lorsque la langue le rendait encore possible. Plus tard, cette possibilité avait disparu. Ces mots sont pour ainsi dire restés vieux garçons. Mais à l'obstacle linguistique s'est superposé un blocage social. Il se trouve que toutes ces fonctions (sauf la dernière nommée) ont un certain prestige. Au début du XXe siècle, quand les femmes ont commencé à y aspirer, elles se sont inconsciemment persuadées que l'impossibilité de former un féminin grammatical était inhérente à l'autorité de la fonction. Le tabou s'est alors étendu à des mots pour lesquels la féminisation ne se serait heurtée à aucun obstacle formel. On n'a pas voulu dire la "juge", la "ministre", la "députée", etc. On a même refusé la "générale", la "colonelle", la "préfète", l' "ambassadrice" (mot aussi bien implanté qu' "institutrice"). Le prétexte en était que ces mots, dans l'usage d'alors, désignaient couramment les épouses des officiers ou fonctionnaires correspondants, auxquelles la République, dans sa générosité, impose une participation non rétribuée aux fonctions représentatives de leurs conjoints. Le français sur ce point n'a pas les ressources du tchèque, qui appelle doktorova l'épouse d'un docteur, mais doktorka une femme docteur. Ainsi s'est créée une sorte de nomenklatura, englobant tout au plus quelques dizaines de hautes dignités investies de ce que Marc Fumaroli appelle la "transcendance des titres", et prétendant échapper à la loi générale de la féminisation, qui touche des milliers de mots. Notre académicien a très justement vu que ce tabou est issu, initialement, d'une revendication féministe. Mais il se trompe quand il croit qu'il correspond à une tradition ancienne. Est-il vrai que dans notre langue "la répartition des deux genres n'a jamais coïncidé avec la division des sexes" ? Relisons Saint- Simon, Voltaire ou Balzac : cette coïncidence y est à peu près sans faille pour les noms de personnes (si l'on excepte quelques séries bien répertoriées : une vigie, un tendron, etc.), puisque, avant notre siècle, les fonctions litigieuses n'étaient exercées que par des hommes. Cependant, même de nos jours, en dépit des blocages, la puissante dynamique de la féminisation linguistique a continué son oeuvre. On dit couramment la "chef" dans les bureaux, la "prof" dans les lycées (on y entend même, malgré le jeu de mots, la "censeur"), la "capitaine" dans l'Armée du salut (pourquoi pas dans l'armée française ?), on disait dans les universités une "maître-assistante" tant que cette fonction existait, et, dans la série télévisée qui s'intitule "Mme le juge", plus d'un personnage appelle Simone Signoret "la juge". L'administration continuera peut-être à écrire : Mme X est nommée intendant, on appellera quand même cette personne l' "intendante". La SNCF imprime bien parfois "gare de : Le Havre", mais tout le monde dit la "gare du Havre". La norme bureaucratique n'est pas la grammaire de la langue. Au temps de Murger, on appelait "étudiantes", les "grisettes" qui "faisaient la vie" avec des étudiants. Qui s'en souvient aujourd'hui ? Dès l'admission des filles dans les facultés, le mot a changé de sens sans demander la permission à personne. De même, quand il y aura assez de femmes dans le corps préfectoral, tout le monde oubliera qu'hier la "préfète" était la femme du préfet. Bref, le français est vivant, et après une très courte période d'hésitation (un siècle à peine) il ne peut manquer de revenir à sa créativité millénaire. Un peu de féminisme crispé en a barré un instant le cours, beaucoup de féminisme banalisé rompt à nouveau la digue. Ne préjugeons pas ici de la solution que le génie de notre langue apportera à chaque cas litigieux, mais il est certain qu'on n'enseignera pas indéfiniment aux élèves qu'il faut écrire la "déléguée", mais pas la "députée". Les suffixes morts ne ressusciteront pas, et, dans la plupart des cas, le féminin ne différera du masculin que par l'article. On finira (un peu plus tôt, un peu plus tard) par dire "la docteur", même si cette forme nous choque aujourd'hui. Nous assistons à un débat à fronts renversés. Les prétendus féministes pourraient se réclamer d'une tradition immémoriale, les traditionnalistes supposés défendent en fait le féminisme de grand-mère. PAR PAUL GARDE Paul Garde est professeur émérite à l'université de Provence. CARNET JOURNAL OFFICIEL Au Journal officiel du samedi 8 août sont publiés : Tramway : un décret portant déclaration d'utilité publique des acquisitions et travaux nécessaires à la réalisation de la ligne B du tramway de l'agglomération strasbourgeoise et des opérations d'accompagnement sur le territoire des communes de Strasbourg, Schiltigheim, Bischheim, Hoenheim (Bas-Rhin). Nourrissons : un décret relatif à la distribution gratuite des préparations pour nourrissons, à la documentation et au matériel de présentation les concernant. AOC : un décret relatif à l'appellation d'origine contrôlée "Bleu du Vercors-Sassenage". Au Journal officiel du dimanche 9 août est publié : Environnement : un arrêté fixant les modalités d'application de la convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction et des règlements du Conseil européen et de la Commission européenne. ENTREPRISES BATAILLE Les huit mois d'assaut de Vincent Bolloré contre l'empire Bouygues Entre Martin Bouygues et son deuxième actionnaire, entré par surprise dans le capital en décembre, la guerre est totale. L'enjeu : garder ou prendre le contrôle du numéro un européen du BTP et propriétaire de TF 1 ORANGE MARTINE BATAILLE Martin Bouygues et Vincent Bolloré ont engagé une longue bataille juridique pour garder ou prendre le contrôle du géant du BTP et de la communication fondé par Francis Bouygues. ENTRÉ PAR SURPRISE dans le capital du groupe, M. Bolloré en est devenu le deuxième actionnaire. UN PACTE D'ACTIONNAIRES, très favorable à M. Bolloré, a été signé entre les deux "associés". LES RELATIONS entre les deux hommes se sont très vite dégradées, chacun soupçonnant l'autre de vouloir passer des accords avec d'autres partenaires. VINCENT BOLLORÉ souhaite un infléchissement de la stratégie du groupe, impliquant notamment la vente de la téléphonie mobile. Mais il reste isolé au conseil d'administration. Martin Bouygues a contre-attaqué devant les tribunaux. RÉCIT D'UN CONFLIT de huit mois, au confluent de l'économie et de la politique. "IL CONTESTE la stratégie, il conteste les comptes, et maintenant il conteste les votes. Ce n'est plus du Mozart, c'est un tintamarre !" Lorsque Martin Bouygues expose, en ce début juillet, sa décision de demander, devant les tribunaux, la fin de l'action de concert avec Vincent Bolloré, son deuxième actionnaire, ses proches applaudissent. Trop d'attaques, trop de différends publics, trop de rumeurs ont circulé depuis l'arrivée, en décembre, de Vincent Bolloré dans le capital du groupe de BTP. Dans le camp Bouygues, tous, salariés compris, rêvent d'en découdre avec "l'ange blond", comme ils surnomment Vincent. Même si la guerre doit être longue, âpre, meurtrière. La guerre ? Elle risque d'être plus dure que prévu. L'enjeu : le contrôle de Bouygues. Un groupe de 90 milliards de francs de chiffre d'affaires, numéro un européen du BTP, numéro un mondial des routes, propriétaire de TF 1, de la société de services collectifs Saur-Cise, de la troisième licence de téléphone mobile. Une des principales firmes françaises, qui, comme Vivendi (ex-Générale des eaux), Suez-Lyonnaise des eaux ou Elf, se trouvent placées au confluent de la politique et de l'économie. Lorsque M. Bolloré regarde le groupe Bouygues, le dossier a déjà été étudié de près par des groupes comme Suez ou Pinault. Le groupe familial n'est pas contrôlé (la famille possède alors 16 % du capital) et semble affaibli autant par les affaires judiciaires que par la crise du BTP. On dit Martin Bouygues ébranlé par ses différentes mises en examen, et plus préoccupé par ses intérêts patrimoniaux que par la conduite du groupe. Enfin, la dissension semble régner dans la famille. Début septembre 97, Corinne Bouygues a claqué la porte de TF 1, faute de l'avoir emporté face à Patrick Le Lay, PDG de la chaîne. M. Bolloré est familier de ce type de situations. L'homme a déjà profité de tels contextes pour s'emparer des firmes familiales Delmas-Vieljeux (transports maritimes) et Rivaud (plantations et participations). Prendre le groupe Bouygues lui permettrait de changer de taille, d'empocher d'importantes plus-values latentes en démantelant le groupe et surtout de mettre la main sur TF 1, une arme de pouvoir qui fait rêver. ENSEMBLE A L'ÉCOLE Enrichi par le trésor de guerre de Rivaud, le patron breton ramasse, en octobre, des actions Bouygues et atteint 8,7 % du capital. "C'est amical", dit M. Bolloré à M. Bouygues, au matin du 9 décembre, en lui rappelant leur classe commune de 8e à l'école privée Gerson, dans le XVIe arrondissement. Sonné, M. Bouygues réfléchit puis accepte : il n'a pas le choix. Tout Paris bruit des rumeurs d'OPA sur son groupe. Il n'a pas les moyens de le défendre. Une alliance avec Bolloré peut lui permettre de mettre à l'abri le groupe. De la stratégie du groupe, il n'en fut alors pas question. Les deux hommes concluent en trois jours un pacte d'actionnaires. M. Bouygues est ficelé par ce texte. M. Bolloré, qui a obtenu aussi la nomination de trois administrateurs, se sent très fort. Au lendemain du premier conseil d'administration auquel il assiste, le 27 janvier, il écrit à M. Bouygues : "Je ne te cacherai pas que je n'ai pas trouvé le niveau d'information dont j'estime avoir besoin". "S'il veut des informations, il en aura", rétorque M. Bouygues. M. Bolloré rencontre alors tous les directeurs du groupe, obtient les comptes et les plans de développement de chaque activité. A l'extérieur, on s'agite aussi beaucoup. Martin rencontre ses grands actionnaires, dont des fonds anglo-saxons. Vincent multiplie les rendez-vous avec les responsables du Conseil supérieur de l'audiovisuel, de l'Autorité de régulation des télécommunications, des banquiers, des hommes politiques, des concurrents de Bouygues comme Vivendi. En mars, tout se gâte : M. Bolloré apprend que M. Bouygues a rencontré Jérôme Seydoux, PDG de Pathé. Ce dernier est intéressé par TF 1 et a proposé de racheter la chaîne de télévision. Le PDG de Bouygues a refusé. Mais M. Bolloré est persuadé du contraire : pour lui M. Bouygues a passé un accord, dans son dos, avec Jérôme Seydoux pour lui céder TF 1. La crise est ouverte. M. Bolloré attaque sur tous les terrains : les comptes qu'il juge faux, la stratégie dans le téléphone, une activité qu'il considère comme trop gourmande en capitaux pour le groupe, le fonctionnement du conseil. Il écrit à tous les administrateurs du groupe pour leur rappeler leur responsabilité, s'ils approuvent des comptes non sincères. La missive jette un froid dans l'establishment parisien. Lors du conseil d'administration du 31 mars, M. Bolloré annonce qu'il ne votera pas les comptes 97. Il se retrouve isolé. Les administrateurs sont choqués par le comportement de Vincent Bolloré, ses mises en cause publiques, son comportement impérieux. "Avec 10 %, il n'est, après tout, qu'un actionnaire parmi les autres. La majorité n'a pas désavoué la direction de Bouygues", remarque l'un d'entre eux. "Lorsque j'investis plus d'un milliard de francs, il est légitime de poser des questions. Je n'ai pas vocation à être un partenaire dormant. La famille Bouygues n'a que % du capital, elle ne peut pas se comporter comme si le groupe était à elle", répond M. Bolloré. RÉSOLUTION ADOPTÉE A partir de ce conseil, la paranoïa s'installe. Le groupe Bouygues apprend que M. Bolloré a rencontré le président de Telecom Italia et le soupçonne d'avoir passé un accord sur le téléphone mobile du groupe. Le patron breton assure, de son côté, être suivi par Jules Kroll. Une vieille connaissance : ce détective américain spécialisé dans les affaires financières aurait déjà travaillé contre lui lors du raid sur Delmas- Vieljeux. M. Bolloré sait qu'il ne peut pas faire voter contre la direction de Bouygues, lors de l'assemblée générale. Mais il espère entraîner des actionnaires dans son opposition à une résolution qui prévoit un quasi-doublement du capital social, en cas d'attaque boursière. La Caisse des dépôts, le CDR (consortium de réalisation), des fonds anglo-saxons lui auraient, dit-il, donné des assurances en ce sens. Lors de l'assemblée générale de Bouygues, le 10 juin, la résolution est adoptée avec 67,7 % des voix. Dès le juin, M. Bolloré demande des explications sur les votes au groupe Bouygues. Celui-ci lui transmet les pouvoirs et des votes par correspondance, et l'invite au siège à examiner les votes rejetés car arrivés trop tardivement. Tandis que la querelle grossit sur le sujet, la bataille sur les autres fronts continue. Le 7 juillet, lors d'un conseil d'administration, le groupe Bolloré s'oppose, seul, à la décision du groupe d'exercer son droit de préemption et de racheter les 10 % détenus par le britannique Cable Wireless dans Bouygues Telecom. Aujourd'hui, le camp Bolloré pense avoir fait une erreur psychologique en attaquant sur le téléphone, "la seule activité que Martin Bouygues ait créée". M. Bouygues, lui, se défend de tout attachement sentimental. Il se dit prêt à la vendre, si nécessaire, en remarquant que le temps joue pour lui : son activité de téléphone qui ne valait rien il y a trois ans est estimée à 30 milliards de francs. PLUSIEURS FRONTS A bout, M. Bouygues, qui a proposé à plusieurs reprises de racheter sa participation à M. Bolloré, porte son différend devant les autorités boursières. M. Bolloré contre-attaque devant le tribunal de commerce de Paris pour faire confirmer le pacte d'actionnaire. M. Bouygues réplique et demande au tribunal de casser le pacte. Dans le même temps, Vincent Bolloré porte sa participation dans Bouygues de 10,2 % à 11,5 % et annonce son intention de monter très vite à 14 %. Ce qui, au cours actuel, lui coûterait près de 700 millions de francs ! Mais son groupe qui compte empocher 600 millions de francs pour la vente de sa part dans Intertechnique (aéronautique) et tire des revenus substantiels de ses plantations en Malaisie et en Indonésie a les moyens. M. Bolloré ouvre un autre front : il demande au tribunal de commerce de Versailles une enquête sur l'assemblée générale de Bouygues. "770 000 votes par correspondance qui auraient entraîné le rejet [du dispositif anti-OPA], ont été rejetés, faute d'être arrivés dans les délais. A-t-on fait le nécessaire pour que ces votes arrivent tardivement ?", s'interroge Me Prat, l'avocat de M. Bolloré. A mi-mots, son entourage laisse entendre qu'il pourrait avoir eu entente entre le groupe Bouygues et des intermédiaires financiers Paribas, chargé de la centralisation des votes, et les fonds de placements du Crédit lyonnais pour ne pas transmettre les votes à temps. Paribas a diligenté une enquête interne pour faire toute la lumière sur l'acheminement des votes par correspondance. Le groupe Bouygues, qui a exceptionnellement fait appel à un huissier pour surveiller la régularité de son assemblée générale, se dit "scandalisé". Le tribunal de commerce de Versailles a nommé, le 3 août deux experts pour enquêter sur la tenue de l'assemblée générale. Fort de cette première victoire, M. Bolloré compte rallier à sa cause des actionnaires minoritaires et des fonds de pension. La guerre entre les deux adversaires s'annonce longue. Ils n'ont ni l'un ni l'autre les moyens de mener une bataille boursière de 30 milliards de francs, mais ils sont prêts à utiliser toutes les autres armes à leur disposition. M. Bolloré semble le plus isolé. Mais les "amis" de Bouygues qui se disent nombreux feront payer cher leur soutien. Quelle que soit l'issue du combat, le groupe Bouygues ne sera plus jamais comme avant. MARTINE ORANGE DOC AVEC UN DESSIN DE SERGUEI ENTREPRISES BATAILLE LES HUIT MOIS D'ASSAUT DE VINCENT BOLLORE CONTRE L'EMPIRE BOUYGUES Un pacte de défiance Signé en trois jours, le pacte d'actionnaires entre Martin Bouygues et Vincent Bolloré a des allures de pacte de défiance. Il ne s'attarde que sur les participations de chacun, les droits de préemption réciproques, l'interdiction de toute autre alliance pendant cinq ans. Un texte très favorable à Vincent Bolloré : celui-ci peut augmenter sa participation jusqu'à 14 % comme il l'entend, alors que Martin Bouygues ne peut pas se renforcer. Si le total des droits de vote dépasse les 33 %, seuil de déclenchement obligatoire pour une offre publique d'achat, c'est Martin Bouygues qui doit renoncer à ses droits de vote double. Au bout de deux ans, si Vincent Bolloré atteint les 14 % du capital, il se retrouve quasiment à égalité de droits de vote avec Martin Bouygues. En cas de désaccord, les deux associés ont la liberté de vote. Enfin, le droit de préemption ne peut s'exercer que sur la totalité des titres mis en vente. Ce qui en fait une arme de dissuasion dans un groupe de la taille de Bouygues. ENTREPRISES BATAILLE LES HUIT MOIS D'ASSAUT DE VINCENT BOLLORE CONTRE L'EMPIRE BOUYGUES PROFIL PRÉNOM : MARTIN MARTIN BOUYGUES LEMAITRE FREDERIC En 89, Martin Bouygues hérite du groupe fondé par son père. Il semble recevoir un empire en béton armé, consolidé par sa proximité avec l'Etat. Il prend en fait les rênes d'un groupe complexe, alliant le BTP, les services collectifs et TF 1, dont la fragilité a été masquée par la personnalité écrasante de son fondateur. Depuis le début de sa présidence, tout s'est cumulé : crise de ses métiers historiques le bâtiment et les travaux publics, affaires judiciaires qui lui valent trois mises en examen, enfin attaque boursière à la suite d'une trop grande dispersion du capital du temps de Francis Bouygues. Simple bachelier, Martin, fils cadet de Francis n'était pas a priori le dauphin désigné du roi du BTP. Centralien, Nicolas semblait avoir le profil idéal. Mais, pressé de prendre le pouvoir, le fils aîné ne put s'entendre avec son père. Francis choisira donc Martin, après avoir été impressionné par ses résultats à la SAUR dans les services collectifs. Entré, à vingt- trois ans, dans le groupe, en 75, comme conducteur de travaux sur le chantier parisien des Halles, M. Bouygues crée en 78 la société Maison Bouygues. Nommé membre du conseil d'administration de Bouygues en 82, Francis lui confiera en 86 un second secteur-clé : la responsabilité de la SAUR, puis deviendra vice- président du conseil d'administration du groupe en 87, avant d'en prendre la présidence. Depuis, M. Bouygues n'a rien renié de l'héritage paternel, s'attachant à développer toutes les activités du groupe : le chiffre d'affaires est passé de 56 à 91 milliards de francs en neuf ans. Sa principale création sera d'engager le groupe dans le téléphone mobile. Un investissement de 23 milliards de francs financé aux deux tiers par l'endettement. M. Bouygues a gardé à leur poste les barons de l'empire, comme Patrick Le Lay à TF 1 et surtout Michel Derbesse, le directeur général du groupe, qui y travaille depuis quarante ans. Paradoxalement, la seule personne à avoir claqué jusqu'à présent la porte est... Corinne Bouygues, qui a quitté la régie publicitaire de TF 1, en désaccord avec Patrick Le Lay, soutenu par Martin. C'est sans doute parce qu'il le jugeait affaibli par ces dissensions familiales, par plusieurs mises en examen et par une coûteuse diversification dans le téléphone, que Vincent Bolloré est parti à l'assaut du groupe. Mais, jusqu'à présent, l'état-major comme les salariés font bloc autour du PDG. FREDERIC LEMAITRE ENTREPRISES BATAILLE LES HUIT MOIS D'ASSAUT DE VINCENT BOLLORE CONTRE L'EMPIRE BOUYGUES Les forces en présence Le camp Bouygues les proches : la famille; les directeurs du groupe; les salariés. les administrateurs extérieurs : Jean Peyrelevade (Crédit lyonnais); Georges Chodron de Courcel (BNP); Antoine Jeancourt- Galignani (AGF); Pierre Barberis (groupe textile VEV); Michel Rouger (ex-CDR). les grands actionnaires : Crédit agricole, AXA, Nippon Life, et des fonds d'investissement comme Capital research. les banques-conseil : Goldman Sachs et Rothschild (Nicolas Bazire, ancien directeur de cabinet d'Edouard Balladur). les avocats : cabinet Jean-Michel Darrois. Le camp Bolloré les proches : Jean-Paul Parayre, vice-président du groupe Bolloré, Jacques Rossi, directeur général, ex-directeur au Crédit lyonnais; Bernard Esambert, vice-président, par ailleurs vice- président du groupe Lagardère. les conseillers extérieurs : Antoine Bernheim (associé-gérant chez Lazard, président de Generali); Alain Minc (membre du conseil de surveillance de Pinault-Printemps-Redoute). la banque-conseil : Lazard. les avocats : cabinet Jean-François Prat. La sphère économique les soutiens présumés de Bouygues, intéressés aussi par certaines de ses activités : François Pinault pour la téléphonie mobile, Jean- Luc Lagardère pour TF 1, Bernard Arnault (LVMH) pour TF 1 aussi. Claude Bébéar (AXA) et Albert Frère pourraient apporter leur appui. les intéressés au démantèlement de Bouygues : Gian Maria Rossignolo, président de Telecom Italia, pour le téléphone mobile en France; Jérôme Seydoux, président de Pathé, qui convoite TF 1; Jean-Marie Messier, PDG de Vivendi (ex-Générale des eaux), favorable à tout ce qui peut affaiblir son concurrent dans le téléphone et la télévision. La sphère politique Le RPR : très favorable à Martin Bouygues. Nicolas Sarkozy est un de ses très proches amis et lui sert à l'occasion d'avocat. Hostile à Vincent Bolloré depuis l'affaire de la banque Rivaud, banquier du parti. Le gouvernement : très prudent sur la question mais ne peut se désintéresser du sort de TF1 et du groupe, très lié aux collectivités locales. ENTREPRISES BATAILLE LES HUIT MOIS D'ASSAUT DE VINCENT BOLLORE CONTRE L'EMPIRE BOUYGUES PROFIL LE CHASSEUR D'HÉRITAGES VINCENT BOLLORE LESER ERIC Vincent Bolloré n'est pas un personnage courant dans le capitalisme français. Il a construit son groupe, sans fortune personnelle, à coups de conquêtes audacieuses dignes d'un raider anglo-saxon, dont il se défend pourtant d'être une réplique. A quarante-six ans, il a déjà derrière lui un long passé de conquêtes d'entreprises familiales. Il s'est fait une spécialité de la chasse aux "héritages". Tour à tour, la SCAC, Sofical, Job, Rhin-Rhône, Delmas-Vieljeux, Saga et même la forteresse Rivaud sont tombés dans son escarcelle. Cette fois, il s'attaque à Bouygues et à beaucoup plus fort que lui : ils sont bien peu, dans le milieu des affaires et le monde politique, à souhaiter voir le numéro un européen du BTP, et surtout TF 1, tomber entre ses mains. Mais l'homme a de la ressource. Il a toujours su, dans le passé, séduire, tirer parti des dissensions au sein des familles actionnaires et installer le désarroi. Il a aussi réussi à chaque fois à convaincre des alliés puissants de le suivre : le Crédit lyonnais, bien sûr, mais aussi Georges Pébereau (Marceau Investissements) et Claude Bébéar (AXA) lors de la prise de contrôle de Vieljeux. Aujourd'hui, les liens seraient distendus avec le PDG d'AXA. Le parcours de M. Bolloré commence en 81, avec le rachat, pour 2 francs "deux chèques de 1 franc chacun", de la papeterie de ses ancêtres, au bord de la faillite. Après avoir connu la gloire dans les années 80 et être devenu, presque à l'égal d'un Bernard Tapie, le symbole du ralliement de la France au mythe du capitaine d'industrie, le "manager de l'année 87" tombe de haut. Son empire en gestation a failli sombrer dans la récession au début des années 90. En 93, le groupe Bolloré perd 1 milliard de francs et croule sous 8,5 milliards de dettes. Mais il résiste, vend 3 milliards d'actifs entre 93 et 94 et montre des qualités de gestionnaire insoupçonnées. Les 200 millions de francs de chiffre d'affaires des Papeteries Bolloré sont devenus aujourd'hui 23,3 milliards dans les papiers spéciaux, les transports maritimes, le tabac et les plantations d'huile de palme. M. Bolloré a su ne pas se laisser griser par sa réussite et même mettre un terme à la fréquentation trop assidue des médias. Il a réussi aussi à ne pas être affecté par les tourments judiciaires de son beau-frère, Gérard Longuet. Son goût du secret il n'a pas de chauffeur, son habileté financière et son indépendance sont autant d'atouts que de handicaps. ERIC LESER TABLEAU DE BORD ECONOMIE RUSSIE : coût de la secheresse la sécheresse a coûté 7 milliards de roubles (7,2 milliards de francs) dont 3 milliards de roubles perdus pour l'agriculture, a indiqué un représentant au ministère de l'agriculture. TABLEAU DE BORD ECONOMIE CHINE : le rôle des reserves des banques est évoqué par Li Guobin L'utilisation des réserves des banques est une clef du maintien de la croissance du pays, a estimé dans le journal China Daily Li Guobin, économiste auprès du centre d'information de l'Etat. La banque centrale devrait, selon lui, pratiquer des opérations de marché pour recycler une partie de ces réserves vers des investissements d'infrastructures. TABLEAU DE BORD ECONOMIE CORÉE DU SUD : investissements étrangers directs en juillet Les investissements étrangers directs ont augmenté de 203,4 % en juillet par rapport à la même période de 1997 pour atteindre 1,24 milliard de dollars (7,4 milliards de francs), ont annoncé des responsables du ministère de l'économie. TABLEAU DE BORD CHANGES LUNDI 10 AOÛT, le dollar a poursuivi sa hausse par rapport au yen. Les cambistes, déçus par la prestation du premier ministre japonais à la veille du week-end, ont porté le billet vert au plus haut depuis huit ans à 146,64 yens. Le dollar a gagné du terrain à 5,96 francs et 1,78 marks. COMMUNICATION LES DÉPARTEMENTALES DE L'INFORMATION 6 - "La Presse de la Manche" et la nostalgie du "scoop" Depuis l'affaire Luchaire, le quotidien de Cherbourg essaie, non sans peine, de maintenir une tradition d'enquêtes AMALOU FLORENCE CHERBOURG de notre envoyée spéciale Vendredi 28 février 86, en première page de La Presse de la Manche, le titre s'étalait en grosses lettres : "EXCLUSIF. Trois cargos de munitions ont quitté le port pour Bander-Abbas : le rapprochement franco-iranien passe-t-il par Cherbourg ?" La veille de cette "Une" inattendue pour un journal local, Daniel Jubert, le directeur de la rédaction, a hésité. L'information était d'importance, mais les médias parisiens allaient-ils accorder foi à un petit quotidien du Nord-Cotentin ? "Si on lançait cette information et que personne ne la reprenait, on coulait. Si elle était reprise, on était hors d'eau", se souvient Jean Levallois, aujourd'hui rédacteur en chef adjoint. Treize ans plus tard, il apprécie toujours avec reconnaissance la dépêche de l'Agence France-Presse qui, la première, a fait écho à la découverte du journal cherbourgeois. Voilà qu'un modeste quotidien départemental, fondé il y a plus de cent ans par Jean- Baptiste Biard, un ouvrier du Livre, se retrouvait sous les feux de la rampe pour avoir publié une enquête retraçant la route vers l'Iran de trois cargos chargés d'obus. C'était le début de "l'affaire Luchaire". Carte maritime et le répertoire des Lloyd's à l'appui, La Presse de la Manche révélait la rupture par la France, de 82 à 86, de l'embargo sur les ventes d'armes destinées à Khomeiny. Le scandale d'Etat qui éclaboussa, pendant trois ans, le gouvernement et la classe politique française était parti de Cherbourg. La Presse, comme on l'appelle ici, voulait sans doute faire oublier son "ratage" de 69. Cette année-là, dans la nuit du 24 décembre, cinq vedettes lance-missiles israéliennes avaient déjà bravé l'embargo décrété par le général de Gaulle. On avait alors reproché au journal, pourtant aux avant-postes d'observation des chantiers navals et des 400 cargos qui transitent chaque jour au large de Cherbourg, de ne pas avoir eu le courage de révéler l'information. Pendant la seconde guerre, le journal, qui s'appelait alors Cherbourg Eclair, avait été accusé de collaboration. Rebaptisé La Presse cherbourgeoise à la Libération, il a été confié par le fondateur Biard à son gendre, Marc Gustianini, qui s'était illustré dans la Résistance. Devenu La Presse de la Manche en 53, le "journal d'information laïc et républicain" allait rester aux mains de la famille Gustianini jusqu'en 90, date de son rachat par Ouest-France. Aujourd'hui, les six rédacteurs permanents de Cherbourg se souviennent à peine de l'affaire Luchaire. L'équipe a été totalement renouvelée. Seul Jean Levallois conserve un lien avec l'historique enquête du quotidien. Daniel Jubert et Jean-Pierre Beuve, les deux journalistes récompensés en 87 par la Fondation Mumm pour leur "scoop", ont quitté le journal depuis plusieurs années. Daniel Jubert, qui avait soutenu, lors de la vente, la candidature du groupe Hersant contre celle de Ouest-France, est parti s'occuper des périodiques polonais de la Socpresse. De son côté, Jean-Pierre Beuve, à qui La Presse devait les vérifications des routes maritimes depuis son poste de correspondant à Coutances, poursuit sa route de journaliste local à Ouest-France (Caen). "Chez nous, personne n'est dans un moule et on a tous une grosse influence sur le résultat final" La Presse de la Manche a entamé sa troisième vie, depuis sa prise de contrôle par le groupe de François-Régis Hutin. Payé une fortune 80 millions de francs alors qu'il avait été évalué 35 millions de francs, le petit quotidien lutte aujourd'hui contre l'asphyxie. Il est cantonné au nord de la presqu'île, sans espoir de développement "on ne va pas aller donner à lire aux poissons", sourit Jean Levallois dans une agglomération cherbourgeoise qui se vide. Il est bloqué au sud par Ouest-France, qui vend l'essentiel de ses 35 000 exemplaires au-dessous des "marais inondables". Depuis le rachat par le groupe rennais, qui contrôle toute velléité de son petit concurrent vers le sud, les moyens manquent et la rédaction reste très artisanale malgré ses 25 000 exemplaires vendus quotidiennement. "On fait tout dans l'urgence, parfois avec des éclairs de génie, parfois on pond de grosses catastrophes", reconnaît Philippe Lebarillier, le rédacteur en chef. Pas évident de travailler quand les pellicules de photos sont toujours acheminées par "hors-sac" depuis La Glacerie, Octeville ou Bricquebec par les chauffeurs de bus de ligne qui les déposent ( "quand ils n'oublient pas") dans la boîte aux lettres du journal. Mais, "même si on a la tête dans le guidon, on arrive quand même à faire un vrai journal", affirme le patron de la petite équipe dont l'humeur est, malgré le crachin, au beau fixe. Les journalistes, auteurs en moyenne de trois ou quatre articles chaque jour avec les cinq correspondants à Saint-Lô, Valogne et sur la côte ouest, et un important réseau d'échotiers, se réjouissent de leur liberté : "Chez nous, personne n'est dans un moule et on a tous une grosse influence sur le résultat final", explique l'une des rédactrices. Ils regrettent simplement que la page consacrée à l'état civil reste la première lue au détriment des pages d'investigation ou de reportage. La plupart estiment être "encore aujourd'hui aux premières loges pour toutes les affaires de pétrole, de drogue, parce qu'on connaît les gens qui surveillent". Et tentent, entre faits divers du bocage et des côtes des Isles, de maintenir ce qui peut apparaître aujourd'hui comme la tradition de grand reportage et de l'investigation cherbourgeoise. FLORENCE AMALOU DOC : texte accompagné d'un tableau et d'une reproduction de la " Une " TABLEAU DE BORD ECONOMIE FRANCE : balance des paiements courants en mai 98 La balance des paiements courants a enregistré un excédent de 21,736 milliards de francs en mai après un excédent de 21,073 milliards en avril, selon des chiffres provisioires publiés lundi par le ministère de l'économie et des finances. TABLEAU DE BORD MARCHÉS FINANCIERS PARIS LUNDI 10 AOÛT à l'ouverture, la Bourse de Paris a cédé 0,79 %, à 4 009,81 points, entraînée à la baisse par l'action France Télécom ( 1,5 %). Le titre de l'équipementier Bertrand Faure a accusé une perte de 5,9 %. En dépit de l'étude de l'Agence internationale de l'énergie estimant que le cours du baril de pétrole devrait rester faible, les titres Elf Aquitaine et Total sont restés stables. FRANCFORT LUNDI 10 AOÛT, la Bourse allemande a débuté la semaine sur une note hésitante. Après avoir gagné 0,23 %, l'indice Dax s'est replié de 0,25 %, à 5 585,10 points. Vendredi 7 août, il avait gagné 1,27 %, à 5 598,31 points. L'action Daimler Benz avait progressé de 4,28 % après l'annonce des modalités de la fusion avec Chrysler. TOKYO LUNDI 10 AOÛT, l'indice Nikkei a perdu 1,28 %, à 626,42 points. Les valeurs bancaires ont fortement baissé. Les opérateurs craignent que l'opposition ne retarde l'adoption des lois de restructuration du système bancaire dont l'examen a débuté lundi. NEW YORK VENDREDI 7 AOÛT, la Bourse de New York a terminé la séance sur un gain de 0,24 %, à 8 598,01 points. Le ralentissement des créations d'emplois en juillet du fait de la grève chez General Motors a éloigné les craintes d'un relèvement des taux directeurs de la Réserve fédérale. TABLEAU DE BORD ECONOMIE ALLEMAGNE : compétitivité des entreprises en 97 La compétitivité des entreprises allemandes s'est détériorée en 97, selon une enquête de la Fédération des chambres de commerce et d'industrie allemandes. La part de l'Allemagne dans le commerce mondial a diminué de 0,7 % par rapport à 96 et se situait en 97 à 10 %. TABLEAU DE BORD ÉCONOMIE L'inflation allemande inférieure à 1 % LES PRIX à la consommation ont augmenté de 0,3 % en Allemagne en juillet, ce qui porte leur hausse sur un an à 0,9 %, selon un chiffre définitif publié lundi 10 août par l'Office allemand des statistiques. Il s'agit du niveau le plus faible depuis la réunification. La première journée du championnat de France de football 1998-1999 Paris-Saint-Germain tombe à Bordeaux AVEC ALAIN GIRESSE désormais aux commandes, le Paris-Saint-Germain a mal débuté le championnat. Logiquement battue (3-1) à Bordeaux par une séduisante formation girondine qui a inscrit trois buts signés Lilian Laslandes, Sylvain Wiltord et Ali Benarbia, l'équipe parisienne, profondément modifiée par rapport à la saison passée, n'a pu sauver l'honneur que grâce à un tir superbe signé Augustine Okocha. Si la star du Nigeria, entrée en cours de jeu, a démontré par moments toute sa classe, les autres recrues parisiennes ont été décevantes, notamment le défenseur international allemand Christian Wörns, à la peine face à Lilian Laslandes. A noter les expulsions du Bordelais Michel Pavon et de la nouvelle recrue parisienne Bruno Carotti. RECORD D'AFFLUENCE Dans un Stade-Vélodrome rempli par 58 000 supporteurs, l'Olympique de Marseille a rempli son contrat, battant (2-0), sans panache mais avec réalisme, le FC Nantes grâce à des buts signés Fabrizio Ravanelli et Eric Roy. Bons débuts également du Stade Rennais, entraîné par l'ancien joueur parisien Paul Le Guen, et dont les ambitions sont réelles. Un but signé Laurent Huard a permis aux Bretons de battre l'AJ Auxerre. La surprise est venue de Toulouse, où les champions en titre du RC Lens ont été logiquement battus 3-2 après avoir pourtant mené deux fois au score. Le duel de l'Est entre deux promus s'est achevé sur un match nul (1-1). Le vétéran irlandais Tony Cascarino a ouvert le score pour Nancy avant que Kofi Fiawoo n'égalise à la dernière minute pour Sochaux. A Strasbourg, le Racing local n'a pu venir à bout de Lyon (0-0) alors que Montpellier arrachait le match nul (2-2) dans les arrêts de jeu à Bastia. Comme prévu, les records d'affluence ont été battus à l'occasion de cette première journée, la moyenne s'établissant à 20 8 spectateurs par match. Les résultats : Toulouse-Lens 3-2; Bordeaux-PSG 3-1; Le Havre- Metz 0-0; Lorient-Monaco 1-2; Marseille-Nantes 2-0; Strasbourg- Lyon 0-0; Bastia-Montpellier 2-2; Rennes-Auxerre 1-0; Nancy- Sochaux 1-1. Le classement : 1. Bordeaux, Marseille, Toulouse, Monaco, Rennes 3 points; 6. Bastia, Montpellier, Sochaux, Nancy, Lyon, Strasbourg, Le Havre, Metz 1 pt; 14. Lorient, Auxerre, PSG, Nantes 0 pt. ATHLÉTISME : deux records de France ont été améliorés, samedi 8 août, à Monaco, Deux records de France ont été améliorés, samedi 8 août, à Monaco, lors du meeting Herculis. Mustapha Essaid a couru le 3 000 m en 7 min 30 s 78 (contre 7 min 34 s 46 pour El Himer, le 29 juillet à Paris). Sur 1 500 m, Driss Maazouri a porté le record national à 3 min 31 s 59 (contre 3 min 32 s 37 par Eric Dubus, le 12 juillet 95 à Nice). Première journée du championnat de France de football 98-1999 Lens, champion en titre, commence mal une saison qui ne s'annonce pas très bien CONSTANT ALAIN TOULOUSE de notre envoyé spécial Champions de France au pays des champions du monde. Il y a quelques semaines, avant que la vague bleue ne fasse chavirer toute une nation, ce sont les Sang et Or lensois qui entraient dans la légende en remportant le premier titre de champion de France de l'histoire du club nordiste. Un succès mérité pour une équipe au style de jeu attachant. Mais comme souvent en pareil cas les lendemains de fête ont été difficiles. La perspective de disputer la prestigieuse Ligue des champions n'a pas été suffisante aux yeux de trois joueurs-clés, qui ont choisi l'argent plutôt que les incertitudes de la gloire. Avec les départs d'un défenseur emblématique (Jean-Guy Wallemme, parti à Coventry), d'un meneur de jeu décisif (Stéphane Ziani, à La Corogne) et d'un buteur efficace (Anto Drobjnak, à Osaka), le Racing Club de Lens semblait mal parti pour défendre son titre et représenter dignement le football français dans la plus prestigieuse des compétitions continentales. Face à ce début de pillage, l'entraîneur Daniel Leclercq ne cachait pas sa déception, en évoquant notamment le cas Wallemme, parti chercher fortune dans un modeste club anglais. "S'il y a un joueur qui ne devait pas partir, c'est bien lui. Il devait se sentir concerné par notre avenir à un moment crucial, l'année où on était en train de devenir un grand club", avouait-il, il y a quelques jours, à l'hebdomadaire France Football. UN NOUVEAU SPONSOR Heureusement pour les supporteurs du club nordiste, l'exode s'est arrêté là. Et, en coulisses, l'équipe dirigeante présidée par Gervais Martel a beaucoup travaillé pour que le développement du Racing Club de Lens ne soit pas stoppé net. Sur le marché des transferts, près de 100 millions ont été dépensés pour attirer de jeunes joueurs prometteurs. Stéphane Dalmat, dix-huit ans, en provenance de Châteauroux, Daniel Moreira, vingt ans, de Guingamp, Alex Nyarko, vingt-quatre ans, de Karlsruhe, Cyril Rool, vingt-trois ans, de Bastia, ont débarqué dans le Nord. Quatre joueurs considérés par tous les observateurs comme de futurs "grands". Sans oublier l'arrivée de Pascal Nouma (vingt- six ans), appelé à remplacer à la pointe de l'attaque Anto Drobjnak. Un recrutement de qualité qui satisfait Daniel Leclercq. Outre l'arrivée de nouveaux joueurs, le Racing Club de Lens a également continué de développer ses structures. Le nombre d'abonnés a doublé, passant de 9 000 à 000, et le budget de fonctionnement du club a grimpé en flèche, de 120 à 5 millions de francs. La saison dernière, le principal sponsor maillot du club, le constructeur automobile coréen Kia, n'avait, en raison de sa situation économique délicate, apporté qu'une somme modeste dans les caisses du Racing. Le titre de champion de France a permis d'attirer cette saison un sponsor beaucoup plus généreux, France Telecom, qui a signé un partenariat de trois ans. Avec un stade Félix-Bollaert rénové et capable d'attirer dans ses loges les nombreux partenaires économiques locaux, le Racing Club de Lens semble voguer vers l'an 2000 avec de réels atouts. Mais la seule réalité valable reste celle du terrain, et la première sortie des champions de France en titre était attendue avec beaucoup d'intérêt. Le hasard du calendrier avait désigné le splendide Stadium de Toulouse comme lieu de rendez-vous, et c'est sous les yeux intéressés du nouveau sélectionneur Roger Lemerre, ancien entraîneur du club nordiste, que le Racing Club de Lens débutait sa saison, samedi 8 août, face au TFC. Fidèle à ses idées, Daniel Leclercq alignait son équipe en 4-3-3, et au coup d'envoi, les seuls nouveaux joueurs lensois présents sur la pelouse par rapport à la saison passée avaient pour noms Alex Nyarko, Stéphane Dalmat et Pascal Nouma. "MANQUE DE RIGUEUR" Quatre-vingt-dix minutes plus tard, le Racing Club de Lens quittait le Stadium avec une défaite méritée (3-2), et personne, côté lensois, ne cachait sa déception. En ayant pourtant mené deux fois au score, les champions de France 97-1998 ont été incapables de gérer correctement ce match de reprise. Fébriles, figés en défense, les coéquipiers du nouveau capitaine Frédéric Déhu ont encaissé trois buts sur des erreurs individuelles inhabituelles à ce niveau. "Le manque de rigueur a été flagrant. Il est évident qu'en jouant ainsi en Ligue des champions nous allons à la catastrophe. Il faut que les joueurs se reprennent. Mais la pression qui pèse sur eux est plus dure que la saison passée", lançait Gervais Martel à l'issue du match. A quelques pas de lui, Daniel Leclercq résumait en une phrase la situation : "Il ne suffit pas de se présenter sur le terrain avec le titre de champion de France pour l'emporter !" Visiblement très déçu, l'entraîneur lensois continuait : "Je suis surpris par l'attitude de mes joueurs. J'étais persuadé que nous allions aborder ce nouveau championnat d'une autre façon ! Ce soir, j'ai noté une absence complète de cohésion entre les lignes." Triste constat pour une "première" ratée. ALAIN CONSTANT A l'Olympique de Marseille, on recrute aussi le public Dès la première journée du championnat de France de football 98-1999, l'OM a joué dans un Stade-Vélodrome comble. Ce succès résulte plus de la politique commerciale du club que d'un "effet Mondial" SAMSON MICHEL SPORTS La première journée de la saison 98-1999 du championnat de France de football de première division, qui a eu lieu vendredi 8 et samedi 9 août, a été notamment marquée par la victoire de l'Olympique de Marseille sur le FC Nantes (2-0) devant un Stade-Vélodrome comble. QUELQUE 58 000 SPECTATEURS ont assisté à ce match. La nouvelle politique commerciale du club, qui a permis d'attirer près de 37 000 abonnés, explique en grande partie une telle affluence. L'AFFLUENCE MOYENNE de cette journée s'établit à 20 8 spectateurs par match, nouveau record de la compétition. LE CHAMPION DE FRANCE sortant, le Racing Club de Lens, diminué par de nombreux départs à l'intersaison, a été défait (3-2) à Toulouse. LE PARIS-SAINT-GERMAIN a commencé sa saison par une défaite à Bordeaux, malgré de gros efforts de recrutement. MARSEILLE de notre correspondant régional Robert Pirès, champion du monde au regard sage, l'a dit après le match, en cherchant un peu ses mots : "C'est fabuleux, c'est fabuleux !" Il venait de découvrir, samedi 8 août, le Stade-Vélodrome de Marseille et ses 58 000 spectateurs enthousiastes. L'ancien Messin pouvait être d'autant plus satisfait qu'il avait adressé une passe décisive à Fabrizio Ravanelli pour le premier but de la saison (49e minute) de l'Italien qui reste bien l'idole du lieu et du club. Quand on lui demandait ce que cela faisait d'être ovationné dès l'échauffement, Florian Maurice, lui, a dit : "C'est émouvant. J'avais un peu l'impression que ça m'était déja arrivé dans mes rêves." Jocelyn Gourvennec, qui venait de battre (2-0) ses anciens camarades nantais, n'en revenait pas. "A la Beaujoire, se souvenait-il, on nous sifflait quand on était 0-0 à la mi-temps. Ici ça pousse tout le temps." Pourtant, l'équipe de stars de Rolland Courbis trois champions du monde en titre (Robert Pirès, Laurent Blanc, Christophe Dugarry), un quart de finaliste dans les buts (l'Allemand Andreas Köpke), un défenseur qui a participé au Mondial (le Sud-Africain Pierre Issa), un recrutement de haut niveau chez les rivaux français (Peter Luccin de Bordeaux, Sébastien Poratto de Monaco) et quelques anciens costauds (Eric Roy, Fabrizio Ravanelli, Cyril Domoraud) n'a fourni qu'un football très scolaire. "On a gagné en étant moyens et laborieux", expliquait l'entraîneur. Malgré une domination constante des Olympiens, il fallut attendre l'ultime minute du match pour qu'Eric Roy, sur une passe de Christophe Dugarry, trompe d'un tir en cloche des 40 mètres le goal nantais aventureusement sorti. L'Olympique de Marseille a donc entamé sa saison sportive de la meilleure manière possible, après que son équipe dirigeante eut commencé la sienne au mieux sur le plan financier. Avec 36 045 abonnés, et probablement près de 38 000 d'ici fin août, pour les dix-sept matches du championnat à domicile, l'OM bat de très loin tous les records nationaux. 23 000 abonnements, au tarif de 550 francs, concernent les deux virages, qui contiennent 28 000 places. Ils ont été placés par les associations de supporteurs qui les avaient achetés au club 450 francs. Les autres sont des places numérotées : les prix couraient de 1 400 à 9 000 francs, un tarif spécial (1 000 francs) étant réservé aux enfants accompagnés jusqu'à quinze ans, manière d'attirer les familles. Les effectifs ont donc plus que doublé dans toutes les catégories et cela laisse augurer quelques déçus pour les chocs prestigieux ou les rencontres européennes si l'équipe y fait un bon parcours. Pour le premier match du championnat de France 98-1999, cet OM-Nantes joué à guichets fermés, les places restantes ont été vendues en quarante-huit heures pour atteindre finalement le nombre de 58 000 spectateurs. Quant aux cinquante-quatre loges, elles sont occupées à l'année par des sociétés qui ont pour la plupart reconduit leur contrat. Trente autres seraient disponibles qu'elles seraient occupées. VENUS DE LOIN Selon la direction du club, les 35 000 "accros" se répartissent en quatre groupes. D'abord les abonnés fidèles qui sont revenus, un peu plus nombreux. Ensuite d'anciens abonnés, repris par la passion et la promesse de victoires. Viennent après des amateurs occasionnels qui ont vite compris qu'à ces tarifs- là, ils récupéreraient facilement leur mise : même si les abonnements sont nominatifs, ils trouveront bien un moyen d'utiliser leur billet s'ils ne peuvent venir eux-mêmes. Il y a enfin de nouvelles recrues encore mal connues d'un club qui compte bien les identifier dès l'automne en commanditant une étude sur son public captif. Premier constat cependant : l'aire géographique d'influence de l'OM s'est élargie. Lors de la saison 1997-1998, elle rayonnait sur une distance équivalant à une heure de trajet en voiture autour de Marseille. Désormais, elle atteint des fidèles jusque dans la Drôme ou l'Hérault. Cet engouement n'est pas essentiellement dû à la victoire française en Coupe du monde. Au 2 juillet, soit dix jours avant le triomphe des Bleus, 24 500 abonnés s'étaient déja inscrits. La bonne saison 97-1998 de l'équipe phocéenne, sa participation acquise à la Coupe de l'UEFA et l'assurance qu'un recrutement de haut niveau serait effectué en sont plutôt la cause. Le timing de la campagne, l'efficacité améliorée de la gestion, des tarifs mieux différenciés expliquent aussi cette réussite. Le Mondial 98 et l'enthousiasme qu'il a créé à Marseille auraient, selon le président délégué Jean-Michel Roussier, seulement amplifié un mouvement en cours. UNE VRAIE ENTREPRISE Ces données nouvelles permettent à la société anonyme à objet sportif (SAOS) d'envisager son avenir avec tranquillité : les recettes de billeterie seront supérieures aux estimations et atteindront plus du tiers du total des rentrées d'argent, un autre gros tiers viendra du sponsoring (Adidas et Ericsson en sont les poids- lourds) et des partenariats de télévision; les licences et le marketing boucleront le reste. Deux catalogues (32 et 80 pages) seront les supports majeurs de la vente de produits dérivé estampillés OM essentiellement du sportswear qui s'appuie sur huit boutiques. Car, on l'a compris, si l'OM reste un club sportif, la SAOS-OM est de plus en plus une entreprise de spectacles et un diffuseur de chaussures, d'habits et d'objets divers. Cette évolution est au coeur du conflit qui oppose le président délégué de l'OM, Jean-Michel Roussier, aux différents clubs de supporteurs, qui réclamaient, samedi encore, sa démission par des banderoles cruelles et des mots d'ordre lancés dans les moments creux du match. Les différents groupes ont par exemple refusé de communiquer leurs fichiers d'adhérents et d'abonnés, alors que le club, estimant y avoir droit, les demandait pour pouvoir contacter directement ce public. Tout le problème de l'Olympique de Marseille du président Robert-Louis Dreyfus va être désormais de concilier ces logiques qui ne tiendront ensemble que si, sur le terrain, l'équipe réalise les prouesses promises. MICHEL SAMSON DOC : avec photo Tennis : Mary Pierce bat Martina Hingis puis se blesse HANDICAPÉE PAR UNE BLESSURE au quadriceps droit, la Française Mary Pierce s'est inclinée, dimanche 9 août, en finale du tournoi de San Diego (Etats-Unis) 6-3, 6-1 face à l'Américaine Lindsay Davenport. Mary Pierce s'était blessée le matin même, au lendemain de sa brillante victoire (3-6, 7-6 (9-7), 6-2) sur la Suissesse Martina Hingis, numéro un mondiale. "Le service, le déplacement, tout mon jeu a été affecté [par ma blessure]. Et pour affronter Lindsay, il faut être au sommet...", a déclaré Mary Pierce, qui devrait, malgré cette défaite, gagner trois places au prochain classement mondial et atteindre le 13e rang. LOTO : résultats des tirages no 63 du Loto, effectués samedi 8 août Premier tirage : , 24, 26, 41, 46, 49, numéro complémentaire le 42. Rapports pour six bons numéros : 8 294 125 francs; pour cinq bons numéros et le complémentaire : 211 335 francs; pour cinq bons numéros : 7 300 francs; pour quatre bons numéros et le complémentaire : 346 francs; pour quatre bons numéros 3 francs; pour trois bons numéros et le complémentaire : 34 francs; pour trois bons numéros : francs. Second tirage : 7, 16, 22, 27, 29, 39, numéro complémentaire le 14. Rapports pour six bons numéros : 31 727 665 francs; pour cinq bons numéros et le complémentaire : 96 840 francs; pour cinq bons numéros : 6 295 francs; pour quatre bons numéros et le complémentaire : 262 francs; pour quatre bons numéros : 131 francs; pour trois bons numéros et le complémentaire : 26 francs; pour trois bons numéros : 13 francs. La première journée du championnat de France de football 1998-1999 En D 2, Guingamp s'impose à Lille L'affiche de la première journée du championnat de deuxième division opposait Lille à Guingamp, deux équipes qui évoluaient la saison dernière à l'étage supérieur. Devant près de 10 000 spectateurs, les Nordistes ont été battus à domicile, samedi 8 août, sur le score de 2 buts à 1, par une surprenante formation bretonne pourtant privée de sa plus célèbre recrue de l'intersaison, Jean-Pierre Papin. Les trois autres vainqueurs de la journée sont Troyes (2-1 face à Cannes), Laval (2-1 contre le promu Ajaccio) et Gueugnon (2-1 devant Caen). Les six autres rencontres se sont terminées sur un match nul : Red Star-Wasquehal 0-0; Saint-Etienne - Sedan 1-1; Nice-Châteauroux 1-1; Nîmes-Niort 1-1; Valence-Amiens 1-1; Le Mans-Beauvais 1-1. 16 LE CARNET DU VOYAGEUR FRANCE. Après les environs de Paris, l'Institut géographique national publie, dans la série "Une ville et ses environs", Lyon et ses environs, une carte routière et touristique au 1 / 0 000 couvrant une zone allant de Mâcon à Romans-sur-Isère et de Roanne à Annecy. Prix : 23 F. A noter également, dans la série "Culture et environnement", un Beaujolais au 1 / 80 000 (46 F), édité avec l'Union interprofessionnelle des vins du Beaujolais, et une France VTT et randonnées cyclo (29 F) au 1 / 1 000 000 avec parcours par niveaux de difficulté, centres VTT, stages, etc. HÔTELS. La nouvelle édition du Guide 98/1999 des hôtels Accor rassemble les 3 000 établissements du groupe présents sur les cinq continents avec les marques Sofitel, Novotel, Mercure, Jardins de Paris, Pannonia, Ibis, Etap Hotel, Formule 1, Motel 6, Parthenon, Hotelia et les labels Atria, Coralia et Thalassa. Nouveautés : la présence des 107 restaurants CourtePaille en France et des restaurants Lenôtre à Paris, une présentation des marques du groupe et des informations sur ses autres secteurs d'activité. Disponible dans les hôtels Accor, ce guide est également envoyé sur simple appel téléphonique au 01-60-87-90-00. ÉTATS-UNIS. L'extension, début 99, du centre de conventions de La Nouvelle- Orléans se traduira par une augmentation de la capacité hôtelière de la ville. Plus de 7 400 chambres seront ainsi mises sur le marché d'ici à 2002, soit une augmentation de 26 % du parc hôtelier, qui compte déjà 27 500 chambres. FESTIVAL La nuit Boréalis confirme le succès de la musique techno en France Jeff Mills, DJ "Aucun genre musical n'a à ce point aboli les frontières raciales" DAVET STEPHANE MONTPELLIER de notre envoyé spécial Les mantras implacables de Jeff Mills viennent de saluer l'aurore. Dans le ciel, pas d'autres nuages que ceux de poussières jaunes soulevées par les milliers de danseurs qui s'agitent encore sur la prairie brûlée. Le DJ de Detroit et plus de trente autres virtuoses des platines et des ordinateurs viennent d'attirer 25 000 personnes au parc Grammont de Montpellier. Dans la nuit du 8 au 9 août, Boréalis a confirmé brillamment qu'il est le plus gros festival techno français. Fin d'une longue diabolisation ? Emballement commercial ? Jamais on n'a organisé en France autant de rassemblements estivaux consacrés aux musiques électroniques. Avec des fortunes diverses. Malgré les réussites encourageantes d'Exil à Cherbourg ou d'Astropolis à Concarneau, l'été a aussi été marqué par les déroutes d'Aréa, à Amiens, ou de la soirée Francophonique de La Rochelle. Quel secret distingue cette nuit montpelliéraine, le "must" des fêtes techno officielles ? L'association, sans doute, de deux compétences. Celle d'un collectif sudiste, les Pingouins, responsable de tous les choix artistiques. Celle d'un producteur local, Tutto Va Bene, rodé à l'organisation technique. Les premiers ont acquis, depuis 93, une crédibilité en béton. Cette année-là, les Pingouins réunissent 2 500 personnes sur le parking d'une discothèque de Pézenas. Boréalis est né. L'envie de partager leur passion avec le plus grand nombre les convainc de collaborer avec un producteur, Bruno Asselin, de Tutto Va Bene, jusque-là spécialisé dans le rock et la variété. Deux nuits, restées mythiques, présentées dans les arènes de Nîmes en 94 et 1995, prouveront que la qualité des ambiances et de la programmation n'a pas à souffrir du professionnalisme de l'organisation. Pour cause de paranoïa policière, Boréalis disparaît en 96, avant de renaître en 97 à Montpellier, malgré les réticences sécuritaires. Moins de problèmes, cette année. "Notre réussite de l'an dernier a fait disparaître beaucoup de craintes, explique Bruno Asselin. D'autres soirées en France ont profité des portes ouvertes par Boréalis." Cela n'empêche pas le producteur de s'inquiéter lorsque, dans la nuit, un responsable de la mairie lui signale que les douanes viennent de procéder à de nombreuses saisies de produits prohibés autour du site. Sur l'immense pelouse, on croise moins de regards hallucinés que de groupes rigolards. Tendances : cheveux courts, tee-shirts amples, lunettes de soleil métallisées donnant un look "créature de Roswell"... On flâne entre les stands de tatouages effaçables et de vinyles, on s'allonge sur l'herbe en admirant la pleine lune, on compose sa soirée, mixant les sons bombardés au gré de ses déambulations... Les plateaux de quatre scènes présentent la musique électronique dans sa diversité. Contrairement à l'an dernier (Chemical Brothers, Daft Punk...), on trouve des pointures Laurent Garnier, Sven Vath, Jeff Mills, Photek, Grooverider..., mais pas de têtes d'affiche évidentes. Pour Josselin Hirsch, l'un des Pingouins en chef : "Nous ne voulions pas que l'attention du public ne soit mobilisée que par quelques noms. Il fallait laisser plus de place aux découvertes." ARYTHMIE DU DRUM'N'BASS L'immense vaisseau blanc de la compagnie Malabar fend la marée humaine. Si le budget artistique est de 500 000 francs, celui de la technique dépasse les 4 millions, conséquence d'une volonté d'améliorer spectaculairement le décor, les éclairages et les animations. Aucun stimuli ne manquera pour emballer la fête. Même le Kronogyre, petite scène occupée par des DJ locaux, dispose d'une nacelle mécanique mise en scène par des cyber drag queens. L'Olympe concentre une nuée d'effets spéciaux, tout autant dirigés vers les artistes que sur les spectateurs. Cette scène, la plus vaste de Boréalis, accueille la programmation la plus éclectique. Photek, par exemple, intellectualise l'arythmie du drum'n'bass, au point d'élaborer sur disque des abstractions d'une beauté glacée. Dans son set de DJ, le jeune Anglais injecte une sensualité jazzy à ses jeux cérébraux. Sur cette même scène, on apprécia d'autant plus le concert de Bentley Rhythm Ace que les performances "live" furent rares cette année à Boréalis. Sans s'embarrasser de bon goût, ces Britanniques catapultent hip hop, rock, house et funk en un joyeux bordel psychédélique. Dans le fond, des stromboscopes illuminent leurs initiales. BRA, en anglais, signifie également "soutien-gorge"... MITRAILLAGE MÉTALLIQUE Les "accros" de la danse se sont attardés à l'Eden et au Kabal. L'Eden programmait de la house. Jeff Craven, Kerri Chandler, Cassius se souvenaient des racines noires de cette musique née à Chicago au milieu des années 80. François Kevorkian, le doyen des DJ français, installé à New York depuis 75, sublimait son amour du funk en un set qui mariait à merveille électronique mélancolique et groove sudatoire. Mais le plus grand nombre de "ravers" se concentrait dans ce château fort rouge, décoré de créatures sanguines et baptisé Kabal. Les militants du son techno le plus hardcore y bastonnaient leurs beats. Le Suédois Cari Lekebush vomit un maelström d'infra-basse sur lequel s'emballe un mitraillage métallique. Dans le public, on peut palper la même énergie brute, le même goût des défoulements extrêmes que lors des "free party". Avec Lekebush, des vedettes du genre comme Marco Carola ou Adam Beyer font un triomphe. Les maxis de ces DJ ne se vendent qu'à trois ou quatre mille exemplaires. Durant la nuit Boréalis, beaucoup plus de danseurs leur faisaient face. Comme le précise Josselin Hirsch : "Cette musique reste une musique de DJ, faite pour écouter en soirée plus que chez soi. L'économie de ce marché reste artisanale. Beaucoup de gens ont tendance à surévaluer la culture techno." Et Boréalis continuera d'y contribuer. STEPHANE DAVET FESTIVAL La nuit Boréalis confirme le succès de la musique techno en France Vingt-cinq mille personnes réunies au parc Grammont de Montpellier ont dansé jusqu'à l'aurore du dimanche 9 août au son des rythmes hypnotiques des DJ, dont Jeff Mills est l'un des représentants les plus innovateurs. Il est aussi le théoricien d'une électronique minimale DAVET STEPHANE Le plus grand rassemblement français "officiel" d'amateurs de musique techno, Boréalis, a regroupé vingt-cinq mille personnes dans la nuit du samedi 8 au dimanche 9 août au parc Grammont de Montpellier. LE SUCCÈS de cette soirée, soutenue par la mairie, qui n'a été marquée par aucun incident grave, sonne peut-être la fin de la "diabolisation" de ces rave-parties, désormais rebaptisées festivals techno. L'EMBALLEMENT POPULAIRE et commercial autour de cette forme de musique électronique s'est traduit par de nombreux rassemblements du même genre au cours des dernières semaines. Boréalis a été l'un des sommets de l'été techno en France. LES DJ Laurent Garnier et Jeff Mills ont été les principales vedettes de la nuit qui a fait danser la foule jusqu'à l'aurore dans des décors, des éclairages et des animations hypnotiques. SI LA HOUSE MUSIC est née dans les clubs de Chicago, la techno a été baptisée dans les laboratoires de Detroit. En invitant Jeff Mills à Montpellier, les organisateurs de Boréalis ont rendu hommage à l'un de ces pionniers qui, à l'orée des années 90, dépouillèrent à l'extrême la sensualité des musiques noires, frigorifiant les rythmes à l'aide de la robotique. A trente-cinq ans, ce nightclubber continue d'innover. Comme DJ globe-trotter, pourvoyeur d'extases hypnotiques, mixant en virtuose avec ses trois platines. Comme musicien-producteur cérébral et mystique, théoricien d'une électronique minimale. "Vous avez la réputation d'être un DJ très rapide, capable de mixer entre trente et cinquante disques à l'heure à l'aide de trois platines et d'une boîte à rythmes... Je le fais quand cela est nécessaire, pour obtenir des danseurs certains types de réaction, pas par goût de la performance technique. L'intérêt de ces trois platines est surtout acoustique, pour que trois fois plus de sons sortent des enceintes. Quand un morceau est très minimaliste et très structuré, les trois platines fonctionnent comme les pistes d'un studio d'enregistrement. Les aigus à droite, les basses à gauche, les samples et les médiums sur la platine du milieu. Je peux créer à chaque fois un morceau complètement nouveau. Pourquoi Detroit est-elle devenue la capitale américaine de la techno ? Il existe dans cette ville une longue tradition musicale. Du vaudeville en passant par le blues, le jazz, le rock et bien sûr le rhythm'n'blues et la pop noire du label Tamla Motown. A Detroit, les parents ne s'étonnent pas si leur enfant décide de devenir musicien. A une certaine époque, des gens d'une même tranche d'âge ont été influencés par les mêmes musiques, stations de radio, DJ ou clubs. Je passais ma vie en boîte de nuit. Avec Derrick May, Carl Craig, Juan Hawtin ou d'autres futurs DJ, nous fréquentions les mêmes endroits mais nous ne nous connaissions pas. Nous avons fini par créer des musiques qui se ressemblent sans nous concerter. Detroit, qu'on surnomme aussi Motor city, est l'une des capitales américaines de l'automobile. Cet environnement industriel a forcément influencé notre musique. Avez-vous l'impression de composer de la musique noire ? Dans la mesure où je suis noir... Autrement, ce genre de catégorisation n'a que peu de valeur dans la techno. Les Allemands de Kraftwerk, un groupe blanc, ont été une de mes principales influences. Jamais les frontières raciales n'ont autant disparu que dans ce genre musical. Au début des années 90, vous avez créé, avec Mike Banks et Robert Hood, Underground Resistance, un des groupes les plus influents de la scène électronique américaine. Le nom même de notre trio était une déclaration d'intention. Nous ne nous considérions pas vraiment comme des innovateurs. Est-il possible aujourd'hui d'inventer une musique de toute pièce ? Nous voulions surtout tenter quelque chose d'audacieux. A l'époque, les gens du milieu nous semblaient trop amorphes. Nous avions envie d'une musique plus extrême, nous voulions aussi en garder le contrôle à travers le label du même nom que nous avions créé. Aujourd'hui encore, je possède deux labels. L'un, Purpose Maker, est surtout destiné aux DJ. L'autre, Axis, a une ambition plus musicale. Ses productions s'écoutent autant qu'elles se dansent. L'identité de ce label s'est bâtie autour de concepts liés à l'art en général. Le maxi Psycho 30, par exemple, est basé sur l'idée qu'il existe dans la mode comme dans la vie des cycles de trente ans. Dans le morceau, huit boucles étaient censées évoquer cela. Sur le rond central du disque était dessiné un arbre, symbole du temps. Quand on coupe un arbre, on y découvre des nervures qui ressemblent aux sillons d'un disque. Comment expliquez-vous le pouvoir du minimalisme et de la répétition ? Il permet de conditionner les gens. C'est le principe du chien de Pavlov. A force d'écouter la même boucle encore et encore, les danseurs finissent par l'anticiper et par se sentir parfaitement à l'aise. Je limite ma musique à ces répétitions très simples. Un son sans vie, minimal, prend soudain un sens. Ces constructions sont assemblées avec beaucoup de soin. Arrivez-vous, dans ce cadre minimaliste, à faire parler vos émotions ? Ma personnalité est le fil conducteur de mes morceaux. La base d'un titre est si minimale qu'il suffit de lancer une note pour exprimer une émotion forte." PROPOS RECUEILLIS PAR; STEPHANE DAVET DOC : texte accompagné d'une photo FESTIVAL La nuit Boréalis confirme le succès de la musique techno en France La tribu des Pingouins Créatrice en 93 des soirées Boréalis, la tribu des Pingouins (formalisée en association loi 1901 sous le nom de Pingouins associés) est un collectif d'une vingtaine de membres, cimenté par dix ans d'amitié. DJ pour la plupart (Anouck, Eva, Booly, Citru, Joss, Willy...), ils officient en dilettante dans les clubs de la région de Montpellier. Leur grand plaisir : se réserver la plus petite scène de leur festival (cette année, le Kronogyre), pour jouer, eux et leurs copains. Deux de ces drôles d'oiseaux ont ouvert un magasin de disques, de vêtements et d'accessoires techno, Pinguins Records (rue de Verdun, à Montpellier), un autre a créé un label, Kobayashi, qui signe essentiellement des artistes locaux. Le septembre, les Pingouins défileront à Paris sur leur propre char lors de la parade techno organisée par l'association Technopol, dont le président n'est autre que Josselin Hirsch, membre actif du collectif montpelliérin. Jack Lang, par ailleurs, était présent à Boréalis. FESTIVAL La nuit Boréalis confirme le succès de la musique techno en France Rinôçérôse, du rock "sixties" à l'électronique DAVET STEPHANE MONTPELLIER de notre envoyé spécial Les premiers spectateurs de Boréalis ont pu croire à un gag. Ouvrant la nuit en plein jour, trois guitares, une basse, des percussions... Les vieux instruments de Rinôçérôse en introduction de la grande célébration estivale de l'ère électronique ? Très vite, on aperçut tout de même, caché dans un coin, un programmateur de machines. Surtout, la musique qui naissait là était plus fraîche, plus inventive et moderne que celle de nombreux DJ. Ce groupe montpelliérin n'entendait pas, de toute façon, renier son passé. En son sein, on trouve d'anciens punks ou thrash-rockers (ex- Driveblind, ex-Moonstruck...) et un couple de leaders, Jean- Philippe (guitare, voix) et Patou (basse), qui, longtemps, menèrent les destinées des Maracas, groupe pop, autrefois signé par Sony. Sans cesser de cultiver leur vieil amour du rock sixties (particulièrement le Velvet Underground, les Small Faces et les Byrds), ils ont développé depuis cinq ans une passion pour la house music. Comment marier les deux ? "Nous avons d'abord bricolé tous les deux à la maison sur un quatre-pistes, explique Jean-Philippe. Nous n'avions pas de synthétiseurs, juste nos guitares et une vieille boîte à rythmes. Nous avons essayé de reproduire avec ces instruments ce que nous aimions dans la house. On a fini par trouver un son, un truc naïf, certes, mais bien à nous." "DESTRUCTURER LE JEU TRADITIONNEL" Le charme de ces maquettes séduira un petit label madrilène, Elefant Records, qui les presse à mille exemplaires, aussitôt épuisés, en 95. "Quand on a connu comme nous la pesanteur des majors, ajoute Jean- Philippe, on ne peut qu'aimer la légèreté, la liberté et la passion du milieu techno. Dorénavant, nous désirons tout contrôler." Apportant sa grande maîtrise du studio d'enregistrement, du groove et des effets, un producteur- programmateur, Johnny Palumbo, rejoint le groupe qui s'est baptisé Rinôçérôse en référence à un "poète" Gaston Duf de l'art brut. Jean-Philippe ne voit pas de réelle rupture entre ses différents travaux. "Quand on enregistre un disque de chansons classiques, on passe son temps à réécouter des boucles instrumentales, des pistes sur lesquelles vient ensuite se poser la voix. Souvent, on se dit que ces musiques suffiraient. Mais le chanteur finit toujours par imposer son imaginaire." Le travail des instrumentistes diffère pourtant. "Il s'agit d'utiliser la guitare autrement. Il faut déstructurer le jeu traditionnel, lui trouver une autre place. Nous utilisons des sortes de petits archets, les e-bow, qui permettent de prolonger les notes et font ressembler la guitare à un synthétiseur." Un nouveau mini-album, Le Mobilier, signé en licence aux Disques du Crépuscule par PIAS), fait aujourd'hui sensation. Sept instrumentaux d'humeur espiègle, mêlant trouvailles futuristes et traits d'humour, clins d'oeil rétro et saillies mélodiques. Car, malgré ses voyages entre house et dub, Rinôçérôse demeure un groupe pop. " Contrairement aux artistes techno qui, généralement, travaillent sur une base rythmique, tous nos morceaux partent d'une idée mélodique. Le groove, on le pose après." STEPHANE DAVET Le petit carré de paradis de Josef Albers au château de Plieux DAGEN PHILIPPE PLIEUX de notre envoyé spécial Dans à peu près toutes les grandes collections d'art du XXe siècle du monde, il y a un ou deux Albers. Dans les dictionnaires et les histoires de la peinture aussi. Ce sont toujours des toiles issues de la série Hommages au carré qui a occupé l'artiste de 50 à sa mort, en 1976. Dans à peu près tous les musées, vous avez donc vu une de ses compositions extrêmement reconnaissables : une toile de format carré à l'intérieur de laquelle trois ou quatre carrés s'emboîtent, chacun caractérisé par une couleur différente. Vous l'avez vue, vous l'avez identifiée, vous l'avez reconnue pour ce qu'elle est au premier coup d'oeil, une abstraction géométrique, l'abstraction géométrique par excellence, le triomphe de la méthode et du calcul. Au château de Plieux, il y a aussi des Hommages au carré, trois séries, la première dominée par les rouges, la deuxième par les gris, la troisième par les jaunes. Mais, à Plieux, ces oeuvres sont montrées pour elles-mêmes, ni comme jalons, ni comme archétypes, ni même comme les icônes sacrées d'une évolution générale. Voilà qui change des habitudes muséales. Ces peintures sont montrées en compagnie d'études préparatoires, de dessins de jeunesse et de photographies ce qui achève de tout changer. Pour la première fois en France, et à l'initiative de Renaud Camus, s'esquisse une rétrospective Albers (pour la première fois, alors qu'il est mort en 76). On consent à ne plus le considérer simplement comme l'inventeur du meilleur logo géométrique du siècle. C'est un progrès et une justice. Quelques évidences en pâtissent. Par exemple, celle qui veut que l'art d'Albers tienne à l'application d'un système. Ce n'est pas tout à fait ça. Sans doute le point de départ ne varie-t-il pas : des carrés les uns dans les autres. Mais de quelles tailles ? Selon quelles proportions décroissantes ? Placés comment ? De quel ton ? Des nuances apparaissent, qu'expliquent des détails faussement mineurs. Selon que le carré le plus petit, le seul que l'on voit entièrement, occupe une position plus ou moins centrale, la composition paraît statique ou flottante. Selon les rapports chromatiques, l'oeil croit observer une avancée ou un recul, une perspective de fuite ou l'illusion d'une saillie. Naturellement, les couleurs s'influencent fortement. Un carré noir sur un gris affecte celui-ci autant qu'un orange sur un jaune. Chevreul, Seurat, Kandinsky ont réfléchi à cette question. Albers aussi, en multipliant les expériences. L'ASPIRATION AU RAVISSEMENT L'air d'achèvement de ces toiles n'est qu'un air. Les verticales et les horizontales ne sont que rarement verticales ou horizontales, elles vibrent. Surtout, on le voit dans les esquisses, Albers cherche sans se lasser ses harmonies. Sur un bout de carton, il place une tache grossièrement quadrangulaire, l'entoure de bandes. Il essaie une nuance. Il la recouvre. Il risque des juxtapositions heureuses ou malheureuses, jusqu'à ce que ça tienne. Sa supposée méthode relève pour l'essentiel de l'empirisme optique. Pourquoi ? Non pas pour épuiser le spectre ou systématiquement associer des complémentaires, mais pour atteindre à l'équilibre chromatique qui satisfait la perception. Autrement dit, dans une langue qui n'est pas la sienne, Albers est un idéaliste tenté par la mystique. Il veut inscrire dans une forme parfaite une harmonie parfaite. Il veut, à chaque toile, le paradis de l'oeil, la beauté pure. Plus qu'à la logique de la démonstration, il aspire au ravissement. Il l'a trouvé tardivement, quand il a commencé ses Hommages au carré. Auparavant, il aura été instituteur à la campagne, dessiné en autodidacte les animaux de la ferme, puis se sera inscrit dans les Académies des beaux-arts à Berlin, à Essen, à Munich. Il s'intéresse alors au verre et au vitrail, qui est couleur pure traversée par la lumière. En 20, à trente-deux ans, il décide, sur la foi d'un prospectus publicitaire, de s'inscrire au Bauhaus. Inspiration heureuse, mais non décisive. Il y étudie puis il y enseigne jusqu'en 33, jusqu'au nazisme et à l'exil précipité aux Etats-Unis. Au Bauhaus, il travaille le verre et la photographie une salle est consacrée à ces exercices méconnus, il s'accoutume à l'abstraction et à la géométrie. Pour autant, il n'affirme pas encore une oeuvre singulière. Alors qu'il côtoie Kandinsky, Klee, Gropius, Mies Van der Rohe, ses travaux ne peuvent sans dommages se comparer aux leurs. En 33, il est accueilli au Black Mountain College, en Caroline du Nord, où il enseigne jusqu'en 49, avant de s'en aller à Yale. Il multiplie les conférences. On peut imaginer le pire : un art didactique, la récapitulation des principes acquis. C'est l'inverse qui arrive. A soixante ans passés, Albers entrouvre le portail de l'éden des couleurs. Il n'en est plus redescendu. PHILIPPE DAGEN JOSEF ALBERS. Château de Plieux (Gers). Tél. : 05-62-28-62-92. Du mercredi au lundi, de à heures. Jusqu'au 21 septembre. FESTIVAL A Alès, Jean Ferrat célébré par sept cents choristes CADET VALERIE ALÈS de notre envoyée spéciale On n'avait pas vu cela depuis longtemps à Alès, ce samedi 8 août. Un jour tout à fait particulier : sous la canicule, des trains étaient restés en rade entre Nîmes et la cité cévenole, une pleine lune barroque irradiait comme un soleil, et les arènes de Temperas étaient combles à craquer pour le spectacle final de la "Première semaine chantante d'Alès en Cévennes". Depuis le 2 août, sept cents choristes venus de tous les coins de l'Hexagone, de Suisse, de Belgique, d'Allemagne et du Canada avaient rodé un spectacle d'hommage à l'oeuvre de Jean Ferrat. On savait que l'événement se passerait "en présence de l'artiste" et, fait inédit dans la chronique alésienne, soulignait-on, cette manifestation préparée depuis l'automne 97 par l'équipe du Grand Choeur Languedoc Chansons, sous la direction de Michel Schwingrouber, se donnait à guichets fermés. Fermés ? Dès vingt heures, le public rentrait en flot ininterrompu, débordant largement les quelque quatre mille places prévues une partie des arènes étant réservée au choeur. L'affaire dura deux bonnes heures avant que la première mesure ne retentisse. Entre les râleries chantantes des enfants du pays qui avaient loué depuis trois semaines, l'exaspération des invités qui n'avaient "même pas un bout de chaise" pour se poser. Finalement, chacun fit avec les moyens du bord : qui à même le sol, qui en bout de gradin, les jambes dans le vide; certains pressés en grappe aux extrémités de la scène, d'autres debout, accoudés derrière la palissade du promenoir pour y trouver leur querencia... UNE COMMUNAUTÉ D'ÉMOTION Comme le spectacle ne commençait toujours pas, le public des gradins improvisa une dizaine de "olas" dont le déploiement fit l'admiration du parterre. Relents de Mondial vite remplacés par une salve de rumeurs excitées : "Il" arrivait, "Il" était là, entouré de quelques très proches. On avait vu un peu de sa tignasse de neige. On avait pu se faufiler pour apercevoir Isabelle Aubret "Et pourquoi tu nous l'as pas ramenée ?", se plaignit une voix chantante locale. Bref, tout un désordre bougon et joyeux pour mieux faire advenir et savourer la cérémonie soigneusement ordonnée qui allait suivre. En ouverture, un "meddley musical" des plus fameux titres de Jean Ferrat arrangés par Jean-Marie Sion, le temps que les sept cents choristes prennent leur place. Et qu'une certaine féerie s'installe; lumières et mise en scène finement rodées. Sans jeu de mots, l'ensemble avait du corps. Trois chefs de choeur Jacky Locks, de Strasbourg, Xavier Vidic, de Paris, et Marc-André Caron, du Québec, venus prêter main-forte à Michel Schwingrouber. Un orchestre impeccable musiciens du Languedoc-Roussillon, des comédiens et un conteur, Yvon Daufagne, qui liaient par de belles envolées lyriques le parcours d'une vingtaine de titres choisis parmi les quelque deux cents chansons signées par Jean Ferrat depuis 54 paroles et musique, paroles ou musique de l'artiste. Dès les premières notes, on entendait fredonner à voix basse de partout, commentaires à l'appui "Tu te souviens ? Oh oui, elle est bien belle celle-là !". Cette magie légère des couplets qui marquent le rythme des vies de chacun et rassemble plusieurs générations en une communauté d'émotion. L'essentiel de la nostalgie, des révoltes, des utopies et des plaisirs simples de Ferrat fut égrené, Aragon ouvrant les feux : Aimer à perdre la raison, Potemkine, Ma France, On ne voit pas le temps passer, Mon vieux, Deux enfants au soleil, C'est beau la vie, Que serais-je sans toi ?... On apprécia particulièrement les voix des Sud-Américains El Pueblo sur La Complainte de Pablo Neruda, un peu moins celle de la soliste Marie Duratti, à la tessiture fragile et forcée, qui s'évertua sur six chansons. Il y eut deux moments de véritable intensité, lorsque commencèrent à sourdre les premières mesures de Nuit et Brouillard et, plus tard, en manière d'apologie locale, le début de La Montagne. Ovationné, Ferrat remercia chaudement pour cette brassée d'hommages, mais se contenta de reprendre avec les choeurs l'hymne de clôture au message improbable, La Paix sur terre. C'était déjà beaucoup, puisqu'il n'était pas remonté sur scène depuis son spectacle au Palais des sports, en octobre 72. VALERIE CADET Les cinéastes Jalili, Dante et Kramer, trio gagnant en ouverture de Locarno La 51e édition du festival du film joue de la diversité comme d'une incitation à la réflexion FRODON JEAN MICHEL Que ce soit Danse de la poussière, de l'Iranien Abolfazl Jalili, ou Small Soldiers, production de la major de Steven Spielberg réalisée par l'auteur de Gremlins, Joe Dante, ou l'intégrale consacrée à Marco Bellochio, ou même le bref et splendide Say Kom Sa de Robert Kramer, les films présentés lors de cette 51e édition du Festival de Locarno tentent d'affronter la question de la réalité et de ses figurations par l'image. LOCARNO de notre envoyé spécial La diversité, plus encore que la quantité des films présentés par cette 51e édition du Festival de Locarno, contraint à prendre date, à fixer des rendez-vous pour le moment où les films sortiront en salles car il est presque impossible de leur consacrer la place que certains méritent. Encore faut-il qu'une sortie soit prévue pour ces films. Ce n'est pas le cas en France pour la plus belle oeuvre projetée durant les premiers jours de la manifestation tessinoise : Danse de la poussière, de l'Iranien Abolfazl Jalili. Il fallait un certain courage pour la programmer sur l'écran géant de piazza Grande, en principe réservé aux films "grand public". En à peine une heure et quart et presque sans un mot, ce poème austère et bouleversant conte une histoire d'amour entre deux enfants dans un désert de dureté et de travail. Son décor est un no man's land universel où se fabriquent les briques de terre cuite qui deviennent comme le matériau même de la communauté humaine. Le lendemain soir, le festival présentait Small Smoldiers, production de la major de Steven Spielberg truffée d'effets spéciaux et réalisée par l'auteur de Gremlins, Joe Dante. En réalité, c'est au fond les mêmes enjeux qu'affronte ce beau film tout simple d'un réalisateur qui, cinq ans après l'échec de Panique à Florida Beach, renoue avec le cinéma cela ne l'a pas empêché de tourner pour la télévision le remarquable Second Civil War, sorti en salles en France. IMAGINAIRES INDUSTRIALISÉS Avec ses petits soldats, jouets programmés pour tuer, Dante compose une critique subtile de l'industrialisation des imaginaires. Et il invente une utilisation "décalée" des trucages, où il ne s'agit plus de faire passer pour réels et vivants des objets virtuels ou inertes, mais de jouer sur leur statut intermédiaire entre choses et hommes. Sans insister, Small Soldiers met en scène de manière critique les formes contemporaines d'hybridation dont les nouvelles technologies n'ont encore qu'entrebâillé les possibilités, ou les abîmes dans le domaine du spectacle notamment. Joe Dante est l'un des cinéastes les plus intéressants du dépassement de l'ancien clivage entre image enregistrée et image fabriquée, dont le dessin animé est l'archétype. Intéressant parce que, pour autant que l'industrie hollywoodienne lui en laisse la possibilité, il n'aura cessé depuis ses débuts chez Roger Corman, le pape stakhanoviste de la série B (Hollywood Boulevard, 77), de questionner de l'intérieur le système narratif et spectaculaire, ses procédures et ses limites. Le Festival de Locarno (qui devrait présenter l'an prochain une intégrale des films de Dante) est particulièrement adapté à la multiplication des approches autour de la nature même de modes de représentation. L'intégrale de cette année est consacrée à Marco Bellochio : outre ses films, on peut voir ses réalisations pour la télévision, dont la plus récente, La Religion de l'histoire, propose une intrigante, mais finalement décevante réflexion sur les phénomènes de ferveur qui auront marqué le siècle. Il fait se succéder des images de l'enterrement de Jean XXIII et de Togliatti, l'élan joyeux des foules allemandes détruisant le mur de Berlin et le mouvement désespéré des étudiants pékinois refluant devant les tanks à Tiananmen, y insère des plans de ses propres réalisations Au nom du père ou Le Diable au corps et noie le tout dans une illustration musicale insistante. Tout cela ne prouve finalement qu'une chose : le montage peut illustrer les idées qu'un réalisateur apporte avec lui, quelles qu'elles soient. Tout le contraire du bref et splendide Say Kom Sa : de Paris à Hanoï, sans rien prétendre démontrer ni dénoncer, Robert Kramer, les yeux grands ouverts, ouvre à son tour le regard et l'esprit de ses spectateurs. Les paradoxes et les étrangetés du monde réel comme les jeux imprévus qui s'y développent sont le contrepoint des images que nous nous en étions faites. Le Vietnam, pour la génération de Kramer en tout cas, aura été une sacrée source d'images mentales. Ainsi, de Jalili à Dante et de Bellochio à Kramer, pour s'en tenir à ces seuls exemples, l'éclectisme de la programmation de Locarno ne se contente pas de jouer la diversité pour elle-même et pour les suprises incongrues qu'elle permet, mais aide, non sans malice parfois, à réfléchir à la réalité et à ses figurations. JEAN-MICHEL FRODON SORTIR CABRIES - LA CATEAU CAMBRESIS CABRIÈS (Bouches-du-Rhône) Luciano Castelli, Rainer Fetting Représentants notables des "nouveaux fauves", mouvement pictural berlinois du début des années 80 qui a fortement marqué l'art contemporain, Luciano Castelli (né en 51, à Lucerne, Suisse) et Rainer Fetting (né en 1949, à Wilhelmshaven, Allemagne), s'expriment de façon sauvage, insolente et puissante dans la peinture, la photographie et, plus récemment, la sculpture. De l'amitié entre ces deux artistes naissent les célèbres "tableaux collectifs", aspect d'une peinture qui renouvelle la scène artistique internationale. Vingt ans après leur première rencontre, Castelli et Fetting sont les hôtes d'Edgar Mélik dans son château, pour une exposition réunissant des tableaux et des dessins récents. Musée Edgar- Mélik, château de Cabriès, 13480 Cabriès. Jusqu'au 14 septembre. Tél. : 04-42-22-42-81. LE CATEAU-CAMBRÉSIS (Nord) Baigneuses et Figures Le Musée Matisse expose trente-trois chefs-d'oeuvre du Musée d'art moderne de Lille métropole, Villeneuve-d'Ascq. Ce prêt exceptionnel permet de confronter, autour du thème Baigneuses et Figures, les oeuvres des collections Matisse et Herbin du Musée du Cateau et celles de la collection Dutilleul- Masurel du Musée d'art moderne. L'exposition présente des gravures fauves d'André Derain, des sculptures d'Henri Laurens, des portraits de Joan Miro, une gouache sur papier de Paul Klee, des portraits d'Amadeo Modigliani et de Pablo Picasso, et enfin, une huile sur toile d'Eugène Leroy intitulée Buste de Christ en croix. Musée Matisse, palais Fénelon, 59360 Le Cateau-Cambrésis. Jusqu'au 14 septembre. Tél. : 03-27-84-13-15. RADIO - TELEVISION NOTRE CHOIX 23.45 Arte Media Magica BARBERIS JEAN JACQUES "Une initiative personnelle pour présenter divers objets méconnus", annonce le collectionneur Werner Nekes, réalisateur de cette série documentaire consacrée à l'histoire des images animées. Le premier volet nous fait découvrir chambre noire, anamorphoses, jeux de perspective et théâtres d'ombres. Le fonctionnement des divers appareils est abordé de manière succincte et le traitement n'est guère original mais la profusion et la beauté des pièces pallient ces légers défauts. On aimerait partager la passion de Werner Nekes si le didactisme simpliste de la démarche ne réduisait son film à une belle exposition. JEAN JACQUES BARBERIS RADIO - TELEVISION NOTRE CHOIX 0.30 France 3 Inca de Oro, les derniers chercheurs d'or BARBERIS JEAN JACQUES C'est une petite ville du nord du Chili, écrasée de chaleur, baignée d'une atmosphère languissante. Les "pirquineros", les chercheurs d'or, y reviennent régulièrement après des mois de prospection solitaire. La ville a connu son heure de gloire, quand les pépites étaient monnaie courante. Aujourd'hui les filons se tarissent et Inca de Oro fait penser à un théâtre vidé de ses acteurs. Carmen Castillo brosse une émouvante galerie de portraits des derniers occupants : fiers prospecteurs rongés par la tuberculose, cantinières, prostituées, travestis... Certains soirs, Inca de Oro s'éveille, tirée de sa torpeur par des fêtes colorées. L'incessant ronflement des machines d'une compagnie minière canadienne rythme le quotidien. Superbes images d'une ville à l'agonie. Poésie sobre et délicate des commentaires. On s'attache à cet univers romanesque. JEAN JACQUES BARBERIS RADIO - TELEVISION NOTRE CHOIX 14.30 La Cinquième Adieu en Asie KRASNOPOLSKI THOMAS Bruno Carette a suivi la compagnie Adieu (Centre national chorégraphique du Havre) dans sa tournée asiatique. Filmant les danseurs sur scène et dans le quotidien, le réalisateur s'est attaché à mettre en lumière la relation entre la danse contemporaine et le milieu où elle évolue. Loin du choc des cultures, il a su rendre perceptible ce lien invisible et la façon dont les "mondes" rencontrés influent sur la production de la compagnie, amenant le téléspectateur à comprendre le travail de création à partir de ses sources mêmes. On voit ainsi comment, pendant les heures de détente, entre répétitions et spectacles, le chorégraphe, François Raffinot, puise dans cet autre univers les "éléments de vie" qui vont lui inspirer de "nouvelles phrases" dansées. On assiste également au moment où la troupe décide de modifier la fin de son spectacle pour faire référence à l'histoire du pays hôte, le Vietnam en l'occurrence. Avec des images très soignées, et en respectant la spontanéité des intervenants, Adieu en Asie montre l'action du milieu sur la création. Une clé pour aborder la danse contemporaine. THOMAS KRASNOPOLSKI RADIO - TELEVISION NOTRE CHOIX .55 La Cinquième Albums de famille BARBERIS JEAN JACQUES A travers les images de cinéastes amateurs, une émouvante description de la Lorraine de 20 à 1939. Ici plus qu'ailleurs, la guerre a marqué les esprits : Verdun reste le symbole sanglant d'un conflit meurtrier. La joyeuse animation du début des années 20 contraste avec l'horreur des tranchées : les prêtres initient les enfants à des sports nouveaux comme le basket-ball; le cinéma fait son apparition dans les écoles; le ski se développe dans les Vosges, ce qui nous vaut quelques jolies scènes. La Lorraine entre dans les "années folles", mais elle cultive ses différences : l'alcool de mirabelle est toujours distillé à l'ancienne, le cochon est rituellement saigné, le bois coupé dans les montagnes est acheminé par traîneau, et Metz et Nancy continuent de nourrir leur vieille rivalité. L'industrialisation progresse, tandis que le petit artisanat et l'agriculture déclinent. Remarquablement monté, assorti de commentaires en parfaite harmonie avec les images d'époque, ce documentaire de vingt-six minutes présente une Lorraine épanouie qui refuse de croire à l'imminence de la guerre. JEAN JACQUES BARBERIS 0 DÉPÊCHES DOUANES : le nombre des saisies de drogues dans les régions du Nord-Pas-de-Calais et de Picardie a augmenté de 347 % au premier semestre 98. Le nombre des saisies de drogues par les services de douanes dans les régions du Nord-Pas-de-Calais et de Picardie a augmenté de 347 % au premier semestre 98, comparé aux chiffres enregistrés durant la même période de 97. Ramene au volume de drogue saisi, cette augmentation se chiffre à 11 %. 0 Fin de l'occupation par les sans-papiers de la nonciature apostolique LES SANS-PAPIERS ont quitté, samedi 8 août, la nonciature apostolique de Paris, après une semaine d'occupation. Les trois sans-papiers et les cinq militants associatifs qui les accompagnaient ont mis fin à leur mouvement, après avoir reçu l'assurance que les dossiers des dix-sept anciens occupants de l'église Saint-Bernard seraient réexaminés. Dès leur sortie de la représentation diplomatique du Vatican, les trois sans-papiers ont été reçus place Beauvau afin de passer en revue les dossiers. Sur les 269 personnes qui avaient occupé, à l'été 96, l'église du e arrondissement, 223 ont été régularisées. Vingt autres ont été reconduits à la frontière. Dix personnes, frappées d'une interdiction du territoire, en attendent le relèvement ou la grâce, et quinze autres, considérées comme ne remplissant pas les critères de la régularisation, ont reçu une invitation à quitter la France. Le dernier, ancien gréviste de la faim, a reçu une autorisation provisoire de séjour en raison de son état de santé. 0 La Mutualité réclame une réforme plus rapide du système de santé BEZAT JEAN MICHEL L'UN DES PRINCIPAUX acteurs sociaux favorables au plan Juppé de réforme de la Sécurité sociale, la Fédération nationale de la mutualité française, ne cesse, depuis des mois, de manifester son impatience. Son président, Jean-Pierre Davant, vient d'en donner un nouveau signe. "Force est de constater que, malgré la réforme Juppé, le système d'offre de soins en France n'a pas été modifié en profondeur, déclare-t-il dans un entretien publié par Les Echos lundi 10 août. Il n'y a pas eu d'amélioration des prestations pour les assurés, les pratiques des médecins libéraux n'ont pas évolué." Le président de la première organisation sociale française (vingt-cinq millions de personnes couvertes) invite le gouvernement à "arrêter de ``bidouiller`` les dispositifs seulement et en fonction des intérêts des professions de santé, auxquelles, d'ailleurs, on ne demande jamais de rendre des comptes". Il lui demande d' "en finir avec une logique qui ignore les besoins des patients, la qualité des soins". Sceptique sur les "états généraux" de la santé, programmés pour la fin de l'année, il juge que ces réunions devront être "centrées sur les besoins des Français", faute de quoi elles "tourneront à la grande foire des corporatismes médicaux". La Mutualité juge que la mise en place de la couverture maladie universelle, qui doit faire l'objet d'un projet de loi à la fin de l'année, est urgente. Elle doit concerner les 13 % de Français qui n'ont pas d'assurance-maladie complémentaire. Jean-Claude Boulard, député (PS) de la Sarthe, a mené une concertation avec tous les acteurs (associations, élus locaux, mutuelles, assureurs), et il devrait remettre prochainement ses conclusions à Martine Aubry, ministre de la solidarité. LE RAPPORT MALINVAUD CONTESTÉ Enfin, le président de la Mutualité conteste les conclusions d'Edmond Malinvaud, qui souligne les dangers d'une extension de l'assiette des cotisations à la valeur ajoutée et préconise une baisse des charges patronales sur les bas salaires (Le Monde du 6 août). La Mutualité souhaite un élargissement de cette assiette à d'autres éléments que les salaires, comme le prévoyait le plan Juppé. M. Davant rappelle que Mme Aubry a bien fait, selon lui, de réformer les cotisations des salariés; "pourquoi ne le ferait-on pas ?", demande-t-il, pour la part patronale. C'est aussi l'avis de L'Humanité qui, dans son édition du 10 août, ressort le rapport qui avait été commandé par Alain Juppé à Jean-François Chadelat, inspecteur général des affaires sociales. Ce rapport finalement remis à Lionel Jospin en juin 97 plaidait pour une modulation des cotisations sociales en fonction d'un rapport masse salariale/valeur ajoutée, afin de réduire le coût du travail des entreprises à forte main-d'oeuvre. Sur ce point, FO se félicite, au contraire, des conclusions du rapport Malinvaud. Une telle réforme "conduirait non seulement à transformer la cotisation en impôt mais aussi à pénaliser les entreprises dites d'avenir", note-t-elle. En revanche, Force ouvrière critique l'idée d'une baisse "à titre définitif" des cotisations sur les bas salaires suggérée par M. Malinvaud, estimant que l'argument en matière d'emploi est "plus subjectif que fondé". JEAN-MICHEL BEZAT 0 DÉPÊCHES AGRICULTURE : deux nouveaux cas de "vache folle" ont été découverts dans l'Aisne et le Finistère. Deux nouveaux cas de "vache folle" ont été découverts dans l'Aisne et le Finistère, a annoncé lundi 10 août le ministère de l'agriculture et de la pêche. Il s'agit des 39e et 40e cas répertoriés depuis 90. La totalité des animaux des troupaux a été détruite. 0 DÉPÊCHES JUSTICE : le détenu allemand évadé de l'hôpital psychiatrique de Prémontré a été interpellé et écroué. Le détenu allemand qui s'était évadé lundi 3 août de l'hôpital psychiatrique français de Prémontré a été interpellé, vendredi 7 août, en Allemagne et écroué à la prison de Sarrebruck. 0 Un faux détournement d'avion a mobilisé Moscou pendant six heures SHIHAB SOPHIE MOSCOU de notre correspondante Des "pirates de papier" ont provoqué une panique réelle, dimanche 9 août en Russie. Peu avant midi, un Tupolev-154 se pose à l'aéroport de Domodiedovo, au sud-est de Moscou. Mais il est tout de suite dirigé en fond de piste, avec ses quatre-vingt-dix-sept passagers venant d'Irkoutsk. D'importantes forces de sécurité entourent l'aéroport, l'unité spéciale antiterroriste Alpha prend position. L'information se répand, via le pilote, que des terroristes à bord exigent une rançon de 100 000 dollars et du carburant pour se rendre dans un pays non précisé. Sinon, ils menacent de faire sauter l'appareil. Six heures durant, les agences crépitent et les informations télévisées ouvrent sur les dernières nouvelles du front : "au moins" deux pirates se trouvent à bord, annonce le ministère de l'intérieur. Des négociations se déroulent, des sacs contenant l'argent sont préparés. Puis, premier soulagement : les pirates ont laissé descendre les femmes et les enfants. Enfin, on apprend que "tous les passagers ont été libérés sains et saufs". Mais la réalité, qui perce peu à peu sous des communiqués de moins en moins cohérents, serait tout autre. L'agence officieuse Interfax croit savoir qu'au moment où le Tupolev survolait la ville de Perm, dans l'Oural, l'hôtesse de l'air découvrait, jeté sur le sol du couloir de la première classe, une feuille avec les exigences des "pirates", écrites à la main... C'est ce morceau de papier, transmis au commandant, qui a mobilisé toute la journée l'ensemble des forces d'élite de la capitale. Et donné du grain à moudre aux médias, en ces temps de basses-eaux où le président Eltsine est en vacances et où les mineurs non payés ont cessé de bloquer les voies de chemin de fer. Les étranges "terroristes de papier" n'étaient toujours pas retrouvés lundi matin. Les hommes ont dû, selon les forces de l'ordre, se soumettre à un examen graphologique... mais pas les femmes. Etrange ségrégation, alors même qu'un film vient d'être tourné en Russie sur un détournement d'avion organisé à la fin des années 80 par une mère de famille. Dernier en date de tels détournements : le 10 décembre 97, un retraité lassé d'attendre son logement prit en otages 140 passagers à Moscou avec en guise de bombe une pierre enveloppée dans des chiffons. Les forces d'élite parvinrent à le "maîtriser sans effusion de sang". SOPHIE SHIHAB 0 DÉPÊCHES MONTAGNE : trois personnes sont mortes et une autre a été blessée en montagne. Trois personnes sont mortes et une autre a été blessée en montagne, samedi 8 et dimanche 9 août. Un spéléologue grenoblois a été grièvement blessé dans le massif de la Croix-des-Têtes (Savoie). Un touriste âgé de 65 ans et originaire du Mans (Sarthe) a trouvé la mort dans les gorges du Verdon (Isère). Un guide de montagne de Chamonix, âgé de 26 ans, et un alpiniste allemand se sont tués au cours de deux accidents distincts sur des massifs alpins, côté italien. 0 DÉPÊCHES BRITISH AIRWAYS : la compagnie aérienne britannique a mis en vente deux millions de billets à prix réduits. La compagnie aérienne britannique a mis en vente, samedi 8 et dimanche 9 août, deux millions de billets à prix réduits alors qu'elle enregistre, au premier semestre 98, une baisse de 34,1 % de son bénéfice imposable qui atteint 145 millions de livres (1,4 milliard de francs). En outre, selon le Sunday Times, British Airways devrait annoncer en septembre une commande de plus de 100 moyen-courriers Airbus et 34 Boeing 777 long- courriers. 0 DÉPÊCHES DANONE veut créer avec l'allemand Gerresheimer Glas une "société commune européenne" dans le domaine des verres d'emballage. Le groupe agroalimentaire français veut créer avec l'allemand Gerresheimer Glas, filiale du groupe diversifié VIAG, une "société commune européenne" dans le domaine des verres d'emballage, a annoncé, lundi 10 août, la firme allemande. 0 DÉPÊCHES BELL ATLANTIC : le syndicat Communication Workers of America a appelé les 73 000 employés à cesser le travail. Le syndicat Communication Workers of America a appelé, dimanche 9 août, les 73 000 employés de Bell Atlantic, la première compagnie régionale de téléphone aux Etats-Unis, à cesser le travail après l'échec de négociations sur un nouveau contrat de travail. Le syndicat International Brotherhood of Electrical Workers a pour sa part décidé de ne pas appeler à la grève. 0 DÉPÊCHES BASKET-BALL : la Yougoslavie a conquis son quatrième titre de championne du monde. La Yougoslavie a conquis son quatrième titre de championne du monde, dimanche 9 août, à Athènes (Grèce), en battant la Russie (64-62). Longtemps menés au score, les Yougoslaves ont fait la différence dans les dernières secondes grâce à deux lancers francs inscrits par Zeljko Rebraca. 0 Pékin intervient pour contrer la spéculation sur la devise chinoise La faiblesse du yen japonais alimente la rumeur d'une dévaluation du yuan DELHOMMAIS PIERRE ANTOINE LES TENSIONS persistent sur les marchés financiers asiatiques. Lundi 10 août, à Tokyo, la monnaie japonaise poursuivait son recul, tombant jusqu'à 146,64 yens pour 1 dollar, proche de ses plus bas niveaux depuis huit ans face au billet vert. La Bourse nippone, de son côté, s'est repliée de 1,28 %. Les opérateurs n'ont guère été rassurés par la déclaration de politique générale prononcée à la veille du week-end par le nouveau premier ministre Keizo Obuchi. Les marchés ont déploré le manque d'audace du programme : ils auraient souhaité une rupture radicale avec les politiques économiques mises en oeuvre par les prédécesseurs de M. Obuchi : ils craignent de surcroît que les réformes annoncées ne soient que partiellement et tardivement appliquées. L'accès de faiblesse du yen a pour conséquence de mettre sous pression les autres devises de la région. Vendredi, le Vietnam a procédé à une dévaluation de 7 % du dong. Mais c'est surtout le sort du yuan chinois qui inquiète aujourd'hui. La Banque populaire de Chine a dû intervenir, lundi matin 10 août, sur les marchés, pour contrer les attaques spéculatives lancées contre le yuan. Elle était tombée, vendredi, sur le marché officieux de Shanghaï, jusqu'à 9,2 yuans pour 1 dollar, son cours le plus faible depuis cinq ans face au billet vert, soit aussi 9 % de moins que son niveau officiel. Victimes d'une perte de compétitivité liée aux dévaluations en cascade des devises d'Asie du Sud-Est depuis un an, les exportations chinoises n'ont augmenté que de 7,6 % au premier semestre, contre 22,6 % pour la même période de 97. Le taux de croissance de l'économie chinoise s'est établi à 7 % au premier semestre, en deçà de l'objectif gouvernemental de 8 % pour l'ensemble de l'année. Le repli du yen aggrave encore ces difficultés, près de 20 % des exportations chinoises étant destinées au Japon. PÔLE DE STABILITÉ A l'issue d'un entretien avec le nouveau ministre japonais des affaires étrangères, Masahiko Komura, le président chinois Jiang Zemin a demandé dimanche au Japon de stabiliser ses marchés financiers, tout en réaffirmant la détermination de Pékin de ne pas dévaluer sa devise. Les opérateurs s'interrogent pourtant sur la capacité et la détermination des autorités chinoises à maintenir inchangée la parité du yuan vis-à-vis du dollar. Leurs doutes sont accrus par les informations faisant état d'un vif débat, au sein même du gouvernement, sur la stratégie monétaire à suivre. Vendredi, un porte-parole de la banque centrale a démenti la rumeur selon laquelle son gouverneur Dai Xianglong aurait pris position en faveur d'une légère dévaluation. Lundi, la presse sud-coréenne indiquait que le gouvernement de Séoul préparait d'ores et déjà un plan pour faire face à une telle hypothèse. Jugeant que la Chine aurait trop à perdre sur le plan économique et surtout sur le plan politique, les experts de SG Securities Singapore (groupe Société générale) estiment que le scénario d'une dévaluation du yuan est peu probable au cours des douze prochains mois. En maintenant la parité de sa devise alors que tous les autres pays de la région voyaient leur propre monnaie s'effondrer, la Chine a réussi à s'imposer, en Occident, comme le pôle de stabilité monétaire en Asie. Lors de sa visite en Chine, au début de juillet, le président américain Bill Clinton avait loué publiquement la fermeté monétaire affichée par Pékin. La Maison Blanche craint qu'une dévaluation du yuan ne creuse encore l'important déficit commercial des Etats-Unis vis-à-vis de la Chine. Et qu'une chute de la monnaie chinoise n'entraîne toute la région asiatique dans une nouvelle spirale dévaluationniste, n'aggrave la récession économique dans cette zone, et ce alors même que l'économie américaine commence à montrer des signes de ralentissement. PIERRE-ANTOINE DELHOMMAIS 0 PEKIN INTERVIENT POUR CONTRER LA SPECULATION SUR LA DEVISE CHINOISE "Boursicoteurs de tous les pays, unissez-vous !" DERON FRANCIS RIEN n'est plus aléatoire que la notion de subversion dans la transition d'un régime autoritaire à... un autre. Voilà bientôt dix ans, les étudiants chinois de la place Tiananmen narguaient leur gouvernement communiste avec l'Internationale pour le plaisir de chanter "Il n'est pas de Sauveur suprême" ce qui procura à l'étranger l'impression erronée qu'ils se plaçaient effectivement sous la bannière rouge des héritiers de Marx et Lénine. Aujourd'hui, nous apprend l'AFP, une manifestation de mécontents d'un genre très particulier embarrasse fort le même gouvernement de Pékin : une centaine de boursicoteurs chinois disent avoir été bernés par un homme d'affaires américain originaire de Taïwan qui les avait convaincus d'investir, à travers sa propre firme, sur les marchés à terme du capitalisme chinois renaissant. Or, vers quelle instance de recours ces investisseurs floués se sont-ils retournés ? Très naturellement, vers le comité central du Parti communiste chinois, en se rassemblant, mercredi 5 août, devant son siège, la résidence Zhongnanhai, saint des saints du pouvoir, à proximité immédiate de la Cité interdite. Les plaignants affirment n'avoir jamais vu la couleur du moindre dividende provenant de leur placement, et accusent l'homme d'affaires, un certain Michael Ni, d'avoir quitté la Chine, le 1er août jour anniversaire de l'Armée populaire de libération !, en emportant leurs précieuses économies. L'importance des sommes en jeu donne une idée des progrès accomplis depuis Tiananmen, au moins du point de vue de l'épargnant. Celui-ci, voici dix ans, se contentait de conserver quelques liasses de billets de banque dans une pile de linge au fond de l'armoire. Aujourd'hui, il participe à des opérations comme celle offerte par ce Michael Ni, qui avait placé la barre minimale de l'investissement individuel à une somme équivalant à 36 000 francs par mise de fond dans sa firme, baptisée Xinguo Daqihuo. Un millier de ces épargnants dupés ont donc défilé depuis les locaux de la firme en question jusqu'à Zhongnanhai, à pied, en voiture et à bicyclette, jusqu'à ce que le cortège soit bloqué par un important dispositif policier. On ne manifeste pas sur la voie publique dans les parages de la toute-puissante direction chinoise, qui s'abrite derrière des vantaux aveugles, ornés de slogans en grands caractères blancs sur fond rouge proclamant une indéfectible foi dans "le glorieux Parti communiste chinois". Fait aggravant, l'un des organisateurs de la manifestation avait alerté les médias étrangers. Le dispositif policier en fut maintenu bien longtemps après le départ des manifestants, qui se dispersèrent en début d'après-midi après un face-à-face d'une heure avec les forces de l'ordre. Les autorités chinoises ont appris à jouer de la patience face à des rassemblements publics désormais fréquents. La retenue policière est moins étendue quand les protestataires sont des représentants de la "classe ouvrière" qui reste, au terme de la Constitution communiste, "le maître du pays". FRANCIS DERON L'alpiniste français Eric Escoffier porté disparu dans l'Himalaya ÉRIC ESCOFFIER et sa compagne de cordée, Pascale Bessière, sont portés disparus depuis le 29 juillet sur les pentes du Broad Peak, un sommet de 8 047 mètres situé dans la chaîne himalayenne du Karakorum, au Pakistan. Il reste peu d'espoir de retrouver vivants les deux grimpeurs, vus pour la dernière fois à 7 800 mètres d'altitude, sur la crête qui mène au sommet. Auteur de premières remarquées dans les Alpes, devenu un spécialiste des enchaînements des voies les plus difficiles du massif, Eric Escoffier avait aussi gravi cinq pics himalayens de plus de 8 000 mètres. Son brillant palmarès avait été interrompu en 87 par un accident de voiture qui le laissa partiellement hémiplégique. Surmontant son handicap, il avait recommencé, depuis 96, à enchaîner l'ascension des sommets les plus élevés du globe. Lire page 12 Le "Shelltanat" de Bruneï connaît ses premiers déboires POMONTI JEAN CLAUDE BANGKOK de notre correspondant régional Niché sur la côte septentrionale de l'île de Bornéo, le petit sultanat de Bruneï Darussalam symbolise la prospérité liée à la manne pétrolière : de fabuleuses réserves d'hydrocarbures; des dômes dorés de mosquées dominant la forêt tropicale; des réjouissances inouïes lors des anniversaires de Muda Hassanal Bolkiah, vingt- neuvième roi d'une dynastie vieille de cinq siècles, monarque islamique et l'un des hommes les plus riches de la planète; l'un des revenus par tête les plus élevés d'Asie, une voiture pour deux habitants, enseignement et soins gratuits, aides au logement et prêts à la consommation. En prime peu appréciée, l'interdiction drastique de l'alcool... A Bruneï, l'Etat emploie la moitié des près de trois cent mille habitants et la Royal Dutch Shell pratiquement le reste, à elle seule ce qui vaut au sultanat son surnom de "Shelltanat". Or, pour la première fois, quelques nuages apparaissent à l'horizon. En fuite à l'étranger, l'un des frères du sultan, le prince Jefri Bolkiah, a été limogé du ministère des finances qu'il dirigeait depuis des années, et de la direction d'Amedeo, conglomérat chargé d'investir à l'étranger une bonne partie des recettes du sultanat. La raison : un trou de près de 100 millions de francs a été découvert dans les comptes d'Amedeo, dont la gestion a été provisoirement confiée à deux consultants internationaux. L'effondrement d'Amadeo a provoqué le départ de plus de vingt mille étrangers expatriés, qui se sont retrouvés sans emploi. Le prince Jefri a également perdu les directions des télécommunications et de la BIA (Bruneï Investment Agency), gestionnaire de quelque 360 milliards de francs d'investissements et propriétaire, entre autres, d'hôtels aussi prestigieux que le Plaza Athénée à Paris. En outre, depuis le début de l'année, les recettes du pétrole, qui représentent la moitié de celles de l'Etat de Bruneï, ont chuté de 40 %. Enfin, la crise asiatique finit par avoir des effets sur cet eldorado : le dollar local, toujours lié à son cousin singapourien, a chuté de % en l'espace d'un an. Depuis quelques années, le sultan Hassanal Bolkiah songe à diversifier une économie construite sur des puits de pétrole et de gaz. Au rythme actuel d'exploitation, les réserves d'hydrocarbures seront épuisées dans un délai de vingt à trente ans, soit celui d'une génération. Le sultan veut transformer son petit territoire l'équivalent de la superficie et de la population de l'Ardèche en un centre de services, en dépit de la concurrence de Singapour et de Hongkong. Ces récentes difficultés vont donc le contraindre à introduire davantage de transparence dans ses comptes, ne serait- ce que pour satisfaire les créanciers d'Amadeo. Car les dernières élections sont ici un lointain souvenir : elles ont eu lieu en 1962, vingt-deux ans avant l'indépendance ! Bruneï illustre encore la devise des monarques absolus, "l'Etat, c'est moi" : le sultan est également premier ministre et, depuis peu, ministre des finances; aucune distinction publique n'est faite entre les finances de l'Etat et celles de la famille royale. La récession aidant, Hassanal Bolkiah, l'un des derniers autocrates de la région, va donc devoir modifier ses habitudes. Pour l'heure, il a commencé par demander à ses sujets de se serrer un peu la ceinture... JEAN-CLAUDE POMONTI Grenoble et son eau LE TRIBUNAL administratif de Grenoble a donné raison, vendredi 7 août, à Raymond Avrillier, adjoint écologiste au maire socialiste, qui contestait la renégociation du contrat avec la Lyonnaise des eaux conduite par le maire, Michel Destot (PS). Pour M. Avrillier, qui avait été le principal artisan de la chute d'Alain Carignon (RPR), condamné pour corruption, le "corrupteur", c'est-à dire la Lyonnaise des eaux, ne doit plus être le partenaire de la ville. M. Destot met en avant le montant entre 200 millions et 400 millions de francs des indemnités que Grenoble devrait verser à la Lyonnaise s'il dénonçait purement et simplement le contrat signé en 89 par M. Carignon. Lire page 5 Mme Aubry et les médecins : l'épreuve de vérité BEZAT JEAN MICHEL LES EXPERTS en météorologie sociale sont presque unanimes : il y a un avis de gros temps, à la rentrée, sur le système de santé. Les dépenses dérapent, la majorité des syndicats de médecins demeurent farouchement hostiles à tout encadrement économique de l'activité des praticiens, et l'annulation, par le Conseil d'Etat, des conventions liant les généralistes et les spécialistes à la Sécurité sociale laisse un vide qu'il va falloir combler avant la mi-novembre. Comme le préfigurent les discussions à couteaux tirés avec les radiologues, les relations entre le gouvernement et le corps médical si lourdes d'ambiguïtés ces derniers mois vont entrer, à l'automne, dans une zone de turbulences. Martine Aubry, qui a cherché pendant un an à ramener les médecins à la raison et à la table des négociations, n'a-t- elle pas investi à fonds perdus ? Claude Maffioli, président de la CSMF, la première organisation de médecins libéraux, a beau créditer Mme Aubry d'un sens du dialogue qu'il n'avait pas trouvé chez Alain Juppé, il ne cache pas que la rentrée sera marquée par une "épreuve de vérité" avec le gouvernement (Le Monde du 5 août). Elle portera, une fois de plus, sur la maîtrise des dépenses de santé et, plus précisément, sur ce que Mme Aubry a appelé une "clause de sauvegarde", qui n'est rien d'autre qu'un mécanisme de réduction du revenu des médecins en cas de dépassement des objectifs de dépenses d'assurance-maladie votés par le Parlement. On voit mal les syndicats médicaux hostiles au plan Juppé de réforme de la Sécurité sociale accepter de la gauche ce qu'ils ont refusé à la droite. Le retour de Gilles Johanet à la direction de la Caisse nationale d'assurance-maladie (CNAM) confirme l'intention du gouvernement de siffler la fin de la "récréation", qui a eu les conséquences que l'on sait : une progression de 3,4 % des dépenses de médecine de ville au cours des cinq premiers mois de 98. M. Johanet a demandé à Mme Aubry de lui laisser une grande marge de manoeuvre, notamment pour passer tous les biens et les services médicaux au crible du seul critère qui vaille : le service médical rendu. En se fondant sur les études menées en 92 par les médecins conseils de la "Sécu", M. Johanet estime que 20 % des dépenses sont "médicalement inutiles" et que la "Sécu" pourrait récupérer 100 milliards de francs. Il en va, selon lui, de la "survie" à cinq ans du système d'assurance-maladie et de santé. Avec les 2,7 milliards de francs d'économies que le gouvernement vient de réclamer à l'industrie pharmaceutique, aux radiologues, aux biologistes et aux dentistes, on est loin du compte. Ce plan n'en ouvre pas moins des perspectives, puisqu'il applique, sur certains points au moins, ce critère de l'utilité médicale, notamment pour les médicaments. Le gouvernement vient, par exemple, de décider que, dans les trois ans à venir, les 6 000 médicaments vendus en pharmacie feront l'objet d'une expertise, prélude au déremboursement des produits dont l'efficacité thérapeutique est douteuse. Pour M. Johanet, il faudra soumettre tous les actes médicaux à évaluation (cardiologie, biologie, radiologie...) tout en réduisant l'offre de soins (hôpitaux, cliniques, laboratoires de biologie, cabinets de spécialistes, etc.). Que de temps perdu, pourtant, depuis juin 97 ! N'en déplaise à Martine Aubry, les douze derniers mois ont été marqués par un relâchement dans la gestion du risque maladie. Comme si la gauche était prisonnière des réactions ambiguës qu'elle avait exprimées à l'annonce du plan Juppé, en novembre 95, qui s'inspirait de réflexions d'experts du PS, de la CFDT et de la Mutualité française. Laurent Fabius ou Claude Evin n'applaudissaient-ils pas la volonté enfin affichée par la droite de maîtriser les dépenses de soins ? Bernard Kouchner, désormais secrétaire d'Etat à la santé, n'approuvait-il pas ce "plan ambitieux et hardi" ? L'actuel conseiller social de M. Jospin ne signait-il pas, dans la revue Esprit, un appel d'experts en faveur de cette réforme ? M. Juppé est fondé à reprocher à son successeur d'avoir "entretenu une ambiguïté ravageuse sur la nécessité ou non de mettre en place une maîtrise des dépenses d'assurance-maladie durable" (Le Figaro du 3 juillet). Mais en bons gestionnaires du calendrier des réformes, ils se sont aussi dégagé l'horizon pour se consacrer à la lutte contre le chômage. Et en bons politiques, ils ont cherché à capitaliser à leur profit, momentanément et sans trop d'illusions, le désamour des médecins pour la droite. Le gouvernement a donc donné plusieurs signes d'ouverture aux médecins. Il a, notamment, légèrement desserré l'étau financier en 98. Tout en réitérant son souci de réguler les dépenses de santé, Mme Aubry a récusé toute "maîtrise comptable", reprenant ainsi la phraséologie des adversaires du plan Juppé; tout en approuvant les principes de ce plan, elle a regretté que la majorité précédente ne se soit pas dotée des outils nécessaires à son application. L'incompréhension a été d'autant plus grande que Mme Aubry a mis en oeuvre, parfois de façon volontariste, des points essentiels du plan de M. Juppé : transfert de la cotisation maladie des salariés sur la contribution sociale généralisée, création d'une couverture maladie universelle en faveur des foyers modestes, qui doit faire l'objet d'un projet de loi à l'automne. DÉRIVE DES DÉPENSES Sans doute M. Jospin et Mme Aubry ont-ils sincèrement essayé de renouer les fils du dialogue avec le corps médical, là où M. Juppé n'avait laissé qu'incompréhension et hostilité. A ce jeu, le gouvernement a gagné du temps, pas la confiance des professions de santé. Il a ébranlé la position de la CFDT, qui avait pris la présidence de la CNAM à FO en 96 pour mettre en oeuvre le plan Juppé, et qui affiche aujourd'hui un bilan médiocre. Il a fragilisé le syndicat de généralistes MG-France, ouvert aux réformes, et renforcé les organisations les plus radicales, comme le Syndicat des médecins libéraux. Enfin, il a rendu impossible, en raison de la dérive des dépenses, tout véritable allègement de la tutelle de l'Etat sur l'assurance-maladie, et donné des arguments à ceux qui, au sein du CNPF, prônent un désengagement de la "Sécu" et la privatisation du système. Des organisations de praticiens libéraux, déboussolées par le plan Juppé, ont mis à profit cet intermède d'un an pour radicaliser leurs projets et se livrer à une surenchère libérale, comme la mise en concurrence de la "Sécu" avec les assurances privées proposée par la Confédération des syndicats médicaux français. Un autre risque menace le gouvernement : la croissance retrouvée, et le léger surplus de recettes qu'elle apporte à la "Sécu", qui pourrait l'inciter à différer les réformes. Enfin, les états généraux de la santé prévus pour la fin de l'année premier exercice de "démocratie sanitaire", selon le gouvernement devront éviter deux écueils : trop encadrés, ils se transformeront en une grand-messe inutile; mal préparés, ils se transformeront en une grande foire de la démagogie et du corporatisme. JEAN-MICHEL BEZAT Le triomphe de Katia Angela Denoke DEPUIS un premier succès en 1997 dans le rôle de Marie, du Wozzeck de Berg, et deux ans après ses débuts, la soprano allemande Angela Denoke est aujourd'hui l'une des chanteuses les plus célébrées du Festival de Salzbourg. Sous la conduite du chef Sylvain Cambreling et du metteur en scène Christoph Marthaler, elle vient d'y faire triompher Katia Kabanova, l'opéra de Leos Janacek. DOC : texte accompagné d'un dessin de Taraskoff TELEVISION L'écume d'une légende Arte, mardi 11 août, 21 h 45 CADET VALERIE ENTRE l'eau et le ciel, sous le soleil approximativement, cette Thema "Surfers et rebelles" zigzague entre les différentes façons de saisir et d'exalter la vague pour mieux s'en sortir, ou simplement s'offrir un mirage de liberté : équilibristes de génie et marginaux au petit pied pressés en grappe sur les rouleaux d'Hossegor (jeux humoresques d'En attendant la vague, de Guy Girard), ou gamins réchappés des griffes de la mafia de la drogue qui sévit dans les favelas de Rio (Surfavela, de Joaquim Pinto). En ouverture, pièce majeure de la soirée, un documentaire d'Ovidio Andrew Salazar. A la recherche de "Da Cat" est de ces films, sophistiqués et excitants, qui se conjuguent au plus-que-parfait du subjectif. Libre mélange de styles et de tons. Road movie, polar, confession, quête, facétie. Le tout trempé de bluff, de poésie et de lyrisme déjanté, d'ironie et de nostalgie du paradis perdu; et même de cette pointe de vulgarité comme pied de nez au sérieux de l'affaire : retrouver la figure légendaire du surf, l'un des pionniers du genre à l'aube des années 50, Mickey Dora. "Da Cat", le félin de la planche, a disparu un jour de l'horizon de Malibu; ni au bout du rouleau ni au creux de la vague, mais au sommet exactement; à l'apogée de l'influence qu'il exerçait sur toute une génération de jeunes rebelles au "système" travail, famille, consommation. Etats-Unis, France, Afrique du Sud : Da Cat ou la saveur de l'éclipse. Un must dans l'art improbable d'être réellement libre et de se rendre invisible. Comme beaucoup d'autres aficionados avant lui, Salazar faséie d'informateurs véreux en témoins aléatoires ou véridiques. Complices d'hier, marginaux débrouillards, artistes récupérateurs des chromos de la beatnik generation ou reconvertis aux loisirs du jour, la garde rapprochée du Prince de la vague intelligent, cultivé, ténébreux, provocateur serre manifestement les rangs autour du mythe. Quelques repères, contradictoires, pour la bonne tenue de la fiction et, au bout du compte, le vague argument d'une clause de confidentialité. Histoire d'un insoumis, d'une sorte de prophète gourou allergique à la grande anarque de la vie, donc anarqueur de première. Jubilatoire. VALERIE CADET DOC : avec photo Attentats anti-américains : la piste islamiste Une mystérieuse "Armée islamique pour la libération des lieux saints musulmans" revendique les attentats de Nairobi et Dar es-Saalam Les explosions à la voiture piégée ont fait au moins une cinquantaine de morts Le président Clinton a dénoncé des actes "répugnants" UNE MYSTÉRIEUSE "Armée islamique pour la libération des lieux saints musulmans" a revendiqué les deux attentats anti-américains qui, vendredi 7 aôut, au Kenya et en Tanzanie, ont fait près d'une cinquantaine de morts et des centaines de blessés. La revendication a été formulée dans des appels téléphoniques qu'un interlocuteur anonyme a adressés au bureau du Caire du quotidien saoudien Al Hayat et à une agence de presse internationale à Dubaï, dans l'Etat des Emirats arabes unis. C'est la première fois que ce nom apparaît dans la nébuleuse des organisations et groupuscules qui, ces vingt dernières années, ont pratiqué le terrorisme au nom de l'islam extrémiste. L'interlocuteur n'a fourni aucune précision sur les éventuelles exigences de cette organisation. Les autorités américaines n'avaient pas encore commenté cette revendication samedi; elles se sont déclarées prêtes à étudier et suivre toutes les pistes possibles. Le bilan des morts pourrait encore s'alourdir; des sources hospitalières parlent d'une centaine de morts. Le président Bill Clinton a promis de traquer partout dans le monde les auteurs d'actes qu'il a qualifiés de "répugnants et inhumains". Les attentats ont frappé de façon quasi simultanée les ambassades américaines à Nairobi et Dar es-Salaam, deux capitales de pays qui, en Afrique de l'est, ont les meilleures relations avec Washington. A Nairobi, où l'attentat a dévasté tout un quartier, les autorités ont déclaré cinq jours de deuil et, dans les décombres, les recherches se poursuivaient samedi. DOC: avec dessin de Plantu TELEVISION DOSSIER Rendez-vous sous les étoiles Vendredi 14 août, à partir de 22 h 55, France 2 consacre trois heures d'antenne à la huitième édition de la "Nuit des Etoiles". Le spectacle se tiendra aussi à ciel ouvert, en France et à l'étranger, dans quelque 200 lieux sélectionnés par des clubs d'astronomie CORNU FRANCIS DANS un immeuble bourgeois du 16e arrondissement de Paris siège la respectable Société astronomique de France (SAF), qui, avec l'Association française d'astronomie (AFA) et l'Association nationale sciences techniques jeunesse (ANSTJ), est l'un des piliers de la "Nuit des Etoiles". Une constellation de cinq cents clubs ou associations spécialisés est mobilisée, le 14 août, pour animer deux cents sites d'observation dans tout l'Hexagone et à l'étranger. Quatre-vingt mille curieux avaient répondu à l'appel en 97, sans compter quelque 2,5 millions de téléspectateurs... Cette opération d'envergure, orchestrée par la télévision, est à la mesure de l'expérience de la société, qui demeure fidèle à l'esprit missionnaire de son fondateur (en 87), Camille Flammarion, savant de légende et auteur d'une fameuse Astronomie populaire, tirée à cent mille exemplaires par son frère éditeur : vulgariser, diffuser les connaissances, partager. Mais qu'y a-t- il de commun entre la SAF et la plupart des petits clubs qui participent à la "Nuit" ? Parmi ses 2 500 adhérents, dont 400 étrangers, la SAF compte quatre-vingts professionnels de l'astronomie ou des sciences qui s'y rapportent (Louis Leprince- Ringuet, "de l'Académie française", pionnier de l'étude des rayons cosmiques, en fut membre pendant soixante ans). Elle dispose de l'observatoire de la Sorbonne et de la lunette "amateur" la plus puissante de France. Elle possède un atelier de fabrication d'instruments et de taille de miroirs, ainsi qu'une bibliothèque de 7 000 ouvrages et un réseau spécial d'information sur Minitel, doublé désormais par Internet. Son budget, essentiellement alimenté par les cotisations des sociétaires, s'élève de 1,5 à 2 millions de francs, selon les années. Si elle donne des cours d'initiation, c'est à l'astrophysique et à la physique des particules, la passion de Michel Laurent, vice- président de la Société et médecin à la retraite. "Mais nous avons vraiment des débutants", tient à préciser ce dernier, tout en reconnaissant que nombre d'adhérents sont des "observateurs chevronnés ou des scientifiques de haut niveau", aptes à concourir à diverses grandes expériences internationales. "Le propre de l'astronomie est qu'un amateur, par ses observations, peut contribuer aux travaux des professionnels", souligne Michel Laurent, fier d'indiquer que deux membres de la SAF, Michel Meunier, pilote de ligne, et Philippe Dupouy, employé d'EDF, ont récemment découvert une nouvelle comète qui porte leur nom. Ces "amateurs" bénéficient évidemment d'un matériel perfectionné qui, aujourd'hui, repose sur l'électronique. L'astronome de métier ne travaille plus que sur écran, sur une représentation virtuelle du ciel. "Aussi le professionnel a-t-il de plus en plus besoin de redevenir amateur, assure pourtant Michel Laurent, de se remettre à l'oculaire d'une lunette, pour le plaisir." Retour à une échelle humaine donc, et c'est ce qui unit une institution comme la SAF et une association apparemment située à des années- lumière, le Club astronomique Alix Détente, basé dans une résidence HLM de Pantin et animé par Salem Aounit. Budget annuel : 300 francs, soit le montant des cotisations des cinq membres fondateurs. Mais, pour la première fois, avec l'aide de la mairie, le club va participer à la "Nuit des Etoiles", organiser une conférence et convier le public, sur le stade municipal, à profiter de ses modestes équipements. En 96, Salem Aounit a ajouté l'astronomie aux activités de l'association de quartier musique, danse, informatique, soutien scolaire, destinées à "développer la solidarité" et à éviter les dangers du "désoeuvrement". Ce militant voulait faire connaître un loisir "qui pourrait sembler réservé à une élite". Il confie : "Quand on regarde planètes et étoiles, on découvre une autre dimension. Ça relativise tout. On comprend mieux l'existence. Nous ne sommes rien face à l'univers mais en même temps nous en faisons partie. Nous sommes tous égaux." Et de conclure : "Quand on aime, on veut faire partager." Ces derniers mots sont également ceux de Michel Laurent. Avec le même souci, bien que se trouvant aux antipodes de la planète parisienne, les deux hommes préparent déjà l'événement historique du mercredi 11 août 99 : une éclipse totale de soleil, sur le nord de la France, une première depuis 1724. La nuit en plein midi, pour mieux étudier la plus proche des étoiles. Un rendez-vous dont la télévision ne manquera pas de faire valoir la dimension. FRANCIS CORNU DOC : avec photos et illustration : La carte du ciel le 14 août Une organisation islamiste revendique les deux attentats antiaméricains REPORTAGE Dévastation et horreur au coeur de la capitale kényane L'ambassadrice sort avec du sang sur ses vêtements; le ministre a une plaie à la tête FEDER LEON NAIROBI correspondance Il est 10 h 30 à Nairobi. Une violente déflagration près de l'ambassade des Etats-Unis, suivie d'un nuage de fumée grise, secoue le centre-ville de la capitale kényane alors que l'activité économique bat son plein dans le quartier d'affaires. "Dans mon bureau, situé à plus de trois cents mètres de l'ambassade, nous nous sommes jetés à terre, tellement l'explosion était violente", raconte un homme d'affaires français. La représentation américaine est située au coeur financier et commercial de la capitale kényane, à la jonction de deux artères très passantes, Moi Avenue et Hailé Sélassié Avenue. Seuls quelques mètres séparent l'ambassade des Etats-Unis de la chaussée. Le souffle est si puissant que les vitres des bâtiments sont brisées dans un rayon de plusieurs centaines de mètres. Les trottoirs sont parsemés de verre, et beaucoup de passants sont blessés par les éclats. Un peu partout, il y a des flaques de sang. Dans le parking de l'ambassade, six voitures brûlent. L'une d'entre elles finit de se consumer, à côté d'un cratère dans le bitume. Attentat à la voiture piégée, disent immédiatement les premiers témoins sur place. Les policiers se gardent de tout commentaire. Il faut attendre un communiqué gouvernemental, dans la soirée, pour apprendre officiellement que "les premières investigations montrent qu'il s'agit d'un acte de terrorisme". Trois bâtiments mitoyens sont touchés de plein fouet par l'attentat : le petit immeuble de l'ambassade, la gateway house (un édifice de cinq étages) et le bâtiment de vingt-cinq étages de la Cooperative Bank, qui abrite aussi des institutions gouvernementales. Au moment de l'explosion, l'ambassadrice américaine, Prudence Bushnell, et le ministre kényan du commerce, Joseph Kamotho, sont en réunion dans cet immeuble. Ils sont tous les deux légèrement blessés. L'ambassadrice sort avec du sang sur ses vêtements pour être conduite à l'hôpital; le ministre a une plaie à la tête. UN SPECTACLE DE GUERRE Dans le hurlement des sirènes de l'ambulance et le bruit des hélicoptères de l'armée, la rue offre un spectacle de guerre. Des dizaines de voitures à moitié brûlées ont été abandonnées au milieu de l'avenue. La gateway house, qui abrite une école de secrétariat, s'est écroulée comme un château de cartes. Immédiatement, les employés en costume-cravate qui avaient fui leur bureau reviennent et se transforment en secouristes bénévoles. Ils tentent, avec leurs mains, de déblayer les gravats pour libérer les personnes ensevelies. Ils sont très vite rejoints par les hommes de la Croix-Rouge, puis par des engins de travaux publics. Le président kényan, Daniel arap Moi, se rendra sur les lieux dans l'après-midi pour crier son indignation devant un attentat que l'on ne sait à qui attribuer dans un pays qui n'accueille pas de groupes anti-américains. Trois personnes sont sauvées des décombres, mais les cadavres s'amoncellent. Ils sont entassés dans un camion de la Croix- Rouge, avant d'être emportés. Le bilan provisoire s'élève à plus de 60 morts et un millier de blessés. Toute la façade arrière de l'ambassade des Etats-Unis est en ruine : portes blindées ou tenants de fenêtre métalliques n'ont même pas résisté à l'explosion. Un corps recouvert d'une couverture est sorti sur un brancard par une fenêtre. Les sauveteurs n'ont pas la tâche facile car, pour évacuer les blessés, ils doivent enjamber de nombreux gravats. Les "marines", armés de fusils automatiques et revêtus de gilets pare-balles, ont pris position autour de l'ambassade, dont le personnel a reçu la consigne de rejoindre le quartier américain de Nairobi. Peu après l'explosion, un homme d'origine arabe désigné comme suspect par les "marines" est immédiatement arrêté par la police kényane. LEON FEDER DOC : avec carte "le quartier d'affaires de Nairobi" Une organisation islamiste revendique les deux attentats antiaméricains Quinze ans d'attentats anti-américains Le avril 1983, un attentat à l'explosif détruit une partie de l'ambassade américaine à Beyrouth, faisant 63 morts, dont Américains, et une centaine de blessés. Le 23 octobre 83, un camion suicide explose à l'intérieur d'un bâtiment abritant une caserne de "marines" à Beyrouth, tuant 241 soldats américains. Le 20 septembre 84, une voiture piégée percute une annexe de l'ambassade des Etats-Unis à Awkar, au nord de Beyouth, et fait 24 morts et 96 blessés, dont les ambassadeurs américain et britannique. Le 13 novembre 95, en Arabie saoudite, une voiture piégée explose à Riyad devant un bâtiment de la garde nationale saoudienne, où travaillent des conseillers américains. Cinq Américains, deux Indiens sont tués, et plus d'une soixantaine de personnes blessées. Le 16 juin 96, en Arabie saoudite, une bombe dissimulée dans un camion garé devant la base militaire saoudienne de Khobar, près de Dhahran, tue Américains et fait 386 blessés. Une organisation islamiste revendique les deux attentats antiaméricains La revendication d'un groupe inconnu Le journal saoudien Al Hayat rapporte samedi 8 août, à la une, que son bureau du Caire a reçu vendredi un appel téléphonique anonyme revendiquant les deux attentats au nom de "l'Armée islamique pour la libération des lieux saints musulmans", jusqu'ici inconnue. A Dubaï, aux Emirats arabes unis, un interlocuteur anonyme a appelé une agence de presse internationale et a également revendiqué les deux attentats au nom de la même organisation. Jeudi, le bureau de l'AFP au Caire avait reçu un communiqué du Djihad d'Egypte, daté du 4 août. "L'administration américaine, indiquait ce communiqué, en coordination avec le gouvernement égyptien, a arrêté trois de nos frères dans certains pays d'Europe de l'Est. Nous voulons informer les Américains, laconiquement, que nous avons reçu leur message et que nous sommes en train de préparer la riposte; et nous souhaitons qu'ils en prennent bien conscience, car nous allons l'écrire par l'aide de Dieu, dans le langage qu'ils comprennent." Une organisation islamiste revendique les deux attentats antiaméricains Un drame qui rappelle aux Américains celui contre la base Khobar, en Arabie Saoudite ZECCHINI LAURENT WASHINGTON de notre correspondant Les reportages télévisés répétitifs montrant une Monica Lewinsky s'engouffrant dans une voiture après son audition devant le grand jury ont été brusquement interrompus, vendredi 7 août, par des images qui ont rappelé aux Américains de mauvais souvenirs : les sites des ambassades américaines de Nairobi et Dar es-Salaam, avec immeubles éventrés et blessés couverts de sang, ressemblaient à s'y méprendre à celui des Khobar Towers, cet immeuble de Dhahran, en Arabie saoudite, cible d'un attentat qui avait coûté la vie à soldats américains, le 25 juin 96. Commentant la double action terroriste de vendredi visant des intérêts des Etats-Unis (au moins huit Américains figurent parmi les victimes), Bill Clinton et la secrétaire d'Etat, Madeleine Albright (qui a regagné Washington dans la soirée, écourtant un séjour à Rome), ont employé des termes identiques pour dénoncer une violence "répugnante, lâche et inhumaine", tout en promettant de retrouver et punir coûte que coûte les coupables. Les Etats-Unis ont réagi avec rapidité en dépêchant sur place deux avions transportant une logistique médicale ainsi que des équipes d'enquêteurs du FBI et de la CIA, accompagnés d'experts en explosifs. Ces spécialistes ont été rejoints, à Nairobi, par une quarantaine de "marines" appartenant à la Fleet Anti-Terrorist Security Team, une unité spécialement créée pour répondre à ce type de situation d'urgence. Faute de revendication, les autorités américaines en sont réduites aux conjectures, mais il paraît exclu que ce double attentat soit l'oeuvre d'un complot local visant à punir les Etats-Unis. Il s'agit d'une action "très bien coordonnée et planifiée", a souligné le département d'Etat. Comme toujours en pareil cas, la tentation est grande de pointer du doigt les groupes islamistes, au risque cependant de se fourvoyer, comme ce fut le cas lors de l'attentat d'Oklahoma City, en avril 95. Peu après cette explosion, qui a fait 168 morts, des responsables de l'administration avaient épinglé le "terrorisme proche-oriental", avant de se rétracter. Même réflexe et même erreur en juillet 1996, après la destruction en vol du Boeing-747 de la TWA : des "suspects d'origine arabe" avaient été appréhendés, puis relâchés. Cette fois encore, la "signature" des attentats kényan et tanzanien (des voitures piégées) incite à établir un parallèle avec celui de Khobar, à ce jour inexpliqué, du moins officiellement. Depuis deux ans, les autorités saoudiennes ont fait preuve d'une évidente mauvaise volonté pour associer les agents du FBI à leur enquête. Les indices mènent pourtant irrésistiblement vers une origine iranienne, avec la probable complicité d'opposants saoudiens. Comme toujours en pareil cas, la tentation est grande de pointer du doigt les groupes islamistes Or Riyad ne tenait manifestement pas à fournir à Washington des informations sur l'influence de l'opposition islamiste dans le royaume wahhabite. Mais il y a autre chose : en partie parce que la présence de bases militaires américaines dans le pays a fait grandir un sentiment anti-américain, les autorités saoudiennes ont effectué un spectaculaire rapprochement avec Téhéran, qui n'a d'égal que la reprise d'une forme de dialogue irano-américain. Aujourd'hui, ni les Etats-Unis ni l'Arabie saoudite ne souhaitent ruiner un tel aggiornamento diplomatique en accusant Téhéran d'avoir fomenté l'attentat de Khobar. Officiellement, l'enquête n'est pas close. Pratiquement, le FBI a rapatrié tous ses enquêteurs, sauf un, pour la forme. Il y a un an exactement, le secrétaire à la défense, William Perry, n'hésitait pas à menacer l'Iran d'une action militaire au cas où la responsabilité de Téhéran serait formellement établie. Un tel avertissement n'est plus de mise aujourd'hui. Pourtant, les responsables américains ne se font guère d'illusions quant à la responsabilité de groupes d'origine iranienne dans le terrorisme international. Hasard du calendrier, vendredi, le FBI a fait part aux autorités argentines de sa certitude que des diplomates iraniens ont été mêlés à l'attentat perpétré, en 94, contre un centre juif de Buenos Aires, qui avait fait 86 morts. Les autorités américaines ont, d'autre part, pris très au sérieux les menaces récemment proférées par Ossama Bin Laden, un dissident saoudien qui vit en Afghanistan, où, aux côtés des moudjahiddine, il a participé à la guerre contre l'armée soviétique. Considéré par le département d'Etat comme l'un des principaux commanditaires du terrorisme islamiste à travers le monde (il est, entre autres, le principal suspect dans l'attentat de Khobar), qualifié par Sandy Berger, conseiller de Bill Clinton pour la sécurité nationale, de "terroriste indépendant le plus dangereux du monde", Ossama Bin Laden avait accordé une interview à la chaîne ABC, le 10 juin dernier, dans laquelle il ne faisait pas mystère de son intention de multiplier les attentats contre les intérêts et les citoyens américains. A la suite de cette émission, Washington avait alerté ses ressortissants dans la région du Golfe contre le risque d'une recrudescence d'attentats anti-américains. LAURENT ZECCHINI Une organisation islamiste revendique les deux attentats antiaméricains Le président Bill Clinton a juré de traquer les responsables des deux agressions terroristes perpétrées vendredi 7 août contre les ambassades des Etats-Unis au Kenya et en Tanzanie, et revendiquées par une mystérieuse "Armée islamique pour la libération des Lieux saints musulmans" AFRIQUE Une organisation au nom islamique, jusqu'alors inconnue, a revendiqué les attentats qui ont visé, vendredi 7 août, deux ambassades des Etats-Unis en Afrique au Kenya et en Tanzanie faisant des dizaines de morts et des centaines de blessés. DANS SON ÉDITION de samedi, le quotidien saoudien Al Hayat rapporte que son bureau du Caire a reçu vendredi un appel téléphonique revendiquant les attentats au nom de "l'Armée islamique pour la libération des lieux saints musulmans". La même revendication a été formulée à Dubaï. SELON DIFFÉRENTS bilans, cités vendredi soir, entre quarante et soixante personnes ont été tuées à Nairobi dont huit Américains et quelque mille autres blessées. L'attentat de Dar es-Salaam a fait six morts. LE PRÉSIDENT CLINTON a déclaré vouloir utiliser "tous les recours" pour traquer les auteurs de ces "actes répugnants et inhumains". UNE CINQUANTAINE de morts, plus d'un millier de blessés : ces chiffres n'étaient encore ceux que de bilans provisoires des deux attentats à la bombe qui ont frappé, vendredi 7 août, les ambassades des Etats-Unis à Nairobi et Dar es-Salaam, les capitales du Kenya et de la Tanzanie (Afrique de l'Est). Huit ressortissants américains figurent parmi les morts et six autres sont portés disparus affirmait, samedi, le département d'Etat à Washington. Au coeur de Nairobi, le quartier de l'ambassade américaine a été dévasté par l'explosion qui a projeté loin à la ronde des tonnes de verre et de gravats. Une organisation jusqu'ici inconnue a revendiqué les attentats dans deux appels téléphoniques anonymes aux médias à Dubaï et au Caire. Le journal saoudien Al Hayat rapporte ainsi, samedi, à la une, que son bureau du Caire a reçu vendredi un appel téléphonique anonyme revendiquant les deux attentats au nom de "l'Armée islamique pour la libération des lieux saints musulmans". A Dubaï (Emirats arabes unis), un autre interlocuteur anonyme a appelé une agence de presse internationale en affirmant la même chose. L'inconnu, qui parlait avec l'accent égyptien et semblait s'exprimer de l'étranger, a ajouté : "l'une [des opérations] a été menée par un fils de La Mecque (Arabie saoudite) et l'autre par un fils d'Egypte". Il a refusé de donner des précisions ou d'envoyer une revendication écrite, annonçant que d'autres détails viendraient ultérieurement. "REPRÉSAILLES" Jeudi, dans un communiqué adressé à l'AFP au Caire, une organisation islamiste armée égyptienne, le Jihad, avait annoncé "des représailles" contre les Etats-Unis. Dans ce message, les islamistes accusaient Washington d'avoir "planifié" l'extradition vers l'Egypte de sept de ses militants résidant en Albanie et dans un autre pays de l'Est. "Nous voulons informer les Américains que nous avons reçu leur message et que nous sommes en train de préparer la risposte. Prenez-en bien conscience", menaçait le Jihad. Quelques heures seulement après les explosions, qui ont été quasi simultanées, les policiers sur place et les autorités américaines évoquaient déjà la thèse de l'attentat comme une forte probabilité. "Etant donnés la répartition dans le temps des explosions et les objectifs visés, nous pensons qu'il est raisonnable de considérer qu'il s'agit d'attentats terroristes et qu'ils sont liés", avait indiqué, dès vendredi, le porte-parole de la Maison Blanche. Par mesure préventive, l'ambassade des Etats-Unis en Ouganda a été évacuée. La sécurité a été sensiblement renforcée autour du bâtiment ainsi qu'aux abords des représentations américaines ailleurs dans la région. ÉVENTUELS SURVIVANTS Washington a envoyé un avion de transport contenant du matériel médical accompagné de médecins et d'experts du FBI. L'appareil a atterri à Nairobi, samedi en début de journée. Les fournitures ont été chargées dans des camions de l'armée kényane pour être livrées à l'hôpital de la capitale kényane qui sert de centre d'accueil des blessés. En outre, 200 soldats israéliens entraînés pour des missions de secours dans des bâtiments effondrés doivent arriver dans l'après-midi, a déclaré à l'agence Reuters un porte-parole de l'ambassade d'Israël. Les secouristes kényans poursuivaient samedi leurs recherches pour retrouver d'éventuels survivants dans le quartier des affaires dévasté par l'explosion. Les hôpitaux de la ville ont été placés en état d'alerte pour accueillir tous les blessés et les autorités sanitaires ont lancé des appels pour que tous les médecins et infirmières disponibles viennent prêter main forte aux secours. Entre 40 et 60 personnes auraient été tuées dans la capitale kényane et plus d'un millier blessées. L'attentat s'est produit vers 10 h 30, heure locale. Il a vraisemblablement été causé par une voiture piégée garée près de l'ambassade et il a endommagé une bonne partie du centre-ville. Le bilan provisoire s'élève à une cinquantaine de morts et plus d'un millier de blessés. Il pourrait atteindre une centaine de morts selon la presse kényane qui cite des sources hospitalières. A Dar es-Salaam, la capitale tanzanienne, le dernier bilan fait état de 6 morts et 74 blessés. L'ambassade de France, située à proximité, a été légèrement touchée et celle du Nigeria a vu son toit soufflé par la déflagration. Comme à Nairobi, la police tanzanienne privilégie la thèse de la voiture piégée. (AFP, Reuters.) Doc: avec carte "deux explosions simultanées" TELEVISION DOSSIER Rendez-vous sous les étoiles Sirius, la petite lumière d'un club algérien BARTHELEMY PIERRE CELA pourrait être une "Nuit des Etoiles" comme les autres. Cela pourrait n'être qu'un des nombreux rendez-vous astronomiques que l'été donne aux découvreurs des cieux. Cela pourrait s'arrêter là. Mais la "8e Nuit des Etoiles" aura un petit plus. Presque rien. Un symbole. Pour la première fois depuis la création de l'émission, en 91, un club d'amateurs algériens sera associé à la fête. Créé il y a deux ans par une quinzaine de passionnés de Constantine, il a pris le nom de l'étoile la plus brillante de la voûte céleste, Sirius, le diamant bleuté de la constellation du Grand Chien. Curieuse, cette association d'astronomie dont les adhérents ne peuvent se réunir la nuit pour observer les astres... Alors, on étudie les taches solaires, on suit les cours d'initiation ou on organise des séminaires. On vit de gageures. "Dans les conditions actuelles, cela paraît un défi de faire de l'astronomie. Cela demande beaucoup d'abnégation et de sacrifices personnels", explique Jamal Mimouni, responsable de la commission scientifique et membre fondateur de l'association. Sirius voulait disposer d'un site d'observation non loin de Constantine, sur le djebel Ouahch, la montagne du Monstre. Mais elle a dû y renoncer pour des raisons de sécurité. Le monstre du terrorisme rôde, au moins dans les esprits si ce n'est dans la réalité, la région de Constantine s'avérant relativement épargnée par les attentats. Il n'y aura pas non plus, vendredi 14 août, de rendez-vous particulier. "Nous ne pouvons pas faire d'appel public pour organiser une manifestation : nous n'aurions ni autorisation ni possibilité de contrôler les choses", reconnaît Jamal Mimouni. Les amateurs de Sirius seront donc gentiment invités à suivre la soirée, "bien assis, chez eux, devant leur poste... s'ils sont parabolés". Ils verront un petit clip sur leur association, tourné par la télévision algérienne. Comme une amorce de dialogue. Pour compléter l'émission, il leur faudra lever les yeux vers les étoiles et rejoindre ainsi les promeneurs célestes de France, mais aussi de Tunisie, de Belgique ou de Suisse. Une façon de créer un pont virtuel au-dessus de la Méditerranée. Au quotidien, la vie d'un club d'astronomie algérien présente des côtés ubuesques qui font, par contraste, mieux ressortir toute la bonne volonté de ses responsables. "Nous voulons faire de la vulgarisation scientifique une source de loisirs culturels pour nos jeunes, mais nous ne touchons aucune subvention de la direction de la jeunesse et des sports, assure Jamal Mimouni. Il y a un manque d'intérêt absolument incroyable des autorités envers la culture scientifique. Elles privilégient les associations sportives, folkloriques et musicales. C'est l'état de la culture en Algérie : on voit les jeunes comme des consommateurs de spectacles. Il n'y a pas un seul livre d'astronomie dans les librairies. Ceux que l'on peut consulter dans les bibliothèques ont au moins dix ans. Nous ne recevons aucune revue scientifique. Les télescopes sont introuvables et les jumelles interdites pour des raisons de sécurité. Moi, j'ai le minimum depuis des années et une bonne bibliothèque. Tout cela est utilisé collectivement." Dans un tel climat, les clubs anciens, même s'ils disposent d'un peu plus de matériel, vivotent, périclitent ou "entrent en hibernation". Avec sa quarantaine d'adhérents actifs, essentiellement des lycéens, des étudiants et des enseignants, Sirius se démène du mieux qu'elle peut pour se faire connaître. Le jeudi après-midi ont lieu des cours, des ateliers et des projections de diapositives, dans un local qui est prêté à l'association, trois heures par semaine. La cotisation s'élève à 100 dinars par an (environ 10 francs), mais un certain nombre de personnes ne peuvent s'en acquitter. Ce n'est pas grave, elles viennent quand même. Jamal Mimouni ne baisse pas les bras et voudrait combattre "cet ensemble d'inhibitions que la situation a créées de manière non explicite, et qui font que les gens restreignent leurs activités à leur domicile". L'association n'a pas de moyens ? Ce physicien des particules qui enseigne à l'université de Constantine où Internet ne fonctionne pas a l'habitude de se débrouiller. Isolé du reste de la communauté scientifique, ce chercheur correspond directement avec ses pairs, par courrier. Les articles lui parviennent avec quelques mois de retard mais qu'importe, ils arrivent. Il rêverait de stages et de séminaires à l'étranger auxquels son association pourrait participer mais ne voit pas d'issue aux "événements"... Là-bas, de l'autre côté de la mer, Sirius existe, Sirius vit. Comme une étoile esseulée dans la nuit. Il y a des hommes derrière la lumière. PIERRE BARTHELEMY TELEVISION DOSSIER Rendez-vous sous les étoiles La 8e Nuit France 2 et France Info donnent rendez-vous pour une "8e Nuit des Etoiles", vendredi 14 août, de 22 h 55 à 2 h 05, en direct de la Cité de l'espace à Toulouse. Après le succès des précédentes émissions qui ont eu successivement pour thème principal le système solaire, Saturne, la Voie lactée, la Lune, les turbulences de l'Univers, la vie au-delà de notre planète, cette nouvelle "Nuit" est notamment consacrée à l'eau, qui est à l'origine de la vie et dont on vient de découvrir de nouvelles traces précises sur la Lune. Hubert Reeves et Claude Sérillon feront état des dernières recherches sur le sujet et des nouvelles technologies d'observation de l'Univers. Ils seront entourés par les astronautes Jeffrey Hoffman, représentant de la NASA, et Léopold Eyharts, récent invité français de la station spatiale Mir. Alain Cirou, de la revue Ciel et espace, présentera l'actualité astronomique et guidera l'observation du ciel de cette nuit du 14 août. En appelant le 05-62-71-56-29, téléspectateurs et auditeurs pourront poser des questions à Hubert Reeves et aux invités. Plus de deux cents manifestations (conférences, expositions, initiations à l'observation) sont prévues à travers la France mais aussi en Belgique, Suisse, Algérie, Tunisie et Polynésie, organisées par les multiples institutions, associations et organes de presse qui participent activement à l'opération. Renseignements sur le site Internet de France 2 : www. france2. fr PORTRAIT Congo-Kinshasa : Arthur Zahidi Ngoma, le juriste qui veut renverser M. Kabila En prenant la tête de la rébellion, l'ancien pacifiste s'est lancé dans une aventure bien délicate SOTINEL THOMAS ABIDJAN de notre correspondant en Afrique de l'Ouest Trois jours après sa nomination à la tête de la rébellion contre Laurent-Désiré Kabila, Arthur Zahidi Ngoma ne s'est toujours pas exprimé publiquement. Homme politique jusqu'à maintenant pacifiste porté à la tête d'une rébellion militaire, opposant à la présence rwandaise au Congo et désormais dirigeant d'un mouvement soutenu par Kigali, le professeur Ngoma, qui s'était toujours distingué par son idéalisme, vient de se lancer dans une aventure profondément délicate. C'est peut-être ce qui explique son silence. Ce juriste de cinquante ans est né dans le Maniema, dans l'est de l'ex-Zaïre, une province riche en or, dont l'économie est tournée vers la région des Grands Lacs, mais qui contrairement aux deux Kivus ne fait pas partie du champ d'affrontement entre Tutsis et autochtones bantous. Après avoir fui le Zaïre du maréchal Mobutu au début des années 70 pour suivre des études de droit en France, Arthur Zahidi Ngoma a longtemps travaillé à l'Unesco. En 92, il rentre au Zaïre. Mobutu a concédé le multipartisme, la Conférence nationale semble sur le point d'instaurer la démocratie. Face à Etienne Tshisekedi, l'opposant radical et imprévisible, et au maréchal vieillissant, le professeur Ngoma croit à ses chances. Certains lui prêtent l'appui de la France. Mais il postule sans succès au poste de premier ministre et les longues années de la transition ne lui permettent pas d'établir une assise partisane. En 97, la rébellion victorieuse de Laurent-Désiré Kabila permet à M. Ngoma de reprendre pied sur la scène politique. Il proteste contre l'emprise des puissances étrangères sur l'Alliance des forces démocratiques de libération (AFDL) de M. Kabila. Le 25 novembre 1997, il convoque, malgré l'interdiction des activités partisanes, les assises des Forces du futur, sa formation politique. La police de l'AFDL empêche la tenue de la réunion et arrête le professeur Ngoma. Il est bastonné puis détenu pendant deux mois à Kinshasa avant d'être transféré au Katanga, le fief de M. Kabila. En avril 98, il s'évade en compagnie d'un autre opposant, Joseph Olengakoy, et du commandant Masasu, ex- conseiller militaire de Laurent-Désiré Kabila, arrêté pour trahison. Repris au bout de trois jours avec le commandant Masasu, M. Ngoma est présenté devant les caméras de la télévision d'Etat congolaise. Amaigri, torse nu, il persiste dans son opposition au régime de l'AFDL "autoproclamé". Accusé d'atteinte à la sûreté de l'Etat, il n'est condamné qu'à un an de prison avec sursis. CONTRADICTIONS C'est que son arrestation et sa détention ont provoqué l'indignation dans le monde entier. L'Unesco, en la personne de son directeur, Federico Mayor, a fait pression sur Kinshasa pour obtenir sa libération. M. Ngoma peut alors quitter le Congo pour la France, afin de se rétablir. A plusieurs reprises, il confirme son opposition au régime de M. Kabila et son attachement à l'intégrité territoriale du Congo. Mais deux jours après le déclenchement de la rébellion militaire menée par les Banyamulenges et leurs alliés rwandais, il part pour l'est du Zaïre où les insurgés le portent à leur tête. Aujourd'hui la presse kinoise ne se prive pas de relever ces contradictions. Le quotidien Le Phare va jusqu'à affirmer que M. Ngoma "est de ceux qui ont toujours soutenu que les Banyamulenges ne sont pas congolais". La remarque est venimeuse et déforme dans le sens de la xénophobie en vogue aujourd'hui à Kinshasa la pensée du professeur de droit. Outre ces contradictions sur le fond, on peut se demander comment le professeur Ngoma, qui a préféré la prison à l'abjuration de ses idées, pourra s'accommoder des méthodes de certains dirigeants de la rébellion qui, comme Bizima Karaha, ont délibérément couvert les massacres de réfugiés hutus par les troupes rwandaises, du temps où ils étaient au pouvoir. THOMAS SOTINEL Kinshasa dément la progression des rebelles Les rebelles banyamulenges (Congolais tutsis d'origine rwandaise) affirmaient, vendredi 7 août, avoir remporté une victoire décisive contre les troupes du président Laurent-Désiré Kabila avec la prise de plusieurs villes côtières de la République démocratique du Congo (RDC, ex-Zaïre), lesquelles contrôlent l'approvisionnement de Kinshasa. Il s'agirait des localités de Moanda, Banana et Kitona, près de la frontière angolaise, et du port stratégique de Matadi. Kinshasa a démenti la perte de ces villes et affirmé avoir repris l'aéroport de Kisangani, où le couvre-feu a été instauré. Parallèlement aux combats, les initiatives de paix continuent. Vendredi, deux ministres sud-africains mandatés par le président Nelson Mandela ont rencontré M. Kabila à Lubumbashi (sud-est de la RDC). Samedi, un sommet régional devait se tenir au Zimbabwe pour tenter de trouver une solution à la crise congolaise. La rencontre doit réunir M. Kabila et plusieurs autres dirigeants de la région, dont ceux de l'Ouganda et du Rwanda, accusés par M. Kabila de soutenir la rébellion. (AFP.) Hanane Achraoui s'est expliquée sur son départ du cabinet palestinien TEL-AVIV de notre correspondant Hanane Achraoui s'en va. Ministre de l'enseignement supérieur dans le cabinet sortant de l'Autorité palestinienne, elle a annoncé, jeudi 6 août, qu'elle renonçait au nouveau poste ministériel, celui du tourisme et de l'archéologie, que comptait lui confier le président Yasser Arafat dans le cadre du remaniement ministériel auquel il a procédé cette semaine. Son collègue Abdel Jawad Saleh a fait de même (Le Monde du 8 août). Il y a un an, le Conseil législatif palestinien avait accusé trois ministres de M. Arafat, dont celui de la planification Nabil Shaath et celui des affaires civiles Djamil El Tarifi, de corruption et d'abus de fonds publics. Il avait réclamé un remaniement ministériel qu'après de nombreux atermoiements, M. Arafat a finalement présenté mercredi dernier au Conseil législatif. Mais il n'a renvoyé ni M. Shaath ni M. Al Tarifi : il s'est contenté d'élargir l'équipe gouvernementale, de 22 à 30 postes, violant au passage la loi organique palestinienne qui limite le nombre de postes ministériels à 28. Neuf des dix nouveaux ministres sont membres du Conseil et représentants du Fatah, le parti de M. Arafat. "ELLE A LE COURAGE DE PARLER" Lors d'une conférence de presse tenue jeudi 6 à Ramallah, Mme Achraoui s'est expliqué : "A mon avis, faire partie de cette nouvelle équipe ne servirait à rien. Il y a des demandes populaires et un besoin urgent de mener une campagne de changement fondamental et de réforme. Moi-même, je fais partie de la campagne pour un changement et une réforme véritables." Au sein du cabinet de M. Arafat, l'ancien ministre plaidait également, en vain, pour une interruption des discussions avec le gouvernement israélien au motif qu'elles ne mènent à rien. A cinquante et un ans, Mme Achraoui est sans doute une des personnalités palestiniennes les plus connues dans le monde. En tant que porte-parole de la délégation palestinienne aux pourparlers de Madrid, puis en tant que participante aux négociations avec Israël, elle a admirablement joué de sa maîtrise de l'anglais (qu'elle a enseigné à l'université de Bir Zeit), de son sens de la formule et de son indépendance (elle a été élue en tant que députée indépendante au Conseil législatif), y compris à l'égard de M. Arafat. Elle est devenue ainsi l'un des interlocuteurs de choix des médias internationaux. Son amie, la directrice de l'organisation féministe Markaz al-Nissa de Jérusalem, Sumaya Sarhat Naser, estime qu'elle a "pris la bonne décision". "Mais c'est dommage pour nous les femmes", explique-t-elle, "Elle a le courage de parler, c'est une personne de principes, et elle tenait beaucoup à ce qu'il y ait des changements pour mettre fin aux abus. Or rien n'a été entrepris contre la corruption. Les résultats de l'enquête sur la corruption n'ont pas été publiés". Sumaya Sarhat Naser souligne que de tous les ministères de l'Autorité, celui géré par Mme Achraoui était "le plus transparent" : c'est pourquoi elle trouve "profondément décevant" qu'elle ait été écartée de ce poste, car cela revient à "encourager la corruption". "Si elle redevient une parlementaire de base, et si elle travaille très dur, Hanane Achraoui pourra gagner à nouveau accès au public palestinien", prédit-elle, d'autant que sa démission a été perçue, selon elle, comme "une attitude très courageuse, et un acte positif". Gila Svirsky, présidente de Bat Shalom, l'organisation féministe israélienne Bat Shalom qui coopère avec le Markaz al-Nissa palestinien au sein de la fédération Jerusalem Link (cofondée par Hanane Achraoui) regrette elle aussi son départ. "Elle était en mesure de faire beaucoup, grâce à sa droiture et à son honnêteté. Elle manquera à l'Autorité palestinienne", prédit-elle. (Intérim.) REPORTAGE L'aide alimentaire n'enraye pas la famine au Sud-Soudan Les populations chassées par les offensives militaires continuent d'affluer dans des camps de fortune alors que les fortes pluies qui se sont abattues sur la province ont compliqué la tâche des organisations humanitaires STERN BABETTE Dans le sud-ouest du Soudan, la province du Bahr-el-Ghazal reste frappée par une famine endémique qui est la conséquence du conflit entre les troupes gouvernementales et celles de l'Armée populaire de libération du Soudan (SPLA), du chef sécessionniste John Garang. Les combats, accompagnés du pillage des villages et des récoltes, ont privé la population de la province de ses ressources. Seule une aide alimentaire internationale massive peut éviter à court terme une catastrophe de grande ampleur, mais les efforts des organisations humanitaires ont longtemps été gênés par les fortes pluies qui se sont abattues sur la province au cours des derniers jours. Sur place, la distribution de l'aide est également l'objet de nombreux détournements. A Ajiep, la mortalité des enfants et des adultes ne cesse donc d'augmenter en dépit des distributions de nourriture. AJIEP (Sud-Soudan) de notre envoyée spéciale La rumeur a couru qu'une distribution de maïs allait avoir lieu vendredi matin. A Ajiep, la ville la plus touchée par la famine dans la province du Bahr-el-Ghazal, l'atterrissage, jeudi 6 août au soir, d'un Buffalo, d'une capacité de huit tonnes, n'a échappé à personne : hormis de petits avions de six ou huit places, aucun gros porteur n'avait pu se poser depuis des jours, en raison des pluies incessantes qui avaient rendu la piste en terre battue et entourée de marécages impraticable. Dès l'aube, de lentes colonnes d'adultes, d'enfants et de vieillards, nus ou en guenilles, tous d'une maigreur effrayante, ont surgi des buissons, de dessous les arbres, marchant péniblement sur les chemins embourbés pour venir s'attrouper autour du camp de distribution de nourriture. L'UDA (Urgence et développement alimentaire), la branche alimentaire de Médecins sans frontières (MSF), qui distribue deux fois par semaine trois kilos de céréales à tous les enfants de moins de 130 centimètres, a déjà balisé la file d'attente avec une double haie d'épineux d'un mètre de haut. C'est le seul moyen qui a été trouvé pour permettre un semblant d'ordre. La dernière fois, les enfants ont failli être écrasés contre les portes de jonc du camp. A peine le soleil apparaît-il qu'un millier d'enfants ont déjà pris place entre ces deux rangées de ronces. Ceux qui sont visiblement trop grands pour avoir droit à ce supplément de nourriture portent des bébés squelettiques dans les bras. La file s'allonge vers l'arrière et déborde sur les côtés, des parents passant des petits en pleurs par-dessus les buissons. Certains enfants tentent de franchir, pieds nus, cette barrière d'épines, mais ils sont repoussés par ceux qui sont déjà installés. Le jour se lève dans une sourde clameur faite de gémissements et de plaintes. Les enfants qui ne peuvent se joindre à la queue errent meurent sont jetés dans la rivière : les familles n'ont plus l'énergie d'amener leurs morts au cimetière ou bien les enterrent elles- mêmes. BUTIN VITAL La malnutrition, les infections respiratoires, la malaria font des ravages et emportent maintenant des hommes et des femmes encore jeunes qui laissent des enfants à l'abandon. "Les gens arrivent de plus en plus en mauvais état", dit Karine, infirmière à MSF. Ils affluent toujours plus nombreux vers Ajiep, fuyant les villes plus au nord comme Gogrial, tenue par le chef de guerre Kerubino Kuanyen, ou plus au sud comme Wau, contrôlée par le gouvernement de Khartoum. Vers huit heures, ce sont près de trois mille enfants qui se pressent devant le centre. Seuls pourront pénétrer dans l'enceinte ceux qui ne dépassent pas la hauteur du bâton tenu par Guillaume, de l'UDA, posté à l'entrée. Une fois la porte franchie, ils reçoivent un sac en plastique jaune rempli des précieuses graines. A la sortie, le spectacle reste aussi poignant. Certains enfants, qui tiennent à peine sur leurs jambes, ne parviennent même pas à soulever le sac. Il faut les aider à le placer sur leur tête avant qu'ils ne s'éloignent en chancelant pour disparaître derrière les buissons. D'autres, hauts comme trois pommes, et encombrés d'un bébé sur la hanche, voient avec angoisse s'échapper leur butin vital de leur sac percé. La foule massée à la sortie se précipite sur les graines avant qu'un membre du SRRA (Sudan Relief and Rehabilitation Association), bras humanitaire de l'Armée populaire de libération du Soudan (SPLA), muni d'un bâton, fasse le service d'ordre. Les mouches sont partout, entêtantes, sur les yeux, sur la bouche et les vautours décrivent des cercles autour du camp. La distribution de l'UDA est une bénédiction pour de nombreuses familles. Théoriquement, les largages du PAM sont calibrés pour fournir une ration de quinze kilos de maïs par mois aux 000 personnes qui se sont regroupées dans un rayon de cinq kilomètres autour d'Ajiep. Mais la répartition au sol est loin d'être équitable. Pour toucher les populations, le PAM s'appuie sur le SRRA, associé incontournable puisque les largages s'opèrent sur les terres du SPLA. Ce sont ses membres qui ont le contact avec les chefs coutumiers. Ceux-ci ont donné aux femmes la responsabilité d'identifier les familles qui recevront l'aide alimentaire de base. Mais les "étrangers", ceux qui ont fui les villes avoisinantes ou qui habitent simplement de l'autre côté de la rivière, ou qui n'ont plus de chef pour les protéger, sont systématiquement exclus des distributions. DÉTOURNEMENTS Le PAM n'a pris conscience que peu à peu de ces détournements de nourriture, dont ne sont pas exempts les membres du SRRA eux- mêmes. N'y a-t-il pas autour d'Ajiep deux camps militaires du SPLA dont les combattants ont, eux-aussi, le ventre creux ? Ce sont ces familles de déplacés, sans protection et épuisées par des marches de plusieurs jours, qui souffrent le plus de la malnutrition. Elles campent sous des abris de fortune, faits de sacs de jute récupérés sur le tarmac et de morceaux de plastique tendus sur des bâtons, regroupées par paquets misérables sous de rares arbres, autour des centres de Médecins sans frontières, dans des conditions d'hygiène épouvantables. Car un maigre espoir de salut vient aussi de là. MSF a installé deux enclos, l'un pour les plus touchés par la malnutrition, l'autre pour les moins de cinq ans dont le poids n'excède pas 60 % de celui qu'il devraient atteindre compte tenu de leur taille. Ces enclos sont devenus le dernier refuge des plus déshérités. Les femmes ont le regard vide, les enfants geignent. Ils marchent à quatre pattes, faute de tenir sur leurs jambes. Les fiches d'admission sont éloquentes : cinq ans, 9,2 kg, 111 cm; deux ans, 5 kg, 72 cm; sept ans, 13 kg, 119 cm. Les équipes de MSF sont désespérées. Malgré leurs efforts, la situation ne s'améliore pas vraiment. Leur centre de nourriture supplémentaire, supposé être un complément pour les plus faibles, est devenu pour beaucoup la seule source d'approvisionnement, puisque les rations de base ne les atteignent pas. Vendredi matin 7 août, le responsable du SRRA et celui du PAM sont convenus de tout faire pour améliorer la distribution générale. De son côté, MSF se bat pour que les personnes dans ses centres aient prioritairement accès aux rations larguées par le PAM. En attendant, les déplacés continuent d'affluer sur Ajiep, victimes d'enjeux qui les dépassent : un enjeu politique et religieux interne au Soudan qui oppose le nord, à majorité musulmane, au sud animiste et chrétien compliqué par les revirements de chefs de factions rebelles, un enjeu économique puisque la région du sud recèle d'énormes gisements de matières premières, notamment de pétrole, dans la région du Bahr-el-Ghazal. Ces conflits n'ont qu'un seul résultat : la famine des populations civiles. BABETTE STERN DOC : avec carte LE MONDE TELEVISION RADIO MULTIMEDIA TÉLÉVISIONS DU MONDE, REFLETS DES SOCIÉTÉS (4) Turquie : politique, société, on en parle... jusqu'au petit jour Problème kurde, violence domestique, islam politique, faiblesses du système judiciaire... Une fois par semaine, une télévision privée s'ouvre au débat, avec des spécialistes et des gens "ordinaires". Le programme dure toute la nuit, et le public, avide d'échange d'idées, est fidèle au rendez-vous POPE NICOLE ISTANBUL de notre correspondante SI les Turcs ont parfois l'air fatigué, le samedi matin, ce n'est pas forcément qu'ils ont fait la fête la veille. Depuis 94, en effet, c'est devant leur téléviseur qu'ils s'installent le vendredi soir, pour suivre "Siyaset Meydani" ( "Arène politique"), une émission de débat sur la chaîne privée ATV qui mobilise les foules jusqu'au petit matin. L'émission, qui débute à 22 h 30 et continue des heures durant, est présentée par Ali Kirca, le PPDA turc. La formule en est simple : elle réunit 30 à 40 personnes politiciens, journalistes, universitaires, mais aussi des anonymes qui ont souhaité s'exprimer sur le sujet du jour (il est annoncé à l'avance) qui parlent très librement de questions politiques ou de société. Rien de très excitant, au premier abord, si ce n'est que le programme touche souvent à des questions rarement traitées en profondeur problème kurde, violence domestique, islam politique, rôle du Conseil national de sécurité, faiblesses du système judiciaire et qu'il donne la parole à des gens "ordinaires". Une véritable révolution tranquille. Dans la société turque, encore marquée par le coup d'Etat de 80 et la répression qui a suivi, le concept même du débat existait à peine avant l'avènement des télévisions privées, à la fin des années 80. Les émissions politiques étaient généralement limitées à des réunions de politiciens qui parlaient la langue de bois. L'idée que l'homme de la rue ou le paysan anatolien puissent avoir des choses à dire, et soient capables de les exprimer avec intelligence et bon sens, n'avait même jamais effleuré les élites intellectuelles, trop souvent enfermées dans leur tour d'ivoire. "J'ai eu l'idée de ce programme aux Etats- Unis où je travaillais alors pour TRT [la chaîne d'Etat turque], explique Ali Kirca, l'animateur de "Siyaset Meydani", qui présente également le journal télévisé tous les soirs sur la chaîne ATV. Je voulais une émission qui soit ``bruyante``, animée, qui permette à des voix différentes de s'exprimer, de façon démocratique." La personnalité chaleureuse de l'animateur (très populaire en Turquie), sa décontraction totale et son doigté contribuent indéniablement au succès de l'émission. Ali Kirca conduit les opérations comme un chef d'orchestre. Lorsque les percussions deviennent trop bruyantes, il fait entrer les violons. Et, quand la discussion risque vraiment de dégénérer, la pause café (télévisée), indispensable vu la longueur du programme, permet de calmer les esprits. "Je me souviens d'un débat sur le nationalisme, raconte le présentateur. Nous avions invité la génération de 68. Il y avait deux anciens militants, l'un de gauche et l'autre de droite, assis l'un à côté de l'autre. Au début de la soirée, c'était assez inconfortable pour eux. Après la pause, ils échangeaient des plaisanteries." Ali Kirca assure n'avoir jamais subi de pressions politiques. "Même les généraux regardent l'émission jusqu'au bout. Personne ne peut dire que nos programmes sont tendancieux. Nous donnons un temps de parole à tous, nous essayons toujours de présenter un tableau complet de la situation." "Siyaset Meydani", qui vient de terminer sa cinquième saison, a beaucoup évolué avant d'arriver à sa formule actuelle. Lancé juste avant les élections municipales de 94, cet espace de débat était initialement réservé aux candidats aux mairies d'Istanbul et d'Ankara, et à leurs supporters. Par la suite, il y a eu une diversification des invités. Les participants aussi ont évolué, en même temps que la société turque s'ouvrait sur le monde. Au cours de la première saison, la discussion n'était souvent qu'une série de longs discours parallèles. "``Siyaset Meydani`` a donné une confiance en soi au pays et au peuple", affirme Ali Kirca. Au fil des émissions, cette nouvelle assurance s'est reflétée par des interventions plus directes et de véritables échanges d'idées. Pour éviter de s'enfermer dans un carcan, l'équipe applique de temps à autre une formule différente, ou encore elle prend la route pour visiter d'autres régions du pays. Parmi les numéros qui ont marqué l'histoire de l'émission figurent une soirée à Ankara, qui réunissait 3 000 participants au moment des élections de 95, un long débat sur les problèmes d'éducation dans le Sud- Est anatolien organisé avec les habitants de Sirnak, une ville proche de la frontière irakienne déchirée par le conflit kurde, un autre sur la question kurde, retransmis de Diyarbakir. L'intensité d'un débat sur le conflit du Sud-Est qui avait duré jusqu'à 8 heures du matin est à l'origine de deux crises cardiaques : l'un des invités, le député kurde Abdulmelik Firat, et un téléspectateur avaient dû être hospitalisés après le programme. Certains sujets, comme la question kurde et l'islam politique, ont été abordés à plusieurs reprises, sous des angles différents. Par ailleurs, à plusieurs reprises, "Siyaset Meydani" a donné la parole à des enfants de 10 à 16 ans "Tout le monde était surpris par leur connaissance des problèmes, leur maturité et leur tolérance", souligne l'animateur. Ali Kirca estime que la mission du magazine n'est pas terminée. "Son impact n'est plus aussi fort, admet-il. Nous avons soulevé la plupart des grands problèmes auxquels la Turquie est confrontée. Maintenant, nous devons contribuer à leur trouver des solutions." Ces réponses, la classe politique n'est apparemment plus en mesure de les fournir. Ce n'est donc ni à Ankara ni à Istanbul que "Siyaset Meydani" va aller les chercher. Dès la rentrée, Ali Kirca prévoit de visiter plus fréquemment les provinces du pays et de donner plus d'importance encore au public local. Les hommes politiques, affirme-t-il, n'ont tout simplement plus la confiance du peuple. "La proportion des politiciens parmi nos invités baisse régulièrement. Fait significatif : lorsqu'un politicien prend la parole, l'audience chute." NICOLE POPE DOC : avec photos ANGOLA : le Guinéen Issa Diallo nouveau représentant spécial de l'ONU Le secrétaire général des Nations unies Kofi Annan, qui effectue une visite de cinq jours au Portugal, a annoncé vendredi 7 août la nomination du Guinéen Issa Diallo comme son nouveau représentant spécial en Angola. M. Diallo, un diplomate âgé de 59 ans, qui fut pendant dix ans, à partir de 82, conseiller spécial pour l'Afrique de l'ancien secrétaire général des Nations unies, Javier Perez de Cuellar, succède au diplomate malien, Alioune Blondin Beye, disparu le 26 juin dans un accident d'avion en Côte d'Ivoire. (AFP.) Afghanistan : les talibans auraient pris Mazar-i-Sharif La ville de Mazar-i-Sharif, dernier fief de l'opposition en Afghanistan, est tombée aux mains des talibans, a annoncé samedi 8 août l'agence officielle iranienne IRNA. "De fortes explosions sont entendues à Mazar-i-Sharif et les responsables de l'opposition ont fui la ville", écrit IRNA dans une dépêche datée de cette ville. "La population est en train de fuir la ville dont plusieurs quartiers sont en flammes", ajoute IRNA, faisant état d'une "résistance limitée" dans certaines rues de la ville. Citant un porte-parole de la milice intégriste, l'agence afghane AIP, dont le siège est au Pakistan, a annoncé samedi matin que les talibans ont pénétré dans Mazar-i-Sharif. "A l'heure actuelle, il y a une résistance importante dans la ville", a déclaré le porte-parole des talibans. (AFP.) Les inondations en Chine Quand les levées doivent tenir ou exploser... DERON FRANCIS Soit une ville de 50 000 habitants. C'est-à-dire, en Chine, un village. Soit un fleuve qui, samedi 8 août, risquait de déborder, dans les proportions gigantesques qu'on lui connaît désormais. C'était donc l'attente, vendredi soir. Attente d'une sorte de geste du Ciel, dans un sens ou dans l'autre. Attente de savoir si, devant le nouveau pic de crue qui se dessinait, les digues tiendraient, lâcheraient, ou seraient dynamitées, le gouvernement préférant laisser le fleuve inonder la campagne plutôt qu'attaquer la ville. "C'est simple, raconte Marcel Roux, délégué de Médecins sans frontières, depuis son téléphone portable dans la ville de Dong'an, à quelque 200 kilomètres en amont de Wuhan, sur le Yang-tseu. La moitié de la ville a été évacuée totalement; la population s'est regroupée sur l'autre moitié, protégée par une digue de sécurité construite avec les moyens du bord après l'inondation de 54. Et tout le monde attend. Si nous sortons d'ici, il y a de fortes chances que ce soit en bateau." La décision de faire exploser ou non les digues qui demeurent debout n'a rien à voir avec les autorités locales. "C'est à Pékin et à Wuhan que cela se décide." Evidemment : il s'agit de protéger l'un des plus gros centres industriels du pays. Pourtant, les conséquences, à Dong'an, s'annonçaient catastrophiques si l'eau devait gagner la partie. "Les gens d'ici n'ont plus rien. Ils ont épuisé leurs réserves de chlore pour purifier l'eau et obtenir de l'eau potable. Ils ont épuisé leurs réserves de médicaments. Ils n'ont rien reçu de Pékin. Alors tout le monde s'est réfugié sur les digues. Il y a les gens, les cochons, les vaches... Et on attend. Si à 8 heures, samedi matin, les digues n'ont pas sauté, ce sera gagné pour le moment. Sinon, ce sont 510 000 personnes qui se retrouveront au beau milieu de l'eau, et 1 million au total pour le seul district. Les conséquences peuvent durer des mois..." sans même jamais être complètement réparées. 28 PROVINCES TOUCHÉES Dans tout le bassin du Yang-tseu peuplé de quelque 200 millions de personnes ce sont des centaines de villes, au bas mot, qui sont dans la même attente de l'issue d'une bataille où tout peut disparaître. Les villages déjà dévastés, racontent tous les témoins de l'inondation en cours, "ne parviennent même pas à compter leurs morts". L'ampleur de la catastrophe qui pointe est telle que tout le monde s'y met. "Il y a l'armée, mais il y a aussi la Croix-Rouge chinoise, les volontaires, la population", raconte M. Roux, joint depuis Paris. Alentour, dit-il, on remonte les diguettes, on consolide les points de renfort, on distribue les vivres, et plus rien d'autre, évidemment, ne compte. Toute autre activité a cessé : "Les routes d'accès sont désertes. On attend..." Un officiel a raconté à M. Roux avoir vécu la terrible inondation de 54 presque aussi terrible que les précédentes les plus meurtrières du siècle, dont la plus mémorable remonte à 1931. Il avait sept ans. "Mais alors, la population de cette bourgade était de 5 000 personnes seulement. Il y en a dix fois plus aujourd'hui." Même si la mémoire a souffert du temps écoulé, la proportion d'ensemble est exacte, et ce pour des dizaines de millions de riverains du plus long fleuve de Chine. Que peut donc une organisation comme MSF devant un tel océan d'aléatoire misère ? "Donner un coup de main en un point précis. Ça peut servir à des gens bien, comme les administrateurs d'ici." Au total, selon le dernier des rares bilans donnés par le gouvernement à l'échelle nationale, un Chinois sur cinq est affecté à un degré ou à un autre par le désastre hydraulique en cours, qui a touché 28 provinces. Premier inventaire : 6 millions de foyers complètement détruits, 12 millions d'autres endommagés, 14 millions de personnes déplacées vers des lieux plus sûrs que leur terre ancestrale... Et à Dong'an, vendredi soir, l'eau montait encore entre les digues... FRANCIS DERON VIETNAM : dévaluation La banque centrale a procédé, vendredi 7 août, à une dévaluation de facto de 7 % de la monnaie vietnamienne, cédant finalement à la pression intérieure et internationale sur le dong (non-convertible) ont annoncé des banquiers. Cette dévaluation devrait ramener un peu d'activité sur le marché interbancaire, où les transactions sont très limitées. Celles-ci devraient désormais porter sur quelque 2 millions de dollars par jour, un montant qui reste très faible. (AFP.) En Birmanie, l'opposition maintient son appel à manifester contre la junte La Thaïlande s'inquiète ouvertement de l'évolution interne de son voisin POMONTI JEAN CLAUDE BANGKOK de notre correspondant en Asie du Sud-Est En dépit d'appels de Birmans exilés à manifester, samedi 8 août, pour le dixième anniversaire de la sanglante répression du soulèvement démocratique de l'été 1988, le quadrillage des populations par l'armée est assez efficace pour que la journée se soit amorcée sans incident. A Rangoun, où les forces de sécurité ont été discrètement renforcées, la tension ne devrait toutefois pas se relâcher. Car l'opposante Aung San Suu Kyi a réclamé la réunion, le 21 août au plus tard, de l'Assemblée élue en 90, demande aussitôt écartée par la junte. Il faut aussi compter avec la frustration d'étudiants privés de cours depuis décembre 96 et qui n'en passent pas moins quelques examens ces jours-ci. La junte a lâché un peu de lest. Mme Suu Kyi aurait obtenu vendredi l'expulsion de sa résidence des dix-huit militaires qui assuraient, avec son accord, sa sécurité depuis la levée, en 95, de son assignation à résidence. Cette présence lui permettait, faute de contacts, de faire passer des messages à un pouvoir qui semble aujourd'hui dans l'impasse. Dix ans après la sanglante répression du 8 août 1988, la junte fait face à une situation désastreuse. Elle a beau contrôler étroitement le pays, l'économie sombre, l'isolement diplomatique se renforce et des signes de désaccords entre généraux refont surface. MAUVAISES RÉCOLTES Les récoltes sont de plus en plus médiocres. Les exportations de riz ont chuté de 1 million de tonnes en 94-1995 à 120 000 tonnes en 96-1997. Après deux années d'inondations et en raison d'un manque d'engrais, la soudure s'annonce difficile à assurer en septembre- octobre. Entre-temps, les réserves de devises de l'Etat ont fondu : elles sont estimées à l'équivalent d'un mois d'importations. Au marché noir, le dollar vaut 350 kyats, la monnaie nationale, contre 100 kyats fin 96. Les relations avec le voisin thaïlandais, qui avait préconisé voilà quelques années "un engagement constructif" à l'égard de Rangoun, se détériorent. En novembre 97, la Birmanie a fermé trois postes frontaliers et le commerce bilatéral a chuté de moitié. Depuis deux mois, Bangkok s'inquiète ouvertement de l'évolution interne de la Birmanie et, fait révélateur, le nouveau ministre thaïlandais des affaires étrangères, Surin Pitsuwan, a indiqué qu'il demanderait à rencontrer Aung San Suu Kyi lors de sa prochaine visite à Rangoun, dont la date n'est pas encore fixée. En outre, l'adjoint de Surin, Sukhumband Paribatra, a proposé, vendredi 7 août, l'ouverture immédiate d'un dialogue entre Mme Suu Kyi et la junte, une initiative également réclamée par un groupe de Prix Nobel de la Paix et deux organisations humanitaires, Amnesty International (Londres) et Human Rights Watch (New-York). Les généraux avaient répondu, par avance, en proposant des discussions entre le gouvernement et la Ligue nationale pour la démocratie (LND), à l'exception de ses trois dirigeants, donc de Mme Suu Kyi. La LND a refusé, comme elle l'avait fait une première fois en 97. Au sein de la junte, les partisans d'une ouverture, dont le général Khin Nyunt, chef des services de renseignement, avaient espéré que l'admission de la Birmanie au sein de l'Asean (Association des nations de l'Asie du Sud-Est) offrirait un bouclier à leur régime. Ils se sont trompés. Les avocats de la fermeté, dont le leader serait le général Maung Aye, commandant en chef de l'armée de terre, auraient repris le dessus, ce qui expliquerait les arrestations récentes de quarante-deux cadres de la LND et les restrictions supplémentaires imposées à Mme Suu Kyi. Ces désaccords pourraient être exacerbés, rapportent certains diplomates, par la dégradation de l'état de santé de Ne Win, l'ancien dictateur, âgé de quatre-vingt-sept ans et qui aurait été victime d'une attaque d'hémiplégie. JEAN-CLAUDE POMONTI La rupture d'une digue majeure du Yang-tseu fait des milliers de disparus en Chine de l'Est La population assiste dans l'angoisse au débordement du système anti-inondation Une digue majeure du Yang-tseu a cédé, vendredi 7 août, à Jiujiang, une ville située sur le cours moyen inférieur du fleuve, provoquant des morts en nombre indéterminé et la disparition d'au moins un millier de personnes. En d'autres points du plus long fleuve de Chine, la population paniquée se réfugie sur les hauteurs et les autorités s'efforcent de coordonner les efforts pour renforcer les digues. DES MILLIERS de personnes ont été portées disparues à Jiujiang, une ville de 500 000 habitants de l'est de la Chine, après la rupture, vendredi 7 août, en milieu de journée, d'une digue majeure contenant le fleuve Yang-tseu. La rupture de la digue a été rapportée par l'agence Chine nouvelle avec une rapidité exceptionnelle, mais aucun bilan officiel de victimes n'a été publié. Cependant, un journaliste chinois sur place, qui a requis l'anonymat, a déclaré avoir vu "des cadavres un peu partout", précisant que, selon des informations obtenues auprès de responsables locaux, 40 000 personnes avaient été directement affectées par l'irruption des eaux dans un quartier de Jiujiang et que 20 000 autres avaient pu être secourues. Plusieurs milliers d'entre elles étaient en revanche toujours portées disparues samedi matin, selon ce témoignage. Selon Chine nouvelle, la partie ouest de Jiujiang, la deuxième plus grosse agglomération de la province du Jiangxi, en aval de Wuhan, se trouvait sous deux mètres d'eau. Sept bateaux ont été coulés délibérément avec leur chargement de charbon, de pierres et de riz pour tenter de colmater une brèche de 40 mètres de long dans la digue. Plusieurs milliers de policiers et de soldats ont été envoyés en renfort pour tenter d'édifier deux nouveaux ouvrages destinés à protéger le reste de la ville des inondations. Plusieurs ruptures accidentelles de digues se sont produites ces derniers jours dans le bassin du Yang-tseu, entraînant des centaines, voire des milliers de disparitions. Parmi les plus spectaculaires figure celle survenue samedi 1er août à Jiayu (province du Hubei), où près d'un millier de personnes dont cent cinquante militaires auraient trouvé la mort, selon des sources non officielles concordantes. Le dernier bilan officiel s'élève, quant à lui, à treize morts cinq soldats et huit civils. En amont de Wuhan, dans le canton de Dong'an (province du Hubei), où 370 000 personnes ont été évacuées vendredi en prévision du dynamitage de la digue principale du Yang-tseu, une attente nerveuse se poursuivait samedi matin. "La décision de faire sauter la digue est toujours suspendue", déclarait samedi matin Marcel Roux, de Médecins sans frontières, qui se trouve sur place. Le dynamitage a pour objectif de détourner les eaux du Yang-tseu vers la zone de débordement de Jingjiang, un dispositif clé de contrôle des crues du Yang-tseu censé protéger Wuhan. Il devrait avoir lieu si le niveau des eaux du Yang-tseu dans la ville voisine de Shashi atteint 45 mètres au-dessus du niveau du lit du fleuve. Le niveau atteignait 44,95 mètres samedi à 8 heures (heure locale, zéro heure TUC). La section de Jingjiang du fleuve, où se trouvent ces localités, est la portion considérée comme la plus dangereuse du Yang-tseu. Le plus long fleuve de Chine s'y rétrécit en largeur pour parcourir de nombreux méandres. L'ensemble de la zone a été désigné pour servir de bassin de débordement en cas de menace grave sur Wuhan, comme c'est le cas cette année. Les digues principales, qui contiennent en temps ordinaire le Yang-tseu, ont été submergées en de nombreux endroits depuis plusieurs semaines et, dans ces régions, le fleuve n'est plus contenu que par des digues secondaires, situées à plusieurs kilomètres du lit usuel. Le Quotidien du peuple, organe du Parti communiste, a reconnu que, dans la seule province du Hubei, 104 digues ont été "abandonnées" et 270 000 personnes évacuées. Dans une autre ville, située en aval de Wuhan, Ruichang, également au Jiangxi, la situation était particulièrement inquiétante vendredi. Selon un témoignage, "les cadavres y sont visibles un peu partout, des gens sont juchés dans les arbres et sur les toits des habitations, attendant les secours". Des scènes de panique ont été rapportées dans certaines localités, dont la ville de Wuhu, où l'on a vu la population gagner les hauteurs à bord de voitures, camions ou charrettes à bras. (D'après AFP.) Défilé protestant à Londonderry Quelque 10 000 protestants venant de l'ensemble de l'Irlande du Nord devaient défiler dans l'après- midi de samedi 8 août dans la ville à majorité catholique de Londonderry, a-t-on appris sur place. Des responsables de la marche traditionnelle, régulièrement suivie de troubles entre les deux communautés, ont appelé au calme. Des négociations avaient été menées, la semaine dernière, entre des responsables des deux communautés et selon un compromis accepté par les deux parties, la marche ne devait comporter qu'une présence symbolique de protestants accompagnés d'une fanfare. La marche commémore la fermeture par 13 apprentis protestants des murs de la ville devant l'avancée de l'armée catholique du roi James II en 1689. (AFP.) INDONÉSIE : retrait des unités de combat stationnées dans la province d'Aceh Le général Wiranto, chef des forces armées indonésiennes, a annoncé vendredi 7 août le retrait des unités de combat stationnées dans la province d'Aceh (nord de Sumatra). Le chef de l'armée, en visite dans la province afin d'enquêter sur les rumeurs de massacres et d'atrocités commises par les militaires au cours des dix dernières année, a précisé que le retrait interviendrait dans le mois à venir. Une insurrection engagée de longue date contre le pouvoir central à Aceh, où vivent environ 0 000 habitants, a culminé au début des années 90 avant que l'armée ne la réprime brutalement et n'en disperse les leaders. (Reuters.) Inondations Plus de 300 morts en Corée du Sud Des pluies diluviennes n'ont cessé de tomber, samedi 8 août, sur la Corée du Sud où le dernier bilan des victimes des inondations et des glissements de terrain est d'au moins 300 morts ou disparus. Mais le nombre des victimes risque d'être beaucoup plus lourd. Les opérations de secours et d'identification des victimes sont gênées par les perturbations dans les transports et les moyens de communication. Des dizaines de milliers de personnes ont été contraintes de fuir leur domicile samedi à la suite de nouvelles alertes aux inondations près de la capitale sud-coréenne. Selon des quotidiens coréens, les intempéries ont fait jusqu'à présent quelque 25 800 sans-abri et des dégâts d'un montant de quelque 7,4 milliards de dollars (45 milliards de francs). (AFP.) PAKISTAN : remaniement ministériel Le premier ministre Nawaz Sharif a remanié son gouvernement au cours de la nuit de jeudi 6 à vendredi 7 août, remplaçant le chef de la diplomatie, Gohar Ayub, par l'ex-ministre des finances, Sartaj Aziz, a annoncé vendredi 7 août l'agence officielle APP. Désormais, c'est le premier ministre lui-même qui assurera la gestion du ministère des finances. (AFP.) IRAK : attentat Un attentat à l'explosif a été commis vendredi soir 7 août dans une cité résidentielle de Bagdad, a annoncé samedi un responsable de la défense civile. Alors que ce responsable n'a pas signalé de victimes, des opposants iraniens réfugiés à Bagdad ont affirmé que l'attentat a causé la mort de trois Irakiens et a blessé treize personnes dont deux opposants iraniens. (AFP.) ISRAËL : nouvelles implantations sur le Golan Conformément à un plan du ministère de la Sécurité intérieure, une commission du Plan a autorisé l'extension des colonies sur le plateau syrien du Golan de manière à multiplier par trois leur superficie actuelle, a indiqué, vendredi 7 août, le quotidien Haaretz. Quelque 13 000 Israéliens vivent sur le plateau du Golan occupé par Israël pendant la guerre israélo-arabe de 67 et annexé par la suite. Trois des nouvelles implantations seront autorisées à atteindre jusqu'à 600 logements, a ajouté le journal. (AFP.) Andrès Pastrana devient président de la Colombie Le nouveau président colombienAndrès Pastrana, qui a prêté serment vendredi 7 août pour un mandat de quatre ans, devra à la fois surmonter les nombreux obstacles à la paix et faire face à une situation économique passablement détériorée. "La paix est la tâche la plus urgente à l'ordre du jour de notre pays", a déclaré le nouveau président à l'issue de la cérémonie de prise de fonctions, qui a eu lieu sur la place Bolivar, dans le centre de Bogota, en ajoutant que la recherche de la paix serait "le fil conducteur" de son mandat. M. Pastrana, un avocat et journaliste de 44 ans élu le 21 juin, avait déjà annoncé avant d'entrer en fonction qu'il comptait négocier lui-même avec les différents mouvements de guérilla les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC, marxistes) et l'Armée de libération nationale (ELN, guévariste) pour mettre fin à la guerre civile que connaît le pays depuis des années. (AFP.) Entretien Clinton-Kohl sur les préparatifs de l'OTAN pour le Kosovo Le président américain Bill Clinton a discuté, vendredi 7 août, avec le chancelier allemand Helmut Kohl de diverses options concernant la situation au Kosovo, dont la préparation par l'OTAN d'une éventuelle intervention militaire, a annoncé un porte- parole de la Maison Blanche. Selon M. Crowley, les deux hommes ont évoqué, au cours d'un entretien téléphonique d'une demi- heure, "la nécessité d'achever les préparatifs de l'OTAN et de faire renoncer [le président yougoslave Slobodan] Milosevic à son offensive en le ramenant vers une situation stable" au Kosovo. Le gouvernement français a lui aussi jugé "impératif qu'un terme soit mis aux opérations militaires serbes". Si elles se poursuivaient, le président Milosevic "devrait s'attendre à en subir toutes les conséquences", a déclaré le porte-parole du ministère français des affaires étrangère. La France et l'Allemagne ont décidé d'envoyer à Belgrade, le 12 août, une mission diplomatique conjointe. (AFP.) Le tribunal administratif sanctionne le nouveau contrat des eaux de Grenoble PORTRAIT Raymond Avrillier, un écologiste intransigeant L'inlassable activité de cet élu et militant lui vaut d'être parfois taxé d' "intégrisme" FRANCILLON CLAUDE GRENOBLE de notre correspondant régional Deuxième adjoint au maire de Grenoble, Raymond Avrillier, âgé de cinquante et un ans, est un élu pugnace, opiniâtre, et un perpétuel opposant. Dans la minorité municipale entre 89 et 95, il avait combattu Alain Carignon (RPR), puis, à partir de 93, provoqué sa chute. Aujourd'hui, son attitude n'a pas changé : M. Avrillier dénonce publiquement les décisions ou les projets du maire, Michel Destot (PS), qui ne le satisfont pas. Il multiplie les recours devant les tribunaux pour contrecarrer l'action de la majorité municipale, dont il est pourtant l'un des membres importants. Son principal cheval de bataille demeure l'eau. Il réclame depuis neuf ans la remunicipalisation de ce service, sans jamais avoir réduit la pression sur ce dossier symbole de la corruption politique à Grenoble. Il combat également, au nom de l'écologie, le tunnel que le maire veut percer pour désengorger sa ville et la communauté des communes de l'agglomération grenobloise, présidée par Didier Migaud (PS), député de l'Isère, comme M. Destot, et rapporteur général de la commission des finances de l'Assemblée nationale. M. Avrillier, qui est vice-président de la communauté des communes, s'efforce aussi, depuis trois ans, d'y remettre un peu d'ordre. Il avait été le premier a dénoncer le "grand arrangement" qui, selon lui, existait "entre les principaux notables, de droite et de gauche, de l'agglomération" pour assurer le financement de leurs activités politiques respectives. M. Avrillier ne se prive jamais de rappeler à ses collègues qu'il ne sera jamais, lui, "un adepte de l'arrangement". Au sein de la gauche "plurielle" PS, PCF, MDC, PRG, divers gauche et écologistes, des voix s'élèvent régulièrement pour dénoncer les "excès oratoires" et les "dérives intégristes" du dirigeant écologiste et de plusieurs autres membres de son groupe, formé de onze élus. "Oui, j'aime bien les gens intègres, mais pas les jugements moraux. J'ai toujours fait ce que j'ai dit", répond M. Avrillier. Le combat syndical au côté des militants CFDT, politique dans les comités d'action issus de mai 68, écologiste comme porte-parole du collectif Les Européens contre Superphénix est, depuis 67, le mode de vie quotidien de cet ingénieur-chercheur à l'université Pierre- Mendès-France. La lutte contre la centrale de Creys-Malville avait longtemps occupé le militant antinucléaire. "Cette bagarre, j'en suis très fier. Ma contribution a été importante. En 87, lorsque s'est produite la première fuite de sodium du barillet, nous n'étions plus, en France, qu'une dizaine de personnes à être encore activement mobilisées contre le surgénérateur. Notre travail a permis de révéler ses dysfonctionnements, son mode de gestion et la façon dont l'information était communiquée. C'est à partir de ce moment-là qu'on a commencé à ne plus prendre seulement en compte ce qu'affirmait EDF", dit-il. M. Avrillier, qui se déclare hostile au cumul des mandats, a pourtant siégé au conseil régional Rhône-Alpes de 95 à 98, ce qui lui a été reproché par ses amis écologistes. Désormais, il ne se consacre plus qu'à Grenoble et à son agglomération, au grand désespoir de ses adversaires de droite comme de gauche. L'élu et militant rebelle, qui se défend d'être devenu un notable, n'a pas l'intention de désarmer. Il y a quelques jours, il a obtenu l'annulation, par le tribunal administratif de Grenoble, de onze embauches de collaborateurs au cabinet de M. Carignon... CLAUDE FRANCILLON Trois questions à... MICHEL DESTOT FRANCILLON CLAUDE 1 En votre qualité de maire de Grenoble, avez-vous d'autre choix que la remunicipalisation pure et simple de l'eau de Grenoble réclamée depuis neuf ans par les élus écologistes ? La remunicipalisation a déjà eu lieu, en 96, par la création d'une société d'économie mixte locale, tenue majoritairement par la Ville de Grenoble et présidée par une conseillère municipale. Cette opération a été conduite conformément à nos engagements électoraux et en réponse aux conclusions de la chambre régionale des comptes, nous demandant de renégocier les contrats litigieux de 89. Cette démarche a d'ailleurs été validée par le Conseil d'Etat en décembre 97. Aujourd'hui le tribunal administratif considère que la Ville aurait dû utiliser une procédure différente, mais il ne demande nullement d'adopter la position des élus écologistes. Nous nous interrogeons sur les conséquences de ce nouveau jugement, sur sa cohérence avec les décisions et avis des autorités administratives et judiciaires, ainsi que des très nombreux experts consultés. Ce dernier jugement est susceptible de faire l'objet d'un appel dans un délai de deux mois. 2La remunicipalisation de l'eau aurait-elle un coût pour les Grenoblois ? Un retour en régie municipale aurait, bien sûr, un coût, exorbitant à mes yeux, pour les Grenoblois. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle nous ne l'avons pas retenue. L'essentiel demeure, pour la Ville, le maintien des acquis de 1996, à savoir la baisse du prix de l'eau payé par les usagers et le retour dans le cadre du secteur public sans qu'aucune indemnité ne soit versée à la Lyonnaise des eaux. 3Votre majorité "plurielle" peut-elle être atteinte par ce nouvel épisode ? Elle doit s'enrichir des contributions "plurielles" de ses membres. Le dossier de l'eau est complexe. Il peut encore connaître bien des rebondissements et des déroulements contradictoires. Les interprétations des juges eux-mêmes semblent aussi plurielles... Il y a heureusement bien d'autres questions, plus importantes pour l'avenir de la ville, sur lesquelles la majorité "plurielle" est mobilisée, dans le respect mutuel et la recherche d'efficacité. Ces questions, qui touchent à la solidarité, au développement de l'emploi, à l'environnement, sont, croyez-moi, celles qui intéressent les Grenoblois. PROPOS RECUEILLIS PAR; CLAUDE FRANCILLON Le tribunal administratif sanctionne le nouveau contrat des eaux de Grenoble Combattue par l'écologiste Raymond Avrillier, la renégociation de la concession dévolue à la Lyonnaise des eaux par Alain Carignon aurait dû, selon les juges, passer par une mise en concurrence des exploitants. Le maire, Michel Destot, se prépare à faire appel de cette décision FRANCILLON CLAUDE SERVICES PUBLICS Le tribunal administratif de Grenoble, statuant sur le recours d'un adjoint au maire de la ville, Raymond Avrillier, a annulé, vendredi 7 août, les délibérations du conseil municipal réaménageant le service de l'eau. Le tribunal a suivi l'avis du commissaire du gouvernement, qui reprochait à la ville de ne pas avoir respecté la procédure prévue par la loi sur les délégations de service public. LE MAIRE, Michel Destot, et les écologistes sont en désaccord sur la notion de "remunicipalisation" de l'eau, concédée à la Lyonnaise des eaux, en 89, par Alain Carignon (RPR), condamné à ce sujet, en 96, pour corruption, à cinq ans de prison. Pour M. Avrillier, la municipalité doit rompre le contrat avec la Lyonnaise. MILITANT syndical et politique, M. Avrillier, universitaire, avait été le principal artisan de la chute de M. Carignon. GRENOBLE de notre correspondant régional "Le contrat de privatisation-corruption de l'eau de Grenoble, signé en 89 par son ancien maire, Alain Carignon, n'est plus qu'un squelette", proclamait, vendredi 7 août, Raymond Avrillier, deuxième adjoint au maire de Grenoble. Le tribunal administratif a donné satisfaction à l'élu écologiste, qui conteste depuis neuf ans ce contrat, et au porte- parole de l'Association démocratie-écologie-solidarité (ADES), Vincent Comparat, qui agissait en tant qu'usager de l'eau. Les deux militants écologistes attaquaient, cette fois, la démarche du nouveau maire, Michel Destot (PS), député de l'Isère, qui, en 1996, avait renégocié avec la Lyonnaise des eaux le contrat d'affermage de 89. Les 13 mai 96 et novembre 97, le conseil municipal avait approuvé plusieurs avenants à ce contrat. Seuls les élus écologistes avaient voté contre. M. Avrillier avait attaqué ces délibérations, ensuite, devant la justice administrative. Le 24 juin, le commissaire du gouvernement, Christian Cau, soutenait, devant le tribunal administratif de Grenoble, que la ville avait "entièrement renégocié les contrats pour déterminer les nouveaux fermiers" et qu'elle aurait donc dû se plier à la procédure de mise en concurrence prévue par la loi Sapin de 93 sur les délégations de services publics, ce qu'elle n'avait pas fait (Le Monde du 26 juin). Suivant les conclusions du commissaire, le tribunal, vendredi, a déclaré illégales les délibérations du conseil municipal. Il donne ainsi satisfaction, en partie, aux deux requérants, qui réclamaient l'annulation des contrats conclus en 96 et des avenants signés en 97. ACTES AMPUTÉS MAIS MAINTENUS Le tribunal a ainsi annulé une quarantaine de dispositions de nature réglementaire, c'est-à-dire opposables aux usagers de l'eau, signées sur la base des délibérations illégales. Certains de ces articles constituent des éléments essentiels du contrat, comme l'exploitation du service de l'eau ou le régime des tarifs et celui des abonnements. En revanche, le tribunal s'est déclaré incompétent pour constater la nullité des actes administratifs contractuels passés entre la ville et la Lyonnaise des eaux. De ce fait, les contrats, bien qu'amputés d'une part importante de leur contenu, demeurent. La décision du tribunal n'en représente pas moins, pour M. Avrillier, une deuxième victoire, en quelques mois, dans la "bataille de l'eau" qu'il a engagée contre la Lyonnaise des eaux et, par voie de conséquence, contre la ville de Grenoble, dont il est l'un des principaux élus. Le 1er octobre 97, le Conseil d'Etat avait annulé la délibération du conseil municipal de Grenoble du 30 octobre 89, qui déléguait la gestion de l'eau de la ville à la Lyonnaise. S'appuyant sur l'arrêt de la cour d'appel de Lyon, qui avait condamné M. Carignon pour corruption, la haute juridiction administrative avait considéré que le contrat conclu par le maire avec la Lyonnaise était la contrepartie d'un abus de bien social. Les juges n'avaient pu mettre en cause le contrat lui-même, car les parties prenantes à celui-ci la société concessionnaire et le maire sont seules habilitées à en réclamer son annulation, en saisissant le juge des contrats. C'est ce que M. Destot avait refusé de faire, après avoir sollicité un avis de la section du rapport et des études du Conseil d'Etat. Il estime que la ville risque de devoir payer à la Lyonnaise une lourde indemnité, évaluée entre 200 millions et 400 millions de francs. M. Avrillier le conteste : "Ceux qui avancent que la ville va devoir débourser de telles sommes se trompent, dit-il. Ils se basent sur un contrat [celui de 89] qui n'existe pas. S'il y a un endroit où la Lyonnaise des eaux doit payer pour la corruption, c'est bien à Grenoble ! La perte de son contrat sera sa punition." Le deuxième adjoint a toujours soutenu que la Lyonnaise, qui avait "corrompu" l'ancien maire, ne doit plus être un partenaire de la ville dans le secteur de l'eau, et que la municipalité dispose désormais des moyens juridiques pour récupérer la totale maîtrise de son bien sans débourser un centime. M. Destot estime, lui, que l'accord qu'il a conclu en 96 a permis de "ramener la gestion de l'eau dans le secteur public", car, depuis cette date, la ville dispose de 51 % du capital de la Société des eaux de Grenoble (SEG), une société d'économie mixte dont la Lyonnaise ne possède que 49 % des parts. Dans ses conclusions, le commissaire du gouvernement estimait, au contraire, que "la remunicipalisation n'est pas véritablement intervenue, le véritable exploitant étant le sous-fermier de la SEM des eaux de Grenoble, qui est entièrement privé". Il s'agit, en effet, de la Société grenobloise de l'eau et de l'assainissement, filiale à 100 % de la Lyonnaise. POSSIBILITÉ D'APPEL Dès l'annonce de la décision du tribunal administratif, le maire s'est efforcé de minimiser les conséquences juridiques et politiques du jugement. "Le tribunal a constaté que le contrat de 89 avait été profondément modifié en 96. Il souhaite que nous nous mettions en conformité avec la loi Sapin", déclare M. Destot. Il affirme qu'il ne cédera pas à la pression des écologistes réclamant le retour de l'eau de la ville au sein d'une régie municipale, cela en raison des indemnités qui seraient alors dues à la Lyonnaise. "L'arrêt de la cour d'appel de Lyon n'a pas condamné pour corruption la ville de Grenoble et la Lyonnaise des eaux, mais seulement des individus, Alain Carignon et des responsables de la société, ce qui n'annule pas la dette de la ville vis-à-vis de son partenaire", rappelle M. Destot. Le maire n'écarte donc pas la possibilité de mener jusqu'à leurs termes les différentes procédures judiciaires en cours, ce qui permettrait au contrat de l'eau de perdurer quelques années encore. Il se pourrait donc que la ville fasse appel, devant le Conseil d'Etat, de la décision du tribunal administratif. "L'entêtement du maire va-t-il aller jusqu'à trouver un nouvel arrangement [avec la Lyonnaise des eaux] ?", demande, de son côté, M. Avrillier, prêt à engager une nouvelle bataille judiciaire. "La seule solution juridiquement et politiquement correcte, qui effacerait la corruption, est que le tribunal administratif annule les contrats à la demande de la ville. Ceux-ci n'existent que parce qu'il y a eu corruption. Il est normal de revenir à la situation antérieure au 30 octobre 1989", plaide M. Comparat. CLAUDE FRANCILLON DOC : avec dessin de Pancho Le tribunal administratif sanctionne le nouveau contrat des eaux de Grenoble L'accord de 89 avait conduit Alain Carignon en prison FRANCILLON CLAUDE GRENOBLE de notre correspondant régional L'eau de Grenoble, pourtant reconnue pour ses qualités naturelles exceptionnelles, empoisonne depuis neuf ans la vie de ses habitants. C'est en juillet 89, quelques mois après sa réélection à la mairie, qu'Alain Carignon (RPR) soumet au conseil municipal un projet de privatisation du service de l'eau et de l'assainissement. Le 30 octobre 89, le conseil acceptait de confier à la Cogese, qui deviendra quelques mois plus tard une filiale de la Lyonnaise des eaux, la gestion déléguée de ce service. Aussitôt, l'opposition municipale PS, PCF, écologistes déposait un recours devant le tribunal administratif de Grenoble. Elle soulevait plusieurs motifs d'illégalité, dont l'absence de communication aux élus des études préalables et des éléments financiers du contrat, ainsi que la durée trop longue de celui- ci, soit vingt-cinq ans. Le tribunal avait rejeté ce recours le 11 décembre 91, décision dont seuls les deux élus écologistes du conseil avaient fait appel devant le Conseil d'Etat. Le dossier de la privatisation de l'eau de Grenoble avait refait surface à l'occasion de l'instruction de l'affaire Dauphiné News par le juge Philippe Courroye, le magistrat révélant que le financement par la Lyonnaise des eaux de ce journal municipal, lancé quelques mois avant les élections de 89 par M. Carignon, avait été l'une des contreparties de la cession de l'eau de Grenoble à cette même société. M. Carignon, mis en examen pour "recel et complicité d'abus de biens sociaux" le 25 juillet 94, avait été condamné pour corruption par la cour d'appel de Lyon, le 9 juillet 96, à cinq ans de prison, dont quatre ans ferme. Auparavant, un rapport de la chambre régionale des comptes de Rhône-Alpes du 21 novembre 95 avait montré que la ville n'avait aucun intérêt à passer ce contrat avec la Lyonnaise, son service des eaux étant, avant sa privatisation, rentable et parfaitement organisé. Selon les magistrats financiers, les conventions d'affermage signées en 89 avaient organisé entre la commune et son partenaire privé "des relations totalement déséquilibrées", au profit quasi exclusif du second, et imposé aux consommateurs "des augmentations de tarif dépourvues de toute justification patente". La chambre demandait à la ville de renégocier le contrat. Pendant la campagne pour les élections municipales de 1995, Michel Destot (PS) avait plaidé pour "un retour à la gestion publique" de l'eau. Après une négociation de plusieurs mois entre la ville et la Lyonnaise, destinée à "régulariser" les délégations consenties, le conseil municipal approuvait, le 25 mars 96, la création de la Société des eaux de Grenoble (SEG), qui se substituait à la Cogese. "DROIT DE VETO" La SEG, contrôlée à 51 % par la ville et à 49 % par la Lyonnaise, confiait la sous- traitance de l'eau et de l'assainissement à une filiale à 100 % de la Lyonnaise, la SGEA. Les écologistes, qui considèrent que "la Lyonnaise s'est assuré un droit de veto sur toutes les décisions stratégiques de la SEM", avaient voté contre cette proposition, approuvée par les conseillers PS, PCF et divers gauche. Raymond Avrillier et des usagers de l'eau de Grenoble avaient alors attaqué les avenants au contrat de 89 approuvés par le nouveau conseil municipal le 13 mai 96, qui mettaient en place ce dispositif. Le 1er octobre 97, soit six ans après l'appel interjeté par M. Avrillier, le Conseil d'Etat annulait la délibération de 89 du conseil municipal, qui avait autorisé M. Carignon à privatiser l'eau. La haute juridiction administrative s'appuyait sur le jugement des tribunaux pénaux pour constater qu'il y avait eu un "pacte de corruption" entre M. Carignon et les dirigeants de la Lyonnaise et que "les motifs réels de la délibération attaquée [avaient] été dissimulés" à l'assemblée, motif d'annulation. Toutefois, l'arrêt du Conseil d'Etat n'annulait pas le contrat de concession. Un avis sollicité par le ministère de l'intérieur auprès de la section du rapport et des études du Conseil d'Etat et rendu le 3 décembre 97 devait confirmer que la ville de Grenoble n'était nullement obligée, comme le prétendait M. Avrillier, de procéder à la résiliation du contrat de 89 ou de demander au juge du contrat de prononcer rétroactivement sa nullité. CLAUDE FRANCILLON TELEVISION SAMEDI AOÛT 13.35 FRANCE 2 Aïe, le végétal ! LA VIE PRIVÉE DES PLANTES. Chaque samedi depuis le 8 août, David Attenborough raconte la folle vie des fleurs et des arbres. Images sublimes, spectaculaires : du grand classique, façon BBC HUMBLOT CATHERINE LUI, c'est le pape des séries "nature" en Grande-Bretagne. Une sorte de Léon Zitrone mâtiné de Michel Chevallet (pour la voix enthousiaste). On le voit accourir essoufflé dans une forêt tropicale, ou gravir un sommet en anorak. Il éternue au printemps dans un champ de fleurs britanniques ou se balance à soixante mètres de haut sur un arbre à Bornéo. Tel le lutin, il surgit inopinément, tout en poursuivant sa conversation... Depuis des décennies, David Attenborough arpente le globe pour faire découvrir les bêtes et les merveilles de la Terre. "La Vie privée des plantes" (5 x 52 minutes) fait partie de ces mégaproductions comme la BBC sait les faire. Budget colossal, des années de travail, la série est ensuite vendue dans le monde entier. Dans le rôle du guide, Attenborough explique ici le comportement caché du végétal. Quelle vie ! On croit que ça végète, sous prétexte que ça ne fait pas de bruit. Il suffit de filmer patiemment (jusqu'à trois ans pour une séquence) puis de passer les images en accéléré pour qu'apparaissent d'incroyables affrontements, des compétitions rudes. "Les plantes sont confrontées aux mêmes types de problèmes que les animaux tout au long de leur existence s'ils veulent survivre. Ils sont obligés de se battre les uns contre les autres, de lutter", explique David Attenborough, dont tout le travail est de montrer "ces drames" dont nous n'avons pas conscience parce qu'ils se développent sur une autre échelle de temps. Avec les progrès en matière d'image, non seulement les plantes poussent, rampent, bourgeonnent, explosent avec une détermination qui impressionne, mais on les voit mettre en place des stratégies machiavéliques pour se défendre ou se reproduire. Toute une vie qui se déchaîne et qu'on regarde, stupéfait. Comment un arbre parvient-il à remonter jusqu'à 400 litres d'eau à l'heure en haut de ses feuilles et en silence ? Comment les passiflores fabriquent des oeufs en trompe l'oeil pour empêcher que les papillons ne déposent les leurs, qui ensuite les dévoreraient ? Comment certaines orchidées imitent la guêpe femelle (couleur, fourrure, odeur) pour attirer son acolyte mâle qui, en tentant de s'accoupler, heurte ses sacs de pollen ? Comment certains arums copient jusqu'aux poils et à l'odeur de la charogne pour attirer les mouches et les emprisonner, le temps d'achever leur propre cycle sexuel et de les libérer, chargées de pollen ? Zooms sur les pores des feuilles, plans stupéfiants de troncs d'arbres, ralentis sur les ruses compliquées des fleurs, accélérés qui révèlent la complexité des rapports au sein du monde végétal, ou entre celui-ci et l'espèce animale. Chaque émission développe un thème. Les images sont superbes, mais le commentaire est (trop) classique. On ne retrouve pas l'humour alerte des merveilleuses séries de Jean-Pierre Cuny ( "L'Aventure des plantes", "Les Inventions de la vie") qui, les premières, ont mis en lumière l'unité du monde vivant en racontant les dessous pas tristes de la nature. CATHERINE HUMBLOT DOC : avec photo TELEVISION DU LUNDI 10 AU VENDREDI 14 AOÛT .35 CANAL + Des dangers du suspense à tout prix A LA FÊTE FORAINE DE BLACKPOOL. Les docu-soaps se suivent et ne se ressemblent pas. Cette semaine, on frôle la télé-poubelle HUMBLOT CATHERINE APRÈS En croisière sur le Galaxy ou une semaine de vie sur un paquebot de luxe (13-28 juillet), A la fête foraine de Blackpool montre les coulisses du plus grand parc d'attractions de Grande-Bretagne. La série de la BBC a eu un gros succès d'audience outre-Manche. Et pourtant... Rappelons le principe. La caméra suit des personnages ordinaires sur un lieu. Les péripéties du quotidien forment la trame d'un scénario à rebondissements. Le docu-soap observe le genre humain mais c'est d'abord un divertissement. Ici, Jim Rowland (surnommé J. R.), directeur du parc forain de Blackpool, et Keith Allen, son adjoint, doivent régler chaque jour les problèmes qui surgissent au sein de cette machinerie gigantesque. Wagonnets de la peur bloqués à 7 mètres de haut (avec une dame asthmatique qui ne peut plus descendre), trains qui déraillent, grand huit en panne... J. R. est obsédé par l'argent et le moindre incident rend fou cet homme à poigne. Todd Austin, le réalisateur, filme la vie du parc et chaque épisode fournit son petit lot d'événements. Enfants perdus, blessés, membres du personnel agressés, le suspense est perpétuellement renouvelé. Amanda Thompson, la fille du propriétaire, va-t-elle pouvoir monter à temps son nouveau spectacle sur glace ? Le prestidigitateur va-t-il réussir son numéro à la scie circulaire alors que sa chienne accouche ? Des employés ont jeté de la mousse dans une rivière pour embêter J. R. (hi hi !) alors qu'un groupe d'handicapés manifeste devant le grand huit parce qu'on leur impose des horaires. Le problème, outre que les personnages sont à la limite de la caricature, c'est qu'on voit un peu trop les ficelles d'un suspense maintenu à bout de bras. Montage hâché, lourd, mais le comble du mauvais goût est atteint au deuxième épisode quand la police prévient J. R. d'une alerte à la bombe. A lui de décider s'il évacue les 85 000 personnes présentes. J. R. risque de perdre beaucoup d'argent. Le directeur soupèse les risques, décide de ne pas croire à la menace, mais regarde constamment la pendule. "Si j'ai fait le mauvaix choix, il y aura beaucoup de victimes", explique-t-il (sic). La caméra fixe les aiguilles de l'horloge, qui tournent lentement. Un vrai suspense comme dans une fiction. Sauf qu'on est dans un documentaire. On frémit à l'idée du spectacle si J. R. avait fait "le mauvais choix". Du saignant, on aurait eu. De la télé- poubelle à l'américaine, ce qu'on appelle la "trash-TV". CATHERINE HUMBLOT DOC : avec une photo TELEVISION DIMANCHE 16 AOÛT 10.15 LA CINQUIÈME Une certaine idée de la peinture PIERRE BONNARD, A FLEUR DE PEAU. Il reprenait ses tableaux, encore et encore. Il en retouchera un sur son lit de mort. Le beau documentaire de Michel Van Zèle s'appuie sur les agendas de l'artiste et les témoignages de ses amis, confrères, élève et modèle... BELLET HARRY SI le pauvre Bonnard avait su, lui qui voulait "arriver devant les jeunes peintres de l'an 2000 avec des ailes de papillon", que les jeunes peintres en question n'existeraient plus guère ! Que représente Bonnard pour les artistes d'aujourd'hui ? Une vieille lune, capable de travailler sur la même toile des années durant, de la reprendre, encore et toujours, jusque dans les lieux officiels où elle était exposée, pendant que Dina Vierny, son modèle, après avoir été celui de Matisse et surtout de Maillol, faisait le guet pour prévenir la ronde d'un gardien. Un dinosaure, qui, au mitan de sa vie, confie à son confrère Bazaine, un gamin aujourd'hui nonagénaire : "Je commence seulement à comprendre. Il faudrait tout recommencer." Le documentaire de Michel Van Zèle restitue cela, et bien plus encore. Une époque, des témoignages, ceux, alertes, de Jean Bazaine et Dina Vierny, ceux, tout aussi poignants, des peintres Jacques Truphémus, qui lui a dédié toute son oeuvre; Gisèle Belleud, qui fut son élève au Cannet, dans cette maison provençale à la salle de bains immaculée où Bonnard brossait Marthe, son épouse : 140 nus répertoriés, une cascade unique dans l'histoire de l'art. Et les commentaires, sobres, précis, de Michel Terrasse, son petit-neveu, qui lit des passages de ces agendas où Bonnard dessinait des croquis, et notait la météo du jour. Et les événements, quels qu'ils puissent être : en 42, à la mort de Marthe, sa muse, sa femme, une simple petite croix, légèrement tremblée. Quelque temps plus tard, un aphorisme : "Vaut mieux s'ennuyer seul qu'à plusieurs." C'est le temps de l'introspection, des autoportraits de l'oeuvre ultime : Bonnard, vieillard sec et frêle, interroge son reflet dans un miroir. Sur son lit de mort, il se fait apporter un tableau ancien représentant l'amandier en fleur, qui pousse devant sa fenêtre : un coin de vert, en bas à gauche, lui trotte dans la tête. Aidé de son neveu, qui va lui chercher de la couleur, il le reprend en jaune, fébrilement, du bout des doigts. Puis s'éteint, et une certaine idée de la peinture avec lui. HARRY BELLET DOC : avec photo Les pouvoirs publics sauvent le Comité national contre le tabagisme Controverse sur l'état des comptes Dans son rapport sur l'état du CNCT, l'administrateur provisoire nommé par la justice indiquait que, fin juin, la trésorerie de l'association était négative de 710 000 francs et prévoyait un accroissement continu de ses pertes (163 000 francs en juillet, 347 000 en août, 653 000 en septembre et 1,524 million au-delà), justifiant l'imminence d'une déclaration de cessation des paiements. L'avocat du CNCT, Me Francis Caballero, a contesté cette analyse, rappelant les "potentialités d'actions judiciaires" dont les délibérés sont prévus pour septembre, ainsi que les transactions financières en cours au titre des "compensations médiatiques". Le montant des dommages et intérêts obtenus devant les tribunaux s'est élevé à près de 4,2 millions de francs en 97, et le montant des compensations négocié avec différents médias à près de millions de francs. Les comptes annuels du CNCT certifiés au 31 décembre 97 faisaient apparaître un exercice positif de 222 6 francs. Agressions en série contre des automobilistes en Rhône-Alpes LE PARQUET DE BOURG-EN-BRESSE (Ain) a ouvert, vendredi 7 août, une information judiciaire contre X... pour "enlèvements, séquestrations, vols en bande organisée avec usage ou menace d'une arme", dans l'affaire du gang des pirates de la route qui ont commis plusieurs agressions dans la région Rhône-Alpes. Cette procédure concerne trois des huit agressions répertoriées depuis le début de l'été. Une autre information devrait être ouverte dans les prochains jours à Chambéry pour des faits similaires commis en Savoie. Les pouvoirs publics sauvent le Comité national contre le tabagisme Le secrétariat d'Etat à la santé vient de débloquer 650 000 francs en urgence pour éviter à la principale association antitabac française de se déclarer en cessation de paiements. Une plainte pour "détournement de fonds publics à des fins personnelles" a été déposée contre l'ancien directeur FOLLEA LAURENCE SANTÉ Le secrétariat d'Etat à la santé vient de débloquer 650 000 francs en urgence pour sauver le Comité national contre le tabagisme (CNCT), menacé de liquidation judiciaire. L'ADMINIS- TRATEUR PROVISOIRE désigné en juin pour organiser le renouvellement du conseil d'administration et gérer l'association n'a pas réussi à mettre d'accord les deux clans qui s'opposent au sein du CNCT. À LA SUITE d'un rapport de l'inspection générale des affaires sociales, les autorités sanitaires ont porté plainte, le juillet, contre l'ancien directeur, Philippe Boucher, pour "détournement de fonds publics à des fins personnelles". LA CRISE que traverse le CNCT trouve ses racines dans les divergences stratégiques qui ont abouti, en 1991, à développer la logique du tout- judiciaire plutôt qu'une approche médicalisée de la lutte antitabac. IL S'EN EST FALLU DE PEU. Jeudi 6 août, l'administrateur judiciaire nommé pour gérer le Comité national contre le tabagisme (CNCT), en pleine crise interne, a bien failli prononcer sa liquidation. Michèle Lebossé- Peluchonneau s'apprêtait à déclarer l'association en état de cessation de paiements lorsque le secrétariat d'Etat à la santé a décidé de venir en aide à l'association et de lui verser 650 000 francs en urgence, à valoir sur sa subvention pour 98. Les autorités sanitaires avaient pourtant posé comme condition à l'octroi de leur subvention le "renouvellement total du conseil d'administration". Depuis plus d'un an, l'association phare de la lutte antitabac, née voilà cent trente ans et reconnue d'utilité publique en 77, fait en effet les frais de déchirements internes fort peu glorieux et qui auraient pu causer sa perte. Une enquête de l'inspection générale des affaires sociales (IGAS), diligentée en septembre 97 par le secrétariat d'Etat à la santé et dévoilée par Le Monde le mai, a mis le feu aux poudres. Donnant corps à des rumeurs persistantes, la mission dénonce les "pratiques douteuses et lucratives" de l'ancien directeur, Philippe Boucher, soupçonné d' "enrichissement personnel" et toute une série de "dysfonctionnements" dans la gestion de l'association. Un audit effectué quelque temps plus tôt par le commissaire aux comptes du CNCT avait pourtant été classé sans suite par le procureur de la République du tribunal de grande instance de Paris. Le juillet, sur la base des observations de l'IGAS, le secrétariat d'Etat à la santé a déposé une plainte avec constitution de partie civile contre M. Boucher, pour " détournement de fonds publics à des fins personnelles". La nouvelle stratégie d'activisme judiciaire mise en place par M. Boucher dès son arrivée au CNCT, en avril 91, soutenue par la majorité du conseil d'administration et par les pouvoirs publics, a certes porté ses fruits, mais au prix de bricolages financiers et de divers arrangements avec la légalité qui ont finalement conduit M. Boucher à démissionner, le 11 décembre 97. SUBVENTIONS EN RETARD Ce dernier admet aujourd'hui quelques "dysfonctionnements", mais réfute totalement un quelconque "enrichissement personnel" et assure que "le CNCT n'a subi aucun préjudice". Il relève certaines "inexactitudes", notamment de dates, dans le rapport, justifie ses augmentations successives de salaires 0 % en quatre ans, selon l'IGAS par sa charge de travail, ses qualités de "militant très actif" disposant d' "un réseau important de contacts internationaux", et relève que "les critiques de l'IGAS portent sur à peine 1 % du budget" de l'association. M. Boucher évoque également pour sa défense les versements "très tardifs" des subventions et la faiblesse des moyens consacrés à la lutte contre le tabagisme, qui "ne sont aucunement à la mesure ni de ses adversaires ni de l'épidémie". Le 1,7 million de francs alloué au CNCT par la direction générale de la santé pour 97 n'a été versé qu'en 98, et la subvention de fonctionnement de 1,3 million de la Caisse nationale d'assurance-maladie a été suspendue à la suite du rapport de l'IGAS. En juin, selon l'administrateur judicaire, il restait encore 1,6 million de francs de fonds européens à encaisser. Le professeur Gérard Dubois, président du CNCT depuis 93, endosse de son côté une "responsabilité morale et collective", mais souligne l'attitude de "quatre administrateurs [qui] ont mené au sein du conseil d'administration une querelle qu'ils ont poursuivie malgré la démission du directeur". Les choses se sont peu à peu envenimées et deux clans se sont formés à la tête de l'association : dix administrateurs minoritaires, représentés par le professeur Henri Joyeux (CHU de Montpellier), vice-président du CNCT, décidés à "faire le ménage" et à imposer leur voix, contre treize autres, tous derrière le professeur Dubois. Des batailles de procédures, des règlements de comptes et des scènes dignes de psychodrames ont commencé à ponctuer les réunions du CNCT. Saisi par les "dix" d'une requête en annulation des décisions prises lors de l'assemblée générale du 16 mai, le juge des référés avait chargé Mme Lebossé-Peluchonneau, par une ordonnance du 4 juin, d' "organiser dans des conditions conformes aux statuts l'élection des membres du conseil d'administration du CNCT et de gérer et administrer l'association jusqu'à ses élections". Sa mission n'a pas abouti, les deux parties n'ayant pu se mettre d'accord sur la composition du collège des électeurs. Les dix administrateurs minoritaires ont refusé de prendre en compte la liste de 859 adhérents arrêtée à l'issue de l'assemblée générale du 16 mai et souhaité revenir au chiffre de 1997 (298 membres convoqués). "Il est clair que l'assemblée générale du 16 mai a été manipulée, confie le professeur Joyeux. Ils ont fait rentrer d'un coup trois cents personnes qui leur étaient acquises. Mais nous maintiendrons nos positions, car n'avons pas à assumer les erreurs du passé. Et, en tant qu'association privée, nous ne sommes pas obligés de suivre les injonctions du ministère." "Nous ne financerons plus le CNCT tant que la transparence totale ne sera pas faite", avait prévenu Bernard Kouchner, secrétaire d'Etat à la santé, trois jours après la diffusion du rapport de l'IGAS. L'administration ne pouvait cependant pas assister sans bouger à la mort programmée d'une association sur laquelle elle délègue nombre de ses missions et dont le rôle moteur dans la lutte contre le tabagisme est unanimement salué. "Nous avons été alertés par l'administrateur judiciaire de l'état de cessation des paiements et du fait qu'elle n'avait pas réussi à organiser des élections en temps utile, nous a-t-on précisé dans l'entourage de Bernard Kouchner. Il est vrai que les subventions ne sont pas toutes arrivées. Il fallait sauver le CNCT." L'élection d'un nouveau conseil d'administration est programmée pour septembre. LAURENCE FOLLEA Les pouvoirs publics sauvent le Comité national contre le tabagisme Une stratégie du tout-judiciaire plutôt qu'une approche médicale FOLLEA LAURENCE LA CRISE que traverse aujourd'hui le Comité national contre le tabagisme (CNCT) ne se résume pas à une simple querelle de personnes. Elle trouve ses racines dans les divergences stratégiques qui font depuis longtemps débat au sein de l'association. En 91, année de la promulgation de la loi Evin contre le tabagisme et l'alcoolisme, le CNCT change de mains. Lors de l'assemblée générale du 13 avril 91, les membres de la Ligue contre le tabac en public - Droits des non-fumeurs prennent le contrôle du conseil d'administration. L'association va alors connaître une "révolution culturelle", rappelle l'inspection générale des affaires sociales (IGAS) dans son rapport sur le CNCT. "Le principal reproche adressé par la nouvelle équipe aux dirigeants précédents était celui d'une approche trop médicalisée de la lutte contre le tabagisme, conduisant l'association à se préoccuper presque exclusivement des fumeurs souhaitant s'arrêter (...) au détriment de la protection des non-fumeurs et de l'occupation du terrain judiciaire en vue de faire respecter les textes", relatent les inspecteurs de la police sanitaire. Ce recentrage sur l'activisme en justice est directement impulsé par le nouveau directeur, Philippe Boucher, militant écologiste comptant parmi ses amis proches un avocat pugnace et bientôt médiatique, Me Francis Caballero. Peu à peu, l'association acquiert une réputation de lobby antitabac, qu'elle assume pleinement, et devient "de plus en plus crainte des industriels" du secteur, précise l'IGAS. Les trois principaux fabricants de cigarettes attaqués sont en effet condamnés de manière définitive, après passage en cassation, "vingt-neuf fois en cinq ans", calcule la mission d'inspection. ENCOURAGEMENT FINANCIER PUBLIC La stratégie du "tout-judiciaire" s'accompagne de la mise au point du système des "compensations médiatiques" et des transactions financières : en échange de l'abandon des poursuites engagées par le CNCT, une chaîne de télévision, une régie de cinéma ou un support de presse accorde à l'association un espace publicitaire gratuit ou une somme d'argent. La révélation, en janvier 96, d'un accord passé en 1992 avec TF 1 concernant la retransmission des grands prix de formule 1 et portant sur 2,5 millions de francs, fait grand bruit. Le directeur du CNCT revendique alors ouvertement la pratique, estimant qu' "un bon arrangement vaut mieux qu'un long procès" (Le Monde daté 7-8 janvier 96). Ses succès devant les tribunaux vont peu à peu modifier l'image du CNCT, qui devient, selon l'IGAS, "un interlocuteur difficile, voir irritant, pour certains partenaires (Comité français d'éducation pour la santé, associations de lutte contre le cancer) et même pour les pouvoirs publics". L'équipe dirigeante en fonction avant la désignation de l'administrateur judicaire répond à l'IGAS que "l'établissement de priorités avec des moyens limités ne peut que contraindre à des choix" et rappelle qu'elle a mis en place des services Minitel et téléphoniques destinés aux fumeurs désireux d'arrêter. Le CNCT est d'ailleurs encouragé par les pouvoirs publics dans son activisme judiciaire et une part de la subvention allouée par la direction générale de la santé sert directement à financer ces activités (700 000 francs en 97). Aujourd'hui, les positions sont moins tranchées, chacun reconnaissant l'impact de ces procédures non seulement pour assurer l'application des textes, mais aussi en termes de prévention du tabagisme. "Le juridique rapporte beaucoup d'argent, estime cependant le professeur Henri Joyeux, qui compte parmi les dix administrateurs contestataires. Il ne faut pas négliger ces actions, mais il faut aussi développer la lutte pour la défense des non-fumeurs, jeter des ponts avec les autres organisations traitant de tabacologie et créer des unités militantes cohérentes." Une stratégie que ne renierait sans doute pas le professeur Gérard Dubois, l'ancien président, qui a accepté, à la demande du secrétariat d'Etat à la santé, de ne pas se représenter lors de l'élection du prochain conseil d'administration. LAURENCE FOLLEA Les pouvoirs publics sauvent le Comité national contre le tabagisme Habiter près d'une décharge industrielle augmenterait le risque de donner naissance à un enfant malformé NAU JEAN YVES SELON UNE ÉTUDE européenne publiée dans le numéro de l'hebdomadaire médical britannique The Lancet du 8 août, le fait, pour une femme enceinte, de vivre à proximité immédiate de décharges industrielles contenant des produits hautement toxiques augmente le risque pour elle de donner naissance à un enfant mal formé. Coordonnée par le docteur Helen Dolk (London School of Hygiene and Tropical Medicine), cette étude a été conduite dans cinq pays (Belgique, France, Italie, Danemark et Royaume-Uni). Les chercheurs ont analysé les données fournies par sept registres régionaux qui recensent de manière systématique la fréquence et le type des malformations néonatales d'origine congénitale. Au total, les dossiers de 1 089 enfants victimes de diverses malformations (nerveuses, cardiaques, urinaires, digestives, crâniennes, etc.; les malformations chromosomiques d'origine héréditaire ayant été exclues) ont pu être étudiés. Les chercheurs ont parallèlement constitué un groupe contrôle de 2 366 enfants normaux. Dans tous les cas, les mères résidaient dans un espace géographique d'un rayon de 7 kilomètres ayant pour centre une importante décharge de produits toxiques d'origine industrielle. De tels sites sont des sources importantes de pollution, de nombreuses substances chimiques (dioxines, métaux lourds, pesticides, solvants, etc.) pouvant contaminer le sol, les eaux ou l'air. UN SITE DE SAÔNE-ET-LOIRE Pour la France, le registre des malformations du Centre et de l'Est a été utilisé (docteur Elisabeth Robert, Institut européen des génomutations, Lyon). Ce registre englobe les données de la région Rhône-Alpes, de l'Auvergne, de la Bourgogne et du Jura. Les sites des déchets ne sont pas cités dans l'étude publiée par The Lancet. Pour autant, on indique de bonne source que le site français étudié est situé dans le département de la Saône-et-Loire. Les auteurs de la publication annoncent avoir pu mettre en évidence un risque accru, "faible mais significatif", de naissances d'enfants mal formés chez les femmes vivant à moins de 3 kilomètres de telles décharges. Ces femmes ont un risque de donner naissance à un bébé mal formé supérieur de 33 % aux femmes vivant dans une zone située de 3 à 7 kilomètres alentour. Cette conclusion résulte de l'analyse comparative des données issues des deux groupes, les auteurs ayant tenté, par des méthodes statistiques, d'annuler les différences d'ordre socio-économique. En revanche, ce travail ne fournit pas le détail des expositions toxiques auxquelles auraient par ailleurs été soumises les femmes enceintes. Les auteurs soulignent par ailleurs la nécessité de poursuivre les recherches afin de tenter de confirmer ou d'infirmer un lien de cause à effet entre proximité d'une décharge et malformation. La mise en évidence de telles associations entre les décharges industrielles et les pathologies néonatales avait déjà été effectuée, notamment aux Etats-Unis en 84, ainsi que, par la suite, dans d'autres pays, sans que les auteurs de ces travaux ne parviennent à établir un tel lien. "Il convient de noter que les conclusions de ce travail sont, tout compte fait, modérées, commente pour sa part Michel Jouan, responsable de l'unité santé- environnement au Réseau national de santé publique. Il faut aussi préciser que les auteurs ne sont pas parvenus à faire totalement la part entre les critères géographiques et ceux de nature socio-économique. Il s'agit néanmoins d'un travail fort intéressant qui devrait conduire à jouer un rôle d'alerte sanitaire afin que tout soit mis en oeuvre pour améliorer le système d'élimination des déchets industriels toxiques et pour prévenir leur dissémination." JEAN-YVES NAU DÉPÊCHES SANS-PAPIERS : les policiers ont évacué par la forceune vingtaine de sans-papiers qui avaient l'intention de passer la nuit sur le trottoir en face de la nonciature apostolique de Paris. Les policiers ont évacué par la force, vendredi 7 août, à 21 heures, une vingtaine de sans-papiers de Saint-Bernard et de militants qui avaient l'intention de passer la nuit sur le trottoir en face de la nonciature apostolique de Paris, où trois des leurs sont "réfugiés" depuis une semaine. Neuf manifestants ont été interpellés et remis en liberté dans la nuit de vendredi à samedi. Ouverture d'une information judiciaire sur le Royal Monceau LE PROCUREUR DE LA RÉPUBLIQUE DE PARIS, Jean-Pierre Dintilhac, a ouvert récemment une information judiciaire contre X... sur les conditions du redressement judiciaire du groupe hôtelier Royal Monceau. En 97, le tribunal de commerce de Paris avait approuvé le plan de continuation proposé par le propriétaire du groupe, l'homme d'affaires libanais Osmane Aïdi. Au terme de ses travaux, la commission d'enquête parlementaire sur les tribunaux de commerce avait estimé que M. Aïdi avait bénéficié d'une "mansuétude toute particulière" et signalé à la justice de "nombreuses anomalies" dans le traitement de ce dossier, qui avait suscité des "rumeurs de corruption", y compris parmi les magistrats (Le Monde du 30 juillet). L'enquête a été confiée au juge d'instruction Marie-Paule Moracchini. Sur la base d'autres éléments transmis par la commission parlementaire, le procureur a ouvert, en outre, trois enquêtes préliminaires, dont l'une sur les conditions de liquidation du Palace, ancienne boîte de nuit qui doit être vendue aux enchères. Nombreuses alertes à la pollution par l'ozone à travers la France PLUSIEURS ALERTES À LA POLLUTION DE L'AIR par l'ozone ont été lancées, vendredi 7 août, en raison notamment d'un fort ensoleillement associé à des vents faibles. Le niveau 2 d'alerte à la pollution de l'air par l'ozone (180 microgrammes/m³) a été dépassé dans le nord-est de l'Alsace et des Bouches-du-Rhône, dans l'agglomération toulousaine et à Poitiers. Il a été frôlé en Lorraine, avec un taux de 9 mg/m³, relevé à Brabois, dans la banlieue de Nancy, et à Lyon, où l'on a enregistré un taux de 5 mg/m³ à Ternay, dans le sud de l'agglomération. En région parisienne, la pollution n'avait atteint, vendredi, que le niveau 1 (130 mg/m³ ), mais le maire de Paris, Jean Tiberi, a appelé les Parisiens à "utiliser au maximum" les transports en commun durant le week-end. DEPECHES JUSTICE : des documents relatifs à un concert financé par Xavier Dugoin ont été saisis. La direction régionale de la police judiciaire de Versailles a saisi, jeudi 6 août, des documents relatifs à un concert organisé le 21 mars et pour lequel le conseil général de l'Essonne, alors dirigé par le sénateur (RPR) Xavier Dugoin, avait déboursé plus de 3,4 millions de francs. L'enquête vise à vérifier si une partie de ces fonds n'ont pas été détournés de leur but. LE MONDE RADIO TELEVISION MULTIMEDIA "Grain de philo", épilogue... et suite ? Une mise au point du responsable de l'unité magazines de France 3 et les réponses d'Alain Etchegoyen, après l'annonce de la suppression de son magazine à la rentrée CADET VALERIE A LA SUITE de notre article annonçant la non- reconduction du magazine mensuel "Grain de philo" diffusé sur France 3 depuis janvier 97 (Le Monde "TRM" daté 26-27 juillet), Claude Couderc responsable, sous la tutelle de Patrick de Carolis, du département magazines de la chaîne a formulé certaines remarques auxquelles Alain Etchegoyen, maître d'oeuvre de l'émission, a réagi à son tour. "J'ai informé à plusieurs reprises les producteurs de l'émission, souligne Claude Couderc, et non du jour au lendemain, comme vous l'indiquez, de l'interruption possible de ce magazine dans la perspective d'un renouvellement des programmes de la grille souhaité légitimement par Patrice Duhamel. Contrairement à ce qui est affirmé, nous avons été attentifs aux réductions budgétaires proposées par MDI [producteurs du magazine], bien qu'elles ne soient pas apparues très convaincantes." "Il n'y a eu aucune discussion sur le budget, oppose Alain Etchegoyen; ni sur le contenu. Les producteurs ont simplement téléphoné plusieurs fois pour s'inquiéter du sort de l'émission dont l'avenir semblait échapper totalement à Claude Couderc. Ce dernier leur a dit que réponse serait donnée début juin, puis mi-juin, puis fin juin. En fait, c'est le départ en vacances des décideurs qui a fixé la tombée du couperet, le 16 juillet." "Nous avons estimé, poursuit Claude Couderc, que ``Grain de philo``, certes de bonne tenue, et malgré ses promesses, ne permettait pas toujours au grand public d'entrer dans le discours du champ philosophique. J'ai maintes fois demandé aux auteurs de faire un effort d'accessibilité. Cette recommandation a été parfois entendue, mais pas suffisamment." "Je suis en désaccord total sur cette question qui est au fond la plus importante, rétorque Alain Etchegoyen. La vision que les gens de télévision ont à ce sujet est très méprisante pour le public. Il est vrai que France 3 nous avait demandé, il y a six mois, d'être plus ``rock'n'roll``. Comprenne qui pourra. En dix-huit mois de présence à l'antenne, jamais un seul critique n'a évoqué une difficulté de compréhension. (...) Le seul problème d'accessibilité souligné par différents organes de presse a concerné l'horaire, beaucoup plus tardif que prévu l'émission commençant entre 0 heure et 0 h 40 suivant les cas, au lieu des 23 h 30 initialement fixés par Patrice Duhamel. Le 9 mai, pour le dernier numéro du magazine, le journal L'Equipe recommandait à égalité d'intérêt la dernière journée du championnat de France de football et... ``Grain de philo`` !" "France 3 n'envisage pas pour autant d'exclure la philosophie de ses programmes, conclut le responsable des magazines. Nous préparons, pour la rentrée, un magazine de débats culturels et de société dans lequel la philosophie sera présente. J'ai d'ailleurs demandé à Alain Etchegoyen d'intervenir régulièrement sur ce thème." Prochain chapitre en octobre ? PROPOS RECUEILLIS PAR; VALERIE CADET TELEVISION SAMEDI AOÛT 14.05 CANAL + Othilie et le loup-garou L'ENFANT ET LES LOUPS. Pierre-Antoine Hiroz signe un joli conte écologique BOURGUIGNON SANDRINE OTHILIE, huit ans, passe les vacances chez son oncle Antoine, responsable d'un parc régional. "Tu crois que ça existe les gens qui savent parler aux loups ?", demande la blondinette. "Qui sait ?, lui répond Antoine, écologiste austère qui défend fiévreusement sa montagne. Tu as bien réussi à me parler à moi..." "Mais toi, t'es pas un vrai loup, tu fais juste semblant." Les vrais loups sont dehors, au coeur du parc, et ils affolent les habitants de la vallée. Les chasseurs veulent tuer les bêtes sauvages. Pis, ils menacent d'éliminer Tambourin, le berger d'Antoine, car, selon la légende, le père de Tambourin parlait aux loups. Pour les villageois, le berger est un loup-garou et c'est lui qui attire ses "frères". Othilie, qui n'a que faire de ces fantasmes et ne craint pas les secrets de la montagne, va réconcilier les uns et les autres. L'Enfant et les loups réunit une belle distribution : Christophe Malavoy (Antoine), Pascale Rocard (déjà présente dans Le Combat des reines, la précédente fiction du réalisateur), et surtout Chick Ortega (Tambourin), loup-garou sauvage et tendre, et la petite Marie Sambourg (Othilie), toute en grâce et en légèreté. La transparence de son regard n'a d'égal que la pureté du paysage. Les images sont superbes, on ressent l'espace et le vertige : Pierre-Antoine Hiroz sait filmer la montagne. Un téléfilm qui a le charme des contes. SANDRINE BOURGUIGNON HORIZONS ENQUETE 6 - LES TUBES DE L' ETE La tchatche des rappeurs marseillais Groupe emblématique d'une ville mosaïque, IAM impose, en 44, avec " Je danse le MIA " la musique et les mots de gamins exclus de la culture officielle DAVET STEPHANE L'engouement de la France pour son grand port du Sud peut aujourd'hui se chiffrer. En millions de places de cinéma pour les contes de l'Estaque de Robert Guédiguian (Marius et Jeannette) ou les courses-poursuites sur la Canebière du Taxi de Gérard Pirès, en cris d'amour et Marseillaise innombrables pour l'enfant de la Castelane, Zinedine Zidane... Et en tomberaux de disques écoulés pour les rappeurs locaux. Vedette incontestée de ce milieu hip- hop, IAM est le groupe symbole d'une ville mosaïque. Si les premières étincelles du renouveau ont sans doute jailli des gradins du Stade-Vélodrome, à la fin des années 80, ces musiciens ont ravivé la flamme de la fierté phocéenne. Une de leurs chansons, surtout, a provoqué le premier emballement national pour la nouvelle culture populaire marseillaise. Evocation drôle et nostalgique des années funk de leur adolescence, Je danse le Mia s'arrachera en 94 à six cent mille exemplaires; le plus gros succès d'un rap français prêt à révolutionner la chanson d'ici. Un tube en forme de flash-back. Au début des années 80... Marseille se noie dans la crise. A la fin du règne de Gaston Defferre, la ville part en quenouille. Déjà privée de son statut de port colonial au début des années 60, marquée plus qu'ailleurs par les deux chocs pétroliers de 73 et 79, La "grande machine à gérer les immigrés", dont parle le sociologue Jean Viard, connaît des ratés. Chômage et drogue rongent les quartiers nord, le centre se paupérise, le port est en faillite. L'image est désastreuse : une ville sale, laide, à la "une" des faits divers. Fusillade du bar du Téléphone, assassinat du juge Michel... Sur ce terreau fleuriront des haines. En 84, lors des élections européennes, Jean-Marie Le Pen arrive ici en tête. La cité compte alors trois vitrines culturelles de prestige : le Théâtre national de la Criée de Marcel Maréchal, le Ballet national de Roland Petit et l'Opéra. Mais on ne retrouve pas l'effervescence des créations "jeunes et populaires" agitée par le ministère Lang. Dans le reste de la France, on parle d' "années rock". "La porte cruelle de l'Orient" décrite par Edmonde Charles-Roux semble préférer les déhanchements plus chauds du funk et du reggae. Les idoles ne sont pas Elvis ou Johnny mais James Brown et Bob Marley. Les rythmes noirs ont des vertus fédératrices. Celles de la danse et de la drague, de la flambe et de la "fièvre du samedi soir". IAM allait, longtemps après, se souvenir de ces moments-clefs où la sensualité afro- américaine rencontrait la culture des minets marseillais. "Je me souviens des soirées / Où l'ambiance était chaude et les mecs rentraient / Stan Smith au pied, le regard froid / Ils scrutaient la salle le 3/4 en cuir roulé autour du bras / Ray Ban sur la tête survêtement Tacchini / Pour les plus classes des mocassins Nebuloni / Dès qu'ils passaient Cameo, Midnight Star / SOS Band, Delegation ou Shalamar / Tout le monde se levait les cercles se formaient / Des concours de danse un peu partout s'improvisaient / Je te propose un voyage dans le temps via / Planète Marseille je danse le Mia." A l'époque, beaucoup se méfient de ces "musiques d'Arabes". "Les boîtes de nuit refusaient leur entrée à la clientèle des quartiers, explique Chill, l'un des chanteurs d'IAM et auteur du Mia. Pour celle-ci, des pseudo-boîtes comme le Shopping, le Wilson ou le Mandingue organisaient des après-midi funk. On y trouvait plus de filles que dans les soirées hip-hop d'aujourd'hui. Les bagarres, pourtant, étaient nombreuses." Ces gamins exclus de la culture officielle et des fêtes en ville, on n'entendra pas leur voix jusqu'à l'éclosion du rap. A ses balbutiements, au milieu des années 80, le rap français a retranscrit sans finesse les codes vestimentaires, les tics musicaux et linguistiques des pionniers d'Amérique. Mais la faculté d'adaptation d'une musique communautaire aux réalités locales étayera les spécificités. Les enfants des banlieues sinistrées allaient s'identifier à la détresse des Noirs Américains. Jusqu'à imposer à leur tour cette "fureur de dire". Dans le Midi aussi, on allait s'approprier l'efficacité de ce vecteur de paroles. Responsable des activités musicales à la friche de la Belle-de-Mai, Ferdinand Richard côtoie depuis longtemps les rappeurs marseillais. "Pendant vingt ans, il y a eu un vide à Marseille autour des musiques actuelles. Puis, quelques DJ de radios libres, comme Philippe Subrini sur Radio Sprint, ont commencé à diffuser du hip-hop et du raggamuffin. La greffe a pris. Sans doute parce que ces musiques sont des prises de parole et que Marseille est une ville de paroles." Dans Total Khéops, son premier roman (au titre emprunté à l'un des morceaux d'IAM), Jean-Claude Izzo écrit : "A Marseille, on tchatche. Le rap n'est rien d'autre. De la tchatche, tant et plus." "Fiers d'être Marseillais !" Ce slogan qui, souvent, partira du Stade-Vélodrome à partir de 86 année de la mort de Gaston Defferre, de sa succession à la mairie par Robert Vigouroux et de la reprise de l'OM par Bernard Tapie, sera au coeur de l'inspiration des tchatcheurs de la Canebière. C'est à Vitrolles, dans le studio d'enregistrement de Massilia, qu'IAM produira sa première cassette (Concept). IAM pour Invasion Arrivant de Mars, Indépendantistes Autonomes Marseillais ou simplement, en anglais, "Je suis", "J'existe". Philippe Fragione, Geoffroy Mussard, Eric Mazel, Pascal Pérez, Malek Brahimi et François Mendy ont longtemps subi la routine d'une ville en décrépitude. Seul remède à l'ennui et aux poches vides, leur passion commune du hip-hop et une imagination qui met en scène le quotidien. Chaque membre de la bande s'invente des personnages au gré de sa fascination pour l'égyptologie, l'Afrique ou l'Extrême-Orient. Philippe, connu aussi sous le nom de Chill, se rebaptise Akhenaton (le nom du premier pharaon à avoir imposé une religion monothéiste); Eric sera Khéops; Geoffroy ou Jo, passionné de kung-fu et de taoïsme, devient Shurik'N; Pascal mue en Imhotep, Malek en Sultan et François en Kephren. Sorti en mars 91, leur premier album, De la planète Mars, rappelle que le Sud a enfanté les civilisations fondatrices. Il évoque le passé glorieux de la cité antique, sa tradition de métissage, vécue au sein même d'un groupe qui rassemble en son sein des gens d'origine italienne (Philippe), malgache (Jo), pied-noir (Pascal), algérienne (Malek), sénégalaise (François) et espagnole (Eric). Insolents, gouailleurs, parfois graves, ces textes scandés avec l'accent témoignent d'une délectable ingéniosité. Entre l'invention lexicale de MC Solaar et l'énergie revendicatrice de NTM, IAM trouve sa voie. Cela ne plaît pas à tout le monde. Le juillet de la même année, l'hebdomadaire d'extrême droite Minute stigmatise ces "purs produits des ghettos maghrébins" et les paroles "haineuses, approximatives et si peu artistiques de leur album", que le journal rebaptise "De la planète meurtre". Le disque connaît un beau succès d'estime mais pas de reconnaissance grand public. Avec ses quarante titres, le deuxième album, Ombre est lumière, affiche, en 93, toute son ambition. La maison de disques, Delabel, en a des sueurs froides. Productrice, en 84, de la première émission de télévision française consacrée au rap ( "Hip-hop" présentée par Sydney) avant de devenir directrice de Delabel, Laurence Touitou se souvient de ses angoisses. "Ce double album, très cher à produire, était un enjeu terrible pour nous. On y croyait, mais il fallait absolument élargir le public du groupe. Or, à l'époque, les radios boycottaient le rap français." Quel single pourrait fournir la clef de cette forteresse effrayée par les rythmes et les discours du hip-hop ? IAM a rapidement eu sa petite idée. "Nous avions écrit le Mia à l'époque du premier album, explique Chill. En tournée, nous nous sommes aperçus que le morceau recevait toujours un bon accueil, alors que les gens ne le connaissaient pas." Le single devait mettre tous les atouts de son côté. Malgré la qualité du texte, la version de la chanson figurant sur l'album manque de l'accroche décisive qui fait les grands tubes. Après brainstorming, le groupe décide d'inclure dans le morceau un sample ou échantillon du Give Me The Night de George Benson. Bingo ! Cette petite boucle, parfaitement évocatrice des soirées décrites dans le Mia, touchera la mémoire affective du plus grand nombre. Autre détonateur, un clip réalisé par Michel Gondry. Une vidéo hilarante, pendant visuel des paroles, à laquelle IAM s'est totalement prêté. Paradoxalement, ce sont les images qui convaincront les radios. "Et puis, souligne Laurence Touitou, il y avait le gimmick : le mia, qu'est-ce que c'est ? Ça nous a offert un axe promotionnel : mettre en avant cette culture de Marseille." Le mia ? Jean-Claude Izzo, dans Total Khéops, en propose une origine : "Cette expression, mia, venait d'Italie. De chez Lancia. Ils avaient lancé une voiture, la Mia, dont l'ouverture dans la fenêtre permet de sortir son coude sans avoir à baisser la vitre. C'était trop pour le génie marseillais ! Des mias, il y en avait plein les bistrots. Frimeurs, magouilleurs. Beaufs." Chill avance une autre version pour cet anagramme d'IAM : "Les voyous marseillais ont sans doute été les premiers à parler verlan. Je pense que mia, c'est ami à l'envers. Pour dire ``Oh l'ami !``, ``Oh pote !``. Mia est synonyme de ``cacou``, ``tintano`` ou ``trente-deux``. ``Trente-deux`` car il y a trente-deux dents dans une bouche. Donc, ``trente-deux`` pour ``menteur comme un arracheur de dents``." Le public aimera la volubilité de ce rap, "pagnolesque" plus que "pagnolade". Sur le Mia, le groupe échantillonnera un extrait du film Marius ( "En français, on dit ``guincher``"). COMME tous les artistes connaissant le vertige du tube, IAM est dépassé par ce single qui reste des semaines au sommet du Top 50. "Le groupe, le rap étaient réduits au Mia, explique Chill. Nous ne voulions pas apparaître comme un groupe faisant des coups." D'un côté, les Marseillais en enregistrant Reste underground se moqueront des puristes qui leur reprochent leur succès; de l'autre, ils prendront soin de ne pas céder aux facilités. Quand, le 13 février 95, IAM est élu "groupe de l'année" aux Victoires de la musique, la petite bande refuse de jouer Je danse le Mia malgré la pression des organisateurs et préfère chanter Sachet blanc, morceau consacré aux méfaits de l'héroïne. L'humeur n'est plus à la rigolade. L'affaire OM-Valenciennes a provoqué la démission de Bernard Tapie et la relégation du club. Si l'électorat du Front national a reculé à Marseille de 25 % à 22 %, l'environnement politique régional s'est assombri. Toulon, Orange, Marignane, Vitrolles... Les cauchemars d'IAM deviennent réalité. Dans la bouche du préfet du Var ou dans celle de Catherine Mégret, le rap devient le symbole de l'anti- France. En mai 95, Ibrahim Ali, un adolescent d'origine comorienne, est abattu par des colleurs d'affiches du FN. Il était membre du groupe de rap B. Vice et rentrait d'une répétition. La noirceur des temps et la colère accumulée expliqueront sans doute le dépouillement inédit de L'Ecole du micro d'argent, troisième album d'IAM, sorti en 97. Grande réussite artistique, ce disque se transformera en formidable succès commercial (700 000 albums vendus). Du projet Euroméditerranée, la ville nouvelle restructurant le port, aux exploits de Gemplus, le roi mondial de la puce électronique, Marseille espère un renouveau. IAM montre l'exemple. En réinvestissant une partie des bénéfices de ses succès dans la scène marseillaise, il a créé une structure de production, Côté obscur, et embauché une douzaine de personnes. Hyperactif comme tous les membres du groupe, Chill prépare cet été le tournage de son premier long-métrage, Comme un aimant, écrit avec son camarade Kamel Saleh. "S'il y a un retour à la prospérité, confie-t-il, il faut que tout le monde en profite et que la ville garde son cachet populaire. Je n'ai vu aucun signe qui allait dans ce sens. Les jeunes ont fait beaucoup d'efforts à Marseille. Au pouvoir de faire des gestes, sinon ça pétera." Comme souvent, le foot apporte un peu de baume au coeur. "Même si cela m'a moins ému que la victoire de l'OM en Coupe d'Europe en 93, celle de l'équipe de France en Coupe du monde a célébré l'image de la société qu'on défend. Son effet vaut 2 000 chansons d'IAM et 10 000 discours politiques." STEPHANE DAVET DOC : avec photo LE MONDE RADIO TELEVISION MULTIMEDIA CINEMA Ciné-massacre chez les petits-bourgeois MONSIEUR COCCINELLE. Réalisée en 38 par Bernard-Deschamps, cinéaste atypique aujourd'hui oublié, une comédie de moeurs grinçante où apparaît une fantaisie poétique qui témoigne de l'influence de René Clair et de Jacques Prévert Les folles amours de tante Aurore et du magicien Illusio SICLIER JACQUES POUR le cinéma français, l'année 38, c'est Entrée des artistes de Marc Allégret, J'étais une aventurière de Raymond Bernard, Hôtel du Nord et Le Quai des brumes de Marcel Carné, La Maison du Maltais de Pierre Chenal, Le Petit Chose de Maurice Cloche, Retour à l'aube d'Henri Decoin, La Fin du jour de Julien Duvivier, Le Roman de Werther de Max Ophüls, La Femme du boulanger de Marcel Pagnol, La Bête humaine de Jean Renoir, Katia de Maurice Tourneur. C'est aussi une comédie, Monsieur Coccinelle, réalisée par un cinéaste atypique, Bernard-Deschamps, mais ce film n'est pas passé à la postérité. Sorti, donc, en 1938, repris à Paris en 41, Monsieur Coccinelle n'a jamais été présenté à la télévision. Il serait, aujourd'hui, complètement inconnu sauf des rares aficionados de son temps ! si René Chateau ne l'avait pas, il y a cinq ou six ans, publié dans sa collection vidéo "Mémoire du cinéma français" avec deux autres films du cinéaste. Or c'est un petit bijou de satire de moeurs et de fantaisie poétique. Né en 92, Dominique Deschamps, qui devint Bernard-Deschamps, tourna divers films de 14 à 23, puis s'éloigna du cinéma où il ne revint qu'avec le parlant. Il réalisa Le Rosier de Madame Husson, d'après Maupassant, en 31, avec Fernandel, La Marmaille, d'après Alfred Machard en 36, Monsieur Coccinelle (dont il écrivit le scénario et les dialogues) en 38, et Tempête, libre adaptation moderne de Ferragus de Balzac, en 39. Ensuite, plus rien. On sait seulement que, de 35 à 55, Bernard-Deschamps fut le collaborateur scientifique du professeur Chrétien, inventeur de l'Hypergonar qui donna naissance au CinémaScope. Il est mort en 1966... M. Coccinelle, prénommé Alfred (Pierre Larquey), est un Français moyen d'une quarantaine d'années, habitant avec sa femme Mélanie (Jane Lory) et deux enfants (qui, dans le film, sont en vacances) le pavillon "Les Cèdres" à Béton-sur-Seine. Il travaille à Paris dans les bureaux des statistiques d'un ministère et sa vie est, sous le contrôle de Mélanie, réglée comme du papier à musique. Alfred Coccinelle a recueilli chez lui sa tante Aurore (Jeanne Provost), vieille demoiselle encore belle. Dans sa jeunesse, Aurore a voulu épouser Illusio (Robert Pizani), un prestidigitateur. La famille a refusé cette "mésalliance". Depuis, Illusio, voyageant de par le monde, envoie à Aurore des lettres qu'elle n'ouvre jamais. Elle va faire exception pour la dernière, postée à Bordeaux. Après tant d'années, Illusio est de retour en France. Il annonce à Aurore qu'il va venir la chercher le lendemain. Sujette à des syncopes, la vieille demoiselle tombe en léthargie sur son lit. Son médecin habituel n'arrivant pas assez vite, un confrère, appelé en renfort, conclut à la mort d'Aurore. Poussé par Mélanie, Alfred Coccinelle prépare les obsèques. La suite ne manque pas d'imprévus. Et l'originalité de ce film tient moins aux péripéties du scénario qu'à la manière dont elles sont filmées. Monsieur Coccinelle se rattache au "réalisme poétique". Pas à celui, virant au noir, de Marcel Carné, Pierre Chenal et Julien Duvivier. Mais à celui qu'avait inventé René Clair, depuis 30, en refusant la dictature du dialogue sur l'image au profit d'un style visuel agrémenté d'effets et de gags sonores. La présentation d'Alfred Coccinelle, au début, comme s'il s'agissait d'établir une carte d'identité, la rencontre avec le percepteur, les "ballets" d'entrée et de sortie des bureaux de fonctionnaires tous semblables, l'annonce du décès de la tante par les voisins et commerçants de Béton-sur-Seine, la manifestation des "fournisseurs" mécontents et les deux apparitions d'Illusio, dans le passé et le présent, portent ouvertement l'influence de René Clair. Tout l'aspect poétique est concentré sur le personnage d'Aurore vivant dans un rêve, se retranchant de l'existence par ses syncopes et attendant, en somme, ce prince charmant qu'est l'illusionniste, deus ex machina du film. On remarquera qu'Illusio, réel ou onirique, parle en vers comme Sacha Guitry. La comédie est, par ailleurs, très grinçante dans la description d'une humanité petite-bourgeoise dont les manies, les préjugés, les défauts, les mesquineries, le matérialisme sont implacablement épinglés par la caméra et caricaturés par des dialogues à l'emporte-pièce dans lesquels on peut déceler une certaine influence du Jacques Prévert de L'affaire est dans le sac, "ciné-massacre" réalisé en 32 par son frère Pierre. Ainsi les retrouvailles avec l'ami Ernest Dulac (René Bergeron) revenu des "colonies" et invité à dîner le soir de la mort présumée d'Aurore. Ainsi les visites à la défunte avant les obsèques, la mainmise de Mélanie sur les objets précieux de la tante, et les disputes autour de l'héritage avec le couple de charcutiers Brutus et Hortense Dupont (Marcel Peres et Yvette Lucas) arrivés en tandem de leur propre banlieue, le bonhomme portant autour du cou la couronne mortuaire (hideuse) destinée aux obsèques. L'intrusion de la fantaisie poétique dans la chronique de moeurs ne fait, à nos yeux d'aujourd'hui, que renforcer la noirceur de la satire. Bernard-Deschamps n'avait sans doute aucune estime pour la classe moyenne, la petite-bourgeoisie française, et il ne l'a pas épargnée, en employant d'excellents acteurs de second plan qui figurent ici autant de personnages typés. Sous les traits du populaire Pierre Larquey, Alfred Coccinelle, lui, manifeste une ambiguïté fondamentale. Rêveur, comme sa tante Aurore, Alfred subit son existence étriquée et le pouvoir de sa femme sans avoir le courage de s'en évader sauf en imagination : dans son jardin-mouchoir de poche, il cultive, sous une cloche, un plan de cèdre du Liban gros comme un haricot. La mort de la tante et ce qui s'ensuit semblent annoncer pour lui un changement qui, au bout du compte, n'a pas lieu. Coccinelle n'ouvre pas ses ailes. Quel film, décidément ! JACQUES SICLIER Mercredi 12 août, 9 heures, Canal Plus. Rediffusions : vendredi 14, 2 heures; lundi 24, 1 h 40. Jane Lory et Pierre Larquey : Madame et Monsieur Coccinelle HORIZONS-ANALYSES Le Monde EDITORIAL Une dictature sans avenir EN monarque javanais, Suharto a régné pendant trente-deux ans sur l'Indonésie. Cet autocrate peu respectueux des libertés a eu au moins le mérite d'amorcer le développement de son vaste archipel en s'appuyant sur l'aide déterminante d'un Occident séduit par son anticommunisme. Cela n'a pas empêché les classes moyennes et les universités de mettre fin à son règne inique et cruel quand la croissance économique n'était plus au rendez-vous. On ne peut même pas créditer les généraux birmans d'accomplissements comparables. Voilà près de quarante ans qu'ils malmènent un pays qui était, à la veille de la seconde guerre mondiale, l'un des plus riches territoires d'Asie. La Birmanie regorge de ressources naturelles. Il n'y a aucune raison matérielle de la voir croupir dans la misère. Le gâchis -gâchis d'abord humain- est d'autant plus scandaleux. Pas plus que la première, la deuxième génération de généraux, qui s'est installée aux commandes voilà dix ans au prix d'un bain de sang, n'a jeté aucune fondation pour le développement. Les méthodes de la junte sont tout simplement inhumaines, dignes d'un âge médiéval. Toute opposition est jugulée. On pratique encore aujourd'hui, en Birmanie, la corvée, le travail forcé de populations enchaînées, fers aux pieds. En dépit de recettes tirées sans scrupule de la drogue, l'économie est au bord de la faillite. Seules les forces armées, instrument de répression interne en l'absence de toute menace extérieure, se sont refait une santé. Avec pour seul ami Pékin, le régime se maintient par la terreur. Croyant étouffer le souvenir des massacres de 88, il isole Aung San Suu Kyi, cette femme qui symbolise maintenant la liberté pour son pays. Un bref espoir d'ouverture, au milieu des années 90, n'a pas été concrétisé. La Birmanie est revenue au point mort. Certes, la configuration ethnique de l'Union birmane est une donnée majeure qui rend la situation particulièrement complexe, plus encore que celle de l'Indonésie. Au lendemain de l'indépendance acquise en 48, le régime parlementaire avait échoué à faire cohabiter les Birmans de la plaine, son élite brillante, avec les peuples montagnards de la périphérie. Depuis le coup d'Etat de 62, les généraux n'ont répondu à cette grave question que par la trique. Depuis 1988, aucune stratégie n'a été élaborée pour tenter de déboucher sur autre chose que des paix précaires et armées avec des chefs de guerre souvent douteux. La junte a peut-être encore quelques années devant elle, mais elle ne sait offrir aux Birmans que la désespérance. Que le changement se fasse à l'occasion d'une implosion des forces armées ou d'un soulèvement populaire, il sera, le moment venu, brutal. Et les plaies, longues à panser. Même si les moyens de pression du monde extérieur sont limités, mieux vaudrait donc qu'il s'emploie à ce que le changement, là aussi, intervienne le plus tôt possible. Investir dans une dictature n'est jamais un bon placement. LE COURRIER DES LECTEURS Le mythe du naturel GODIN CHRISTIAN La récente affaire de dopage des cyclistes du Tour de France révèle au moins autant la contradiction dans laquelle se débat notre société que la mauvaise foi des sportifs et des organisateurs. Le scandale apparaîtra au public d'autant plus grand que la nature véritable du sport est oubliée : un spectacle qui vise à l'élection des seuls et rares meilleurs. Dans l'univers sans loi de la concurrence où le meilleur sera confondu avec l'image la plus performante c'est la définition même du spectacle, qu'il soit cinéma, télévision ou sport, il est nécessaire que les moyens les plus artificiels soient utilisés pour produire l'illusion payante. Puisque les actrices se font gonfler les seins à la silicone et les lèvres à la graisse de boeuf, pourquoi les sportifs n'en feraient-ils pas autant pour leurs muscles ? Le public moderne de spectacles frelatés le cinéma et le sport en sont les deux plus manifestes illustrations est schizophrène au point d'admirer les effets en gémissant sur les causes : on admirera l'exploit, mais l'on s'indignera de la manière dont il a été accompli, comme s'il y avait encore, dans le monde du spectacle qui est celui de l'artifice par excellence, une place pour le naturel, c'est-à-dire le corps tel que le hasard l'a fait (...). L'exploit qu'il soit du sportif ou du top model est pour le corps une catastrophe. Seulement, c'est une catastrophe séduisante et qui rapporte beaucoup d'argent. Un sport sans drogue est aujourd'hui aussi impossible qu'une photographie sans cadrage ou mise en scène (ah, le mythe tenace du naturel en image !). CHRISTIAN GODIN LA VARENNE (VAL-DE-MARNE) LE COURRIER DES LECTEURS L'exemple espagnol GRALL CECILE Il n'est guère surprenant que Marc Fumaroli, fougueux champion de l'immobilisme culturel, répande les flots de son éloquence pour condamner, au nom de l'Académie française, la féminisation des titres de fonctions. On reste néanmoins consterné par le niveau d'une argumentation pseudo-grammaticale et réellement paralogique, pimentée de vulgarité racoleuse, qui ne confirme que trop la piètre opinion des linguistes et lexicographes sur les compétences de l'Académie : le genre neutre n'existant pas en français, il faudrait généraliser l'emploi du masculin pour "neutraliser" les féminins indésirables ( "académicienne", par exemple ?). Que M. Fumaroli, au lieu de resservir l'antienne sur les ravages du féminisme ou de la political correctness, daigne s'intéresser à une langue néo-latine dotée de remarquables capacités d'adaptation tant morphologiques qu'orthographiques : l'espagnol. Là non plus, le genre neutre n'existe pas : et précisément parce qu'il n'existe pas, tous les titres sont féminisés, en conformité avec la grammaire et avec la logique : la decana (la doyenne de faculté), la diputada, la ministra, la presidenta, la senadora, etc. CECILE GRALL TALENCE (GIRONDE) LE COURRIER DES LECTEURS Discours crypto-raciste NETTER JEAN PIERRE La réalité linguistique du français, c'est qu'on continue à parler de "ménagère" et de "repasseuse" sans qu'il existe de masculin et d' "ambassadeur" ou de "professeur" sans qu'il existe de féminin. Cela ne me paraît nullement relever d'un genre neutre mais reflète un choix de société. Mme Harriman a beau jeu, dans ces conditions, de rejeter le terme d'ambassadrice appliqué à son encontre, ce dernier désignant toujours non pas la fonction mais la position d'épouse d'ambassadeur à qui est dévolue la lourde charge de soulager le travail du mari en termes de réception mondaine à l'instar de Mme la préfète ou de Mme la présidente. (...) Là où le genre du français devient franchement dégueulasse, c'est quand il finasse : ainsi, "secrétaire" est exclusivement féminin pour les tâches subalternes et exclusivement masculin pour les tâches à responsabilités. Nous sommes toujours dans le discours crypto-raciste. (...) M. Fumaroli nie cette réalité pour se retrancher dans le pré carré du bon usage. JEAN-PIERRE NETTER PARIS LE COURRIER DES LECTEURS Docteur Freud, au secours ! MESNARD CHRISTINE Je ne souhaite pas m'attarder sur la pertinence au fond de la réflexion de M. Fumaroli. Je suis une prof et mes élèves n'ont pas subi d' "oukase capricieux" (une femme peut-elle être autre qu'autoritaire et capricieuse ?) par "foucade" (sic) pour parler de la ministre de l'emploi. Je désire simplement évoquer le "ridicule" et l' "odieux" non pas de la féminisation des titres mais des arguments de Monsieur l'Académicien. Docteur Freud, au secours ! Comment imaginer que mairesse, maîtresse, doctoresse puissent rimer avec d'autres mots que "fesse, borgnesse et drôlesse"... Sagesse, justesse, adresse ou richesse (d'esprit) seraient en effet impropres. Le féminin de recteur, "rectale" ? Quelle finesse ! "Madame la ceci ou cela" opposée à "Madame le recteur", quelle délicatesse ! L'auteur stigmatise la comédie de boulevard, le fanatisme, le dogmatisme (n'en jetez plus) et le créole (resic) qui se profilerait à cause de quelques femmes triomphantes... Monsieur l'Académicien propose une vérité établie étriquée. CHRISTINE MESNARD ANGOULEME (CHARENTE) LE COURRIER DES LECTEURS Le point de vue de Marc Fumaroli, professeur au Collège de France et membre de l'Académie française, publié dans Le Monde du 31 juillet sous le titre "La querelle du neutre", a suscité de nombreuses réactions. Nos correspondants répondent notamment à l'affirmation de l'auteur selon laquelle les fonctions dans la vie publique sont du genre masculin parce que celui-ci est l'héritier du neutre. Plusieurs lecteurs reviennent également sur la question du dopage dans le sport et sur l'enquête judiciaire qui a perturbé le récent Tour de France cycliste. LE COURRIER DES LECTEURS Les deux visages du pouvoir MOLINIER CLAUDE Etrange débat que celui de la langue qui débat d'elle- même, et pourtant, c'est là partie si sensible que la France en tressaille à chaque fois. Donc, les fonctions administratives incarneraient le neutre. Ainsi point de coup d'Etat sexiste. Comme il pleut, on dit "il gouverne", et toutes les grenouilles d'applaudir à la pluie du prince. Ah ! Dame neutralité, belle dame sans merci pour dorer la pilule à l'archétype du pouvoir. Alors vite, la Révolution et une nouvelle nuit du 4 août féminisée... Le ridicule étant au rendez-vous, rien ne bouge. Mais nous les hommes, les forts de l'épée et du concept, ferions bien de nous pencher un peu à l'écoute de nos compagnes pour découvrir peut-être une autre perception du monde : celle qui ne serait pas l'envers d'une vision dominante et qui ne se déroberait pas dans la neutralité; celle qui reconnaîtrait que le fonctionnaire du pouvoir, à l'image du pouvoir et de Dieu, peut avoir deux visages, l'un masculin et l'autre féminin. (...) Que faire quand une civilisation abordant ce partage de la vie entre hommes et femmes en termes politiques et culturels est devenue objet d'un négationnisme enfoui dans l'Histoire ? Eh bien, laisser parler cette pythie usurpatrice sur son trépied académique et sourire... Mânes des troubadours, vous continuez à hanter l'Europe et particulièrement la France ! CLAUDE MOLINIER LA SALVETAT (HERAULT) LE COURRIER DES LECTEURS Mécanique judiciaire BEUNAT MARIO Le pouvoir sportif, en refusant de s'attaquer au problème récurrent du dopage chez les coureurs, qu'il connaissait parfaitement, a rendu inévitable l'intervention de la justice sur le Tour de France cycliste. Une fois la mécanique judiciaire enclenchée, aucune considération, même la popularité du Tour, ne peut plus l'arrêter. Il aurait été bien préférable que cette procédure fût engagée dès la saisie au mois de mars de produits interdits dans une voiture de l'équipe TVM au lieu d'attendre une saisie comparable dans un véhicule de l'équipe Festina avant le départ de la Grande Boucle. Pourquoi en effet tant de discrétion en mars et un tel raffut médiatique en juillet ? N'aurait-il pas mieux valu, là aussi, différer l'action judiciaire et attendre la fin du Tour ? Autre réflexion provoquée par l'intervention de la police sur commission rogatoire d'un juge d'instruction. Elle a mis en évidence le scandale de la garde à vue telle qu'elle est pratiquée en France au mépris des droits élémentaires de la personne humaine puisque des témoins sont considérés comme des coupables et traités comme tels. Trop de juges d'instruction à l'ego surdimensionné abusent en outre de la détention provisoire, qui ne devrait être que l'exception. Certains l'utilisent même comme un moyen de pression pour obtenir des aveux, ce qui est tout à fait contraire à la loi, qui prévoit avec précision les motifs justifiant une incarcération. (...) Ce sont donc les méthodes qui sont critiquées, à juste titre car, sur le fond, il est tout à fait normal qu'une enquête sur le dopage permette d'aboutir à l'éradication de ce fléau que les instances sportives, soumises à la loi du silence, se sont avérées incapables de combattre. MARIO BEUNAT NICE (ALPES-MARITIMES) Question de confiance TARDY MARCEL M. PAUL REYNAUD, ministre des finances, a consacré hier une grande partie de son discours devant l'Assemblée nationale à l'analyse de la situation économique et financière du pays. C'est qu'en effet son programme en découle logiquement. Il est des impératifs économiques qui priment toutes les questions de personnes et de partis. Sans l'aide américaine, les Français ne pourraient avoir qu'un niveau de vie très bas. Mais elle ne durera pas toujours. Nous devons donc nous équiper, augmenter notre production, développer nos exportations. Les moyens d'action demandés par le gouvernement lui permettront de favoriser ce relèvement. Mais la politique générale et les réformes plus particulières envisagées par M. Paul Reynaud, comme celle des services publics et des entreprises nationalisées, ne peuvent donner leurs fruits qu'à longue échéance. Or dès maintenant un problème urgent se pose, celui des finances et de la monnaie. Sans monnaie saine, point d'économie saine. Il y a lieu de prévoir cette année un déficit budgétaire de 100 milliards et un déficit de trésorie de 100 milliards également. N'espérons pas que les réformes projetées, si efficaces qu'elle puissent être, permettront de combler ce trou. Que faire ? L'Etat dispose encore d'une marge d'avances de 70 milliards à la Banque de France. Le plafond des avances pourrait être relevé. M. Paul Reynaud ne le veut pas, car ce serait l'inflation. Reste donc l'emprunt. Emprunt ou inflation, voilà l'alternative. Mais l'emprunt suppose la confiance. MARCEL TARDY (10 août 48.) LE COURRIER DES LECTEURS Opération "sports propres" BRANCHEREAU JEAN LOUIS En 92, éclatait en Italie, grâce au courage, à la compétence et à l'obstination d'une équipe de magistrats milanais, sous la houlette du juge Di Pietro, l'opération "mains propres" : le vaste réseau de corruption qui impliquait nombre d'hommes politiques et d'hommes d'affaires haut placés éclaboussait toute l'Italie, mais plus encore l'Italie du Nord que beaucoup croyaient au-dessus de tout soupçon. Le scandale fut énorme et les réactions passionnées. Certains dirent que l'image de l'Italie était plus que jamais ternie, d'autres, les plus lucides, comprirent que ce coup de balai était nécessaire pour assainir la situation du pays et que l'Italie, qui avait le courage de dénoncer publiquement ses tares, n'était pas, tout compte fait, aussi "pourrie" qu'il pouvait sembler. Le scandale suscité par les enquêtes policières diligentées par la justice française à propos des coureurs du Tour de France est du même ordre et doit susciter les mêmes réactions. Que l'image du Tour de France soit ternie, au grand dam des sponsors et autres grands manipulateurs d'argent, c'est évident. Mais si dopage il y avait, c'est-à-dire trafic de produits interdits dont les coureurs sont les victimes plutôt que les bénéficiaires, ce grand coup de balai était nécessaire et il faut saluer le courage des autorités judiciaires qui ont bravé les plus hauts dirigeants sportifs, avec l'appui du ministère des sports. L'opération "sports propres" est lancée : il faut qu'elle continue, car c'est l'avenir qui est en jeu. JEAN-LOUIS BRANCHEREAU SAINT-LAURENT-DU- VAR (ALPES-MARITIMES) JOURNAL OFFICIEL Au Journal officiel du jeudi 6 août est publié : Logement : un décret modifiant le code de la construction et de l'habitation, en ce qui concerne la participation des employeurs à l'effort de construction. Au Journal officiel du vendredi 7 août est publié : Enseignement : un décret modifiant les taux de rémunération des heures supplémentaires d'enseignement effectuées par des personnels enseignants des établissements du second degré. CARNET DISPARITIONS JEAN WAGNER JEAN WAGNER, critique de jazz et spécialiste du cinéma américain, est mort mardi 4 août, à Montrouge (Hauts-de-Seine), des suites d'une attaque cérébrale. Il était âgé de soixante-neuf ans. Né à Bruay-en-Artois (Pas-de- Calais) le 28 décembre 28, ancien journaliste à l'Agence France-Presse (AFP) qu'il avait quittée en 87, Jean Wagner a été un des piliers de Jazz Magazine et a tenu pendant longtemps la chronique jazz de l'hebdomadaire Télérama. Il était l'auteur notamment du Guide du jazz, initiation à l'histoire et l'esthétique du jazz (1986), dont la cinquième édition venait de paraître aux éditions Syros. Avec Frank Ténot et Daniel Filipacchi, il avait publié en 64 Mais oui, vous comprenez le jazz aux Editions du Jour/Paul Legrain. Grand connaisseur du cinéma américain, Jean Wagner a collaboré aux Cahiers du cinéma et a consacré des ouvrages notamment à Anthony Mann, Nicholas Ray (éditions Rivages) et publié une Anthologie du cinéma. Il était aussi l'auteur d'un essai sur Jean-Pierre Melville (Seghers). Jean Wagner avait en outre écrit des poèmes et plusieurs romans : Khamsin (1971, Editeurs Français Réunis), La Ballade du nègre blanc (1987, Robert Laffont), Scénario pour une inconnue (1990, Jean Picollec), Un jour dans la vie (1995, Le temps des cerises). CARNET DISPARITIONS CLAUDE FANJAS CLAUDE FANJAS, directeur adjoint de la rédaction des Echos jusqu'en 97, est mort dimanche 2 août, à l'âge de soixante-huit ans. Pendant une dizaine d'années, il avait souvent signé l'éditorial du quotidien économique, toujours signé du pseudonyme de Favilla. Né le octobre 29 à La Tronche (Isère), Claude Fanjas a tout de suite choisi, dès 56, le métier de journaliste économique. Avec une licence de droit en poche, il a occupé les fonctions de rédacteur en chef adjoint du Bulletin économique SED, puis de responsable de Lorraine Magazine, avant d'intégrer, en 65, le quotidien Les Echos. D'abord journaliste au service industrie, puis chef du service des informations industrielles, rédacteur en chef adjoint, Claude Fanjas a été rédacteur en chef du quotidien de 1981 à 86, avant d'être directeur adjoint de la rédaction de 1986 à1997. Il a largement contribué à l'essor du journal, en ayant toujours le souci de mettre à la portée de tous les questions économiques et la vie des entreprises. 0 ENTREPRISES MALGRE LEURS DEBOIRES, LES BANQUES BRITANNIQUES RESTENT TRES RENTABLES Des résultats contrastés Hongkong and Shanghai Banking Corp : 2,4 milliards de dollars de résultat net au premier semestre 98 ( 16 % sur le premier semestre 97) et rendement sur fonds propres de ,5 %. Barclays : 887 millions de livres ( 1,8 %) et 23 %. National Westminster : 715 millions de livres (+ 46 %) et ,1 %. Halifax : 575 millions de livres (+ 8 %) et 16,1 %. Lloyds TSB : 924 millions de livres ( %) et 33,7 %. Abbey National : 514 millions de livres (+ 10 %) et 22,8 %. Standard Chartered : 264 millions de livres ( 10 %) et 20,9 %. 0 ENTREPRISES LUXE Laurent Perrier veut réussir dans le champagne en solitaire Tandis que ses principaux rivaux s'adossent à des grands groupes industriels, une des plus grandes maisons de la Marne fait le choix inverse. Elle se sépare de son actionnaire de référence, le groupe britannique Diageo, et redevient indépendante RISSER HELENE UNE MAISON de champagne qui a des ambitions internationales peut-elle réussir hors du giron d'un grand groupe industriel ? C'est la question que pose Laurent Perrier, le numéro cinq du secteur. Il y a cinq ans, ce producteur était aux abois, après s'être diversifié de façon hasardeuse dans les vins de Bourgogne et de Bordeaux. En 93, le groupe agroalimentaire britannique GrandMet aujourd'hui devenu Diageo après avoir fusionné avec son compatriote Guinness l'avait tiré de ce mauvais pas en entrant dans son capital à hauteur de 22,4 %. A peine remise sur pied, la société champenoise reprend son indépendance en rachetant cette participation (Le Monde du 6 août). "Laurent Perrier redevient exclusivement familial", a déclaré Yves Dumont, président du directoire de ce groupe champenois (marques Laurent Perrier, de Castellane, Salon/Delotte et Joseph Perrier), fondé en 12 et détenu par la famille de Nonancourt. Ce choix se démarque de celui de ses concurrents, adossés, pour la plupart, à des multinationales dotées de puissants réseaux de distribution à l'étranger. Ainsi Moët et Chandon, Veuve Clicquot, Ruinart et Mercier appartiennent au géant du luxe LVMH, Mumm et Perrier Jouët ont été rachetés par le groupe de spiritueux canadien Seagram. PROFIL IDÉAL En ouvrant son capital à GrandMet, Laurent Perrier comptait bénéficier de la puissance de son nouvel actionnaire. Grâce au réseau de distribution de ce dernier, il espérait renforcer sa présence sur les marchés tiers, notamment en Allemagne, aux Etats-Unis, en Belgique, en Hollande et en Italie. Mais les rapports entre les deux partenaires se sont déteriorés. "Nous avons constaté que nous étions très faibles dans les pays où nous dépendions du britannique, alors que nous nous en sortions beaucoup mieux en France, en Grande-Bretagne et en Suisse où nous disposons nos propres forces de vente", explique Yves Dumont. Les accords entre les deux groupes seront donc résiliés avant le janvier 99. Laurent Perrier est en négociation pour trouver d'autres distributeurs, mais il a déjà défini le profil idéal : un spécialiste des vins haut de gammme, capable de parler millésime et grands crus, afin de s'imposer chez les restaurateurs et les détaillants spécialisés. "Cette compétence, indispensable pour bénéficier d'une bonne image de marque, faisait défaut au réseau de GrandMet, dont les principales marques (Smirnoff, J & B, Baileys...) sont des standards faciles à diffuser en grandes surfaces", assure Yves Dumont. Autre motif de rupture : la fusion de GrandMet avec Guinness (comptant LVMH comme principal actionnaire) qui donna naissance, fin 97, à Diageo, un mastodonte de plus de 130 milliards de francs de chiffre d'affaires. "Avec nos 786 millions de francs, nous ne pesions plus assez lourd pour demander des efforts de commercialisation supplémentaires", ajoute M. Dumont. Fort de sa nouvelle autonomie, Laurent Perrier, qui réalise 70 % de son chiffre d'affaires à l'exportation, compte désormais améliorer son système de distribution à l'étranger. Objectif : rattraper ses concurrents qui gagnent du terrain sur les marché européens (hors France), en hausse de 12 % par an, contre 3 % à 4 % dans l'Hexagone. "Le marché français est arrivé à maturité. Dorénavant, les marges et la croissance se feront à l'exportation", confirme Daniel Lorson, responsable du Centre interprofessionnel des vins de Champagne, tirant les leçons de la crise du début des années 90. L'effondrement de la demande et la baisse des prix avaient alors fait plonger les producteurs les moins diversifiés. Laurent Perrier n'avait pas été épargné. Aujourd'hui, les résultats de cette vieille maison sont redevenus positifs (60 millions de francs de bénéfice net cette année, contre 13 millions de perte l'an dernier) et son endettement a fortement diminué. Reste que sa nouvelle indépendance n'est pas facile à assumer. Avant de reprendre sa liberté, Laurent Perrier a dû racheter, pour un montant tenu confidentiel, la part de son capital détenue par le britannique. Cette immobilisation risque, à terme, de grever ses capacités de développement. Le groupe familial pourrait alors être contraint de trouver de nouveaux partenaires pour financer sa croissance sur ce marché de prestige qui, en s'internationalisant, requiert des investissements marketing et commerciaux de plus en plus importants. HELENE RISSER DOC AVEC UN TABLEAU "les grandes maisons" 0 ENTREPRISES Malgré leurs déboires, les banques britanniques restent très rentables FAY SOPHIE LES BANQUES britanniques sont très rentables, nettement plus que les établissements français et allemands. Les déboires qu'elles ont connus au premier semestre de l'année crise asiatique, scandale des retraites en Grande- Bretagne n'y ont rien changé. Malgré la baisse de son résultat, la Hongkong and Shanghai Banking Corp (HSBC), première banque mondiale par le montant de ses fonds propres, affiche 14,3 milliards de francs de bénéfice pour le seul premier semestre. C'est le groupe Lloyds TSB, cinquième banque, spécialiste des services financiers aux particuliers en Grande-Bretagne, qui garde la palme de la rentabilité, avec un rendement sur fonds propres de plus de 33 %. Le groupe HSBC et la Standard Chartered Bank, historiquement très présentes en Asie, ont subi le contre- coup de la crise financière qui secoue toujours cette zone géographique. Toutes deux ont plus que quadruplé leurs provisions par rapport à celles passées au premier semestre de 98 : 6,8 milliards de francs pour le groupe HSBC et 1,8 milliard pour la Standard Chartered, neuvième banque britannique. HSBC a précisé avoir gardé "comme deuxième ligne de défense" la provision générale de 290 millions de dollars (1,7 milliard de francs) arrêtée fin 97, qu'elle n'a pas encore utilisée. Son directeur général, Keith Whitson, a souligné que l'effort supplémentaire s'expliquait surtout par la baisse de qualité de crédits en Thaïlande et en Indonésie. A Hongkong, la banque a surtout passé des provisions pour couvrir des risques pris par des entreprises locales dans d'autres pays d'Asie, et "très très peu" pour couvrir des défaillances sur les crédits hypothécaires accordés aux ménages de la ville. Malgré ces montants exceptionnels de provisions, l'activité des deux banques est restée très soutenue. Beaucoup d'établissements se retirent de la zone asiatique ou sont trop empêtrés dans leurs problèmes financiers pour continuer à prêter. Il y a une pénurie de crédits bancaires, le fameux credit crunch. Les quelques banques qui restent attirent de nouveaux clients et peuvent pratiquer des marges plus élevées, expliquent les dirigeants de la banque. Sur leur marché domestique, les banques britanniques ont aussi subi un revers : elles sont obligées de passer des provisions massives pour indemniser les particuliers britanniques, piégés dans le scandale des plans de retraite individuels. A la fin des années 80, à la suite d'une libéralisation des mécanismes de retraite outre- Manche, banques et compagnies d'assurance-vie ont conseillé à leurs clients de laisser tomber leurs sytèmes de retraite d'entreprise et d'Etat et d'opter pour des plans individuels, qui se sont révélés quelques années plus tard bien peu avantageux. Les établissements financiers doivent indemniser les victimes de leurs mauvais conseils. Il en a coûté 400 millions de livres (3,9 milliards de francs) au groupe Lloyds TSB, qui a, au total, provisionné 700 millions de livres du fait de ce scandale. Les provisions de la Midland Bank (groupe HSBC) ou de NatWest sont de l'ordre de 500 à 600 millions de francs. RECENTRAGE STRATÉGIQUE Les deuxième et troisième banques britanniques, Barclays et NatWest, ont tiré parti du recentrage stratégique déchirant opéré l'an dernier : elles s'étaient séparées de leurs banques d'affaires filiales, jugées trop peu rentables par leurs actionnaires, pour ne garder que quelques activités de marché bien ciblées et se concentrer sur leurs activités de banque commerciale. NatWest en a le plus bénéficié, Barclays souffre encore d'une progression soutenue de ses frais généraux due, selon ses dirigeants, aux frais d'adaptation à l'euro et à l'an 2000. De plus en plus concentrées sur leur marché domestique à l'exception notoire d'HSBC et de StandChart, les banques britanniques ont encore connu une activité soutenue au premier semestre. Les résultats des spécialistes du crédit hypothécaire immobilier (Abbey National, Halifax, qui vient d'acheter Birmingham Midshires...) en témoignent. Le ralentissement de l'économie britannique jette toutefois une ombre sur l'avenir. Les provisions domestiques risquent d'avoir touché un point bas. NatWest prévoit une croissance du produit intérieur brut de l'ordre de 1 % en 99, contre 3 % au premier trimestre de 98 et 2,6 % au deuxième. Son directeur général, Derek Wanless, a indiqué qu'en conséquence la banque avait une politique de crédit très prudente. "Je suis inquiet, mais pas très inquiet", a renchéri Martin Taylor, le directeur général de la Barclays. SOPHIE FAY 0 ENTREPRISES FRANCK RUSSELL : racheté par Northwestern Mutual Spécialisé dans le conseil en gestion d'actifs, notamment auprès des fonds de pension, la société américaine Franck Russell devrait être rachetée par un assureur du Wisconsin, Northwestern Mutual, selon le Financial Times daté 8-9 août. La transaction s'élèverait à 1 milliard de dollars (6 milliards de francs). 0 ENTREPRISES EDS : valeur des actions et démission de son président Les Alberthal Les actions de la société américaine de services informatiques, ex-filiale de General Motors, ont bondi de 14 % vendredi 7 août, après l'annonce de la démission de son président, Les Alberthal. Son départ était réclamé par les fonds de pension actionnaires de la société, qui estiment insuffisante la rentabilité d'EDS. M. Alberthal a touché un chèque de dédommagement de 35 millions de dollars (210 millions de francs). 0 ENTREPRISES DÉPÊCHES IBM : met fin au financement des jeux olympiques, étant en désaccord avec le CIO, Comité olympique international Le géant américain de l'informatique, sponsor des Jeux olympiques depuis quarante ans, a décidé de mettre fin à ce financement. Le groupe est en désaccord avec le Comité olympique international (CIO), qui veut faire entrer d'autres sociétés d'informatique parmi ses partenaires. Le budget d'IBM pour les derniers Jeux d'hiver, à Nagano, a été estimé à 100 millions de dollars. 0 ENTREPRISES L'industrie informatique mondiale franchit un nouveau cap LE CHIFFRE D'AFFAIRES de l'industrie informatique mondiale a dépassé les 1 000 milliards de dollars (6 000 milliards de francs) en 97, a indiqué, vendredi 7 août, le groupement industriel américain des technologies de l'information (ITI). Les ventes dans ce secteur ont atteint 1 027 milliards de dollars, soit 8 % de plus qu'en 96. L'ITI prend en compte les ventes d'ordinateurs et d'équipements annexes, de logiciels, de services informatiques, de systèmes pour entreprises, et d'équipements et de services de télécommunications. Les entreprises américaines ont enregistré des ventes de 804 milliards de dollars, soit 80 % du total. Depuis 87, date à laquelle leur volume d'activité s'élevait à 391,4 milliards de dollars, les groupes américains ont connu une croissance annuelle moyenne de 7,5 %. "Ces chiffres montrent clairement que l'industrie informatique est un moteur de notre économie", a souligné le président de l'ITI, Rhett Dawson. 0 ENTREPRISES PRODUITS MYTHIQUES LA CLE FACOM 101 OU CLE ANGLAISE 3 - "Madame 101", indispensable compagne des hommes d'atelier Nous publions une série d'articles, illustrés par Jacques Valot, sur les produits mythiques qui traversent les modes et les époques. GALINIER PASCAL Dans la maison, on parle encore avec respect de "Madame 101", le surnom que lui avaient donné les cheminots qui en étaient les utilisateurs exclusifs lors de son lancement, en 1918. La clé Facom no 101 fête cette année ses quatre-vingts ans. C'est une grand-mère alerte, qui a traversé le siècle dans les coulisses de la société industrielle et généré une nombreuse descendance, restée fidèle à son principe de départ : prolonger la main de l'homme, qui "restera indispensable" malgré l'évolution technologique. Louis Mosès, le fondateur de la société Facom, d'origine péruvienne, avait été impressionné, en tant que jeune ingénieur des Arts et Manufactures (la future école Centrale), par "l'abondance de matériel et l'avancée des techniques industrielles" déployées par les Américains sur les champs de bataille de la Grande Guerre. "La première guerre mondiale a définitivement consacré le triomphe de la mécanique et de la technique sur la force et le courage des hommes. Les machines vont révolutionner le monde du travail, comme elles ont bouleversé l'art des batailles", prophétise-t-il en 18. C'est en achetant le brevet américain d'une simple clé à molette qu'il va lancer son entreprise. Il la baptise pompeusement "Franco- américaine de construction d'outillage mécanique" (Facom), "pour se donner une image de sérieux, de qualité et de modernisme", explique une plaquette de présentation. La "clé 101", forgée dans un petit atelier parisien, à proximité de la gare de Lyon, sera d'abord un produit unique vendu à un type de client unique (les compagnies de chemin de fer, pas encore fédérées au sein de la SNCF). Mais elle va vite devenir un best-seller. "Pour être objectif, il faut avouer qu'elle ressemblait étrangement à la clé américaine Clyburn dite "clé anglaise"", reconnaît-on chez Facom. Un concept aussi inaltérable que l'acier dont est fait l'outil. Le manche en fonte brunie a aujourd'hui cédé la place à une clé forgée d'une pièce dans un bloc d'acier. Le profil et l'inclinaison de la tête sont désormais calculés par ordinateur pour optimiser l'efficacité et la rapidité du serrage. Le forgeage à froid tend progressivement à remplacer l'antique marteau-pilon, qui n'est plus utilisé que pour les outils de grosse taille. Dès les années 20, Louis Mosès, toujours inspiré par l'Amérique, mise sur l'automobile et l'aéronautique. Il réalise pour Renault une clé à crémaillère et pour Peugeot une clé anglaise garnie d'un manche de bois. Il importera aussi l'idée des clés "à pipe" ou "à tube". En 33, Facom devient le fournisseur de la toute nouvelle compagnie Air France. Louis Mosès en profite pour créer le logo de Facom, un boulon ailé, qui demeure l'emblème de la firme. Longtemps les outils, forgés en région parisienne, seront livrés en voitures à cheval. Elles préfigurent les 120 camionnettes de démonstration qui effectuent aujourd'hui 100 000 visites annuelles d'usines, ateliers et autres garages à travers l'Europe, pour entretenir l'image de la marque auprès de ses utilisateurs. Homme de commerce autant que d'industrie, Louis Mosès lance le premier catalogue Facom en 1924. Au début des années 30, il compte quelque 500 références. Il y en a 8 569 dans la dernière édition, imprimée en 96 à 800 000 exemplaires et en treize langues. En 37, apparaissent les premiers outils à douille et les premières clés chromées. A la veille de la seconde guerre mondiale, Facom a installé ses clés dans le paysage industriel français. Le fils de Louis Mosès, André, reprend les rênes de l'entreprise en 45, à vingt-neuf ans. Il les gardera jusqu'en 74, année de sa mort. Sous sa férule, la PME paternelle est devenue un groupe international, grâce à un audacieux mélange d'innovations techniques et commerciales. Dans les années 50, un certain Yves Carof, inventeur génial travaillant en exclusivité pour l'entreprise mais qui se fera habilement payer en royalties dépose quelques brevets appelés à un grand avenir : la clé à "cliquet" ou la pince-étau, par exemple. Il perfectionne aussi la vieille clé à molette en y introduisant un système de "rattrapage de jeu". Mais c'est sur le plan commercial qu'André Mosès va le plus innover. Il fait du catalogue Facom la véritable "bible des ateliers" et lance sur les routes les fameuses camionnettes chargées de répandre la bonne parole. Il constitue un réseau de distributeurs exclusifs totalement dévoués à la cause et s'assure de la fidélité de ses salariés les "facomards" en lançant une politique d'intéressement du personnel d'avant-garde en 59. Enfin, dès 1952, il ose la fameuse "garantie à vie" sur les outils, qui contribuera plus que tout à forger la réputation de Facom. "Madame 101" peut tirer sa révérence : elle est entrée dans l'éternité. PASCAL GALINIER DOC AVEC UN DESSIN DE JACQUES VALOT 1 PLACEMENTS ET MARCHES Marché international des capitaux : à la recherche de placements sûrs VETTER CHRISTOPHE DES DERNIERS développements de la crise asiatique, le plus inquiétant concerne l'éventualité d'une dévaluation de la monnaie chinoise. Cette perspective a renforcé l'attrait des placements jugés les plus sûrs, faisant diminuer encore les rendements des obligations des grands Trésors publics occidentaux. Dans une conjoncture aussi incertaine, voir les capitaux se porter en masse vers les titres des Etats-Unis ou d'Allemagne n'a donc rien de surprenant. Les deux pays n'empruntent que dans leur propre devise. Le dollar et le deutschemark sont les principales monnaies de réserve. Il est cependant plus frappant de constater que le mouvement s'est propagé aux titres de toute première qualité libellés en écus et dont la valeur peut déjà être exprimée dans un même montant d'euros. Les grands emprunts internationaux en écus/euros, contractés au premier semestre par l'Italie ou la Suède, par exemple, n'ont cessé d'être en vedettes depuis leur lancement. Un autre pays européen, le Danemark, vient d'émettre deux emprunts plus petits, l'un de 130 millions d'euros et l'autre de 98 millions qui sont encore plus significatifs de l'évolution de la demande. Ces deux affaires sont dirigées par des intermédiaires financiers d'origine japonaise. Daiwa pour la première d'une durée de cinq ans et Nikko pour la seconde qui viendra à échéance dans trois ans. Destinées à l'évidence à se placer au Japon, elles répondent bien à l'appétit, de plus en plus affirmé dans ce pays, pour la monnaie communautaire. En Europe, les avis demeurent partagés quant aux mérites des emprunts en écus/euros. Beaucoup d'investisseurs rechignent à prendre le risque de change que représente un investissement en écus du fait de la place prise par la livre sterling dans la composition de cette unité de compte. Au Japon, on se montre beaucoup plus sensible aux avantages de la parité de l'écu et de l'euro. La question est d'ordre technique. Il est certainement plus juste de considérer que les vraies monnaies de notre continent préfigurent mieux l'euro que ne le fait l'écu, mais celui qui possède des obligations en francs français, en florins néerlandais ou en deutschemarks sera, le jour venu, confronté au problème de la conversion dans la nouvelle devise. La plus grande émission de ce début d'août a été lancée en dollars pour le compte d'une entreprise de télécommunications, WorldCom, pour un montant total dépassant les 6 milliards. Elle est scindée en plusieurs tranches dont les échéances vont de trois à trente ans. Offerte par l'intermédiaire d'une banque américaine, Salomon Smith Barney, l'opération a été fort bien accueillie aux Etats-Unis où elle est venue à point nommé satisfaire l'attente de nombreux investisseurs qui se détournaient du marché des actions. Les emprunts en circulation émis par des entreprises industrielles et commerciales ont été quelque peu malmenés récemment. Leurs rendements se se sont distanciés de ceux des titres des Trésors publics libellés dans les mêmes monnaies et qui servent de référence. Les nouvelles transactions doivent offrir une rémunération relativement plus attractive que celles apparues il y a quelques mois. Le franc français voit son activité ralentie par la période des vacances, mais contrairement à ces dernières années, il ne se passe pas de semaine sans qu'au moins une nouvelle émission internationale voie le jour. La dernière date de mercredi. Elle a été lancée par l'intermédiaire de Paribas pour le compte d'une des sociétés américaines les plus appréciées, General Electric Capital Corporation, pour un montant de 1,2 milliard et une durée de treize ans. Son taux d'intérêt est de 5 % l'an et le prix auquel étaient initialement vendues les obligations situait leur rendement à 0,23 point de pourcentage au-dessus du Trésor français. L'affaire a été une vraie réussite. Elle s'est placée non seulement en France mais pour une part non négligeable dans les pays voisins. Une transaction de 1 milliard de deutschemarks et d'une durée de douze ans a beaucoup retenu l'attention, notamment parce que sa direction était assurée par une banque française : le Crédit agricole Indosuez, en association avec d'autres établissements du mouvement coopératif qui, ensemble, forment le groupe Unico. Ces banques resserrent leurs liens dans la perspective du marché commun des capitaux. L'émetteur, KfW, est un établissement allemand de tout premier plan. CHRISTOPHE VETTER 1 PLACEMENTS ET MARCHES BOURSES ETRANGERES Les Bourses américaine et européennes sont parvenues à limiter la baisse MORIO JOEL LES MARCHÉS ont fait preuve d'une grande nervosité cette semaine. Près de quinze jours après les déclarations du président de la Réserve fédérale américaine, Alan Greenspan, prévoyant une "une correction significative" de la Bourse américaine, les investisseurs se sont enfin rappelés que "les arbres ne montent pas au ciel". Après avoir réagi relativement sereinement à la chute du yen lundi 3 août, les boursiers ont pris brusquement conscience que la crise financière asiatique allait avoir un impact sur l'économie américaine et sur les profits des entreprises. Mardi, l'indice Dow Jones a chuté de 3,4 % en clôture, son plus fort recul depuis le début de l'année. Les jours suivants, la Bourse américaine a regagné une partie de ses pertes. Cependant, les opérateurs ont fait preuve d'une grande fébrilité : le Dow Jones a alterné entre la hausse et la baisse lors des séances de mercredi et de jeudi. Vendredi, la Bourse de New York a ouvert la séance en nette reprise pour terminer sur une hausse timide de 0,24 %. Le marché a été rassuré par la publication d'un taux de chômage de 4,5 % en juillet aux Etats- Unis, inchangé par rapport au mois de juin. L'économie n'a créé que 66 000 emplois, le nombre le plus faible de créations d'emplois sur un mois depuis janvier 96. Cependant, ce mauvais résultat s'explique en partie par la grève chez General Motors. Surtout, ces chiffres ont agréablement surpris Wall Street, qui tablait sur 50 000 créations d'emplois au plus et sur une légère augmentation du chômage à 4,6 %. Au Japon, le moins que l'on puisse dire, c'est que les premiers pas du nouveau gouvernement n'ont pas convaincu les marchés. Les déclarations faites par Kiichi Miyazawa, le ministre des finances, à la fin de la semaine dernière sur l'inefficacité des interventions des banques centrales pour soutenir le yen ont eu des effets désastreux. Lundi, la monnaie japonaise a chuté pour atteindre son plus bas niveau depuis plusieurs semaines. Cette dégringolade a entraîné la Bourse de Tokyo, qui a reculé de 1,31 % en une seule séance. Vendredi, c'est le discours d'investiture du nouveau premier ministre japonais, Keizo Obuchi, qui a déçu les opérateurs. Le Nikkei a cédé 0,30 %, alors que le marché avait progressé pendant presque toute la séance. Keizo Obuchi a concentré sa déclaration de politique générale sur les réductions d'impôts (plus de 6 000 milliards de yens). Il a également promis un collectif budgétaire de plus de 10 000 milliards de yens. Mais le marché attendait des détails sur le plan de sauvetage du système bancaire entériné par le gouvernement cette semaine. Sans mesures promptes, le marché aura beaucoup de mal à se redresser durablement. "Les actions japonaises seront instables la semaine prochaine, en raison de la faiblesse continue du yen contre le dollar", prédit Yasuo Ueki, analyste pour Nikko Securities. INCERTITUDES Coincées entre les soubresauts de Wall Street et les incertitudes sur la situation japonaise, les places boursières européennes ont eu du mal à se redresser, même si la conjoncture économique sur le Vieux Continent apparait mieux orientée qu'ailleurs. Outre-Rhin, les investisseurs ont suivi l'évolution de Wall Street pas à pas. Toutefois, bon nombre d'entre eux restent persuadés que la Bourse allemande atteindra des nouveaux sommets d'ici à la fin de l'année. Ragaillardis par les bonnes perspectives du nouvel ensemble réunissant les contructeurs automobiles Daimler et Chrysler, l'indice DAX a clôturé vendredi en nette hausse. La Bourse de Londres est elle aussi parvenue à finir cette semaine mouvementée sur une note positive. Toutefois, après cinq séances d'affilée de baisse, cette hausse reste fragile. Les opérateurs attendent la semaine prochaine les statistiques sur l'emploi, les salaires moyens et le rapport trimestriel de la Banque d'Angleterre sur l'inflation. Ce dernier devrait donner une idée de l'évolution de la politique monétaire de la banque centrale dans les mois à venir. A Paris, l'indice CAC 40 a affiché vendredi sa plus belle progression depuis près de trois semaines. Cependant le marché aura eu, ces derniers jours, bien du mal à s'affranchir des influences étrangères. Lundi, la dégringolade des places asiatiques a fait plonger l'indice vedette de près de 2 %. Mercredi, le recul du Dow Jones a entraîné le CAC 40 dans une baisse équivalente. Il est revenu pour la première fois depuis le 20 mai en dessous de la barre symbolique des 4 000 points. Il existe des causes spécifiquement françaises pour que la Bourse de Paris reprenne son souffle après sa spectaculaire progression enregistrée depuis le début de l'année. Dans leur dernière lettre mensuelle, les analystes de la société de Bourse Gilbert Dupont dressent une liste de facteurs qui devraient encore peser sur le CAC 40 pendant le mois d'août : "L'absence d'informations nouvelles en provenance des sociétés, la réduction des volumes d'échanges qui ont été ces derniers mois une composante importante de la hausse des cours, la brutalité de certaines réactions aux publications semestrielles qui illustre une nervosité du marché. Enfin, on peut craindre que les gérants ne s'attachent à préserver leur exceptionnelle performance engrangée au premier semestre, ce qui limitera leurs initiatives." JOEL MORIO 1 PLACEMENTS ET MARCHES MATIÈRES PREMIÈRES Nouveau recul du blé PETIT CAROLE PRIS DANS L'ÉTAU des bonnes perspectives de récolte et du ralentissement du commerce des pays d'Asie, les prix du blé, sur le Chicago Board of Trade, viennent de toucher leur plus bas niveau depuis huit ans. Le petit grain doré fait grise mine, en ce début d'août, en ne s'affichant plus qu'à 247 cents le boisseau. Cet effondrement n'est pas une surprise : le mouvement de glissade avait commencé depuis plusieurs mois. Les pays occidentaux commencent à craindre sérieusement que la tourmente asiatique ne mette leurs économies en danger. Aux avant-postes, les matières premières sont un bon indicateur. Les grandes céréales en font partie, et leur témoin s'est mis au rouge du côté de l'Orient. L'incertitude se développe et le Conseil international des céréales (CIC) estime qu'elle continuera à peser sur les exportations de céréales. Les dévaluations successives de leurs monnaies poussent les acheteurs asiatiques à chercher des fournisseurs moins chers proposant en outre des conditions de crédit avantageuses. Quand ils ne laissent pas en suspens, comme l'a fait la Chine, une commande de 1,5 million de tonnes de céréales. De leur côté, les producteurs attendent de bonnes récoltes. En juin, la FAO annonçait un niveau record de 1,911 milliard de tonnes de la production céréalière globale 1998-1999 dans le monde, de quoi largement couvrir la consommation et reconstituer les stocks de sécurité. Les Etats- Unis, selon le Département américain à l'agriculture (USDA), obtiendront 65,14 millions de tonnes de blé, et 244,87 millions de tonnes de maïs. Chiffres que confirme le CIC, qui y ajoute les récoltes de blé de la Chine (117 millions de tonnes), de l'Inde (66,5 millions) et de la Russie (39,5 millions). Quant à l'Union européenne, elle devrait engranger 93,1 millions de tonnes de blé, en hausse de 6 % sur la précédente récolte. La France ne sera pas en reste, avec une production record de céréales à paille (hors maïs et sorgho) de 49,1 millions de tonnes, dont 35,8 millions de blé. Mais les céréaliers français, rendus moroses après le relèvement du taux de jachère dans l'UE, ne peuvent changer d'humeur devant cette durable baisse des cours. CAROLE PETIT DOC AVEC UN GRAPHIQUE "COURS DU BLE A CHICAGO" 1 PLACEMENTS ET MARCHES Vers une hausse des taux allemands ? Les marchés obligataires ont continué à progresser, cette semaine, profitant à la fois de l'accès de faiblesse des Bourses occidentales et des inquiétudes persistantes à propos de la situation en Asie. Dans ce contexte difficile, les gestionnaires, privilégiant la sécurité, ont acheté des emprunts d'Etat. En France, le rendement de l'obligation assimilable du Trésor (OAT) à dix ans est tombé les taux baissent quand le cours des titres monte à un plus bas niveau historique de 5,69 %. Les opérateurs ne semblent guère s'inquiéter d'un possible resserrement de la politique monétaire allemande, évoqué par l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) dans son rapport annuel sur l'Allemagne publié jeudi 6 août. "Comme l'activité devrait s'accélérer dans la zone euro, un nouveau relèvement des taux directeurs de la part de la Bundesbank pourrait être nécessaire en cours d'année mais il ne devrait pas être de grande ampleur", estime l'OCDE. 1 PLACEMENTS ET MARCHES La faiblesse du yen et du yuan inquiète les marchés financiers La déclaration d'investiture du premier ministre japonais a reçu le soutien du département américain du Trésor, mais pas celui du marché des changes. La crise asiatique commence à se répercuter sur les bénéfices des sociétés américaines DELHOMMAIS PIERRE ANTOINE La semaine a été marquée, sur les marchés financiers internationaux, par les accès de faiblesse conjugués de Wall Street et de la devise japonaise. Les opérateurs boursiers commencent à s'inquiéter des conséquences, pour la croissance économique américaine, d'une crise asiatique à laquelle ils ne voient pas d'issue. Les promesses de baisse d'impôts faites par le nouveau gouvernement japonais n'ont pas suffi à les rassurer. Les tensions en Asie, aggravées par la dégradation de la situation économique en Chine qui fait planer la menace d'une dévaluation du yuan, continuent à bénéficier aux marchés obligataires occidentaux. Les taux d'intérêt à long terme poursuivent leur décrue, atteignant des plus bas niveaux historiques : à Paris, ils ont atteint un nouveau plancher à 4,65 %, vendredi 7 août. Les investisseurs prêtent peu d'attention à l'éventualité d'un resserrement de la politique monétaire en Allemagne. LES EFFORTS déployés pour endiguer les effets de la crise asiatique semblent vains. Le discours de politique générale prononcé, vendredi 7 août, par le nouveau premier ministre japonais Keizo Obuchi (lire aussi page ) a été occulté par la rumeur d'une dévaluation du yuan chinois. Celle-ci s'est propagée après l'annonce d'une dévaluation de 7 % du dong vietnamien. La première crise monétaire en juillet 97 a démontré que lorsqu'une digue cède (la crise a débuté par la dévaluation du bath thaïlandais), les flots peuvent tout entraîner sur leur passage. Conséquence : le yen a chuté à 146,24 yens pour un dollar à un demi-yen de son plus bas historique de 146,75 yens, le 16 juin, qui avait entraîné l'intervention de la Réserve fédérale américaine (Fed), et le démenti opposé par la Banque populaire de Chine n'a pu enrayer la baisse. ESSOUFFLEMENT DE L'ACTIVITÉ Auparavant, la tension avait gagné les marchés internationaux d'actions. Le 4 août, à Wall Street, l'indice Dow Jones a abandonné 3,4 %. Les opérateurs occidentaux seraient-ils en train de découvrir que l'Asie traverse, depuis plus d'un an, une grave crise économique et financière ? Ils s'inquiètent tout à coup des conséquences négatives que celle-ci pourrait avoir sur la croissance aux Etats-Unis et, par contrecoup, sur les profits des entreprises et le niveau de Wall Street. La publication d'une série d'indicateurs économiques, outre-Atlantique, a souligné le ralentissement de l'activité. L'indice composite des indicateurs avancés, censé préfigurer l'évolution de la conjoncture dans les six mois à venir, a reculé de 0,2 % en juin. Il s'agit de son deuxième recul consécutif, ce qui ne s'était plus vu depuis 95. Vendredi 7 août, le département du travail américain a révélé que l'économie américaine a créé 66 000 emplois en juillet, le résultat le plus faible depuis deux ans. Ce chiffre est principalement dû à la grève chez General Motors. Au total, le chômage touche 4,5 % de la population active. Dans son enquête de conjoncture Livre beige, la banque centrale américaine a souligné l'essoufflement de l'activité. "Des pénuries de main-d'oeuvre, des retards de livraison et la faiblesse persistante des économies asiatiques ont commencé à tempérer la croissance dans certaines régions", écrit la Fed. Avant d'ajouter que "la baisse des prix des matières entrant dans la fabrication des produits et la concurrence intense" expliquent "la stabilité des prix à la consommation". Difficile de tirer une leçon monétaire précise de ce constat économique qui laisse ouverte la voie à une hausse des taux sans pour autant exclure leur baisse. La réponse réside sans doute dans l'évolution de la crise asiatique. Le nouveau gouvernement japonais a annoncé une baisse des impôts supérieure à 6 000 milliards de yens (250 milliards de francs) destinée à relancer la consommation intérieure, dont celle des ménages qui a baissé de 1 % en juin, pour la huitième fois consécutive; la production automobile, de son côté, a plongé de 8,4 % en juillet. Le directeur de l'Agence de planification économique (EPA), Taichi Sakaiya, a reconnu lundi que l'objectif d'une croissance de 1,9 % pour l'année en cours est irréaliste. Le produit intérieur brut (PIB) ne devrait pas progresser de plus de 0,5 % et pourrait même se contracter de 0,5 %. Le gouvernement japonais a aussi tenu à clarifier sa politique de change. Après avoir affirmé, vendredi 31 juillet, que la parité du yen devait être déterminée par les performances économiques du Japon et non par des manipulations gouvernementales, le ministre des finances, Kiichi Miyazawa, a fait marche arrière en précisant que "des fluctuations perturbatrices des marchés doivent être corrigées, sinon une économie de marché ne peut fonctionner normalement". Ce mouvement a été peu apprécié à Pékin, où les autorités craignent qu'une nouvelle dépréciation du yen, en détériorant la compétitivité des produits chinois, n'aggrave les difficultés économiques du pays. Des efforts "ardus" seront nécessaires pour permettre à la Chine d'atteindre cette année son objectif de croissance de 8 %, a déclaré lundi le premier ministre chinois, Zhu Rongji, qui, pour la première fois, a employé le mot de déflation. Ces déclarations alarmistes ont pesé sur toutes les devises asiatiques. Prenant le contrepied des jugements très sévères portés sur le Japon, l'agence de notation Standard and Poor's (S&P) s'est déclarée optimiste sur les perspectives économiques et financières dans l'Archipel, confirmant au passage les notes attribuées aux dettes à long terme et à court terme du pays. Elle a justifié sa décision par "la position créancière extérieure extrêmement forte" du Japon, qui dispose d'un solde net d'actifs étrangers de 1 000 milliards de dollars environ, le plus élevé dans le monde. L'agence met aussi en avant l'excédent gigantesque de la balance des comptes courants nippons (environ 100 milliards de dollars par an) et le niveau exceptionnel de liquidités (les réserves de la Banque du Japon s'élèvent à 200 milliards de dollars). Malgré la récession et le coût élevé de la restructuration du secteur financier, S&P estime que la tendance de fond de l'économie japonaise sur le long terme est une croissance de 1 à 2 % par an. Les investisseurs occidentaux, qui ne cessent de déplorer la mauvaise santé de l'économie nippone, auraient-ils vraiment à se réjouir de son redressement rapide ? La faiblesse des rendements proposés aujourd'hui dans l'Archipel pousse les investisseurs japonais à acquérir des titres étrangers, et notamment des obligations américaines. Dans le cas où le marché nippon redeviendrait plus attractif, les Etats-Unis et l'Europe ne pourraient plus compter sur cet afflux de capitaux, gage de taux d'intérêt très bas. PIERRE-ANTOINE DELHOMMAIS DOC AVEC UN GRAPHIQUE "plus bas historique", Taux de l'emprunt d'état francais a dix ans 2 AUJOURD'HUI MONTAGNE L'ALPINISTE FRANCAIS ERIC ESCOFFIER EST PORTE DISPARU DANS L'HIMALAYA Un palmarès impressionnant 82 : avec son compagnon de cordée Daniel Lacroix, Eric Escoffier enchaîne dans la journée la directe américaine et le pilier Bonatti au Dru. 83 : il enchaîne la voie américaine à l'aiguille du Fou en 3 h 30, la voie Decamp-Cordier à la pointe Lépiney en 3 heures et le pilier Cordier au pic de Roc en 2 h 45. Il gravit à la suite et en solitaire, sur le versant italien du mont Blanc, le grand pilier d'Angle par la voie Bonatti-Zapelli puis le pilier central du Freney, avant de redescendre par l'éperon de la Brenva. Le tout en 21 heures. 84 : il gravit en une journée le Dru et les Grandes Jorasses. 85 : il réalise en hivernale la voie slovène aux Grandes Jorasses, en 13 heures. En avril, il enchaîne en solo et en moins de 24 heures l'éperon Croz et l'éperon Walker des Jorasses. En moins d'un mois, il réussit dans l'Himalaya l'ascension du Gasherbrum 2 (8 035 m), de l'Hidden Peak (8 068 m) et du K2 (8 611 m), où il perd son compagnon de cordée Daniel Lacroix. 86-1987 : il tente la trilogie hivernale (faces nord de l'Eiger, du Cervin et des Grandes Jorasses) en même temps que l'autre alpiniste français du moment, Christophe Profit. Ils échouent tous les deux. L'année suivante, Eric Escoffier abandonne en raison du mauvais temps, Christophe Profit réalise l'exploit en quarante-deux heures. En septembre, Eric Escoffier gravit en solitaire le Shishapangma (8 046 m). 96 : ascension du mont McKinley (6 4 m), point culminant d'Amérique du Nord, et du Kilimandjaro (5 895 m), en Afrique. 97 : ascension de l'Aconcagua (6959 m), plus haut sommet d'Amérique du Sud, et du Cho Oyu (8 201 m), son cinquième 8 000, le premier depuis son accident. 2 AUJOURD'HUI SCIENCES Une pierre sur la piste du mythique roi Arthur LE HIR PIERRE C'EST UNE PIERRE grise, plate comme une dalle, en forme de trapèze de 50 centimètres sur 35. En scrutant sa surface, on peut déchiffrer, parmi d'autres inscriptions, les huit lettres du mot "Artognov". Peut-être, en bas latin, le nom d'Arthur, le légendaire roi des Bretons. La découverte a été effectuée, début juillet, par une équipe d'archéologues fouillant les ruines du château de Tintagel, sur les hauteurs du plateau de Cornouailles, à la pointe sud-ouest de l'Angleterre. Dans ces mélancoliques décombres battus par les vents, datant du VIe siècle et étudiés depuis les années 30, certains ont cru trouver les vestiges du célèbre camelot de la littérature arthurienne. La récente trouvaille, annoncée par English Heritage, l'organisme gouvernemental chargé de la conservation du patrimoine britannique, les renforcera dans leur conviction que le mythique suzerain des chevaliers de la Table ronde a bel et bien existé. Les experts archéologiques se montrent pourtant plus circonspects. "Cette découverte apporte une nouvelle pierre au débat sur la possibilité de l'existence d'un vrai roi Arthur sur laquelle la légende serait fondée", estime l'un des responsables d'English Heritage, Geoffrey Wainwright. Plus prudent encore, Kevin Brady, de l'université de Glasgow, qui dirige les fouilles, se garde bien d'établir un lien entre le nom gravé dans la pierre et le personnage légendaire, même s'il juge la coïncidence assez "excitante" intellectuellement. Les historiens espèrent néanmoins faire parler la pierre et, grâce à elle, combler une des nombreuses lacunes de l'histoire du château de Tintagel. Certains pensent que ce site aurait été, après la fin de l'occupation romaine, le siège d'un commandement royal ou de haut rang, en tout cas une place "d'une grande importance". Kevin Brady en est persuadé. Arthur aurait lui-même été un chef militaire, dont la renommée aurait pu être établie par ses succès contre les envahisseurs saxons. Mais l'existence d'un roi Arthur n'a pas été formellement établie. On trouve pour la première fois mention d'un personnage de ce nom, vainqueur d'une douzaine de batailles, dans l'Historia Britonum de Nennius, au début du IXe siècle. Au XIIe siècle, l'évêque gallois Geoffroy de Monmouth lui réserve une place de choix, dans son Histoire des rois de la Grande- Bretagne. Mais c'est avec le Roman de Brut de l'écrivain anglo- normand Wace, composé au milieu du XIIe siècle, et, surtout, l'oeuvre de Chrétien de Troyes, que la thématique arthurienne prend son véritable essor. Ceux que les enchantements de Merlin, les amours d'Arthur et de la douce Guenièvre, les exploits de Lancelot et de Perceval ont fait rêver voudront voir, dans la pierre de Tintagel, le chaînon manquant entre la légende et l'Histoire. Il est, cependant, douteux que les archéologues aient trouvé le Graal. PIERRE LE HIR 2 AUJOURD'HUI SCIENCES Le satellite solaire SOHO sort de son silence BARTHELEMY PIERRE IL S'ÉTAIT tu. Il parle à nouveau. Le 25 juin, ceux qui le dirigeaient depuis la Terre avaient eu le temps de comprendre qu'ils perdaient le contrôle du satellite d'observation du Soleil SOHO (Solar and Heliospheric Observatory) mais qu'il était probablement sauf (Le Monde du 7 juillet). Depuis, silence radio. Une enquête a déjà montré que l'incident était dû à une succession d'erreurs contenues dans les commandes envoyées par le Goddard Space Center de la NASA, dans le Maryland. En répondant à ces ordres erronés, SOHO s'est désorienté par rapport au Soleil, ce qui a eu pour conséquence de décharger très vite sa petite batterie. Même si cette sonde scientifique américano-européenne, lancée en décembre 95 et opérationnelle depuis avril 96, avait parfaitement rempli sa mission de deux ans, des astrophysiciens désiraient être alimentés en données pendant encore plusieurs années, afin de percer un certain nombre de mystères qu'alimente toujours notre étoile. Ils rêvaient de le voir survivre jusqu'au prochain pic d'activité solaire, prévu pour 2001-2002. UNE CHANCE EN SEPTEMBRE Leur espoir pourrait ne pas être vain. Mardi 4 août, la cellule de crise mise en place par l'Agence spatiale européenne (ESA) et la NASA a reçu du satellite quelques bribes de signaux durant entre deux et dix secondes. Malgré leur intermittence et l'absence d'informations émanant des instruments de mesure, ces signaux prouvent que l'engin est encore capable de recevoir des commandes et d'y répondre. "C'est un excellent signe, s'est enthousiasmé Joe Gurman, un des responsables scientifiques de la mission SOHO. Cela signifie que le coeur de la sonde bat toujours et renforce notre optimisme quant à la possibilité de rétablir les opérations scientifiques. Notre prochaine étape, qui a déjà débuté, consistera à poursuivre le délicat processus de reprise de contrôle de l'engin. Nous allons tenter, dans un proche avenir, de commencer les transmissions de données de façon à évaluer l'état dans lequel il se trouve." Enorbite autour du point de Lagrange, un coin d'espace situé à 1,5 million de kilomètres de la Terre, où l'attraction de notre planète et celle du Soleil s'annulent, la sonde avait été localisée le 23 juillet grâce au couplage de deux radiotélescopes américains. Les informations recueillies montraient que SOHO tourne lentement sur lui-même, à la vitesse approximative d'une révolution par minute. Malheureusement, l'axe de rotation est tel que les panneaux solaires ne sont à aucun moment dirigés vers notre étoile, ce qui a empêché le rechargement de la batterie après l'incident du 25 juin. La dernière chance de SOHO consiste dans le fait que le point de Lagrange se déplace lui aussi autour du Soleil. Comme la Terre, où les saisons se succèdent selon l'angle d'incidence des rayons solaires, le satellite américano-européen va bientôt connaître sa "saison ensoleillée". D'après les calculs des ingénieurs de l'ESA et de la NASA, cette période favorable arrivera fin septembre. Les panneaux solaires de SOHO devraient alors être suffisamment bien orientés pour permettre à la batterie de se recharger. Si les liaisons ont bien été rétablies d'ici là et si le satellite n'a pas subi trop de dommages notamment en raison du froid, il récupérera assez d'énergie pour se réorienter et reprendre le travail. En revanche, si la manoeuvre échoue, les conditions de sauvetage deviendront par la suite de moins en moins favorables. Sans compter que SOHO, dont la trajectoire n'aura pas été corrigée depuis plusieurs mois, risque à terme de sortir de son orbite. Pour se perdre à tout jamais. PIERRE BARTHELEMY 2 AUJOURD'HUI MONTAGNE L'alpiniste français Eric Escoffier est porté disparu dans l'Himalaya Avec sa compagne de cordée, Pascale Bessière, il tentait l'ascension du Broad Peak, un sommet de 8 047 mètres situé dans la chaîne du Karakorum au Pakistan. L'espoir de retrouver vivants les deux grimpeurs est quasiment nul PEREIRA ACACIO MONTAGNE L'alpiniste français Eric Escoffier et sa compagne de cordée, Pascale Bessière, sont portés disparus depuis le mercredi 29 juillet sur les pentes du Broad Peak (8 047 mètres), au Pakistan. Les deux grimpeurs se trouvaient alors à un peu plus de 7 800 mètres d'altitude, sur l'arête qui mène au sommet. HIMALAYISTE CONFIRMÉ, Eric Escoffier avait déjà atteint cinq des quatorze sommets de plus de 8 000 mètres. Il s'était fait connaître dans les années 80 comme spécialiste de l'enchaînement des voies les plus difficiles des Alpes. UN ACCIDENT DE VOITURE, en 87, l'avait rendu partiellement hémiplégique. SURMONTANT son handicap, il avait, depuis 96, gravi les points culminants d'Afrique, d'Amérique du Nord et du Sud, ainsi qu'un autre sommet himalayen de plus de 8 000 mètres et avait entrepris de compléter son brillant palmarès. L'ALPINISTE français Eric Escoffier et sa compagne de cordée, Pascale Bessière, sont portés disparus depuis le 29 juillet sur les pentes sommitales du Broad Peak (8 047 mètres) dans la chaîne du Karakorum, au Pakistan. Eric Escoffier s'était fait connaître du grand public, dans les années 80, en réalisant des premières remarquées dans les Alpes, devenant l'un des spécialistes des enchaînements des voies les plus difficiles du massif. Un parcours interrompu pendant près de dix ans après un accident de voiture qui le laisse partiellement hémiplégique du côté gauche. Surmontant son handicap, il envisageait de parcourir d'ici l'an 2000 les quatorze sommets de plus de 8 000 mètres, les sept montagnes les plus hautes de chaque continent ue inclus) et d'atteindre les deux pôles (le Monde du avril). Il a déjà derrière lui cinq succès sur des plus de 8 000, dont le Cho Oyu, le premier gravi après son accident. Arrivés au camp de base du Broad Peak le jeudi 16 juillet, Eric Escoffier, Pascale Bessière et Jean-François Lassalle, le troisième membre de la cordée, sont partis le jeudi suivant, après une semaine d'acclimatation, pour tenter la voie normale de ce sommet himalayen. Le mauvais temps qui sévit alors sur la chaîne du Karakorum ralentit leur progression. Mardi 28 juillet, à la faveur d'une accalmie, ils décident de tenter l'assaut final. Les trois alpinistes sont alors à 6 500 mètres, dans un camp intermédiaire installé entre le camp 2 et le camp 3. Il leur reste encore plus de 1 500 mètres de dénivelé. Une véritable gageure qu'Eric Escoffier espère réaliser dans la journée malgré son handicap. "Nous sommes donc partis sans gaz ni duvet, avec seulement un peu de nourriture et de quoi boire", a confié au Monde Jean-François Lassalle, joint à Skardu, dans le Cachemire, où il attend de pouvoir regagner la France. "LE PLUS DUR ÉTAIT DEVANT NOUS" Le jour se lève quand la cordée atteint le camp 3 à 7 400 mètres, où se trouvent des grimpeurs polonais qui envisagent de faire le sommet le lendemain. "Le vent soufflait très fort et par rafales", se souvient Jean-Francois Lassalle. Obligés de faire la trace dans une neige fraîche et profonde, les alpinistes français avancent avec difficulté. Il est 13 h 30 lorsqu'ils atteignent 7 700 mètres, en dessous du col du Broad Peak. "Je me suis dit qu'il était trop tard pour faire l'aller-retour dans la journée, raconte Jean-François Lassalle. Le plus dur était encore devant nous. Nous nous sentions fatigués. Mais Eric et Pascale m'ont dit qu'ils voulaient continuer un peu, au moins jusqu'au col. J'ai préféré redescendre. Nous étions convenus de nous retrouver au camp 3." Revenu à 7 400 mètres, Jean-François Lassalle attend ses compagnons de cordée, avant de s'endormir, épuisé, à l'abri d'une tente. "Je me suis réveillé dans la nuit. Eric et Pascale n'étaient toujours pas là. A 4 heures du matin, les Polonais ont quitté le camp pour le sommet. J'espérais qu'ils les repéreraient". A 10 h 30, le 29 juillet, alors qu'ils sont à une centaine de mètres du col, les Polonais aperçoivent effectivement Eric Escoffier puis Pascale Bessière. Les deux alpinistes, qui sont encordés, progressement lentement. Trop lentement. "Ils ont passé une nuit en haute altitude sans matériel de bivouac, dans une minuscule grotte creusée à même la glace où ils pouvaient seulement tenir assis", rapporte Jean-François Lassalle. Arrivée au col, la cordée polonaise ne voit plus les deux Français qui auraient pourtant dû se trouver à l'attaque de l'arête sommitale. Leurs traces se perdent dans le rocher. À en croire Eric Marguerite, un jeune alpiniste français de dix-huit ans membre de l'expédition polonaise, la cordée française "ne pouvait pas avoir disparu du champ de vision des Polonais si elle était toujours dans la voie". Informé de la situation, Jean-François Lassalle décide alors de redescendre au camp intermédiaire, à 6 500 mètres. Le lendemain il retourne au camp 3, y passe la nuit et y dépose un sac de couchage, du gaz et de la nourriture, en espérant que ses compagnons de cordée retrouvent le chemin du retour. Puis il redescend au camp de base, où il attend encore trois jours avant de partir pour Skardu. Qu'est-il arrivé à Eric Escoffier et Pascale Bessière ? Selon un membre de l'expédition polonaise, l'alpiniste français a vraisemblablement été déséquilibré par une rafale de vent sur l'arête sommitale, emportant dans sa chute sa compagne de cordée. Ils auraient alors basculé sur le versant chinois du Broad Peak. L'espoir de retrouver vivants les deux alpinistes est quasiment nul. Voilà maintenant plus de douze jours qu'ils se trouvent quelque part sur les flancs de la montagne, sans matériel de bivouac ni de quoi se nourrir, à une altitude où le manque d'oxygène et le froid polaire ne laissent guère d'espoir de survie. Les autorités pakistanaises ont promis d'envoyer un hélicoptère pour tenter de repérer les deux Français. Samedi matin, le vent interdisait toujours le survol de la zone. ACACIO PEREIRA DOC : AVEC CARTE : " L'un des 14 sommets de plus de 8000m " 2 AUJOURD'HUI MONTAGNE L'ALPINISTE FRANCAIS ERIC ESCOFFIER EST PORTE DISPARU DANS L'HIMALAYA Un homme de défis Né à L'Arbresle, près de Lyon, Eric Escoffier devait fêter son trente-huitième anniversaire, dimanche 9 août. Installé à Chamonix, père de deux enfants, il a arpenté les voies les plus difficiles des Alpes, avant de se tourner vers l'Himalaya. Il a impressionné ses pairs par ses ambitions parfois démesurées, ses réussites exemplaires et, surtout, sa force de caractère. Après un grave accident de voiture dans les gorges de l'Arly (Haute-Savoie) en septembre 1987, qui le rend partiellement hémiplégique du côté gauche, les médecins le considèrent comme perdu pour l'alpinisme. Mais, à force de rééducation et de volonté, il reprend le chemin des cimes en 96 et se lance un défi fou : accrocher à son palmarès les quatorze sommets de plus de 8000 mètres, les plus hautes montagnes de chaque continent et les deux pôles. Son rêve devait s'achever en juin 2000 avec l'ascension de l'Annapurna, pour le cinquantenaire de la première victoire sur un 8000 mètres : celle de la cordée française Maurice Herzog-Louis Lachenal. 3 AUJOURD'HUI LES RÉINCARNATIONS AUTOMOBILES 3 - La Volkswagen New Beetle tente de séduire les nostalgiques Le marketing du passé fait de bonnes affaires NORMAND JEAN MICHEL VOLKSWAGEN n'a certes pas inventé le "marketing de la nostalgie". Depuis le début de la décennie, de jolis roadsters petits deux-places sportifs, un genre automobile complètement oublié sont venus enrichir la gamme de Mazda, BMW, Fiat, Porsche, Mercedes ou MG. L'arrivée prochaine d'une nouvelle Mini comme le retour de Harley-Davidson et des scooters Vespa confirment que l'évocation du passé est une affaire qui marche. Un retour en arrière revisité, qui n'oublie ni le confort ni la technologie. Freinage ABS, air conditionné, chaîne stéréo laser, airbags en nombre et sièges avec réglage lombaire sont disponibles. Il n'en demeure pas moins que Volkswagen est sur le point de réussir un "coup" parmi les plus spectaculaires, surtout auprès des 35-55 ans. Chez cette catégorie d'âges à fort pouvoir d'achat et à influence grandissante au sein de la société civile, le discours nostalgique fait vibrer une corde particulièrement sensible. En février, lors du lancement de la New Beetle, les dirigeants de Volkswagen se sont défendus de viser une génération particulière d'acheteurs, affirmant s'adresser "à tous les gens optimistes". Le discours publicitaire de la nouvelle Coccinelle ( "si vous avez perdu votre âme dans les années 80, voilà l'occasion de la racheter") dément avec humour le discours officiel. La concurrence s'active, elle aussi, à raviver le souvenir des années 60-70, devenues synonymes d'un idéalisme perdu. Les constructeurs font revivre des stars disparues. Ainsi, aux Etats- Unis, Mercedes recrée le show télévisé d'Ed Sullivan pour lancer la Classe M et, en Europe, Ford met en scène Steve MacQueen au volant de la Puma. Les constructeurs mettent également à contribution quelques standards de la pop music. Sly and the Family Stone défendent les couleurs de Toyota et les Who celles de Ford. Les vétérans du rock sont aussi très demandés en dehors de l'automobile. Les Rolling Stones arrivent en tête du hit- parade publicitaire (Start Me Up pour Microsoft, Brown Sugar pour Pepsi), devant l'omniprésent Elton John (AT&T) et les Bee Gees (Intel). Le I Feel Good de James Brown est un chant à la gloire du laxatif Senokot. Les résultats semblent probants. Le boom des ventes qui a suivi l'apparition, en 94, d'une réplique (en plastique) de la fameuse petite bouteille arrondie, a surpris les experts de Coca-Cola. "Les baby-boomers les plus âgés sont quinquagénaires et ils luttent contre le processus de vieillissement avec la même énergie qu'ils déployaient pour manifester contre la guerre, notait Business Week, en mars. Les services de marketing jouent sur l'attrait des produits nostalgiques pour apaiser les blessures du temps qui passe, faire en sorte qu'ils se sentent toujours jeunes." De ce côté de l'Atlantique, ce courant n'est sans doute pas aussi porteur, mais il paraît en plein essor. En France, où chaque anniversaire de Mai-68 ressemble un peu plus à une commémoration, il suffit de jeter un coup d'oeil aux rayons d'électroménager pour voir les réfrigérateurs et les robots de cuisine s'arrondir dans un style très kitsch. Les marchands de bonbons réinstallent leurs bassines de fraises Tagada, la "génération Nutella" est interpellée, les séries-culte télévisées font grimper l'Audimat et le Solex redevient à la mode. Le Trivial Pursuit est, évidemment, pourvu d'une édition spéciale "Baby-Boomer". Mais qu'attend donc Citroën pour lancer une nouvelle 2CV ? JEAN-MICHEL NORMAND 3 AUJOURD'HUI LES RÉINCARNATIONS AUTOMOBILES 3 - La Volkswagen New Beetle tente de séduire les nostalgiques Fiches techniques Volkswagen Coccinelle (1948) Longueur : 4,05 mètres. Poids : 725 kilos. Motorisation : quatre cylindres à plat 1 131 cc (25 chevaux). Prix actuel : à partir de 000 francs New Beetle (1999) Longueur : 4,10 mètres. Poids : 1 200 kilos. Motorisation : de 1,8 à 2 litres (90 à 0 chevaux). Prix : à partir de 110 000 francs (lancemement début 99). 3 AUJOURD'HUI LES RÉINCARNATIONS AUTOMOBILES 3 - La Volkswagen New Beetle tente de séduire les nostalgiques Premières livraisons début 99 en France Les amoureux de la Coccinelle vont avoir un choc, au début de l'an prochain, lorsque les premières New Beetle débarqueront sur les routes de France. La nouvelle Volkswagen conserve l'équilibre général de son aînée, avec une ligne de pavillon en arc de cercle, des ailes très galbées et des marchepieds joliment suggérés. Contrairement à la "Cox", elle tient parfaitement la route et, sans être dotée d'un caractère sportif, offre de bonnes reprises. En Europe, trois motorisations (1,8 litre et 2 litres essence ainsi qu'un 1,9 litre TDI de 90 ou 100 chevaux) sont prévues. En attendant une version plus puissante et, sans doute, un cabriolet, Volkswagen compte produire plus de 120 000 New Beetle dès l'an prochain, dont 50 000 pour l'Europe et 8 000 pour la France. Le tarif devrait débuter autour de 110 000 francs et les premières livraisons intervenir au premier trimestre. 3 AUJOURD'HUI LES RÉINCARNATIONS AUTOMOBILES 3 - La Volkswagen New Beetle tente de séduire les nostalgiques Ce modèle est une résurgence artificielle mais séduisante de la célèbre Coccinelle, modèle le plus fabriqué de l'histoire NORMAND JEAN MICHEL LA NEW BEETLE, attendue en Europe en 99, est une création artificielle. Ce n'est pas un nouveau modèle populaire (elle sera vendue plus de 110 000 francs) mais une voiture clin-d'oeil, aux antipodes du concept d'origine de la Volkswagen de 38, le modèle le plus fabriqué de l'histoire de l'automobile. Variation moderniste sur un thème sexagénaire, la New Beetle répond pourtant à une attente, comme en témoigne la frénésie qui, depuis le printemps, entoure son lancement aux Etats-Unis. Cette création, qui doit plus aux services marketing qu'aux ingénieurs des bureaux d'étude, cultive la propension des baby-boomers, génération nombreuse et à fort pouvoir d'achat, à verser dans la nostalgie et l'autocélébration. Il serait sans doute injuste de s'en tenir à ce froid constat, car la New Beetle est l'un des modèles qui apporte le plus d'émotion dans le monde automobile actuel. Elle fait réagir. La nouvelle Volkswagen s'appuie sur le mythe américain de la Beetle, qui a permis à la fameuse Volkswagen, produite à plus de 21 millions d'exemplaires, de s'émanciper de ses sombres origines. Ce sont ses utilisateurs qui ont créé sa légende et lui ont inventé des noms : Scarabée (KÄfer en Allemagne, Beetle aux Etats-Unis) ou Coccinelle en France. Comme son nom l'indique, la "voiture du peuple" est un projet politique. Dès 33, Hitler convoque Ferdinand Porsche, créateur d'un dynamique bureau d'étude, et lui soumet un projet de voiture populaire capable de transporter une famille de quatre personnes et d'atteindre les 100 kilomètres heure sans excéder le prix de vente totalement irréaliste car ridiculement bas de 1 000 reichsmarks. Le but est clair : permettre à l'ouvrier allemand de s'offrir, comme l'ouvrier américain, une automobile. Ferdinand Porsche s'inspire de ses précédents travaux menés pour Zundapp et NSU. Financé par des fonds publics, le projet Volkswagen avance. Wolfsburg, une usine-ville, est créée ex nihilo pour produire un modèle reconnaissable à son pavillon en demi-lune, dont le moteur à deux cylindres à plat opposés (22 chevaux) et refroidi par air est placé à l'arrière. La mise au point s'effectue dans le plus grand secret (des SS sont chargés des tests d'endurance) et, en mai 38, lors de la pose de la première pierre de l'usine, Hitler annonce que la Volkswagen répondra à la très propagandiste appellation de KdF ( "Kraft durch Freude", "La force par la joie"). Un nom qui sera vite oublié car la guerre éclate et annihile toute velléité de production industrielle d'une voiture civile. En 45, à peine 1 785 exemplaires sortent de ce qui reste des chaînes de montage de Wolfsburg. Peu à peu, le petit scarabée sait se faire apprécier. En 50, on fête son 100 000e exemplaire et le millionième cinq ans plus tard. L'exportation vers les Etats-Unis, entamée timidement en 49, devient importante. Au total, cinq millions d'unités rejoignent les routes américaines, avec une année record de 423 000 livraisons en 68 (voir à ce sujet le livre de Fabien Sabatès et Jacky Morel, La Cox, Massin éditeur). Bon marché et solide, la Beetle est la deuxième, voire la troisième voiture du foyer. Anticonformiste, elle défie les conventions de la production automobile américaine, un tantinet boursouflée. Egalement proposée en coupé et cabriolet Karmann et en minibus Combi, elle est un peu malgré elle happée par l'univers hippie et communautariste. Les autres constructeurs européens les Japonais n'ont pas encore percé ne savent comment concurrencer la VW, qui n'est pourtant pas exempte de défauts. L'insonorisation est sommaire et la tenue de route déconcertante, car tout le poids repose sur le train arrière. Juchée sur ses roues, la Cox ne manque pourtant pas de charme mais, vaincue par les normes de sécurité et de pollution, sa carrière s'interrompt aux Etats-Unis et en Europe à la fin des années 70. La production n'est plus assurée que dans l'usine de Puebla, au Mexique, qui continue aujourd'hui encore de fabriquer le Sedan Classico. Depuis plus de dix ans, on croyait la Coccinelle installée dans son rôle de voiture passée à la postérité et résolument extravagante, capable de se "customiser", de se transformer en bateau pour franchir le détroit de Messine, de décoller dans les airs ou de voir s'entasser trente-six étudiants pour établir un nouveau record. Erreur. Ce n'est pas seulement pour rendre hommage à Ferdinand Porsche son grand-père que Ferdinand Piëch, le PDG de Volkswagen, a décidé de lancer la New Beetle. Au plus bas sur le marché américain (pas plus de 1 % des ventes) en 93, VW compte prendre une nouvelle dimension avec sa nouvelle Coccinelle, présentée sous forme de prototype-ballon d'essai au Salon de Detroit en 1994. Cette voiture, fabriquée au Mexique et réalisée sur la base de la Golf (un modèle qui ne s'est jamais imposé aux Etats-Unis), est une réussite conceptuelle autant qu'esthétique. Elle reprend l'allure générale de son ancêtre quitte à se contenter de deux places à l'arrière mais avec beaucoup d'élégance. Les surfaces vitrées sont généreuses, le raccordement des éléments de carrosserie est impeccable et l'habitacle est à la fois original (on retrouve le compteur rond à grosses aiguilles et les poignées de maintien d'antan) et confortable. En fin de compte, le style high-tech prend le pas sur les références rétro, au risque de donner une allure de beauté froide à la New Beetle, qui, par ailleurs, présente une habitabilité mesurée, peu d'espaces de rangement et un coffre guère accessible. Il n'empêche que cette madeleine de Proust pour baby-boomers, d'inspiration plus californienne qu'allemande, s'est forgé d'emblée un incroyable capital de sympathie. Quiconque apparaît à son volant sera immanquablement sollicité par des anonymes enthousiastes, avides d'en savoir plus sur un modèle qui leur rappelle tant de choses. Grâce à la New Beetle, des inconnus partagent leurs impressions, comparent leurs appréciations et échangent des souvenirs. Aujourd'hui, quelle autre voiture contemporaine peut en dire autant ? JEAN-MICHEL NORMAND DOC : texte avec deux photos portant la légénde " La new Beetle, ci-dessous, reprend avec beaucoup d'élégance l'allure générale de son ancêtre. " 4 LE CARNET DU VOYAGEUR GRANDE-BRETAGNE. Bass Hotels & Resorts ouvrira en septembre, dans le centre de Londres, son premier hôtel Crowne Plaza. Situé sur New Bridge Street, près du pont Blackfriars, cet établissement de 203 chambres sera proche de la City mais également de la Tate Gallery, qui doit ouvrir ses portes en l'an 2000. FRANCE. Le département du Bas-Rhin propose une brochure trilingue (français, allemand, anglais) suggérant 22 itinéraires aux adeptes du tourisme à vélo, débutants ou chevronnés, amateurs de balades d'un jour ou de grandes randonnées. Quatre types de parcours sont présentés dans cet ouvrage : deux itinéraires transversaux nord/sud, quatre itinéraires ouest/est, un circuit de découverte de Strasbourg et quinze circuits en boucle de 80 à 100 km. La brochure est disponible auprès des offices du tourisme et syndicats d'initiative de la région et, moyennant une participation de F pour l'affranchissement, en s'adressant à l'Agence de développement touristique du Bas-Rhin, 9, rue du Dôme, 67000 Strasbourg, tél. : 03-88-15-45-88. AUSTRALIE. Le 26 octobre, la compagnie Qantas mettra en place trois vols hebdomadaires directs au départ de Paris Roissy-Charles-de-Gaulle (terminal 1) vers Sydney via Singapour. Ces vols en 747-400 décolleront tous les mardis, jeudis et samedis à 23 h 30, les vols en provenance d'Australie arrivant vers 6 h 30 ces mêmes jours. C'est la première fois, depuis mars 95, qu'un appareil de la compagnie Qantas atterrira à Roissy. Festival de Salzbourg Katia Kabanova chante et pleure les amours prolétaires Christoph Marthaler et Sylvain Cambreling donnent à Salzbourg une vision belle et terrifiante de l'opéra de Leos Janacek. Dans un décor d'immeuble défraîchi où tous les protagonistes peuvent s'observer, intérieur et extérieur se confondent en un spectacle minéral LOMPECH ALAIN OPÉRA La version de Katia Kabanova offerte à Salzbourg sert brillamment cette oeuvre terrible du compositeur tchèque Leos Janacek (1854-1928). Christoph Marthaler évite toute gratuité scénique, et les musiciens, dirigés par Sylvain Cambreling, touchent à la perfection. SUPERPRODUCTION très attendue, la création du Mahagonny de Bertolt Brecht et Kurt Weill déçoit, en revanche. Très loin de son esprit de transgression, le chef d'orchestre, Dennis Russel Davies, dirige au pied de la note et sans imagination. Le talentueux metteur en scène Peter Zadek semble, quant à lui, avoir perdu sa verve, sa poétique du noir. PRÈS DE 4 000 PERSONNES travaillent, l'été, à la bonne marche du Festival de Salzbourg, qui a accueilli en 97 plus de 242 000 spectateurs et qui rapporterait des recettes supplémentaires de 1,25 milliard de francs dans l'Autriche entière. SALZBOURG de notre envoyé spécial Leos Janacek est sans aucun doute le plus grand compositeur lyrique de ce siècle par l'abondance de son legs, par la qualité littéraire, poétique, philosophique et humaine de ses propres livrets, adaptés de grands écrivains, par la qualité de sa musique, qui réussit la fusion de l'intonation vocale et musicale, du savant et du populaire. Ce compositeur ne cherche pas, qui plus est, à mettre le mélomane dans sa poche, meilleur rempart contre le vérisme, le wagnérisme, le voyeurisme. Il ne cherche jamais à s'emparer de notre esprit : sa musique ne s'insinue pas dans notre inconscient, ne s'y tapit pas, prête à revenir à la mémoire quand bon lui semble. Ses oeuvres n'ont ni passé ni futur. Chaque fois, on les redécouvre avec le même émerveillement, la même émotion. Katia Kabanova serait son chef- d'oeuvre. Mais l'on est tenté de le dire de chacun de ses opéras au moment précis où on les écoute. Katia Kabanova est pourtant une histoire terrible, inspirée de La Tempête, d'Ostrovski, présentée cet été à Avignon. Une vieille peau, bigote et cupide (Kabanicha), écrase son fils (Tichon) et sa bru (Katia). Katia, qui se devine surveillée, ose aimer un orphelin (Boris), soumis au pouvoir de son oncle (Dikoj) jusqu'à sa majorité s'il veut toucher l'héritage de ses parents. Katia avoue sa liaison à son mari et à sa belle-mère. Le seul pouvoir de Katia est de pouvoir mettre fin à ses jours quand Boris accepte d'être envoyé au loin sans elle. PAPIERS PEINTS PISSEUX Les mises en scène, les interprétations musicales habituelles donnent à Kabanicha et à Katia une primauté qui concentre l'action sur l'affrontement des deux femmes. Le rôle de Kabanicha est souvent confié à une chanteuse vocalement sur le retour, dont l'outrance physique et les hurlements ont leurs adeptes. Christoph Marthaler, Sylvain Cambreling et les chanteurs de cette nouvelle production remettent les choses à plat. Pour commencer, il y a un décor unique : la cour d'un immeuble défraîchi, avec ses hautes façades percées de fenêtres typiques de l'Europe de l'Est, ses poubelles, ses chaises rouges en plastique. A travers les fenêtres, on aperçoit des lustres, des pièces vides ou habitées. A ce réalisme du détail s'oppose l'irréalité de cette cour, dont le rez-de- chaussée est l'intérieur à ciel ouvert d'un appartement aux murs recouverts de papiers peints pisseux, celui de gauche s'ouvrant sur une chambre hideuse... La décoratrice Anna Viebrock et Christoph Marthaler ont réuni là tout ce que la production de masse a inventé de laid depuis la révolution industrielle. Comme dans les spectacles des Deschiens, les objets disent l'appartenance à une classe sociale. Les costumes sont identiques à ceux portés par les Deschiens : Nylon, polyester, Tergal, imprimés à fleurs. Intérieur/extérieur : on ne sait jamais vraiment où l'on est dans cette mise en scène. Mais l'on sait toujours où l'on en est. Les murs sont si fins que les protagonistes voient, entendent tout ce qui se passe chez leurs voisins. Certains se mettent aux fenêtres pour mieux profiter du spectacle, pour mieux écouter. Un vieux reste assis dans la cour- appartement, témoin lourd, inquiétant. Cour-appartement-jardin- place publique où tout se dit, se joue, se noue, se dénoue avec une absence de gratuité scénique remarquable. Chaque geste, chaque regard compte. Il y a bien des danses déglinguées esquissées par les jeunes quand les vieux sont absents ou regardent ailleurs. Elles pourraient déranger. Mais ces jeunes, justement, ne dansent, ne s'émancipent qu'en dehors du champ de vision des vieux. Il y a bien aussi cette fontaine dont l'eau jaillit quand le vieux Boris éjacule précocement sur la vieille Kabanicha, qui l'a attiré dans son lit. Mais l'on rit. Tout à l'heure, elle rejaillira avec plus de majesté. Au fond du jardin, Katia et Boris s'aiment. L'idée est belle et efficace d'avoir rajouté deux choeurs pris dans une version ultérieure de l'opéra pour les faire chanter a cappella entre les actes... Dans l'un des appartements que l'on aperçoit au deuxième étage de l'immeuble, les chanteurs tournent le dos au public comme s'ils improvisaient pour eux-mêmes, comme cela se fait encore dans certaines régions d'Europe. On reste ainsi dans la vie, et cela évite un tomber de rideau qui détruirait l'unité musicale et dramatique de ce spectacle minéral. Ce qui s'impose finalement dans cette production exemplaire, c'est que le travail de Marthaler rejoint la musique du compositeur, son absence de scolastique, ces déflagrations soudaines de cuivres, ces bois agrestes, son atmosphère parfois évocatrice sans être jamais descriptive. La nature, la vie, la musique ne sont pas de la poésie, mais peuvent donner cette impression. SONORITÉ SOYEUSE ET RAUQUE Les chanteurs sont parfaits. Il est impossible de séparer leur travail musical de leur travail scénique. Mieux, il est impossible de séparer leur travail de l'oeuvre elle-même. Sylvain Cambreling, qui connaît cette musique depuis ses années bruxelloises au Théâtre de la Monnaie, dirige la Philharmonie tchèque, dont la sonorité, si indéfinissable (soyeuse et rauque à la fois ?), traverse les décennies sans changer. Il n'y a rien à dire devant une telle perfection musicale. Si ce n'est qu'il n'y a aucune star sur le plateau, que le public de Salzbourg lui fait un accueil triomphal auquel choeur, orchestre et chanteurs prennent part pour distinguer la Katia d'Angela Denocke. Marie sublime l'été dernier dans Wozzeck, d'Alban Berg, dirigé par Claudio Abbado et mis en scène par Peter Stein, Katia inoubliable cette année au côté d'une Kabanicha pour une fois bien chantante. ALAIN LOMPECH KATIA KABANOVA, opéra de Leos Janacek. Avec Henk Smit (Dikoj), David Kuebler (Boris), Jane Henschel (Kabanicha), Hubert Delamboye (Tichon), Angela Denocke (Katia)... Orchestre philharmonique tchèque. Choeur philharmonique slovaque de Bratislava. Sylvain Cambreling (direction). Christoph Marthaler (mise en scène). Anna Viebrock (décors et costumes). Olaf Winter (lumières). Thomas Stache (chorégraphie). Stéfanie Carp (dramaturgie). Kleines Festspielhaus, le 6 août. DOC : texte accompagné d'une photo Festival de Salzbourg Les murs trop lisses de la ville de Mahagonny SCHMITT OLIVIER SALZBOURG de notre envoyé spécial L'attente de certains spectacles aide à naviguer sans hargne dans les saisons ordinaires. Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny, l'une des nouvelles productions à l'affiche du festival de Salzbourg cette année, était de ces promesses qui, pensait-on, récompenseraient le mélomane des désillusions subies ici ou là tout au long de l'hiver musical international. On ne compte pas la somme des talents réunis sur la scène du Grosses Festspielhaus, qui tous devaient concourir à l'achèvement de la soirée. Hélas ! A l'issue d'une représentation longue comme un jour sans pain, force est de s'avouer vaincu. Rien ne va dans cette superproduction totalement inadaptée au caractère impossible de l'ouvrage de Brecht et Weill, critique radicale de l'utopie d'une cité paradisiaque. Le choix du Grosses Festspielhaus est peut-être le premier piège qu'il aurait fallu éviter. Certes, Mahagonny est un opéra dont l'écriture appelle un effectif musical, vocal et théâtral important. Son immersion dans l'immensité du Grosses Festspielhaus est pourtant une trahison d'emblée irrémédiable : la dimension du lieu appelle une grandiloquence qui ne sied pas à l'ouvrage. D'abord parce que, pour attirer le client, il faut aussitôt convoquer sur la scène des stars du chant propres à rassurer les responsables de la billetterie. Où l'on retrouve Gwyneth Jones, aussi weillienne qu'une Walkyrie, dont les intonations, le vibrato à la retraite sonnent le tocsin d'une distribution homogène dans sa médiocrité. La remarque vaut aussi par Catherine Malfitano, Jenny toute en vulgarité, sans poésie ni désarroi. C'est justement ce chant-là, cet opéra romantique du XIXe siècle, que Weill s'est employé à subvertir en écrivant Mahagonny. Et le voilà qui resurgit à l'endroit précis où on ne veut pas l'entendre. Au premier acte, Jerry Hadley fait illusion dans le rôle de Jimmy, puis perd son chant bien avant la fin de l'ouvrage. INDIGNE DE SES AMBITIONS Le chef américain Dennis Russel Davies est évidemment l'un des responsables de cet échec. D'une baguette assurée, il déporte la partition vers une Californie "new age", lisse, bronzée, en pleine forme, qui n'évite aucun des pièges tendus par Kurt Weill. Quand celui-ci s'interroge avec sérieux, certes, mais avec cet esprit de Berlin prompt à toutes les transgressions, sur les formes baroques (canon, fugue, choral, récitatif...) ou classiques, Davies dirige au pied de la note, sans imagination, sans jamais de risque, voyageant dans l'histoire de la musique sans vouloir entendre dans sa propre fosse les saxophones, qu'il fait sonner comme des clarinettes basses, ou la batterie, qui a ici des accents de timbales. Quand, au deuxième acte, Weill installe sur le plateau un orchestre de bal censé rythmer la scène des déchaînements érotiques, Dennis Russel Davies nous donne à entendre une formation d'hôtel chic, sans intention, sans feeling, inexistante... Dans ce contexte musical, le talent habituel du metteur en scène Peter Zadek n'y peut mais. A la peine, il échoue à inventer une forme appropriée au lieu. Dans les beaux, trop beaux décors, de Richard Peduzzi fanstasme de ville américaine provinciale de briques, de murs, de portes en fer, de néons sur fond de ciel immense, il mène l'action dans le respect scrupuleux des didascalies de Brecht, mais sans éviter les chausse-trapes induites par l'occupation d'une aire trop grande. Il multiplie les actions secondaires dont la charge provocante est éculée ainsi un étalage de chairs féminines à l'obscénité niaise doublée d'une scène de fornication lesbienne qui ne pourra émouvoir que les érotomanes octogénaires... Quand il ne sait plus que demander à ses chanteurs, Peter Zadek les confie à une chorégraphe indigne de ses ambitions : moquer les Chorus Lines de Broadway, pourtant bien plus habiles à la manoeuvre. Il y a bien quelques moments qui portent la marque de Zadek particulièrement ces trois silhouettes d'un père, d'une mère et de leur enfant qui se préparent, immobiles, à subir les assauts d'un typhon qui épargnera la cité de tous les rêves inaboutis... Mais le metteur en scène paraît avoir perdu sa verve, ses méchancetés narquoises, cette poétique du noir, jusque-là sa marque, qui paraissait si bien convenir à l'approche de l'ouvrage. Si Mahagonny devait être repris à Salzbourg, on rêverait de l'entendre à Perner Insel, par exemple, cette usine transformée en théâtre où le rapport entre le public et les oeuvres est immédiat. Il faudrait aussi qu'il soit servi par une distribution qui réunisse des chanteurs-diseurs, peut-être recrutés en dehors du sérail purement classique. Si on tient absolument à confier l'orchestre à un Américain, il vaudrait mieux chercher du côté de New York, dans les clubs, et retrouver un peu du swing qui est l'âme de l'Amérique populaire, ce continent qui fit rêver Kurt Weill tandis qu'à Berlin commençait de souffler un vent mauvais. OLIVIER SCHMITT GRANDEUR ET DÉCADENCE DE LA VILLE DE MAHAGONNY, de Bertolt Brecht et Kurt Weill. Mise en scène : Peter Zadek. Décors : Richard Peduzzi. Costumes : Norma Moriceau. Lumières : Dominique Bruguière. Chorégraphie : Verena Weiss. Dame Gwyneth Jones (Léocadia), Catherine Malfitano (Jenny), Jerry Hadley (Jimmy), Roy Cornelius Smith (Fatty), Wilbur Pualey (Moïse), Udo Holdorf (Jacob), Harry Peeters (Joe), Toby Spence (Tobby)... Orchestre symphonique de la radio de Vienne, choeur de l'Opéra de Vienne, Dennis Russell Davies (direction). Winfried Maczewski (chef des choeurs). GROSSES FESTSPIELHAUS, les 12, et 25 août, à 20 heures. 0 F à 2200 F. Tél. : (00) 43-662-80-45-01. Festival de Salzbourg Les chiffres et les lieux d'un rendez-vous hors pair LOMPECH ALAIN SALZBOURG de notre envoyé spécial Le Festival de Salzbourg, c'est bien évidemment une programmation musicale, lyrique et théâtrale de premier plan, mais c'est aussi un lieu et des personnes. Gérard Mortier, le directeur artistique de cette institution, est connu, mais il ne travaille pas seul. Helga Rabl-Stadler est présidente du comité directeur, au sein duquel on trouve Hans Landesmann, directeur de l'administration et directeur artistique des concerts, et Ivan Nagel, le nouveau directeur du théâtre qui a succédé à Peter Stein. 93,3 % DE REMPLISSAGE Cent soixante-dix-huit permanents travaillent toute l'année pour un festival qui emploie près de 4 000 personnes, l'été venu. En 97, 2 948 étaient à comptabiliser du côté artistique, et 805 dans l'administration. La même année, le festival dura du juillet au 31 août et accueillit 242 761 spectateurs et auditeurs, dont 75 % de visiteurs étrangers. Le taux de remplissage des salles était de 93,3 %. Neuf opéras, 4 pièces de théâtre, 67 concerts, totalisant 4 manifestations publiques, rapportèrent une recette de 296 millions de schillings, soit environ 0 millions de francs sur un budget qui atteint approximativement le double. L'argent public apporté au festival sous forme de subventions directes s'est élevé à 65 millions de francs environ, accordés par l'Etat, la région et la ville. Si l'on ajoute au produit de la vente des billets l'argent du mécénat et des recettes tirées de la location des salles et des droits de retransmission (radio et télévision), l'autorentabilité de la manifestation se sera élevée à 74 %, si l'on se réfère à un document publié par le festival lui-même. Une étude officielle de la chambre économique de Salzbourg a par ailleurs calculé que le festival entraînait des recettes supplémentaires de 2,5 milliards de schillings (1,25 milliard de francs) dans l'Autriche entière. Si la Grosses Festspielhaus (2 179 fauteuils), inauguré en 60, est connu pour sa laideur et pour avoir l'une des scènes les plus larges du monde (110 mètres avec les dégagements latéraux, et 32 mètres d'ouverture utile sur la salle), la Kleines Festspielhaus (1 324 places assises et 60 debout), plus ancien, a été plusieurs fois remanié. TOIT AMOVIBLE En 37, cette salle a été reconstruite parallèlement à la montagne sur laquelle s'appuie le palais du festival. Son acoustique est excellente, et il est le lieu rêvé pour présenter les opéras de Mozart. Partageant le même hall d'entrée, la Felsenreitschule a été construite à l'emplacement d'une carrière d'où l'on aura extrait la pierre qui servit à la construction de la cathédrale toute proche. Cette salle à ciel ouvert a un toit amovible qui permet d'y jouer les jours de pluie. Elle compte 1 549 places. Le Festival de Salzbourg utilise d'autres salles et d'autres lieux : la place de la cathédrale, où se joue Jedermann, de Hugo von Hofmannsthal, depuis 20 (2 111 places assises); la cour de la résidence (780 places), protégée de la pluie, elle aussi, par un toit amovible; la Perner-Insel Hallein, une grande halle construite sur un site classé qui servait encore, il y a peu, à la transformation du sel; le Landestheater; la salle de concert de la célèbre école du Mozarteum, et le Lehrbauhof, une école appartenant à l'Association de formation professionnelle du bâtiment, qui sert de lieu pour certaines répétitions d'opéras et, parfois, de salle de concerts et de spectacles. Pierre Boulez y a dirigé un concert symphonique, et Peter Sellars y a présenté sa mise en scène des Perses, de Sophocle. ALAIN LOMPECH 6 "Les Noces de Figaro" traitées en opéra-comique MOULINIER PIERRE SAINT-CÉRÉ (Lot) de notre envoyé spécial Le château de Castelnau dresse sa puissante silhouette au-dessus du bassin de Saint-Céré. Des jeunes gens en costume XVIIIe siècle accueillent le public. Ils chanteront les choeurs un peu plus tard. Dans l'espace qui sert de loge en plein air, s'affinent les derniers maquillages, les figurants discutent autour des tables. La cour du château, ses hauts murs et ses donjons menaçants, en paraît toute humanisée. Les musiciens arrivent, eux aussi en tenue d'époque. La représentation peut commencer. Avec Les Noces de Figaro, Olivier Desbordes présente le premier volet d'un diptyque sur le libertinage (le second est Manon), dans cette époque prérévolutionnaire où la liberté est à l'ordre du jour. Pour mieux faire sentir le poids politique de l'oeuvre, il a remplacé les récitatifs de Da Ponte par des extraits de la pièce de Beaumarchais. Le librettiste avait édulcoré son adaptation pour satisfaire la censure impériale. Le texte initial est plus percutant et rejoint l'esprit de Mozart. Va pour l'esprit. Mais la lettre ? Transformer Les Noces de Figaro en un opéra-comique, mêler le français à l'italien est une opération casse-cou. Ici, sur le fil du rasoir, ça marche. Les dialogues sont bien en situation, ils ne sont pas envahissants. Les enchaînements avec la musique se déroulent correctement. Les capacités théâtrales des chanteurs sont plus inégales. La plupart ont des intonations, des ports de voix qui ne sont pas de comédiens. La mise en scène, alerte, aide aux liaisons entre le parlé et le chanté. Olivier Desbordes privilégie le rapport au public. Il le prend à témoin, l'introduit dans l'action. Un peu facile, mais efficace. Et les spectateurs, contents de comprendre ce qui se passe (ce n'est pas fréquent à l'opéra) et d'être mis dans le coup, adhèrent. Musicalement, l'entreprise est périlleuse. Surtout pour l'orchestre, placé au fond de la scène. Le chef, Joël Suhubiette, doit accompagner des chanteurs qui lui tournent le dos, ce qui favorise les décalages avec le plateau. L'Ensemble Ostinato, composé de jeunes instrumentistes en formation, fait preuve de vivacité, sinon toujours de justesse. Les titulaires des rôles principaux n'ont pas, eux, l'excuse de l'inexpérience. François Harismendy (Le Comte) n'est à l'aise ni vocalement, ni scéniquement. Marie-Paule Dotti (La Comtesse) possède un timbre chaleureux, mais son vibrato est trop marqué et elle dramatise ses deux airs à l'excès. Franck Leguérinel est un Figaro bien sonnant, avec des basses un peu faibles. Deux découvertes : Patricia Fernandez, Chérubin craquant, et Gersende Florens, qui chante joliment Barberine. La confirmation vient d'Isabelle Poulenard, cantatrice surtout cantonnée dans le baroque. Elle mène sa voix avec adresse, et ses qualités musicales s'épanouissent dans le personnage de Suzanne. PIERRE MOULINIER LES NOCES DE FIGARO, de Mozart. Avec Isabelle Poulenard (Suzanne), Franck Leguérinel (Figaro), François Harismendy (Le Comte), Marie-Paule Dotti (La Comtesse), Patricia Fernandez (Chérubin), Fabienne Masoni (Marcelline), Jean-Claude Sarragosse (Bartolo), Eric Vigneau (Basile), Gersende Florens (Barberine), Boris Grappe (Antonio), Choeurs du festival, orchestre Ostinato, direction Joël Suhubiette, mise en scène Olivier Desbordes, en collaboration avec Sylvie Ottin, décors, costumes, lumières Patrice Gourdon. FESTIVAL DE SAINT-CÉRÉ : château de Castelnau, les 8, 10, 13 août, à h 30. Prix : de 120 à 260 F. Tél. : 05-65-38-28-08. 6 Festival de la Roque d'Anthéron La plénitude "conjugale" de Franz Liszt et France Clidat ROUX MARIE AUDE LA ROQUE-D'ANTHÉRON de notre envoyée spéciale A force de répéter qu' "on ne présente plus France Clidat", il faut dire simplement que cette grande dame du piano n'est plus assez présente sur les scènes françaises. La Roque, au mépris des coteries du temps, n'hésite pas à donner à France Clidat la place qui lui revient dans le paysage du piano contemporain. C'est donc à Liszt, et à Liszt exclusivement us et coutumes obligent, qu'est consacré ce récital centré sur l'Italie. Le second cahier des fameuses Années de pèlerinage (vécues en compagnie de Marie d'Agoult) marque pour Liszt un double accomplissement, celui de l'artiste et de l'homme de chair. Il est d'ailleurs cocasse que ce recueil, qui convie les grandes figures picturales et poétiques italiennes, culmine dans les visions infernales de Dante : simple manifeste esthétique ou prémonition d'une descente aux enfers matrimoniaux ? France Clidat s'avance vers le piano comme s'il était de son salon. Et l'on sent vite à quel point la musique de Liszt est ici en familiarité. Il émane de cette artiste une force et une tranquillité qui produisent un état de détente et de réceptivité assez inhabituel. On pourra se dire qu'on a entendu Liszt plus finement nuancé, ou bien encore plus éclatant de panache et de virtuosité, mais un Liszt plus profondément humain, authentique, certainement pas. Il y a chez France Clidat comme une plénitude quasi "conjugale" avec le compositeur qui fait du bien. VISION DE LA MATURITÉ Si l'émotion contenue du spozalizio semble corroborer la vision sacrale du Mariage de la Vierge peint par Raphaël, le marbre sombre et tragique du Penseroso de Michel-Ange est traité avec un vrai sens de la déclamation. Il y a même, avec la Canzonetta del Salvator Rosa, comme un tutoiement qui s'instaure, que les trois Sonnets de Pétrarque ne démentiront pas. Le phrasé est naturel, sans ports de voix : c'est un piano qui chante comme pour soi-même, privilégiant couleurs et résonances, legato et poésie. Mais c'est vraiment avec la Dante Sonata que la sûreté du jeu de France Clidat prend toute sa dimension. Des portes de l'Enfer aux visions des tortures infernales que traverse le chant salvateur d'amour adultérin !, la pianiste se fait maître d'oeuvre. Point d'héroïsme paroxystique, point de révolte métaphysique, mais une vision de la maturité qui sait que l'enfer n'est pas forcément de l'autre monde... De la seconde partie du concert au répertoire plus "alimentaire", lequel réclame son tribut en virtuosité, entrain, simplicité, et aussi une belle santé, on retiendra surtout une absence totale de vulgarité. En bis, telle Mazurka de Chopin pleine de fine nostalgie et, surtout, une Malaga de l'Iberia d'Albéniz enchanteront un public peut-être moins nombreux qu'à l'accoutumée, mais, à coup sûr, tout aussi fervent. Il y avait aussi, à l'église de La Roque- d'Anthéron, deux jeunes artistes auxquels le public n'a pas ménagé ses encouragements. Juan Manuel Quintana, gambiste, et Céline Frisch, au clavecin, ont donné de la musique de Bach une vision riche et vivante. Virtuosité, lisibilité et intelligence du texte, souplesse et expression, ces deux-là ont tout pour faire leur chemin : ils savent à la fois se recueillir et danser. MARIE-AUDE ROUX FRANZ LISZT : Les Années de pèlerinage (Italie), Soirées de Vienne no 6 et 7, Venezia e Napoli. France Clidat (piano). Parc de Florans, le 6 août, 21 h 30. JEAN-SÉBASTIEN BACH : Sonates pour clavecin et viole de gambe BWV 1029, 1028 et 1027, Toccata en ré majeur BWV 912, Prélude de la suite no 2 pour violoncelle BWV 1008. Juan Manuel Quintana (viole de gambe), Céline Frisch (clavecin), église de La Roque-d'Anthéron, le 6 août, heures. 6 SORTIR PARIS La nuit de la comédie musicale Dans le cadre de la thématique "Paris vu par... les cinéastes étrangers" que propose la Vidéothèque de Paris jusqu'au 25 octobre, une nuit est consacrée à la comédie musicale. Quatre films américains se déroulant à Paris seront présentés tout au long de la nuit : Les Girls (George Cukor, 57) avec Gene Kelly, Gigi (Vicente Minnelli, 58) avec les acteurs locaux Leslie Caron et Maurice Chevalier, La Belle de Moscou (Rouben Mamoulian, 57) avec les jambes de Cyd Charisse et les pieds de Fred Astaire, et enfin, en apothéose au petit matin, Un Américain à Paris (Vicente Minnelli, 1951), servi par le génie bondissant de Gene Kelly. Petit- déjeuner offert au matin. Vidéothèque de Paris, 2, Grande Galerie, Nouveau Forum des Halles, porte Saint-Eustache, Paris 1er. Mo Châtelet-Les Halles. Le 8 août, à partir de 23 heures. Tél. : 01-44-76-62-00. De 40 F à 60 F pour la nuit. Le Vallenato de Colombie, La Maafia L'Amérique latine et la Martinique sont les invitées de ce troisième bal-concert que le kiosque à musique du parc de La Villette organise chaque dimanche d'été. En première partie, Le Vallenato de Colombie, représentant du chant vallenato, qui donne de l'importance tant à la musique qu'aux paroles. S'il fallait regrouper les airs vallenatos, le merengue et la puya seraient proches, par la rapidité de leur exécution, le son et le paseo, par leur lenteur. Avec, entre autres, Ismaël Rudas (accordéon), Daniel Celedon (chanteur-compositeur), Ariel Avial (caja). En deuxième partie, La Maafia, un orchestre en formation big band dirigé par Jean-Michel Cabrimol : trompette, saxophone, flûte, baryton, trombone, bugle, trois violons, deux guitares, congas, bongos, timbales, piano, basse, batterie, des chanteurs cubains pour entourer les choeurs antillais... Au total, une vingtaine de musiciens colorent un répertoire éclatant de rythmes, inspiré de la musique haïtienne, de la salsa cubaine et des différents rythmes, reflets de cultures musicales variées, du compa, en passant par la salsa, le boléro, la biguine, la mazurka... Parc de la Villette, Paris e. Mo Porte-de-la- Villette. Le 9, à17 h 30. Tél. : 0-803-306-306. Entrée libre. 6 Les éditions Calmann-Lévy renoncent à publier une biographie de François Pinault Les auteurs et l'éditeur étaient liés par un contrat " à option " VAN RENTERGHEM MARION Une enquête menée par deux journalistes, Caroline Monnot du Monde et Pierre-Angel Gay des Echos sur François Pinault, le PDG du groupe Pinault- Printemps-Redoute, propriétaire de la FNAC, rencontre des difficultés de publication. Calmann-Lévy, qui l'avait commandée, a dénoncé le contrat l'unissant aux auteurs, après avoir reçu un manuscrit partiel, en estimant qu'une expertise juridique était nécessaire. DEUX JOURNALISTES, Caroline Monnot du Monde et Pierre-Angel Gay des Echos, se sont vu refuser par Calmann-Lévy, qui la leur avait commandée, la publication d'une enquête sur l'ascension de François Pinault, PDG du groupe Pinault-Printemps- Redoute. Propriétaire du Point et, à hauteur de 2,33 %, l'un des nombreux actionnaires extérieurs du Monde, M. Pinault contrôle aussi, via la FNAC, 20 % à 25 % du chiffre d'affaires de l'édition de littérature générale en France. Signé par les auteurs et l'éditeur en février 96, le contrat "à option" sur simple synopsis donnait la possibilité aux contractants d'annuler à tout moment l'engagement. Sur la base de cet accord, un premier tiers du manuscrit une centaine de pages fut remis (moyennant à- valoir) à Olivier Nora, PDG de Calmann-Lévy, en septembre 97. Publication prévue : février 98. Le 13 octobre, lors d'un déjeuner avec M. Nora, les auteurs disent avoir senti son "inquiétude" lorsque furent évoquées de possibles représailles de la FNAC. En décembre, une brève du Canard enchaîné révèle la parution imminente d'une autre biographie de M. Pinault, également prévue pour février 98, mais, cette fois, sous la plume d'un ami de l'homme d'affaires, Pierre Daix, aux éditions De Fallois. Chez Calmann-Lévy une maison du groupe Hachette, lequel diffuse également De Fallois, personne n'avait été informé de la programmation de cet ouvrage. Selon Olivier Nora, cette parution concurrente aurait impliqué pour lui, en plus de ses "inquiétudes", un changement de stratégie commerciale. "Non seulement le marché n'était pas assez grand pour deux livres sur Pinault, nous explique-t-il, mais cela nous aurait obligés à positionner la nôtre [de publication] plus radicalement comme biographie à scandale, et à amplifier les difficultés." Olivier Nora, le PDG de Calmann-Lévy, assure n'avoir subi "aucune pression" de la part de M. Pinault Le 30 janvier, après avoir remis une deuxième partie du texte, les deux journalistes suscitent un rendez-vous avec l'éditeur et lui proposent d'achever leur ouvrage dans les plus brefs délais, à condition que, de son côté, il en garantisse la publication. Olivier Nora, considérant qu'il ne peut s'engager sur un manuscrit partiel dont certains passages nécessitaient une expertise juridique, dénonce le contrat. Les auteurs s'étonnent que l'examen juridique des premiers chapitres n'ait jamais eu lieu. Du temps avait déjà passé en tergiversations sur le choix de l'avocat. M. Nora jugeait difficile de faire appel à celui de Calmann-Lévy, Me Yves Baudelot, également avocat du Monde où Caroline Monnot est journaliste; l'idée de solliciter Me Georges Kiejman, spécialisé dans les dossiers d'édition, avait été également écartée, l'ancien ministre ayant eu à défendre les intérêts de M. Pinault. Selon les auteurs, l'essentiel des faits "problématiques juridiquement" apparaissait dès les premiers chapitres. Ils contiennent, affirment-ils, "des informations sur les débuts de François Pinault, peu conformes à la légende d'un entrepreneur parti de rien, sur ses anciennes relations avec Jean-Marie Le Pen, sur le réseau de ses sociétés à l'étranger". Olivier Nora réplique : "Les préalables à l'expertise juridique n'étaient pas remplis. J'avais dit que rien ne paraîtrait sans que M. Pinault ait l'occasion de répondre [selon les auteurs, celui-ci aurait annulé au dernier moment un déjeuner prévu depuis plusieurs mois]. D'autre part, les preuves manquaient aux accusations contenues dans les cent premières pages." Le PDG de Calmann-Lévy, qui assure n'avoir subi "aucune pression" de la part de M. Pinault ou de son entourage, précise que "le sérieux de l'enquête menée par Caroline Monnot et Pierre-Angel Gay n'est pas en cause", mais que, "au stade où ils [lui] ont demandé de s'engager sur la publication de l'ouvrage, ce n'était pas jouable". Les deux journalistes, qui sont aujourd'hui sur le point d'achever leur travail, affirment avoir depuis frappé sans succès aux portes du Seuil et d'Albin Michel. Le PDG de Fayard, Claude Durand, a fait savoir, de son côté, que "le sujet ne [l]'intéressait pas". Les auteurs disent "avoir pu analyser la position de force de M. Pinault qui tient entre ses mains, par l'intermédiaire de la FNAC, près du quart du chiffre d'affaires des éditeurs : un titre de moins commandé à la FNAC, c'est ce qui peut faire passer de l'équilibre au déficit". Ils précisent cependant que "rien ne permet d'affirmer que l'homme d'affaires ait exercé une pression quelconque". Les auteurs ne perdent pas l'espoir de voir publier leur manuscrit. Sollicité par Le Monde, M. Pinault, pour sa part, n'a pas souhaité faire de commentaire. MARION VAN RENTERGHEM 6 NOUVEAU FILM LE PLAISIR (ET SES PETITS TRACAS) Film français de Nicolas Boukhrief BLUMENFELD SAMUEL Le titre est emprunté à Max Ophuls, son fonctionnement à La Ronde, un autre film du réalisateur, mais il faut plutôt aller chercher l'inspiration du Plaisir du côté de La Chasse de William Friedkin, un thriller qui se déroulait dans le milieu gay sado-maso dont Nicolas Boukhrief reprend plusieurs principes de narration, et même des scènes entières. Ces références demeurent les seules balises fiables auxquelles le spectateur peut s'accrocher, faute de personnages cohérents et d'un scénario ne dépassant jamais l'idée simplette qu'Eros mène à Thanatos. Le film n'avance que sur une suite d'accidents improbables et qui touchent tous ces personnages s'abandonnant à leur désir : un militaire victime d'une bombe, un homme succombant à une overdose après une nuit dans des boîtes gays, un homosexuel renversé par une voiture, une actrice de porno tombant amoureuse d'un meurtrier et lui demandant de la tuer. Le Plaisir est une menace, nous explique-t-on. Mais, vu la manière dont les personnages sont mis au service de cette thèse, le plaisir peut aussi ennuyer. SAMUEL BLUMENFELD Avec Francis Renaud, Julie Gayet, Vincent Cassel, Mathieu Kassovitz. (1 h 40.) RADIO - TELEVISION NOTRE CHOIX 20.50 France 3 Le Malingot NAKACHE KARINE Lorsque Malingowski, dit Le Malingot, soulage de ses mains de guérisseur une jeune fille blessée à la cheville, son fils, Julien, âgé de onze ans, est très fier de lui. Sept ans plus tard, l'enfant est devenu un jeune homme assoiffé de connaissances. Il décide d'étudier la médecine officielle, et non pas celle pratiquée par son père. Il est alors contraint de quitter le domicile familial. Tiré du roman de Gilbert Schlogel, ce téléfilm réalisé par Michel Sibra déploie magnifiquement les ressorts de la haine-amour qui lient un père et un fils au tempérament et au destin différents. Défendu par des acteurs d'une grande justesse Julien Guiomar dans le rôle du guérisseur, Alexandre Cros dans celui de Julien, Le Malingot cerne l'être humain, ses plaies, ses bosses, ses travers. Et son irrésistible propension à aller au bout de ses convictions. Les risques de la médecine parallèle et les catastrophes qu'elle peut provoquer sont également analysés avec intelligence et sensibilité. KARINE NAKACHE RADIO - TELEVISION NOTRE CHOIX 9.10, 13.00, .00, 21.45 et 1.35 Muzzik Mopiopio, souffle d'Angola Luanda, années 90 LABESSE PATRICK "J'AIMERAIS que les problèmes de guerre qu'on a en Angola se résolvent très vite pour que tous les Angolais qui sont ici [à Lisbonne] puissent rentrer au pays..." Dans un demi-sourire, avec une extrême pudeur, une femme se confie. Comme des milliers de ses compatriotes, elle a fui la tourmente qui déchire son pays, s'est installée au Portugal, "terre d'accueil" aléatoire où il a fallu s'accommoder du racisme et des blessures de l'exil. La musique est une manière de se rapprocher de la mère patrie. Le réalisateur angolais Zézé Gamboa, lui-même installé à Lisbonne, est parti à la rencontre des musiciens qui tissaient ce lien, depuis la capitale angolaise, au début des années 90. Dans les rues et les faubourgs de Luanda, on croise quelques-unes des figures composant alors le paysage musical : le groupe Kituxe, dont la musique jouée avec des percussions et un arc musical prend sa source dans les campagnes, Elias Dia Kimuezu, trente- trois ans de carrière, qui se présente comme "l'amant de la musique angolaise", le surprenant duo Nova Vaga (guitare et scie musicale, appelée "hawaïenne" par Zé Turra, son interprète). Il y a aussi Filipe Mukenga (ses chansons furent reprises par les Brésiliens Djavan et Flora Purim), Nany, Don Caetano, André Mingas... Mingas est le seul à donner (rapidement) quelques clés sur la musique angolaise, évoquant ses cousinages avec celle du Brésil. Une parenté flagrante, notamment dans le semba. On aurait aimé en apprendre plus sur ce rythme père de la samba brésilienne, mais aussi sur toutes les danses (kilapangas, rebitas, kabetulas) et les chants (lamentos) de l'Angola. Semée entre les images ou les témoignages d'un quotidien malmené par la guerre civile, la musique, souvent mal enregistrée, n'est ici pas vraiment mise en valeur. Plus qu'une approche musicale du pays, Mopiopio, souffle d'Angola est un portrait sensible et percutant (certains témoignages sont saisissants) de Luanda au début des années 90. Le film témoin consacré à la richesse de la musique angolaise, lui, reste à faire. PATRICK LABESSE RADIO - TELEVISION NOTRE CHOIX 20.45 RTBF 1 Les Barbouzes SICLIER JACQUES Un magnat de l'armement meurt, laissant en "héritage" à sa veuve des brevets d'armes atomiques, thermonucléaires et bactériologiques. Cinq agents secrets de différents pays cherchent à s'en emparer. Le plus drôle, le plus délirant des films d'espionnage parodiques de Georges Lautner. C'est devenu un classique jusque dans l'interprétation (Lino Ventura, Bernard Blier, Francis Blanche, Jess Hahn, Charles Millot, Mireille Darc...). Comme La Grande Vadrouille de Gérard Oury, on ne s'en lasse pas. JACQUES SICLIER FOOTBALL : en matches avancés de la première journée du championnat de France, Monaco a battu Lorient En matches avancés de la première journée du championnat de France de première division, Monaco a battu Lorient par 2 buts à 1, à Lorient, et Le Havre, à domicile, a concédé un nul (0-0) face à Metz. Le nouveau premier ministre japonais est critiqué jusque dans son propre parti PEDROLETTI BRICE TOKYO correspondance Une pluie de critiques acerbes, venues de l'opposition, de la presse mais aussi de son propre parti, s'est abattue, samedi 8 août, sur le nouveau premier ministre japonais après son discours de politique générale prononcé la veille devant la Diète. Pourtant, Keizo Obuchi aurait difficilement pu promettre plus : le nettoyage des mauvaises créances du système financier; plus de 10 000 milliards de yens de plan de relance; près de 7 000 milliards de yens de réductions fiscales et l'abandon de la loi d'austérité budgétaire, mesures qui étaient réclamées tout à la fois par les marchés, les économistes et les Etats-Unis. L'enthousiasme n'est pourtant pas au rendez-vous. Et la Bourse de Tokyo a terminé en dessous du seuil psychologique des 16 000 points. Sur les chaînes de télévision japonaises, beaucoup moins consensuelles que la presse écrite, les commentateurs s'en donnaient à coeur joie, soulignant le manque d'ardeur du premier ministre et le flou des détails. "Ce sont les bureaucrates qui ont écrit le texte. Il n'y a pas de projet concret", expliquait le commentateur politique Makoto Sako. Ailleurs, on souligne qu'Obuchi n'a pas su convaincre, malgré l'emploi répété d'expressions telles que "mettre en action", "responsabilité" et "détermination". Dans l'opposition, les critiques sont virulentes : Naoto Kan, chef du Parti démocrate, donne 30 points sur 100 au premier ministre, du Parti libéral-démocrate (PLD). Première formation de l'opposition, vainqueur des sénatoriales du 12 juillet, le Parti démocrate est opposé au projet des banques-relais tel qu'il est proposé par le PLD, soupçonné de vouloir une fois de plus protéger ses principaux soutiens financiers. Takako Doi, chef du Parti socialiste, estime que M. Obuchi est au bord du précipice. Même dans les rangs du PLD l'harmonie ne semble pas revenue. La bouillonnante Makiko Tanaka, députée PLD et fille de l'ancien premier ministre Kakuei Tanaka, a jugé que "le discours d'Obuchi manque de force. C'est le début du gouvernement [Obuchi], mais ça ressemble déjà à la fin du cabinet Hashimoto."M. Obuchi aura sans doute du mal à se départir de ce péché originel, qui lui a valu d'être l'élu le moins populaire d'un parti qui, de plus, a été désapprouvé par une consultation électorale. En revanche, l'urgence de la crise plaide en sa faveur. Les éditoriaux de la presse écrite en appellent à la responsabilité de l'opposition. LE TEST DES BANQUES-RELAIS Le PLD mise sur les qualités de conciliateur de M. Obuchi pour faire passer à la Diète, cet automne, les six lois sur les banques-relais. Celles-ci seront un dossier-test d'un double point de vue : politique, car un affrontement avec l'opposition signifierait la fin du cabinet Obuchi et pourrait se conclure par la tenue d'élections législatives anticipées, que craint plus que tout le PLD; et économique, car il s'agit en fait de constituer un cadre pour une mise en faillite "propre" et moins traumatisante, puisque 13 000 milliards de yens de fonds publics seront mobilisés à cet effet des établissements financiers non viables. Que les administrateurs publics, chargés selon les propositions de loi de liquider lesdits établissements, manquent de crever l'abcès, comme le craint le Parti démocrate, et l'économie japonaise s'enfoncera un peu plus dans le marasme. Quant à la mise au placard des lois d'austérité budgétaire et au vote de la loi sur les réductions fiscales, ils ne se feront qu'en 99. Car "le gouvernement devrait envisager de prolonger la session actuelle [du Parlement] au-delà du 7 octobre pour que ces lois soient adoptées d'ici à la fin de l'année", écrit l'éditorialiste du Yomiuri Shimbun. Le temps risque cette fois de manquer au PLD, qui, pour en éluder la responsabilité, a formidablement temporisé dans la gestion d'une crise aux effets longtemps repoussés : ceux du krach immobilier et financier de 91. BRICE PEDROLETTI Lors de sa mise en examen, M. Léotard a refusé de signer le procès-verbal Soupçonné de "blanchiment d'argent", le président de l'UDF s'indigne GATTEGNO HERVE CAMPÉ sur une ligne de défense très dure, le président de l'UDF, François Léotard, a non seulement refusé de s'expliquer sur les faits qui lui sont reprochés, vendredi 7 août, dans le cabinet des juges Eva Joly et Laurence Vichnievsky, mais il n'a pas même voulu signer le procès-verbal de sa comparution. Dénonçant, en son nom, "une mise en scène savamment médiatisée", l'un de ses avocats, Me Jean Veil, a indiqué au Monde, samedi matin 8 août, que ce refus constituait une "manifestation de son indignation". Mis en examen pour "blanchiment d'argent", de même que son plus proche collaborateur, Renaud Donnedieu de Vabres, député (UDF-DL) d'Indre-et-Loire, M. Léotard avait violemment réagi à la présence de journalistes à sa sortie du bureau des juges d'instruction. "Allez vous faire foutre !", a lancé l'ancien ministre de la culture à ceux qui tentaient de l'interroger, allant jusqu'à menacer l'un d'eux en ces termes, rapportés par l'AFP : "Toi, ferme ta gueule ou je te fous mon poing sur la gueule." Accompagné par ses défenseurs, Me Georges Jourde et Jean Veil, il a été entraîné par l'un d'eux, au moment où il s'avançait vers les journalistes. "L'énervement manifesté par François Léotard résultait de ce qu'il s'est senti délibérément humilié par une convocation inutile au palais de justice, alors que la loi prévoit la possibilité d'une mise en examen par lettre recommandée, a précisé Me Veil. Pour lui, cette mesure s'inscrivait dans une mise en scène annoncée par voie de presse, savamment médiatisée." Les avocats ont d'ailleurs tenté, mais en vain, de faire convertir par les juges cette convocation en une mise en examen par courrier. Jeudi, France-Soir et Le Monde avaient annoncé la convocation et la mise examen de MM. Léotard et Donnedieu de Vabres. CONSIGNE DE SILENCE Aucun des deux hommes ne s'est exprimé, depuis, sur les circonstances dans lesquelles l'ancien Parti républicain (PR) rebaptisé Démocratie libérale (DL) avait fait déposer au Luxembourg, en juin 96, 5 millions de francs en espèces, afin de garantir un prêt du même montant, consenti au parti par une coopérative financière italienne, le Fondo sociale di cooperazione Europea (FSCE). Tout au plus ont- ils, via leurs avocats, "contesté les charges" retenues à leur encontre. "M. Léotard n'est soupçonné d'aucun enrichissement personnel, a observé Me Veil. Nous démontrerons qu'il a agi dans l'intérêt du PR, dans la légalité." Egalement mis en examen pour "blanchiment", le maître d'oeuvre du montage italo- luxembourgeois, Serge Hauchart, autre proche de M. Léotard, avait affirmé aux enquêteurs que les 5 millions de francs en espèces provenaient d'une réserve de "fonds spéciaux" du gouvernement, constituée depuis plusieurs années par les dirigeants du PR. Confirmée par l'entourage de M. Léotard, cette version n'explique pas pourquoi l'ancien chef du PR aurait donné pour instruction, avant d'abandonner la tête du parti à Alain Madelin, en juin 1997, de "garder le secret sur le dépôt d'espèces", ainsi que l'a affirmé le directeur financier du PR, Antoine de Menthon. Pour avoir signé le contrat de prêt, ce dernier avait, lui aussi, été mis en examen. Pour avoir respecté cette consigne de silence, M. de Menthon a été licencié du parti, vendredi 7 août. HERVE GATTEGNO Projet d'accord sur les médicaments génériques BEZAT JEAN MICHEL LE GOUVERNEMENT et les organisations représentatives des pharmaciens sont parvenus à "un projet de protocole d'accord global sur la pharmacie d'officine", a annoncé, vendredi 7 août, le ministère de l'emploi et de la solidarité. Ce texte, qui doit être soumis début septembre aux instances délibérantes de ces syndicats "en vue de sa signature", prévoit notamment que les pharmaciens auront le droit de substituer un générique (copie d'un médicament dont le brevet est tombé dans le domaine public) à un autre générique, mais surtout à un médicament de référence (princeps) plus coûteux. Ce droit de substitution, qui leur était jusqu'à présent refusé (sauf urgence), devra être inscrit dans la loi. Le développement de ces produits moins chers affectera la marge financière des vingt-deux mille officines et, en conséquence, le revenu des pharmaciens. Aussi Martine Aubry avait-elle indiqué, le 6 juillet, en présentant ses mesures de réforme de l'assurance-maladie, que la négociation porterait sur "une évolution du système de marge des pharmaciens". Les syndicats de pharmaciens ont déjà accepté le principe d'une réforme de leur mode de rémunération. Selon une estimation du ministère, un développement systématique des génériques à des prix inférieurs de 30 % à ceux des molécules de référence permettrait à l'assurance-maladie de réaliser 4 milliards de francs d'économies. Mme Aubry s'est fixé comme objectif un doublement, d'ici à la fin de 99, de la place de ces médicaments (moins de 5 % du marché aujourd'hui). S'il est admis que les médecins soumis à la pression des visiteurs médicaux des "labos" auront le droit de refuser la substitution, ils devront justifier ce refus. LA SÉCU ET L'UTILITÉ MÉDICALE Ce début d'accord s'inscrit dans le cadre plus large d'une révision de la politique du médicament, un des principaux postes de dépenses de la Sécurité sociale. Mme Aubry a annoncé le lancement, en septembre, d'un "plan triennal" de révision de l'utilité médicale, des prix et des taux de remboursement des quelque six mille médicaments vendus en pharmacie. Elle a prévenu que "cette réévaluation se fera sur la base de critères médicaux (...) afin de renforcer les exigences sanitaires fixées pour l'admission au remboursement". En décidant d'exclure de la liste des médicaments remboursables un produit des laboratoires Pierre Fabre, le Maxepa (Le Monde daté 2-3 août), elle a frappé les esprits dans le monde de l'industrie pharmaceutique. Les experts du gouvernement jugent que cette politique, fondée sur le service médical rendu, va entraîner la restructuration trop longtemps différée, selon eux de ce secteur, qui emploie 85 000 personnes. JEAN-MICHEL BEZAT CINÉMA : Marco Müller, directeur du Festival de Locarno, a annoncé sa démission Marco Müller, directeur du Festival de Locarno depuis 92, a annoncé sa démission, le jour même de l'ouverture de la manifestation tessinoise qui a lieu du 5 au 16 août. Dans un communiqué, le président du festival, Raimondo Rezzonico, affirme que "les tractations avec le directeur reprendront une fois le festival terminé". 2 TELEVISION Une sélection de documentaires France 3 Ernest Hemingway, une bruyante solitude Pierre Guglielmina et Arnaud de Sélignac (1996, 52 min). CADET VALERIE C'est l'un des plus beaux documents de la collection "Un siècle d'écrivains". Découpage et montage sophistiqués, pour une évocation en chassés-croisés qui traverse sans emprisonner cette figure mythique de la littérature du XXe siècle : Ernest Hemingway (1899-1961), écrivain américain né, en tant que tel, dans l'Europe de l'entre-deux-guerres. Cinq voix comme interprètes du tableau Philippe Labro, Philippe Sollers, Jérôme Charyn, Jim Harrison et Henry Villard, compagnon d'armes Hemingway en 18. Débordant la légende et textes à l'appui, aperçus d'un lutteur constamment au plus près de l'action, toujours au bon endroit et au bon moment; esprit enfantin "animalement heureux" pour avoir survécu à l'étouffement d'une éducation puritaine. Les grands espaces, les femmes, la tauromachie, et l'invention de l'omission volontaire dans une écriture sans pathos. Pour mot d'ordre : "La grande chose, c'est de durer, de faire son travail, de voir, d'entendre, d'apprendre et de comprendre. Et écrire lorsqu'on sait quelque chose, et non avant, ni trop longtemps après." VALERIE CADET Diff. : mercredi 12 à 23 h 50. 2 LE MONDE RADIO TELEVISION MULTIMEDIA Une sélection de documentaire Planète Le Temple souterrain du communisme Igor Minaïev (1991, 53 min). HUMBLOT CATHERINE C'est en 35 que Staline inaugure la première ligne du métro de Moscou. Igor Minaïev, réalisateur ukrainien, esquisse un parallèle époustouflant entre l'architecture des stations souterraines et celle des églises, que l'on démolissait au même moment par milliers. En longs et lents travellings, la caméra découvre les voûtes, les marbres, les coupoles, les statues de bronze, les nefs centrales avec leurs bas-côtés. Dans les médaillons, les soldats, les paysans, les sportifs, les écoliers ont pris la place des saints. Ce très étonnant document contemple la beauté mystique des lieux tout en démontant le mythe. Le métro comme substitut du religieux. Des archives-trésors : l'inauguration en 1935 par Staline, et les petits films de propagande. CATHERINE HUMBLOT 2 TELEVISION Une sélection de documentaires Arte György Sebök, une leçon de musique Etienne Blanchon (1998, 57 min). CADET VALERIE Une magnifique illustration du génie de la transmission. Depuis vingt-cinq étés, le pianiste hongrois György Sebök anime une masterclass dans un petit village du Valais suisse, à Ernen. Auprès de ce maître généreux, des musiciens du monde entier, jeunes virtuoses ou solistes aguerris, viennent soigner la fleur de leur art et délier leurs entraves. Ecoute exceptionnelle, voix et regard fondus de bienveillance, patience et profondeur des gestes et de la parole. Une merveille. VALERIE CADET Diff. : dimanche 16 à h 30. DOC : avec photo TELEVISION Les films de la semaine par Jacques Siclier SICLIER JACQUES LUNDI 20.45 Arte The Snapper Film britannique. Stephen Frears (1993). Avec Tina Kellegher, Colm Meaney (v.o.). A Dublin, une jeune caissière de supermarché se retrouve enceinte après un rapport sexuel vite fait, mal fait. Elle ne peut donner le nom du père de son enfant et invente, pour sa famille, une liaison avec un matelot espagnol de passage. Or un voisin quadragénaire revendique la paternité. Il abandonne son épouse et ses enfants. Stephen Frears, revenu en Grande-Bretagne après ses expériences hollywoodiennes, a renoué avec la comédie sociale humoristique, exaltant ici, dans un style dynamique et des bagarres burlesques, la joie de vivre des gens du peuple. 20.50 TF 1 Je vais craquer Film français. François Leterrier (1980). Avec Christian Clavier, Nathalie Baye. Un jeune cadre bien tranquille marié et père de famille se trouve entraîné dans la vie parisienne nocturne et la "liberté sexuelle" des snobs. Adaptation d'une bande dessinée de Lauzier dont la méchanceté a été adoucie. Les acteurs ressemblent bien aux personnages. 20.50 France 3 Le Mouton enragé Film franco-italien. Michel Deville (1973). Avec Jean-Louis Trintignant, Romy Schneider, Jean-Pierre Cassel. Un romancier raté, affligé d'un pied bot, entreprend de réaliser ses rêves de puissance en téléguidant un timide employé de banque. Il en fait un arriviste qui se sert des femmes. Un jeu pervers dans lequel chacun risque de perdre son coeur et son âme. Une comédie très cruelle sur le libertinage et le cynisme. Remarquable interprétation. 20.50 M 6 Parole d'homme Film britannique. Peter Hunt (1976). Avec Lee Marvin, Roger Moore, Barbara Parkins. En Afrique-Orientale, en 13-1914, un aventurier américain vivant du trafic de l'ivoire affronte, dans un conflit sans merci, le commissaire d'une province allemande du pays. Film d'aventures aux abondantes péripéties, à voir surtout pour les acteurs car la réalisation est d'une insigne platitude. 22.15 Arte (et samedi 15, 1.25) Embrasse-moi Film français. Michèle Rosier (1988). Avec Sophie Rochut, Dominique Valadié, Patrick Chesnais. Une fillette de onze ans dont les parents sont divorcés vit avec sa mère, pianiste de concert fréquemment absente, qui devient la maîtresse d'un jeune saxophoniste allemand. L'enfant passe les vacances d'été à Paris, erre en quête d'affection et de compréhension. Très belle étude de comportement filmée avec maîtrise, originalité, sensibilité. La jeune interprète est étonnante. 23.00 France 3 A la folie Film français. Diane Kurys (1994). Avec Anne Parillaud, Béatrice Dalle, Patrick Aurignac. Une femme- peintre vient d'accepter de vivre avec un jeune boxeur. Elle voit débarquer chez elle sa soeur qui a quitté mari et enfants. Une chronique complètement ratée, faute de structures dramatiques et psychologiques et de mise en scène appropriée, sur les rapports sado-masochistes de deux femmes. 23.00 M 6 Classe tous risques Film franco-italien. Claude Sautet (1960, N.). Avec Lino Ventura, Jean-Paul Belmondo, Sandra Milo. Un jeune truand vient en aide à un gangster chargé de deux enfants et traqué par la police. Le premier film important de Claude Sautet sur un sujet de série noire, d'après un roman de José Giovanni. 1.00 Arte Institut Benjamenta Film anglo-allemand. Stephen et Timothy Quay (1995, N.). Avec Mark Rylance, Alice Krige (v.o.). Un jeune homme va étudier à l'Institut Benjamenta, centre de formation pour employés de maison. Il y découvre un univers étrange et un règlement absurde. Libre adaptation d'un roman de Robert Walser, contemporain de Kafka. Premier long métrage de fiction de deux frères, cinéastes d'animation, qui ont joué la carte du surréalisme, pour une parabole parfois inquiétante, parfois humoristique. Tourné en noir et blanc, ce film, inédit en France, est d'une grande beauté plastique. Rediff. du vendredi 7 août. MARDI 20.50 TF 1 La Maison assassinée Film français. Georges Lautner (1987). Avec Patrick Bruel, Anne Brochet, Agnès Blanchot. Une nuit d'orage, en 86, une famille est assassinée dans un relais de poste provençal. Seul un bébé échappe au massacre. Des années plus tard, l'enfant du malheur devenu un homme revient au village pour connaître la vérité. Filmé comme un feuilleton télé de série. 21.00 France 2 En toute innocence Film français. Alain Jessua (1987). Avec Michel Serrault, Nathalie Baye, François Dunoyer. Un architecte découvre que sa belle-fille trompe son fils. Paralysé et muet, il guette, pensant qu'elle va le supprimer. De son côté, elle le guette. Curieux jeu de cache- cache entre deux êtres également antipathiques. Excellente interprétation. 22.40 TF 1 Psy Film français. Philippe de Broca (1980). Avec Patrick Dewaere, Anny Duperey, Michel Creton. Un étudiant de mai 68, reconverti en praticien de psychothérapie de groupe, voit surgir chez lui un ancien copain avec l'ancienne maîtresse qu'il lui avait prise, et un mauvais garçon, tous trois poursuivis par la police. Le réalisateur a cherché à tirer d'une bande dessinée de Lauzier une comédie au rythme sautillant. Résultat : un vaudeville de mauvais goût où Patrick Dewaere et Anny Duperey s'en tirent sans trop de dommage. 22.45 France 2 Péril en la demeure Film français. Michel Deville (1985). Avec Christophe Malavoy, Nicole Garcia, Richard Bohringer. En banlieue, un joueur de guitare bohème donne des leçons à la fille d'un couple bourgeois. La mère de l'adolescent devient sa maîtresse, une voisine le surveille, d'étranges événements se produisent. A partir d'un roman policier, les thèmes devilliens par excellence : manipulation occulte de l'individu, libertinage féminin, rapports pervers du couple. La mise en scène, très fluide, nous fait pénétrer dans un labyrinthe de fantasmes, et les acteurs connus sont surprenants. 0.55 Arte La Blonde explosive Film américain. Frank Tashlin (1957). Avec Jayne Mansfield, Tony Randall (v.o.). Un agent de publicité rêve de devenir un homme important dans sa firme. Une star de Hollywood, qui cherche à rendre jaloux son ami en titre, interprète de L'Homme de la jungle, accepte de faire passer l'ambitieux pour sa "poupée d'amour" dans une campagne publicitaire de rouge à lèvres. Délirante satire du cinéma, de la télévision, de la pub, à travers le phénomène que représentait alors Jayne Mansfield (elle avait déjà tourné avec Tashlin La Blonde et moi en 56). Le réalisateur, alors en pleine gloire, l'utilisait comme caricature de Marilyn Monroe. Les désopilantes "années Tashlin" sont, aujourd'hui, oubliées. A tort... Rediff. du dimanche 9 août. MERCREDI 1.40 Arte Mur murs Film français. Agnès Varda (1981). Avec Agnès Varda, Juliet Berto. Un documentaire sur les peintures murales de la région de Los Angeles : gigantesques fresques, souvent naïves, laissées comme un signe d'existence par les communautés qui n'ont pas d'autre accès à la culture. "Un documentaire tourné comme une fiction", dit Varda; en tous cas un témoignage passionnant sur Los Angeles et sur les cultures marginales, un regard personnel sur l'état du rêve américain. Rediff. du mardi 28 juillet. JEUDI 20.50 France 3 Le Schpountz Film français. Marcel Pagnol (1937, N.). Avec Fernandel, Orane Demazis. Le neveu d'un modeste épicier de Provence, un peu naïf et fou de cinéma, se laisse jouer un mauvais tour par une troupe de passage qui lui signe un faux contrat. Il se rend à Paris, où il devient accessoiriste avant de connaître la gloire avec un grand rôle. Bien qu'un peu bavard, ce film est drôle et émouvant. 20.50 M 6 Le Débutant Film français. Daniel Janneau (1986). Avec Francis Perrin, Julien Guiomar.Un électricien de province suit une compagnie théâtrale à Paris. Il prend des cours et devient un acteur comique. Un film quelque peu autobiographique en ce qui concerne Francis Perrin. 22.35 Arte Un été capricieux Film tchèque. Jiri Menzel (1968). Avec Rudolf Hrusinsky, Vlastimil Brodsky (v.o.). Trois amis, un maître-nageur, un chanoine et un commandant à la retraite, discutent, l'été, au bord d'une rivière. Une roulotte de saltimbanques arrive au village, ramenant un funambule et sa compagne. Celle-ci trouble les trois hommes. Une pochade dont le réalisme languissant invite tout juste à la rêverie. 23.25 France 3 On aura tout vu Film français. Georges Lautner (1976). Avec Pierre Richard, Miou-Miou, Jean- Pierre Marielle. Un photographe publicitaire accepte la commande d'un sujet pornographique. Son amie, comédienne de café-théâtre, ne le supporte pas. Sur un excellent scénario de Francis Veber, la satire burlesque d'un certain cinéma. VENDREDI 23.50 Arte Les Confessions du chevalier d'industrie Felix Krull Film allemand. Kurt Hoffmann (1957, N.). Avec Horst Buchholz, Liselotte Pulver (v.o.). Le fils d'un fabricant de vin mousseux en faillite échappe au service militaire en simulant une crise d'épilepsie. Il part pour Paris afin de faire carrière dans l'hôtellerie. Liftier d'un palace, il remporte beaucoup de succès auprès des femmes, ce qui va le mener loin. Adaptation du dernier roman resté inachevé de Thomas Mann. Un roman picaresque et d'initiation dont le réalisateur, spécialiste de la comédie germanique et de l'opérette filmée, a fait un divertissement légèrement satirique façon "miracle économique allemand". Allons- y de la nostalgie : Horst Buchholz et Liselotte Pulver, alors populaires en France, avaient bien du charme. DIMANCHE 20.45 Arte Antoine et Antoinette Film français. Jacques Becker (1947, N.). Avec Roger Pigaut, Claire Cafféi, Noël Roquevert, Annette Poivre. Antoine, massicotier dans une imprimerie, marié à une employée de Prisunic, rêve d'avoir une moto. Antoinette achète un billet de loterie. Le couple gagne le gros lot mais en allant le toucher, Antoine perd son portefeuille contenant le billet. Après avoir peint le milieu paysan dans Goupi Mains rouges et le milieu de la haute couture dans Falbalas, Becker, sur un scénario auquel participa Françoise Giroud, s'est intéressé au milieu ouvrier parisien. Bel exemple de réalisme quotidien, ce film est également une réussite de comédie psychologique. 20.50 TF 1 Dernier été à Tanger Film français. Alexandre Arcady (1986). Avec Valéria Golino, Thierry Lhermitte, Vincent Lindon. En 56, Tanger, ville internationale, va être rattachée au Maroc. Un détective privé travaille pour une mystérieuse jeune femme qui vient assouvir une vengeance. Scénario de film noir, personnages stéréotypés. 21.00 France 2 La Bataille d'Angleterre Film britannique. Guy Hamilton (1969). Avec Michael Caine, Curd Jurgens, Laurence Olivier. Le 10 août 40, deux mille cinq cents bombardiers de la Luftwaffe attaquent les terrains d'aviation anglais. Evocation spectaculaire de la bataille aérienne à laquelle le peuple britannique, mobilisé, résista avec ténacité. La mise en scène a privilégié les scènes d'action. Le sujet aurait pu être beaucoup mieux traité. 23.00 TF 1 Sans peur et sans reproche Film français. Gérard Jugnot (1988). Avec Gérard Jugnot, Rémi Martin, Ann-Gisel Glass. A la fin du XVIe siècle, pendant les guerres d'Italie, un capitaine vieillissant, hargneux et manchot, prend sous sa coupe un jeune écuyer qui deviendra le chevalier Bayard. Une comédie bête et vulgaire. 0.05 France 3 Le Grand Jeu Film franco-italien. Robert Siodmak (1953). Avec Jean- Claude Pascal, Arletty, Peter van Eyck, Gina Lollobrigida. Un avocat parisien s'est ruiné et livré à des affaires frauduleuses pour sa maîtresse mondaine. Il est obligé de s'engager dans la légion étrangère. Quatre ans plus tard, en garnison dans le Sud algérien, il rencontre une prostituée ressemblant étrangement à la femme qu'il aime et n'a pu oublier. Version "modernisée", et privée de sa mythologie romanesque, du film de Jacques Feyder (1934). A voir surtout pour Arletty, Jean-Claude Pascal et Peter van Eyck. Dans un double rôle,la star Lollobrigida est à côté de la plaque. SICLIER JACQUES TELEVISION Les films de la semaine par Jacques Siclier Canal + SICLIER JACQUES Premières diffusions Angel Baby Film australien. Michael Rynner (1996). Avec John Lynch, Jacqueline McKenzie. Un jeune informaticien psychologiquement fragile rencontre au cours d'une psychothérapie de groupe une schizophrène à laquelle son "ange gardien" est censé transmettre des signes. Ils s'éprennent l'un de l'autre et décident de vivre ensemble. Le réalisateur a navigué avec prudence et honnêteté entre tous les écueils mélodramatiques et manichéistes de cette chronique de l'amour et de la vie à deux chez les malades mentaux. L'Incroyable Voyage à San Francisco Film américain. David R. Ellis (1996). Avec Veronica Lauren, Kevin Chevalia. Un golden retriever, un bouledogue et une chatte qui n'ont pas voulu aller camper au Canada avec leur famille humaine se retrouvent seuls et perdus dans San Francisco. Une suite de L'Incroyable Voyage. Cela ne vaut pas, hélas ! les fables de La Fontaine... Monsieur Coccinelle Film français. Bernard-Deschamps (1938, N.). Avec Pierre Larquey, Jane Lory, Jeanne Provost, Robert Pizani. Un fonctionnaire d'un ministère parisien vit en banlieue avec sa femme, une mégère, et sa tante, vieille demoiselle attendant son amour de jeunesse, un illusionniste. Au moment où il va revenir, elle tombe en léthargie. On la croit morte, et on pense à l'héritage. Invisible depuis une reprise de 41, sauf en vidéo, ce curieux film s'apparente au réalisme poétique avec, en plus, un sens très aigu de la caricature sociale et de la féerie. Il est remarquablement interprété par des acteurs qu'on n'employait, à l'époque, que dans les seconds rôles et les rôles de complément. Ce sont autant de types humains. Lire notre article page 7. Tieta do Brasil (Tieta do Agreste) Film brésilien. Carlos Diegues (1996). Avec Sonia Braga, Marilia Pera, Chico Anysio. Une femme revient à son village natal, Sant'Ana do Agreste, vingt-six ans après en avoir été chassée par son père pour avoir fait l'amour avec un berger. Elle est veuve d'un riche industriel de Sao Paulo et accompagnée de la fille de son mari défunt. Adaptation d'un roman de Jorge Amado. Le point de départ ressemble à La Visite de la vieille dame de Friedrich Dürrenmatt, mais l'histoire est bien différente, même si l'on trouve également ici un bouleversement de l'ordre établi. Carlos Diegues n'est plus ce qu'il était dans les années 60; la mise en scène retient pourtant l'attention. Les Nouveaux Mecs Film allemand. Sönke Wortmann (1995). Avec Til Schweiger, Katja Riemann. Chassé par sa compagne lasse de ses infidélités, un jeune homme à la rue est hébergé quelques jours par un homosexuel. Il découvre le monde des "nouveaux mecs". Piteuse adaptation d'une bande dessinée de Ralph König, très populaire en Allemagne (et qui a été publiée en France). On n'y retrouve ni l'ironie, ni la dérision, ni la verve caustique du modèle. Les Mille Merveilles de l'univers Film français. Jean-Michel Roux (1996). Avec Tcheky Karyo, Julie Delpy. Interdit au moins de douze ans. Un mystérieux nuage rouge provoque la disparition de 12 000 habitants d'une zone portuaire, qui est mise en quarantaine. Un astrophysicien et ufologue est envoyé en mission avec une petite équipe. A-t-on affaire à des extraterrestres ? Un scénario original, une esthétique, en couleurs, de BD façon Enki Bilal. Pas si mal malgré le manque de moyens. L'Aventure, c'est l'aventure Film français. Claude Lelouch (1972). Avec Lino Ventura, Jacques Brel, Charles Denner. Cinq truands sans grande envergure se recyclent dans le banditisme international pour réaliser de gros profits. Les héros de Lelouch sont les Pieds nickelés du monde moderne. Un monde pas joli du tout. Le réalisateur est sans illusions, mais il a choisi de faire rire du cynisme politique, de la corruption, avec une mise en scène burlesque et des acteurs sympathiques. Camilla Film anglo-canadien. Deepa Mehta (1994). Avec Jessica Tandy, Bridget Fonda.Une jeune chanteuse, en vacances au bord de la mer avec son mari, fait la connaissance d'une violoniste qui fut autrefois célèbre. Elles se lient d'amitié. La vieille dame entraîne la chanteuse dans un voyage sur les traces de son passé. Film romanesque, empreint de nostalgie, porté par l'interprétation de Jessica Tandy, dont ce fut le dernier rôle (elle mourut à l'automne 94). SICLIER JACQUES 6 LE MONDE TELEVISION RADIO MULTIMEDIA LES GRANDES AFFAIRES DU NET (4) Amazon, le best-seller d'Internet L'avènement du commerce électronique provoque des bouleversements en profondeur dans divers secteurs d'activité. Aux Etats-Unis, la bataille opposant une librairie virtuelle au géant de la distribution traditionnelle Barnes & Noble symbolise cette mutation MULARD CLAUDINE L'IDÉE qui a présidé à la création d'Amazon.com était si simple un livre commandé sur Internet est livré à domicile deux jours après que même son créateur n'avait pas réalisé qu'il allait révolutionner le marché du livre aux Etats-Unis. Un jour du printemps 94, Jeffrey Bezos, trente ans et une double formation d'informaticien et de financier, tombe en arrêt devant cette prévision : cette année-là, le nombre des usagers de l'Internet allait croître de 2 300 %. Une question pratique lui vient aussitôt à l'esprit : quelle est la marchandise la mieux adaptée à la vente en ligne ? Il dresse une liste d'une vingtaine de produits, et se livre à une étude rapide : les livres arrivent en tête "parce que c'est la catégorie qui possède le plus grand nombre d'articles". Il existe, en effet, actuellement trois millions de titres en langue anglaise en circulation dans le monde, bien plus que pour les disques compacts (trois cent mille titres), les films en cassettes vidéo ou les modèles de chaussures... Or, dans le meilleur des cas, une très grande librairie peut proposer cent mille titres. En d'autres termes, le livre dispose de la plus grande marge de progression entre l'offre réelle des librairies d'aujourd'hui et l'offre virtuelle d'Internet demain. Dans cette différence, Bezos sait voir l'émergence d'un nouveau marché. Il quitte sur-le-champ un très bon poste à Wall Street, et part pour la Côte ouest : "Il se trouve que j'aime beaucoup les livres, mais ce n'était pas là ma principale motivation", reconnaît-il sans détours. En juin, après trois ans d'activité, Amazon.com annonce qu'elle a servi plus de deux millions et demi de clients au cours des douze derniers mois et a répertorié près de trois millions de titres disponibles. Lorsqu'une demande porte sur un livre rare ou épuisé, elle se charge de le retrouver chez les libraires d'occasion. Le site propose également une foule de services annexes : messagerie informant le client du progrès de sa commande en temps réel, Salon littéraire où les lecteurs envoient leurs notes de lecture, magazine... Même si la société ne fait toujours pas de bénéfices, le succès d'Amazon.com auprès des internautes constitue pour les marchés la preuve concrète du formidable potentiel du commerce électronique. Depuis son introduction en Bourse au printemps 1997, l'action Amazon est passé de 9 à 130 dollars (de 54 à 780 francs). Jeff Bezos a choisi de s'installer à Seattle, dans l'Etat de Washington, parce que la région, qui abrite le siège de Microsoft, est un réservoir de "geeks", ces obsédés d'informatique et de réseaux qui vivent déjà dans le monde de demain. "I am a geek !", avoue en riant Jeffrey Bezos, qui, dans la plus pure tradition des pionniers de la Silicon Valley, a démarré son entreprise dans son garage. Aujourd'hui, il dirige ses mille employés depuis son petit bureau d'un modeste immeuble de trois étages du centre-ville. A quelques kilomètres de là, dans une zone industrielle, de jeunes manutentionnaires s'affairent dans d'immenses hangars remplis d'étagères de livres et de matériel d'expédition perfectionné. Le rythme de travail est soutenu, car tout le monde prend la satisfaction du client et la qualité du service très au sérieux. Le style des employés reflète la mode grunge née à Seattle, patrie du groupe Nirvana : cheveux teints de toutes les couleurs, nez percés, tatouages. Pourtant, tout le monde semble avoir intégré la discipline d'entreprise : lorsqu'on travaille dans une société cotée en Bourse, on peut s'habiller comme on veut à condition de faire attention à ce qu'on dit... Car la compétition fait rage sur le marché du livre, qui représente 26 milliards de dollars (156 milliards de francs) de ventes aux Etats-Unis et 82 milliards (près de 500 milliards de francs) à l'échelle mondiale. Amazon.com n'est encore qu'une goutte d'eau, représentant environ 1 % de parts de marché. Mais, en prenant le nom du plus grand fleuve du monde pour faire savoir qu'elle a l'intention de devenir la plus grande librairie du monde, la nouvelle venue a heurté de plein fouet les distributeurs traditionnels. Il y a un an, le géant Barnes & Noble, un réseau national d'un millier de librairies très connu du grand public, n'a pas hésité à attaquer Amazon.com en justice, estimant que son slogan, "La plus grande librairie de la Terre", était une publicité mensongère, car en réalité les entrepôts de Seattle ne contiennent en moyenne que 2 000 titres. Forte de son chiffre d'affaires de 2,5 milliards de dollars (15 milliards de francs) et de son catalogue de 400 000 titres, Barnes & Noble revendiquait le titre de "plus grand vendeur de livres du monde", tout en s'empressant d'ouvrir sa propre boutique électronique sur Internet. Aussitôt, Amazon.com contre-attaque sur le terrain judiciaire. Finalement, les deux parties renoncent à leur guerre, mais l'incident fait une énorme publicité à Amazon, qui apparaît aux yeux de l'opinion comme la jeune société dynamique que de grands méchants loups cherchent à dévorer à la naissance. Très vite, de nouveaux rivaux sont apparus sur le Web, comme Borders Books, autre grande chaîne de librairies. Amazon.com est désormais confronté à des distributeurs dont les capacités d'achat permettent d'obtenir de substantielles remises auprès des maisons d'édition, et a dû aligner ses prix. Pour poursuivre son expansion, Amazon.com mise sur le marketing et la diversification. Son budget publicitaire représente plus d'un tiers du chiffre d'affaires : campagnes d'affichage, spots radios, pleines pages dans les suppléments littéraires des grands journaux... En outre, elle a su se rendre omniprésente sur le Web, en négociant le placement de bandeaux publicitaires et de liens sur les sites les plus fréquentés du réseau, tels Yahoo !, AOL, GeoCities ou Excite, et en passant des accords avec d'autres boutiques virtuelles. Le succès est attesté par l'évolution de la clientèle. Les premiers acheteurs, pionniers du Net, se précipitaient sur les manuels d'informatique, mais en 97 le titre le plus vendu fut Into Thin Air, de Jon Krakauer, un compte rendu d'une ascension malheureuse de l'Everest. Si l'on se fie aux commandes anticipées, le best- seller de 98 pourrait être le prochain roman de Tom Clancy, Rainbow Six. Par ailleurs, Jeffrey Bezos s'est lancé dans une stratégie de diversification très ambitieuse. Depuis quelques mois, Amazon.com propose des cassettes audio et vidéo, des jeux et même des films numérisés sur support DVD. D'autre part, 20 % de la clientèle réside à l'étranger, et Jeffrey Bezos rêve déjà de distribuer des livres dans toutes les langues, vers tous les pays. Pour y parvenir, il a racheté les deux leaders européens de la vente de livres en ligne, Telebuch en Allemagne et Bookpages en Grande-Bretagne, ainsi qu'Internet Movie Database, la plus grande base de données consacrée au cinéma sur Internet. Enfin, Amazon.com vient de débourser 280 millions de dollars (environ 1,7 milliard de francs) pour prendre le contrôle de deux sociétés américaines de services opérant sur Internet : PlanetAll, qui propose aux internautes des carnets d'adresses personnalisés mis à jour automatiquement, et surtout Junglee, qui a developpé un logiciel permettant de répertorier n'importe quel produit vendu sur Internet, et de comparer les prix pratiqués par différentes boutiques concurrentes. Si Amazon réalise l'intégration de toutes ses nouvelles acquisitions, la première librairie du Web pourrait rapidement abandonner sa vocation initiale pour se transformer en un vaste supermarché virtuel proposant les produits les plus divers. CLAUDINE MULARD www.amazon.com www.barnesandnoble.com www.borders.com www.telebuch.com www.bookpages.com www.imdb.com www.planetall.com www.junglee.com DOC : texte accompagné de trois photos 7 LE MONDE TELEVISION RADIO MULTIMEDIA LES GRANDES AFFAIRES DU NET (4) Amazon, le best-seller d'Internet Les magasins électroniques en savent-ils trop sur leurs clients ? A chaque déplacement dans une boutique virtuelle, à chaque clic, l'acheteur en ligne ajoute une information à son "profil de consommateur" établi et stocké automatiquement. Comme de nombreux autres services de vente sur Internet, Amazon.com utilise ces données pour mieux "guider" ses clients. Jeffrey Bezos compare ces recommandations à celles d'un libraire de quartier qui, grâce aux précédents achats de ses clients réguliers, connaît leurs goûts littéraires et se permet de leur suggérer tel roman ou nouvel auteur : "En interne, nous appelons cela l'accélération du processus de découverte. Il y a peut-être cinq cents livres qui pourraient avoir une grande influence sur votre vie, mais il ne vous est pas facile de les découvrir. La technologie peut faciliter ce processus. Le Net permet d'ouvrir une boutique personnalisée, rien que pour vous." Jeff Bezos, dont le concept favori est le "marketing par affinités", admet que, "s'agissant du respect de la vie privée, nous avons une responsabilité" : s'ils veulent convaincre les consommateurs encore réticents, les pionniers du commerce sur Internet doivent à présent établir les règles du jeu de leur nouvelle frontière électronique. 8 LE MONDE TELEVISION RADIO MULTIMEDIA ACTUALITE Opération "Tailwind" : Le Net contre la télévision Un appel à témoins mené par courrier électronique a permis de démonter un faux scoop de CNN PISANI FRANCIS LE 7 juin, la grande chaîne d'information américaine CNN diffuse un reportage révélant qu'en 70, au cours de l'opération secrète "Tailwind" menée au Laos, les forces spéciales de l'armée des Etats-Unis auraient utilisé le sarin, un gaz de combat, pour exterminer des soldats américains déserteurs. L'information est reprise par le magazine Time. Or, trois semaines plus tard, après une vaste campagne de protestation menée par de nombreux anciens combattants, CNN doit se rétracter, reconnaissant qu'elle ne possède aucune preuve (Le Monde du 4 juillet). CNN s'est trop souvent posée en donneur de leçons pour que les autres médias se retiennent de souligner ce faux pas. Le magazine New Yorker lui consacre un long article dans son numéro du 3 août, tandis que le New York Times continue à y faire référence régulièrement. De son côté, le magazine Forbes a choisi un angle original dans un article intitulé : "Humiliés par l'Internet" : "Bonne nouvelle, Internet donne aux citoyens américains la possibilité de résister face aux puissants médias." L'article rappelle tout d'abord que l'ancien général Perry Smith, conseiller de CNN pour les questions militaires, avait démissionné pour protester contre la diffusion du reportage, sans que personne bronche jusqu'à ce qu'il ait recours à Internet : "Il m'a fallu trois jours pour faire le travail qu'April Oliver [la productrice du reportage] a fait en huit mois", raconte Perry Smith, qui utilisa le courrier électronique pour envoyer une liste de questions à trois cents personnes susceptibles de témoigner. Très vite, il reçoit des réponses crédibles, dont celle d'un ancien "béret vert" (commando), qui avait déjà envoyé de son côté cinq cents messages. Ainsi, de nombreux anciens combattants se mobilisent pour protester et faire connaître leur version des faits. Le 23 juin, ils organisent une conférence de presse et, le 2 juillet, CNN doit reconnaître que "les faits ne permettaient pas de soutenir les conclusions du reportage", et présente ses excuses publiques. Deux responsables de l'émission sont licenciés, une autre démissionne. Quelques jours plus tard, le Pentagone fait savoir officiellement que l'armée américaine n'a pas utilisé de gaz de combat lors de cette opération. Forbes remarque notamment que, "Tailwind" étant classée "top secret", la bureaucratie aurait sans doute mis un temps fou avant de publier la moindre information : "Sans Internet, il aurait fallu des mois pour établir les faits, et cela n'aurait plus intéressé grand monde." En plus du courrier électronique, les "bérets verts" possèdent un site Web qui vaut le détour. Se présentant comme un poste militaire adapté à l'ère des communications interactives, le "PC de Bob le Ranger" propose un ensemble d'informations et de documents sur l'opération "Tailwind", appuyés par des témoignages. Le visiteur, rebaptisé "volontaire" car il peut s'engager dans la croisade contre les médias, tombe sur une "déclaration de guerre" lancée par "les honorables anciens combattants des Etats-Unis". En vertu de quoi, "il est collectivement autorisé et ordonné d'utiliser contre CNN tous les moyens des personnes et organisations impliquées". Une page affiche un body count (décompte des cadavres, comme après une bataille), en quatorze cases. Y sont inscrits les noms des victimes désignées, dont bien sûr Ted Turner, rebaptisé "M. Jane Fonda" pour rappeler que son épouse fut jadis une opposante farouche à la guerre du Vietnam, ce que les militaires n'ont pas pardonné. Dans les cases consacrées aux journalistes licenciés, on peut voir, cloué sur un tableau de chasse, des morceaux de chair poilue et sanguinolente très évocateurs. FRANCIS PISANI Article de Forbes : forbes. com/forbes/ 98/0727/6202048a. htm Site des "bérets verts" : www. greenberet. net DOC : texte accompagné d'une illustration 8 LE MONDE TELEVISION RADIO MULTIMEDIA ACTUALITE La Ford de Diana aux enchères sur le Web RICHARD BENOIT IL y a trois ans, M. Keith Lawson avait acheté aux enchères, pour 6 000 livres (60 000 francs), une petite Ford Ghia déjà illustre : quatorze ans plus tôt, elle avait été offerte à Diana par le prince Charles en cadeau de fiançailles. Mais, à l'automne 97, Lawson dut se résoudre à s'en débarrasser, car, après la mort de la princesse de Galles dans un accident de voiture, plus aucune compagnie ne voulait l'assurer, sa cote ayant atteint des sommets. Il décida donc de la mettre aux enchères sur le site Internet "Classic Auto Network". Le 5 août, il a fait savoir qu'il allait accepter une offre de l'American motor museum, dont le montant n'a pas été divulgué, bien qu'il ait reçu une offre supérieure d'un casino de Las Vegas, avoisinant le million de dollars (6 millions de francs). Il souhaite surtout que la vente ait lieu avant que le Royaume-Uni ne reprenne le deuil, pour le premier anniversaire de l'accident du pont de l'Alma. BENOIT RICHARD scvnet.net/~ classics/index.shtml b558 8 LE MONDE TELEVISION RADIO MULTIMEDIA ACTUALITE SORTIES CD - ROM VOYAGE Atlas Routier France et Europe Pour préparer son voyage, l'utilisateur tape le code postal ou le nom des localités de départ et d'arrivée et clique sur le bouton de calcul du trajet. Le logiciel lui propose trois itinéraires et indique les directions à suivre, la longueur de chaque étape et la durée moyenne du parcours. On peut imprimer la carte et l'itinéraire ou les envoyer par courrier électronique. Micro Application, PC, 104 F. LANGUES Reverso français/russe, russe/français Logiciel de traduction automatique russe-français de documents de tout type. Le dictionnaire de plusieurs milliers de termes peut être enrichi par des ajouts de mots et d'expressions ou en se connectant via Internet à des dictionnaires spécialisés. Softissimo, PC, 690 F (version personnelle) ou 3 900 F (version professionnelle). Parlons Voyage anglais, allemand, espagnol Trois CD-ROM pour acquérir quelques rudiments d'anglais, d'allemand ou d'espagnol. L'utilisateur apprend les expressions nécessaires pour se présenter, se loger, trouver son chemin ou faire du shopping. Pour améliorer sa prononciation et son accent, il peut s'enregistrer et s'écouter. En tout, 36 sujets sont abordés contenant plus de 500 mots dans chacune des langues. GSP, PC et Mac, 145 F. Hébreu L'hébreu en 21 leçons interactives et multimédias. L'élève peut s'enregistrer et se réécouter en comparant avec l'accent correct, et aussi visualiser les lettres de l'alphabet et l'ordre de leur tracé. Les modules culturels permettent à l'utilisateur d'élargir ses connaissances de la culture hébraïque. Softissimo, PC, 495 F. LUDO-ÉDUCATIF Lapin malin cours préparatoire Aider Lapin malin à retrouver décors, musiques, costumes et script du spectacle de la Ville des Mots : telle est la mission assignée aux tout jeunes utilisateurs de ce CD-ROM, qui fait appel aux connaissances acquises au cours préparatoire. Douze activités sont proposées autour de situations concrètes, qui encouragent la compréhension ainsi que la pratique de la lecture et du calcul. TLC-Edusoft, PC, 9 F. "J'ai trouvé" 1 500 objets de la vie quotidienne répartis sur 45 tableaux sont mis en scène dans ce CD-ROM destiné aux 5-10 ans. Sept activités (résoudre des énigmes, venir à bout de la théorie des ensembles...) ont pour objectif de développer la mémoire, l'esprit de déduction, et d'enrichir le vocabulaire des enfants, qui doivent lire et écouter des mots nouveaux. Gallimard Jeunesse, PC et Mac, 229 F. (Prix indicatifs) 9 LE MONDE TELEVISION RADIO MULTIMEDIA RADIOGRAPHIE Le poète qui pensait "Giacomo Leopardi, une parole survolée par les étoiles" ou trois heures et demie de radio d'atmosphère et de réflexion pour évoquer cette figure de la littérature italienne du XIXe siècle CECCATTY RENE DE IL y a deux siècles, le 29 juin 98, Giacomo Leopardi naissait dans une famille aristocratique de Recanati, au sud d'Ancône, dans un des Etats pontificaux. Milieu réactionnaire, face à la menace révolutionnaire française et à l'avancée napoléonienne, mais milieu éclairé. Sous la férule du comte Monaldo, despote familial (qui dilapidera ses biens et connaîtra l'humiliation de voir la gestion du patrimoine confiée à sa bigote de femme), Giacomo Leopardi, aîné d'une fratrie en partie décimée en bas âge, surprend son entourage par son extraordinaire précocité et une frénésie dans des études qui détérioreront sa santé, affaiblissant sa vue, déformant son dos et arrêtant sa croissance. C'est une sorte de monstre, nain et bossu, qui va devenir dès son adolescence l'un des philologues les plus recherchés d'Europe, un grand traducteur des langues classiques et un immense poète, avant de se "convertir" quelques années plus tard à la philosophie. Comment affirmer son génie dans un cadre étriqué, sous la surveillance d'une mère plaintive et d'un père tyrannique ? Le malheureux Giacomo tente de fuir pour chercher des moyens de subsistance auprès d'éditeurs milanais, puis florentins, qui l'accueilleront dans des cercles d'intellectuels sensibles à sa poésie, à son intelligence novatrice, à une mélancolie qui va avoir une influence déterminante sur toute l'esthétique poétique italienne. Ce contemporain de Balzac et de Victor Hugo était assurément un romantique, mais comme le souligne le traducteur des Canti, Michel Orcel, citant un Paul Bourget inattendu, il ne faut pas se tromper sur cette espèce, très italienne, très peu française, très peu anglaise et encore moins allemande, de romantisme : l'élément autobiographique, nous dit-il, est "léger, pour ne pas dire inexistant". Et, en effet, Leopardi se plaignait, lui-même, que ses malheurs personnels (ses infortunes amoureuses, que l'émission passe ici sous silence, ses dissensions avec son père, sa pauvreté et surtout ses difformités physiques) aient expliqué trop souvent, aux yeux de lecteurs superficiels, sa philosophie du désespoir et sa célébration du néant. En mourant brutalement d'hydropisie, en pleine épidémie de choléra, le 14 juin 37, à moins de quarante ans, dans les bras d'Antonio Ranieri, jeune Napolitain dont il partageait la vie depuis sept ans, Leopardi allait mettre involontairement la postérité dans l'embarras. Car, si l'essentiel de son oeuvre poétique, qui avait fait de son vivant l'objet de nombreuses rééditions, et si quelques opuscules assez caustiques, pamphlets et dialogues (les Petites OEuvres morales) l'avaient déjà rendu célèbre, restait une quantité considérable d'écrits philosophiques, le Zibaldone di pensieri, où l'on devait mesurer l'ampleur de son génie. Ce journal intellectuel, philosophique et philologique (dont une partie est parue aux éditions Allia dans une traduction de Joël Gayraud) allait en effet révéler très tardivement que le poète était doublé d'un philosophe de la dimension de Nietzsche, de Kierkegaard, de Schopenhauer. Bien que cet aspect soit assez finement analysé par deux spécialistes de l'oeuvre théorique de Leopardi, ce n'est pas ce qui intéresse au premier chef Jean- Baptiste Para. Dans ce numéro de "Hôtel des grands hommes" intitulé Giacomo Leopardi, une parole survolée par les étoiles, le producteur, qui a également coordonné un numéro spécial de la revue Europe (juin-juillet 98, 95 F), retient surtout, avec une extrême subtilité, la lumière noire de la création poétique. Mettant Leopardi sous le signe de Celan, il rappelle que la particularité du désespoir léopardien est qu'il "garde le sourire aux lèvres". Mario Fusco dresse le décor, décrivant les circonstances historiques et familiales de la naissance de Giacomo, pendant que la comtesse Anna Leopardi nous fait visiter l'immense bibliothèque de Recanati. "Pour lui, le monde entier est une prison", dit Gérard Macé et, de son côté, Michel Orcel définit, sur les traces du critique Antonio Prete, les caractéristiques de ce "pensiero poetante" c'est-à-dire une pensée qui recourt à la poésie ou, si l'on veut, "une pensée lyrique" et de cette mélancolie qui ne se réduit pas à un "aspect endeuillé". Mario Luzi et Alberto Arbasino parachèvent l'hommage réalisé par Marie-Christine Clauzet. La lecture des poèmes les plus connus de Leopardi et quelques sondages dans les rues italiennes ponctuent cette visite très vivante d'une oeuvre à découvrir, jusque dans ses dimensions humoristiques. A la fin du parcours, dit Antonio Prete, "c'est la poésie qui donne le dernier élan." RENE DE CECCATTY Samedi août, heures, France-Culture. FM Paris 93,5 ou 93,9 DOC : texte accompagné d'un dessin de Brito 0 LE MONDE TELEVISION RADIO MULTIMEDIA Lundi 20.40 Radio-Classique Les romances du Quichotte CONDE GERARD DE la fin du XVIIe siècle à nos jours, les adaptations musicales de Don Quichotte se comptent par dizaines. Cela semble paradoxal, car l'élément féminin, consubstantiel à l'opéra, y tient peu de place. Mais la popularité du chef-d'oeuvre de Cervantès, la multitude d'aventures et de récits qu'il offre suffisent à expliquer l'attrait qu'il exerce sur les musiciens et les librettistes. Surtout, le héros est un personnage à la fois pittoresque et pathétique : caricatural au début, il se révèle exemplaire. Ainsi est-ce plutôt l'opiniâtreté de cet idéaliste bafoué que Richard Strauss a célébrée dans ses Variations fantastiques pour violoncelle et orchestre (1897), tandis que Telemann, dans sa Suite pour cordes (1761), s'attachait plutôt à suggérer l'anecdote : les moulins, le galop de Rossinante et celui du Grison... Certains auteurs ont choisi de s'occuper surtout de Sancho et de son gouvernement judicieux. D'autres ont trouvé leur bien dans la seconde partie, moins visitée, du roman : ainsi Don Quichotte chez la duchesse (1743), ballet comique de Bodin de Boismortier, l'épisode des Noces de Camacho, traité par Mendelssohn notamment (1827), ou la destruction du théâtre de marionnettes, qui a fourni à Manuel de Falla le sujet des Tréteaux de Maître Pierre (1923). Un seul Don Quichotte, pourtant, s'est imposé : celui de Massenet, dont France-Musique diffusera, dimanche à heures, un enregistrement inédit de 47 avec André Pernet; mais, inspiré d'une pièce de Jacques Le Lorrain, il ne doit guère à Cervantès... Chaliapine le créa à Monte-Carlo en 10 avant d'incarner, en 32, le héros du film de Pabst pour lequel on commanda des chansons à Ibert et à Ravel. GERARD CONDE FM Paris 101.1 DOC : texte accompagné d'une illustration LE MONDE TELEVISION RADIO MULTIMEDIA Du lundi au vendredi 16.30 France-Musique Le Temps des musiciens Ravel le bien-aimé CONDE GERARD DEPUIS sa première prestation sur France-Musique en 86, Gérard Pesson est devenu ce qu'on appelle un homme de radio. Ses émissions sur Proust et la musique, Schoenberg et Stravinsky, le dernier Fauré, Puccini, Pelléas et Mélisande, Reynaldo Hahn, ont retenu l'attention par la pertinence des propos et la justesse du ton. Le prix du meilleur documentaire sonore 98 de la Société civile des auteurs multimédia (Scam) est venu à point distinguer son "Ravel le bien-aimé", que l'on réentendra donc cette semaine. Dans le même temps, Gérard Pesson s'est aussi imposé comme compositeur. Elève d'Ivo Malec au Conservatoire, pensionnaire à la Villa Médicis, il s'est affirmé à l'écart des modes et des chapelles avec cette résolution inébranlable des grands timides. Chemin faisant, il a trouvé l'énergie de fonder une revue musicale, Entretemps, consacrée à la création contemporaine. Ses études de lettres en Sorbonne (une maîtrise sur Proust) avaient affiné un talent littéraire qu'il cultive encore. On serait prêt à jurer qu'à ses moments perdus il dessine ou qu'il pratique l'escrime avec la même facilité... Ce que Gérard Pesson aime chez Ravel, ce qui l'attire "aimer Ravel, c'est aussi accepter de ne pas tout à fait le comprendre", il le dévoile en regroupant ses oeuvres selon cinq thèmes : l'enfance, l'exotisme, le perfectionnisme, l'exercice de style, l'effusion pudique. Au détour, il évoque l'harmonie, l'orchestration, la russophilie, l'influence du jazz. Et il fait partager à cinq compositeurs son attirance pour Ravel en leur commandant cinq miniatures, une pour chaque jour de ce "Temps des musiciens". GERARD CONDE FM Paris 91,7 ou 92,1 DOC : texte accompagné d'une illustration 2 LE MONDE TELEVISION RADIO MULTIMEDIA Du lundi au vendredi .05 France-Inter L'enfant qui lisait le journal Roland Dhordain LAURENT PATRICE AU moment où le magazine dominical "C'est en France, c'est en Europe" est fermé pour cause de grille d'été, son producteur, Roland Dhordain, soixante-quatorze ans, ancien directeur de France-Inter, revient sur sa vie. Un récit conjugué à la première personne : "L'enfant qui lisait le journal" (quinze minutes chaque jour, du lundi au vendredi, jusqu'au 23 août). Né en 24 dans une famille plus que modeste, Roland Dhordain fut élevé par ses grands-parents jusqu'à sa quinzième année son père, blessé et gazé durant la "drôle de guerre", ne pouvant assumer la charge de la famille. C'est donc dans la banlieue parisienne, à La Plaine-Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), que l'enfant grandit. "Un petit deux-pièces au premier étage d'un immeuble vétuste, dans un quartier pas très favorisé", raconte Roland Dhordain, qui, pour l'occasion, est retourné sur les traces de son enfance, en compagnie du réalisateur Alexandre Joulia. C'est de cette époque il a une dizaine d'années que date son engouement pour le journalisme. Avec son grand-père, lecteur assidu, il se passionne pour L'OEuvre, Paris-Soir, Match, L'Illustration. Avec sa grand- mère, il découvre la radio, une révélation pour l'adolescent qui rêve alors de devenir journaliste, en écoutant le grand reporter Alex Virot commenter en direct à la TSF l'occupation de la capitale autrichienne par les nazis. Roland Dhordain tisse une chronique de son temps et brosse en quelques mots le portrait de ses contemporains, Pierre Desgraupes, Marcel Bleustein- Blanchet... Quelques extraits radiophoniques d'anthologie complètent le récit. Un plaisir à entendre. PATRICE LAURENT FM Paris 87,8 DOC : texte accompagné LE MONDE TELEVISION RADIO MULTIMEDIA Dimanche 20.00 France-Inter NOUS NOUS SOMMES TANT AIMÉS NAKACHE KARINE Avec douceur et beaucoup de précautions, Zoé Varier se veut la confidente des peines de coeur. Tous les dimanches, de 20 à 21 heures, jusqu'au 30 août. Une émission sensible et émouvante qui ne verse jamais dans la curiosité malsaine ou le voyeurisme. Entre deux couplets de L'Herbe tendre, chantés en duo par Michel Simon et Serge Gainsbourg, les témoignages se succèdent, teintés d'une extrême pudeur. "Si on a connu le bonheur, on a gagné la partie, donc je suis une victime heureuse." "A l'adolescence, je n'aurais jamais pensé connaître un amour aussi intense." "Ça fait dix ans que je suis seul et le sevrage est impossible." "Moi, j'ai su aimer et accepter l'autre dans son entier. Ceux qui n'ont pas eu cette chance, sont passés à côté de l'essentiel..." Difficile de ne pas s'y reconnaître. KARINE NAKACHE FM Paris 87,8 LE MONDE TELEVISION RADIO MULTIMEDIA ECHOS LES ENJEUX DE LA PROGRAMMATION Depuis l'arrivée des télévisions commerciales et la diffusion par câble puis par satellite, la programmation, confrontée à une concurrence de plus en plus vive entre chaînes, doit tenir compte d'une démultiplication de l'offre de programmes et d'une transformation du comportement du public. Et, alors même qu'il devenait de plus en plus complexe, le métier de programmateur acquerait ses lettres de noblesse. A charge pour lui d'inventer des stratégies permettant aux chaînes de fidéliser des téléspectateurs de plus en plus versatiles. Sur ce thème, les Dossiers de l'audiovisuel, édités par l'Institut national de l'audiovisuel (INA Publications, tél. : 01-49-83-26-76; fax : 01-49-83-23-89), viennent de sortir un numéro spécial intitulé "Le nouveau paradoxe de la programmation : cibler et rassembler". Réalisé sous la direction de Danielle Leboeuf et Corinne Mégy, ce dossier se propose d'analyser l'impact des mutations de la télévision sur la programmation et de cerner la nature même d'une activité en constante évolution. Numéro spécial 79, 72 p. 75 F dans les librairies spécialisées et les FNAC. Et par abonnement à la Documentation française. LE MONDE TELEVISION RADIO MULTIMEDIA ECHOS CINÉMA BELGE Arte cinéma propose une programmation spécial Belgique. Coup d'envoi lundi 24 août avec un documentaire de Marie Mandy, Portrait de groupe en l'absence du ministre, qui lance une question provocatrice : y a-t-il un cinéma belge ? Suite lundi 31 avec deux longs métrages de fiction Toto le héros, de Jaco Van Dormael, et C'est arrivé près de chez vous, de Rémy Belvaux, André Bonzel et Benoît Poelvoorde et trois courts métrages signés Daniel Cooreman, Philippe Elhem et Dominique Lohlé. LE MONDE TELEVISION RADIO MULTIMEDIA COURRIER A ceux qui ne font "que leur métier" MONTAGNON PIERRE Au fil de la télévision, des journalistes fouillent des poubelles, et disent qu'ils ne font là que leur métier. Et même le plus glorieux de leur métier, puisqu'ils enquêtent. Des policiers et des juges font subir à des sportifs des traitements dégradants et disent qu'ils ne font là que leur métier. Un présentateur du "JT" hasarde : "Tout de même, le toucher rectal... Est-ce bien nécessaire ?" Le directeur de la PJ répond : "Cette procédure a pour but de protéger ceux-là mêmes que l'on incarcère." Lorsqu'il couvre un abus de pouvoir, le cynisme a le seul ciel pour limite ! Au fil de la télévision, je me pose deux questions. Si le garde des sceaux, responsable de l'administration pénitentiaire, et le ministre de l'intérieur, responsable de la police, interdisaient immédiatement à leurs personnels de procéder à toute investigation anale, qu'y perdrait la justice, qu'y gagnerait la dignité humaine ? Ensuite, qu'en pensent les représentants du peuple, ce peuple au nom duquel des fonctionnaires prétendent justifier des traitements humainement dégradants ? Nos députés, auxquels la Constitution de 58, modifiée en 62, a retiré beaucoup de leurs pouvoirs (ils n'ont même pas la maîtrise de leur ordre du jour), multiplient actuellement les missions d'étude. C'est bien. Mais ne voient-ils pas qu'est de la plus urgente nécessité une mission ayant pour thème : "Incarcération et droits de l'homme" ? PIERRE MONTAGNON Cogolin (Var) LE MONDE TELEVISION RADIO MULTIMEDIA COURRIER Non, je ne suis pas une "part de marché" BLONDAN MICHEL Jeudi 30 juillet, vers 20 h 45, Daniel Bilalian conclut le journal télévisé par la formule : "Hier, vous avez été 40 % de parts de marché à regarder France 2." "40 % de parts de marché"... Je ne serais donc qu'une part de part de marché ? Moi, poussière de pourcentage du total des téléspectateurs, des détenteurs de postes de télévision, des assujettis à la redevance ou de l'ensemble des Français, j'exige d'être pris pour autre chose. Ce que je suis ? Un fidèle de France 2, un spectateur occasionnel du Tour de France, un supporteur des sportifs sains, un juriste, un professeur de lycée, un père de famille, un Dijonnais, un électeur, un homme qui cherche à s'informer et un citoyen qui réagit devant les injustices, les insultes ou le mépris, mais pas une "part de marché". Non, je ne veux pas être une "part de marché". MICHEL BLONDAN Dijon (Côte-d'Or) LE MONDE TELEVISION RADIO MULTIMEDIA COURRIER L'image et l'écrit MALANDAI JEAN LOUIS Est-ce parce que le ministre Claude Allègre a dit un jour : "L'écrit n'a pas de résonance s'il n'y a pas d'images derrière" (Le Monde du 31 octobre 97) que le Centre régional de documentation pédagogique de Versailles propose, tant qu'à faire, de supprimer carrément le texte en ouvrant un site où l'image sera "la phrase du jour" chère aux leçons de morale ou d'instruction civique ? L'idée qu'on pourrait se passer du texte et l'illusion que l'information se transmet sans le langage sont trop répandues pour que, même à son corps défendant, l'éducation nationale apporte de l'eau à ce moulin-là. Il faudrait au moins préciser que l'image seule, puisqu'elle ne dit pas grand-chose, a au moins l'avantage de faire parler, surtout quand elle est payante ! JEAN-LOUIS MALANDAI par courrier électronique LE MONDE TELEVISION RADIO MULTIMEDIA COURRIER La mesure de l'Audimat en échec ? DU GRANRUT CHARLES En dehors d'être championne du monde de football, la France se targue de disposer d'un outil statistique particulièrement sophistiqué grâce notamment à l'INSEE et à l'excellence des formations de statistique et de mathématiques dispensées dans ses grandes écoles et ses universités. Aussi, quel ne fut pas mon étonnement de lire dans la presse que le nombre de téléspectateurs qui ont regardé sur TF 1 la finale de la Coupe du monde de football, le dimanche 12 juillet, s'élevait selon Médiamétrie à 20,6 millions. En y ajoutant 3 millions de téléspectateurs de Canal Plus, on obtient donc 23,6 millions. Bien qu'approximatif, ce chiffre mérite au mieux quelques questions, voire une sérieuse remise en question. En supposant que la population française est d'environ 58 millions, cela fait 34,4 millions d'individus qui n'ont pas regardé la finale. Mon dieu ! qu'ont-ils pu bien faire pendant ce temps et où étaient-ils passés ? Admettons que l'on enlève les classes d'âge comprises entre 0 et 4 ans : il est possible de soustraire environ 3 millions. Bien sûr, certaines personnes étaient au travail. Mais un dimanche soir de juillet ne doit pas être une période de forte activité professionnelle, excepté pour les personnes d'astreinte (internes de garde, policiers, certains employés des transports, etc.). En outre, sans remettre en cause leur professionnalisme, des individus appartenant à ces populations ont eu la possibilité de regarder la finale. Donc une forte proportion d'individus qui n'avaient pas d'autres activités que celles offertes un dimanche soir de juillet ont réussi à ne pas regarder la finale. Bien sûr, il faut tenir compte des irréductibles qui, ayant le football en horreur, ont sciemment organisé leur soirée pour échapper à cette célébration hystérique en se réfugiant dans les salles de cinéma, de concert ou de théâtre. Quelques dizaines de milliers tout au plus... Il y a encore ceux qui comptaient fleurette et ceux que de véritables problèmes, de santé par exemple, empêchaient de voir cette finale. Mais, là encore, cela fait difficilement des millions... A l'inverse, le soir du 12 juillet, considérant le calme, ponctué uniquement par le son des commentaires et les cris au moment des buts, qui régnait sur la France comme une chape de plomb, on peut se demander si la vie de toute la population française ne s'était pas arrêtée. En outre, vu l'explosion de joie qui a eu lieu après la victoire et l'enthousiasme dans les jours qui ont suivi, les 23,6 millions qui ont vu la finale ont rapidement passé le message aux 34,4 millions qui sont supposés ne pas l'avoir regardée... Pour éviter, en ces temps de concorde nationale, que la question ne devienne sujet à polémique, je propose qu'on la règle au moyen d'un sondage. N'oublions pas que la France est aussi championne dans la consommation de sondages... CHARLES DU GRANRUT Paris, par courrier électronique LE MONDE TELEVISION RADIO MULTIMEDIA COURRIER Arte et les malvoyants AZOULAY RENE Les personnes âgées et les malvoyants n'ont pas la possibilité de voir certaines émissions d'Arte. La cause ? Le sous-titrage est minuscule, donc illisible et, circonstance aggravante, la chaîne utilise parfois des sous- titres blancs sur fond jaune ! J'espère que les techniciens d'Arte pourront résoudre ce problème. RENE AZOULAY Ramonville- Saint-Agne (Haute-Garonne) LE MONDE TELEVISION RADIO MULTIMEDIA COURRIER Appel à témoins VERGELIN GUSTAVE J'ai eu quatre-vingt-sept ans... aux dernières cerises. C'est dire que j'ai vécu en adulte la funeste décennie qui a précédé la guerre mondiale de 39 à 45. De plus, parce que provençal, je suis à moitié italien. J'ai donc regardé le documentaire All'armi siam fascisti, annoncé dans les colonnes du "TRM" daté 26-27 juillet par un article de Florence Hartmann et diffusé sur Arte le vendredi 31 juillet. Je suis resté sur ma faim. Bien sûr ! je n'en veux pas à Mme Hartmann (au surplus, quel âge a-t-elle ?). Je comprends qu'elle n'ait rien pu changer au film. Mais je regrette que n'ait pas été souligné le traumatisme d'août 39. Ce documentaire italien de 61 donne bien la vision communiste, marxiste des événements. Sous cet angle-là, les choses (la montée des périls, le ridicule des dictateurs) sont bien vues. Mais, à mon avis, le commentaire se devait de compléter les faits : le pacte germano-soviétique, les conditions dans lesquelles il fut négocié et connu (à l'échelle la mienne ! du peuple) méritaient rappel. Ce n'était sans doute pas le propos, mais je le regrette. Car qui, en dehors de quelques vieux de plus en plus inutiles, certes, mais au nombre desquels, en redressant la taille, je me place, peut éprouver le besoin de rendre à la IIIe République, ma mère, ce qui a été son mérite ? Trahie par des enfants indignes, elle a certes perdu cette guerre, qui la dépassait, sans avoir consenti à la prévoir et à la préparer. Mais je ne voudrais pas qu'on oublie ce qu'elle a eu de noble, ce que le logo placé dans les premières pages du Petit Larousse illustrait si bien : elle a semé à tous vents ! Elle nous a donné la possibilité de nous instruire ! N'est-ce pas un grand mérite ? Le plus grand ? Alors, je voudrais faire une suggestion au Monde, mon compagnon de cinquante ans, qui fut fondé par Hubert Beuve-Méry en sursaut devant les lâchetés de la IIIe République finissante et de l'Etat français : pour le feuilleton de l'été 99, le dernier du siècle, faites un appel à témoins parmi vos lecteurs et lectrices sur les années terribles et demandez à des historiens patentés de baliser ce retour sur le passé contemporain. GUSTAVE VERGELIN ANTONY (HAUTS-DE-SEINE) LE MONDE TELEVISION RADIO MULTIMEDIA CHRONIQUE Le paysan sous- titré MARMANDE FRANCIS NORMAL, pas normal, paranormal... C'est le titre d'un numéro de "Zone interdite" (M 6, mardi 4 août). C'est un titre claironné sur fond de stridence électronique, dans le style des fameuses musiques de l'au-delà, par une petite blonde pimpante, entre une bande-annonce pour "X-Files", une salve de publicités nettement plus paranormales que les séquences spécialisées (on y reviendra), le journal télévisé qui, toutes chaînes confondues, avec son laconisme bavard, ce côté expédié, relève franchement du spiritisme ancien, et la météo. C'est du même ordre. On peut dire qu'on est rodé. C'est peut-être cela l'effet-télé, comme on dit l'effet Doppler-Fizeau : sa séduction, sa joie, ce qui plaît. Ce qui plaît dans la météo, par exemple, ce qui enchante, c'est qu'elle dit l'avenir, houspille le présent, en appelle au passé, le tout en deux minutes, avec petits crobards à l'appui, plein de soleils jaune vif, mouvements très intestinaux des perturbations, et surtout, terrible spectacle post-moderne, les présentateurs, hommes ou femmes, étrangement déguisés, dans un exercice d'épilepsie rap sur fond d'anticyclone, pas piqué des hannetons. A comparer d'urgence avec les voix qui chantent modestement la météo à la radio : on comprend tout. Juste avant Normal, pas normal, paranormal, un reportage sur les larves de turbot élevées en laboratoire par des savants armés de pipettes. La paupière un peu lourde, on sort de ce mauvais rêve : ce n'est pas rodé qu'on est, c'est blindé. Du coup, il peut y avoir déception. Pour la septième fois, la petite blonde rayonnante klaxonne l'annonce qu'on lui a écrite : vous allez voir ce que vous allez voir, des trucs incroyables, si vous y croyez, vous serez convaincus et si vous n'y croyez pas, aussi. Le marché parfait. En un sens, c'est vrai que, au regard de Galilée, Copernic, Orson Welles ou Eisenstein, c'est-à-dire du côté de la science ou du côté du montage, d'une certaine façon, c'est indéniable, il y a déception. Mais la question n'est pas là. La question, c'est l'extraordinaire mesclagne version en langue d'oc du mesclun pour la langue d'oïl : mélange, salade, pot-pourri, etc. à base de trois ou quatre "enquêtes". Le montage relève du jeu de cartes battues. Et à l'écran, pas mal de spirites ont l'air de chiens battus. Spirites, d'ailleurs, c'est vite dit. Pêle-mêle, il y a là un photographieur de fantômes (René), des traqueurs d'OVNI au col de Vence, une sympathique voyante qui ressemble à la petite blonde de l'annonce en moins pétulant (Marion, et surtout, comme toujours, sa mère), le chercheur universitaire de service mal toléré par l'université mais opiniâtre et ambigu (l'inoxydable Yves Lignon, de l'université Toulouse-le Mirail), deux trios d'étudiants attelés à un dossier sur la parapsychologie (pas immédiatement nobélisables, sérieux et scientifiques comme des papes, clairement sous influence, trois, on en est sûr, extra-terrestres eux-mêmes), une poignée de malheureuses en pleine séance de "rebirth" et un paysan de l'Ariège. De René au "rebirth", on voit le glissement, un peu facile : c'est bon pour les enfants de Lacan et de Boby Lapointe. Passons. Non : ce qui touche au sublime, c'est que le paysan de l'Ariège, qui parlait comme vous et moi, en français plutôt rapide et rocailleux, belle mélodie et belle scansion, était accrochez-vous aux pendules ! sous-titré ! Sous-titré en lettres capitales, qui plus est. 98 : on n'y va pas, on y est. Ce paysan sous-titré tiens ! exactement comme Boby Lapointe dans Tirez sur le pianiste souffrait d'un voisin qui lui faisait des niches pour le persuader qu'il était envoûté. Et racheter son bien ou le brûler. L'histoire même des affaires et des immeubles du Crédit lyonnais, ou quelque chose dans ce genre. Les scientifiques eurent tôt fait de le rassurer. En fait, ce qui perce sous l'ennui et la tristesse, ce qui retient, c'est que ces gens ne s'amusent absolument pas à faire tourner des tables et attendre l'OVNI, de peur de passer pour des crétins, ce qui retient, c'est leur parole, leur démarche, leur peur de la "conspiration du silence" qui les étouffe, personne ne les écoute. Si, Marion, la voyante cornaquée par sa mère comme une patineuse ukrainienne l'est par son entraîneuse : mais elle, elle souffre de trop écouter. Personne ne l'écoute plus elle, on l'use, les garçons se méfient de son don. Sinon, le train-train : René chope au Polaroïd le fantôme de Gustave. La scène se passe au bord d'une nationale. Les camions défilent comme dans un film de Tati. Sur ce, René demande à Gustave, réincarné par hypnose dans l'enveloppe de Diana, une copine, de retrouver le carnet de chèques de Christophe. Il faut expliquer à Gustave, médecin sous Napoléon III, ce qu'est un carnet de chèques. Pas mal : moment épistémologiquement très croustillant. "Les autorités de l'au- delà donnent le feu vert." Il y a plus de voyants dans l'Hexagone que de médecins généralistes. Une mère à ses enfants, pendant que Joël traque l'OVNI au col de Vence : "Allez, on dort un peu, le temps que papa finisse." Pose publicité : le loto, des bouillies pour maigrir même pour hommes, l'oeuf ou la poule version Lustucru, plus un pâté pour reconstituer la flore intestinale de votre chien : "Votre chien vit la même vie que vous." Retour aux choses sérieuses. On apprend que, échaudés, les extraterrestres ne se manifestent qu'à une personne à la fois et, généralement, sous une forme comique. C'est une stratégie : "le camouflage par l'absurde". On se demande si on n'en est déjà pas tous là. Lente montée sur fond de gospel, René décolle pour l'au-delà dans son fauteuil, et au final, tous en scène, vibrant éloge de la religion (le niveau de la bande-son monte brusquement pour le credo de la voyante), Yves Lignon se fait désagréablement piéger, tout est dans tout et réciproquement, c'est comme si je te cours après et que tu m'attrapes. Dans un demi-sommeil, on entend Roland Barthes parler de l'au-delà à propos d'opéra (rediffusion de France-Musique). Il explique ses goûts en les mettant en rapport avec l'ascendant de son signe zodiacal. Mildred Clary l'écoute. Par parenthèse, quelle voix ! Grands dieux ! Quel accent ! Comparés à ce qu'il faut bien appeler, on relit Rabelais, les voix "couillues" des nouvelles présentatrices de France-Inter et des publicités de M 6... Mildred Clary : "Vous y croyez ?" Barthes : "Non, mais c'est un discours qui m'intéresse, comme le discours romanesque, c'est un discours où les gens s'engagent, ce n'est pas un discours de vérité..." PAR FRANCIS; MARMANDE DOC : texte accompagné d'un dessin de Brito 1 Géométrie de l'arrondi PIERRE PAULIN ANNÉES 60, années de croissance. L'habitat et le style de vie changent. La France se met à l'heure internationale et l'Elysée du président Georges Pompidou accueille la modernité du moment, tout en courbes et en rondeurs. En 82, le même designer, Pierre Paulin, signera le bureau du nouvel hôte du palais, François Mitterrand. Selon une nouvelle et savante géométrie. Lire page DOC : AVEC DESSIN DE TARASKOFF 1 La climatisation à l'origine d'une épidémie de légionellose à Paris LES SPÉCIALISTES du Réseau national de santé publique (RNSP) viennent de dresser un premier bilan d'une épidémie de légionellose survenue à Paris durant la période du Mondial, qui a fait, depuis la fin juin, une vingtaine de victimes, françaises et étrangères, et provoqué quatre décès. L'enquête des épidémiologistes a permis d'établir que, selon toute vraisemblance, ces infections bactériennes, véhiculées par l'eau, sont la conséquence d'une "contamination environnementale" provoquée par certaines installations de climatisation dans deux arrondissements de la capitale. Ces tours "aéro-réfrigérantes", situées au sommet des immeubles, auraient disséminé des quantités massives de germes par vaporisation dans l'atmosphère. Des mesures de désinfection sont en cours. Lire page 6 1 L'Elysée perd la bataille du pont des Arts à Kyoto PONS PHILIPPE TOKYO de notre correspondant La guerre du pont des Arts de Kyoto n'aura pas lieu. Les opposants au projet de construction d'une passerelle piétonnière dans l'esprit du pont des Arts de Paris, qui devait être réalisée dans le cadre de l'Année de la France au Japon, ont gagné : la municipalité de l'ancienne capitale impériale a annoncé, jeudi 6 août, qu'elle y renonçait. "Une construction hâtive sans une complète compréhension des habitants pourrait avoir un impact négatif pour notre municipalité, a déclaré le maire, Yorikane Masumoto. Nous avons décidé d'oublier ce projet et de repartir sur des bases nouvelles." Le projet d'un pont des Arts sur l'historique rivière Kamo visait à laisser une "trace durable" de l'Année de la France au Japon et à marquer les quarante ans du pacte d'amitié entre Paris et Kyoto. Il figurait parmi les grands thèmes d'une manifestation qui a débuté en avril en la présence de Jacques Chirac sous la rubrique : "La France dans le coeur des Japonais". Apparemment, les habitants de Kyoto ne l'ont pas entendu ainsi. Ce que la presse baptisa le "pont français" devint plutôt une cause de désamour d'une France soupçonnée de vouloir imposer "son" pont à une ville symbole de la japonicité. On peut débattre du bien-fondé esthétique du projet. Dans l'esprit des promoteurs français, il s'agissait d'une passerelle s'inspirant de ce qui fait l'originalité du pont des Arts à Paris, sa transparence et sa légèreté architecturale. Pour les cyniques, Kyoto est déjà suffisamment détruit, et le projet n'aurait donc guère entamé ce qui reste de son harmonie. Il fut surtout mal géré. Le maire cherchait à relancer un ancien projet de pont (rejeté lui aussi par la population). Il saisit la perche tendue par la proposition faite par Jacques Chirac lors de sa visite au Japon en 96. C'est ainsi que la France a soutenu de bonne foi, au début du moins, un projet qui a desservi son image auprès des Japonais. Controversé, le projet ne tarda pas à mobiliser contre lui des riverains, des architectes et des paysagistes. Paris ignora ces opposants. Lorsqu'en octobre 97 Le Monde se fit l'écho de leur opinion, les promoteurs de l'Année de la France et l'ambassade à Tokyo s'insurgèrent contre une "distorsion de la réalité", exagérant cette opposition, et se retranchèrent derrière une enquête d'opinion de la municipalité pour proclamer que les principes démocratiques étaient respectés. Et Jacques Chirac répondit à un moine bouddhiste, opposé au projet, que celui-ci "était de nature à resserrer les liens d'amitié qui unissent la France au Japon et Kyoto à Paris". L'Elysée avait été mal informé. Car cette poignée d' "écolos irresponsables" étaient en train de mobiliser un mouvement : en mai, celui-ci a déposé à la mairie une pétition comportant 56 000 signatures auxquelles se sont ajoutées 30 000 autres en juillet, et ils s'apprêtaient à demander un référendum local sur le projet. Mieux au fait des désirs des habitants de Kyoto, Paris aurait pu se retirer honorablement d'une affaire qui restera dans les annales kyotoïtes comme celle du "pont français" (comme titrait encore, jeudi 6 août, le quotidien économique Nihon Keizai) au lieu de s'être laissé entraîner dans le désaveu d'un maire par ses administrés. Au Japon aussi, l'opinion publique existe. PHILIPPE PONS 1 Le tour du monde en TGV L'ÉTÉ 98 aura vu la consécration du TGV français. Confirmé en Corée du Sud, décidé à Taïwan, choisi en Australie et en bonne voie en Floride, le train, détenteur du record du monde de la vitesse sur rail, accumule les succès à l'international. Il aurait pu finir aussi mal que le Concorde. Lancées entre Paris et Lyon en 81, les rames orange n'ont pas séduit, au début, les compagnies de chemin de fer étrangères. La SNCF se révélera le meilleur VRP du train à grande vitesse : elle l'impose à ses partenaires pour les liaisons transeuropéennes. Et, pour se fondre dans le paysage local, en Grande-Bretagne, en Belgique, aux Etats-Unis, le train français ne rechigne pas à changer de nom et d'aspect. Lire page 11 1 HORIZONS - ANALYSES ET DEBATS Quand la France s'amuse... IZRAELEWICZ ERIK "QUAND la France s'ennuie..." Il y a trente ans, lisait-on dans un article célèbre publié dans ces colonnes et signé par Pierre Viansson-Ponté, alors chef du service politique du Monde, la France s'ennuyait. C'était en mars 68... à quelques semaines du mois de mai 68. Aujourd'hui, en ce mois d'août 98, la France aurait plutôt tendance à s'amuser. Il règne dans le pays, et pour la première fois depuis longtemps, un étrange climat, une ambiance de fête, une atmosphère moins déprimée qu'à l'accoutumée. Lassés de leur éternelle morosité, dopés par la décrue du chômage tout autant que par la victoire des Bleus au Mondial, les Français auraient retrouvé le moral, disent les sondages. Alors, plus confiants, plus optimistes aussi sur leur propre avenir, ils profitent de ces vacances pour s'amuser. Les Français s'amusent, leurs dirigeants en premier lieu. Jacques Chirac, le président de la République, et Lionel Jospin, son premier ministre, sont comme sur un petit nuage... et sur leurs petites îles. Bénéficiant l'un et l'autre de cotes de popularité exceptionnellement élevées, ils ont décidé de prendre, chacun de leur côté, un repos bien mérité et de déserter, pour cela, leur pays la première destination touristique du monde. Le président a quitté l'Elysée pour l'île Maurice, le premier ministre Matignon pour l'île Antiparos, l'une des Cyclades grecques. Lionel Jospin n'a d'ailleurs même pas jugé utile de nommer un intérim en son absence... au risque de démontrer qu'un avion peut voler sans pilote et un pays fonctionner sans chef de gouvernement. Les quelques responsables politiques et économiques encore actifs, même depuis leur résidence d'été, eux aussi s'amusent. C'est Charles Pasqua, le père de la "loi Pasqua", qui s'amuse à dire, en préconisant la régularisation de tous les "sans-papiers", exactement le contraire de ce qu'il soutenait quelques mois auparavant. Ce sont les responsables patronaux et syndicaux d'un secteur important de l'économie, la métallurgie, qui jouent, autour des 35 heures, en signant un accord qui est d'abord un pied de nez adressé à leur ministre du travail, Martine Aubry. Alors que la planète est assaillie de catastrophes plus ou moins naturelles les inondations en Chine, les incendies en Grèce, la famine au Soudan ou les malheurs de Clinton, les Français voient l'enfer chez les autres mais n'ont, en cet été, aucun feuilleton national susceptible de les passionner. Le Tour du dopage achevé, les journaux télévisés de 20 heures ont du mal à faire leurs ouvertures : il n'y a point de feux de forêt dans l'arrière-pays provençal, point de "Saint-Bernard" (été 96) ou d'indices de pollution menaçant sur la capitale (été 97). Les Français, d'ailleurs, ne sont guère demandeurs. Partis en grand nombre, ils sont à la fête... et veulent oublier, vacances obligent, leurs soucis. Aucun grand débat de société n'accroche réellement leur attention hormis celui, essentiel certainement, sur la féminisation des titres dans la fonction publique. La fièvre des festivals continue plus que jamais à embraser le pays. La moindre commune, le plus petit village, chacun y va de sa manifestation, du concours de lancer de charentaises à la course de vachettes, du petit vide-greniers au méga-bric-à-brac. Si la fréquentation des grandes manifestations a, semble-t-il, été affectée cette année par le mauvais temps, les festivals plus modestes ont connu des affluences record. En fait, tous les indices statistiques les plus récents confirment ce climat nouveau. Mercredi 5 août, l'Insee annonçait ainsi que le moral des Français avait atteint, en juillet, son niveau le plus élevé depuis que l'Institut de la statistique mène une enquête sur ce sujet, depuis janvier 87 donc. Les Français ont retrouvé le goût et les moyens de consommer, comme en témoigne l'activité dans le commerce, sur le marché automobile ou dans l'immobilier. Ils achètent à nouveau des voitures, mieux même, des voitures françaises. Autres signes de cette confiance revenue, les industriels voient leurs carnets de commandes se remplir, les banquiers constatent une nette reprise de la demande de crédits par les particuliers. Les derniers sondages des instituts privés révèlent enfin, sur le plan politique, un véritable plébiscite des Français en faveur de la cohabitation et de leurs deux principaux acteurs, Jacques Chirac et Lionel Jospin. L'habileté politique du premier ministre, Lionel Jospin qui a su mettre fin à l'appel permanent aux sacrifices cher à nombre de ses prédécesseurs, l'amélioration de la conjoncture économique en Europe et en France notamment qui se traduit enfin par un début de recul du chômage et, pour couronner le tout, la victoire de l'équipe de France dans la Coupe du monde de football sont, à l'évidence, les principaux facteurs qui ont contribué à ce changement de climat. Il ne faut cependant pas s'y tromper : tous ces indices ne peuvent masquer la persistance d'une profonde inquiétude dans l'opinion. Selon l'Insee, si le moral des Français est au plus haut, il n'en reste pas moins que les personnes inquiètes quant à leur propre avenir restent plus nombreuses que celles satisfaites. Un sondage international réalisé par un institut canadien, Angus Reid, pour le magazine britannique The Economist (daté du 1er août) montre en outre que la France reste l'un des pays les plus pessimistes de la planète, avec les Allemands et les Japonais (le questionnaire avait été envoyé, il est vrai, avant la victoire de Zidane et de ses coéquipiers). Heureux, les Français s'amusent donc, pour l'instant en tout cas et en attendant la rentrée. Cette situation, relativement nouvelle en France, où l'on cultive plutôt généralement la défiance à l'égard des dirigeants et la déprime sur l'avenir, conduit à un défi original pour Lionel Jospin. Comment utiliser au mieux, voire faire fructifier, ce capital de confiance dont il dispose ? Le premier ministre peut en user, avec quelques risques, pour engager les changements attendus dans la société française dans l'Etat, dans la ville et dans l'école en particulier. Il peut, au contraire, être tenté de protéger ce capital en se réfugiant dans une forme plus ou moins caché d'immobilisme, en laissant, par exemple, les dépenses de protection sociale comme celles de l'Etat continuer à dériver. Pour que les Français puissent encore s'amuser l'été prochain, il faut espérer cependant que Lionel Jospin refusera, lui, lorsqu'il reviendra des îles, de s'amuser. Il sait, depuis longtemps, que les climats peuvent changer rapidement. ERIK IZRAELEWICZ 1 Monica Lewinsky piège Bill Clinton Selon CNN, l'ex-stagiaire de la Maison Blanche a affirmé avoir eu des relations sexuelles avec le président S'il est confirmé, ce témoignage contredirait la déposition sous serment de M. Clinton Le procureur Starr veut accuser le président de parjure pour enclencher une procédure de destitution L'INTERMINABLE saga politico-judiciaire opposant le président Bill Clinton au procureur indépendant Kenneth Starr entre dans sa phase finale. Le Grand Jury, cette assemblée de vingt-trois jurés qui, auprès du juge Starr, joue le rôle d'une chambre de mise en accusation, a commencé, jeudi 6 août, à entendre Monica Lewinsky. Cette dernière, à laquelle on prête une aventure passée avec le président Bill Clinton, a obtenu une immunité judiciaire totale de la part du juge Starr. Ainsi protégée, Mlle Lewinsky aurait, jeudi, reconnu avoir eu une liaison de dix-huit mois avec M. Clinton et, à en croire CNN, avoir entretenu avec le président "une relation sexuelle d'un certain type". Or, Monica Lewinsky et Bill Clinton ont, il y a quelques mois, tous deux affirmé sous serment devant la justice qu'ils n'avaient jamais eu de relations sexuelles. Corroborée, la déposition de l'ancienne stagiaire à la Maison Blanche permettrait d'accuser le président de parjure. Les auditions pourraient durer plusieurs jours. Après quoi viendra le tour du président, qui a accepté de répondre au Grand Jury depuis la Maison Blanche, grâce à un circuit vidéo, Le juge Starr souhaiterait boucler près de cinq années d'investigation en livrant ses conclusions au Congrès avant les élections législatives de novembre. D'un scandale immobilier dans l'Arkansas à l'affaire Lewinsky, en passant par diverses autres affaires ayant émaillé la présidence Clinton, le juge espère nourrir un dossier d' "impeachment" (mise en accusation puis destitution) à l'encontre du chef de l'exécutif. Ce serait alors au Congrès de trancher. Jeudi, la Maison Blanche disait M. Clinton serein, décidé à maintenir qu'il n'a pas eu de relations sexuelles avec Mlle Lewinsky, et occupé aux affaires de l'Amérique. DOC : avec dessin de Plantu M. Clinton srait mis en cause par le témoignage de Mlle Lewinsky Six mois de rebondissements Le début du témoignage, jeudi 6 août, de l'ancienne stagiaire de la Maison Blanche Monica Lewinsky devant la chambre de mise en accusation (grand jury) des Etats- Unis constitue le dernier épisode d'une affaire qui a débuté en janvier 98 et qui empoisonne depuis six mois la présidence de Bill Clinton : 7 janvier 98. Monica Lewinsky, interrogée dans le cadre de l'affaire Paula Jones, affirme sous serment qu'elle n'a "jamais" eu de relations sexuelles avec Bill Clinton. 12 janvier. Une ex-employée de la Maison Blanche et confidente de Monica Lewinsky, Linda Tripp, remet au procureur indépendant Kenneth Starr des enregistrements sur lesquels la jeune femme raconte une liaison avec Bill Clinton et dit que le président lui a conseillé de nier leur relation. janvier. Interrogé par les avocats de Paula Jones, Bill Clinton nie sous serment avoir eu une liaison avec l'ancienne stagiaire. 21 janvier. La presse "sort" l'affaire Lewinsky. Immédiatement, Bill Clinton dément toutes relations sexuelles avec la jeune femme. juillet. Le procureur indépendant Kenneth Starr envoie au président Bill Clinton une citation à témoigner. Une première dans l'histoire des Etats-Unis. 27 juillet. Monica Lewinsky répond pour la première fois aux questions des enquêteurs de M. Starr. Selon la presse, elle a reconnu sa liaison avec le président mais dément qu'il lui ait demandé de mentir. 28 juillet. Monica Lewinsky obtient l'immunité totale en échange de son témoignage. 29 juillet. Bill Clinton fait savoir qu'il témoignera volontairement le août sur sa liaison présumée avec Monica Lewinsky. (AFP.) M. Clinton srait mis en cause par le témoignage de Mlle Lewinsky Quatre ans d'enquête pour Kenneth Starr Le procureur indépendant Kenneth Starr a entamé, mercredi 5 août, sa cinquième année d'enquête sur les différents scandales associés aux époux Clinton. Actuellement, une soixantaine de personnes travaillent sous sa houlette, dont la moitié sont des juristes, avocats ou procureurs. M. Starr avait initialement été nommé, le 5 août 1994, pour succéder à un procureur enquêtant sur l'affaire Whitewater, une histoire d'investissement immobilier frauduleux dans l'Arkansas impliquant Bill Clinton, gouverneur de cet Etat du Sud à l'époque des faits, et son épouse Hillary, alors avocate. M. Starr avait également hérité de l'enquête sur le suicide présumé de Vincent Foster, un avocat de la Maison Blanche, en juillet 93. Il conclura, en octobre 97, qu'il s'agissait bien d'un suicide. Son mandat avait été élargi le 22 mars 96 pour enquêter aussi sur le "Travelgate", le licenciement sommaire par la Maison Blanche, en mai 93, de sept employés du service des voyages. Trois mois plus tard, le 21 juin, il était également chargé d'enquêter sur le "Filegate", l'obtention frauduleuse par la Maison Blanche des fiches de police de quelque 900 personnalités républicaines. (AFP.) M. Clinton serait mis en cause par le témoignage de Mlle Lewinsky Lors d'une première journée d'auditions devant le Grand Jury, jeudi 6 août, l'ancienne stagiaire de la Maison Blanche aurait reconnu avoir eu des relations sexuelles avec le président américain. L'un et l'autre ont précédemment affirmé le contraire devant la justice ZECCHINI LAURENT ÉTATS-UNIS Monica Lewinsky a témoigné, jeudi 6 août pendant neuf heures, devant le Grand Jury (chambre de mise en accusation) sur ses relations avec le président Clinton, après avoir obtenu une totale immunité judiciaire de la part du procureur indépendant Kenneth Starr. Selon CNN, la jeune femme aurait clairement avoué avoir eu des relations sexuelles avec Bill Clinton, ce que le président a toujours nié. L'ANCIENNE STAGIAIRE de la Maison Blanche, âgée de vingt-cinq ans, est tour à tour présentée comme une "chic fille", une "gamine écervelée" ou encore une "dangereuse arriviste". UNE ROBE de cocktail bleu foncé, dont une "tache" pourrait prouver l'existence de relations sexuelles, est gardée sous haute protection dans les laboratoires scientifiques du FBI, où elle est en cours d'analyse WASHINGTON de notre correspondant Lundi 26 janvier, East Room de la Maison Blanche : Bill Clinton pointe un index irrité vers les journalistes : "Je n'ai pas eu de relations sexuelles avec cette femme, Monica Lewinsky ." Lundi 3 août, en salle de presse, un porte-parole présidentiel insiste : "Le président a dit la vérité à ce propos et il continuera à le faire ." Jeudi 6 aôut, toujours à Washington : ayant obtenu une totale immunité judiciaire de la part du procureur indépendant Kenneth Starr qui cherche à prouver que le président a menti sous serment en affirmant, lors d'une précédente affaire, n'avoir jamais eu de relations sexuelles avec Mlle Lewinsky, l'intéressée se présente devant le grand jury (en fait, une chambre de mise en accusation). Elle va témoigner neuf heures durant et devrait continuer dans les prochains jours. Selon certains médias américains, notamment CNN, la jeune femme aurait clairement avoué avoir eu des relations sexuelles avec le président. Leur aventure aurait commencé en novembre 95 et aurait duré dix-huit mois. D'après CNN, Mlle Lewinsky a relaté, devant les vingt-trois membres du grand jury, "avec force détails graphiques, une relation sexuelle d'un certain type". M. Clinton et ses conseillers se sont efforcés d'afficher une grande sérénité, alors que Monica Lewinsky répondait aux questions du grand jury. La veille, le chef de l'exécutif avait reçu un accueil quasi triomphal au Congrès, lors d'une rencontre avec les parlementaires démocrates. Tous les sondages attestent que les Américains, même s'ils ont tendance à croire la version de Monica Lewinsky plutôt que celle du chef de la Maison Blanche, ne condamnent que mollement l'attitude de leur président, comme si, de leur point de vue, péché d'infidélité conjugale n'était pas mortel, surtout dans un contexte économique qui, en dépit des nuages de la crise asiatique, reste très favorable. Une nouvelle fois, on ne peut qu'être frappé par le déphasage entre, d'une part, des médias prompts à annoncer le chant du cygne de Bill Clinton, de l'autre, des Américains assez indifférents s'agissant de la moralité de leur président et des milieux politiques que la popularité du chef de la Maison Blanche rend circonspects. MANOEUVRES DILATOIRES Certains conseillers de M. Clinton tablent sur cette apparente apathie pour prévoir que, une fois de plus, le président sortira à peu près indemne de ce scandale, comme des précédents. Au pire, de quoi s'agirait-il ? D'une relation sexuelle entre deux "adultes consentants" ? La belle affaire ! Le président aurait menti ? Outre qu'il ne s'agit pas d'un "crime", le fait qu'il fasse figure, dans ce domaine, de récidiviste (entre autres exemples : son aventure avec Gennifer Flowers, démentie en 92, admise en 98) ne constitue-t-il pas une sorte de circonstance atténuante ? Une infidélité, c'est déjà un mensonge : si Hillary Clinton passe l'éponge sur les frasques sexuelles de son mari, pourquoi les Américains seraient-ils plus sourcilleux ? Enfin, qui l'accuse ? Monica Lewinsky, cette jeune femme un peu mythomane, qui reconnaît être orfèvre en matière de dissimulation de la vérité ? Sa parole vaudrait-elle plus que celle du président des Etats-Unis ? Ainsi va le raisonnement des conseillers optimistes, qui rappellent volontiers que la cote de popularité de Bill Clinton, en dépit d'une succession d'avatars scandaleux, n'a guère quitté la crête des 60 % d'opinions favorables. Mais, à la Maison Blanche, les Cassandre s'inquiètent. Bill Clinton vient en effet de subir une série de cinglantes défaites judiciaires, qui fragilisent sa défense et affaiblissent de facto l'institution présidentielle. Les tribunaux ont réduit à néant les efforts du président pour empêcher que ses conseillers, ainsi que les membres du secret service, témoignent devant le grand jury. Cette bataille-là n'est pas finie, la présidence ayant l'intention de faire appel devant la Cour suprême pour épargner à Bruce Lindsey, conseiller et plus proche confident de Bill Clinton, le feu roulant des questions de Kenneth Starr. Au-delà de telles manoeuvres dilatoires, les avocats présidentiels ignorent les cartes maîtresses dont dispose M. Starr : quels témoignages a-t-il obtenu des membres du secret service, de Marcia Lewis, la mère de Monica Lewinsky, de la secrétaire du président, Betty Currie, des conseillers de la Maison Blanche ? DANGEREUSES INCERTITUDES Que se passera-t-il si la justice exige du président qu'il fournisse un prélèvement biologique en vue d'une recherche d'ADN ? Bref, si la "robe tachée" de Monica Lewinsky démontre aux Américains que leur président peut jurer et se parjurer dans un même mouvement ? Dans ce cas, le risque est grand de voir tout un pan de la stratégie présidentielle s'écrouler : le coupable ne serait plus le procureur-Savonarole Kenneth Starr, accusé d'avoir dépensé 40 millions de dollars pour une vendetta présidentielle qui, le 5 août, a fêté sa quatrième année d'existence (lire ci-contre), mais bien le président, dont le refus de coopérer avec la justice a provoqué l'obstination justifiée de son tourmenteur. Ce sont ces dangereuses incertitudes qui expliquent l'âpre débat entre avocats et conseillers politiques de la Maison Blanche s'agissant de l'option d'un mea culpa télévisé, un registre où, l'oeil humide, M. Clinton est passé maître : "My fellow Americans, je vous demande pardon : si j'ai menti, c'était pour protéger ma famille ." La ficelle est un peu grosse ? Peut-être, peut-être pas : les Américains, bien plus que les Européens, sont sensibles à la contrition, à la rédemption. Mais un tel scénario comporte bien des aléas, à commencer par celui de la réaction des milieux politiques. Si les démocrates font encore bloc derrière le chef de la Maison Blanche, c'est à la fois parce qu'ils n'ont pas d'alternative, que Bill Clinton est populaire, et que sa capacité à récolter des fonds électoraux est sans égale. Si les républicains ne sortent du bois qu'avec prudence, c'est pour les mêmes raisons électorales : un rapport de Kenneth Starr concluant à la nécessité pour le Congrès d'ouvrir une procédure de mise en accusation contre un président plébiscité par les Américains et qui, si l'on peut dire, ne serait coupable que d'être trop sollicité par le démon de midi, est une arme à double tranchant. Bill Clinton ne devrait pas s'expliquer devant les Américains avant son audition par le grand jury, le août. Après celle-ci, toutes les options sont possibles. Y compris celle d'avouer une "relation complexe, sans doute imprudemment étroite, mais pas inconvenante" avec Monica Lewinsky. LAURENT ZECCHINI M. Clinton serait mis en cause par le témoignage de Mlle Lewinsky Une petite robe de cocktail toute simple... ZECCHINI LAURENT WASHINGTON de notre correspondant C'est une petite robe de cocktail toute simple de chez Gap, bleu foncé, qui a cependant un extraordinaire pouvoir : lorsqu'on parle d'elle à l'heure des journaux télévisés du soir, bien des pères de famille, à travers les Etats-Unis, éprouvent la même crispation nerveuse : leur index écrase la touche mute de leur télécommande, pour couper le son. Et les enfants de poser des questions embarrassantes. C'est que, on le sait, l'histoire présumée de la robe n'est pas à mettre à portée des jeunes oreilles. Pourtant, dans une Amérique qui reste fort prude par certains côtés, force est de reconnaître aux journalistes de télévision de louables efforts pour éviter de qualifier précisément la "tache" qui maculerait la robe de Monica Lewinsky. Ainsi, de "fluide physique" en "substance génétique", de "preuve pouvant comporter une signature ADN" en "marque physique d'une rencontre sexuelle", en passant (pour les plus audacieux), par cette "trace de liquide séminal", le mot, la chose, qui, dit-on, souillerait la "love dress" de "Monica", n'est jamais utilisé, identifié, par les médias "convenables" : la petite robe toute simple serait tachée par le sperme présidentiel. Que les adversaires des euphémismes et des litotes se rassurent : dans les talk-shows radiophoniques, les animateurs appartenant à la confrérie des Clinton haters (ceux qui haïssent Clinton), se déchaînent : plaisanteries salaces, ordurières, se multiplient à propos du "linge sale" de l'Amérique, et un certain public en redemande. La robe, bien sûr, est gardée sous haute protection, dans les laboratoires scientifiques du FBI, et seule une poignée de techniciens triés sur le volet peuvent s'en approcher. Dame ! S'il s'avère que la tache en question a bien été provoquée par une "sécrétion de glandes génitales mâles", on imagine quelle onde de choc risque de faire vaciller la présidence des Etats-Unis... Enfin, en théorie. Selon les habituelles rumeurs colportées d'un journal à l'autre, les résultats d'une première série de tests effectués par le FBI sont actuellement vérifiés par un second laboratoire. Comment ? Bonne question, posée par The New Yorker. Voici : "D'abord, la robe est étendue sur une surface stérile, par exemple une table en acier inoxydable. Puis, grâce à un scanner, les techniciens balaient le tissu d'un rayonnement ultraviolet, qui a pour effet d'illuminer d'un bleu irisé les tissus biologiques présents dans le vêtement". Admettons que la tache (si tache il y a) révèle bien la présence de l'un des composants du sperme. Certains experts assurent que le temps écoulé pas plus qu'un éventuel nettoyage de la robe au pressing ne changera rien à la démonstration, puisque la molécule ADN est extrêmement résistante. Admettons encore. Ensuite ? Ensuite, rien. Ou plutôt le plus difficile : convaincre le président des Etats-Unis de se plier à l'incroyable humiliation de fournir un prélèvement (sang, salive, cheveu, peau, sperme) permettant de mettre en évidence sa propre signature ADN, et comparer les deux échantillons. S'ils sont identiques, la preuve est scientifiquement incontestable : le président a menti en affirmant qu'il n'a pas eu de relations sexuelles avec Monica Lewinsky. On n'en est pas là. Bien des constitutionnalistes expliquent que, dans la mesure où le débat de savoir si un président en exercice peut être inculpé est loin d'être tranché, les avocats présidentiels pourront à loisir arguer qu'il ne saurait être demandé à leur client de fournir une preuve pour s'incriminer lui-même. Si malgré tout il y consent, et accepte en connaissance de cause d'être reconnu "coupable", de quelle culpabilité s'agit-il ? Qu'entend-on exactement par "relations sexuelles" ? Le magazine Time a interrogé les Américains à ce sujet : doit-on ranger dans la même catégorie une fellation, des atouchements génitaux, une pénétration sexuelle ? En Amérique, les pères de jeunes enfants ont toutes les raisons de garder leur télécommande de télévision à portée de main... LAURENT ZECCHINI PORTRAIT Monica, la fausse ingénue qui a choisi la liberté Qui est la vraie Monica ? Une "chic fille", une midinette écervelée, ou une froide arriviste ? ZECCHINI LAURENT WASHINGTON de notre correspondant Tous ses amis le disent : Monica Lewinsky est une "chic fille", toujours prête à rendre service, à rire et à papoter, qui adore organiser des anniversaires-surprises pour ses collègues de bureau et surtout, surtout, faire du shopping avec sa mère, Marcia Lewis, sa meilleure amie, avec laquelle elle partage un appartement dans l'immeuble du "Watergate" (à Washington), et à qui elle fait toutes ses confidences. Monica Lewinsky est une midinette qui a grandi à Beverly Hills (son feuilleton télévisé préféré est Dynasty), le riche quartier de Los Angeles où elle a habité jusqu'au divorce de ses parents, habituée à un certain luxe, à l'insouciance, ce qui n'empêche pas le caractère : ambitieuse, elle a toujours voulu faire "quelque chose" de sa vie. Monica a longtemps résisté, hésité, avant d'accepter de témoigner devant le grand jury convoqué par le procureur indépendant Kenneth Starr. Au fond, elle ne voulait pas faire de peine au président des Etats-Unis, avec qui elle a développé une certaine complicité, et qui ne l'a jamais laissée tomber, notamment pour lui trouver du travail en dehors de la Maison Blanche, lorsque son empressement auprès du chef de l'exécutif est devenu trop "voyant" au goût des conseillers présidentiels. Ce que l'on sait ou colporte à propos de ses sentiments depuis six mois que le scandale a éclaté, c'est qu'elle voulait rester loyale envers Bill Clinton, ne pas le trahir, nier, comme lui, toute aventure sexuelle. Seulement, à vingt-cinq ans (elle a fêté son anniversaire le mois dernier), il est difficile d'envisager de passer quelques années en prison. Sans doute le spectacle de Susan McDougal (une amie du couple Clinton inculpée dans le scandale "Whitewater"), se rendant au tribunal pieds et mains enchaînés, lui a-t-il a donné matière à réflexion, comme le souhaitait apparemment M. Starr. Toujours est-il qu'entre la fidélité au président et la sombre perspective d'une geôle Monica, sur les conseils de ses nouveaux avocats, Plato Cacheris et Jacob Stein, a fini par trancher en faveur de la liberté. DOUBLE PERSONNALITÉ En échange d'une immunité contre toutes poursuites judiciaires (laquelle est également accordée à sa mère), elle ne niera donc pas avoir eu une aventure sexuelle avec M. Clinton et avoir reçu des cadeaux de lui, pas plus qu'elle ne contestera que, sans que le président ait fait pression sur elle, il était admis entre eux qu'elle nierait tout de cette relation. Telle était du moins la version avancée, mercredi soir, par les chaînes de télévision, laquelle apparaît crédible pour la simple raison que, sans de tels aveux, M. Starr ne se serait pas résolu à accorder un blanc-seing à la jeune femme. En prime, celle-ci a apporté au procureur la fameuse robe bleue (lire ci-dessus), gardée jusque-là par sa mère, laquelle aurait été tachée à la suite d'un acte sexuel avec Bill Clinton, ainsi que des enregistrements de messages laissés par le président sur son répondeur téléphonique. Monica Lewinsky est double : d'un côté, une jeune femme un peu boulotte, qui raffole du chocolat et donne parfois l'impression d'être à peine sortie de l'adolescence : une gamine écervelée en somme, peut-être victime des avances d'un quinquagénaire d'autant plus séduisant qu'il est président des Etats-Unis, et que l'on sait irrésistiblement attiré par le beau sexe... De l'autre, une femme extrêmement arriviste et volontiers provocante, recherchant la compagnie des gens riches et célèbres, qui n'a pas froid aux yeux, n'en est pas à sa première aventure avec des hommes mariés, et qui ne craignait pas de raconter imprudemment la nature de ses relations très privilégiées avec le chef de la Maison Blanche. Quel personnage faut-il retenir ? La Monica timide qui fuit les photographes, ou celle qui pose en vamp pour le magazine Vanity Fair ? Celle qui assure vouloir retrouver une "vie normale" (comme si un tel souhait était encore possible !), ou la fausse ingénue qui va se défendre par des révélations dont elle n'ignore pas qu'elles peuvent provoquer une série de conséquences, pouvant déboucher jusqu'à la mise en accusation (impeachment) du président des Etats-Unis par le Congrès ? LAURENT ZECCHINI Les Etats-Unis mettent en garde Belgrade sur le Kosovo DES MILLIERS d'Albanais ont continué, jeudi 6 août, à fuir la Drenica, une région du centre du Kosovo, devant les tirs de l'artillerie serbe, et Washington a averti Belgrade que la poursuite de cette offensive pourrait déclencher une opération militaire de l'OTAN. La situation qui règne au Kosovo est "totalement inacceptable", a estimé la Maison Blanche, qui s'est déclarée "outragée par le fait que les Serbes continuent à recourir systématiquement à la violence contre des populations civiles". "Nous avons intensifié les préparatifs militaires au sein de l'OTAN, et de fait, d'ici un jour ou deux, ils devraient être achevés", a souligné un porte-parole de la présidence américaine. Le département d'Etat a indiqué que le secrétaire d'Etat, Madeleine Albright, avait fait parvenir au numéro un yougoslave "un message très énergique", par l'intermédiaire de l'émissaire américain Christopher Hill. Mme Albright a souligné, selon le département d'Etat, "la nécessité impérative de mettre fin à l'offensive serbe", de laisser les personnes déplacées regagner leurs foyers, de permettre aux organisations humanitaires d'accéder aux personnes qui ont fui la violence et de "créer un environnement favorable à une négociation". M. Hill, ambassadeur en Macédoine et médiateur entre les autorités de Belgrade et les responsables albanais du Kosovo, a transmis à M. Milosevic "la très forte conviction de Mme Albright que l'offensive serbe en cours ne fait qu'accroître les risques d'une opération militaire de l'OTAN". Sur le terrain, l'artillerie serbe à une nouvelle fois pillonné des villages de la Drenica, région où les séparatistes albanais de l'Armée de libération du Kosovo (UCK) perdent leurs positions l'une après l'autre. Des obus s'abattaient, au rythme de deux par minute, sur les villages de Poljance, Marina et Poluza. Plus à l'ouest, toujours dans la Drenica, de grosses colonnes de fumée s'élevaient des régions de Lausa et de Likovac. Les forces serbes s'étaient emparées mardi de Lausa, un bastion séparatiste, et des villages environnants. D'après les estimations du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), 6 000 à 7 000 Albanais de la Drenica arrivent chaque jour à Kosovska Mitrovica, une ville qui abrite déjà 30 000 ou 40 000 personnes déplacées. Et quelque 25 000 personnes ont afflué en trois jours dans la ville voisine de Vucitrn, selon le comité local albanais des droits de l'homme. Un nombre croissant d'Albanais du Kosovo tentent de se réfugier clandestinement dans les pays voisins, Albanie ou Macédoine, mais aussi vers le nord, en Hongrie, d'où ils essaient de gagner l'Allemagne. (AFP.) Le nombre des chômeurs en Allemagne a reculé de 300 000 depuis janvier Selon l'OCDE, la croissance ne suffira pas à réduire le chômage LEPARMENTIER ARNAUD La décrue du chômage se poursuit lentement en Allemagne. Le nombre des demandeurs d'emploi a baissé pour le septième mois consécutif en juillet, selon les données corrigées des variations saisonnières (CVS) publiées, jeudi 6 août, par la Bundesbank. 4,22 millions d'Allemands, soit 10,9 % de la population active, cherchaient en juillet un emploi, contre 11 % le mois précédent. BONN de notre correspondant Depuis le début de l'année, le nombre des chômeurs en Allemagne a reculé de 300 000 en données corrigées des variations saisonnières (CVS), après avoir atteint le record de 4,52 millions en décembre 1997. Le taux de chômage s'établit à 9,3 % de la population à l'ouest du pays, ,8 % dans l'ancienne RDA. Signe encourageant, l'Allemagne n'est plus une machine à détruire de l'emploi : le pays, qui a supprimé 2,7 millions d'emplois nets entre 91 et 1997 selon l'OCDE, en raison de la faillite de l'économie est- allemande et des restructurations draconiennes des entreprises de l'Ouest, a crée 75 000 emplois (CVS) de janvier à mai 98, précise l'Office des statistiques de Wiesbaden. Le virage a été pris à l'ouest du pays en janvier et en mars dans l'ancienne RDA, même si une partie de l'embellie est due à l'augmentation des emplois subventionnés par les pouvoirs publics pour traiter le chômage. L'OCDE, qui a rendu publique son étude 98 sur l'Allemagne jeudi 6 août, estime que l'emploi "va augmenter de 0,1 % en 98 et 0,8 % en 99", mais elle n'attend pas de miracle. "L'emploi dans les services s'accroît depuis un certain temps, mais pas suffisamment pour compenser un recul rapide dans les industries manufacturières", écrit l'OCDE. Le chômage devrait frapper 4,41 millions de personnes en 98 et 4,25 en 99. Et cela malgré la croissance qui repart, tirée par un début de reprise de la consommation, en particulier dans le secteur automobile, grâce à l'augmentation réelle du revenu des ménages. Après une croissance décevante de 2,2 % en 97, tirée exclusivement par les exportations, celle-ci devrait s'accélérer pour atteindre 2,7 % cette année et 2,9 % en 99. L'OCDE est plus optimiste que les instituts de conjoncture DIW, de Berlin, et IFO, de Munich, qui viennent de revoir à la baisse leurs prévisions pour 99 en raison de l'ampleur plus grave que prévu de la crise asiatique. Ils tablent respectivement sur une croissance de 2,1 % et 2,5 %. Pour endiguer le chômage, l'OCDE plaide pour la poursuite de la libéralisation du marché du travail. Elle apporte un satisfecit aux mesures prises depuis 1995, même si celles-ci n'ont pas toujours eu le temps de porter leurs fruits en termes d'emploi : modération salariale, accords sur la durée et la flexibilité du travail, réduction du remboursement des congés maladie, facilitation des licenciements dans les PME de moins de dix salariés, dérégulation des marchés de l'énergie et des télécommunications. MISES EN GARDE Mais l'OCDE demande de poursuivre les efforts. Après les PME, elle suggère de faciliter les licenciements dans les grandes entreprises. Elle met en garde sur un dérapage des salaires, qui pourrait ralentir la reprise de l'emploi, et plaide pour une plus grande dispersion au bas de l'échelle des salaires. Dans un pays où le SMIC n'existe pas, elle souhaite le maintien des emplois payés moins de 620 marks par mois (2 000 francs par mois) pour heures de travail par semaine au maximum. Ces emplois "légalement au noir", dont le nombre varie selon les sources de 1,6 à 6 millions, sont la bête noire des syndicats, car ils ne sont pas assujettis aux charges sociales. En revanche, les économistes du château de la Muette émettent de sérieuses réserves sur les mesures de traitement social du chômage, notamment sur les emplois sociaux subventionnés par les pouvoirs publics, dont le nombre, après avoir diminué en 97, a augmenté depuis janvier de 200 000 pour atteindre 440 000 en juillet. Ces emplois "n'assuraient pas, dans la plupart des cas, une passerelle pour la réinsertion sur le marché (...) du travail et risquaient de se pérenniser. C'est pourquoi il faut mettre fin au plus tôt au revirement de 98", demande l'OCDE. Elle émet aussi des objections "à l'égard de la nouvelle politique qui consiste à encourager les communes à créer des emplois destinés aux allocataires sociaux. On réduira certes ainsi le taux de chômage, élément le plus visible, mais au risque d'une dégradation des performances du marché du travail." A deux mois des élections législatives, les chiffres sur l'emploi étaient attendus avec impatience par la classe politique à Bonn. Les médias et la classe politique allemands commentent uniquement les chiffres non CVS : ce sont ceux-là qui jouent un rôle sur la scène politique, même s'ils n'ont pas de sens économique. En juillet, le chômage brut a augmenté de 59 400 pour atteindre 4,134 millions, en raison notamment de l'arrivée des apprentis sur le marché du travail, et ne passe donc pas sous la barre psychologique des 4 millions, que le chancelier Kohl rêve de franchir avant les élections du 27 septembre. En lisant le rapport de l'OCDE, les partisans de M. Kohl ont vu un satisfecit émis sur leur politique. Compliment en forme de reproche, l'OCDE réclame la mise en place "d'urgence" de la réforme fiscale, bloquée depuis 1997 par l'opposition social-démocrate (SPD). Au contraire, le SPD a déduit du rapport de l'OCDE que, contrairement à ce que prétendait le gouvernement, le chômage n'était pas près de repasser sous les 4 millions. MANIFESTATION MENSUELLE Comme chaque mois depuis février, les organisations de chômeurs ont appelé à manifester à l'heure de la publication des chiffres du chômage. Même si les agences de presse reprennent les chiffres de dizaines de milliers annoncés par les organisateurs, la mobilisation s'est vite essoufflée et ne dépasse pas quelques milliers depuis des mois. Les manifestants, plus souvent des syndicalistes que des chômeurs, font preuve d'imagination bon enfant. A Bonn, une quinzaine d'entre eux s'étaient revêtus de sacs-poubelle. Les chômeurs font ainsi allusion au président de Nestlé, Helmut Maucher, honni pour avoir parlé en 96 à propos des chômeurs de "Wohlstandmüll", littéralement "déchets de la prospérité", ajoutant que, "pour les gens qui veulent vraiment travailler, il y a toujours du travail". Parodiant les prestations de serment de la Bundeswehr qui ont parfois lieu sur les places allemandes, la poignée de chômeurs défilaient à Bonn au bruit du tambour, armés de balayettes et de pelles à poussière, jurant d'accepter n'importe quel travail, à n'importe quel salaire, avec n'importe quelles garanties sociales. Sans avoir lu le rapport de l'OCDE. ARNAUD LEPARMENTIER La Banque Mondiale accorde un prêt de 1,5 milliard de dollars à la Russie La Banque Mondiale a accordé un prêt d'ajustement structurel de 1,5 milliard de dollars à la Russie pour soutenir l'accélération des réformes économiques nécessaires afin de stimuler une croissance durable, a annoncé jeudi 6 août l'institution internationale de développement. Ce prêt, le plus élevé jamais octroyé par la Banque pour soutenir des réformes structurelles, vise aussi à amortir l'impact social de la transition vers une économie de marché, précise l'institution dans un communiqué. Ce crédit s'inscrit dans le cadre d'un programme de sauvetage financier exceptionnel de 22,6 milliards de dollars piloté par le Fonds monétaire international et auquel participe, outre la Banque mondiale, le Japon. Le gouvernement russe recevra de la part du FMI en septembre 2,8 milliards de dollars, nettement moins que prévu pour cette seconde tranche du prêt d'urgence annoncé en juillet. Initialement, la tranche de septembre devait se monter à 4,3 milliards de dollars. (AFP.) ISRAEL : nomination d'un nouvel évêque grec-catholique L premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou s'est déclaré "préoccupé" jeudi 6 août par la nomination du nouvel évêque grec-catholique Pierre Boutros Mouallem au diocèse d'Akka (Saint-Jean-d'Acre) en Galilée (nord d'Israël). Il serait considéré par Israël comme trop favorable à la cause palestinienne. Selon des sources ecclésiastiques, la présidence du Conseil israélien est intervenue auprès du Vatican pour que soit désigné à la tête du diocèse le prêtre Emile Shoufani et non M Mouallem. (AFP.) TUNISIE : accord avec l'Italie sur les immigrés clandestins LItalie et la Tunisie ont conclu, jeudi 6 août, un accord sur le rapatriement des immigrés clandestins provenant de Tunisie et interceptés en Italie. Les deux pays ont en outre convenu d'un volet prévoyant l'intensification graduelle des contrôles et de la surveillance côtière depuis la Tunisie pour prévenir et empêcher les départs. (AFP.) ALGÉRIE : reprise des massacres L reprise récente des massacres en Algérie a fait au cours de ces derniers jours plus de 50 morts, selon un décompte officiel. Elle risque de relancer la polémique entre Alger et le Comité des droits de l'homme des Nations unies sur les responsabilités de ces tueries. Des ONG de défense des droits de l'homme réclament l'envoi en Algérie d'une commission d'enquête internationale pour élucider les massacres de civils jamais revendiqués mais imputés aux islamistes armés. En outre, la mission d'information des Nations unies doit remettre ces jours-ci son rapport préliminaire au secrétaire général Kofi Annan. (AFP.) ARMENIE : assassinat du procureur général L procureur général d'Arménie GenrikKhatchatrian a été assassiné, jeudi 6 août, dans son bureau à Erevan par l'un de ses collègues qui s'est donné la mort juste après avoir commis son geste, a-t-on annoncé de source officielle à Erevan. Aucune explication officielle n'a été donnée pour expliquer ce meurtre et ce suicide. (AFP.) ALLEMAGNE : l'écart se resserre entre Helmut Kohl et son rival social-démocrate à la chancellerie Lécart se resserre entre Helmut Kohl et son rival social-démocrate à la chancellerie Gerhard Schroeder en termes d'intentions de vote dans les sondages, même s'il reste en faveur du SPD. Alors que les élections générales sont fixées au 27 septembre, le rapport de forces est à 40-37 (contre 42-37 un mois auparavant) en faveur du SPD pour l'institut Emnid. Pour Dimap, il est de 43-36 (contre 44-36 début juillet), comme pour Forsa également à 43-36 (contre 43-34 début juillet). Le nombre d'indécis reste toujours élevé, selon les instituts, ce qui permet à M. Kohl d'assurer qu'il sera réélu. SOUDAN : fin des pourparlers entre le gouvernement et la guérilla Les pourparlers de paix entre le gouvernement soudanais et l'Armée populaire de libération du Soudan (SPLA), la rébellion du Sud, se sont achevés jeudi 6 août, à Addis Abeba, sans que les deux parties ne parviennent à un accord, selon le porte-parole de la SPLA, Pagan Amun. Le désaccord porte sur la délimitation géographique du Sud, ainsi que sur la question de la séparation entre la religion et l'Etat. "Nous sommes totalement en désaccord sur les bases d'un Soudan uni", a déclaré M. Amun. Les deux délégations ont simplement convenu de se retrouver à Nairobi dans six mois, a-t-il précisé. Par ailleurs, le gouvernement canadien a annoncé son intention d'augmenter son aide humanitaire au Soudan de 1,5 million de dollars. La famine menace actuellement plus de 2,5 millions dans la province sudiste du Bahr Al Ghazal, du fait des combats entre les forces gouvernementales et celles du SPLA. (AFP.) NIGÉRIA : nomination d'une commission électorale La junte militaire au pouvoir au Nigeria a nommé, jeudi 6 août, une nouvelle commission électorale chargée de superviser le programme de rétablissement de la démocratie promis par le général Abdulsalam Abubaka, le successeur de Sani Abacha. La commission devrait être officiellement installée la semaine prochaine. Elle sera composée de quatorze membres et présidée par Ephraim Omokose Akpata. Conférence de Lambeth La Communion anglicane condamne la bénédiction des couples homosexuels ROCHE MARC LONDRES de notre correspondant L'attitude de la Communion anglicane envers les homosexuels a dominé les débats de la conférence de Lambeth qui réunit, du juillet au 9 août, huit cents évêques des cinq continents, dont, pour la première fois, onze femmes. La condamnation, à une majorité écrasante, de la bénédiction des couples homosexuels et de l'admission des prêtres gays souligne la prééminence du courant conservateur, représenté par les diocèses asiatiques et africains et les évangélistes sur les libéraux d'Amérique du Nord, d'Océanie et d'Europe. C'est par 576 voix pour contre 70 et 45 abstentions que la conférence réunie à Canterbury, a adopté, le 7 août, au terme de débats houleux, la motion finale rejetant la pratique de l'homosexualité "comme incompatible avec les Ecritures". Plusieurs facteurs expliquent cette victoire des conservateurs de l'Eglise anglicane regroupant près de 70 millions de fidèles de par le monde. D'abord, l'offensive conjointe et bien organisée des évêques africains, asiatiques et latino-américains a permis aux représentants des pays où la question de l'homosexualité reste taboue, à l'instar du Zimbabwe, de Singapour, du Pakistan ou de l'Ouganda, d'imposer leur point de vue. A leurs yeux, seule une condamnation claire des gays permettra aux autorités religieuses anglicanes de résister à la vive concurrence dans ces "provinces" de l'islam, de l'hindouisme ou d'Eglises chrétiennes très actives dans le tiers-monde, comme les baptistes ou les pentecôtistes. Le communiqué de la conférence de Lambeth reprend les grandes lignes de la déclaration de Kuala Lumpur, promulguée il y a un an par 80 évêques conservateurs issus du tiers-monde, condamnant catégoriquement l'homosexualité. Lors des débats, le courant fidèle à l'orthodoxie anglicane a passé une alliance avec la mouvance évangéliste d'Amérique du Nord, à la pointe du combat contre les lesbiennes et les gays. En échange du soutien des prélats africains et asiatiques, les évangélistes, de leur côté, ont soutenu la campagne des "tiers-mondistes" en faveur d'une remise ou d'un moratoire sur la dette des pays pauvres dont le service pénalise leurs efforts de développement. Enfin, ces opposants ont pu compter sur l'appui de la majorité des évêques anglais menés par l'archevêque de Canterbury, M Carey, chef de l'Eglise anglicane, qui entend réaffirmer les dogmes et les commandements les plus traditionnels. "VICTOIRE À LA PYRRHUS" Par ailleurs, l'Eglise anglicane est, en théorie, la plus proche de Rome et une libéralisation sur la question homosexuelle faisait peser une menace sur le rapprochement opéré en douce depuis trente ans au nom de l'oecuménisme, malgré les divergences existantes avec le Vatican à propos de l'autorité pontificale, la contraception ou l'ordination des femmes. Coïncidence de date, M gr Carey a joué un rôle déterminant dans le récent rejet par la Chambre des lords du projet de loi légalisant l'homosexualité à seize ans, auparavant adopté sans problème par la Chambre des communes. Il convient de souligner que l'Eglise d'Angleterre reconnaît les relations homosexuelles monogames pour les laïcs oeuvrant en son sein, mais pas pour le clergé. "Condamner l'homosexualité est un suicide évangélique dans un diocèse comme le mien. C'est une victoire à la Pyrrhus qui débouche sur une Eglise plus divisée que jamais" : comme l'a indiqué l'évêque de New York, Catherine Roskam, les partisans d'une libéralisation n'ont pas désarmé face à cette retentissante défaite. S'ils doivent se contenter d'une vague promesse "d'écouter les homosexuels", à leurs yeux, l'Eglise anglicane a vécu la fin d'un des derniers tabous. L'aile réformiste insiste que, pour la première fois, l'homosexualité a été mise à l'ordre du jour des délibérations d'une Eglise chrétienne. De plus, la conférence, qui se réunit tous les dix ans, n'émet que des recommandations que chaque "province" peut interpréter. Enfin, ils espèrent, comme le montre l'affaire du sacerdoce des femmes dont les opposants ont été laminés, que l'Eglise anglicane sera à nouveau contrainte de s'aligner sur l'évolution de la société. Au cours de cette conférence placée pour les traditionalistes sous le signe de la satisfaction et, pour les libéraux, sous celui de l'indignation, d'autres dossiers chauds ont été évoqués, comme les relations avec l'islam, le statut de Jérusalem ou le refus de certains diocèses épiscopaliens des Etats-Unis, de désigner des femmes-prêtres. MARC ROCHE Chine : destruction de nouvelles digues dans le bassin du Yang- tseu Pour protéger les 7 millions d'habitants de la conurbation de Wuhan, les autorités chinoises ont détruit, jeudi 6 août, six autres digues anti-inondations du bassin du Yang-tseu et laissé l'eau envahir une vaste région peuplée de 300 000 habitants en amont. Les digues ont été ouvertes dans la zone de débordement de Jingjiang, dispositif clef de contrôle des crues du fleuve, à environ 0 km à vol d'oiseau de Wuhan. 100 000 habitants des villes limitrophes de Shashi et de Jinzhou (province centrale du Hubei) en avaient été évacués. Par ailleurs, le typhon Otto, qui faiblit, continuait à avancer vers l'est du fleuve. A l'ouest, un quatrième pic de crue formé par les pluies des derniers jours descendait le Yang-tseu, menaçant les zones les plus vulnérables du cours moyen du fleuve. En Corée du Sud, de nouvelles pluies torrentielles ont été enregistrées dans la nuit du mercredi 5 au jeudi 6 août et au moins 168 personnes sont mortes ou ont été disparues à la suite des crues et glissements de terrain en résultant.- (AFP.) Le Portugal et l'Indonésie espèrent un accord sur le Timor cette année NEW YORK (Nations unies). L'Indonésie et le Portugal ont décidé, mercredi 5 août, d'avoir des discussions "en profondeur" sur l'autonomie du Timor Oriental et espèrent parvenir à un accord d'ici à la fin de l'année, selon un communiqué officiel publié à New York. Au terme de deux jours d'entretiens sous l'égide des Nations unies entre les ministres des affaires étrangères portugais et indonésien, les deux pays sont tombés d'accord pour "avoir des discussions en profondeur sur les propositions de l'Indonésie à propos d'un statut spécial, fondé sur une large autonomie, pour le Timor Oriental". Les deux ministres acceptent d'inclure plus étroitement les Timorais dans la recherche d'une solution. Cependant, la libération du leader est-timorais emprisonné, Xanana Gusmao, a été exclue à ce stade. Le Timor Oriental, ancienne colonie portugaise, a été envahi par l'Indonésie en 75 et annexé par elle l'année suivante. (AFP.) Dix années de pouvoir militaire débouchent sur une impasse en Birmanie Un regain de tension marque l'anniversaire du massacre du 8 août 88 POMONTI JEAN CLAUDE Amnesty International a exhorté la communauté internationale à s'engager contre la junte birmane, à la veille du dixième anniversaire de l'écrasement du mouvement démocratique. A Rangoun, la surveillance de la résidence d'Aung San Suu Kyi, figure de proue de l'opposition, a été renforcée vendredi 7 août. Les exilés appellent au "soulèvement" pour renverser la junte, incapable d'arracher le pays à l'ornière économique. BANGKOK de notre correspondant régional Il y a dix ans, le lundi 8 août 88 le "8-8-88", disent les Birmans, des foules enthousiastes envahissent les rues de Rangoun et de plusieurs autres villes du pays. Voilà quelques mois que l'opposition à la dictature militaire se développe à travers la Birmanie et, fin juillet, le général Ne Win, seul maître à bord depuis 62, a même annoncé qu'il renonçait à toute fonction officielle. "Nous voulons la démocratie ! L'armée est notre armée !", crient les manifestants du "8-8-88", qui se comptent par centaines de milliers. Le mouvement a atteint son apogée. Tard dans la soirée, l'armée ouvre le feu sur les foules. Les fusillades durent plusieurs heures. Pour qu'on ne puisse pas les compter, les corps des victimes sont évacués par camions militaires. Les blessés sont achevés à la baïonnette. Le tournant a eu lieu. Des manifestations, de nettement moindre ampleur, se poursuivent en août sous le signe de l'amertume. Six semaines plus tard, le septembre, l'armée reprend officiellement le pouvoir dans un nouveau bain de sang. La junte choisit le label de Slorc (State Law and Order Restauration Council), auquel succédera, le novembre 97, celui de SPDC (State Peace and Development Council). La Birmanie devient le Myanmar. COURTE EMBELLIE Mais rien n'a changé. Placée en résidence surveillée en 1989, Mme Suu Kyi n'est libérée qu'en 95, sous pression internationale. Pendant plus d'un an, elle peut, le dimanche, s'adresser à ses partisans regroupés devant son domicile. Fin 1996, toutefois, les militaires mettent fin à ces sessions et l'isolent de nouveau, lui coupant le téléphone et lui interdisant de quitter Rangoun. De nombreux collaborateurs du Prix Nobel de la paix 91 sont traqués ou emprisonnés. Les indicateurs de police sont partout présents. Les universités ferment ou rouvrent leurs portes selon les préoccupations de la junte. Début 92, une brutale répression militaire a contraint plus de cent mille Rohingyas musulmans à fuir l'Arakan pour se réfugier au Bangladesh voisin, et leur rapatriement, avec le concours du Haut Commissariat de l'ONU pour les réfugiés, s'étalera sur pas moins de cinq ans. Les recrutements forcés et non payés de travailleurs, pour construire la voie ferrée Ye-Tavoy, ou de porteurs pour l'armée, sont monnaie courante. Des témoignages sur des tortures dans les prisons continuent de filtrer. Certes, en 1988, la vieille garde de Ne Win a cédé le pas à des officiers plus jeunes. Alors que Ne Win avait fermé le pays pour suivre une "voie birmane vers le socialisme" aux effets désastreux, des officiers relativement moins âgés ouvrent le pays aux investissements étrangers et au tourisme. Ils nouent des relations étroites avec la Chine, qui équipe leurs bataillons, et concluent des cessez-le-feu sur place avec une dizaine de minorités ethniques insurgées à la périphérie de l'Union birmane. Ils se sentent même assez confiants, dès 90, pour convier la presse internationale à des élections générales. Cette embellie ne dure pas. Les généraux ont eu beau procéder, au préalable, à des déplacements de populations urbaines, la toute jeune Ligue nationale pour la démocratie (LND) de Mme Suu Kyi, en résidence surveillée depuis un an, emporte plus de 80 % des suffrages. L'Assemblée constituante ainsi élue ne se réunira jamais et sera remplacée, en 93, par une Convention choisie par les militaires, chargée de rédiger une charte et qui ne se réunit plus depuis deux ans. En outre, l'afflux de capitaux ne dure que quelques années et les touristes se font de plus en plus rares. Depuis, la source des investissements étrangers s'est tarie avec des sanctions américaines renforcées et, dans la foulée, la crise financière asiatique. Le niveau de vie, en Birmanie, est inférieur aujourd'hui à ce qu'il était voilà dix ans. Les cessez- le-feu avec les ethnies minoritaires, à l'exception de l'insurrection des Karens, ne tiennent que moyennant des autonomies armées de fait. L'échec de la Convention, invitée à rédiger un texte s'inspirant de l'ancien régime indonésien, celui de Suharto, est lié à l'impossibilité d'un accord avec des minorités ethniques qui reprendront les armes si leur large degré d'autonomie actuel ne figure pas dans la Charte. Entre-temps, l'Etat, à court de recettes, se replie sur les revenus de la drogue produite dans le Nord et le Nord-Est. La production d'opium augmente de 10 % d'une année sur l'autre, faisant de la Birmanie le premier producteur mondial, à parité avec l'Afghanistan. Rangoun est la capitale du blanchiment de l'argent sale, tandis que les laboratoires d'amphétamines poussent comme des champignons sur les frontières chinoise, laotienne et thaïlandaise. C'est une autre manière, pour les généraux, de faire front. LE DOS AU MUR L'admission de Rangoun au sein de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (Asean), en 97, n'a représenté qu'une bien mince victoire diplomatique. L'association commence à se lasser de prôner, sous forme d' "engagement constructif", une coopération avec une junte birmane trop rétive et qui empoisonne ses relations avec ses partenaires occidentaux. Si la Chine est discrète, parce que l'alliance avec Rangoun renforce son poids sur le golfe du Bengale et en Asie du Sud-Est, l'Occident est de plus en plus ouvertement hostile au pouvoir militaire birman. Aung San Suu Kyi, pour sa part, tente par tous les moyens de placer en porte-à-faux les généraux qui refusent d'engager tout dialogue. Ses dernières trouvailles : échapper à la vigilance de ses geôliers pour sortir de Rangoun et leur adresser un ultimatum pour réunir, le 21 août, l'Assemblée élue en 90. Mais les militaires veulent éviter le renouvellement de massacres semblables à ceux perpétrés en 88; la police politique est omniprésente. La population a encore de quoi mal se nourrir. Elle ne semble pas prête, du moins pas encore, à affronter les fusils. La communauté internationale, quant à elle, n'a guère d'emprise sur une situation qui n'a fait, jusqu'ici, que se dégrader. Le dos au mur, les généraux birmans tiennent d'une main ferme le pays sans pour autant réussir à le gérer. Ils ne semblent envisager aucune concession, même s'ils savent sans doute qu'un beau jour les dictatures militaires finissent toujours par s'effondrer. Mais quand ? JEAN-CLAUDE POMONTI DOC : AVEC UN DESSIN DE PANCHO Deux ministres démissionnent du gouvernement de M. Arafat DEMANDÉ depuis de longs mois par le Conseil législatif palestinien, le remaniement, mercredi 5 août, du gouvernement de l'Autorité palestinienne n'a pas eu l'effet escompté, bien au contraire. Le maintien des principaux ministres accusés par les parlementaires de corruption et d'enrichissement personnel a été vivement critiqué, y compris au sein même du cabinet de Yasser Arafat. Deux ministres ont ainsi démissionné jeudi : Abdel Jawad Saleh et surtout Hanane Achraoui, ancienne porte-parole de la délégation palestinienne à la conférence de Madrid, en 91. Refusant sa mutation du ministère de l'agriculture à un poste de ministre sans attributions précises, Abdel Jawad Saleh, militant nationaliste de longue date, a expliqué son départ en affirmant : "Je m'en vais parce que la corruption domine le peuple palestinien et infiltre ses institutions, ainsi que les proches de M. Arafat." Ancienne ministre de l'éducation supérieure, Hanane Achraoui a refusé de son côté sa nomination au tourisme et à l'architecture. "C'est une question d'honnêteté, a-t-elle assuré au cours d'une conférence de presse; si je pensais que je faisais partie d'une équipe professionnelle, ramassée et active, je serais restée." Très critique quant à la politique suivie par M. Arafat vis-à-vis d'Israël, Mme Achraoui plaide pour la rupture des discussions avec le gouvernement de Benyamin Nétanyahou au motif qu'elles ne mènent à rien. "J'ai l'impression que nous ne devrions pas nous laisser entraîner sur une pente glissante et les derniers développements du processus de paix justifient mes inquiétudes", a-t-elle ajouté jeudi. L'ancienne ministre, qui a souvent critiqué les violations des droits de l'homme perpétrées dans les territoires autonomes par les services de sécurité palestiniens en dépit de sa présence dans le gouvernement de M. Arafat, avait déjà démissionné, au printemps, du comité de Bethléem pour les célébrations de l'an 2000. (AFP, Reuters.) Birmanie PORTRAIT Aung San Suu Kyi, l'Antigone de Rangoun "En tant que fille de mon père, je ne peux pas rester indifférente" PHILIP BRUNO SES PARTISANS l'appellent LA "dame". Ses adversaires, la junte birmane, la surnomment l' "étrangère". Une "dame", une grande dame même, elle l'est sans nul doute, cette frêle et digne femme de cinquante-trois ans, dont l'entêtement est à la hauteur de l'énergie déployée pour parvenir à l'objectif qu'elle s'est fixé : restaurer la démocratie en Birmanie. "Etrangère", Aung San Suu Kyi ne l'est évidemment pas, contrairement à ce qu'essaient de faire croire le quarteron de généraux qui ont mis le pays en coupe réglée. Même si les tristes galonnés de Rangoun tirent parti d'une biographie hors norme et un peu trop "cosmopolite" pour discréditer la chef de l'opposition : mariée à un anthropologue britannique, Michael Aris, Mme Suu Kyi a étudié l'économie et la philosophie à Oxford, a vécu en Inde, à New York, au Japon, et n'est revenue au pays qu'il y a dix ans. Elle a donc le tort de parler l'anglais comme une Anglaise et de penser la liberté comme une Occidentale. Bref, de penser tout court, et au mépris des prétendues "valeurs asiatiques" de respect pour le pouvoir et de discipline collective vantées par les généraux. Femme d'Asie, Aung San Suu Kyi l'est en tout cas tout autant que les autres femmes de pouvoir qui ont marqué l'histoire récente du continent, d'Islamabad à New Delhi et Colombo : comme la Pakistanaise Benazir Bhutto, l'Indienne Indira Gandhi ou la Sri-lankaise Chandrika Kumaratunga, la "dame de Rangoun" est une "fille à papa". C'est-à-dire qu'elle tire, en partie, son prestige de la famille dont elle est issue. En l'occurrence, de l'aura de son martyr de père, le héros de l'indépendance Aung San, assassiné par les militaires en 47. "En tant que fille de mon père, je ne peux pas rester indifférente à ce qui se passe." Cet aveu, elle le fait en 88, alors qu'elle vient de rentrer à Rangoun, où sa mère se meurt, après avoir abandonné sa thèse de doctorat à l'école des Etudes orientales et africaines de Londres. Une remarque qui illustre bien la façon dont l'Antigone de Birmanie vit son destin : au temps triste des dictatures, c'est aux héritières de reprendre le flambeau. Benazir a bien repris celui de son père, pendu par les généraux, Mme Gandhi, celui du "Pandit" Nehru vieillissant, et l'actuelle présidente sri- lankaise, Chandrika Kumaratunga, celui de Solomon Bandaranaike, son ancien premier ministre de père, tombé naguère sous les balles d'un extrémiste. Aung San Suu Kyi, la seule à ne pas être encore parvenue au pouvoir parmi ses consoeurs de l'ancienne Raj britannique, dont la Birmanie fit partie, s'inscrit dans cette tradition. ASSIGNÉE À RÉSIDENCE De retour au pays, elle ne pourra donc pas se permettre d'ignorer les événements qui agitent la Birmanie. A l'époque, l'Union birmane est encore gouvernée par le maréchal Ne Win, dictateur vieillissant et architecte d'une "voie birmane vers le socialisme" qui allait se transformer en voie birmane vers la ruine et l'enfermement. Aung San Suu Kyi va rapidement devenir un point de ralliement pour les opposants au régime, notamment les étudiants qui s'agitent dans les campus. Mais après les tragiques journées d'août 88, quand des milliers de manifestants prodémocratiques tombent sous les balles de la soldatesque birmane, la "dame" sera muselée par les militaires : en avril 89, alors qu'elle ne cesse de parcourir le pays, elle refuse d'obtempérer face à un officier qui menace de lui tirer dessus si elle ne donne pas l'ordre de dispersion d'une marche de protestation. Trois mois plus tard, on l'assigne à résidence dans sa propriété de Rangoun. Mais il est trop tard pour enrayer le mouvement dont elle est devenue l'incontournable figure : son parti, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), remporte, à l'écrasante majorité, les élections législatives. Le régime ne reconnaîtra pas le résultat du scrutin et le Parlement qui aurait dû être issu des urnes ne se réunira jamais. Pendant six ans, Mme Suu Kyi va être confinée dans son bungalow de style colonial, grande bâtisse un peu décatie située au bord d'un lac, dans un quartier résidentiel de la capitale. Six ans de solitude qui n'auront pas réussi à briser la détermination de la "dame de Rangoun" : sitôt sa liberté de mouvement partiellement retrouvée, elle reprendra ses activités militantes. Même si son entêtement commence aujourd'hui à en irriter plus d'un dans son propre parti, où certains l'accusent parfois de poursuivre une politique de confrontation "stérile" face à des militaires bien décidés à ne céder sur rien... BRUNO PHILIP Le président Kabila menace de porter la guerre au Rwanda Les initiatives de paix se multiplient LE PRÉSIDENT CONGOLAIS Laurent-Désiré Kabila a accusé, jeudi 6 août, le Rwanda d'être à l'origine de la révolte des Banyamulenges (Congolais tutsis d'origine rwandaise) et il a menacé de porter la guerre chez son ancien allié. "Notre pays est victime d'une agression du Rwanda et d'un vaste complot des Tutsis, qui veulent diriger le gouvernement et occuper le pays", a affirmé le chef de la République démocratique du Congo (RDC, ex-Zaïre) lors de sa première déclaration publique à Kinshasa depuis le début des troubles, il y a cinq jours. "Nous devons nous préparer à résister à l'agression et à terminer la guerre chez les agresseurs", a prévenu le dirigeant congolais. Kigali dément toujours toute implication dans les troubles et a lancé un avertissement à Kinshasa. "Nous sommes en mesure de défendre nos frontières et, le cas échéant, de dissuader toute force qui envisagerait de passer à l'offensive", a déclaré le porte-parole de l'armée rwandaise, le commandant Emmanuel Ndahiro. La RDC, de son côté, a envoyé des renforts militaires dans l'est du pays, à la frontière du Rwanda, là où la rébellion a éclaté. Jeudi, M. Kabila a confirmé que ses troupes avait perdu le contrôle de Goma et Bukavu, les deux chefs-lieux du Kivu. Il a également indiqué que des combats avaient bien lieu à Kisangani, la troisième ville du pays, ainsi que dans l'importante base militaire de Kitona. Les rebelles auraient ouvert un nouveau front à l'ouest du pays en s'emparant de la ville pétrolière de Moanda, sur la côte atlantique, près de l'enclave angolaise du Cabinda. Dans la même région, des combats auraient lieu dans la ville de Banana. Fort de ces succès militaires, Bizima Karaha (l'ancien ministre des affaires étrangères de M. Kabila, rallié à la rébellion) a menacé de porter la guerre jusqu'à Kinshasa et demandé aux dirigeants africains de faire pression sur M. Kabila pour qu'il cède le pouvoir. Les dirigeants de plusieurs pays de la région doivent se rencontrer samedi au Zimbabwe pour tenter de trouver une solution à la crise congolaise. Outre M. Kabila et son homologue zimbabwéen, Robert Mugabe, le sommet devrait réunir les chefs d'Etat du Rwanda et de l'Ouganda, MM. Bizimungu et Museveni, les anciens alliés de la RDC accusés d'avoir trahi M. Kabila. Pour cause de rivalité diplomatique entre le Zimbabwe et l'Afrique du Sud, ce dernier pays n'a pas été invité et a lancé sa propre initiative de paix. ÉMISSAIRES SUD-AFRICAINS Après s'être entretenu par téléphone avec M. Kabila, le président Nelson Mandela a décidé d'envoyer trois de ses ministres en RDC pour proposer leurs bons offices. Sous la conduite du chef de la diplomatie sud-africaine, Alfred Nzo, les émissaires de Pretoria devraient bientôt rencontrer M. Kabila. Les Etats-Unis se sont déclarés prêts à soutenir les efforts de médiation de l'Afrique du Sud. C'est ce qu'a affirmé, à Washington, Al Gore, le vice- président américain, à l'occasion de sa rencontre avec Thabo Mbeki, son homologue sud-africain. Parallèlement, les autorités américaines, accusées de soutenir le Rwanda, ont "instamment demandé" à ce pays de ne pas s'impliquer dans les combats en RDC. L'Organisation de l'unité africaine (OUA) a également proposé sa médiation. L'OUA va envoyer une mission à Kinshasa et dans les capitales des pays voisins, a indiqué Salim Ahmad Salim, le secrétaire général de l'organisation. M. Kabila mise sur la mobilisation internationale et nationale pour contrer "l'agression rwandaise". Jeudi, les autorités congolaises ont organisé un défilé dans les rues de Kinshasa, qui a réuni 000 personnes hostiles au Rwanda et favorables à la fin de l'insurrection. "Nous devons être préparés à une guerre longue, une guerre populaire où le peuple entier devra défendre sa patrie et sa souveraineté", a annoncé M. Kabila. (AFP-Reuters.) L'ONU critique l'Irak mais souhaite la reprise du dialogue LE CONSEIL DE SÉCURITÉ des Nations unies a jugé "inacceptable", jeudi 6 août, la décision de l'Irak de stopper sa coopération avec les experts chargés de contrôler son désarmement. Alors que sur le terrain, en signe de "bonne volonté", les Irakiens ont laissé jeudi les membres de la Commission spéciale des Nations unies (Unscom), chargée du désarmement, continuer leurs opérations de surveillance, le Conseil s'est gardé toutefois de condamner l'Irak et a souhaité une "reprise rapide" des discussions. Le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, qui s'était entretenu auparavant par téléphone avec le vice-premier ministre irakien, Tarek Aziz, a déclaré qu'il "ne croyait pas" que l'emploi de la force serait nécessaire, et que la position de l'Irak ne lui semblait "pas figée". Même s'il considère la décision irakienne comme "non conforme" aux accords précédemment intervenus, M. Annan a également évoqué devant le Conseil la "frustration et le désespoir" du pays, frappé par des sanctions internationales depuis août 90, à la suite de l'invasion du Koweït. Les Irakiens, a-t-il ajouté, "ont le sentiment que quoi qu'ils fassent (...)leurs efforts ne sont pas reconnus par l'Unscom et le Conseil de sécurité". Selon des sources diplomatiques concordantes, les divisions traditionnelles entre les cinq membres permanents du Conseil- Chine, Russie, France, Grande-Bretagne, Etats-Unis - à propos de l'Irak ont toutefois empêché la rédaction d'un communiqué plus "musclé". Au cours de la réunion, le représentant russe Iouri Fedotov a ainsi demandé à mots à peine voilés la démission du chef de l'Unscom, Richard Butler, très soutenu par les Etats-Unis, estimant que lorsqu'une mission échouait son responsable devait partir. La Maison Blanche et le département d'Etat américain ont réagi avec modération, jeudi, à la décision irakienne d'interrompre la coopération avec les experts de l'Unscom ainsi que ceux de l'Agence internationale pour l'énergie atomique. "Nous allons réagir avec prudence. Nous ne voulons pas laisser Saddam Hussein (...)dicter nos pas", a indiqué le porte-parole du département d'Etat, James Foley. Le Pentagone, a ajouté un officier américain sous couvert de l'anonymat, ne veut plus répondre "du tac au tac" aux provocations de l'Irak, ce qui non seulement laisse l'initiative à Saddam Hussein mais aussi, à l'en croire, gaspille beaucoup d'argent et d'énergie. "Nous répondons par l'indifférence, nous n'allons pas réagir à ces manoeuvres sans importance de la part de Bagdad", a-t-il ajouté. (AFP.) DROITE Gérard Longuet prend la plume contre Alain Madelin DATÉE du 23 juillet, une lettre de Gérard Longuet circule depuis dans les rangs de l'UDF. Rappelant ses états de service, tant au Parti républicain qu'à l'UDF proprement dite, depuis quatorze ans, le président du conseil régional de Lorraine vole au secours de la vieille maison "européenne, libérale et sociale", fondée en 78, et de François Léotard, son président démissionnaire. C'est l'urgence de la situation et "l'enchaînement stupide ouvert par la suite des régionales de 98" qui poussent M. Longuet à "[s]'exprimer avec humeur" et à sortir de sa réserve avant que les actions judiciaires engagées contre lui soient éteintes, ce qui l'incitait jusqu'à présent, écrit-il, à la "discrétion". L'ancien ministre a "trois amis" dans le collimateur. Charles Millon d'abord, qui, "dans ce rôle d'allié du Front national à contre-emploi de tous ses engagements publics antérieurs a déclenché une tornade qui désorganise la droite". Ensuite, François Bayrou, l'ennemi-ami de l'autre composante politique de l'UDF, incité par l'attitude de M. Millon à poser "la lancinante question de la modernisation de l'UDF". Mais surtout "notre ami Alain Madelin" qui "se trompe trois fois". Au premier chef, l'ancien président du PR juge que "l'ambiguïté" que M. Madelin "semble entretenir avec le Front [national], sert le Front et lui seul". "L'ambiguïté, ajoute-t-il, affaiblit la droite en la divisant, en mobilisant contre nous la gauche enfin unie, en nous coupant des jeunes, en nous donnant des alliés pour certains impossibles". M. Longuet s'élève contre la volonté d' "exclure du Parti républicain, désormais Démocratie libérale, tous ceux qui veulent aussi l'union", attitude qui "entretient un inutile climat de guerre civile". Jugeant que DL "s'engage (...) dans une spirale de l'exclusion", M. Longuet invite les libéraux de l'UDF à y demeurer pour représenter, à côté du RPR, "une force principale et non secondaire". Les sources de financement des partis Le financement des partis politiques n'a fait l'objet d'une réglementation qu'avec la loi du 11 mars 88, qui a institué le principe d'un financement public. En 89, cette aide représentait 105,6 millions de francs; en 98, 526 millions de francs. Les partis peuvent également recevoir des dons de personnes physiques. Une nouvelle loi, celle du janvier 95, modifiant celle de 88 et celle que Michel Rocard avait fait adopter en janvier 90, a interdit les dons de personnes morales, à l'exception des partis ou groupements politiques. L'Etat, personne morale de droit public, n'a le droit de verser de l'argent aux partis que par voie d'exception législative, et les crédits sont inscrits au budget du ministère de l'économie et des finances. Le financement des partis grâce aux fonds spéciaux de Matignon n'est, lui, autorisé par aucun texte. Une telle aide, prodiguée à quelques-uns seulement, dérogerait d'ailleurs au principe constitutionnel d'égalité. Les finances du PR Un montage financier opaque qui accrédite le soupçon de fraude GATTEGNO HERVE DEUX BANQUES étrangères, un prêt, un dépôt d'espèces. Dans l'affaire qui vaut aujourd'hui à François Léotard et à Renaud Donnedieu de Vabres une mise en examen se trouvent réunis les ingrédients typiques d'un montage qualifié de "technique classique du blanchiment" par les auteurs d'un ouvrage récemment publié, Un monde sans loi (Stock, 98), qui recense les différentes formes de la criminalité financière et dont la préface est signée par... les juges Eva Joly et Laurence Vichnievsky. Sous l'intitulé générique "Prêt adossé", le livre explique l'utilisation de ce "procédé simple et habile", qui consiste à déposer une somme d'argent dans une première banque, située dans un paradis fiscal, puis à l'utiliser à titre de garantie pour conclure un prêt avec une autre banque, dans un autre pays. "Le blanchisseur paraîtra avoir reçu un simple prêt, conclut le texte, alors qu'il n'a pu l'obtenir qu'en déposant la même somme en garantie de ses remboursements..." Tel est, très exactement, le déroulement de l'opération mise sur pied, en juin 1996, au profit de l'ancien Parti républicain (PR). Cinq millions de francs furent déposés dans une banque luxembourgeoise, pendant qu'un établissement italien particulièrement opaque le Fondo Sociale di Cooperazione Europa (FSCE) accordait au PR un crédit équivalent. Le caractère peu transparent de ce mouvement financier a, sans conteste, de quoi nourrir certains doutes. Ces doutes ne peuvent qu'être renforcés par le manque de clarté dont l'opération fut entourée à l'intérieur-même du parti. Ainsi, l'ancien directeur financier du PR, Antoine de Menthon, a expliqué aux juges avoir reçu du "cabinet de François Léotard" la consigne de "garder le secret sur le dépôt d'espèces" après le changement de direction à la tête du PR, c'est-à-dire après le remplacement de M. Léotard par M. Madelin. Aussi, les comptes du parti ne mentionnaient-ils qu'un prêt de 5 millions de francs, qui avait servi, en juillet 96, à régler la dernière échéance due par le PR pour l'achat de son siège parisien. "Sans l'enquête judiciaire, nous n'aurions jamais su qu'il y avait eu 5 millions déposés en liquide quelque part, peut ainsi expliquer le trésorier actuel du parti, l'ancien magistrat Thierry Jean- Pierre. Le PR aurait, en quelque sorte, payé deux fois..." Au- delà des querelles internes, quelle peut être la raison d'un tel souci de discrétion, si elle ne tient pas à l'origine des fonds ? Car la version, avancée par les proches de M. Léotard, d'un versement alimenté par des "fonds spéciaux" du gouvernement, suscite elle aussi des interrogations. A en croire Serge Hauchart, maître d'oeuvre du montage italo-luxembourgeois, les 5 millions provenaient d'une réserve constituée grâce aux "ministres du PR", qui auraient "économisé" une part des "fonds spéciaux" mis à leur disposition sous les gouvernements de droite successifs, avant de les reverser au parti. S'y seraient ajoutées les sommes directement versées par lesdits gouvernements au PR. "GIGANTESQUE HYPOCRISIE" Pourtant, le 20 juillet 95, soit moins d'un an avant la conclusion du prêt italien, le juge Eric Halphen, à la faveur d'une tout autre enquête, avait découvert une somme de 2,4 millions de francs en billets neufs de 500 francs au siège du parti, et s'était entendu dire par le trésorier d'alors, Jean-Pierre Thomas, qu'elle constituait le reliquat des "fonds spéciaux" de Matignon, depuis le départ de M. Balladur, en mai 95. Sollicitée par le juge, la Banque de France avait confirmé cette origine. Faut-il croire que ces "économies" avaient pu doubler en quelques mois, sous le gouvernement Juppé ? Si tel était le cas, pourquoi les proches de M. Léotard ne l'auraient-ils pas clairement expliqué à leurs successeurs, au risque d'accréditer le soupçon d'une fraude ? Au demeurant, la constitution d'une telle cagnotte, si elle était avérée, ne heurterait-elle pas les règles légales du financement des partis ? Depuis la loi de 95, les formations politiques n'ont plus le droit, hormis la part du financement public, de percevoir des dons émanant de personnes morales. Or, l'Etat peut évidemment être tenu pour une personne morale. Quoique laissé à la discrétion du gouvernement, et bien que protégé par le "secret-défense", l'usage des "fonds spéciaux" au profit d'un parti politique peut, de ce point de vue, être considéré comme illégal. De toute façon, en s'abstenant avec constance de déclarer les versements en question dans ses comptes officiels, au titre des recettes, le parti de M. Léotard s'est placé en contravention avec toutes les lois successives sur le financement de la vie politique celles de 88, de 90 et de 95. "Gigantesque hypocrisie", a répondu par avance au Monde M. Donnedieu de Vabres, assurant sans doute à raison que "les fonds spéciaux bénéficient à tous les partis, sous tous les gouvernements". Interrogé, le juin 91, par la commission d'enquête parlementaire sur le financement des partis, l'ancien trésorier du PR, Jean-Pierre Thomas, avait suggéré d' "introduire sur ce point une réforme et [de] prévoir quelle partie des fonds secrets peut être employée à l'action politique". Force est de constater que, depuis lors, les dirigeants libéraux ont continué de s'accommoder de ce flou juridique. Reste un ultime mystère, suggéré par cet énième avatar des aventures judiciaires du PR : comment un parti politique qui a participé à plusieurs gouvernements depuis 86, qui a compté dans ses rangs des ministres importants et dont d'anciennes enquêtes avaient déjà pointé l'importance des approvisionnements en argent liquide, a- t-il pu, malgré le financement public, s'enfoncer dans la crise financière et accumuler les déficits ? HERVE GATTEGNO Les finances du PR au coeur du conflit qui déchire les libéraux L'affaire du prêt consenti aux anciens dirigeants du Parti républicain pour l'achat du siège du parti, qui vaut à François Léotard et à Renaud Donnedieu de Vabres d'être mis en examen, est aussi un épisode de la bataille qui les oppose à Alain Madelin depuis les régionales JARREAU PATRICK DROITE François Léotard, député du Var, ancien président du Parti républicain, et Renaud Donnedieu de Vabres, député d'Indre-et-Loire, ancien directeur de son cabinet, se sont rendus, vendredi 7 août, au palais de justice de Paris, où ils devaient être mis en examen pour "blanchiment d'argent". Les deux députés sont mis en cause au sujet d'un prêt de 5 millions de francs, obtenu dans des conditions opaques, et de l'origine de fonds déposés en garantie de ce prêt. DÉMOCRATIE LIBÉRALE, nouveau nom du PR depuis l'élection d'Alain Madelin à sa présidence en juin 97, s'est constituée partie civile dans cette affaire, démarche qui illustre la violence du conflit au sein de la famille libérale. LES "FONDS SPÉCIAUX", allégués par MM. Léotard et Donnedieu de Vabres pour expliquer l'origine de la somme litigieuse, ne font pas partie des ressources reconnues par la loi sur le financement des partis. AU BUREAU provisoire de l'Alliance, dont la prochaine réunion est prévue en septembre, le climat risque d'être lourd. Côte à côte, ou face à face, se retrouveront, en effet, François Léotard, fondateur de l'Alliance avec Philippe Séguin et ancien président du Parti républicain, et Alain Madelin, président de ce même parti, devenu Démocratie libérale, qui y a adhéré ensuite. Or, le second s'est constitué partie civile dans un dossier qui vaut au premier d'être mis en examen. L'affaire pour laquelle M. Léotard et son principal collaborateur, Renaud Donnedieu de Vabres, ont été convoqués, vendredi 7 août, par les juges d'instruction Eva Joly et Laurence Vichnievsky (Le Monde du 7 août) vient apporter une touche quasi sordide au paysage dévasté de la droite. Sans doute sa découverte, dans le cadre d'une enquête sur les opérations douteuses d'un établissement financier italien, ne doit-elle rien au conflit qui oppose M. Léotard et M. Madelin depuis les élections de mars et la cassure de l'UDF; elle ajoute à ce conflit, cependant, un épisode qui en révèle au grand jour la violence. Depuis le printemps, les ponts sont coupés entre les deux ailes de ce qui fut le Parti républicain, la famille des libéraux qui, ayant exercé le "droit d'inventaire" sur le septennat de Valéry Giscard d'Estaing, voulurent jadis incarner une droite moderne. Les uns, plus ou moins fidèles à M. Léotard, continuent à croire en un centre-droit intransigeant vis-à-vis du Front national; les autres, avec M. Madelin, veulent "dédiaboliser" le vote d'extrême droite, celui-ci se nourrissant, selon eux, du fait que les partis républicains refusent toute discussion sur les aspirations exprimées par les électeurs lepénistes. Le ton et l'objet du conflit ressortent clairement d'une lettre que Gérard Longuet, président du Parti républicain de 90 à 95, a adressée fin juillet aux adhérents de l'UDF. Le président du conseil régional de Lorraine y stigmatise "l'ambiguïté" que M. Madelin "semble entretenir avec le Front [national]" et qui "sert le Front et lui seul". Il lui reproche en outre, Démocratie libérale ayant quitté l'UDF, de "donner au RPR, et durablement, les clés de la maison ``opposition``" (lire ci-dessous). D'autres dirigeants et élus de l'ex-Parti républicain vont annoncer, dans les tout prochains jours, la constitution d'un pôle libéral au sein de l'UDF "maintenue", qui doit élire son nouveau président en septembre. Parmi eux figure celui qui s'était opposé, en 97, à l'arrivée de M. Madelin à la tête du PR : Gilles de Robien, député de la Somme et maire d'Amiens. On y trouve aussi Jean-Pierre Fourcade, sénateur des Hauts-de-Seine et maire de Boulogne-Billancourt. On y trouve, enfin, M. Donnedieu de Vabres, député d'Indre-et-Loire, qui avait affronté, en mars, les attaques de ses collègues de droite au conseil régional du Centre, lorsqu'il avait refusé l'alliance avec le FN. L'autonomisation de Démocratie libérale, sous la direction de M. Madelin et de ceux de ses proches qui, comme Hervé Novelli, ancien député d'Indre-et-Loire, ou Laurent Dominati, député de Paris, plaidaient depuis longtemps pour un changement de discours en direction des électeurs du FN, est l'aboutissement d'une évolution qui se dessinait depuis quelques années. En acceptant les voix de l'extrême droite pour conserver la présidence du conseil régional Rhône-Alpes et en lançant, dans la foulée, son mouvement, La Droite, Charles Millon a précipité le processus et occupé, à sa manière, le territoire que convoitait M. Madelin : une sorte de zone grise, où la droite côtoie l'extrême droite. La stratégie inverse est notamment appuyée, en Provence, par Jean-Claude Gaudin, maire de Marseille, et par ses amis, convaincus par l'expérience que toute faiblesse vis-à-vis du FN renforce ce dernier et place la droite sous sa coupe. Or, cette stratégie a subi un échec dans cette région, précisément, et sous la direction de M. Léotard : chef de file de la droite aux élections de mars, le député du Var n'a pas pu empêcher celle-ci d'être battue et de devoir finalement laisser la présidence du conseil régional aux socialistes. De cet échec et de la décision, annoncée par François Bayrou après les élections régionales, de créer un nouveau parti "du centre et du centre-droit", M. Madelin a conclu qu'il était urgent, pour lui, de rompre avec l'aile "centriste" de la coalition UDF. COMPTES DÉGRADÉS Les relations entre le député du Var et le député d'Ille-et-Vilaine n'ont jamais été simples. Elles s'étaient dégradées au début des années 90, M. Madelin finissant par rejoindre Jacques Chirac, en 95, alors que M. Léotard était l'un des principaux soutiens d'Edouard Balladur. Après l'élection présidentielle, M. Madelin, brièvement ministre de l'économie et des finances, avait échoué dans sa tentative pour supplanter M. Léotard à la présidence de l'UDF, qu'abandonnait M. Giscard d'Estaing. Un an plus tard, cependant, l'ancien ministre de la défense lui avait transmis la présidence du Parti républicain. Aux yeux de M. Léotard, qui avait dû payer de sa personne pour en convaincre son parti, l'arrivée de M. Madelin à la tête du PR était nécessaire pour empêcher, déjà, l'éclatement de l'UDF. Cependant, avant même l'élection de l'ancien ministre de l'économie à la présidence du PR, qu'il allait rebaptiser Démocratie libérale, un climat de suspicion s'était installé au sujet de la situation financière que lui léguait M. Léotard. Une équipe de consultants avait été dépêchée au siège du parti par M. Madelin pour établir un "diagnostic financier" de la formation dont il était demeuré vice-président, formellement, après son échec à la présidence de l'UDF. M. Léotard avait trouvé lui-même, en revenant à la présidence du PR, en 95, une situation très dégradée, l'endettement du parti se montant alors, selon les chiffres publiés au Journal officiel des 11-13 novembre 96, à près de 90 millions de francs. Un an plus tard (Journal officiel du 29 octobre 97), cet endettement avait été réduit d'environ 10 millions de francs, et les charges, selon une lettre de M. Léotard à M. Madelin en date du 27 juin 97, avaient été réduites de moitié. Nommé trésorier de Démocratie libérale, l'ancien juge d'instruction Thierry Jean-Pierre n'en avait pas moins envisagé, fin 97 et début 98, un pur et simple dépôt de bilan. La gestion du parti des libéraux est sujette à caution depuis le début des années 90, lorsque la justice avait été amenée à s'intéresser aux conditions d'acquisition du siège du parti en 86. Au-delà de ce que ce dossier peut recéler d'acrobaties financières contraires à la législation sur la transparence des ressources et des dépenses à caractère politique, il montre que l'argent peut n'être pas seulement le nerf de la guerre, mais aussi un de ses enjeux. PATRICK JARREAU Les fonds spéciaux, une manne qui échappe à tout contrôle RIVAIS RAFAELE CE QUE l'on appelle mystérieusement les "fonds spéciaux" constitue une dépense dûment inscrite dans la loi de finances : ces crédits figurent au chapitre 37-91 du budget des services généraux du premier ministre. Toutefois, leur existence n'est régie que par une loi du 27 avril 46, qui prévoit qu'ils relèvent du seul budget "de la présidence du gouvernement", au lieu d'être répartis dans divers budgets ministériels. Dans la loi de finances pour 98, les fonds spéciaux s'élèvent à 394,7 millions de francs, soit la même somme qu'en 97. Le chapitre des fonds spéciaux comprend deux articles, les "fonds spéciaux du gouvernement" (48 millions en 98), et les "fonds spéciaux à destination particulière" (346,7 millions), article qui lui-même inclut les "dépenses de la DGSE" (services de renseignement) et des "dépenses diverses". Les fonds spéciaux du gouvernement et les dépenses diverses "n'ont pas d'affectation différente", écrivait, en octobre 97, Georges Tron (RPR), rapporteur spécial de la commission des finances de l'Assemblée nationale pour les crédits du premier ministre. Il précisait : "Celle-ci est laissée à la discrétion du premier ministre..." Une partie de ces fonds permet de rétribuer, sous forme de primes, les collaborateurs, officiels ou officieux, des cabinets ministériels. Ils ont longtemps été utilisés, aussi, pour financer de façon occulte des partis ou des candidats aux élections. SECRET-DÉFENSE Bien qu'ils soient votés par le Parlement, les fonds spéciaux ne font l'objet d'aucun contrôle, ni par celui-ci, ni par la Cour des comptes. Ils ne sont pas soumis, non plus, à la règle de la séparation de l'ordonnateur et du comptable. Autrement dit, le premier ministre, qui décide de leur affectation, peut aussi les manier. Plusieurs membres de cabinets confient donc avoir perçu, en liquide, des primes prélevées sur les fonds spéciaux, ayant souvent transité par les chefs de cabinet. La pratique des fonds spéciaux ne semble guère choquer. Ainsi, M. Tron indiquait-il aux membres de la commission des finances : "Votre rapporteur ne conteste pas le principe même des fonds spéciaux à la disposition du premier ministre. Il se contentera de souligner que ces crédits avaient baissé de 6 % et 7 % au cours des deux dernières années ." Ils s'élevaient à 424,7 millions de francs en 96, 451,6 millions en 95 et 444,9 millions en 94. Jean-Pierre Balligand (PS), rapporteur spécial du budget du premier ministre dans la législature précédente, s'était interrogé, à l'automne 1996, "sur les raisons qui peuvent justifier l'existence, au sein du budget des services généraux du premier ministre, d'une ligne budgétaire particulière d'une aussi grande ampleur et dont l'emploi est aussi peu transparent". Le député de l'Aisne ajoutait : "L'an dernier, selon une tradition républicaine qui n'était plus respectée depuis quelques années, votre rapporteur avait demandé et obtenu d'être éclairé sur les principaux postes de dépenses. (...) Si cette procédure informelle et confidentielle est préférable à une absence complète d'informations, il n'en demeure pas moins que la gestion des fonds spéciaux paraît quelque peu surannée." Il est souvent arrivé que des parlementaires posent des questions écrites sur l'affectation des fonds spéciaux. Invariablement, on leur répond que cette dernière est secrète. En fait, le secret n'est assuré par un aucun texte. Si un juge voulait interroger un premier ministre sur ce point, celui-ci ne pourrait que lui opposer le secret-défense. Mais désormais, les instances judiciaires auraient la possibilité de saisir la Commission consultative du secret de la défense nationale, instituée par une loi du 8 juillet, pour savoir si cette classification est justifiée. RAFAELE RIVAIS SANTE PUBLIQUE UNE EPIDEMIE DE LEGIONELLOSE A FAIT QUATRE VICTIMES A PARIS Un dispositif sans précédent pour le Mondial Une cellule de veille sanitaire avait été installée le 3 juin, pour la durée de la Coupe du monde, par le ministère de l'emploi et de la solidarité. Baptisé COM-Ségur, ce centre opérationnel a constitué pendant cinq semaines le PC du dispositif global "secours-santé", qui a aussi mobilisé le Comité français d'organisation et les sapeurs-pompiers. Chargée de coordonner et d'exploiter les informations des cellules "secours-santé" mises en place par les préfectures, COM-Ségur a publié trois bulletins quotidiens rendant compte des données épidémiologiques et de l'activité des secours publics et des services d'aide médicale d'urgence (SAMU et SMUR). Chaque ville accueillant des matches a en outre disposé d'un poste sanitaire mobile mis à la disposition du SAMU et d'une mobilisation renforcée des établissements hospitaliers. DÉPÊCHES DIVORCE : l'association SOS enlèvements d'enfants par l'Allemagne a demandé au gouvernement de "suspendre l'application des conventions de La Haye et du Luxembourg" avec l'Allemagne. L'association SOS enlèvements d'enfants par l'Allemagne a demandé, jeudi 6 août, au gouvernement de "suspendre l'application des conventions de La Haye et du Luxembourg" avec l'Allemagne. Des jugements contradictoires rendus par les tribunaux allemands et français sur la garde des enfants en cas de divorce de couples bi-nationaux ont abouti à des situations inextricables (Le Monde du juillet). SANTE PUBLIQUE UNE EPIDEMIE DE LEGIONELLOSE A FAIT QUATRE VICTIMES A PARIS Une maladie découverte chez les vétérans de l'American Legion NAU JEAN YVES LA LÉGIONELLOSE est une maladie infectieuse due à des bactéries du genre Legionella, dont on recense actuellement trente-neuf espèces, la plus fréquemment trouvée chez l'homme étant Legionella pneumophilia. L'infection connaît deux formes : la "maladie du légionnaire", la plus fréquente, se traduit par une toux isolée évoluant vers une pneumonie fébrile grave, qui peut être mortelle chez les personnes âgées ou immunodéprimées. Dans d'autres cas, l'infection se limite à un syndrome grippal bénin, à guérison spontanée au bout de quelques jours. On parle alors de "fièvre de Pontiac". En outre, dans de nombreux cas, l'infection peut rester inapparente. Dans le cas de la "maladie du légionnaire", le diagnostic (confirmé par la recherche du germe) doit être établi au plus vite, et un traitement antibiotique administré rapidement. On évalue aujourd'hui à environ % le taux de mortalité de cette infection, dont on recense officiellement chaque année entre 500 et 600 cents cas en France. La fréquence réelle est, selon les spécialistes, de l'ordre de 2 000 à 3 000 cas. Pourquoi "légionellose" ? Car cette entité pathologique a pour la première fois été identifiée à la suite d'un congrès de l'American Legion Association, organisé en août 76 dans un hôtel climatisé de Philadelphie (Pennsylvanie) : l'épidémie avait alors provoqué la mort de vingt-neuf personnes. On a, depuis, appris que les bactéries Legionella étaient très répandues dans l'environnement. On peut les trouver à l'état naturel dans les lacs et les rivières, mais aussi (le germe se développant de manière optimale à la température de 37 degrés) dans les circuits de distribution d'eau chaude sanitaire, dans les systèmes de climatisation et les tours aéro-réfrigérantes, les bassins de balnéothérapie ou de thermalisme ainsi que dans les bains dits "à remous". Les contaminations humaines résultent le plus souvent d'une inhalation de germes présents en suspension dans un air humide. JEAN-YVES NAU REPORTAGE En Charente-Maritime, les démêlés administratifs d'un camping alternatif A L'Espace du possible, on s'initie depuis quinze ans à la sophrologie ou au tango GARCIA ALEXANDRE MESCHERS (Charente-Maritime) de notre envoyé spécial La quarantaine chic, l'enseignante prend la parole sous le regard d'une quinzaine de vacanciers, assis à l'ombre des grands pins du camping. "Je me suis sentie trahie par ma mère au cours d'une crise d'appendicite, confesse-t-elle. L'infirmière était très violente avec moi, et ma mère, qui n'était pas là, n'a rien vu." Calmement, elle évoque sa peur de l'autorité, la brutalité de son frère et son manque de confiance en elle. Andrée l'écoute avec attention : "Ce que tu dis confirmes la base six, qui vient aider la base neuf, celle des personnes qui détestent les conflits", analyse-t-elle. Deux heures par jour, Andrée anime l'atelier "Ennéagramme" au camping L'Espace du possible, à Meschers (Charente-Maritime). Schémas à l'appui, l'agrégée d'économie révèle à ses auditeurs les secrets de cette nouvelle technique de "connaissance de la personnalité". A quelques mètres de là, un autre groupe s'initie à l'écriture poétique. Plus haut sur la petite colline, une dizaine de quadras transpirent en apprenant à danser le rock dans une salle entourée d'arbres. "CRÉER SES LOISIRS" "L'Espace", comme le désignent les deux mille personnes qui y passent chaque été leurs vacances, n'est pas vraiment un camping comme les autres. Depuis plus de vingt ans, ce parc boisé de 13 hectares, au bord de la Gironde, se veut un "prototype des vacances du XXIe siècle", un "anti Club-Med" où chacun peut créer, pour un prix modique (l'adhésion coûte 0 francs, auxquels il faut rajouter les frais de séjour) ses propres loisirs dans un esprit d'échange de savoirs : théâtre improvisé, cuisine érotique, sophrologie, méditation par le rire, massages sensitifs. Une trentaine d'ateliers gratuits, axés sur la relaxation, la créativité artistique ou la communication, sont ainsi proposés quotidiennement aux "Espaciens". "Le tango argentin, je l'ai appris ici avec un moine zen, l'année où ma femme m'a quitté", raconte Philippe, quarante-quatre ans, éducateur au ministère de la justice. Une charte autorise celui qui le souhaite à lancer une activité, "dans le cadre de la légalité et en dehors de toute chapelle ou démarchage". "Je voulais animer un atelier ``la mort dans la joie``, annonce Edouard, vingt-six ans, bénévole dans un service de soins palliatifs. Mais je suis un peu timide et je n'ai pas réussi à dépasser ma pétoche devant un groupe." Pour améliorer la connaissance de soi et ses relations avec autrui, l'Espace propose de nombreux ateliers de "développement personnel", sur des thèmes aussi variés que "retrouver un coeur d'enfant", "vers l'authenticité", "suivre son chemin" ou la "dépendance affective". "Ici, on peut parler à tout le monde sans avoir besoin de passer par des mondanités, observe Michèle, la cinquantaine, directrice d'un foyer de jeunes filles. On entre tout de suite dans le vif du sujet, on n'a pas peur de s'ouvrir à des choses nouvelles." Les plus jeunes, de loin les moins nombreux, s'intéressent peu aux ateliers. "La plupart du temps, on écoute de la musique, on dort et on mange, lâche Pierre-Loup, dix-neuf ans, venu avec sa mère, une habituée, et qui se contente de débats philosophiques et d'un peu de sculpture. A priori, je n'ai pas forcément envie de discuter avec tout le monde, concède- t-il. Ici, ils sont tous psy ou ethnologues. Il y a parfois un peu trop d'hypocrisie dans l'air, trop d'amour partout. Mais je me verrais mal dans un autre camping, à jouer à la pétanque et à regarder la télé." "Certains viennent pour le ``off``, tout le côté couloir, les copains, les coups à boire", ajoute Nicole, metteur en scène. FERMETURE DES BÂTIMENTS Les autorités locales et une partie des habitants de la région ne partagent pas toujours cet esprit d'ouverture. Les ateliers ésotériques, les massages en plein air et la nudité, tolérée dans le sauna, la piscine, le jacuzzi et les douches collectives, n'y sont sans doute pas pour rien. "Avant,ils faisaient des trucs sulfureux qui rentrent peu à peu dans la normalité, observe Gwenaël, vingt-deux ans. C'est vrai que ce camping fait tache dans la région. Les gens s'inquiètent, ils fantasment." Le maire de Meschers, Dominique Decourt, se garde bien de tout commentaire sur le camping et ses activités, "qui ne dépendent pas du pouvoir de police du maire". Néanmoins, "très vigilant" sur la sécurité des équipements de sa commune, il a pris, le 4 août, un arrêté de fermeture sur l'ensemble des bâtiments du camping "à l'exception des sanitaires au-dessous du restaurant", estimant que les installations construites ou agrandies sans avoir reçu toutes les autorisations nécessaires, représentaient "un risque pour la sécurité des personnes". "Je n'ai pas envie de finir ma carrière et mon mandat dans le box des accusés d'un tribunal", assure-t- il, évoquant les drames de Furiani et du Drac pour justifier la fermeture d'une buvette, d'un sauna, d'une salle de restaurant et de deux locaux de 200 mètres carrés environ. Si le terrain reste ouvert au public, il se trouve désormais privé, en pleine saison, de l'usage de ses locaux. Comme le souligne le maire, il en est réduit à "fonctionner comme tout camping normal". ALEXANDRE GARCIA Une perquisition dans un centre du conseil général de Corse-du- Sud LES BUREAUX du centre d'architecture, d'urbanisme et d'environnement (CAUE) du conseil général de Corse-du-Sud à Ajaccio ont fait l'objet d'une perquisition, jeudi 6 août. Des documents ont été saisis par les enquêteurs du SRPJ d'Ajaccio. Cette structure associative, chargée de donner des conseils sur les différents projets de constructions présentés dans le département, ne fonctionnait plus depuis 91, mais avait continué jusqu'en 98 de percevoir des taxes versées par le conseil général sur les permis de construire. Une enquête préliminaire avait été ouverte le 22 juin par le parquet afin de rechercher d'éventuels détournements de fonds. DÉPÊCHES JUSTICE : Roland Dumas a été interrogé durant deux heures sur ses revenus personnels. Roland Dumas a été interrogé, mercredi 5 août, durant deux heures, par les juges d'instruction Eva Joly et Laurence Vichnievsky. Selon nos informations, cet interrogatoire le cinquième, depuis sa mise en examen, le 29 avril a notamment porté sur les revenus personnels du président du Conseil constitutionnel. Affaire Elf : Maurice Bidermann a été remis en liberté L'INDUSTRIEL Maurice Bidermann n'aura, cette fois, passé que deux nuits en cellule. Ecroué pour la deuxième fois, le 4 août, dans le cours de l'affaire Elf, l'ancien "roi du prêt-à-porter" a quitté la maison d'arrêt de la Santé, jeudi 6 août en fin d'après-midi. Le matin même, ses avocats avaient indiqué au juge Eva Joly qu'ils se trouvaient en mesure de s'acquitter de l'échéance prévue 3 millions de francs pour le versement de sa caution, dont le montant total avait été fixé à 25 millions (Le Monde du 6 août). M. Bidermann doit compléter ce versement par la remise de 1,5 million au 30 septembre. Mis en examen pour "recel d'abus de biens sociaux" au préjudice d'Elf-Aquitaine, l'industriel avait été incarcéré entre le 24 mai et le 22 juillet 1996. SANTE PUBLIQUE Une épidémie de légionellose a fait quatre victimes à Paris Identifiée grâce au système de veille sanitaire mis en place pendant la Coupe du monde de football, l'infection a touché vingt personnes depuis la fin juin. L'hypothèse d'une "contamination environnementale" à partir d'une tour de réfrigération semble la plus vraisemblable NAU JEAN YVES SANTÉ PUBLIQUE Une épidémie de légionellose survenue à Paris durant la Coupe du monde de football a été mise en évidence à la fin du mois de juin grâce au dispositif exceptionnel de veille sanitaire installé pour la durée du Mondial. VINGT CAS ont été recensés, dont sept Britanniques et onze Français, et quatre malades sont décédés. Toutes les personnes infectées avaient fréquenté le 9e et le 2e arrondissement de Paris. SELON LE DOCTEUR Jacques Drucker, directeur du Réseau national de santé publique, la piste la plus vraisemblable est celle d'une "contamination environnementale massive à partir d'une tour de réfrigération" servant à la climatisation des immeubles. LA LÉGIONELLOSE est une infection d'origine bactérienne identifiée en 76, lors d'un congrès de l'American Legion les vétérans américains organisé à Philadelphie. UNE LONGUE et minutieuse enquête médicale conduite sous l'égide du Réseau national de santé publique (RNSP) permet aujourd'hui d'établir le premier bilan d'un étonnant phénomène : la découverte d'une épidémie de légionellose survenue à Paris durant le Mondial et qui, à l'heure actuelle, a fait quatre morts. Ce fait a pu être mis en évidence grâce au dispositif mis en place à l'occasion de cette compétition, compte tenu de l'afflux annoncé de populations dans le pays. La réglementation sur les déclarations obligatoires des maladies infectieuses avait en effet été modifiée à cette occasion (notification quotidienne et non hebdomadaire de ces maladies), et les réseaux de "médecins-sentinelles" avaient été activés. Par ailleurs, les épidémiologistes français travaillaient, durant cette période, en liaison étroite avec les systèmes européens de surveillance coordonnés à Londres, via le Communicable Diseases Surveillance Center. "Ce dispositif nous a permis de mettre en évidence, dès la dernière semaine du mois de juin, des cas groupés de légionellose chez des ressortissants européens, a expliqué au Monde le docteur Jacques Drucker, directeur du RNSP. Les premiers cas ont été recensés chez des supporteurs britanniques, ainsi que chez des Scandinaves. Puis, petit à petit, les cas de légionellose se sont accumulés, et des cas français ont commencé à être identifiés. Aujourd'hui, nous avons répertorié vingt cas, dont sept Britanniques et onze Français. Quatre malades sont décédés. Il s'agit de trois Français et d'un Anglais." DEUX ARRONDISSEMENTS La légionellose est une infection d'origine bactérienne dont l'identification remonte à 76, à l'occasion d'un congrès de l'American Legion les vétérans américains organisé à Philadelphie. Elle impose un diagnostic rapide et un traitement antibiotique adapté. L'enquête épidémiologique diligentée par le RNSP a permis de mettre en évidence une caractéristique fort intéressante : toutes les personnes infectées avaient fréquenté le IXe et le IIe arrondissement de Paris. Les enquêteurs des services santé-environnement de la DDASS de Paris ont acquis la certitude que, contrairement à ce que l'on avait imaginé initialement, les hôtels de ces deux arrondissements n'étaient pas concernés. Les épidémiologistes ont aujourd'hui la quasi-certitude qu'il s'agit d'une épidémie dont l'origine est unique. Les travaux, conduits par le centre de référence sur les légionelloses de Lyon qui a pu analyser, par des techniques sophistiquées d'électrophorèse, les bactéries prélevées sur les malades, ont en effet conclu à l'unicité de la souche pathogène. "L'une des caractéristiques inhabituelles de cette épidémie est que l'on ne retrouve pas, dans la plupart des cas, les facteurs de risque habituellement associés à la légionellose, souligne le docteur Drucker. Le plus jeune malade a trente-cinq ans, et l'âge moyen est de cinquante ans, les personnes décédées ayant autour de soixante ans. En d'autres termes, nous ne comprenons pas encore les raisons d'une telle gravité." DANS L'EAU TIÈDE Pour le docteur Drucker, la piste la plus vraisemblable est celle d'une "contamination environnementale massive à partir d'une tour de réfrigération, ces installations situées au sommet de certains grands immeubles et qui servent à la climatisation de ces derniers". Ces tours sont l'équivalent de grands réfrigérateurs dans lesquels circule de l'eau tiède et qui peuvent, le cas échéant, relarguer dans l'atmosphère des aérosols contenant des bactéries pathogènes. La DDASS de Paris a aujourd'hui recensé trente-neuf tours de ce type dans les deux arrondissements parisiens suspects. Ces équipements doivent être déclarés à la préfecture et, lorsqu'ils ont une certaine puissance, sont soumis à autorisation préfectorale avant leur installation. Des prélèvements bactériologiques sont en cours sur les sites concernés, et, à titre de précaution exceptionnelle, les autorités ont imposé aux propriétaires de ces tours de mettre en oeuvre, dans les huit jours, une série de mesures de nettoyage et de désinfection. L'erreur, dans ce cas, serait de croire que les victimes sont dans tous les cas des spectateurs des matches du Mondial. Si l'attention des épidémiologistes français a bel et bien été attirée par le fait que les premières victimes étaient des supporteurs, ils ont rapidement établi que ce phénomène n'avait en réalité rien à voir avec cette compétition. C'est en fait parce que, pour l'occasion, la sensibilité des systèmes de surveillance épidémiologique avait été accrue que ce phénomène a pu être mis en évidence. Les cas suspects, décrits dans la littérature médicale, d'épidémie de légionellose due à un relargage dans l'atmosphère de ces germes sont rarissimes. On recense ainsi seulement, ces dernières années, une épidémie en Louisiane et une autre dans la ville de Québec sans d'ailleurs que la liaison avec les sytèmes de réfrigération ait pu être formellement établie. Pour le docteur Drucker, tout laisse penser que la vague épidémique parisienne est aujourd'hui passée, les derniers diagnostics remontant aux 3 et14 juillet. "Sans le renforcement du système de surveillance, nous n'aurions jamais mis en évidence cette épidémie, confie-t- il. Et même si nous n'avons déterminé que tardivement l'origine de cette contamination, nous pourrons à l'avenir mieux comprendre et prendre les mesures pour que la chose ne puisse se reproduire dans les grands ensembles urbains." JEAN-YVES NAU 3 000 congressistes à Montpellier pour parler l'espéranto BENGUIGUI RICHARD NÎMES de notre correspondant Parler, parler jusqu'à plus soif. De tout, de rien, pourvu que ce soit en espéranto. Chaque année, à l'occasion de leur congrès mondial, les adeptes de cette langue apatride se rencontrent à un endroit ou l'autre du globe pour le simple plaisir de bavarder. "Chaque année, pendant une semaine, l'espéranto a un petit pays : c'est le bâtiment où se réunit le congrès", résume l'un des organisateurs. Durant le reste de l'année, les occasions de pratiquer avec des étrangers la langue imaginée en 87 par un médecin polonais, Lazard Louis Zamenhof, se font plutôt rares. C'est à Montpellier que s'est posé jusqu'au samedi 8 août, pour la première fois en France depuis 57, le 83e Congrès de l'Association mondiale d'espéranto. Qu'ils soient japonais, belges ou brésiliens, ces 3 000 militants venus de soixante-cinq pays n'ont pas besoin d'interprète. Il leur suffit d'un sujet de conversation. Au-delà des cycles de conférences et de la traditionnelle assemblée générale, la cinquantaine d'associations espérantistes proposent des cercles de discussion. On y parle aussi bien de la Méditerranée que des bienfaits du végétarisme. Dans les couloirs du Corum de Montpellier, les espérantophones se regroupent par affinités : anciens cheminots, philatélistes, militants non fumeurs ou amis des chats. Pour ces citoyens du monde qui rêvent d'échanges et d'égalité, seule une langue universelle n'appartenant à aucun Etat-nation peut valablement véhiculer les notions d'humanisme et de paix. Trois millions de personnes dans le monde parleraient l'espéranto, dont 100 000 en France, selon l'association nationale, aujourd'hui centenaire. Mais le mouvement, porté avant guerre par les cheminots, est en perte de vitesse et, malgré les efforts déployés, le public des congrès est chaque année un peu plus vieillissant. RICHARD BENGUIGUI DÉPÊCHES Un détenu allemand jugé dangereux s'est évadé de l'hôpital psychiatrique de Prémontré. Un détenu allemand jugé dangereux, Eberhard Hafner, trente-six ans, s'est évadé lundi 3 août de l'hôpital psychiatrique de Prémontré (Aisne), où il avait été transféré de la maison d'arrêt de Château-Thierry. DÉPÊCHES Jean-François Mancel a été déclaré "comptable de fait" des deniers de son département. Jean-François Mancel, président du conseil général de l'Oise, a été déclaré "comptable de fait" des deniers de son département, par un jugement de la chambre régionale des comptes portant sur plus de 3,3 MF "irrégulièrement extraits" des caisses du département. L'ancien directeur général des services, Christian Ollivier, et son adjoint Jean-Pierre Colonna d'Istria ont été également déclarés "comptables de fait". DÉPÊCHES Le directeur général d'ISL-France, Marc Loison, a été remis en liberté sous contrôle judiciaire. Le directeur général d'ISL-France, Marc Loison, a été remis en liberté sous contrôle judiciaire par la chambre d'accusation de la cour d'appel de Paris, jeudi 6 août, dans l'affaire des billets de la Coupe du monde de football. La cour a aussi supprimé le contrôle judiciaire de Didier Forterre, PDG d'ISL-France. L'hommage franco-russe aux "Malgré-nous" d'Alsace et de Moselle Le secrétaire d'Etat aux anciens combattants, Jean-Pierre Masseret, inaugure, samedi 8 août, un monument à la mémoire de quelque 10 000 disparus du camp de Tambov. Enrôlés de force en 1942 dans l'armée allemande, beaucoup sont ensuite longtemps restés détenus par les autorités soviétiques FORTIER JACQUES STRASBOURG de notre correspondant Le secrétaire d'Etat aux anciens combattants, Jean-Pierre Masseret, devait inaugurer, samedi 8 août, à 450 kilomètres de Moscou, le carré militaire français et le mémorial aux "Malgré-nous" d'Alsace-Moselle du cimetière de Tambov. Il participera aussi, avec des représentants d'autres pays européens concernés, à l'inauguration d'un monument international dressé près de cet ancien camp d'internement russe. Les présidents de deux conseils régionaux, Adrien Zeller (UDF-FD) pour l'Alsace, Gérard Longuet (UDF-DL) pour la Lorraine, y seront présents, ainsi que le maire de Strasbourg Roland Ries (PS), plusieurs élus et les délégations des associations d'anciens de Tambov. Cette cérémonie est un événement car Tambov est un nom lourd de symboles depuis plus d'un demi-siècle. Dans ce camp soviétique ont été détenus, dans des conditions très dures, des dizaines de milliers d'Alsaciens et de Lorrains obligés de porter l'uniforme allemand. L'incorporation dans l'armée allemande des Français des départements annexés avait été décidée en août 42. Déjà, de nombreux hommes et femmes avaient été astreints à des périodes paramilitaires dans le Reichsarbeitsdienst (service de travail du Reich). Mais l'incorporation massive dans la Wehrmacht, qui allait progressivement toucher les classes 08 à 1928, associait de fait les Alsaciens à la guerre que menait l'Allemagne. Actes de fuite, résistance, rébellion furent nombreux et réprimés, à l'image de l'affaire du Ballersdorf : treize jeunes furent exécutés pour avoir tenté de passer en Suisse. L'occupant avait décidé de sanctionner les proches des insoumis. Dans le seul arrondissement d'Altkirch, 2 400 personnes furent déportées. On estime que 130 000 personnes sont devenues des "Malgré-nous". Si une fraction a pu vivre cet embrigadement comme une aventure, l'immense majorité l'a ressenti comme une tragédie. L'armée allemande a surtout envoyé ces soldats peu sûrs sur les fronts de l'Est, où ils furent dispersés. Les uns ont été faits prisonniers par l'Armée rouge, d'autres se sont évadés et rendus spontanément à ceux qu'ils considéraient comme des alliés. Mais tous se sont retrouvés prisonniers dans des camps comme Tambov et beaucoup y moururent. L'attitude soviétique à leur égard fut ambiguë. Un premier convoi de 1 500 personnes fut rapatrié en juillet 44. Mais les retours s'échelonnèrent ensuite lentement, au gré des relations franco-soviétiques. Sur environ 25 000 disparus qu'on espérait détenus en URSS, il n'en revint que 11 000. Le dernier, Jean-Jacques Remetter, est rentré en avril 55. C'est donc probablement plus de 10 000 d'entre eux qui reposent en terre russe. Une pénible inconnue qui s'est doublée ensuite de l'incompréhension, souvent du soupçon, qui ont entouré, en France, ces hommes ayant vécu la guerre sous l'uniforme du vaincu de 45. Le procès de Bordeaux où, en 53, furent jugés vingt et un soldats de la division SS Das Reich qui, le 10 juin 44, avaient martyrisé Oradour-sur-Glane, en fut le plus douloureux symbole. Plusieurs accusés étaient en effet alsaciens. Leur condamnation fut finalement effacée par une loi d'amnistie, votée par la Chambre des députés après une grande manifestation des maires alsaciens, le février 53. Ce différend profond entre l'Alsace, traumatisée d'être rangée ainsi du côté des bourreaux, et le Limousin, réclamant justice pour l'une des pires horreurs de 44, a d'ailleurs longtemps empoisonné les relations entre les deux régions. Il a récemment été atténué par la participation, pour la première fois, du maire de Strasbourg aux cérémonies commémoratives du massacre d'Oradour-sur-Glane le 10 juin 98, avec l'accord de son homologue Raymond Frugier. Cette page d'histoire particulière, celle de l'incorporation de force, a profondément marqué l'Alsace. La grande majorité des familles avait en effet été concernée et beaucoup ont attendu, parfois en vain, le retour d'un des leurs, détenu ou tombé en Russie. Il est probable, par exemple, que le très faible vote communiste des Alsaciens, durant la période de la guerre froide, soit lié à l'image qu'ils avaient déjà du Goulag avant même que le mot ne soit popularisé en 73 par Soljenitsyne. Il est possible aussi qu'une des clés de lecture du vote Front national en Alsace (qui réalise des scores impressionnants) soit cette difficulté à écrire et à faire comprendre cette période et sa dérive partielle, aujourd'hui, en une certaine crispation identitaire. Pour l'avoir suggéré, le sociologue Freddy Raphaël a d'ailleurs été durement pris à partie en 95. LONGUES NÉGOCIATIONS L'Allemagne a reconnu officiellement, en 81, comme une faute d'avoir incorporé ces hommes quarante ans plus tôt. Elle a versé 250 millions de marks à une fondation créée spécialement à Strasbourg, l'Entente franco-allemande, qui a attribué des indemnités (9 100 francs) aux survivants ou à leurs ayants droit. La fondation continue à assurer une action sociale au profit d'anciens incorporés et un important travail historique et documentaire. Le geste de Jean- Pierre Masseret dans la forêt russe aura été précédé de longues négociations. Ce fut d'abord l'accord germano-russe de 90, qui confie au service allemand d'entretien des tombes militaires le soin de ce site, où reposent les corps de dizaines de milliers de prisonniers. Il a fallu ensuite convaincre les autorités russes d'accepter l'édification d'un mémorial spécifique, en plus du monument international et interconfessionnel qui sera aussi inauguré samedi. Le monument en grès des Vosges comporte deux stèles et une croix, et sera entouré de vingt urnes contenant de la terre recueillie dans les différents arrondissements d'Alsace et de Moselle. Il marquera la mémoire de ces soldats tombés sous un uniforme qu'ils n'avaient pas voulu, dormant sous une terre qui n'est par la leur. JACQUES FORTIER A Boulogne, les secrets de la mer excitent la curiosité CHERRUAU PIERRE LILLE de notre correspondant régional Ouvert en mai 91, Nausicaa n'avait pas pour seule ambition d'être l'un des plus beaux aquariums du monde et un pôle d'attraction touristique de première importance pour Boulogne-sur-Mer. Ses promoteurs avaient choisi d'ajouter la dimension pédagogique au show nautique. Il s'agissait davantage d'apprendre aux visiteurs à connaître et à respecter le monde marin que de montrer des dauphins faisant mille grâces pour manger trois sardines. Cette option, qui n'était pas la plus facile, a largement été appréciée par le public. Nausicaa a accueilli plus de quatre millions de visiteurs depuis son ouverture et s'installait dans une fréquentation moyenne annuelle de 600 000 visiteurs. Ouvert en juin, Nausicaa 2 pourrait largement dépasser ces chiffres. L'extension du Centre de la mer de Boulogne, pour un montant de 85 millions de francs en complément d'un investissement initial de 5 millions de francs, fut envisagée dès 92. Il s'agissait à la fois de corriger quelques défauts du site, de compléter le matériel pédagogique et de tenir compte de l'expérience des parcs américains, qui impliquait un renouvellement assez rapide des attractions. LAGON, RAIES ET LIONS DE MER L'extension a d'abord permis de beaucoup mieux gérer les flux de visiteurs. Cela est particulièrement important en fin d'année scolaire et pour certains week-ends, où, le mauvais temps aidant, on peut enregistrer des pointes de plus de 6 000 entrées par jour. Difficile, dans ces conditions, d'évoquer le monde du silence. Quelques nouvelles "plages" ont été aménagées, qui permettent de concilier confort et initiation à l'impact de l'homme sur l'élément marin. Ouvert à 90 % aux handicapés, le lieu, globalement, est infiniment mieux dimensionné et peut laisser place à de beaux moments de contemplation béate. A condition que l'affluence ne soit pas trop importante : Nausicaa 2 peut être victime de son succès. Les grandes vedettes du départ, les requins, évoluaient avec une superbe indifférence dans leur aquarium qui paraissait d'un autre monde. Ils ont été supplantés en partie par des hôtes beaucoup plus chaleureux, comme les raies, qui aiment à se faire caresser ou interrompre parfois leur grand ballet pour venir engager un dialogue silencieux, à travers la vitre, avec un visiteur choisi on ne sait pourquoi. Reconstitution d'un lagon, bassin de lions de mer californiens, multiplication des postes d'observation, jeux interactifs, Nausicaa 2 a créé une complicité et une aisance nouvelle. Actuellement, le site représente 200 emplois et nécessite une vingtaine de renforts pour l'été. Pour un prix moyen de 50 francs, il a accueilli le chiffre record de 125 000 visiteurs en juin. Les Anglais représentent 25 % de la clientèle totale (50 % hors saison). La fréquentation au cours du mois de juillet semble avoir suivi le même rythme. Si Nausicaa 2 continue sur cette lancée, les chiffres de 97 seront certainement pulvérisés. Une perspective qui réjouit ses promoteurs dans la mesure où, si elle se confirmait, ils pourraient assumer seuls le développement de Nausicaa 3 et, sans doute, une grande exposition thématique annuelle. PIERRE CHERRUAU DISPARITIONS ARTURO CUADRADO, écrivain et journaliste espagnol ARTURO CUADRADO, écrivain et journaliste espagnol, est mort mercredi 5 août dans une maison de retraite de San Telmo, près de Buenos Aires (Argentine), des suites d'un cancer du colon. Né à Alicante (Espagne), le 3 mai 04, Arturo Cuadrado avait été l'éditeur de Pablo Neruda, de Raúl GonzÁlez Tuñón et de Córdova Iturburu à Barcelone, avant de s'embarquer pour l'Argentine pendant la guerre civile. Il était alors devenu journaliste, puis éditeur de poésie, avant de publier les premiers textes d'un jeune inconnu, Julio CortÁzar. Dans les années 40, il a fondé la maison d'édition MC (Martínez Cuadrado), qui devait devenir l'une des plus importantes en Argentine sous le nom d'Emecé. DISPARITIONS GÉRARD MÉNATORY, animateur du parc animalier du Gévaudan GÉRARD MÉNATORY, animateur du parc animalier du Gévaudan, dans lequel vivent quelque cent trente loups en semi- liberté, est mort mercredi 5 août à Balsièges, en Lozère. Cévenol, né à Alès, il était âgé de soixante-dix-sept ans. Ancien journaliste et chef d'agence du Midi-Libre à Mende pendant trente-trois ans, il n'avait pas suivi d'études particulières de zoologie mais s'était vite passionné pour les animaux sauvages, et notamment les loups, auxquels il a consacré plusieurs ouvrages. Il avait été correspondant en Lozère pour Le Monde entre 74 et 81. Il avait pris une part active à la Résistance, fut arrêté par les Allemands chez ses parents à Lasalle (Gard), puis emprisonné et déporté. Luc Danos, du Midi- Libre, raconte que la passion des animaux et de la nature lui est venue alors que, âgé de cinq ans, il se promenait juché sur le dos de son père forestier dans le massif de l'Aigoual. Lors d'un voyage au Canada, des Indiens qui avaient observé sa façon de vivre le surnomment l' "homme qui marche la nuit". Plus tard, il ramène une portée de louvetaux de Pologne. L'idée d'un parc animalier germe. La première initiative, près de Mende, ne sera pas couronnée de succès mais, plus tard, on lui propose de reprendre le parc du Gévaudan à Sainte-Lucie près de Marvejols, haut lieu touristique de Lozère. Sa fille Anne a pris le relais. DISPARITIONS Gabriel Delaunay Une figure de la Résistance en Gironde ANCIEN PRÉFET, ancien résistant, Gabriel Delaunay est mort mercredi 5 août à son domicile bordelais, à l'âge de quatre- vingt-onze ans. Gabriel Delaunay est né le 30 avril 07, dans une famille de paysans pauvres, à Sainte-Christine, en Vendée. Dans Le Petit Chouan, roman qu'il écrira à l'âge de soixante-dix- huit ans, il se souviendra de son enfance difficile, qui aurait dû le vouer à l'anonymat et au labeur. Mais un instituteur incite cet enfant intelligent et travailleur à passer le concours de l'Ecole normale. Gabriel Delaunay prépare tout seul la licence puis l'agrégation de géographie, qu'il obtient, et devient professeur, en 37. Il enseigne à Bordeaux lorsque la guerre commence. Lieutenant de réserve, il participe à la bataille des Ardennes, puis à la retraite de Bergerac. Il est décoré de la Légion d'honneur. Démobilisé, il retrouve son poste et choisit très vite d'entrer dans la Résistance. Il est arrêté, subit un interrogatoire au fort du Hâ, est relâché, et poursuit ses activités clandestines. En 44, il devient président du Comité départemental de Libération en Gironde. A ce titre, il s'oppose à la promotion de Maurice Papon au sein de la préfecture du département. Il le rappellera lors du procès de l'ancien haut fonctionnaire de Vichy (Le Monde du 21 février). Gabriel Delaunay est nommé préfet du Loir-et-Cher en janvier 45, du Puy-de-Dôme en 46 et des Basses-Pyrénées en 48. Il devient en 57 directeur de la Radiodiffusion-télévision française (RTF), poste dont il démissionne en 58. Il est alors nommé préfet de Gironde, poste qu'il occupera jusqu'en 72. Il avait terminé sa carrière comme conseiller d'Etat en service extraordinaire. HORIZONS - ENQUETE 5 - LES TUBES DE L'ETE Les Rita Mitsouko inventent le rock latin MORTAIGNE VERONIQUE 85 : Catherine Ringer en bustier chinois et toile cirée à fleurs, Fred Chichin en pantalon à rayures, les Rita déchaînent les passions avec "Marcia Baila", un hommage funèbre à Marcia Moreto, une danseuse argentine décédée d'un cancer à l'âge de trente-deux ans ETÉ 1985. Quelle mouche a piqué les Français, qui dansent sur une oraison funèbre : "Mais c'est la mort qui t'as assassinée, Marcia, c'est la mort, qui t'as consumée, Marcia. C'est le cancer que tu as pris sous ton bras, Marcia" ? La France jeune et effervescente nous sommes dans les années de la verdeur mitterrandienne où se multiplient les hommages aux jeunes créateurs, les rencontres d'entrepreneurs associatifs s'éclate sur Marcia Baila, un rock latin dont les auteurs, les Rita Mitsouko, vendront plus d'un million d'exemplaires en quelques mois. Catherine Ringer, chanteuse à accent qui roule des yeux et se déhanche en conséquence, est habillée en toile cirée à fleurs, en sacs plastique de chez Félix Potin, en bustier chinois. Fred Chichin, son comparse guitariste, a la fine moustache du voyou porteño, des pantalons à rayures présentant un vague cousinage avec les pat d'éph. Marcia, c'est l'histoire de Marcia Moreto, danseuse argentine, proche de Copi, chassée de son pays par la dictature et exilée à Paris. En 82, Catherine Ringer danse à ses côtés au Café de la Gare, dans un spectacle d'Armando Llamas, Silences nocturnes aux îles des fées. La chanteuse, toujours aussi enthousiaste, explique aujourd'hui : "Elle m'avait marquée, elle mélangeait tous les styles de danse, avec un charisme incroyable. Elle dansait avec le visage. Elle est morte du cancer à trente-deux ans et j'ai eu envie de rendre hommage à sa fantaisie." Ainsi, en pleine affaire Greenpeace, les Français, qui avaient passé l'été 84 à danser sur Femme libérée de Cookie Dingler, se déchaînent sur une chanson où la froideur de la mort flirte avec la chaleur exubérante de la vie. Catherine Ringer a la fibre théâtrale solidement ancrée. Pour décrire les tourments de Marcia, elle prend un accent espagnol chargé, ce qui ne facilite guère la compréhension d'un texte déjà très "figuratif". A la fin des concerts, racontent les Rita, des spectateurs posaient des questions de potache : "Vous qui savez, c'est qui qui l'a assassinée ?" "Les gens jouaient au premier qui comprendrait les paroles. Ils s'arrangeaient, la mort devenait l'amour. Les couplets étaient une illustration de sa danse : ``Le polystyrène expansé à tes pieds, le satin et la rayonne...`` Finalement, le cancer, c'est mystérieux. Le sida, on sait comment on l'attrape, pas le cancer." Composée en 83, lancée fin 84, Marcia trouve sa place de tube en 85, année charnière où meurt dans l'anonymat la dernière des grandes diseuses françaises, Mariane Oswald, un héritage que ne renierait pas Catherine Ringer. L'humanitaire, avec son volet santé et son volet famine, est dans l'air. Coluche crée les Restos du coeur, le gratin des variétés chante Ethiopie au profit de Médecins sans frontières, ersatz français de We Are the World, mis en scène à Wembley et Philadelphie par Bob Geldoff. Marcia Baila prend le contre-pied : la chanson est à l'inverse de l'apitoiement, c'est un permis d'inhumer délivré à une créature libre. Les Rita Mitsouko innovent. Latino-japonisant, leur nom intrigue. On ne sait s'il qualifie un groupe de rock ou une chanteuse exotique. La chanson est imagée : "Le premier riff, on l'avait composé pour un ballet. J'avais entendu un petit môme qui chantait : ``ta-lon, ta-lon, ta-lon, talon, talon, talon``, j'ai gardé le rythme", dit Catherine Ringer, l'auteur. Fred Chichin traduit le tout en accords de guitare aériens, puisés entre un Hawaï velouté et le Berlin de Nina Hagen. Pour le reste, le mélange des genres musicaux est un maître mot : cuivres synthétiques, congas, solos électriques. "Nous étions, dit Fred Chichin, les ``bâtards baisants``, les fucking bastards." Les Rita Mitsouko sont des rockers mondialistes. Marcia Baila devient un tube en s'écartant des modèles du rock anglo-saxon, qui font le rock français, pour retrouver une latinité militante. Aux rockers impénitents comme aux amateurs de bal, il impose le devoir d'appartenance au sud pagailleux, que la chanson française a oublié dans les années 70. Tout est bon à condition que chacun fasse ce qui lui plaît. Dans le clip, fait remarquer Catherine Ringer, "les danseurs ont chacun leur style [flamenco, broadway, twist, salsa, etc.], les bras montent différemment, pas en même temps". La Ringer est, dit Marco, à l'époque bassiste du groupe, "très cuir, presque à poil sur scène, très rock". Baroque, totalement baroque. Le milieu des années 80 n'est-il pas "finalement aussi baroque que François Mitterrand, se demande Jack Lang, ancien ministre de la culture, un homme qui n'a jamais été ciselé d'un seul mouvement". Au président élu sur un affichage "Douce France, cher pays de mon enfance", son ministre le plus impétueux impose la version beur de la chanson de Charles Trenet. Recréée par Carte de Séjour, groupe de la banlieue naissante (en tant que notion géopolitique), Douce France impose l'idée que le métissage est un fonds commun. Symbole de la République multiple, SOS-Racisme, né en 84, invente ce qui sera une des plus belles réussites de marketing politique : la main de fatma et son slogan, "Touche pas à mon pote". Lancés sur la place publique le 26 mars 85, lors des manifestations qui ont suivi l'assassinat à Menton d'un jeune Marocain, les badges jaunes sont le signe d'une nouvelle résistance, dont l'ombre portée est la montée du Front national. La France des différences ne cesse de s'affirmer dans une effervescence où les branchés tribu des habillés de noir qui lisent Actuel aux terrasses du quartier des Halles en louchant vers New York et Berlin sont sommés de montrer ce qu'ils ont réellement dans le ventre. "Partout, les signes sont évidents, les grandes galeries d'art sont aiguillonnées sans cesse par de nouveaux talents, le moindre hangar désaffecté devient le cadre de manifestations sauvages qui rassemblent des artistes venus de tous les champs de la création, dans le sillage des programmateurs des radios privées s'expriment des voix que l'on n'entendait guère jusque-là", lit-on dans un numéro spécial du Monde publié à l'occasion des Journées des jeunes créateurs Le Monde-Autrement en septembre 84. LES Rita Mitsouko sont d'ailleurs de la partie : ils jouent à l'Eldorado à cette occasion, tandis qu'une autre France chante Les Yeux revolvers de Marc Lavoine. Le 45 tours de Marcia Baila paraîtra à la fin de l'hiver. Très vite, on peut l'entendre à fond la caisse chez New Rose, le disquaire de la rue Pierre-Sarrazin, rendez-vous des rockers branchés. Musicalement, en 85, tout est frais : le CD apparu en 83, les radios FM encore libres, les machines à mixer les sons, Virgin, maison de disques rebelle. Marcia Baila est le premier tube de "cuisine", c'est-à-dire fabriqué à la maison, avec "un bon magnétophone quatre pistes, un clavier, une basse", les outils du rock alternatif et, plus tard, en plus aboutis, ceux de la techno. "Dans la cuisine, oui, si on veut, ironise Catherine Ringer, de toute manière nous n'avions que deux pièces, dans le e arrondissement." Les Les Rita sont un petit groupe de rock noyé dans "les 35 000" que compte officiellement la France, selon le ministre de la culture. Fred, un dingue de synthétiseur, et Catherine fréquentent l'underground qui aime "à bidouiller les machines". Les Rita donnent leurs premiers concerts au Gibus. "Mon père, dit Catherine Ringer, qui était peintre, faisait de la lanterne magique en direct." Les jeunes gens modernes d'alors "font de l'ordinateur". Ils découvrent les palettes graphiques et le 3 D, les graphistes de Bazooka et Kiki Picasso. Marcia Baila trouve aussi son équivalent dans la peinture, revenue au figuratif et qui cherche à séduire. Francesco Clemente ou Sandro Chia s'installent à New York, d'où ils clament la fin de l'abstinence et de l'ascétisme intello. Robert Combas raconte des histoires dans ses toiles. Les néo-fauves berlinois peignent en jouant de la musique. Hervé Di Rosa s'inspire de la BD, barbouille sur des cartons pendant que le collectif anglais Rip Rig and Panic délire au Rex. Jean-François Bizot, patron d'Actuel, grand amateur de rumba zaïroise, surveille le tout du haut d'une chemise à fleurs. Le métissage atteint son point culminant : tout vient de partout. Les Rita Mitsouko s'adressent à une petite, mais déjà multinationale, maison de disques, Virgin, créée à Londres par Richard Branson. En mars 80, Patrick Zelnik, aidé de Philippe Constantin, directeur artistique au goût acéré, aujourd'hui décédé, et Thierry Haupais, alors directeur de production, ouvrent les bureaux de Virgin France au 61, rue de Belleville. Virgin à Londres, c'est une joyeuse anarchie qui campe sur une péniche du côté de Portobello et signe le renouveau du rock anglais. Paris suit l'exemple. C'est le règne des fous de musique l'héritage baba-cool s'enrichit de goûts techno-pop, façon Etienne Daho ou Taxi Girl, deux des premiers artistes maison. Fin 84, les Rita et Virgin trouvent "un plan" en Allemagne, avec Konrad "Cony" Plank, un musicien féru de Varese et de musiques improvisées. Cony Plank produit dans son studio-ferme des environs de Cologne des groupes comme Kraftwerk, Cluster ou Neü, ancêtres du mouvement techno. Les Rita s'y enferment. L'ambiance est électrique. A la sortie de l'album, Patrick Zelnik, qui croit au succès de Marcia Baila, prend son bâton de pèlerin, mais "se heurte au barrage des programmateurs radios, dont ceux d'Europe 1 les périphériques étaient encore les plus fortes". MARCIA BAILA va mettre des mois à devenir un tube. Il sera bâti "par les disquaires spécialisés", dit Patrick Zelnik, puis par les radios FM et la télévision, notamment TV 6, qui diffuse le clip dès mai 85. L'émulation créée par le nouveau Top 50 de Canal Plus et Europe 1 pousse aussi la chanson tout l'été, Marcia est en rivalité avec Kiss, de Prince. Le clip est un modèle du genre, "cher, il a coûté environ 800 000 francs. Nous avons dû inventer des mécanismes de financement", dit encore Patrick Zelnik. "Ça date, remarque Catherine Ringer, le bleu du ciel en incrust, un style dont se sont inspirés Decouflé ou La Poste pour faire ses campagnes de pub, ou Gaultier avec ses robes Bauhaus." Le réalisateur, Philippe Gautier, invite les Rita et leur troupe à danser devant sept toiles de jeunes peintres. Rita- Catherine-Marcia apparaît en chignon chinois, en bustier skaï, et annonce les délires jubilatoires du clip de C'est comme ça, signé Jean-Baptiste Mondino, où, comble d'ironie, un singe éduqué regarde la télévision. Le tournage, comme le reste, est, selon les proches des Rita, "très rock'n'roll". Groupe imprévisible, mais prêt à passer chez Drucker, les Rita deviennent de vrais artistes populaires. La tournée de l'été 85 y est pour beaucoup. "D'abord, se souvient Catherine Ringer, nous jouions dans les petits clubs rock. Chaque soir, il y avait de plus en plus de monde." La composition du public change au fil des jours. "Du coup, le répertoire très rock que l'on chantait n'avait plus rien à voir avec les attentes de ceux qui venaient pour Marcia Baila." L'atmosphère reste au plaisir pur. "Derrière Marcia, il y avait les Rita Mitsouko. Ca vient des tripes", dit encore Marco. Le mari et les enfants de Marcia Moreto, encore endeuillés, envisagent de demander l'interdiction de la chanson. Mais la mayonnaise a pris, c'est trop tard, Marcia est entrée dans la légende, avec son lot de malentendus et d'émotions. Il y a eu, se souvient Marco, "ce jeune paraplégique qui vient voir Catherine Ringer sur un brancard pour lui dire que Marcia l'a aidé à tenir". Le ras-le-bol, qui amène un jour, à Lyon, Catherine à refuser de chanter Marcia. "On a balancé un play-back", se souvient Marco. Les ventes du single qui s'envolent et barrent celles de l'album. Encombrant Marcia ? "Non, répond aujourd'hui Catherine. Après, il y a eu Andy, C'est comme ça, Le P'tit Train, Les Histoires d'amour, etc. Marcia est toujours bien dans l'époque, le retour à la fête, au latino, le prouvent", ajoute Catherine Ringer, en entonnant un autre tube d'une autre époque, Lasciate mi cantare, de Toto Cotugno, "un type qui demandait qu'on le laisse chanter, avec cette voix d'étranglé, peut-être parce qu'on l'en empêchait justement, on lui appuyait là sur la gorge". VERONIQUE MORTAIGNE DOC : texte accompagné de deux photos 10 IL Y A 50 ANS DANS LE MONDE L'année chorégraphique DUMESNIL RENE UNE ANNÉE riche de créations et de reprises, une année où les compagnies étrangères sont venues en nombre comme au temps heureux, mais une année remplie d'incidents de toute sorte : tels apparaissent au moment d'en dresser le bilan les douze mois qui s'achèvent. Les incidents : est-il besoin de rappeler ceux qui au début de la saison marquèrent le retour de Serge Lifar à l'Opéra en qualité de chorégraphe, ces soirs où le public trouva les grilles closes et où l'on se demanda si la grève des électriciens et des machinistes n'allait point s'étendre à tout le personnel des théâtres lyriques ? Ce temps est loin déjà, et la saison prend fin sur un mois où le ballet, occupant à lui seul le plateau de l'Opéra, affirme son éclat dans la diversité de programmes renouvelés trois fois par semaine, comme pour attester la richesse d'un répertoire inépuisable, l'endurance de la troupe et la qualité des récentes créations. Qualité sans doute inégale, mais déchet bien minime au bout du compte : le bilan se solde par un profit certain. Mlle Micheline Bardin, dernière venue dans la constellation des étoiles, a, dans Divertissement, dans Petrouchka, dans Guignol et Pandore et dans Salade, accompli des prouesses de technique et de composition. Enfin, la rentrée de Mlle Yvette Chauviré dès le début de la saison a renforcé heureusement le groupe des vedettes qui, avec Mlle Darsonval et Vaussard, demeurées seules l'an dernier, sont désormais quatre, nombre que l'activité du corps de ballet justifie pleinement. RENE DUMESNIL (8-9 août 48.) 10 HORIZONS - ANALYSES ET DEBATS Transparence NEGRE PASCAL EN tant que président de PolyGram Musique, premier producteur de disques en France, et de la SCPP, société civile qui regroupe un nombre important de producteurs, je ne peux qu'être sensible à la différence de traitement entre une société commerciale et une société de gestion collective. A la société anonyme, les auditeurs internes, les auditeurs externes les plus réputés (KPMG pour PolyGram), les commissaires aux comptes et... les contrôles fiscaux, PolyGram n'ayant, depuis plusieurs décennies, jamais eu d'exercice social qui n'ait été contrôlé par les services aujourd'hui situés à Bercy. A la société de gestion collective... pas grand-chose : certes la loi prévoit l'obligation pour la société civile d'avoir un commissaire aux comptes et précise que ses comptes annuels devront être envoyés au ministère de la culture. Mais, que je sache, en dix ans, hormis le cas exceptionnel de l'Adami, aucun audit n'a été effectué auprès des sociétés de gestion collective; nul contrôle fiscal auprès de sociétés qui, pour certaines, existent depuis plus d'un siècle. Qui ne voit pourtant que ces sociétés dites de gestion collective devraient s'attacher à une transparence au moins aussi grande que les sociétés commerciales. Pour trois raisons au moins. Elles sont la plupart des cas en position de monopole : l'artiste interprète peut-il aller ailleurs pour percevoir ses droits qu'à l'Adami (société civile pour l'administration des droits des artistes et musiciens interprètes) ? L'auteur à la Sacem (Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique) ? Le musicien à la Spedidam (Société de perception et de distribution des droits des artistes interprètes de la musique et de la danse) ? Au contraire, si Johnny Hallyday, ou Zazie, ou Maxime Le Forestier ne sont pas satisfaits des services de PolyGram, nul doute que Sony, BMG, Virgin ou EMI se feront une joie de les accueillir. Les sociétés de gestion collective ne sont pas ensuite soumises au juge le plus impitoyable le marché alors qu'elles gèrent annuellement plusieurs centaines de millions de francs, plusieurs milliards pour la plus importante. En conséquence, nulle sanction pour des objectifs qui n'auraient pas été atteints, nul risque de perte de part de marché. Contrairement enfin aux sociétés commerciales, en tout cas celles de l'industrie phonographique, il n'y a pas au sein de ces sociétés de gestion collective d'actionnariat de référence qui pourrait contrôler les dirigeants et éviter les dérives toujours possibles. Pour une autre raison aussi, la plus décisive peut-être : c'est la loi qui a fixé le principe des droits qui doivent être payés par chaque utilisateur de musique aux auteurs, aux artistes interprètes, et aux producteurs; c'est la loi qui a décidé que là où le droit d'autorisation de l'artiste, du musicien, du producteur était dans l'impossibilité de s'exercer, il revenait à des sociétés civiles d'exercer pour le compte de leurs mandants le droit d'autorisation. Il pèse donc sur les sociétés de gestion collective une responsabilité particulière en ce qu'elles ont reçu, en quelque sorte, une délégation de service public qui leur permet de collecter les droits auprès des redevables. Dans ces conditions, qui, mieux que la Cour des comptes, dont la rigueur, la compétence et l'impartialité sont reconnues de tous, pourrait effectuer un audit des principales sociétés de gestion collective. Je recommande en conséquence qu'un audit soit effectué auprès des principales sociétés de gestion collective, la SCPP bien sûr, la Spedidam, l'Adami, la Sacem. Les conclusions de cet audit devront naturellement être rendues publiques. PAR PASCAL NEGRE Pascal Nègre est président de PolyGram Musique. 10 EDITORIAL L'ayatollah Kenneth Starr AINSI une partie de l'appareil judiciaire et policier de la capitale des Etats-Unis est occupée à une affaire d'importance. Le laboratoire du FBI a mobilisé ses experts, scientifiques et as de la pièce à conviction. Mission : déterminer si une tache sur une robe de cocktail bleue à manches longues est ou non constituée de sperme. La robe appartient à une jeune femme, Monica Lewinsky, ancienne stagiaire à la Maison Blanche, à laquelle on prête une aventure passée avec Bill Clinton. La robe a été remise à la justice, sur ordre du procureur, dit "indépendant", Kenneth Starr, qui, à coups de millions de dollars, enquête sur les marivaudages du président. Si la robe de Mlle Lewinsky passionne tant M. Starr, c'est qu'il rêve de "prouver" que ce vêtement est entaché de sperme présidentiel. Ceci établi permettrait de "prouver" ensuite que Mlle Lewinsky et M. Clinton ont eu des relations sexuelles. Or le président et la jeune femme ont juré sous serment, devant la justice, qu'il n'en était rien. Le juge Starr tiendrait alors, enfin, Bill Clinton. Il pourrait accuser le président de parjure, aux fins de nourrir une procédure d'impeachment (mise en accusation) devant le Congrès des Etats-Unis. D'où l'importance de la robe et de la tache pour l'avenir politique du 42e président de la plus grande puissance de la planète... On en était là, jeudi 6 août, entre le sordide et le ridicule, de cette saga politico-judiciaire qui, à Washington, éclipse tout le reste : Kosovo, Proche-Orient, crise asiatique... A ce stade, il importe peu que le président bénéficie d'un fort taux de popularité. L'affaire est juridique, autant que politique, et la mécanique engagée peut assurément conduire à une procédure d'impeachment. Aux Européens, que ce spectacle afflige, nombre de commentateurs américains, de droite et de gauche, font la leçon : un président ne peut mentir impunément à la justice; peu importe l'objet du mensonge, il en va de la morale publique. Tel serait l'esprit des institutions de l'Union. Après tout, si l'on a créé ce procureur indépendant, chargé des enquêtes sur l'exécutif, c'est pour parfaire le savant équilibre de pouvoirs et contre- pouvoirs qui fonde la démocratie américaine. On ne les suivra pas sur ce point. M. Clinton a peut-être beaucoup péché. Mais l'enquête du juge Starr fait plus penser à une procédure folle et partisane qu'à une manifestation d'indépendance judiciaire. Républicain d'extrême droite, M. Starr hait tout ce que M. Clinton représente. Initialement désigné pour enquêter sur un scandale immobilier auquel aurait été mêlé Bill Clinton, il a arbitrairement étendu ses investigations à la vie privée du président. Il n'a pas hésité à manipuler la presse; il a eu recours au chantage à l'encontre des familles de certains témoins. Juriste fondamentaliste, il est allé fouiner dans un domaine relevant de la vie privée. Avec lui, l'institution du procureur indépendant est devenue un pouvoir sans contre-pouvoir. La démocratie américaine n'y a rien gagné. 10 HORIZONS - ANALYSES ET DEBATS Prendre au sérieux Charles Pasqua LIPIETZ ALAIN LES semaines passent, et les sondages confirment l'onde de choc de l'événement Coupe du monde. Pas l'événement sportif, mais l'événement politique, l'émotion populaire qui a jeté des millions de résidents de France, toutes cultures, ethnies, nationalités confondues, dans les bras les uns des autres, sous des drapeaux français. La France s'est reconnue au miroir des Bleus, elle s'y est trouvée belle, elle a ri, elle en rit encore. Les effets en sont connus : les deux chefs de l'exécutif atteignent des sommets de popularité; Jacques Chirac rattrape et dépasse Lionel Jospin; les autres leaders de la droite s'effondrent; la majorité absolue des Français approuve les "nouvelles" propositions de Charles Pasqua sur l'immigration. Ces quatre effets sont liés, parce que les propositions de M. Pasqua (Le Monde du juillet) sont adéquates à une réalité dont la France a pris conscience à l'occasion de l' "événement", et parce que, ce faisant, l'ancien ministre de l'intérieur a trouvé la faille permettant à la droite d'échapper à l'étau du Front national. Voyons d'abord l'adéquation des propositions Pasqua. Rejoignant la position des Verts et des associations de défense des droits de l'homme, il propose une mesure "simple et pratique" (comme disait Jean-Pierre Chevènement pour enterrer la guerre scolaire) : la régularisation de tous les sans-papiers qui en ont fait la demande. Cela réglerait d'un trait de plume un problème qui, sinon, de grèves de la faim en recours devant la commission Galabert, restera à l'affiche pendant des années. Il s'agit, rappelons-le, de soixante-dix mille personnes, même pas la capacité du Stade de France! A nouveau prête à admettre que l'immigration peut être une richesse, l'opinion préfère cette solution simple. Ce choix n'est pas étonnant : le rapport de l'Observatoire du racisme, publié avant la Coupe du monde, révélait des Français plus explicitement racistes que les autres Européens mais, face aux questions concrètes, plutôt moins racistes que la moyenne, et surtout nettement moins qu'en 92. Ce qui permet à Pasqua d'avancer une autre proposition : rouvrir les portes de l'immigration, mais avec des quotas. De fait, la crise démographique de 2005 rendra nécessaire l'arrivée d'un flux de jeunes adultes pour "payer les retraites". L'immigration pour rééquilibrer la pyramides des âges : la France a toujours procédé ainsi, Pasqua le sait, et il ose le dire. Il ouvre ainsi un débat tabou : quel serait l'effet d'un retour à la liberté d'établissement en France ? Un populisme nationaliste pro- immigrés : telle est la porte de sortie que Pasqua offre à la droite Le "modèle réduit" du Brésil donne une réponse nuancée. L'Amazonie et le Nordeste ne se sont pas "vidés" dans Sao Paulo, mais la pression sur les marchés du travail et du logement y est sensible. Les Français le craignent, et la réponse-bateau des quotas l'exprime avec imprécision : "Immigration, oui, mais pas trop". Ce couplage régularisation-immigration maîtrisée permettra en outre de glisser, par élargissements successifs, de la "régularisation des sans-papiers qui en ont fait la demande" à la régularisation de tous les sans-papiers présents en France et actuellement surexploités dans les travaux publics et les petites entreprises. Mais voyons l'autre aspect de la question : pourquoi un homme de droite ose-t-il dire cela ? Parce que la droite, qui défend les intérêts d'une minorité privilégiée, a besoin pour conquérir la majorité de rallier le "petit peuple" sur une argumentation extra-économique : peur du rouge, valeurs familiales, nationalisme, populisme... Le populisme est précisément le ralliement du "petit peuple" sous une conscience en quelque sorte sentimentale de l'appartenance. Or la France est historiquement une nation d'immigrants. Le sentiment d'appartenance y est donc ambigu, unanimisme et racisme y sont réversibles. La concurrence entre les avant-derniers arrivés et les nouveaux arrivants peut susciter l'hostilité, pas seulement économique d'ailleurs. Mais la communauté de trajectoires peut susciter la solidarité. Il y a donc place pour un populisme anti- immigrés (Le Pen), mais aussi pour une populisme pro-immigrés (Tapie). Et le temps joue pour le second, quand les migrants d'hier deviennent les électeurs de demain. L'expérience latino- américaine montre d'ailleurs qu'une stratégie populiste de droite pro-immigrés est plus efficace, parce qu'elle reflète la mosaïque du "petit peuple". Mieux vaut aujourd'hui s'y appeler Menem, Malouf ou Fujimori qu'exhiber des quartiers de noblesse ibériques. Un populisme nationaliste pro-immigrés : telle est la porte de sortie que Pasqua offre à la droite, en alternative à la reddition des autres leaders, de Millon à Balladur, devant Le Pen et Mégret. Et, de fait, quoique s'en tenant au vieux discours décrédibilisé des bons intégrés contre les mauvais arrivants, Jacques Chirac en a spontanément profité, parce que la télévision a retenu de lui l'image d'un fraternel capitaine Haddock trépignant d'allégresse avec le peuple mosaïque. Cette allégresse que suscitait Lionel Jospin au Zénith quand il annonçait l'abolition des lois Pasqua... Mais les conseillers de Lionel Jospin sont restés bloqués sur une analyse partielle du peuple de France, opposant une gauche intellectuelle pro-immigrés à une gauche populaire qui serait par nature anti-immigrés. Or les immigrés de la seconde... ou de la prochaine génération font plutôt partie du peuple que de l'intelligentsia ! Et le peuple s'en souvient, de temps en temps. Parce que chaque Français est lié à l'immigration par ses grands-parents, sa compagne ou son compagnon, par les petit(e)s ami(e)s de ses enfants. Avec ou sans papiers. Or, en ce moment de grâce où la France s'aime telle qu'elle est, le peuple a entendu de Matignon des mots terribles ("prise d'otages", "filières criminelles") contre des femmes et des hommes prêts à se laisser mourir de faim plutôt que de quitter la France. Résultat : le leader d'une coalition victorieuse entre la petite-bourgeoisie pro-immigrés (disons : les Verts) et le traditionnel peuple de gauche se voit dépasser par le leader de la droite, pour avoir donné l'impression de rompre cette alliance au moment même où elle s'identifiait à la réalité perçue par la société elle-même ! S'il souhaite être un jour président, il reste quatre ans à Lionel Jospin pour rectifier cette erreur. Le temps qui a suffi à Aimé Jacquet... PAR ALAIN LIPIETZ Alain Lipietz est économiste, porte-parole des Verts ENTREPRISES VEDIOR : rachète deux sociétés d'intérim espagnoles Sistemas servicios y soluciones et Gropesa ETT Le groupe européen de travail temporaire a annoncé, jeudi 6 août, le rachat de deux sociétés d'intérim espagnoles (Sistemas servicios y soluciones et Gropesa ETT) spécialisées dans l'informatique et les télécommunications. ENTREPRISES JEAN-CLAUDE DECAUX : Le Conseil de la concurrence a rendu un avis constatant l'abus de position dominante Le Conseil de la concurrence a rendu un avis constatant l'abus de position dominante de la société d'affichage, selon La Tribune du 7 août. Plusieurs clauses des contrats signés, portant notamment sur leur tacite reconduction et leur durée, devront être supprimées. ENTREPRISES PRODUITS MYTHIQUES L'horchata 2 - L'heureuse rencontre d'un breuvage ancestral et du savoir-faire catalan Nous publions une série d'articles, illustrés par Jacques Valot, sur les produits mythiques qui traversent les modes et les époques. DECAMPS MARIE CLAUDE C'est blanc, laiteux, légèrement sucré avec une pointe falcultative de citron ou de cannelle, et surtout c'est extrêmement rafraîchissant. Tellement même que les Espagnols en ont tiré une expression populaire : on dit "avoir un sang-froid d'horchata" en parlant de cette boisson d'été, si particulière à la péninsule Ibérique. L'horchata ? Sa création se perd un peu dans la mémoire de l'Espagne. La légende, colportée sans illusion mais pour le plaisir par les fabricants, veut que cette préparation insolite, faite à base de "chufa", cette mauvaise herbe aux minuscules tubercules qui prolifère dans les régions humides, soit née il y a quelque trois mille ans sur les lointains bords du Nil. C'est au Moyen Âge qu'elle aurait trouvé son nom, lorque le roi Jaime Ie le Conquérant, s'accordant un peu de repos devant les murailles de Valence, y aurait trempé ses lèvres desséchées. S'adressant à la jeune femme qui lui avait tendu sa coupe, il aurait dit : "Ça, c'est de l'or, ma petite", "Axo es or, Xata", d'où le nom horchata. Les Français, qui ne l'utilisent pas, appellent la chufa (Cypreus esculentus) le "souchet comestible" et les Italiens l' "amande de terre", mais il faut aller spécifiquement dans la région de Valence pour la voir cultivée, par tradition. Au point qu'il existe même, basée sur ces quelque 600 hectares qui produisent 7 300 tonnes par an de chufa, une dénomination d'origine, "horchata de chufa de Valencia". Pas facile à préparer : il faut faire macérer la chufa et la triturer longuement avec de l'eau; l'horchata étant sujette à de très rapides altérations microbiologiques, ce qui revient à dire qu'il faut la consommer fraîche, et très rapidement. Autant de difficultés, jointes à celle de la mettre, à peine préparée, dans une sorte de mixer qui la brasse en permanence, expliquent que, jusqu'à récemment, l'horchata, inexportable, était restée essentiellement un produit catalan, et une "curiosité" madrilène. On la croyait impossible à commercialiser, mais c'était compter sans l'esprit d'entreprise d'une famille de la bonne bourgeoisie d'affaires, catalane, justement. Dès 16, Ramon Belart Folch, originaire de Tarragone, où il s'était déjà spécialisé dans l'alimentaire, créait la première industrie "horchatière" dans la capitale espagnole. Une fois l'horchata apprivoisée au goût madrilène, ses quatre enfants virent littéralement exploser leur commerce dans les années 50. On était passé de une à cinq horchatérias, en ville : le groupe Solera était en pleine gestation. La relève de la nouvelle génération, dans les années 80, allait être décisive, portant Solera jusqu'à la première place, au niveau national (exception faite de l'horchata pasteurisée). Seulement le travail avait un peu changé. Et comme nous l'expliquera Luis Belart, troisième du nom et actuel gérant, "il s'agissait tout à la fois de fournir directement les cafés et les glaciers, qui, en raison notamment des nouvelles normes d'hygiène, avaient de plus en plus de difficultés à produire une horchata artisanale, et d'offrir parallèlement un produit de grande consommation". Problème résolu, dans le premier cas, par l'investissement du groupe dans la fabrication de ses propres machines à brasser l'horchata (les "horchatières"), qui peuvent être livrées, à des conditions avantageuses, avec le produit frais, à peine élaboré. Quant à la grande consommation, M. Belart a eu une autre idée, il y a huit ans : créer une formule d'horchata condensée, commercialisée depuis quatre ans et vendue par briques d'un litre, comme le lait. On ajoute quatre litres d'eau et on obtient cinq litres d'horchata tout à fait convaincante. Les briques, elles, peuvent se conserver deux ans. Le résultat ne s'est pas fait attendre : Solera enregistre un bénéfice net de 0 millions de pesetas (6 millions de francs), chaque saison, sur la seule horchata et vend environ 0 000 briques de boisson condensée et 600 000 litres d'horchata fraîche. Et ce, désormais presque dans toute l'Espagne, avec une timide incursion, explique Luis Belart, au Venezuela, à Londres, en Andorre et à Perpignan. Pour une boisson qui reste encore très confidentielle et saisonnière, Jaime Ie avait raison, l'horchata est un vrai filon. la clé Facom MARIE-CLAUDE DECAMPS PROCHAIN ARTICLE : LA CLE FACOM DOC AVEC UN DESSIN DE JACQUES VALOT ENTREPRISES MGM (Metro Goldwyn Mayer) : Kirk Kerkorian est prêt à revendre les studios hollywoodiens Le financier américain Kirk Kerkorian est prêt à revendre les studios hollywoodiens, moins de deux ans après les avoir rachetés au Consortium de réalisation (ex-Crédit lyonnais). En 90, c'est déjà lui qui les avait cédés à l'italien Giancarlo Parretti, financé par le Crédit lyonnais. ENTREPRISES DAEWOO : a renoncé aux 2995 licenciements prévus en échange d'un gel des salaires, HYUNDAI, en revanche a confirmé la mise en oeuvre de son premier plan de licenciement de 1 569 personnes. Le deuxième constructeur automobile sud-coréen a renoncé, jeudi 6 août, aux 2 995 licenciements prévus et s'est engagé à n'en réaliser aucun avant l'an 2000, en échange d'un gel de salaires. Hyundai, numéro un coréen, en revanche, a confirmé la mise en oeuvre de son premier plan de licenciement de 1 569 personnes. ENTREPRISES AOM : Le Consortium de réalisation a ouvert officiellement la procédure de vente de la compagnie aérienne Le Consortium de réalisation, qui gère les actifs sortis du bilan du Crédit lyonnais, a ouvert officiellement la procédure de vente de la compagnie aérienne française, indiquent Les Echos des 7 et 8 août. Pour l'heure, seul Swissair s'est montré intéressé par une participation de l'ordre de 20 %. ENTREPRISES LUCASVARITY : vend sa division systèmes de freinage poids lourds L'équipementier automobile et aéronautique a décidé de vendre, jeudi 6 août, sa division systèmes de freinage poids lourds (1,7 milliard de francs de chiffre d'affaires), estimant ne pas avoir la taille critique dans ce métier. ENTREPRISES MICROSOFT : a été sommé de fournir aux autorités anti-trust américaines le code de base de ses systèmes d'exploitation Windows 95 et 98 Le numéro un mondial des logiciels a été sommé, jeudi 6 août, de fournir aux autorités anti-trust américaines le code de base de ses systèmes d'exploitation Windows 95 et 98, système qui constitue le moteur technologique au coeur des programmes informatiques. Le département de la Justice réclame ce code pour démontrer à quel point les capacités Internet sont intégrées aux deux versions les plus récentes de Windows. ENTREPRISES Daimler-Benz et Chrysler rédigent leur contrat de mariage RISSER HELENE LE NOUVEAU GÉANT de l'automobile DaimlerChrysler prend corps. L'allemand Daimler-Benz et l'américain Chrysler ont précisé, jeudi 6 août, les dernières modalités de leur fusion, qui donnera naissance au troisième constructeur automobile mondial, derrière les américains General Motors et Ford. Réunis à Stuttgart, les deux partenaires ont communiqué toute une série de prévisions chiffrées. Ils ont évalué le chiffre d'affaires de la nouvelle entité à 229 milliards de marks en 97 (environ 770 milliards de francs), et l'économie liée à leur fusion à 2,5 milliards de marks la première année et à 5,4 milliards après trois à cinq ans. Ce regroupement devrait permettre aux deux groupes d'améliorer considérablement leur performances. Ainsi, l'allemand table, pour ses activités, sur un résultat opérationnel (avant frais financiers et impôts) de 10,2 milliards de marks en 2000 (environ 35 milliards de francs), soit plus du double de celui de 97. L'américain envisage un résultat opérationnel de 10,4 milliards de marks. Les deux groupes se sont également entendus sur les parités définitives. Les actionnaires de Chrysler recevront pour chaque titre 0,62 action de DaimlerChrysler, et ceux de Daimler- Benz une action. Au terme de l'échange, les actionnaires du groupe allemand détiendront 58 % de la nouvelle entité, qui devrait voir le jour d'ici à la fin de l'année. Cette fusion historique, présentée par les deux partenaires comme la plus grosse de l'histoire industrielle, a déjà été avalisée par les autorités chargées de la concurrence en Europe et aux Etats-Unis. TANDEM PROVISOIRE Reste une dernière échéance : l'approbation du mariage par les actionnaires des deux groupes, qui se réuniront chacun de leur côté le septembre. Mais cette étape ne devrait être qu'une simple formalité, car les actionnaires de référence, la Deutsche Bank et le financier américain Kirk Kerkorian, viennent d'annoncer qu'ils étaient tout à fait favorables à l'accord. Ces noces "ont la priorité sur tout autre projet", a récemment précisé Jürgen Schrempp, le président du directoire de de Daimler-Benz, qui a tout lieu de se féliciter de cette alliance. Il se retrouvera seul maître à bord au terme d'une période de trois ans pendant laquelle il tiendra les rênes en tandem avec Robert Eaton, le PDG de Chrysler. Cette société deviendra "le leader automobile mondial du XXIe siècle" et sera "la plus profitable du monde", affirme déjà le patron allemand. Les deux partenaires ont pris soin de promettre, jeudi, que "les économies réalisées grâce à cette nouvelle fusion ne reposeraient pas sur des licenciements et des fermetures, mais sur des synergies commerciales et logistiques, ainsi que sur des échanges de technologies et de savoir-faire". Une inconnue demeure : les deux cultures d'entreprise performance marketing dans le cas de l'américain et qualité industrielle dans celui de l'allemand parviendront-elles à s'assimiler au sein de ce nouvel ensemble ? HELENE RISSER ENTREPRISES TRANSPORTS TOUT AUTOUR DE LA TERRE... LE TGV FRANCAIS Le contrat australien n'aidera pas Belfort La signature du contrat du TGV australien, mardi 4 août, n'a pas apporté de réconfort aux salariés de l'usine de Belfort, spécialisée dans la fabrication des TGV. Sous la menace d'un nouveau plan social, qui prévoit la suppression de 273 postes sur un millier, de septembre 1998 à septembre 99, ils espéraient que la direction modifie sa position au cours du dernier comité central d'entreprise extraordinaire qui doit avoir lieu en septembre. "Le contrat australien ne modifie rien au plan de charge à court terme, car les livraisons ne sont pas prévues avant 2002", explique-t-on par avance au siège. La ministre de l'emploi, Martine Aubry, avait pourtant invité, en avril, le groupe franco-britannique à "regarder toutes les possibilités" pour éviter les licenciements, "dont celle de la réduction de la durée du travail". ENTREPRISES TRANSPORTS Tout autour de la Terre... le TGV français Mises en service en 81 entre Paris et Lyon, les rames orange ont mis du temps à se faire admettre hors de l'Hexagone. Les succès sont désormais au rendez-vous, en Corée du Sud, à Taïwan, en Australie, et peut-être bientôt en Floride JAKUBYSZYN CHRISTOPHE TRANSPORTS En Corée du Sud, à Taïwan ou en Australie, le TGV accumule les succès, dix-sept ans après sa mise en service en France. Il s'impose comme standard international face à ses concurrents. DÉTENTEUR du record du monde de vitesse, le train français était longtemps resté cantonné à l'Hexagone. L'Espagne a été le premier pays étranger à se laisser séduire. LA SNCF, dont le réseau se situe au coeur des liaisons transeuropéennes, se révélera être le meilleur VRP du TGV, et l'imposera à tous ses partenaires. MALGRÉ LA PAIX signée par Alstom, le constructeur du train français, et Siemens, celui de l'ICE, la concurrence s'avive avec l'entrée en scène de nouveaux acteurs, allemand et japonais. SANS EFFET immédiat sur le plan de charge de l'usine de Belfort, qui produit le TGV, le contrat australien conclu ne remet pas en cause le plan social de cet établissement. L'ÉTÉ 1998 est celui de la consécration du TGV français, dix-sept ans après sa première mise en service. Confirmé en Corée du Sud, bouclé à Taïwan, choisi en Australie (Le Monde du 5 août) et en bonne voie en Floride, le TGV accumule les succès à l'international. Il aurait pourtant pu finir comme le Concorde. Détenteur du record du monde de la vitesse sur rail (515 kilomètres heure), le train rapide, développé en collaboration par la SNCF puis devenu franco-britannique lors du mariage de GEC et d'Alsthom, est longtemps resté cantonné à l'Hexagone. Lancées entre Paris et Lyon en 81, les rames orange n'ont pas séduit, dans un premier temps, les compagnies de chemins de fer étrangères. En Allemagne, la Bundesbahn (devenue, depuis la réunification, la Deutsche Bahn) a préféré attendre que sa propre industrie soit prête pour lancer son service de train à grande vitesse. Conçu et fabriqué par Siemens, l'ICE ralliera Hambourg à Munich en juin 91. Conquise par le TGV, qui entre Paris et Lyon a gagné plus de 80 % de parts de marché face à l'avion, l'Espagne est la première à choisir la technologie française. L'Alta velocidad espanola (AVE) relie, en 92, Madrid à Séville, hôte, cette année-là, de l'Exposition universelle. C'est la SNCF qui se révélera être le meilleur VRP du train à grande vitesse. Point de départ de toutes les liaisons transeuropéennes, la compagnie française impose son TGV à ses partenaires. Pour se faire accepter, le train français ne rechigne pas à changer de nom et d'aspect pour se fondre dans le paysage local. Devenu Eurostar entre Paris et Londres, il adopte sans complexe le bleu et le jaune de British Rail sur sa livrée blanche. Rebaptisé Thalys outre-Quiévrain et outre-Rhin, le TGV se pare de la robe grenat des chemins de fer belges. Aux Etats-Unis, entre Boston, New York et Washington, ses promoteurs renoncent au dogme de la grande vitesse avec voies de chemin de fer spécifiques. Baptisé American Flyer, il ressemblera à un TGV mais utilisera la technique de pendulation du fabricant canadien Bombardier. LA PAIX DES BRAVES La Deutsche Bahn défend aussi son propre poulain et réclame désormais "de faire rouler l'ICE jusqu'à Paris". La troisième génération d'ICE possédera les caractéristiques techniques nécessaires pour circuler sur plusieurs réseaux nationaux à la fois, comme le Thalys et l'Eurostar, et devrait d'ici à 2002, sur la base de la réciprocité, emprunter le réseau français. Le déraillement dramatique en juin d'un ICE à Eschede, en Allemagne, a toutefois mis en lumière une des faiblesses des trains rapides allemands, composés de rames classiques avec deux bogies par voiture. A l'inverse, le TGV, avec un seul bogie placé entre deux voitures, a moins de chance de se désarticuler et de se renverser en cas d'accident. A l'international, les industriels Alstom (la nouvelle appellation de GEC-Alsthom) et Siemens se sont d'abord livré une lutte acharnée à la fois au Texas, pour un projet finalement abandonné en 94 faute de ressources financières suffisantes, et en Corée du Sud, où le gouvernement a récemment confirmé la construction de la première tranche. En mars 96, pour éviter de compromettre la rentabilité de leurs grands contrats, les deux constructeurs signent la paix des braves et renoncent à se faire concurrence en dehors de l'Europe et de l'Amérique du Nord. Le TGV taïwanais sera ainsi hybride, constitué de motrices de Siemens et de voitures à étage d'Alstom. C'est pour le moment le seul contrat à l'exportation obtenu par Siemens. Alstom a, pour sa part, déjà vendu 135 rames de TGV pour des marchés étrangers (y compris Thalys et Eurostar). En France, la SNCF a acheté plus de 300 rames. Mais, tandis qu'Alstom et Siemens enterraient la hache de guerre, de nouveaux acteurs entraient en scène. Le consortium allemand Maglev, mené par Thyssen, oppose désormais au TGV son train à sustentation magnétique Transrapid, qui, en 2002, reliera Berlin à Hambourg. Maglev vient de connaître son premier échec en perdant, cette semaine, le marché australien de la ligne Sydney-Canberra. Autre concurrence : celle des industriels japonais, dont les clients nationaux réduisent leurs commandes et qui tentent d'exporter leur matériel, pour l'instant sans succès. ASSOCIATION Les industriels européens ont pour atout le soutien de leurs clients opérateurs ferroviaires. "Co-inventeur du TGV et premier exploitant mondial de la grande vitesse, nous avons toujours été partie prenante à l'exportation aux côtés d'Alstom, au moins dans le domaine de l'ingénierie", explique la SNCF. "Nous voulons désormais, avec notre filiale SNCF International, jouer un plus grand rôle, pouvant aller jusqu'à l'exploitation de réseaux étrangers", ajoute-t-on au siège. Avec une mise de fonds relativement limitée, la SNCF espère une rentabilité deux fois plus importante que celle des projets français. Elle est partie prenante des projets en cours en Australie, en Floride et au Canada. A Taïwan, elle s'est associée à la Deutsche Bahn pour assurer l'exploitation du futur train à grande vitesse. CHRISTOPHE JAKUBYSZYN DOC AVEC UNE CARTE "A LA CONQUETE DU GLOBE" TABLEAU DE BORD ECONOMIE JAPON : Keizo Obuchi a confirmé la mise en oeuvre d'un collectif budgetaire Le nouveau premier ministre Keizo Obuchi a confirmé son intention de mettre en oeuvre un collectif budgétaire de 10 000 milliards de yens et des réductions d'impôts d'un montant supérieur à 6 000 milliards de yens (lire p. 20) TABLEAU DE BORD ECONOMIE JAPON : commandes de biens d'equipement des entreprises en juin 98 Les commandes de biens d'équipement des entreprises ont chuté de ,6 % en juin par rapport à leur niveau de juin 97. TABLEAU DE BORD ECONOMIE ESPAGNE : croissance economique au deuxieme trimestre 98 La croissance économique a enregistré une accélération au deuxième trimestre 98, progressant de 3,8 % sur un an. Ce rythme soutenu de l'activité s'explique par une nette augmentation de la demande intérieure (+ 4,5 %). TABLEAU DE BORD ECONOMIE ITALIE : production industrielle en juin 1998 La production industrielle a augmenté de 4,2 % en juin, ce qui porte à 2,9 % la progression au cours du premier semestre 1998. TABLEAU DE BORD ECONOMIE ETATS-UNIS : commandes industrielles en juin 98 les commandes industrielles ont progressé de 0,1 %, à 330,5 milliards de dollars en juin, après une baisse de 2,2 % en mai, a annoncé le département du commerce extérieur, jeudi 6 août. LES DÉPARTEMENTALES DE L'INFORMATION 5 - "La Marseillaise" : le parti, la pétanque et la gauche " plurielle" Depuis un an, le quotidien communiste affiche une ouverture politique plus large pour attirer les orphelins du "Provençal" VULSER NICOLE MARSEILLE de notre envoyée spéciale Un aggiornamento. Jeudi 12 juin 97, le comité de direction de La Marseillaise et le Parti communiste français annonçaient, dans la foulée des élections législatives, une transformation de La Marseillaise, "afin de la mettre à disposition du mouvement progressiste et social dans sa diversité". Ils ont lancé un appel, dans les colonnes du journal, "à ceux qui ressentent la nécessité d'un quotidien régional clairement engagé à gauche, pour qu'ils manifestent sans attendre leur volonté d'être les acteurs d'une puissante société des lecteurs et des amis de ``La Marseillaise``". Cette profession de foi est apparue comme une petite révolution pour ce quotidien très lié au PCF. Son nouvel ancrage à une gauche davantage "plurielle" s'explique aussi par la place laissée vacante, dans l'échiquier de la presse locale, par la fusion de deux quotidiens : l'un marqué à gauche, Le Provençal, fondé par Gaston Defferre, et l'autre à droite, Le Méridional. Réalisé l'an dernier sous la houlette de leur propriétaire, le groupe Hachette, ce rapprochement a donné naissance à La Provence. Installé dans d'anciens arsenaux de galères datant du XVIIIe siècle, à deux pas du port de Marseille, le quotidien rayonne sur six départements du sud-est de la France. Créée en 43, clandestinement, dans les locaux du Petit Marseillais par une poignée de résistants issus du Front national de lutte pour la libération de la France, La Marseillaise, légalisée le 24 août 44, a rapidement bénéficié de la disparition de l'autre quotidien communiste, Rouge Midi. Dans les années 50, le journal tire à 0 000 exemplaires. Henri Verneuil y fait ses premières armes avant de préférer le cinéma. L'une des caractéristiques de La Marseillaise est sans doute son attachement aux événements culturels et à l'actualité littéraire. L'auteur de polars Jean-Claude Izzo y a longtemps occupé les fonctions de rédacteur en chef adjoint. Ce quotidien régional est l'un des rares à dépêcher un correspondant à plein temps pendant le Festival de Cannes ou à consacrer plusieurs pages à une exposition sur l'art dégénéré. Si les informations sur le PCF sont toujours traitées avec une attention particulière, Christian Digne, le nouveau rédacteur en chef, "ne croit plus au journal de parti tel que La Marseillaise a pu l'être". Il affirme que les collaborations rédactionnelles avec L'Humanité s'estompent. "Pour les informations nationales et internationales, nous cherchons à être plus autonomes qu'avant." Son nouvel ancrage s'explique en partie par la place laissée vacante par la fusion du "Provençal" et du "Méridional" Christian Digne ne cache pourtant pas que l'idée "d'acheter La Marseillaise et donc de voter PC" est encore très fortement ancrée sinon liée. Pour Christian Poitevin, ancien adjoint à la culture du maire de Marseille, Robert Vigouroux, et ex-directeur général adjoint du Provençal, "la direction de La Marseillaise aurait dû davantage jouer l'ouverture politique, en désignant un comité éditorial composé de personnalités comme Edmonde Charles-Roux, César, Jean-Claude Izzo ou Robert Guédiguian". Michel Pezet, ex-député PS des Bouches-du-Rhône, va plus loin et pense que la crédibilité du changement de La Marseillaise doit se traduire par une réelle ouverture du capital à une Société des lecteurs. "A une annonce symbolique, il faut répondre par un acte symbolique fort, comme l'ouverture du capital à des petits porteurs. Ce qui n'est toujours pas fait", estime-t-il. Pour Paul Biaggini, nommé voici une quinzaine d'années directeur du journal par le PCF, sur proposition des fédérations locales, "l'épisode Jean-Noël Tassez une tentative de faire un journal plus informatif, moins politique en 83 et 84 n'a pas pu marcher. Ne pas donner sa place au politique, c'était sous-estimer à l'époque l'histoire du quotidien". Nommé rédacteur en chef à vingt-sept ans, Jean-Noël Tassez avait voulu, le premier, "dépolitiser" le journal pour en faire un Libération "régional". "L'affrontement a été sanglant avec les instances du PC", se souvient-il. "Georges Marchais et les apparatchiks locaux nous tiraient dessus à boulets rouges. Le PC était catastrophé, la rédaction et le parti ne se sont plus parlé pendant deux ans. Les deux logiques étaient inconciliables", ajoute-t-il. Cette parenthèse fermée, La Marseillaise a tenté d'enrayer l'inexorable érosion de sa diffusion. Paul Biaggini annonce un tirage de 70 000 exemplaires, mais sa diffusion qui n'est pas contrôlée par l'organisme Diffusion-Contrôle est bien moindre. Le titre a déjà traversé des passes financières difficiles et notamment un dépôt de bilan au cours de l'été 87. Une situation qui est actuellement celle que redoute l'autre grand journal communiste régional, le quotidien limousin L'Echo du Centre (Le Monde du 31 juillet). La Marseillaise fait aujourd'hui des concessions commerciales : le quotidien est intégré au couplage publicitaire Force Sud et distribue le même supplément de programmes télévision que son concurrent La Provence. Mais ce qui cimente la réputation de La Marseillaise dans tout le sud de la France, c'est son concours annuel de pétanque. "C'est une organisation incroyable, il nous faut trouver 24 kilomètres de terrain de sport, autant dire que tout ce qui peut servir de piste est réquisitionné", explique Paul Biaggini. Cette manifestation rassemble jusqu'à 100 000 participants. Plus que les lecteurs quotidiens. NICOLE VULSER DOC : avec carte et photo TABLEAU DE BORD ECONOMIE ALLEMAGNE : les prévisions de croissance de l'OCDE, et production industrielle en juin 98 l'OCDE prévoit une croissance de l'économie allemande de 2,7 % en 98 et 2,9 % en 99 (lire p. 3). La production industrielle en Allemagne reculé de 1,9 % en juin par rapport au mois de mai 98. TABLEAU DE BORD ÉCONOMIE Réduction de la manne pétrolière en Grande-Bretagne LES REVENUS PÉTROLIERS du Royaume-Uni ont chuté de ,5 % au mois de juin pour tomber à leur plus bas niveau depuis quinze ans. La diminution s'explique par la réduction saisonnière des volumes de production et par la faiblesse des cours de pétrole. A 12,12 dollars le baril, les prix en termes réels sont à des niveaux inférieurs à ceux qui ont précédé le choc pétrolier de 73. TABLEAU DE BORD CHANGES LE YEN était en baisse par rapport au dollar vendredi 7 août en début de matinée. Le billet vert s'échangeait à 145,02 yens contre 144,35 yens la veille au soir. Le recul de la monnaie japonaise, intervenu après le discours d'investiture du nouveau premier ministre japonais, a même été plus important. Les spéculations sur une prochaine dévaluation du yuan, démentie par les autorités chinoises, ont poussé le dollar à 145,58 yens. En Europe, la monnaie américaine faisait preuve de fermeté, à 1,7710 mark et 5,9378 francs. TABLEAU DE BORD MARCHES FINANCIERS PARIS VENDREDI 7 AOÛT, la Bourse de Paris a entamé la séance sur une petite reprise. A l'ouverture, l'indice CAC 40 progressait de 0,12 %, à 3 973,44 points. L'action Pernod Ricard grimpait de 3,1 % après l'annonce d'un chiffre d'affaires semestriel en hausse de 9,1 %. Jeudi 6 août, le CAC 40 s'était replié de 0,20 %, à 3 968,59 points. FRANCFORTVENDREDI 7 AOÛT, la Bourse allemande a débuté en hausse : l'indice DAX progressait de 0 62 %, à 5 562,29 points. Le marché était tiré par l'annonce d'une hausse des profits de Daimler-Benz en 99. TOKYOVENDREDI 7 AOÛT, la place japonaise a finalement clôturé sur un recul. L'indice Nikkei a cédé 0,30 %, à 15 829,17 points. La Bourse japonaise s'est repliée après le discours de politique générale du nouveau premier ministre Keizo Obuchi. NEW YORKJEUDI 6 AOÛT, la Bourse de New York a terminé sur une hausse. L'indice Dow Jones a gagné 0,36 %, à 8 577,68 points. Les valeurs du secteur de la technologie ont été bien orientées. L'indice de la Bourse électronique a terminé en hausse de 2 31 %, à 1 829,51 points. Le dépistage actuel du dopage à l'EPO est inefficace et injuste NAU JEAN YVES UNE ÉTUDE publiée dans le numéro de l'hebdomadaire médical britannique The Lancet daté du 8 août établit que la méthode de dépistage du dopage à l'érythropoïétine (EPO) mise en place par le autorités cyclistes ne présente aucune garantie d'efficacité. Elle démontre que cette méthode peut être injuste puisqu'elle conduit à exclure d'une compétition des sportifs qui présentent naturellement les stigmates biologiques du dopage sans pour autant avoir jamais consommé d'EPO. L'EPO est une hormone qui, de manière naturelle, induit dans l'organisme une augmentation du nombre des globules rouges dans le sang. Cette molécule, produite par génie génétique, est depuis une dizaine d'années utilisée afin de lutter contre les graves anémies. Son utilisation, à des fins de dopage, a poussé l'Union cycliste internationale (UCI) à instaurer, en 97, des prélèvements sanguins. Aujourd'hui, ces contrôles se bornent à calculer l'hématocrite, c'est-à-dire la proportion du volume des globules rouges par rapport au volume global de sang, le seuil de la normalité étant fixé à 50. En d'autres termes, un hématocrite supérieur à 50 est considéré comme le symptôme biologique d'une prise illicite d'EPO et conduit de ce fait à l'exclusion de l'épreuve. Les auteurs de la publication du Lancet, spécialistes de médecine interne à l'hôpital universitaire d'Utrecht, expliquent avoir fait, durant un an et demi, une série de mesures d'hématocrite chez 46 athlètes hommes et femmes de haut niveau (participant à des championnats du monde et aux Jeux olympiques) et chez 278 personnes d'un groupe contrôle ne pratiquant pas d'activité sportive. Les résultats de leur travail sont pour le moins troublants. Aucune différence statistique n'a pu être trouvée entre les deux groupes, pas plus qu'entre les hommes et les femmes ou qu'entre les athlètes spécialistes de courses rapides et ceux des épreuves d'endurance. Les auteurs expliquent en outre avoir retrouvé chez trois athlètes et quatre non- sportifs un taux d'hématocrite supérieur à 50. Ils en concluent qu'il existe naturellement dans la population des personnes dont le taux de globules rouges est plus élevé que la "norme" UCI, cette caractéristique physiologique correspondant, selon toute vraisemblance, à une aptitude particulière à l'exercice physique et sportif. "Cela confirme le fait que la recherche du seul hématocrite n'est en aucune façon la bonne méthode", a déclaré au Monde le docteur Jacques de Caeriz, directeur du Laboratoire national de dépistage du dopage. "Elle a accéléré la généralisation du recours à l'EPO dans la mesure où beaucoup ont appris à avoir recours à cette substance sans pour autant jamais dépasser le seuil toléré", ajoute le docteur de Caeriz. Il estime qu'il est temps de mettre en oeuvre les méthodes toxicologiques existantes, qui, à partir de prélèvements sanguins et urinaires, permettent de distinguer l'EPO naturelle de celle qui ne l'est pas, et, donc, de sanctionner à coup sûr. JEAN-YVES NAU FOOTBALL Le championnat de France de première division veut profiter de l'effet Mondial Les clubs de l'élite du football français, dont la majorité sont désormais dotés de stades modernisés, entendent bénéficier de l'enthousiasme populaire suscité par la victoire des Bleus en Coupe du monde. Seul l'exode des vedettes et des espoirs peut nuire à cette ambition CONSTANT ALAIN SPORTSLe championnat de France de football 98-1999 de première division a repris, vendredi 7 août, avec les rencontres Le Havre-Metz et Lorient-Monaco, matches avancés d'une première journée qui devait se poursuivre samedi 8 août. LA VICTOIRE FRANÇAISE en Coupe du monde permet aux clubs de l'élite d'espérer une affluence record, le nombre d'abonnements ayant déjà augmenté de manière spectaculaire. CE SUCCÈS RETENTISSANT a, de nouveau, incité les clubs étrangers à débaucher à des conditions sans égales et les vedettes et les jeunes espoirs du football français. NOËL LE GRAËT, président de la Ligue nationale (LNF), déclare, dans un entretien au Monde, attendre de la future loi autorisant le passage des clubs en sociétés anonymes qu'elle permette aux entreprises "de retirer des bénéfices de leurs investissements dans le football et donc d'investir encore plus". CHAMPIONS du monde. Et maintenant ? Moins d'un mois après le triomphe des Bleus face au Brésil, une saison cruciale débute pour le football français. Après les scènes de liesse et les déclarations d'amour foot, retour au quotidien avec la reprise du championnat de France. Pour les responsables sportifs et financiers, une question se pose : comment profiter de ce fameux effet Mondial ? Dans plusieurs clubs de première division, le premier indice positif n'a pas tardé à se faire sentir avec l'afflux de nouveaux abonnés. La saison dernière, les clubs de l'élite regroupaient 108 610 abonnés. Ils seront beaucoup plus nombreux pour l'édition 98-99, et des clubs comme l'Olympique de Marseille (plus de 35 000 abonnés contre 087 la saison dernière) ou le RC Lens (18 000 contre 9 000) ont déjà largement dépassé leurs prévisions les plus optimistes. En développant des offres bien ciblées à destination des familles par exemple, en pratiquant des tarifs raisonnables, les responsables des clubs sont en train de récolter les fruits d'une politique de séduction bienvenue. Alors que, la saison dernière, le championnat de première division avait battu un record d'affluence avec 16 572 spectateurs en moyenne par rencontre, il est d'ores et déjà acquis que ce record sera battu le 22 mai prochain, date de clôture du championnat. Car le Mondial a apporté au football français un bel héritage avec neuf stades modernisés et confortables. Huit clubs de D1 (Bordeaux, Lens, Lyon, Marseille, Montpellier, Nantes, le Paris-Saint-Germain et Toulouse) peuvent désormais profiter de ces outils de travail performants. Si la popularité de la compétition, qui débute vendredi 7 août avec deux matches avancés (Lorient-Monaco et Le Havre-Metz), ne fait aucun doute, la qualité du spectacle qui sera proposé aux nombreux spectateurs attendus constitue une interrogation légitime. "Les complexes des joueurs français ont disparu", déclarait récemment Joël Müller, entraîneur des vice-champions de France du FC Metz. Un discours qui se heurte pourtant à une réalité : l'absence en championnat des meilleurs joueurs français. Car la victoire historique en finale du Mondial n'a pas stoppé le phénomène d'exode enregistré ces dernières années, à la suite de la mise en application de l'arrêt Bosman. "DEUX VITESSES" Ils sont désormais plus de 80 joueurs français à exercer leurs talents à l'étranger, et parmi eux quatorze champions du monde. Seuls "héros" à évoluer encore au pays : les Monégasques Fabien Barthez, Thierry Henry et David Trezeguet, les Marseillais Laurent Blanc, Robert Pires et Christophe Dugarry, l'Auxerrois Bernard Diomède et le Parisien Bernard Lama. Outre l'absence de la plupart des champions du monde en titre, le championnat de France a encore perdu à l'intersaison quelques bons joueurs comme Alain Roche (du PSG à Valence), Jocelyn Blanchard (de Metz à la Juventus), Claude Makélélé (de l'OM au Celta Vigo), Olivier Dacourt (de Strasbourg à Everton) ou Bruno N'Gotty (du PSG au Milan AC), partis mieux gagner leur vie à l'étranger, dans des pays où la pression fiscale est moins forte. "Je constate que l'on perd encore une dizaine de très bons joueurs, regrette Rolland Courbis, l'entraîneur de l'OM. Exilés à l'étranger, ces derniers ne sont pas remplacés par des joueurs de valeur équivalente. J'ai peur que l'on vive un championnat à deux vitesses." Les craintes du technicien marseillais sont-elles fondées ? La saison passée, le formidable suspense qui a tenu en haleine les supporteurs jusqu'à la dernière journée a sans doute occulté la qualité parfois décevante du spectacle proposé. Mais, pour juger de manière plus sérieuse le véritable niveau des clubs français, mieux vaut se pencher sur leurs performances en Coupes d'Europe. En 96, le football français avait placé trois de ses clubs dans les différentes demi-finales continentales (Bordeaux, Nantes, Paris-Saint-Germain). En 97, ils étaient deux (Monaco et PSG) et, la saison dernière, un seul (Monaco en Ligue des champions). Pour Elie Baup, entraîneur des Girondins de Bordeaux : "Le fait que la France soit championne du monde revalorise le foot français et récompense le travail de formation. Mais l'exode permanent nous oblige à rajeunir les équipes, et cela entraîne moins d'expérience. C'est un phénomène inquiétant lorsque l'on dispute la Coupe d'Europe." Le plus inquiétant dans cet exode est sans doute de constater les départs de très jeunes joueurs, qui se voient offrir des salaires importants à l'étranger alors que les clubs français, qui les ont formés, n'ont pas eu le temps de profiter de leurs talents. De Sébastien Frey (18 ans, de Cannes à l'Inter) à David Grondin (18 ans, de Saint-Etienne à Arsenal) en passant par Jean-Philippe Javary (20 ans, de Montpellier à l'Español Barcelona), Michaël Silvestre (21 ans, de Rennes à l'Inter) ou Jonathan Zebina (20 ans, de Cannes à Cagliari), les espoirs du football français quittent le pays de plus en plus tôt. Plus de monde dans les tribunes, moins de stars sur les terrains, voilà le paradoxe du championnat de France 98-99. ALAIN CONSTANT DOC : AVEC CARTE : Les stades de la première division La nageuse irlandaise Michelle Smith suspendue pour 4 ans DEPUIS LES JEUX D'ATLANTA, au cours desquels elle avait été sacrée triple championne olympique (sur 400 m, 200 m 4 nages et 400 m 4 nages), la nageuse irlandaise Michelle Smith traînait derrière elle une réputation sulfureuse. Jeudi 6 août, les responsables de la Fédération internationale (FINA) ont suspendu pour quatre ans la championne irlandaise, suspectée de dopage. Le 10 janvier, Michelle Smith avait reçu la visite à son domicile de Dublin de contrôleurs de la FINA venus la soumettre à un contrôle inopiné. L'échantillon de l'urine de la nageuse fut ensuite acheminé et analysé dans le laboratoire de Barcelone (Espagne) accrédité par le Comité international olympique (CIO). Quelques jours plus tard, le laboratoire informait la FINA que "des signes sans équivoque de manipulation ont été constatés dans [son] échantillon" et que "la contenance d'alcool de l'échantillon... n'est en aucune façon compatible avec la consommation humaine". La contre-expertise effectuée le 21 mai confirmait la première analyse. La fulgurante progression de Michelle Smith, âgée aujourd'hui de 28 ans, coïncide avec son mariage avec Erik De Bruin, ancien spécialiste du lancer de poids et du disque, suspendu après avoir été déclaré positif à la testostérone en 1993, devenu l'entraîneur de son épouse. FOOTBALL Le championnat de France de première division veut profiter de l'effet Mondial Noël Le Graët, président de la Ligue nationale de football "Nous avons la chance de disposer désormais de stades confortables" CONSTANT ALAIN "Le championnat de 1r division va-t-il profiter d'une manière ou d'une autre de ``l'effet Mondial`` ? Notre objectif a toujours été d'élargir au maximum le public susceptible de se rendre dans les stades tout au long de l'année. Le succès des Bleus et l'atmosphère festive qui a régné tout au long du Mondial va, je l'espère, accélérer ce processus. Nous avons la chance de disposer désormais de stades confortables. Venir au football en famille avec femme et enfants ne pose plus de problèmes. C'est un énorme pas en avant... Grâce au Mondial, huit équipes évoluant actuellement en D1 bénéficient désormais de stades modernisés et confortables. Mais où en sont les structures dans les autres clubs ? Il y a quatre ans, la Ligue avait imposé aux clubs évoluant en 1r division de disposer d'un stade d'au moins 000 places assises. Grâce à cette obligation, tous les clubs de l'élite disposent de structures performantes. A Metz, par exemple, ville qui n'a pas accueilli la Coupe du monde, d'importants travaux ont eu lieu au stade Saint- Symphorien qui pourra bientôt accueillir 27 000 spectateurs. A Sochaux, le stade Bonal comportera dans quelques mois 20 000 places assises. A Lorient, qui vient de monter, le stade disposera bientôt de 000 places assises. Partout, des travaux ont eu lieu. Depuis deux ans, nous avons doublé le nombre de places assises disponibles. Il y a quelques années, le football français était en retard par rapport à ses voisins. Désormais, avec des clubs dont la gestion est équilibrée et qui disposent de stades modernes, le football français peut envisager l'avenir avec optimisme. La sous-capitalisation des clubs français a longtemps constitué un handicap. Qu'en est-il aujourd'hui ? Les grandes entreprises sont de plus en plus nécessaires dans le football de haut niveau. En octobre, le Parlement devrait voter une loi permettant le passage des clubs en sociétés anonymes. J'attends beaucoup de cette loi, car, à partir de là, les entreprises pourront enfin retirer des bénéfices de leurs investissements dans le football et donc investir encore plus. Mais dans le football français, les collectivités locales auront toujours leur mot à dire, ne serait-ce que parce que les villes sont propriétaires des stades. Il faut mettre au point une convention entre les entreprises et les collectivités locales. Nous y travaillons. Les grands clubs européens disposent de budgets colossaux. Les clubs français sont-ils en mesure de lutter ? Sur le plan budgétaire, non. Seuls l'AS Monaco, l'OM et le PSG disposent de budgets supérieurs à 200 millions de francs par an. La majorité des autres clubs de D1 oscillent entre 90 et 130 millions. L'augmentation des droits de retransmission télévisée profite-t-elle à tous les clubs ? Oui. Chaque club de D1 reçoit 27 millions de francs. A cette somme s'ajoutent des primes de classement. Le champion reçoit 12 millions, son dauphin 10, les suivants 7,5, etc. Si l'on prend en compte ce que rapportent également les droits de retransmission de la Coupe de France et celle de la Ligue, on se rend compte que chaque club peut compter sur au moins 30 millions de francs. Pour un club qui monte par exemple, cette somme permet de réduire le fossé qui le sépare d'un club bien installé en D1. En dépit de ces progrès, les meilleurs joueurs français continuent de partir à l'étranger. Comment stopper cet exode ? Fiscalement, il faudrait mettre en place un véritable statut du sportif de haut niveau. Le football ne doit pas être en dehors des lois ni de la vie, et les impôts doivent être payés. Mais il faut prendre en compte la durée relativement courte de la carrière de l'athlète. Cela étant dit, si les charges sociales sont si élevées en France, c'est aussi parce que notre protection sociale est meilleure que celle des pays voisins ! Cinq équipes différentes ont remporté les cinq dernières éditions du championnat. Est-ce un signe de vitalité ou de nivellement par le bas ? C'est une réalité positive. Cela signifie que pour être champion de France, il faut vraiment être très fort aujourd'hui. Et il est amusant d'entendre Rolland Courbis se plaindre de la baisse de niveau du championnat. Si le niveau de la compétition est si faible, pourquoi l'OM a t-il terminé à la 4e place ? Cela étant dit, il manque actuellement au football français deux ou trois grands clubs capables de briller chaque année sur la scène européenne". PROPOS RECUEILLIS PAR; ALAIN CONSTANT DOC : avec dessin de Taraskoff FOOTBALL Le championnat de France de première division veut profiter de l'effet Mondial La nouvelle saison Division 1 : le championnat de France compte dix-huit clubs. Deux matchs avancés auront lieu vendredi 7 août : Le Havre-Metz et Lorient-Monaco . Les autres rencontres sont prévues pour le samedi 8 août : Rennes-Auxerre; Marseille- Nantes; Bastia-Montpellier; Bordeaux- PSG; Strasbourg-Lyon; Toulouse-Lens; Nancy- Sochaux. Les nouveaux promus sont : Lorient, Nancy et Sochaux. Division 2 : dix rencontres auront lieu samedi 8 août : Le Mans-Beauvais; Troyes- Cannes; Nîmes-Niort; Red Star-Wasquehal; Geugnon-Caen; Lille- Guingamp; Saint- Etienne-Sedan; Nice-Châteauroux; Valence-Amiens; Laval-Ajaccio. La rentrée des 22 bleus : Fabien Barthez, Thierry Henry, David Trezeguet (Monaco), Laurent Blanc, Robert Pires, Christophe Dugarry (Marseille), Bernard Diomède (Auxerre), Bernard Lama (PSG) : reprise le 8 août. Lionel Charbonnier (Glasgow Rangers) : la reprise a eu lieu le 1er août. Christian Karembeu (Real Madrid) : reprise le 30 août. Emmanuel Petit, Patrick Vieira (Arsenal) : Marcel Desailly, Franck Leboeuf (Chelsea) : Stéphane Guivarc'h (Newcastle) : reprise le août. Bixente Lizarazu (Bayern Munich) : reprise le août. Didier Deschamps, Zinedine Zidane (Juventus) : Lilian Thuram, Alain Boghossian (Parme) : Vincent Candela (AS Roma) : Youri Djorkaeff (Inter Milan) : reprise le 13 septembre. Les rendez-vous de l'équipe de France : août, Autriche-France (amical). 5 septembre, Islande-France (éliminatoires de l'Euro 2000); 10 octobre, Russie-France (Euro); 14 octobre, France-Andorre (Euro). 8 au 22 janvier 99, Coupe des Confédérations au Mexique (avec le Mexique, les Etats Unis, le Brésil, la Bolivie, l'Egypte, l'Arabie saoudite et l' Australie). 27 mars, France-Ukraine (Euro); 31 mars, France-Arménie (Euro 2000); 5 juin, France- Russie (Euro); 9 juin, Andorre-France (Euro). AUJOURD'HUI - STYLES 2 - DESIGNERS DANS LE SIÈCLE Pierre Paulin, les années de la remise en formes Choisi pour faire entrer la modernité à l'Elysée en 72, le créateur des fauteuils habillés de jersey contribua à mettre le goût français à l'heure internationale CHAMPENOIS MICHELE Après "Charlotte Perriand, une femme dans le fauteuil des hommes" (Le Monde du 1er août), rencontre avec Pierre Paulin. LE TEMPS DE SE SOUVENIR arrive de plus en plus tôt. Sitôt adopté, le style des choses de la vie quotidienne, celles que l'on porte sur soi, celles que l'on voit autour de soi, change et déjà on les range du côté des collections. A peine usées, déjà codées. Les années 60 enterrent les années 50, et les années 70 arrivent dépouillées des indices qui voulaient exprimer une société et son évolution. L'aluminium brossé, l'opaline blanche, la moquette beige. Rencontrés par hasard chez un dentiste ou un radiologue, on les regarde en essayant de retrouver le sens que pouvait leur donner une génération sortie des privations de la guerre et des années spartiates de la reconstruction. Après les personnages de Mon oncle, petits-bourgeois à la page entrant sur la pointe des pieds dans leur maison oblique, il y eut, dans les années 60, cette manière très française d'acclimater une modernisation des lignes que l'on croyait réservée aux pays anglo-saxons ou nordiques. Après le be-bop, les talons plats et la gymnastique suédoise venait le temps des formes pures, des courbes, des couleurs vives, des matières gonflables, plastiques, souples, malléables, pour des sièges dits informels et des manières de vivre moins formelles. Du soleil en bouteille, des vitamines dans la maison. Pierre Paulin participa vivement à cette époque florissante, invité à créer dans les palais de la République, représentant le goût tricolore à l'Exposition universelle d'Osaka en 70, acteur en vue de la révolution de velours et de jersey des années où l'on venait de marcher sur la Lune et où Courrèges habillait de blanc et de teintes de Smarties des jeunes femmes en très bonne santé par tous les temps. Aujourd'hui, on ne rencontre pas Pierre Paulin dans les Salons ou les vernissages. Loin du parisianisme, il a construit sa maison dans les Cévennes gardoises et, depuis plusieurs années, dépense son énergie à défricher les bois environnants. Comme si la mise en ordre de son paysage immédiat un effort dont le résultat ne se mesure qu'à la volonté de celui qui l'entreprend l'aidait à lutter contre le désenchantement d'un professionnel "floué" de son travail par les financiers et le monde de la publicité. "Nous voulions montrer que le design était communication, et ce métier a été happé par la communication." Invité à deux reprises sous les ors élyséens pour y mettre la marque d'une époque, cet intransigeant, dont les créations n'ont pas attendu longtemps avant d'être sélectionnées dans les musées d'art moderne, et notamment le fameux MOMA new-yorkais (dès 1969), a toujours le propos aussi anguleux et réserve la souplesse aux formes où il a longtemps fait asseoir ses contemporains : des coquillages mousseux et accueillants. Au Salon des arts ménagers, au début des années 50, il présentait étagères suspendues, tables pliantes et lits d'appoint, pour un habitat pratique qui joue avec des surfaces encore limitées. Début mai 68, le Quartier latin est debout, et Paris a autre chose à penser que d'aller visiter au Musée des arts décoratifs les "Assises du siège contemporain". Yvonne Brunhammer, ancien conservateur en chef de cette dynamique institution, qui prépare, en collaboration avec Marie-Laure Perrin, un ouvrage (à paraître aux éditions Massin) sur le mobilier français des années 60 à 90, se souvient de cette exposition, rassemblement inédit d'une production internationale, où les Français tenaient bien leur rang et, dans la "botte", Pierre Paulin. Libérant le dessin des sièges, il les traitait comme un volume unique, chauffeuses circulaires, banquette linéaire, modules juxtaposables, spirales formées d'une bande de métal recouverte de mousse et de tissu. La trouvaille qui écartait du circuit l'intervention des tapissiers était ce tricot de jersey, emprunté au vêtement et qui, par la suite, sera choisi dans des textures plus résistantes pour échapper aux griffes des chats, prêts à se lover dans ces encorbellements attirants. Vivre plus près du sol, après Mai 68 et les "flower people" du mouvement hippie, habiter de manière plus conviviale, c'était pour beaucoup de jeunes couples adopter le style Prisu, qui, avec ses catalogues, diffusait largement, à Paris et partout en France, des meubles en plastique moulé ou en bois de pin et lançait des inconnus, l'Anglais Terence Conran, l'Italienne Gae Aulenti et les Français Marc Held, Olivier Mourgue et Marc Berthier. En attendant l'ouverture, à Montparnasse en 73, du premier magasin Habitat sur le continent. Si les créateurs des années 30, comme Charlotte Perriand et ses amis, étaient partis camper aux avant-postes, énonçant des principes que personne n'allait suivre durant encore pas mal de temps, là, dans l'expansion joyeuse de ces années qu'on nomme aujourd'hui les "trente glorieuses", les formes nouvelles étaient au rendez-vous de leur public et, parfois, de l'industrie. Les années Pompidou (1969-1974) ne sont pas seulement celles d'un nouveau Guizot "Enrichissez-vous" mais plutôt celles du "Dépensez, consommez, amusez-vous". La culture et les modes de vie se démocratisent. La classe moyenne est devenue dominante, et un président bourgeois, lettré, amateur de peinture moderne emménage à l'Elysée. Il va décider de mettre une partie de la résidence au goût du jour. "Georges Pompidou a eu la volonté, il a lancé l'idée. Mme Pompidou l'a rattrapée, se souvient Pierre Paulin. La mise en oeuvre a été sous la responsabilité de Jean Coural, qui dirigeait alors le Mobilier national, un homme que j'apprécie beaucoup. Je ne croyais pas qu'il puisse me choisir, je n'avais pas ses idées politiques... Nous avons fait tout ce que nous avons pu pour que ce soit moderne et contemporain." Signifier l'époque ? "J'essayais de me signifier, moi. Je n'ai jamais pensé autre chose que de servir mes clients avec dignité." Couleurs discrètes, beaucoup de beige, teinte retenue par Claude Pompidou, "femme qui m'a toujours soutenu". Et Pierre Paulin ajoute : "En fait, lui était assez hermétique à la modernité. Pour Beaubourg, il s'attendait à de la pierre de taille. Heureusement qu'il y a eu un jury international, sinon il aurait carrément refusé." A l'Elysée, l'habillage des murs permettait de ne pas toucher au décor Napoléon III, entièrement masqué mais resté intact. Des tables rondes, des sièges à pied central, des canapés aux formes enveloppantes, un plafond comme une grotte lumineuse : plusieurs salons furent complètement transformés. Grosse opération médiatique : au pays de la DS Citroën et des bergères Louis XV, le débat était animé. Deux ans plus tard, dès son élection, Valéry Giscard d'Estaing, amateur de dorures, ordonnait le démontage de la plupart de ces aménagements sauf la salle à manger et son plafond de lumière, qui ont été conservés. On retrouvera en 79 les pièces détachées stockées dans les caves du château de Pierrefonds. Il est maintenant question d'en présenter une partie dans les futures salles du XXe siècle du Musée des arts décoratifs, en cours de rénovation. Retour vers le futur : ce qui paraissait moderne est déjà de l'histoire, un moment du goût national, une stance du style Ve République. Et une sorte de punition pour l'auteur vedette. "Cette commande de l'Elysée m'a fait trébucher : les gens de gauche me trouvaient déviationniste, les gens de droite me trouvaient trop cher, je n'ai plus rien fait." Et pourtant si. Européen avant l'heure, Paulin a travaillé dix-huit ans, de 58 à 75, avec un fabricant de sièges hollandais installé à Maastricht, Artifort, et d'autres à l'étranger. Mais aussi, plus tard, il reprendra le chemin du Mobilier national pour y faire exécuter, dans la pure tradition de l'ébénisterie, des pièces de mobilier dont il avait envie : "Je suis devenu un peu antiquaire de moi-même, retrouvant même des formes oubliées comme le bonheur du jour ou la chaise curule." Un parcours qui le remet sur le chemin de l'Elysée, en passant par le Musée des arts décoratifs, où un autre président de la République, François Mitterrand, remarque le bureau qu'il vient d'imaginer : ligne classique pour une structure savante, une sorte de cloisonné où le bois laqué ou gainé de cuir bleu laisse apparaître le dessin souligné d'un rouge rosé d'une structure métallique géométrique et stylisée. Une commande s'ensuit : la table de travail sur laquelle le président, réélu en 88, installera ses dossiers, et qui est aujourd'hui celle d'Elisabeth Guigou, garde des sceaux. Les grilles moulées de Bertoia, les pieds d'acier et les formes tulipe de Saarinen, les coques de polyester moulées et les piétements en fil d'acier de Charles Eames, "le plus grand" : Pierre Paulin reconnaît volontiers ses maîtres, scandinaves, américains. Né en 27, élève de l'école Camondo, il revendique aussi la paternité spirituelle d'un oncle, Georges Paulin, héros de son enfance : "C'est lui sans doute qui m'a donné envie de faire ce métier. Je me souviens, à treize ans, d'une conversation dans le Gers, en 1940. Il m'a montré son travail, il m'ouvrait un paradis. Il avait dessiné des automobiles, pour Peugeot mais surtout pour Bentley, la Streamline, en 38." Dessinateur à la main heureuse, créateur reconnu, Pierre Paulin ne renoncera jamais à se déclarer, avec insistance, "marginal". Il est un homme contre. Contre l'esprit casanier, les entrepreneurs timorés, les fabricants étriqués. Il voit dans l'actualité resurgir un goût régressif pour la décoration, les bibelots inutiles, "alors que les objets du quotidien, qui devraient être beaux, sont considérés comme de simples outils". Ce qui n'est plus tout à fait exact toutes les tendances du goût coexistent mais qui souligne sa méfiance envers le commercial et le médiatique. "Le designer n'est pas le créateur unique d'un produit. C'est un travail collectif, au service du public." Quand Roger Tallon, qu'il considère comme un authentique designer et avec qui il a été associé, "dessinait des trains, il s'habillait en contrôleur". Pour enquêter sur le terrain. Et parce que le designer, justement, représente le point de vue de l'usager. Celui pour qui on crée. "Nous ne sommes pas des artistes, les artistes risquaient leur vie. Mais nous sommes des gens à sensibilité artistique. Des interprètes de la société. De mon temps, on avait son idéal." MICHELE CHAMPENOIS DOC : avec photos 16 AUJOURD'HUI PHILATELIE Un guide pratique du collectionneur JULLIEN PIERRE HISTOIRE de la poste, genèse du timbre, méthodologie de la collection, à-côtés du timbre, sont systématiquement passés en revue par Marie Gilles, dans La Philatélie, guide pratique du collectionneur. On pourra recommander aux débutants ce livre abondamment illustré, édité par Sélection du Reader's Digest. L'auteur ne manque pas de raconter l'apparition du premier timbre à l'effigie de la reine Victoria, en mai 40 en Angleterre, de rapidement détailler ses différents types d'impression, de rappeler que les prix des timbres les plus rares atteignent des sommes rondelettes et de consacrer plusieurs pages à une collection spectaculaire à la mode : les erreurs dans le texte ou l'iconographie auxquelles aucune entreprise postale n'échappe... Des chapitres pratiques où se procurer les timbres, comment s'informer, comment décoller un timbre, comment choisir sa collection complétés par de nombreuses adresses et numéros de téléphone justifient le titre de l'ouvrage. PIERRE JULLIEN La Philatélie, guide pratique du collectionneur, préface de Pierre Jullien, 144 pages, Sélection du Reader's Digest, 212, boulevard Saint-Germain, 75007 Paris. DOC : texte avec la reproduction de la couverture de l'ouvrage. 16 AUJOURD'HUI PHILATELIE EN FILIGRANE Les timbres d'usage courant. Pascal Marziano et Jean-Louis Dutreix viennent de publier une brochure intitulée Les Timbres d'usage courant, abondamment illustrée, ayant pour but de présenter tous les avantages de la collection des timbres d'usage courant. Une réussite à petit prix (36 pages, 50 F port compris, Pascal Marziano, 7, rue des Filles- Notre-Dame, 87000 Limoges). Philexfrance 99. La brochure de présentation de l'exposition Philexfrance 99, qui aura lieu à Paris du 2 au 11 juillet 99, est disponible moyennant une participation de 20 F (chèque ou timbres-poste) auprès de Philexfrance 99, 11, boulevard Brune, 75685 Paris Cedex 14. Souvenirs. Phil'action diffuse une carte postale souvenir à l'occasion du championnat de France d'ULM qui s'est déroulé le 3 août sur l'aérodrome de Tournes-Belval (Phil'action, B. Cuvellier, 5, rue Louis-Hanot, 08000 Charleville-Mézières. Tél. : 03-24-58-34-56). La fête médiévale de Sarre-Union, le 20 juin, avec bureau de poste temporaire, portait sur le thème du mariage de Barbe de Fénétrange et de Nicolas de Sarrewerden, en 1463 (souvenirs philatéliques, carte ou enveloppe, 10 F pièce plus port, auprès de D. Heckel, 14, rue Principale, 67260 Wolfskirchen). 16 AUJOURD'HUI LE CARNET DU VOYAGEUR TUNISIE. Les liaisons maritimes entre Marseille et Tunis seront perturbées jusqu'à la mi- septembre à la suite d'une avarie survenue sur un moteur du Liberté, un ferry de la Société nationale Corse-Méditerranée (SNCM), immobilisé depuis le 28 juillet. La compagnie, qui n'a pas été en mesure de trouver un navire de remplacement, propose aux voyageurs une solution alternative, avec l'acheminement des véhicules par cargo et des passagers par ferry ou par avion, ce qui peut entraîner des modifications d'horaire. AVION. La compagnie AOM (3,3 millions de passagers en 97) entame la modernisation de sa flotte long-courriers. Composée de triréacteurs McDonnel Douglas DC10-30, elle s'enrichira, début 1999, de deux quadriréacteurs Airbus A 340-200 de 278 sièges loués pour 5 ans à Airbus Industrie et qui seront affectés, en priorité, à la desserte des Territoires d'outre-mer. D'Orly sud, AOM dessert 21 destinations en métropole, dans les DOM-TOM et à l'étranger avec, notamment, des lignes vers Zurich et la République dominicaine. FRANCE. La chaîne d'hôtels de charme gérée par la compagnie générale d'hôtellerie et de services compte deux nouvelles unités. Ces nouveaux établissements portent à 40 le nombre d'hôtels qui porte l'enseigne Libertel (35 à Paris et 5 en province). Confiés à la chaîne en mandats de gestion, il s'agit du Libertel Nation (à l'est de Paris) et du Libertel Philippe le Bon, à Dijon qui s'inscrivent dans la catégorie "tradition" (3 étoiles). Centrale de réservations au 01-44-70-24-24. Les merveilles de l'Alte Pinakothek de nouveau accessibles au public Après quatre ans de fermeture pour cause de travaux, le musée munichois a rouvert ses portes le 23 juillet. Sa collection d'oeuvres du Moyen Age au XVIIIe siècle compte parmi les plus belles du monde, mais souffre des carences de l'éclairage et d'un accrochage parfois inapproprié BELLET HARRY ART Fermée depuis quatre ans pour cause de travaux de rénovation des systèmes de climatisation et de sécurité, l'Alte Pinakothek de Munich a rouvert ses portes au public le 23 juillet. Celui-ci peut à nouveau admirer l'une des plus belles collections au monde de tableaux du Moyen Age au XVIIIe siècle. BOSCH, Dürer, Altdorfer, Grünewald... l'amateur de peinture trouvera de nombreux motifs de joie pure à la visite du musée, mais aussi d'insatisfaction. Ainsi de l'éclairage naturel, si appréciable lorsqu'il est bien pensé, mais qui touche ici ses limites lorsqu'il donne à contempler des oeuvres dans la pénombre. Ainsi également de l'accrochage des tableaux dans les galeries réservées à la peinture italienne, juste assez haut pour qu'on ne puisse pas les voir. RECONSTRUITE en 81, la Neue Pinakothek dispose d'une splendide collection d'impressionnistes. MUNICH de notre envoyé spécial Depuis quatre ans, lors de leur passage à Munich, les amateurs d'art étaient frustrés : l'Alte Pinakothek (ancienne pinacothèque), qui abrite une collection de tableaux, du Moyen Age au XVIIIe siècle, parmi les plus belles du monde, était fermée pour travaux. A nouveau ouverte depuis le 23 juillet, elle a subi une rénovation générale destinée à climatiser les locaux et à moderniser le système de sécurité, pour un montant de 75 millions de deutschemarks (250 millions de francs environ). D'abord, il faut trouver l'entrée. Pas le porche principal, creusé au milieu d'une façade néoclassique de bon aloi, mais l'entrée qui mène aux tableaux mythiques de la Pinacothèque, les Dürer, les Grünewald, bref, la quintessence de la peinture allemande. La caisse, pas de problèmes, il est impossible d'y échapper. Le plan, posé dans un hall clair et calme, suggère deux directions : à droite, la boutique et la galerie d'études; à gauche, le restaurant et la peinture médiévale germanique, "Altdeutsche Malerei". Allons à droite : la boutique est ouverte, pas le reste. Soit ! Le musée n'est inauguré que depuis une semaine, rien d'anormal. Et à gauche ? Le restaurant fonctionne à plein régime. Les cuisines odorantes sont le meilleur signal : les Brueghel sont là, à deux pas. Ils baignent dans un parfum de saucisses qui, somme toute, ne leur sied pas si mal. Deux ou trois salles pour se remettre, puis plus rien. Si, de l'air frais. La climatisation si coûteuse et tant vantée fonctionne. Mais de tableaux, point : une enfilade de salles vides. L'accrochage n'est pas terminé, ou plutôt pas commencé. Il ne faut pas hésiter à les traverser : l'aile latérale du bâtiment abrite quelques trésors. Rien ne l'indique, mais ils y sont, les retables de Hans Holbein l'aîné... A voir dans le noir, à tâtons. Pas de lumière le jour de notre passage. L'éclairage naturel, si appréciable lorsqu'il est bien pensé, touche ici ses limites, ou plutôt celles des conservateurs : l'exposition Poussin, au Grand Palais à Paris, avait témoigné de cette aberration. Les tableaux, placés dans une lumière supposée reconstituer les conditions d'éclairage de l'époque, en devenaient invisibles. A Munich, un jour de plein soleil, ceux situés au rez-de-chaussée le sont tout autant. LE TABLEAU S'ANIME Comme dans toutes les bonnes maisons, la clarté est près des combles. Il faut donc grimper un très long et très bel escalier à double volée pour arriver à l'étage. Là, le bonheur est presque parfait. A condition d'avoir eu la bonne idée de gravir les marches du côté gauche. De l'autre, la visite commencerait par Fragonard, pour se terminer chez Bosch. Sourire satisfait du visiteur qui a pris, par hasard, le parcours dans le bon sens et croise, lors de sa redescente, des grimpeurs égarés et un brin essoufflés. De quoi lui faire oublier que le Jérôme Bosch aussi était dans l'ombre. Et le Memling. Or les tableaux sont si beaux qu'on finit par s'accoutumer : Saint Luc peignant la Vierge, de Rogier Van Der Weyden, vaut bien quelques clignements de paupières; la Danaé que Jan Gossaert imaginait en Lolita ouvre l'oeil du voyeur tout naturellement. De toutes manières, il s'écarquillera devant les Apôtres de Dürer, son célébrissime autoportrait, le moins connu mais très sanglant et très sensuel Suicide de Lucrèce ou l'extraordinaire Bataille d'Alexandre, d'Altdorfer. La lumière est meilleure : nous sommes dans les salles centrales, qui bénéficient d'un éclairage zénithal. Toujours devant l'Altdorfer : un nuage passe au-dessus de la verrière. Le tableau s'assombrit, et commence à s'animer. Les lances des soldats, posées du bout du pinceau avec un léger relief, commencent à vibrer, à l'unisson du combat. Le soleil revient : la scène s'aplatit de nouveau. L'amateur de peinture trouvera ainsi de nombreux motifs de joie pure, mais aussi d'insatisfaction, comme dans les galeries réservées à la peinture italienne, où des Tintoret sont accrochés juste assez haut pour qu'on ne puisse pas les voir. Ce qui est compréhensible à Venise, à la Scuola San Rocco par exemple, où l'artiste a peint ses tableaux en fonction de la distance à laquelle ils doivent être vus, entraînant néanmoins un sautillement caractéristique chez les visiteurs les plus enthousiastes, ne se justifie guère dans un musée moderne. Sur la lagune, on trépigne de bonheur. A Munich, on trépigne aussi, malgré tout. Car les tableaux valent mieux que ce que les conservateurs leur font subir : avec ses Dürer sévères, ses Rubens flamboyants, les Rembrandt, sans oublier une des plus jolies paires de fesses de l'histoire de l'art, celles que Miss O'Murphy prêta à Boucher puis au roi Louis XV le Bien-Aimé, la collection de l'Alte Pinakothek est une des plus belles du monde. UNE SOMME DE PASSIONS C'est qu'elle est la somme de la passion de plusieurs générations. L'Alte Pinakothek a été fondée en 25 par Louis Ie, roi de Bavière. Ouverte au public en 36, elle était considérée en Europe comme un modèle muséal. Louis Ie y plaça quelques chefs-d'oeuvre hérités de ses ancêtres, comme La Bataille d'Alexandre, d'Altdorfer, commandée par le duc Guillaume IV trois siècles plus tôt, pour orner sa résidence de Munich; les Dürer, acquis à la douzaine par Maximilien Ie au début du XVIIe siècle; les Rubens, achetés en 1698 par Maximilien II Emmanuel auprès du marchand d'Anvers Gisbert Van Colen. Cette dernière transaction portait sur plus de cent tableaux, dont douze Rubens. La France fit également beaucoup pour les collections munichoises, quoique très indirectement : en 03, à la suite de la Révolution française, les biens du clergé bavarois furent sécularisés, soit en tout près de 1 500 oeuvres. Louis Ie, le roi fondateur, y adjoignit l'alors célébrissime collection des frères Melchior et Sulpiz Boisserée, de Cologne, qu'il avait achetée en 27 pour une somme fabuleuse. Les tableaux l'étaient aussi : 216 oeuvres de primitifs flamands et allemands, dont le retable des Trois Rois de Van Der Weyden. Le roi prit goût à ces achats massifs et, en 1828, s'offrit pour trois fois moins cher les 219 oeuvres du prince d'Oettingen-Wallerstein, parmi lesquelles L'Autoportrait au manteau de fourrure, de Dürer, une des perles de la Pinacothèque. HARRY BELLET ALTE PINAKOTHEK, Barer Strasse 27, D-80799 Munich. Tél. : 00-(49)-89-23-80-52-16. Ouvert du mardi au dimanche, de 10 heures à heures. MU2, station Königsplatz. Entrée 7 DM (25 francs environ). La Neue Pinakothek, réservée à l'art de la seconde moitié du XVIIIe siècle et au XIXe siècle, est située juste en face. DOC : texte accompagné d'une photo Les merveilles de l'Alte Pinakothek de nouveau accessibles au public Une "petite soeur" pleine de charme BELLET HARRY MUNICH de notre envoyé spécial Honneur aux révolutionnaires : Jacques-Louis David, membre du Comité de salut public, régicide et père du néo- classicisme français, accueille les visiteurs de la Neue Pinakothek (Nouvelle Pinacothèque) avec un fort beau portrait d'une grassouillette ci-devant, la Marquise de Sorcy de Thélusson, peinte en 90. A côté d'elle, une autre jeune femme, belle à défroquer un archevêque ce que fit Don Luis de Bourbon pour l'épouser, Dona Maria Teresa de Vallabriga, dont Goya avait fait le portrait sept ans plus tôt. Deux oeuvres fortes, propriété d'une banque, la Bayerische Hypotheken und Wechselbank, qui les a acquises dans les années 60 spécialement pour les prêter au musée. Une initiative citoyenne s'il en est, et qu'il serait plaisant de voir se développer de ce côté-ci du Rhin. Elles sont parfaitement visibles, dans une lumière égale : comme celui de sa grande soeur, l'éclairage de la Neue Pinakothek est essentiellement zénithal. Mais ici, le principe fonctionne mieux qu'en face. Les salles se succèdent par deux, une grande jouxtée d'une plus petite, qui permettent un accrochage sobre et cohérent. Comme l'autre, ce musée est une création de Louis 1er de Bavière, qui régna de 25 à 48. Il avait bâti un écrin pour ses collections d'art ancien : en prince avisé, il en créa un second pour ce qui était alors l'art moderne. Grosso modo, de Goya à Ensor, pour ce qui concerne les collections actuelles. Ce fut un des premiers musées publics d'art contemporain en Europe. La Neue Pinakothek fut érigée entre 46 et 53. Elle privilégiait alors les peintres allemands, et particulièrement ceux qui avaient fait leurs études à Rome, baptisés les "Nazaréens". En témoigne, parmi d'autres, le monstrueux Italia und Germania (1828) de Johann-Friedrich Overbeck, dans lequel une pulpeuse teutonne console et réconforte une chaste Romaine. TARTINES INSENSÉES Le bâtiment originel, construit sur le modèle d'une basilique, fut détruit durant la seconde guerre mondiale. Une nouvelle Nouvelle Pinacothèque a été inaugurée en 81. Le parcours, un peu labyrinthique, est agréable et ménage quelques surprises. La première ne plairait pas au regretté Louis 1er, pour qui "l'art suprême de la peinture, qui s'était éteint, renaquit au XIXe siècle grâce aux Allemands". Après les premières salles qui brossent un panorama de l'art international autour de 1800, illustré par le Goya et le David précités, mais aussi par Füssli, Constable ou Turner, il faut être particulièrement plouc ou pervers pour trouver des grâces à la peinture d'un Franz Ludwig Catel, auteur d'un tableau remarquablement lèche-bottes représentant le roi, alors prince héritier, bambochant dans une taverne romaine avec les artistes de la colonie allemande. L'art de cour, sous Louis 1er, est imbuvable. Surtout lorsque lui succèdent, dans l'accrochage, deux Géricault, les Delacroix, les Courbet, les Corot, les Daumier... Soit dit sans chauvinisme aucun. Car les Allemands savent redevenir digestes, parfois, comme Carl Spitzweg et son très célèbre Pauvre poète, de 39, où l'écrivain, au chaud sous son édredon et abrité des fuites de sa soupente par un très vieux parapluie, cherche la rime et l'inspiration la plume entre les dents. Mais chassez le naturel... Il faut, une fois dans sa vie, avoir vu les tartines insensées de Karl Theodor von Piloty, comme Thusnelda dans le cortège triomphal de Germanicus, pour comprendre ce que tudesque veut dire. A sa décharge et à celle de ses compatriotes, il faut avouer que l'art officiel du Second Empire français n'a rien à envier à celui-ci, quoique veuillent en faire accroire les responsables du Musée d'Orsay. L'art officiel. Car il y en a un autre : celui que produit l'étrange Hans von Marées, celui du Suisse Böcklin, ou d'Anselm Feuerbach. Mais rien qui puisse soutenir la comparaison avec un chef-d'oeuvre, le Déjeuner dans l'atelier, peint en 68 par Edouard Manet. Ni avec les Degas, les Cézanne, les Van Gogh, les Gauguin... Une collection d'impressionnistes à couper le souffle. Nombre de ces tableaux viennent de la "donation Tschudi". D'origine suisse, Hugo von Tschudi fut, à la fin du XIXe siècle, directeur de la Galerie nationale de Berlin. Contre l'avis de l'empereur Guillaume II, il acheta de la peinture française. La meilleure, celle dont les Français ne voulaient alors pas plus que le Kaiser, les impressionnistes. Fâché avec Guillaume II, Tschudi alla exercer ses talents à Munich, en 09. Il y emmena les tableaux de sa propre collection, et, deux ans après son arrivée, mourut en laissant les toiles aux Munichois, reconnaissants et ravis du bon coup fait aux Berlinois. Si heureux même que bon nombre des mécènes de la ville firent à cette époque leurs propres dons à la mémoire de ce conservateur génial. Il en existe. HARRY BELLET Les merveilles de l'Alte Pinakothek de nouveau accessibles au public Une troisième Pinacothèque La Neue Pinakothek déborde. Les Munichois projettent donc l'érection d'un troisième musée, la Pinakothek der Moderne. Installée Roncali Platz, séparée de ses grandes soeurs par la largeur d'une rue, elle devrait, espère-t- on, ouvrir dans 5 à 6 ans. Le bâtiment conçu par l'architecte munichois Stephan Braunfels s'annonce comme un immeuble de verre et d'acier assez banal, très inspiré du Musée d'art de Bonn, construit par Axel Schultes en 92. Il s'étendra sur une surface de 22 000 m² répartis sur trois niveaux, chacun réservé à une activité : stockage des réserves, galeries d'exposition, bureaux. Il s'agit de réunir en un même lieu les collections publiques bavaroises dispersées à la Staatsgalerie moderner Kunst, au Graphische Sammlung, au Neue Sammlung, à l'école d'architecture de Munich et dans d'autres dépôts, qui abritent un total de 28 000 oeuvres. Le budget prévu est de 200 millions de deutschemarks (670 millions de francs). Saturne, Dionysos et Apollon célèbrent Beethoven ROUX MARIE AUDE LA ROQUE-D'ANTHÉRON de notre envoyée spéciale Pas moins de douze radios européennes ont retransmis en direct les trois récitals de ces "nouveaux interprètes" pour une nouvelle nuit du piano consacrée à Beethoven, qui ont fait et remporté le pari de se succéder sans pour autant se faire ombrage. A Emmanuel Strosser d'ouvrir le jeu avec les Sonates no 6 et 7 de l'opus 10, deux oeuvres de jeunesse encore tout imprégnées du sceau viennois de l'illustre prédécesseur Haydn. Sans conteste, une musique qui convient à sa délicatesse de toucher, la fluidité de son jeu. Strosser est un artiste qui affectionne la demi-teinte, parfaitement à l'aise dans le travail sur les désinences, la mi- ombre, le clair-obscur, notamment dans le second mouvement de la Sonate no 7 aux accents parfois curieusement pré-schubertiens. Son refus presque douloureux de l'extraversion confère d'emblée à la Sonate opus 110 un ton d'une grande et haute nostalgie. L'articulation est claire, le cantabile souple et chaud avec une belle conduite des ruptures et hiatus (second arioso dolente du dernier mouvement), même si une respiration, qui parfois retient trop son souffle, nous laisse un peu à l'extérieur de l'émotion. Mais Strosser sait être aussi d'une souveraine gravité. Au piano saturnien d'Emmanuel Strosser s'oppose la démesure de François- Frédéric Guy. Sa Sonate opus 109 vous saute au visage sans sommation. C'est un élan irrésistible, d'un seul tenant, une musique puissante et ciselée à la fois, toute pétrie de contrastes cependant. On voudrait parfois retenir davantage le temps trop ténu du lyrisme et de l'intériorité dans l'andante du dernier mouvement, mais la fugue pulse déjà avec un magnifique staccato que l'on pourrait dire "haut talon" de l'archet. Toute la force et l'étrangeté viscérales (et la modernité) de cette musique semblent se distordre ici jusqu'à la monstruosité. VERTIGES FUGUÉS "Voilà une sonate qui donnera de la besogne aux pianistes, lorsqu'on la jouera dans cinquante ans", confiait Beethoven à son éditeur. Assurément ! Avec la Hammerklavier, on assiste cependant à une progressive dépossession de l'interprète (non pas désincarnation) au profit de la musique, ce qui est à la fois beau à voir et à entendre. Son sens inné de l'unité et des contrastes nous entraîne dans le mystère de la grande nuit beethovénienne (entre vertiges fugués et une musique comme rendue au silence) tandis que, dans le Parc de Florans, le souffle des grands arbres semble par moments lui répondre. Après le pianiste dionysiaque, Braley l'apollinien. Naturel, charme, sens poétique, élégance. Un phrasé très pur, un lyrisme soutenu mais jamais appuyé on pourrait presque, si le piano ne lui était par essence antinomique, parler d'un art de la messa di voce, une puissance tout en souplesse et profondeur, tout cela fait de cette Sonate dite "pathétique", trop souvent jouée avec complaisance, un miracle d'équilibre qui est la marque des interprètes de grande classe. Braley pratique un piano racé jusque dans les 32 Variations sur un thème original en ut mineur avec une parfaite égalité des deux mains et cette articulation "legato-staccato" dont il a le secret. Il prendra ensuite congé, en homme du monde, avec la Sonate "les Adieux", où, là encore, on pourra admirer une remarquable économie de moyens. Ce sera enfin à une Romance de Rachmaninov pour "six mains sur un clavier" donnée en bis qu'il appartiendra de réunir trois artistes qui ont si bien servi celui dont l'esprit, n'en doutons pas, chantait ce soir au-dessus des eaux. MARIE-AUDE ROUX NUIT DU PIANO : Beethoven. Récital Emmanuel Strosser. Parc de Florans, le 5 août, 20 heures. Récital François-Frédéric Guy, 21 h 30. Récital Frank Braley, 23 heures. Prochain concert : Juan Manuel Quintana, Céline Frisch, France Clidat, le 6 août. SORTIR PARIS - MARTEL - CONFOLENS PARIS Delphine Bardin (piano) Cette jeune pianiste a remporté l'unique prix décerné tous les deux ans par le concours organisé en l'hommage de la grande pianiste roumaine Clara Haskil, sur les bords du lac Léman. Il faut donc prêter une oreille attentive à cette artiste. Beethoven : Sonate pour piano op. 14 no 2. Schumann : Scènes d'enfants, Arabesque. Chopin : Nocturnes. Debussy : Préludes. Orangerie, parc de Sceaux, 92 Sceaux. RER Bourg-la-Reine. Le 8 août, à h 30. Tél. : 01-46-60-07-79. De 100 F à 140 F. MARTEL (Lot) Marteaux de rock C'est un festival qui dure une soirée, très rock et autoproclamé "dernier bastion du pop rock", très convivial et à petit prix. Une grande prairie, une scène, suffisamment de ravitaillement pour avancer dans la nuit, une association pour gérer le tout de manière très professionnelle, et l'occasion d'entendre des formations locales et quelques vedettes accessibles dans de bonnes conditions. Pour mémoire, Laura et les Tigres, Spook and the Gay ou Sinsemilla ont participé aux festivals précédents. Cette année, pour sa neuvième édition, cinq groupes seront présents : Killers Clown, trio plutôt hard; 13-40, formation proche du rock texan; Vie privée, qui écume depuis des années la scène blues; John Doe, un power trio un poil funky; Jimmy Oihid, grande voix du chaâbli et grande voix rock. Marteaux du rock, avenue Capitani, 46 Martel. Le 8 août, à partir de 20 h 30. Tél. : 05-65-32-00-90. 70 F, gratuit pour les moins de 14 ans. CONFOLENS (Charente) Festival de folklore de Confolens Le Festival de folklore de Confolens rend hommage à l'abolition de l'esclavage en invitant Manu Dibango et son Soul Makossa, et des chanteurs de gospel camerounais et réunionnais. Une création musicale, Celtitudes, avec Alain Pennec et ses quatorze musiciens bretons, et, comme attendu, des ballets folkloriques (de Buenos Aires, d'Antioquia en Colombie, de Minturno en Italie), des ensembles (Arafat d'Erevan, Al Andalus de Cadiz), et la fanfare du Rajasthan. Du 8 au 16 août. Tél. : 05-45-84-00-77. Réservations : 05-45-84-12-12. Montpellier, capitale autoproclamée de la techno BENGUIGUI RICHARD NÎMES de notre correspondant A Montpellier, la musique électronique est sans doute mieux perçue aujourd'hui grâce à l'organisation sans faille du festival Boréalis, qui, pour sa cinquième édition, attend 25 000 personnes samedi 8 août à l'Espace Gramont. L'été dernier, les élus montpelliérains avaient dû débattre durant plusieurs heures avant d'autoriser la tenue de ce festival d'une nuit, dont la ville de Nîmes ne voulait plus. "Il y avait les images de ces raves sauvages que poursuivaient les gendarmes. Les élus avaient peur de la drogue. Pour eux, cette musique ne pouvait être supportée que dans un état second", se souvient François Boué, secrétaire général adjoint de la ville. "Mais, pour le maire, poursuit-il, la techno était aussi choquante que le jazz ou le rock en leur temps. C'était pour lui une évolution qu'il fallait accompagner dans une ville universitaire comme Montpellier." Le débat en bureau municipal fut finalement suivi d'un vote avalisant de justesse la position du maire socialiste, Georges Frêche. Les services de la préfecture de l'Hérault s'étaient montrés extrêmement réservés. Pour arriver à un accord, il avait fallu plusieurs réunions. Pour cette édition 98, la ville a donné son feu vert sans difficulté, et une seule réunion, qualifiée de technique par l'ensemble des participants, a été nécessaire en préfecture. Les pompiers, la police nationale et la police municipale se sont réparti les rôles, comme ils l'auraient fait pour un concert de U2 ou des Rolling Stones. "RAVE OFFICIELLE" "L'expérience de l'an dernier a été très positive. On a accueilli 20 000 personnes et il n'y a pas eu un seul incident. Les autorités se sont rendu compte que notre organisation en matière de sécurité était sérieuse et efficace et que le festival pouvait maintenant avoir une envergure nationale", estime Clément Vachés, le président de la Tribu des pingouins, l'association montpelliéraine organisatrice de cette "rave officielle", qui dispose d'un budget de 3 millions de francs. Georges Frêche, lui, a été tellement emballé par l'édition 97 qu'il décrétait, voici peu, Montpellier capitale française de la techno et accordait une subvention de 0 000 F pour l'organisation, cette année, d'un festival Boréalis In, en centre-ville. "On s'est aperçu que les gens venaient de très loin, de Belgique, d'Allemagne, de Suisse, et qu'ils arrivaient trois jours avant. Pour eux, mais aussi pour les Montpelliérains, on a eu envie d'investir la ville dès le jeudi et de montrer que la musique électronique pouvait faire naître des choses nouvelles chez les artistes", explique Clément Vachés en citant un spectacle de danse, samedi soir, sur la place de la Comédie, nombre de concerts, de before et d'after, et d'expositions. A Montpellier, même les panneaux publicitaires de la ville seront aux couleurs de Boréalis cette semaine, "histoire de confronter le travail de jeunes graphistes au regard de passants qui n'ont strictement jamais eu aucun rapport avec la techno". RICHARD BENGUIGUI La grande parade des clowns et des mimes réveille Périgueux Parmi les invités du festival Mimos, les compagnies d'Europe centrale et de l'Est sont à l'honneur BEDARIDA CATHERINE Depuis quinze ans, le festival international Mimos, à Périgueux, permet de découvrir des troupes représentant la diversité de styles des théâtres sans paroles. On remarque cette année les Lillois du Prato, ou encore le Sicilien Carmelo. Les compagnies d'Europe centrale sont une nouvelle fois à l'honneur, avec notamment les Tchèques du Théâtre Alfred et les Russes de la compagnie Derevo. PÉRIGUEUX de notre envoyée spéciale Merci à Marcel Marceau : en créant Bip, ce personnage si typé, si célèbre dans le monde entier, il a poussé les jeunes mimes à inventer d'autres styles. Pour se démarquer de Bip son maquillage blanc, ses sourcils en circonflexe, sa rose et sa marinière, les nouvelles générations explorent un univers sensible qui semble infini, entre danse et burlesque, comique de rue et théâtre de l'absurde, économie du geste et furia musicale. Depuis quinze ans, le festival Mimos découvre, du nord au sud de l'Europe, les compagnies qui témoignent de la diversité de ce théâtre sans paroles. Cette année, on croise dans les rues de Périgueux des tableaux brefs comme celui de Carmelo, tendre magicien sicilien qui, sur une musique de Nino Rotta, promène en laisse un chien irréel, si suggestif qu'il fait peur aux enfants et provoque les aboiements des vrais chiens. La compagnie lilloise du Prato forme une troupe atypique qui joue des pièces de Beckett dans des scènes nationales, dirige un festival intitulé Au rayon burlesque ou crée pour la rue. Actuellement, ces clowns acteurs inventent un nouveau spectacle dont ils donnent une esquisse sur les places de Périgueux. Le titre, Mélancolie burlesque, restitue cette beauté modeste, cette science des grands clowns qui font rire et pleurer. L'un des points forts du festival Mimos reste la venue de compagnies d'Europe centrale, grâce aux origines tchécoslovaques de son directeur artistique, Peter Bu. Selon lui, la richesse ancienne du mime dans ces régions est due à la présence multiséculaire des langues des diverses dominations, hongroise, allemande, slave ou turque, qui a favorisé l'essor des théâtres sans paroles. Sous les régimes communistes, les autorités ont interdit le mime, le jugeant incontrôlable. Paradoxalement, cette censure a consolidé l'intérêt des artistes pour ce genre réprouvé. A présent, il existe deux théâtres permanents de mime à Bratislava et un à Prague. Ce dernier a été ouvert en 97 par Ctibor Turba, mime et metteur en scène dont la compagnie avait été interdite en 68. L'artiste a enseigné en France, au Centre national des arts du cirque de Châlons-sur- Marne. Depuis la révolution de velours, Turba dirige le département de "théâtre non verbal" à l'Académie de théâtre de Prague. Il a aussi construit, en 92, un "studio de théâtre physique", dans la chapelle d'un village tchèque, pour développer le mime et la comédie absurde. RIRE ET POÉSIE Sa compagnie actuelle, le Théâtre Alfred (en hommage à Jarry, le père d'Ubu), présente deux spectacles à Périgueux et propose un stage dérivé de l'un d'eux, L'Homme suspendu. Pour cette création, quatre très jeunes acteurs, trois garçons et une fille, évoluent presque nus, suspendus par les pieds, la tête en bas dans une danse sombre et attirante. Avec cette position, les corps proposent des histoires de solitude ou d'amour qui semblent nouvelles, inconnues, moins banales que celles qui ont les pieds sur terre. Plus incertaine, la deuxième création du Théâtre Alfred, Les Assiettes, est un furieux numéro exécuté par deux clowns qui, en une heure, cassent une bonne centaine d'assiettes dans le plus grand bonheur. On rit beaucoup, au début, mais la monotonie l'emporte sur la belle virulence des premiers moments. Les Russes de la compagnie Derevo offrent l'un des moments les plus poétiques du festival. Créé en 1989, l'année de la chute du mur de Berlin, leur spectacle Zone rouge peut se lire comme une allégorie féroce de l'histoire politique de leur pays. Dans la première partie, cinq clowns enchaînent des numéros de cirque plus déglingués les uns que les autres. Rien ne marche, mais aucun ne veut quitter la scène. La lumière s'éteint et, après cette rupture, la deuxième partie montre des corps presque nus, à la façon des danseurs de buto, tourbillonnant dans une gestation douloureuse. Sous des éclairages raffinés, avec une somptueuse économie de gestes, les acteurs se débattent entre violence archaïque et recherche de nouvelles sensibilités. Une telle place accordée par Mimos aux créations internationales a permis aux Périgourdins d'être parmi les premiers en France à découvrir des compagnies comme les Catalans de Semola ou l'Allemande Ilka Schönbein. Cette femme mime, qui promène sa roulotte et ses spectacles sur les routes d'Europe, s'arrête à nouveau à Périgueux samedi, pour deux représentations de sa récente création Le Roi grenouille. CATHERINE BEDARIDA MIMOS, festival international de mime actuel, jusqu'au 9 août. Nouveau Théâtre, 1, avenue d'Aquitaine, Périgueux. Tél. : 05-53-53-18-71. En salle, 100 F (70 F). Gratuit dans les rues. Le cinéma égyptien chez Résistance Septième Art CRÉÉE EN FÉVRIER 1998, l'association Résistance Septième Art regroupe des spectateurs et des professionnels afin de mobiliser le public autour du cinéma d'auteur. Basée au cinéma Saint-Michel à Paris, elle mène de front plusieurs actions, comme la projection de courts métrages ("Arène du court", les deuxième et dernier jeudi de chaque mois de h 30 à 2 h), la présentation de films inédits ou encore la découverte de cinématographies étrangères. Dans ce cadre, l'association organise un festival intitulé Cinéma d'Egypte d'hier et d'aujourd'hui. Films d'art ou mélos flamboyants, le programme réunit seize titres dont des classiques tels Gare centrale (1958), L'Emigré (1994) de Youssef Chahine ou La Momie de Chadi Abdel Salam (1969), des curiosités comme Terrorisme et Kebab de Cherif Arafa (1992) ou L'Epouse d'un homme important de Mohammed Khan (1988), et aussi la rencontre à l'écran de deux stars, Dalida et Samia Gamal (Un verre et une cigarette, 55), ou Le Monstre de Salah Abou Seif d'après un scénario de Naguib Mahfouz. Du août au 1er septembre au cinéma Espace Saint-Michel, 7, place Saint-Michel, Paris 5e. Tél : 01-44-07-20-49. RADIO - TELEVISION NOTRE CHOIX 22.20 Arte Quatorze Jours en mai HUMBLOT CATHERINE Réalisateur à la BBC, Paul Haman avait été impressionné par le renversement d'opinion qui s'était opéré en Grande-Bretagne suite à un attentat de l'IRA : un sondage montrait qu'une majorité était favorable au rétablissement de la peine de mort. Il décide de faire un film sur les moments qui précèdent une exécution. Ce sera celle d'Edward Johnson, jeune Noir américain exécuté à la chambre à gaz le 20 mai 87, au Mississippi. On peut reprocher au document d'être bâti sur le spectacle de la mort, vécue comme un suspense. Les images sont belles, découpées au rasoir. L'attente, la peur, les visites de la famille, de l'avocat, du prêtre, les préparatifs, et Johnson, si calme jusqu'au bout, répétant son innocence. Un document terrible sur le non-fonctionnement des institutions judiciaires pour cause de racisme. CATHERINE HUMBLOT RADIO - TELEVISION NOTRE CHOIX 23.40 Arte Music Planet SICLIER SYLVAIN Dès le début de la "Jazz Collection", son responsable, Gérald Arnaud, annonçait que la série n'évoquerait pas seulement les musiciens disparus. Réalisé par Michel Barbeau sur une idée de Serge Truffaut, le numéro consacré à Paul Bley est le portrait d'un musicien bien vivant, moins connu du grand public que Bill Evans ou Keith Jarrett, mais tout aussi, voire plus, influent. La place exceptionnelle occupée par le pianiste et compositeur canadien, né le 10 novembre 32, est au centre de ce remarquable document, qui déroule tranquillement images d'archives, témoignages (dont celui du batteur Barry Altschul) et, surtout, des thèmes superbes, impressionnistes, joués en solo ou avec la saxophoniste Jane Bunnett. Paul Bley, l'une des personnalités les plus discrètes du jazz moderne, s'y montre aussi un habile conteur, doté de pas mal d'humour. SYLVAIN SICLIER RADIO - TELEVISION NOTRE CHOIX 22.00 Histoire La Fin du marquisat d'Aurel SCHLERET JEAN JACQUES Ce feuilleton historique en quatre épisodes librement inspiré du roman d'Henri de La Madeleine, écrit par l'acteur Armand Meffre et réalisé par un vétéran de la télévision française, Guy Lessertisseur, traite des profonds bouleversements de la société au moment de la Révolution de 89 et du transfert du pouvoir de l'aristocratie à la bourgeoisie. Il jette un regard critique sur cette mutation qui, en définitive, n'améliorera guère la condition du peuple. A côté de Pierre Vaneck, superbe marquis d'Aurel, la distribution réunit le talentueux Roger Souza alors à ses débuts, Armand Meffre, Roger Crouzet, Jacques Serres, Maxime Lombard... JEAN JACQUES SCHLERET RADIO - TELEVISION NOTRE CHOIX 13.05 Canal + Un jour au garage HUMBLOT CATHERINE "Ben oui, je m'appelle Hassane, je vais aller travailler." Au volant de sa voiture, Hassane Lassiri nous introduit dans son univers. Trois quarts d'heure de route pour arriver au boulot et un regard très personnel sur les gens et les choses. L'idée la bonne idée de ce documentaire réalisé par Michel Andrieu est de faire découvrir le quotidien d'un grand garage parisien à travers le regard d'un de ses employés, un mécanicien marocain de quarante-neuf ans qui adore les voitures "toutes les marques" et se définit comme "mécano très modèle" "toujours à l'heure, parti après l'heure". Il a gravi des échelons, n'a pas voulu devenir chef et jette sur les cadres des commentaires sans révolte, mi-tendres, mi-lucides. Il y a Marc, "un peu star, très gentil", qui réceptionne les commandes et gère les rapports entre la clientèle et l'atelier; Gérard, "un vieux renard", qui vend des véhicules d'occasion "un client qui rentre sort pas sans commander une voiture"; Alexandre, cambodgien d'origine, qui rêve d'aller aux Etats-Unis "le meilleur des vendeurs, il fait pas de bruit". Hassane tient la chronique de l'atelier, avec ses personnages, leurs habitudes, les petits conflits, en même temps qu'il livre ses rêves, dont celui de retourner au pays. Il se dégage un charme léger de ce récit à la première personne qui raconte aussi la France, en décalé. CATHERINE HUMBLOT 0 "National Hebdo" réclame des rafles contre les immigrés clandestins L'HEBDOMADAIRE d'extrême droite National Hebdo, proche du Front national, préconise, dans son édition datée 6-12 août, "des rafles et des camps de concentration" pour régler le problème des immigrés clandestins. Réclamant l' "expulsion immédiate des clandestins", le directeur de la rédaction, Martin Peltier, estime, dans son éditorial, que cette expulsion n'est "qu'une question d'organisation". "Et s'il faut des rafles et des camps de concentration pour le transit, ce n'est pas un problème", écrit-il. Dans une note, il souligne qu'il a choisi à dessein les termes de "rafles" et "camps de concentration", car "il s'agit de rappeler que l'exploitation éhontée de la Shoah sert entre autres aujourd'hui à rendre impensables certains moyens indispensables d'une juste cause : la lutte contre l'invasion-immigration". "Cette prose répugnante, estime Jean- François Gau, membre du secrétariat national du PCF, porte un nom : non seulement banalisation, mais réhabilitation du nazisme." Le dirigeant communiste indique que des contacts vont être pris en vue d'une riposte "indispensable". 0 Le premier ministre japonais promet une relance économique Le discours d'investiture de Keizo Obuchi n'a pas rassuré les marchés PEDROLETTI BRICE TOKYO correspondance Le premier ministre japonais, Keizo Obuchi, a promis, vendredi 7 août, dans son discours d'investiture devant la Chambre basse de la Diète, de relancer l'économie nipponne et de résoudre "de manière drastique" le problème des mauvaises créances détenues par les banques. "La plus importante contribution que le Japon puisse faire à l'Asie et au monde est de revigorer son économie et d'avoir un système financier en bon état de marche." Plus énergique qu'il n'en donne habituellement l'image, il a tenté de tenir la promesse, faite après son élection, de "se débarrasser de son ancienne personnalité". Les enjeux ne sont pas minces. A un moment où la situation économique en Asie semble prête à basculer de nouveau et où Wall Street donne des signes de grippe asiatique, le discours de politique générale du premier ministre nippon, entré en fonctions il y a à peine une semaine, était très attendu. Ayant commencé son mandat avec très peu de crédit, sa cote de popularité étant une des plus basses jamais enregistrées dans la politique nipponne, sa marge de manoeuvre est restreinte. Il a exprimé sa "détermination" à remettre l'économie japonaise sur le chemin de la reprise "d'ici un an ou deux". Cet engagement maintes fois répété et la série de mesures annoncées vont-ils cette fois convaincre ? Le yen et le marché semblaient, vendredi 7 août à Tokyo, parier sur le contraire. Keizo Obuchi a renouvelé sa promesse de mettre en place au plus tôt le système des banques-relais, destinées à absorber les banques sur le point de faire faillite. "J'empêcherai absolument que l'ensemble du système [financier] entre en crise", a-t-il déclaré. Il a répété qu'il pourrait considérer l'emploi de fonds publics à cette fin et a prié les banques de faire preuve de davantage de transparence. RÉDUCTIONS FISCALES Le premier ministre nippon a ensuite détaillé le plan de 6 000 milliards de yens (250 milliards de francs) de réductions fiscales déjà défloré avant- hier par le ministre des finances, Kiichi Miyazawa. Les contribuables auront droit à 4 000 milliards de yens (165 milliards de francs) de réduction d'impôt à partir de janvier 1999. Ces réductions devraient se traduire par un allègement de 10 à % pour les contribuables. En fait, elles reprennent en partie les mesures prises par Ryutaro Hashimoto avant sa chute. Le taux maximal d'imposition sera abaissé de 65 à 50 %. Le taux d'imposition des bénéfices des entreprises passera de 46,36 % à 40 % à partir de la prochaine année fiscale, une mesure que les Etats-Unis souhaitaient voir prise depuis longtemps. Le gouvernement Obuchi compte faire passer en janvier 99 les lois concernant les réductions fiscales. M. Obuchi a promis de mettre en place un plan de relance de 10 000 milliards de yens (410 milliards de francs) d'ici à la fin de l'année fiscale, c'est-à- dire avril 99. Ce nouveau plan, qui fait suite aux 16 000 milliards de yens (658 milliards de francs) annoncés par M. Hashimoto, portera l'effort de relance à 26 000 milliards de yens (1 068 milliards de francs) sur l'ensemble de l'année. Il sera financé par l'émission de bons déficitaires. Mais ce plan court le risque de ne pas stimuler la demande autant que l'attendent les marchés, rééditant en cela les mesures des prédécesseurs de M. Obuchi, qui eurent pour effet de prolonger artificiellement la vie de sociétés virtuellement en faillite tout en retardant les réformes. "Le premier ministre n'a pas apporté de réponse au sentiment d'insécurité vis-à-vis de l'avenir", titrait à la "une" le quotidien Asahi dès après la prestation du nouveau chef du gouvernement. La crainte prévaut, en effet, que les mois nécessaires avant que ces mesures ne soient concrétisées par un passage à la Diète verront le climat économique se détériorer davantage du fait de réactions exagérées des marchés. C'est apparemment ce que leur reprochent déjà les divers analystes interrogés. BRICE PEDROLETTI 0 DÉPÊCHES ENCHÈRES : les frères Jacques et Pierre Blanc renoncent à acquérir Le Palace. Les frères Jacques et Pierre Blanc renoncent à acquérir Le Palace. La discothèque parisienne en liquidation judiciaire avait été vendue, le 23 juin, pour 7,5 millions de francs, mais un renchérisseur anonyme a proposé 8,25 millions, le 3 juillet. Cette décision met fin à la controverse. L'un des frères propriétaires de plusieurs grands restaurants parisiens, Pierre Blanc, ancien juge consulaire au tribunal de commerce de Paris, était soupçonné d'avoir profité de faveurs de ses pairs pour acquérir les locaux à bon prix. 0 DÉPÊCHES MONTAGNE : deux alpinistes ont fait une chute mortelle alors qu'ils escaladaient la face nord de l'Olan. Deux alpinistes ont fait une chute mortelle de 0 à 250 mètres, vendredi 7 août, alors qu'ils escaladaient la face nord de l'Olan (3 564 mètres), une des plus difficiles du massif de l'Oisans (Isère). Plusieurs cordées étaient encore bloquées dans la voie Couzy-Demaison vendredi matin, ont précisé les CRS du secours en montagne. 0 Polémique à la revue de presse de France-Inter FABRICE LE QUINTREC a été remplacé par un autre journaliste de France-Inter, Pierre Billaud, pour assurer la revue de presse de 8 h 30, jusqu'à la rentrée. Fabrice Le Quintrec a été remercié, après avoir officié trois jours, à cause de sa propension à citer des journaux d'extrême droite. "Ce choix était une erreur de casting", a expliqué Patrice Bertin, chef des informations de la station, qui a estimé que cette revue de presse "n'était pas ce qu'on pouvait attendre du service public". "Ça ne se reproduira plus", a-t-il précisé. Fabrice Le Quintrec a été plusieurs fois au centre de polémiques à France-Inter. L'été dernier, l'animateur François Jouffa avait vivement dénoncé à l'antenne le journaliste comme "un journaliste sympathisant notoire du Front national". Pendant l'été 93, Carl Lang, alors secrétaire général du Front national, avait accusé Ivan Levaï, directeur de l'information de France-Inter, d'avoir "scandaleusement sanctionné le responsable de la revue de presse", qui était alors Fabrice Le Quintrec. A la rentrée, Pascale Clark assurera la revue de presse en remplacement de Nicolas Poincaré, qui retourne à France-Info. 0 Blocage persistant entre les radiologues et le gouvernement BEZAT JEAN MICHEL LA REPRISE des discussions entre le gouvernement et les radiologues, jeudi 6 août, s'est soldée par un échec. Reçu par des conseillers de Martine Aubry, ministre de l'emploi et de la solidarité, le président de la Fédération nationale des médecins radiologues (FNMR), Jean-François Mazoyer, n'a pu que constater, à l'issue de cette rencontre, une "situation de blocage", et continue de refuser les 450 millions de francs d'économies exigés par le gouvernement d'ici à la fin de 98. Les pouvoirs publics ont justifié cette mesure par le dérapage des dépenses de radiologie au cours des cinq premiers mois de l'année (+ 10,4 % par rapport à la même période de 97). "LA CORDE AU COU" Dans la dernière livraison de La Lettre du médecin radiologue, M. Mazoyer ironise sur la méthode gouvernementale. "La négociation à résultat programmé est arrivée, écrit-il, le montant des économies n'est pas négociable, leur terme non plus, seules les modalités sont à discuter." Il ajoute : "On nous demande de venir la corde au cou, en fournissant la corde si possible." La FNMR, qui conteste l'ampleur de la dérive chiffrée par la Caisse nationale d'assurance-maladie (CNAM), réclame une rencontre avec Mme Aubry. Les propositions de la FNMR ne sont pas à la hauteur des 450 millions de francs réclamés, indique-t-on dans l'entourage de la ministre de la solidarité. Les radiologues n'ont proposé que 300 millions de francs d'économies, mais en y incluant le récent accord passé avec la CNAM, entré en vigueur en juin, qui prévoyait déjà 145 millions d'économies. C'est insuffisant pour le gouvernement, qui devrait publier au Journal officiel, avant le août, l'arrêté réduisant temporairement de 13,5 % la valeur de la lettre-clé Z1. Cette lettre-clé, qui sert de base aux tarifs d'une grande partie des actes de radiologie, passerait à 9,47 francs. Le projet d'arrêté a reçu, le 30 juillet, un avis favorable de la CNAM. Mme Aubry avait annoncé cette mesure, le 29 juillet, dans le cadre d'un plan d'économie de 2,7 milliards de francs, dont l'industrie pharmaceutique supporte la plus grosse part (1,8 milliard de francs). Dans un entretien au Monde, Claude Maffioli, président de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF), à laquelle adhère une partie des radiologues, avait immédiatement demandé au gouvernement de "revenir sur sa décision". JEAN-MICHEL BEZAT 0 Nouvel accès de faiblesse du yen Vendredi 7 août, le yen a de nouveau baissé face au dollar. Ce dernier s'est échangé à 145,26 yens contre 144,35 yens la veille au soir. Les cambistes ont suivi attentivement le discours de politique générale du premier ministre japonais. La promesse d'une réduction d'impôts de 6 000 milliards de yens (250 milliards de francs) n'a pas dissipé leurs craintes. Ils redoutent de nouvelles perturbations sur les monnaies asiatiques, après la dévaluation, vendredi, de 7 % du dong vietnamien. Vendredi, le yuan chinois a atteint son niveau le plus bas depuis cinq ans face au dollar. 0 RAPPORT MALINVAUD : Réaction du CNPF Le CNPF estime que la réduction des charges sociales patronales sur les bas salaires préconisée par le rapport de l'économiste Edmond Malinvaud (Le Monde du 6 août) serait "une avancée non négligeable" permettant "une action positive sur le coût de la main-d'oeuvre non qualifiée". Le CNPF émet toutefois plusieurs "réserves" sur le rapport remis au premier ministre, estimant notamment qu' "augmenter les charges sur les salariés qualifiés" serait de la folie, car "cela risque d'avoir pour conséquence une accélération du départ des salariés qualifiés vers d'autres pays". L'Internationale de la cornemuse Jean Pierre Pichard ÂME du Festival interceltique de Lorient, qui existe depuis 72, Jean- Pierre Pichard n'a aucune envie de décerner des brevets de "celtitude". Connaissant trop bien les dérives possibles, il préfère ouvrir largement la "famille". Son Internationale de la cornemuse est bigarrée. 3 500 musiciens et 400 000 visiteurs sont attendus à Lorient du 7 au 16 août. DOC : texte accompagné d'un dessin de Taraskoff Au Kosovo, les forces serbes brûlent champs et villages LES ORGANISATIONS humanitaires présentes au Kosovo redoutent une catastrophe humanitaire majeure avec l'afflux de dizaines de milliers de réfugiés dans les montagnes de la province serbe à majorité albanaise. L'extrême précarité de leur situation est encore aggravée par la politique de destruction systématique que les forces de l'ordre serbes pratiquent dans les villes et les villages où ont lieu les combats. Plusieurs témoignages recueillis par Le Monde attestent une véritable politique de la "terre brûlée". Les ambassadeurs du Conseil de l'OTAN se réuniront, vendredi 7 août, de "manière informelle". La Russie serait prête à participer à une force de maintien de la paix sur mandat de l'ONU. Mais elle reste opposée à une intervention de l'OTAN. Les semaines laborieuses font les week-ends pluvieux DUFOUR JEAN PAUL SOUCIEUX, peut-être, de prouver que les chercheurs savent aussi s'intéresser aux préoccupations les plus triviales de leurs contemporains, deux climatologues américains se sont intéressés aux... week-ends pourris. Leurs conclusions, étonnantes, rejoignent en partie les convictions des "philosophes de comptoir" : samedis et dimanches sont, en moyenne, plus arrosés que les jours ouvrables et la faute en incombe apparemment au développement industriel et urbain, expliquent-ils en substance dans une lettre publiée, jeudi 6 août, par l'hebdomadaire scientifique britannique Nature. Pour arriver à leurs fins, Randall Cerveny et Robert Balling (université d'Etat d'Arizona) ont analysé les données recueillies entre janvier 79 et mars 1995 par sept satellites météorologiques Tiros, sur toute la zone côtière atlantique des Etats-Unis. Ils ont pu ainsi mettre en évidence un cycle hebdomadaire dans les précipitations : les pluies y sont, en moyenne, 22 % plus importantes les samedis que les lundis ! Impossible, cette fois, d'accuser El Niño : "Aucun mécanisme météorologique ne présente une période de sept jours", soulignent les auteurs. Restait à prouver l'origine humaine de cette curieuse variation. La pollution atmosphérique constituait, évidemment, un "suspect" de choix. Et, de fait, les deux chercheurs ont trouvé le même cycle hebdomadaire dans les relevés de monoxyde de carbone et d'ozone de diverses stations terrestres réparties de la frontière canadienne aux Bermudes. La hausse des concentrations suit avec un jour de retard la reprise de la circulation urbaine et de l'activité industrielle : le taux de pollution monte régulièrement à partir du mardi, pour atteindre son maximum le jeudi et le vendredi avant de baisser à nouveau, avec un minimum le dimanche et le lundi. Circonstance aggravante : au milieu de l'océan Atlantique, le "pic" des précipitations se retrouve le mardi, ce qui correspond au temps moyen mis par le panache de pollution pour atteindre ces zones. Randall Cerveny et Robert Balling montrent même que les cyclones semblent, eux aussi, affectés par ces variations hebdomadaires, quand ils passent près de la côte. On savait déjà que la pollution causée par l'industrie et les automobiles, ainsi que le réchauffement atmosphérique local provoqué par le chauffage urbain, induisent des modifications météorologiques sensibles à proximité immédiate des villes. Les deux chercheurs américains montrent que ces perturbations peuvent s'étendre à des régions très étendues même si, prudents, ils précisent que leur approche statistique n'explique pas les raisons de cette relation de cause à effet. La zone choisie pour cette étude représente un vrai cas d'école. Les vents dominants d'ouest poussent en effet vers la côte Atlantique tous les miasmes de l'est des Etats-Unis, fortement urbanisé et industrialisé. Il n'est cependant pas déraisonnable d'extrapoler les observations de Cerveny et Balling de manière sans doute moins nette à la plupart des régions urbanisées, qui, elles aussi, doivent exporter leurs "week-ends pourris" vers les campagnes où les citadins aiment à se détendre... JEAN-PAUL DUFOUR Marseille sous l' "effet Mondial" "CHAPEAU ! Nous sommes encore plus fiers d'être marseillais", lançait Renaud Muselier, premier adjoint et député RPR, devant le conseil municipal de Marseille, le 20 juillet. Cette dernière réunion avant les vacances était tout entière consacrée à célébrer, à gauche comme à droite, la réussite de la Coupe du monde de football et la contribution des joueurs marseillais au succès de l'équipe de France. "Nous devons tous remercier Malika Zidane d'avoir donné un tel fils à Marseille !", s'enthousiasmait un élu socialiste. Jean-Claude Gaudin, le maire, s'efforce de profiter du Mondial pour redynamiser sa ville d'ici aux élections municipales de 2001. Lire page 5 HORIZONS - ANALYSES ET DEBATS Lionel Jospin privatise plus qu'Alain Juppé BLANDIN CLAIRE TOUT RÉUSSIT à Lionel Jospin : la croissance économique, la Coupe du monde de football et... les privatisations ! France Télécom, Thomson-CSF, CIC, GAN, Société marseillaise de crédit, CNP, Aerospatiale et, dernier en date, Thomson Multimedia : en un an, le premier ministre a bouclé tous les dossiers sur lesquels Alain Juppé s'était cassé les dents. Ce qui n'est pas le moindre des paradoxes. Hasards de la fortune ? L'explication est un peu courte. Pour sortir ces dossiers du bourbier dans lequel ils s'étaient enlisés, Lionel Jospin a relevé un triple défi : politique, social et industriel. Le premier ministre a pratiqué, en matière de privatisations comme dans d'autres domaines, sa désormais célèbre "méthode", faite de concertation et de pragmatisme. Il a aussi, et surtout, mis en oeuvre une stratégie industrielle avec une détermination et une vision qu'on ne lui soupçonnait pas. Pari politique d'abord. Dans l'opposition, M. Jospin ne cachait pas son hostilité aux privatisations, même si le débat avait depuis longtemps déserté le terrain idéologique. Avant les élections législatives de mai 1997, il affirmait que Thomson, Air France ou France Télécom devaient rester publics. Une fois arrivé à Matignon, il a nettement infléchi son discours. Dans sa déclaration de politique générale, il reconnaissait déjà que des "adaptations seront nécessaires." Encore fallait-il faire accepter cette évolution à la composante communiste de la majorité, et notamment à Jean- Claude Gayssot, ministre des transports. La crispation sur le dossier Air France dont le PDG, Christian Blanc, partit officiellement parce qu'il n'avait pu obtenir de Lionel Jospin une promesse de privatisation laissa un temps planer le doute. Un doute vite dissipé. Le locataire de Matignon s'employa avec habileté à convaincre ses alliés communistes de la nécessité de faire glisser en douceur les entreprises publiques dans le privé. Pour la forme, le terme de privatisation fut banni du langage gouvernemental. On lui préféra celui d'ouverture du capital. Ce qui permettait à M. Gayssot d'affirmer qu'il ne serait pas le ministre de la privatisation d'Air France. Dans le même temps, le gouvernement annonçait que sa part dans le capital de la compagnie tomberait de 93 % à moins de 55 %. Dans le cas d'Aerospatiale, la pilule fut plus dure à avaler : la part de l'Etat doit passer sous les 50 %. Mais le premier ministre argua de la pression des partenaires européens, le britannique British Aerospace et l'allemand Dasa, peu désireux de passer des alliances avec des entreprises publiques, pour convaincre les communistes : sans ces alliances, la France serait marginalisée. L'Humanité dénonça l'incertitude qui menaçait désormais l'avenir d'un des fleurons de l'industrie française. La critique s'arrêta là. RONDE DES ENTRETIENS Pari social ensuite. Dans l'opposition, la gauche ne s'était pas privée de souffler sur les braises syndicales lorsque Alain Juppé avait décidé l'ouverture du capital de France Télécom ou la cession du CIC. Son arrivée au gouvernement n'impliquait pas que les syndicats bénissent lesdites opérations. Lionel Jospin y mit, là aussi, les formes. De la mission de consultation confiée à Michel Delebarre sur France Télécom à la ronde des entretiens des différents ministres dont le premier d'entre eux avec les syndicats de Thomson-CSF, du CIC, du GAN ou du Crédit foncier, le gouvernement n'a eu de cesse de pratiquer la concertation. Mais trop de dialogue social peut aussi conduire à l'enlisement : le Crédit foncier en est l'illustration flagrante. La concertation ne modifiait pas forcément le dossier sur le fond : a-t-on imaginé un instant que la mission Delebarre remettrait en cause l'ouverture du capital de France Télécom ? Il n'empêche. La démarche satisfaisait les salariés et plaisait à l'opinion publique. Elle tranchait radicalement avec le secret, l'autisme et le mépris affichés par Alain Juppé. Si sa "méthode" a changé la face des choses, M. Jospin a aussi trouvé en la conjoncture la reprise de la croissance, la décrue du chômage et l'envol de la Bourse une alliée précieuse. Les employés de France Télécom, qui ont vu le titre de la société gagner 140 % depuis qu'ils en sont actionnaires, n'ont guère matière à se plaindre. Pari industriel enfin. Consensus politique et dialogue social ne seraient qu'artifices s'ils servaient seulement à "faire passer" des opérations financières. Même si le gouvernement ne bafoue pas les intérêts patrimoniaux de l'Etat, ni ne sous-estime la manne des cessions au privé, ce n'est pas là le fondement de sa conduite. On prêtait à Lionel Jospin une vision dogmatique du monde. Les faits montrèrent très vite que l'homme avait, selon la jolie formule du Wall Street Journal, "avalé une bonne dose de réalité économique". Conscient que France Télécom, Air France, Thomson et Aerospatiale étaient plongés dans le grand bain de la concurrence mondiale, le premier ministre s'est très rapidement fait une religion. L'actionnariat public, qui avait été un rempart pour les entreprises françaises, pauvres en fonds propres, devenait un handicap et menaçait d'isoler la France dans les grandes manoeuvres industrielles, notamment dans l'électronique de défense et l'aéronautique. La restructuration de ces deux secteurs, appelée de ses voeux par Jacques Chirac en février 1996, trouva avec Lionel Jospin son maître d'oeuvre. En douze mois, le gouvernement a réussi à organiser autour des entreprises publiques Thomson-CSF et Aerospatiale le regroupement des forces françaises avec Alcatel, Dassault et le groupe Lagardère. Les groupes publics basculeront dans le privé, mais, à ce prix, deux grands acteurs français émergeront. Cette première étape, indispensable, ouvrira la voie à la restructuration européenne de la défense et de l'aéronautique pour constituer des ensembles capables de rivaliser avec les Américains. C'est la même logique qui a conduit le gouvernement à ouvrir le capital de Thomson Multimedia, spécialiste de l'électronique grand public, aux quatre partenaires qui ont noué, avec celui-ci, des accords industriels. LA FINANCE EN RETARD Mais pourquoi les pouvoirs publics sont-ils incapables d'appliquer cette logique "industrielle" à la finance ? Actionnaire déterminant des banques et des compagnies d'assurances, l'Etat a toujours été incapable d'organiser la moindre ébauche de regroupement. Ni la nationalisation, qui a nourri les désastres financiers du Crédit lyonnais et du GAN, ni la privatisation n'ont été utilisées à bon escient. Dans les grandes manoeuvres bancaires, les trois "Vieilles" BNP, Société générale et Crédit lyonnais, prochainement privatisé restent isolées. Quant aux trois assureurs publics (UAP, AGF et GAN), aucun n'a pu préserver son identité une fois privatisé. Il reste deux dossiers, et non des moindres, à résoudre : le Crédit foncier et le Crédit lyonnais. L'argument social, qui a pesé lourd jusqu'à présent, risque ici d'entraver la réflexion de fond : quel schéma de restructuration veut-on pour le secteur bancaire ? La question vaut essentiellement pour le Lyonnais : rapprochement franco-français ou ouverture du capital à des partenaires, français et étrangers, fondée, comme dans l'industrie, sur des accords de coopération. Entre les syndicats et Bruxelles, qui veille jalousement au respect de la concurrence, la marge du gouvernement est étroite. Les socialistes avaient su restructurer les groupes industriels sinistrés, entrés dans le giron de l'Etat par les nationalisations. Cela leur a plutôt réussi : retournés au privé, les Usinor, Rhodia, Atochem et autres Pechiney se classent dans le peloton de tête de leur secteur. Avec les outils de leur époque les privatisations, les héritiers de 81 mènent eux aussi une véritable politique industrielle. Le dogme en moins, la vision européenne en plus. CLAIRE BLANDIN M. Léotard est convoqué pour être mis en examen à propos du financement du Parti républicain La justice enquête sur le blanchiment de 5 millions de francs entre l'Italie et le Luxembourg L'ANCIEN président de l'UDF, François Léotard, et son plus proche collaborateur, le député (UDF-DL) d'Indre-et-Loire, Renaud Donnedieu de Vabres, doivent être mis en examen, vendredi matin 7 août, par les juges d'instruction parisiens Eva Joly et Laurence Vichnievsky, chargées de l'enquête sur un mouvement financier suspect entre le Luxembourg, l'Italie et les comptes de l'ex-Parti républicain, enregistré en 96. Les deux hommes ont été convoqués afin de se voir "notifier" les charges retenues à leur encontre. La qualification pénale retenue devrait être "infraction à la législation sur le financement des partis politiques", à laquelle pourrait s'ajouter celle de "blanchiment d'argent", déjà retenue contre plusieurs proches de M. Léotard, mis en examen dans la même affaire. Le défenseur de l'ancien ministre, Me Jean Veil, a indiqué au Monde que M. Léotard n'entendait faire aucune déclaration avant sa convocation par les juges. Mis en examen le 22 juillet, l'ancien directeur administratif et financier du PR, Antoine de Menthon, avait affirmé avoir reçu l'ordre du "cabinet de François Léotard" de dissimuler les dessous de cette opération financière aux nouveaux dirigeants du parti, rebaptisé Démocratie libérale et désormais présidé par Alain Madelin. L'entourage de ce dernier affirme avoir ignoré que, derrière le prêt de 5 millions de francs consenti en 96 par un énigmatique établissement italien, se cachait un dépôt d'espèces du même montant, dont les proches de M. Léotard affirment qu'il provenait des "fonds spéciaux" versés par le gouvernement au PR. Les juges semblent douter de cette version. Des perquisitions avaient eu lieu, en juillet, aux domiciles de MM. Léotard et Donnedieu de Vabres, ainsi qu'au siège de l'UDF. Cette mise en examen annoncée constitue une nouvelle épreuve pour M. Léotard qui, depuis l'élection présidentielle de 95, est allé de déboires en échecs. DOC : texte avec un dessin de PLANTU Les forces serbes mènent une politique de la terre brûlée au Kosovo Le Kremlin envisage de participer à une opération de paix SHIHAB SOPHIE MOSCOU de notre correspondante Toujours fermement opposé à une intervention de l'OTAN au Kosovo, le Kremlin envisagerait de participer à une force de paix internationale sur mandat de l'ONU. L'idée n'est pas avancée officiellement, mais des diplomates russes l'ont récemment évoquée, sous le sceau de l'anonymat, comme "solution extrême" pour éviter un nouveau cavalier seul des Etats-Unis dans les Balkans, a-t-on appris à Moscou. La participation de troupes russes à une force internationale d'intervention au Kosovo serait en effet le seul moyen de la faire admettre par les Serbes. Le vieux mythe de l'indéfectible solidarité slave permettrait alors à Moscou d'offrir à ses "amis serbes" la seule aide qu'elle puisse réellement leur apporter : leur permettre de sauver la face. Le précédent de la participation russe en Bosnie à la Forpronu, à l'IFOR puis à la SFOR est là pour servir d'exemple, même si une mise en oeuvre au Kosovo devait être encore plus aléatoire ou complexe. L'intérêt de Moscou est clair : les militaires sont flattés de participer à des opérations dans les Balkans où ils ont des avantages de salaires et de prestige, les politiques y gagnent un pied de plus dans l'OTAN, rehaussant le rôle du Conseil conjoint "16+1", et le principe de l'intangibilité des frontières issues de la désintégration de l'URSS et de la Yougoslavie serait préservé. Il n'est sans doute pas fortuit que le nouveau secrétaire du Conseil de sécurité russe Andreï Kokochine, qui a effectué en juillet sa première visite à Paris, ait rendu publiques cette semaine les très attendues "grandes orientations de la construction de l'armée russe jusqu'en 2005", signées par Boris Eltsine. Elles prévoient de réduire à dix le nombre des divisions d'infanterie, qui seront par contre complètes et opérationnelles. L'une d'elles sera d'ailleurs exclusivement consacrée aux opérations de "maintien de la paix". NOUVELLES PRESSIONS Mais il faudra sans doute de nouvelles pressions de l'OTAN sur Belgrade avant que Moscou, et ses partenaires au sein du groupe de contact, n'abattent cette carte. Pour l'instant, le vice-ministre russe des affaires étrangères, Nikolaï Afanassievski, est arrivé, mercredi 5 août, à Belgrade afin de "poursuivre les efforts de la Russie en coordination avec ses partenaires du groupe de contact et du Conseil de sécurité de l'ONU, visant à faire baisser la tension au Kosovo". Il devrait aussi se rendre à Pristina et au Monténégro (la république qui forme, avec celle de Serbie, la République fédérale de Yougoslavie). Moscou continue en effet d'affirmer que Slobodan Milosevic a tenu, en partie au moins, ses engagments pris à Moscou à la mi-juin devant Boris Eltsine. Toujours "prêt" à négocier un nouveau statut d'autonomie du Kosovo, le maître de la Serbie a entrouvert l'accès de la province aux observateurs internationaux et aux humanitaires. En ce qui concerne la "retenue" promise dans l'usage de la force, elle n'aurait été effectivement abandonnée par ses troupes qu'en raison de la nécessité de répondre aux offensives de l'Armée de libération du Kosovo (UCK). Moscou voudrait donc conserver l'unité au sein du groupe de contact sur ses objectifs (non à l'indépendance du Kosovo et à fortiori à la "grande Albanie") et gommer les "divergences tactiques". Celles-ci l'opposent avant tout à Washington, accusé par les médias russes d'être guidé par le seul désir d'offrir à son opinion publique une nouvelle intervention "comme en Bosnie", c'est-à-dire avec le même ennemi désigné : M. Milosevic. Alors que, dans le cas du Kosovo, celui-ci a le soutien des Serbes pour maintenir "l'intégrité" de leur République fédérale. Donner des espoirs aux Kosovars au moment où ils doivent être poussés à s'entendre sur une plate-forme de négociation, estime-t-on à Moscou, reviendrait à encourager tous les autres "séparatismes", ceux des Serbes en Croatie ou en Bosnie comme celui des Tchétchènes. INTÉRÊTS MULTIPLES Que cela se traduise dans les faits par de nouveaux massacres et exodes de civils albanais est bien sûr le dernier des soucis du gouvernement russe, dont l'opposition, majoritaire au Parlement, est pro-serbe, et dont l'opinion est indifférente à une crise que les médias ignorent. Mais le Kremlin veut éviter de se laisser marginaliser par une nouvelle intervention de l'OTAN sans aval du Conseil de sécurité de l'ONU, où la Russie, comme la Chine, peut manoeuvrer de façon dilatoire. Mais elle ne peut pas s'opposer de front à l'Occident : "La Russie ne doit plus rien aux Serbes et ne doit les aider que dans la mesure de ses intérêts", écrit ainsi Maxim Ioussine dans les Izvestias. Or les intérêts de la Russie à un apaisement au Kosovo sont multiples, et beaucoup sont aussi ceux de ses partenaires européens. Outre le refus de créer un précédent pour les autres séparatismes, il s'agit de la crainte de nouvelles "avancées américaines" dans les Balkans, d'un embrasement régional, du développement d'un foyer d'islamisme militant en Europe, voir d'un nouveau terrorisme serbe. "Le Kosovo n'est pas la Bosnie, où l'OTAN n'a eu qu'à soutenir l'effort de guerre des Bosniaques et des Croates qui défendaient l'intégrité d'un Etat reconnu", estime ainsi Maxim Ioussine. "Ce n'est pas non plus la Tchétchénie, que les Russes ont conscience de n'avoir conquise qu'au siècle dernier et qu'ils ont évacuée sans regrets : le Kosovo est considéré par les Serbes comme leur appartenant historiquement et il s'en trouvera toujours assez pour le rappeler au monde", ajoute-t-il. SOPHIE SHIHAB Les forces serbes mènent une politique de la terre brûlée au Kosovo TROIS QUESTIONS À... ROBERTO MOROZZO ALOISE SALVATORE 1- Vous êtes professeur d'histoire de l'Europe orientale de l'université de Rome et membre de la Communauté catholique de Sant'Egidio, qui a suivi de près, depuis 93, la situation du Kosovo. Comment aviez-vous amorcé un dialogue entre les deux parties ? Nous avions tenté de mettre sur pied une négociation non pas sur la situation générale du Kosovo, ce qui aurait été difficile, mais pour offrir l'occasion d'un dialogue sur une question concrète de la société civile comme pouvait l'être l'école, l'université, l'éducation. Et nous avons obtenu des résultats. Les Serbes avaient accordé des locaux pour l'université autonome albanaise. Pendant deux ans, cette tentative a représenté l'unique endroit où les deux parties se parlaient, la seule possibilité réelle de contact. Aujourd'hui, face à la guerre totale, il n'est naturellement plus question d'école. C'est le cessez-le-feu, suivi d'une négociation globale sur la province, qui doit être l'objectif. Nous avions mis beaucoup d'espoir dans le dialogue que nous avions commencé, mais la communauté internationale n'a pas réussi à l'imposer. Nous gardons notre réseau d'amitiés et de connaissances dans les deux camps, mais quand la maison brûle, on ne va pas s'occuper du courant d'air. 2 - Quand avez-vous eu la per- ception que la situation allait s'aggraver ? Depuis 96, avec l'apparition des premiers attentats. La situation actuelle était largement prévisible. Sans issue politique, l'émergence de la guérilla était dans l'air, comme l'amorce d'une guerre comparable à celle qui a eu lieu en Bosnie. Sans véritables batailles rangées, car au Kosovo il y a très peu de forêts, les représailles serbes s'abattent donc directement sur les populations civiles largement solidaires avec les rebelles, et sur leurs maisons. Ce sera une tragédie. Les forces de Belgrade pratiquent la politique de la terre brûlée là où éclatent les combats. Les Serbes disposent d'armes lourdes en grande quantité, alors que la guérilla ne dispose que de peu d'armes légères. En fait, tout est parti en réponse aux actions policières. Objectivement, les Albanais avaient une vie difficile, sans liberté de mouvement, sans sécurité personnelle. Après sept ou huit ans de lutte non violente, menée sur le terrain politique, cette issue était prévisible. Vous savez, on se trouve dans les Balkans, les populations ne sont pas angéliques... La responsabilité de la guerre, il faut la chercher dans l'absence de véritables négociations. Les Serbes n'en ont jamais proposé. Quant aux Albanais, qui ont toujours été plutôt sceptiques, ils ont soutenu que sans la présence d'une troisième partie ils n'accordaient aucune confiance au dialogue. 3 - Et aujourd'hui ? Sans une solution politique, la guerre continuera longtemps. On est en été. L'hiver, là-bas, est très rude. Les réfugiés serbes pourront toujours compter sur une forme quelconque de solidarité. Ce sera difficile pour les autres, les centaines de milliers d'Albanais qui, eux, risquent de ne pas trouver une voie d'issue vers l'Albanie ou l'Occident. PROPOS RECUEILLIS PAR; SALVATORE ALOISE Les forces serbes mènent une politique de la terre brûlée au Kosovo Les témoignages des équipes du HCR et du CICR accusent les autorités serbes de mettre systématiquement le feu aux villages et aux champs de la population d'origine albanaise dans les zones de combat afin de provoquer un exode massif HAUTIN GUIRAUT DENIS BALKANS Le Haut-Commissariat aux réfugiés de l'ONU (HCR) et le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) s'inquiètent des conséquences dramatiques des combats qui se poursuivent au Kosovo. Parmi les quelque 200 000 personnes déplacées, plusieurs dizaines de milliers se trouvent dans une situation d'extrême précarité. DANS LES ZONES DE COMBAT, les organisations accusent aussi les forces de l'ordre serbes de brûler systématiquement les maisons et les champs des Kosovars d'origine albanaise. À MOSCOU, le gouvernement russe laisse entendre qu'il serait prêt à participer à une force de paix internationale sur mandat de l'ONU. LA COMMUNAUTÉ SANT'EGIDIO, à l'origine de l'accord sur l'éducation signé par Ibrahim Rugova et Slobodan Milosevic, estime par la voix de l'un de ses membres, à Rome, que "la situation au Kosovo était largement prévisible". ALORS QUE les combats se poursuivent de manière intensive dans plusieurs régions du Kosovo, la situation humanitaire des quelque 200 000 personnes déplacées ne cesse d'inquiéter les organisations internationales qui travaillent dans cette province serbe à majorité albanaise. Lors d'un entretien téléphonique depuis Pristina, capitale du Kosovo, Mons Nybirg, porte-parole du Haut commissariat aux réfugiés de l'ONU (HCR) à Belgrade, décrit la politique de la terre brûlée menée par les forces serbes : "A Malisevo [bastion de l'Armée de libération au centre de la province] où nous nous sommes rendus mardi, les combats font rage, mais il nous est surtout apparu que les forces serbes brûlent volontairement beaucoup de maisons et de fermes. Il s'agit non pas des conséquences des affrontements, mais, à l'évidence, d'une campagne de destruction systématique, orchestrée et planifiée." Dans la région centrale de la Drenica, où Mons Nybirg a passé la journée du mercredi 5 août avec ses équipes, le porte-parole du HCR explique que "la population, terrorisée, fuit les combats par tous les moyens". "En moins de deux heures, sur l'une des routes d'accès, nous avons vu passer plus de cinq cent personnes", raconte-t-il. Une évaluation confirmée, toujours au téléphone, par Michael Frey, adjoint du chef de la délégation du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) à Belgrade : "Nos équipes ont vu partout lors de leurs déplacements des maisons brûlées ou détruites et des champs en flammes (...). Ces destructions vont rendre très difficile un éventuel retour des réfugiés dans leurs villages." Dans le nord de la province serbe à majorité albanaise, dit Michael Frey, "les combats ont provoqué un afflux de plusieurs dizaines de milliers de réfugiés. La plupart errent sur les routes, à pied, à cheval, ou dans des remorques de paysans traînées par les tracteurs. Certains d'entre eux ont trouvé des refuges précaires dans les montagnes, malgré la chaleur et le manque d'eau qui sévit dans ces régions." "En fait, depuis les opérations majeures du 25 juillet (celles des forces serbes), la situation devient chaque jour plus tragique", assure le délégué adjoint du CICR. "Nous avons, dit-il, trois ou quatre équipes sur le terrain qui sillonnent en permanence le Kosovo. Ce qu'elles nous rapportent est très inquiétant. Plus de vingt mille personnes sont sans abri, et vivent sous de simples morceaux de plastiques ou sous des branchages. Elles ne peuvent aller nulle part, elles se trouvent totalement démunies alors que nous avons le plus grand mal à leur faire parvenir un minimum d'aide, compte tenu du terrain accidenté et de l'accès très difficile des montagnes de la région." Les organisations internationales redoutent une possible vague d'épidémies et de maladies, et, surtout, la prochaine arrivée de l'automne et de l'hiver qui, si la situation n'est pas normalisée, peut rapidement provoquer un "véritable cauchemar humanitaire". Selon Mons Nybirg, "s'il est impossible d'évaluer précisement le nombre de gens qui se trouvent dans les montagnes, il est probable que plus de 50 000 personnes sont dans une situation d'extrême détresse". Pour l'heure, le HCR et le CICR ont apparemment une large liberté de circulation, comme s'y était récemment engagé Slobodan Milosevic, le président de la République fédérale de Yougoslavie. D'après Michael Frey, les organisations internationales ont "les autorisations nécessaires des autorités de Belgrade pour circuler sur le terrain, depuis l'engagement pris il y a quelques jours par le président yougoslave, sauf toutefois dans certaines régions du nord, pour des raisons de sécurité en raison de la poursuite des combats". Le CICR et le HCR demandent toutefois un "soutien plus marqué des autorités locales", et, surtout, "la cessation des affirmations stupides des forces de l'ordre serbes qui nous accusent d'être des espions, et compliquent inutilement notre tâche". "MENSONGES DÉLIRANTS" Les supposées découvertes de charniers contenant plus de 500 civils qui auraient été exécutés dans la région d'Orahovac, dans le sud-ouest du Kosovo des informations publiées mercredi par le quotidien allemand Tageszeitung et par le quotidien autrichien Die Presse ont été qualifiées, mercredi, par Goran Matic, secrétaire yougoslave à l'Information, de "mensonges délirants et éhontés". Une équipe d'observateurs diplomatiques européens a déclaré, après s'être rendue sur place, qu'il n'y avait "pas de fosse commune" à Orahovac. Le CICR et le le HCR estiment n'avoir aucun élément "pour confirmer de telles allégations (celles du Tageszeitung et de Die Presse), même si nous recevons beaucoup d'informations sur des personnes disparues qu'il nous est impossible de vérifier pour le moment". TRACTS BILINGUES "C'est à Orahovac que nous avons assisté à un prudent début de retour de réfugiés", explique Mons Nybirg. "Mais il s'agit surtout de femmes et d'enfants, car les hommes, s'ils apparaissent, sont aussitôt convoqués par la police serbe pour ce qu'elle appelle ``des conversations informelles``. Les forces de l'ordre affirment qu'il ne s'agit que d'une simple formalité, mais beaucoup de familles nous ont expliqué qu'elles n'avaient aucune nouvelle de leurs parents ainsi convoqués, plus de vingt- quatre heures après qu'ils aient été ainsi emmenés par la police. Et d'autres témoignages ont fait état des mauvais traitements infligés lors de ces interrogatoires". Dans ce contexte, un appel lancé, mercredi par le ministère serbe de l'intérieur a peu de chances d'être entendu. Les autorités de Belgrade ont demandé aux Albanais du Kosovo qui ont fui leurs foyers de rentrer chez eux, affirmant que la police garantissait leur sécurité, a indiqué l'agence officielle Tanjug. Des avions ont disséminé dans la journée de mercredi sur tout le territoire du Kosovo des tracts en albanais et serbe invitant la population à regagner ses foyers et affirmant que les autorités serbes faisaient très bien la distinction entre les citoyens albanais loyaux et les "terroristes". "Les terroristes n'apportent aucun bien. Ils apportent partout le mal. Ils envahissent vos villages, vous forcent à prendre les armes (...) prennent votre argent", affirme le tract qui demande aux réfugiés d'utiliser "les axes de communication libérés". Et de recommander aux réfugiés, non sans un certain cynisme compte tenu de la situation dans la province : "Adressez-vous au premier barrage de police sur la route ou au premier poste de police et nous vous aiderons à regagner vos maisons et vos villages..." DENIS HAUTIN-GUIRAUT DOC : avec dessin de Pancho Les forces serbes mènent une politique de la terre brûlée au Kosovo Pour M. Holbrooke, Belgrade veut une "solution militaire" L'armée yougoslave "cherche une solution militaire à un problème politique" au Kosovo, a estimé, mercredi 5 août à Washington, Richard Holbrooke, représentant des Etats-Unis aux Nations unies. "Cela constitue certainement un important changement", a dit le diplomate, qui était interrogé par la chaîne d'information télévisée CNN. Il a estimé qu'une éventuelle intervention occidentale au Kosovo devrait se faire dans le cadre de l'OTAN. M. Holbrooke a souligné que les Etats-Unis n'étaient pas d'accord avec la Russie sur l'adoption par le Conseil de sécurité de l'ONU du principe d'une intervention. Une intervention devrait être décidée "de façon appropriée" par le président américain Bill Clinton après "d'étroites consultations avec le Congrès et les alliés" des Etats-Unis, a poursuivi le diplomate. Les forces serbes mènent une politique de la terre brûlée au Kosovo Gerhard Schröder et Bill Clinton évoquent la situation Le candidat social-démocrate à la chancellerie allemande, Gerhard Schröder, et le président américain, Bill Clinton, sont convenus, mercredi 5 août à Washington, "que toutes les nations du monde devraient faire de leur mieux pour mettre un terme aux combats", a affirmé M. Schröder à l'issue d'une heure de discussions à la Maison Blanche avec M. Clinton. Les deux hommes ont également estimé qu'une éventuelle intervention internationale dans l'ex- Yougoslavie devrait s'effectuer avec un mandat du Conseil de sécurité de l'ONU. Dirigée par une nouvelle équipe menée par le SDP, l'Allemagne serait prête à participer aux opérations de maintien de la paix dans le cadre de mandats de l'OTAN et du conseil de sécurité de l'ONU. L'Allemagne et les Etats-Unis demeurent opposés à une indépendance pour le Kosovo, mais M. Schröder a affirmé qu'il y avait "débat" sur le degré d'autonomie que Belgrade devrait accorder à la province. Un prince saoudien projette de reconstruire le palais de l'Alhambra à Riyad DECAMPS MARIE CLAUDE MADRID de notre correspondante "S'il te plaît, dessine-moi une Alhambra"... à Riyad ? La fine fleur des antiques palais arabes qui couronnent Grenade l'Andalouse, soudainement replantée dans le désert saoudien ? Ce n'est pas un mirage, c'est un caprice. Un caprice princier, celui du prince royal Abdulaziz Bin Fahd Bin Abdulaziz al Seoud. Le jeune homme, très amoureux de Grenade depuis qu'il y a littéralement planté ses tentes, l'année dernière, face à l'Alhambra, dans un luxe qui avait laissé pantois les habitants du cru, peu habitués à tant de raffinement païens depuis la rude Reconquista, avait même cherché à édifier une résidence plus durable. Le permis ne lui ayant pas été accordé pour le terrain protégé qu'il convoitait, le petit prince, auquel son royal père ne refuse rien, a eu une autre idée : qu'on lui redessine, dans son pays, une partie des palais des derniers maîtres arabes de l'Andalousie. Une petite Alhambra personnelle,en quelque sorte. Solution qui, lorsqu'on en a les moyens, est sans doute beaucoup plus commode que d'attendre son tour pour admirer ce monument, le plus visité d'Espagne, dans lequel se pressent deux millions de touristes chaque année. Après tout, l'idée en soi n'a rien de révolutionnaire pour un pays où, au hasard des tocades et des engouements princiers, on a vu, paraît-il, surgir du sable et des imaginations une amorce de Grand Trianon, des ébauches de Giralda de Séville ou encore une esquisse de Medina-Sahara, l'ancienne et malheureuse capitale andalouse de la splendeur d'Abderaman III. SIX MILLIONS DE BRIQUES En vérité, le projet de refaire l'Alhambra, en puisant dans la nostalgie d'un riche passé, avait même déjà reçu un commencement d'exécution, mais les plans n'étaient pas conformes. Ce qui fait qu'une équipe d'architectes, photographes et dessinateurs, entre autres des Français et des Espagnols, mandatés par les Saoudiens, s'est rendue à l'Alhambra effectuer croquis et relevés. Ce que l'élitiste direction de l'Alhambra confirme, discrète et peu pressée, semble-t-il, d'avoir l'air de parrainer quelque Disneyland des sables : "Nous avons donné la permission d'effectuer des relevés; le reste ne nous concerne pas, se borne-t-on à déclarer. Si projet il y a, il est strictement privé." Même mutisme protecteur sur le caprice nostalgique du prince à la mairie de Grenade, qui entretient d'excellents rapports avec la famille royale saoudienne et a participé, l'automne dernier, à un voyage spécial à Riyad. La presse locale, en revanche, est plus bavarde. Si l'on en croit Juan Enrique Gomez, celui qui a "déterré" l'affaire pour le journal L'Idéal, une commande de six millions de briques, cuites spécialement à côté de Grenade pour retrouver cette tonalité rougeâtre si particulière à l'Alhambra, a été passée à une petite entreprise du cru qui, débordée, a subdivisé le travail. Une manne royale pour tous les petits artisans et entrepreneurs, et qui pourrait être suivie d'une manne plus substantielle encore : en effet, pris par cette ambiance des Mille et Une Nuits, le maire de Grenade aurait sollicité de la magnificence de ses interlocuteurs une participation au projet de réhabilitation de 3 000 millions de pesetas (environ 120 millions de francs) du ravissant mais bien abîmé Albaycin, l'ancien quartier arabe de la ville. Une oeuvre pieuse, en somme. MARIE-CLAUDE DECAMPS JAPON/FRANCE : abandon du projet de construction d'un pont piétonnier sur le modèle du pont des Arts de Paris à Kyoto La municipalité de Kyoto a annoncé, jeudi 6 août, l'abandon, suite à l'ampleur de la protestation des habitants de l'ancienne capitale impériale, d'un projet de construction d'un pont piétonnier sur le modèle du pont des Arts de Paris, qui devait être réalisé avec la collaboration de la France, dans le cadre de l'année de la France au Japon, à l'initiative de Jacques Chirac. "Une construction hâtive sans une complète compréhension des habitants de Kyoto pourrait susciter un important impact négatif pour la municipalité", a déclaré le maire, M. Yorikane Masumoto, en annonçant que le projet était désormais "oublié". Des pétitions contre le projet avaient rassemblé plus de 80 000 signatures. (AFP.) AMI : lettres de MM. Chirac et Jospin Le quotidien L'Humanité a publié mardi 4 août le texte des lettres que le président Jacques Chirac et le premier ministre Lionel Jospin ont adressées au député communiste Jean-Claude Lefort pour lui exposer la position française relative au projet d'accord multilatéral sur l'Investissement (AMI). "L'AMI ne pourra être définitivement conclu, du point de vue de l'Union européenne, que si l'ensemble des Etats membres de l'Union sont disposés à le faire dans la mesure où les sujets traités relèvent à la fois de compétences nationales et de compétences mixtes", écrit notamment le chef de l'Etat. SUISSE : avoirs juifs L'assureur suisse Zurich a publié des annonces dans neuf journaux américains datés du jeudi 6 août pour retrouver les ayants droit de polices d'assurance-vie laissées en déshérence depuis 45. L'un des avocats des victimes de la Shoah a par ailleurs mis en cause la banque autrichienne Creditanstalt qui aurait servi de plate-forme aux nazis pour le transfert d'avoirs vers la Suisse. La banque s'est déclarée prête à coopérer avec les enquêteurs. ISRAËL/PALESTINE : accord pour l'agrandissement de la colonie juive d'Izhar Après l'assassinat de deux colons juifs dans la colonie juive d'Izhar en Cisjordanie, le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, a donné mercredi 5 août son accord à un agrandissement de la colonie, bastion de l'extrême droite religieuse israélienne. L'armée israélienne a imposé le couvre-feu sur cinq villages palestiniens. (AFP.) CHILI : les crimes de Pinochet Juan Guzman Tapia, le juge en charge de l'enquête sur les plaintes criminelles déposées à l'encontre de l'ancien président Augusto Pinochet, a qualifié, mercredi 5 août, d' "homicides qualifiés" l'exécution de 72 prisonniers politiques en 73 dans le nord du pays. Selon l'avocat des familles des fusillés, Hugo Gutierrez, à l'origine de la plainte contre l'actuel sénateur à vie et chef du régime militaire en place au Chili entre 73 et 90, cette exécution constitue "l'affaire dans laquelle Pinochet apparaît le plus directement impliqué". La plupart des 72 victimes purgeaient des peines de prison dictées par des tribunaux militaires. Ils furent fusillés en octobre 73 sur ordre du général Sergio Arellano Stark, qui "obéissait aux ordres de Pinochet", selon cet avocat. (AFP.) CHINE : bilan des inondations Au moins 2 000 personnes ont trouvé la mort dans les inondations qui sévissent depuis près de trois mois dans le sud de la Chine, a indiqué, jeudi 6 juillet, le vice-ministre des affaires civiles, Fan Baojun, rendant public un nouveau bilan des sinistres. D'autre part, une nouvelle digue a lâché dans le dispositif de contrôle hydraulique du fleuve Yang- tseu, cette fois dans un district proche de Jiujiang, en aval de Wuhan. La digue protégeait environ 35 000 personnes qu'il a fallu évacuer d'urgence. (AFP, AP.) Turquie 165 séparatistes kurdes tués dans l'Est et le Sud-Est Cent soixante-cinq séparatistes kurdes du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) ont été tués lors d'opérations de l'armée ces cinq derniers jours dans l'est et le sud-est de la Turquie, a-t- on annoncé mercredi 5 août, de source officielle. Sept autres ont été capturés par les forces de sécurité, selon la super- préfecture de Diyarbakir, chef-lieu du Sud-Est à majorité kurde, chargée de la coordination de la lutte contre le PKK. Ce sont les plus lourdes pertes subies par le PKK face à l'armée depuis le début de l'année. Le bilan officiel fait état de treize morts dans les rangs de l'armée lors d'accrochages. Les quotidiens Hurriyet et Cumhuriyet ont, pour leur part, rapporté que quinze soldats avaient été tués et de nombreux autres blessés dans une attaque du PKK contre un poste de gendarmerie dans la nuit de lundi à mardi dans la province de Sirnak (Sud-Est), à une cinquantaine de kilomètres de la frontière irakienne. Le PKK multiplie depuis quelques semaines ses attaques dans le Sud-Est anatolien, lieu traditionnel de sa rébellion armée, et sur les rives de la mer Noire. (AFP.) Hun Sen a officiellement remporté les élections cambodgiennes L'homme fort du Cambodge, Hun Sen, et son parti au pouvoir ont remporté les élections législatives du 26 juillet, a annoncé mercredi 5 août la Commission électorale nationale. Selon ces résulats officiels, le Parti du peuple cambodgien (PPC) de Hun Sen a obtenu 2,03 millions de voix, soit 41,4 % des 4,9 millions de bulletins validés. Le PPC devance les deux principaux partis d'opposition, le Funcinpec royaliste, crédité de 1,55 million de voix (31,7 %) et le parti de l'ex-ministre des finances Sam Rainsy (699 653 voix, soit 14 %). Les autorités électorales n'ont pas donné de répartition en sièges du nouveau Parlement. Avant la publication des résultats officiels définitifs, la Commission électorale nationale et le Conseil constitutionnel ont jusqu'au 29 août pour examiner les recours de l'opposition qui se plaint de fraude et continue de contester la validité des résultats bien que les élections aient été jugées "libres et honnêtes" par la communauté internationale. Certains analystes estiment que cette contestation vise à "faire monter les enchères" avant les négociations sur une coalition gouvernementale qui paraît inévitable. Aucun parti ne disposera de la majorité des deux tiers (82 sièges sur 122) nécessaire pour pouvoir former seul un gouvernement. (AFP.) Colombie : attaques meutrières de la guérilla Au moins 102 membres des forces de sécurité, 120 guérilleros ainsi que trois civils ont été tués lors d'attaques lancées depuis le début de la semaine par la guérilla contre les installations de l'armée et de la police, a-t-on appris, mercredi 5 août, de sources officielles. Le ministre de la défense désigné par le président élu Andres Pastrana, dont le mandat débutera vendredi, s'est dit "déconcerté" par l'escalade des hostilités alors que s'amorçait un dialogue de paix. Depuis le début de cette campagne, plus d'une centaine de policiers ou de militaires ont aussi été capturés par des combattants des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC, guérilla marxiste) et de l'Armée de libération nationale (ELN, guévariste). (AFP.) Yasser Arafat remanie son gouvernement Le chef de l'Autorité palestinienne, Yasser Arafat, a procédé mercredi 5 août au remaniement de son gouvernement en nommant dix nouveaux membres. Le gouvernement de l'Autorité comporte à présent 34 ministres, dont huit sans portefeuille. Deux ministères importants restent vacants, l'éducation et les affaires religieuses. Ce réaménagement avait été demandé par le Conseil législatif palestinien à la suite d'enquêtes dénonçant les pratiques de corruption et l'enrichissement de certains ministres. Présenté devant le Conseil, à Ramallah, en Cisjordanie, ce remaniement ministériel a suscité de vives critiques dues à la domination accrue du Fatah, le parti de M. Arafat, et surtout au maintien des ministres incriminés. Dans un discours, M. Arafat a fait porter sur Israël l'entière responsabilité du blocage du processus de paix, qui conduit selon lui au "chaos", et a réitéré son intention de proclamer un Etat palestinien indépendant le 4 mai 99, à l'expiration de la période d'autonomie intérimaire de cinq ans prévue par les accords d'Oslo. (AFP.) Les montagnes symboles de la Grèce antique en proie aux flammes Un nombre record d'incendies d'origine criminelle dévastent les pinèdes et les cultures KUNZ DIDIER ATHÈNES de notre correspondant L'Olympe dans le nord du pays, le Taygète dans le Péloponnèse, le mont Pentélique au nord d'Athènes : trois montagnes symboles de la Grèce étaient, mercredi 5 août, la proie des flammes. Les forêts de pins et de chênes de l'Olympe, domaine des dieux de l'Antiquité, sont ravagées depuis le 24 juillet. Le Taygète, d'où les Spartiates jetaient dans un ravin les enfants faibles ou malformés, est également livré au feu depuis la fin de juillet. Mais c'est sur le mont Pentélique, dont les carrières de marbre blanc ont fourni le matériau du Parthénon, que le sinistre est le plus grave. Un violent incendie a éclaté, dimanche soir, sur le flanc nord de la montagne, qui culmine à 1 109 mètres et constitue l'un des rares poumons verts de la capitale. Le feu, attisé par les meltem des vents violents du nord, qui soufflent du matin au soir, s'est rapidement propagé, lundi, sur toute la montagne, obligeant les autorités à évacuer un hôpital militaire, un centre pour enfants handicapés, un camp de réfugiés kurdes, deux colonies de vacances et un hameau. Le feu a redoublé, mardi, et s'est propagé sur de nombreux fronts, menaçant plusieurs villages. Deux autres gros incendies ont également éclaté, mardi, au nord de l'Attique la région d'Athènes, menaçant une base aérienne, ainsi qu'au sud, où les flammes ont atteint le golfe de Saronique. La confusion était totale : les 800 pompiers et soldats aidés de 110 véhicules, de sept avions Canadair et des hélicoptères Chinook de l'armée ne savaient où donner de la tête. De nombreuses critiques ont déferlé sur le gouvernement, protestant contre la mauvaise coordination et le manque de moyens. Plusieurs milliers d'hectares de pinèdes et de cultures sont ravagés, 120 maisons ont été détruites, quatre usines ont brûlé, et des dizaines de propriétés sont sinistrées. Devant la situation et face aux accusations d' "incurie et [d'] incompétence" formulées par l'opposition, le premier ministre, Costas Simitris, a interrompu ses vacances égéennes et présidé un conseil d'urgence. Le gouvernement a promis des aides aux sinistrés, et ordonné de photographier immédiatement les zones dévastées pour exclure toute construction sauvage et toute spéculation immobilière, des maux endémiques dans le pays. Le ministre de l'ordre public, Georges Romaios, responsable des pompiers, a déclaré que les incendies de l'Attique étaient "d'origine criminelle". Il a indiqué que 2 700 incendies, un record, avaient éclaté depuis le début de l'été, autant que toute l'année dernière. Plus de 120 000 hectares ont brûlé pendant cette période, trois fois plus que l'an passé. Mercredi soir, la situation s'était calmée en Attique, mais des incendies se poursuivaient dans le Péloponnèse, en Messénie, Laconie, Elide, Arcadie et Achaïe près de Patras, ainsi qu'en Béotie et à Larissa, dans le sud du pays. La France devait envoyer, jeudi, trois Canadair et un avion de coordination des opérations appartenant à la sécurité civile. DIDIER KUNZ DOC : AVEC UNE CARTE La Turquie entre en campagne électorale sur fond d'islamisme conquérant Le premier ministre Mesut Yilmaz donne des gages à l'électorat conservateur et religieux POPE NICOLE Une campagne électorale de longue haleine attend la Turquie jusqu'au avril 1999. Le chef du gouvernement, Mesut Yilmaz, l'a abordée en flattant les électeurs conservateurs et religieux au risque d'accroître le mécontentement des militaires, décidés pour leur part à éradiquer l'islam politique. Les élections législatives et municipales risquent de ne pas donner naissance au gouvernement fort et propre attendu. ISTANBUL de notre correspondante Avec la démission des ministres de l'intérieur, de la justice et des transports, au début de la semaine, la Turquie entame officieusement sa campagne électorale. Une campagne qui s'annonce longue et mouvementée puisque les élections "anticipées", décidées par le Parlement jeudi 30 juillet, n'auront lieu que le 18 avril 99. Selon la Constitution, qui n'avait apparemment pas prévu une période préélectorale aussi longue, ces trois ministères doivent être aux mains de personnalités non partisanes durant la période précédant le vote. Le premier ministre, Mesut Yilmaz, a déjà annoncé qu'il démissionnerait également à la fin de l'année pour laisser les rênes du pouvoir à un gouvernement indépendant jusqu'à l'issue du scrutin. Avec l'approbation du président Suleyman Demirel, le premier ministre a nommé le préfet d'Istanbul, Kutlu Aktas, au poste de ministre de l'intérieur. Deux parlementaires indépendants, Hasan Denizkurdu et Arif Ahmet Denizolgun, ont été nommés aux ministères de la justice et des transports. La nomination de M. Denizolgun ne manquera pas d'irriter les généraux, le nouveau ministre étant perçu comme proche de la confrérie religieuse des Suleymanci. Ce choix apparaît comme un clin d'oeil électoral du premier ministre Mesut Yilmaz aux électeurs conservateurs et religieux. Sous la pression des militaires, son gouvernement a adopté, après une session turbulente qui a duré jusqu'à 5 heures du matin, deux mesures anti-islamistes supplémentaires qui risquent de faire perdre à son Parti de la mère patrie (ANAP) le soutien traditionnel des électeurs pieux : et l'Assemblée nationale a adopté, vendredi, juste avant de partir en vacances, de nouvelles lois qui, d'une part, placent toutes les mosquées indépendantes sous le contrôle du directorat pour les affaires religieuses et, d'autre part, interdisent le port de vêtements apparentés à des uniformes lors de manifestations. La construction de nouvelles mosquées sera désormais sujette à une permission spéciale. Lundi, un acteur et dramaturge islamiste accusé d'avoir insulté les forces armées avec une pièce intitulée Un ennemi de Dieu a été condamné à vingt-quatre ans d'emprisonnement, et quatre de ses acteurs ont pour leur part écopé de peines de seize ans de prison. Les militaires demeurent donc déterminés à écraser l'islam politique. Ils se dotent actuellement d'un commandement nouveau. Ismail Hakki Karadayi, chef de l'état-major, prend sa retraite et est remplacé à la tête des forces armées par le général Kivrikoglu. Son numéro deux, le général Cevik Bir, le plus politique et le plus polémique des généraux, quitte apparemment l'état-major pour prendre le commandement de la Ir armée, basée à Istanbul. L'atmosphère électorale affecte déjà les cercles politiques, qui jaugent les candidats potentiels et préparent leur stratégie. Mais ni les généraux, qui ne voient pas le scrutin d'un bon oeil dans les circonstances actuelles, ni même l'électorat, de plus en plus désillusionné face à un système politique essoufflé et corrompu, ne sont convaincus que les élections législatives, qui se tiendront en même temps que les municipales, apporteront à la Turquie la stabilité qu'elle attend. Si les partis ne parviennent pas à s'entendre pour modifier les lois électorales de façon radicale, il est probable que les islamistes du Parti de la vertu obtiendront de bons résultats. Malgré des accusations de corruption et une enquête sur les sources de sa fortune menée actuellement, Tansu Ciller, du Parti de la juste voie, semble également regagner du terrain. Le fractionnement de la scène politique pourrait dès lors, une fois de plus, rendre impossible la formation d'un gouvernement fort et stable. NICOLE POPE CORRESPONDANCE Une lettre de l'ambassade de Côte-d'Ivoire A la suite de l'article intitulé "Une révision constitutionnelle permet au président de Côte-d'Ivoire de suspendre les élections", paru dans nos éditions datées du 3 juillet, nous avons reçu de l'ambassade de Côte-d'Ivoire en France un courrier dont nous publions l'extrait suivant : Vous affirmez que le chef de l'Etat pourra décider de l'opportunité de tenir ou non l'élection présidentielle. Au soutien de cette affirmation vous affirmez que l'article 10 stipule que, "lorsque surviennent un cas de force majeure, des événements ou des circonstances graves rendant impossible la tenue de l'élection présidentielle ou la proclamation des résultats de celle-ci, le président de la République dont le mandat vient à terme demeure en fonctions après consultation des présidents de l'Assemblée nationale et du Sénat". Contrairement à ce qu'affirme l'article, qui ne reproduit que partiellement les dispositions de l'article 10 (alinéa 5), ce dernier comporte neuf alinéas dont trois les alinéas 5, 6 et 7 sont indissociables. Ces alinéas forment un tout indispensable à la compréhension du mécanisme institutionnel prévu par l'article 10. Il convient donc d'ajouter à l'alinéa 5 les deux autres alinéas omis, ainsi rédigés : Alinéa 6 : "Le Conseil constitutionnel saisi, après avoir constaté la cessation de la situation d'empêchement, fixe un nouveau délai qui ne peut excéder trente jours pour la proclamation des résultats de l'élection et cent quatre-vingts jours pour la tenue de l'élection présidentielle." Alinéa 7 : "Ce délai peut être renouvelé si les circonstances visées à l'alinéa 5 ci-dessus se reproduisent." L'article 10 de la Constitution ne prévoit donc pas un report unilatéral de l'élection présidentielle par le président de la République, encore moins l'opportunité de tenir ou non l'élection présidentielle. Mieux, lorsque la tenue de l'élection présidentielle est rendue impossible par des circonstances graves ou lorsque celles-ci rendent la proclamation des résultats de l'élection présidentielle impossible, c'est sous le strict contrôle du juge de la légalité constitutionnelle, le Conseil constitutionnel. [... ] Comme on le voit, l'article 10 de la Constitution prévoit un mécanisme contraignant en donnant les moyens légaux au chef de l'Etat pour assurer la continuité de l'Etat; car il ne saurait exister d'Etat sans chef de l'Etat pour quelque motif que ce soit. L'Irak refuse de coopérer avec les inspecteurs de l'ONU PARIS GILLES L'IRAK fait front à nouveau. Au lendemain du départ précipité de Bagdad de son chef, Richard Butler, Bagdad a décidé mercredi 5 août de ne plus coopérer avec la Commission spéciale des Nations unies (Unscom) chargée du désarmement. Même si les inspecteurs de l'ONU ont pu continuer leurs opérations de surveillance, jeudi matin, le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, qui avait dénoué en février une énième crise entre les experts en désarmement et l'Irak, a décidé de repousser un voyage au Portugal pour assister à la réunion du Conseil de sécurité prévue le même jour et qui devait se saisir du dossier. DOCUMENT SOUS SCELLÉS Trois événements peuvent permettre de comprendre les tensions actuelles. En juin, l'Unscom a assuré que l'Irak avait réussi par le passé à armer des têtes de missiles de gaz innervant VX. Une contre-expertise demandée par Bagdad est en cours. Quelques semaines plus tard, les enquêteurs ont mis la main sur un document qui pourrait contenir, selon eux, des informations sur le programme chimique irakien, mais la pièce a été placée sous scellés et le vice-premier ministre irakien Tarek Aziz a affirmé lundi, selon M. Butler, qu'elle ne serait jamais remise aux experts. Enfin, le Conseil de sécurité s'est refusé le 29 juillet à refermer dès à présent le dossier de l'armement nucléaire de l'Irak, jugeant insuffisants les résultats du dernier rapport de l'Agence internationale de l'énergie atomique. Les pays hostiles à l'Irak tirent argument des plus récentes révélations des experts pour justifier le maintien d'une ligne dure contre Bagdad, accusé de duplicité. L'Irak, de son côté, estime que la dernière décision du Conseil de sécurité prouve qu'il n'a rien à attendre de l'ONU, suspectée de faire le jeu des Etats-Unis. La décision irakienne est potentiellement lourde de tensions. Le feu vert de l'Unscom est la condition sine qua non pour la levée de l'embargo pétrolier. Début octobre, l'Unscom doit rendre un nouveau rapport sur l'état du désarmement irakien. En cas de blocage prolongé avec les équipes de l'ONU et donc en l'absence de nouveaux progrès, la poursuite du statu quo pourrait déclencher une nouvelle crise entre l'Irak et les Nations unies. GILLES PARIS Le Congo-Kinshasa rend le Rwanda responsable de la crise qu'il traverse Les rebelles banyamulenges affirment que M. Kabila leur avait promis le Kivu FRITSCHER FREDERIC Arthur Zahidi Ngoma, ancien opposant au régime Mobutu emprisonné puis libéré par M. Kabila, a été "élu", mercredi 5 août, à la tête de la révolte des Banyamulenges (Congolais tutsis d'origine rwandaise). Les rebelles, anciens alliés de M. Kabila, affirment avoir agi pour obliger le chef de la RDC à leur céder la région du Kivu, comme il l'aurait promis. Les combats se poursuivent dans l'est du pays (lire aussi notre éditorial page 10). LA RÉBELLION des Banyamulenges (Congolais tutsis d'origine rwandaise) qui fait rage en République démocratique du Congo (RDC, ex-Zaïre) depuis quatre jours aurait été déclenchée pour faire respecter un engagement non tenu de Laurent-Désiré Kabila à leur égard. L'ex- rebelle aurait promis à ceux qui l'ont aidé à prendre le pouvoir en mai 97 de leur donner la région du Kivu (est). Du moins est- ce ce qu'affirmait, mercredi 5 août, Pascal Tshipata, un ancien chef du renseignement des forces de M. Kabila au Sud-Kivu. C'est dans cette région qu'ont commencé les troubles actuels. C'est là également qu'avait débuté la guérilla menée par M. Kabila contre le maréchal Mobutu Sese Seko, avec l'aide des soldats banyamulenges, guérilla qui devait aboutir à la chute du dictateur. "ETAT CRIMINEL" Selon M. Tshipata, M. Kabila aurait signé, en octobre 96 (au moment du déclenchement de la rébellion contre M. Mobutu), un accord avec les Banyamulenges prévoyant de leur "confier le Kivu" quand "toute la République aura été libérée". La rébellion, déclenchée dans le Kivu par des soldats banyamulenges, est destinée à "faire respecter cet accord", a ajouté M. Tshipata. Le président Kabila a aussitôt fait démentir "formellement" cette information. "Il n'a jamais signé un accord avec qui que ce soit", prévoyant que le Kivu revienne aux Banyamulenges a affirmé le porte-parole de M. Kabila. Kinshasa récuse cette explication d'une promesse non tenue comme un prétexte permettant au Rwanda de se cacher derrière la rébellion banyamulenge. Le régime de M. Kabila a accusé Kigali d'être à l'origine des troubles et d'y participer. Mercredi, les autorités congolaises ont menacé leur ancien allié de représailles et "d'exporter la guerre au Rwanda". Elles ont appelé la communauté internationale à "traiter le Rwanda comme un Etat criminel". Pour Kinshasa, la mainmise rwandaise sur la révolte banyamulenge est confirmée par "l'élection", mercredi, de l'opposant Arthur Zahidi Ngoma comme chef de la rébellion, quelques jours seulement après le début des troubles. Ancien adversaire de M. Mobutu emprisonné un temps par M. Kabila, M. Ngoma a pris soin de préciser que la rébellion "n'est pas le combat des Rwandais mais celui de tous les Congolais". Il n'en a pas moins été qualifié de "drogué et de valet des Rwandais" par le ministre de l'intérieur de la RDC, Gaëtan Kakudji. L'impression d'une machination rwandaise a été renforcée par le ralliement à la rébellion de Bizima Kahara, ministre des affaires étrangères sortant de M. Kabila, considéré comme proche de Kigali. "M. Kabila est devenu un dictateur aussi mauvais que Mobutu", a affirmé M. Kahara, qui a trouvé refuge en Afrique du Sud après avoir opportunément quitté la RDC peu avant le début des troubles. Le Rwanda, de son côté, continue à démentir toute implication dans la rébellion, mais Kigali se fait plus menaçant. En visite en Zambie, le président rwandais Pasteur Bizimungu n'a pas exclu d'intervenir en RDC. "A l'heure actuelle il n'y a pas de raison pour le Rwanda d'être là-bas, mais si nous avons des raisons sérieuses d'être impliqués, nous le ferons", a-t-il affirmé. Dans l'est de la RDC, les Banyamulenges ont consolidé leurs positions dans les principales villes du Kivu. Goma, chef- lieu du Nord-Kivu et Bukavu, capitale du Sud-Kivu, sont passées sous leur contrôle. De violents combats à l'arme lourde semblaient se poursuivre à Uvira, plus au sud, et à Kitona qui abrite une importante base militaire au sud-ouest du pays. Kinshasa a démenti que des combats se déroulaient à Kisangani, la troisième ville du pays, comme l'ont pourtant affirmé des témoins sur place. Un responsable banyamulenge a déclaré que la rébellion avait beaucoup de morts à déplorer. COUVRE-FEU LEVÉ A KINSHASA A Kinshasa, le couvre-feu a été levé par les autorités, consacrant le retour au calme dans la capitale congolaise. Des opérations de ratissage de l'armée et de la police à l'encontre des Banyamulenges se poursuivaient néanmoins dans plusieurs quartiers. Devant l'ampleur des troubles, les Etats-Unis ont appelé le gouvernement de la RDC "à garantir les droits de tous les citoyens et à résoudre le conflit par des moyens pacifiques". Washington a affirmé qu'il invitait "tous les pays de la région à respecter l'intégralité territoriale de la RDC et à s'abstenir de prendre part au conflit". Au même moment, le Pentagone a pris soin de préciser que des observateurs militaires américains signalés à la frontière du Rwanda et de la RDC devaient regagner Kigali. Washington a également affirmé que le programme d'entraînement des forces rwandaises mené par des instructeurs américains avait été interrompu en raison des troubles en RDC. FREDERIC FRITSCHER (AVEC AFP) Les pluies entravent l'aide aux populations dans le sud du Soudan Les détournements de nourriture inquiètent les ONG STERN BABETTE LOKICHOKIO (nord du Kenya) de notre envoyée spéciale La piste d'aviation de Lokichokio, à quelques encablures de la frontière sud du Soudan, est, à 6 heures du matin, en effervescence. Les turbines des deux Hercules sont en train de tourner tandis qu'une noria de petits chariots élévateurs fait le va-et-vient entre les entrepôts et leurs soutes grandes ouvertes pour recevoir les quelque 16 tonnes qu'ils vont bientôt larguer au-dessus du Sud soudanais. Ce sont les premiers voyages de la journée pour ces deux avions loués par l'ONU à une compagnie angolaise et une sud- africaine. Ils en effectueront deux autres, en envoyant ainsi, à chacun de leurs passages, à 700 pieds de haut, plus de 320 sacs de 50 kilos de maïs ou de céréales enrichies. Depuis trois semaines, le nombre de largages pour venir en aide aux 2,4 millions de personnes (1,2 million dans les régions contrôlées par les rebelles et autant dans les villes contrôlées par le gouvernement de Khartoum) s'est intensifié jusqu'à atteindre vingt par jour, soit 400 à 450 tonnes de nourriture. Ces derniers jours, les équipes du Programme alimentaire mondial (PAM) qui ont mis sur pied le plus grand pont aérien de son histoire se sont démenées pour surmonter deux problèmes logistiques : trouver des avions et des tonnages supplémentaires de céréales afin de faire face à l'aggravation de la famine dans la province du Bahr-el- Ghazal, au sud-ouest du Soudan. Elles affrontent aujourd'hui un élément qu'elles sont loin de pouvoir maîtriser : la pluie qui, depuis quelques jours, s'est abattue sur le Sud. Le sol gorgé d'eau interdit tout atterrissage et prive de nombreuses localités de médicaments, de tentes, de lait, de farine et d'huile, qui ne peuvent être largués sous peine d'éclater au sol. Mercredi 5 août, après vingt minutes de vol, un Buffalo emportant 4 tonnes de ces produits pour Ajiep, à deux heures et vingt minutes de vol de Lokichokio, qui est l'épicentre de cette catastrophe humanitaire, a dû rebrousser chemin, à la suite d'informations météo alarmantes. Le même jour, d'autres avions de Médecins sans frontières (MSF), à destination de deux autres localités, ont dû être déroutés. A Lokichikio, MSF a plus de 50 tonnes en attente et ses entrepôts craquent. Les pluies empêchent également d'ouvrir de nouveaux points de largage, faute de pouvoir déposer les équipes au sol chargées de distribuer la nourriture. "TAXATION" Or, moins que jamais, le PAM est enclin à larguer cette aide massive sans contrôle au sol. La répartition des milliers de tonnes de céréales (12 000 en juillet) fait en outre l'objet de vives polémiques de la part des pays donateurs, qui émettent des doutes sur l'efficacité du PAM sur le terrain. Pour de nombreux observateurs, il n'est pas normal que l'on constate plus d'une centaine de morts par jour à Ajiep compte tenu des énormes quantités de nourriture régulièrement déversées. De passage dans le Sud, il y a une semaine, la directrice de l'Unicef, qui coordonne l'opération "Life Soudan" avec le PAM, a admis la possible existence d'un système de "taxation" des populations civiles par les militaires des mouvements rebelles. Mais les équipes du PAM conviennent, à demi-mot, qu'il faut aussi chercher certaines causes de cette situation dans l'organisation des communautés elles-mêmes. Une mission de l'ONU, composée d'ONG, du PAM, de l'Unicef et du bras humanitaire du mouvement sudiste rebelle SPLA qui, sur le terrain, supervise la distribution dans les zones qu'il contrôle, a débuté une tournée dans plusieurs villes du Bahr-el-Ghazal pour identifier les causes exactes des détournements de nourriture. Alors que la situation des populations empire chaque jour, le PAM doit prouver qu'il ne gaspille pas l'argent dont il dispose. Selon ses estimations, il aura besoin de 38 millions de dollars supplémentaires (environ 230 millions de francs) pour nourrir la population soudanaise d'ici à avril 99. BABETTE STERN Le Congo-Kinshasa rend le Rwanda responsable de la crise qu'il traverse Un chef pour la rébellion Arthur Zahidi Ngoma, "élu" chef de la rébellion militaire contre le président de la RDC, Laurent-Désiré Kabila, est originaire de l'est du pays, mais n'est pas un Banyamulenge. Ancien opposant au maréchal Mobutu Sese Seko, M. Ngoma a été emprisonné par M. Kabila avant d'être autorisé en mai à quitter le pays. Président du mouvement politique des Forces du futur et fonctionnaire de l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (Unesco), M. Ngoma avait été arrêté à Kinshasa le 25 novembre 1997, lors des assises de son mouvement. Son incarcération avait été justifiée par la violation de l'interdiction des activités politiques dans le pays, décidée par M. Kabila dès son arrivée au pouvoir. L'opposant avait dénoncé le nouveau régime qui, selon lui, n'était "pas congolais". Aujourd'hui, pourtant, il fait figure de faire-valoir d'une rébellion à forte dominante rwandaise. Les dépenses des médecins libéraux en hausse de 3,4 % sur cinq mois LES DÉPENSES de médecine de ville des trois principaux régimes d'assurance-maladie (salariés, agriculteurs, indépendants) ont augmenté de 3,4 % sur les cinq premiers mois de 1998 (par rapport à la même période de 97), a indiqué, mercredi 5 août, la Caisse nationale d'assurance-maladie. Le taux de progression s'établit à 2,2 % pour les généralistes et à 6,2 % pour les spécialistes, selon les résultats cumulés (exprimés en dépenses remboursables). Pour le seul régime des salariés (86,5 % des dépenses remboursables), la progression des dépenses de médecine libérale sur les cinq premiers mois est de 3,7 %. COHABITATION : François Fillon, porte-parole du RPR, déclare que "la cohabitation est une anomalie de notre système politique" François Fillon, porte-parole du RPR, a déclaré, mercredi 5 août sur Europe 1, que "la cohabitation est une anomalie de notre système politique" et "une situation contraire à l'esprit de la Constitution". Par ailleurs, il a souligné "le succès personnel enregistré par Philippe Séguin" dans la résolution de la crise qui a opposé Jean Tiberi et Jacques Toubon au Conseil de Paris. IMMIGRATION : Charles Pasqua juge que "personne ne peut résoudre le problème tout seul" et que l'UE doit aider les pays d'émigration à se développer Charles Pasqua juge, dans un entretien publié mercredi 5 août par le quotidien italien Corriere della Sera, que "personne ne peut résoudre le problème [de l'immigration] tout seul" et que l'UE doit aider les pays d'émigration à se développer. M. Pasqua réaffirme que "régulariser tous ceux qui aujourd'hui ne le sont pas est inévitable". OUTRE-MER : Lionel Jospin a décidé de réserver la journée du 23 octobre à "un large débat" sur les DOM-TOM à l'Assemblée nationale Lionel Jospin a décidé de réserver la journée du 23 octobre à "un large débat sur les départements et territoires d'outre-mer" à l'Assemblée nationale, a annoncé, mercredi 5 août, la députée de Guyane Christiane Taubira-Delannon (Walwary, app. socialiste). Jean-Claude Gaudin "surfe" sur le bonheur du football à Marseille Lancé dans la campagne des élections sénatoriales en pensant surtout aux municipales de 2001, le maire compte sur le succès de la Coupe du monde pour redynamiser sa ville et marginaliser l'extrême droite. La gauche veut lui disputer le bénéfice de l' "effet Mondial" LEROUX LUC MARSEILLE de notre correspondant Huit jours après le coup de sifflet final du Mondial, lors de la dernière réunion du conseil municipal avant les vacances, le 20 juillet, Jean-Claude Gaudin, maire (DL) de Marseille, recevait les félicitations de la quasi-totalité des élus marseillais. Surfant sur la vague de la Coupe du monde, il s'affichait, quelques jours plus tard, à la "une" de la presse locale au côté de Zinedine Zidane tout sourire. Les louanges sur l'organisation de la compétition à Marseille, momentanément ternie par les incidents avec les hooligans anglais, sont venues de tous les bords politiques. "Chapeau ! Nous sommes encore plus fiers d'être marseillais", lançait Renaud Muselier, premier adjoint et dépuité RPR, tandis que le groupe socialiste exprimait son enthousiasme. On a même entendu Frédéric Rosmini (PS) lancer au conseil : "Nous devons tous remercier Malika Zidane [NDLR : la mère du footballeur] d'avoir donné un tel fils à Marseille !" A l'exception de légères critiques sur les activités culturelles liées à l'événement sportif, les élus communistes se joignaient eux aussi à ce concert d'éloges. Seul le groupe Front national a boudé ce plaisir, partagé par la majorité des Marseillais. M. Gaudin en tirait la conclusion que Marseille avait, en quelques semaines, connu un redressement durable de son image de marque "équivalant à dix ans de promotion". L'extrême droite reprochait au maire les dépenses liées à l'organisation des sept matches de l'épreuve : "600 millions de francs et un stade un peu loupé, c'est trop", relevait ainsi Hubert Savon (FN). Cinglante, la réplique de M. Gaudin s'adressait à Jean-Marie Le Pen, seul dirigeant politique à ne pas avoir pris part à la fête sportive, lui "préférant un spectacle des Chippendales". Eclat de rire général dans la salle du conseil. M. Gaudin exploite ce succès contre son plus dangereux adversaire pour les élections municipales de 2001. "J'ai été heureux, dit-il, de voir les jeunes Marseillais se réapproprier les drapeaux tricolores et chanter l'hymne national, des valeurs trop souvent utilisées par le Front national, le seul parti à avoir critiqué le Mondial." Il a promis une grande parade sur la Canebière, le 12 septembre, à laquelle devraient participer les footballeurs marseillais qui ont contribué à la victoire de l'équipe de France. Le maire sait aussi qu'un événement peut en chasser un autre. Dans un dossier vert, étiqueté "Sénatoriales", il a rangé deux vieux journaux jaunis et écornés datant d'octobre 38. La "une" du Petit Provençal rapporte l'élection des sénateurs parmi lesquels le maire de Marseille de l'époque, Henri Tasso. La seconde, celle du Petit Marseillais, d'une semaine plus tard, annonce la mise sous tutelle de la municipalité de Marseille au lendemain de l'incendie des Nouvelles-Galeries sur la Canebière, un sinistre (73 morts) qui avait illustré l'incurie des services de secours municipaux. "Une élection n'est jamais gagnée à l'avance, commente avec prudence M. Gaudin. Le drame aurait eu lieu avant les sénatoriales, Tasso n'aurait jamais été élu." A moins de deux mois de l'élection des sept sénateurs des Bouches-du-Rhône, M. Gaudin, comptant sur un bon millier des 2 898 voix des grands électeurs du département, sait qu'il va retrouver son siège au Palais du Luxembourg et compte que Francis Giraud, maire (RPR) de Roquefort-la-Bedoule, et André Vallet, maire (radical) de Salon- de-Provence, l'y accompagneront. Ces deux candidats doivent à la défaite de la droite aux élections régionales et cantonales de figurer en position éligible. PATIENCE POLITIQUE Les postes des sénateurs étaient promis de longue date à Jean Roatta, député (DL) de Marseille et à Léon Vachet, député (RPR) de la quinzième circonscription des Bouches-du-Rhône. "C'était leur tour d'aller au Sénat", convient M. Gaudin. Cependant, l'élection de MM. Roatta et Vachet au Palais du Luxembourg aurait conduit à deux élections législatives partielles risquées. "Devant l'échec de François Léotard aux régionales qui, dans le département, rabaisse la droite à une situation jamais atteinte, et devant notre échec inattendu aux cantonales", MM. Gaudin et Muselier ont prié MM. Roatta et Vachet de céder leurs places. Dans la circonscription de M. Roatta, M. Gaudin ne voulait pas que Bruno Mégret, candidat déclaré aux municipales de 2001 à Marseille, profite de l'occasion pour un galop d'essai. "Mégret campe aux portes, il n'a qu'un désir, c'est d'entrer dans la citadelle. Je ne suis pas assez fou pour lui ouvrir les portes avant l'heure", explique le maire. Faisant contre mauvaise fortune bon coeur, les deux candidats recalés ont accepté de figurer en position inéligible sur la liste, étant entendu qu'après les législatives de 2002, MM. Giraud et Vallet pourraient quitter le Sénat pour laisser leurs places à MM. Roatta et Vachet. "Si un tel accord existe, il n'a pas été porté à ma connaissance", déclare, sans trop de conviction, M. Gaudin. Lors de la confection de la liste, M. Gaudin souhaitait voir figurer une femme en position éligible. Il avait avancé le nom d'Anne-Marie Bertrand, maire de Rognonas. La proposition a provoqué une levée de boucliers chez les 50 maires de droite, et André Vallet, ex-socialiste, qui avait rejoint l'UDF en 90, lui a été finalement préféré. Thérèse Aillaud, maire de Tarascon, battue aux législatives par Michel Vauzelle, mais rescapée des cantonales au printemps, s'était portée candidate à l'investiture. Elle n'a pas été retenue, officiellement en raison d'un calcul de voix qui lui serait défavorable, mais sa mise en examen pour détournements de fonds publics dans le sillage de contrôles de la chambre régionale des comptes a pesé davantage. Parmi les déçus, Jacques Rocca Serra (FD), sénateur sortant et adjoint au maire, a dû accepter de figurer en septième position, malgré les interventions de François Bayrou. "S'il sait attendre, pronostique M. Gaudin, il rebondira." En matière de patience politique, le maire de Marseille sait de quoi il parle. LUC LEROUX Marseille Les élections sénatoriales Le FN cherche à gagner des voix dans les rangs de la droite SAMSON MICHEL MARSEILLE de notre correspondant régional Ronald Perdomo, président du groupe Front national au conseil municipal de Marseille et conseiller régional, est discrètement en campagne depuis quelques semaines. Présenté par le FN comme l'un de ses candidats aux élections sénatoriales qui pourraient faire entrer l'extrême droite au Palais du Luxembourg (Le Monde du 5 août), l'ancien député (élu en 86) espère présenter aux grands électeurs des Bouches-du- Rhône une "liste de grand rassemblement de la droite". L'objectif est que, parmi les sept postulants, figurent, à côté d'élus municipaux de Marignane et de Vitrolles, quelques personnalités non issues du FN. M. Perdomo essaie de rencontrer le plus grand nombre d'élus susceptibles de le recevoir, au moins, pour l'écouter. Sur 2 800 grands électeurs, plus de la moitié étant acquis à la gauche, et 500 bien ancrés dans la droite républicaine, il lui reste 300 ou 400 personnes à contacter. L'avocat compte avoir fini sa prospection à la la mi-août, afin de présenter une liste complète juste avant le 4 septembre. Après avoir édité, déjà, deux journaux de campagne, M. Perdomo a publié un communiqué qui résume son argumentation en direction des indécis. Il s'agit de "représenter l'opposition véritable à la coalition socialo-communiste", de "constituer un contrepoids efficace à la fausse droite" et d' "assurer une juste représentation des divers courants d'opinion". Selon les calculs du FN, contestés par les experts de la droite, l'affaire est jouable, car le maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin, chef de file de la liste réunissant l'ex-UDF et le RPR, peut tabler sans nul doute sur deux sièges, mais risque de laisser échapper le troisième. Si, donc, les grands électeurs de droite veulent éviter de laisser ce siège à la gauche, ils n'ont qu'une solution : faire bloc avec le FN, martèle M. Perdomo. Cette stratégie de séduction s'appuie sur les résultats enregistrés lors des élections régionales et cantonales de mars. M. Perdomo et ses amis, estimant que "les électeurs sont de droite mais [que] les élus sont de gauche", concluent donc qu'il faut en finir avec "la droite la plus bête du monde". Bruno Mégret, qui ne peut que se reconnaître dans cette stratégie, s'adresse lui aussi à la droite dans la tribune qu'il a donnée au journal de campagne de M. Perdomo. "Il nous faut gagner ensemble, car ce qui nous rassemble est plus fort que ce qui nous divise encore", affirme le délégué général du FN, candidat déclaré à la mairie de Marseille en 2001. MICHEL SAMSON Marseille Les élections sénatoriales Le PS tente de solder ses querelles passées et joue la carte de l'union de la gauche SAMSON MICHEL MARSEILLE de notre correspondant régional La succession des présidents socialistes au conseil général des Bouches-du- Rhône qui a vu Jean-Noël Guérini prendre la place de François Bernardini, lui-même ayant pris celle de Lucien Weygand a tourné une page pour le PS des Bouches-du-Rhône. Contraint à la démission par un arrêt du Conseil d'Etat (Le Monde du juillet), M. Bernardini a annoncé qu'il allait prendre un peu de repos. Sans qu'il ait précisé son calendrier, ses amis s'attendent à son retour, en qualité de premier secrétaire de la fédération socialiste, dès la rentrée. Les socialistes sont engagés, pour l'heure, avec assez d'optimisme, dans la préparation des élections sénatoriales, pour lesquelles une liste commune a été formée avec le PCF et les radicaux de gauche. Jean- Noël Guérini, le nouveau président du conseil général, a discrètement rappelé aux grands électeurs des petites communes qu'il est le grand dispensateur de fonds pour ces collectivités locales, fortement représentées dans le collège sénatorial. D'ailleurs, en annonçant qu'il partirait aux sénatoriales avec ses amis dissidents, l'ancien président, M. Weygand, a provoqué une réaction indignée de son ancien compagnon d'échappée, Serge Andréoni, maire de Berre, qui a proclamé une fidélité nouvelle à ses ex-camarades de parti. Robert Bret, chef du groupe communiste du conseil municipal de Marseille, figure en deuxième position sur la liste, conduite par Jean-François Picheral (PS), maire d'Aix-en-Provence. M. Bret donne une image rajeunie du PCF, dont le sénateur sortant, Louis Minetti, est âgé de soixante-treize ans. Deux autres socialistes, Henri d'Attilio, député en mission (ce qui permettra son remplacement par son suppléant et évitera une élection législative partielle), maire de Châteauneuf-les- Martigues, et M. Guérini, qui ne semble pas très favorable aux lois drastiques en matière de cumul des mandats, espèrent aussi être élus. L'optimisme affiché des socialistes des Bouches-du- Rhône les encourage à préparer les prochaines élections municipales de Marseille, objet de tous leurs soins, avec plus d'entrain. Ils imposent peu à peu de nouvelles figures dans le paysage politique, comme Sylvie Andrieux, récente députée des quartiers nord et seule membre de la nomenklatura locale au bureau national de son parti. "ÉTAT DE GRÂCE" Traumatisés par les dissidences passées de Robert Vigouroux (1989), Michel Pezet (1995) et Lucien Weygand (aux régionales de 98), inquiets de l'arrivée de Bruno Mégret, numéro deux du Front national, conscients qu'ils ne disposent pas d'un chef de file incontestable et inquiets de leur réputation au niveau national, les socialistes déploient tous leurs efforts pour ouvrir leur parti et le mettre en état de marche en se dégageant des querelles d'hommes. Ils ont décidé de préparer l'échéance de 2001 en formant des ateliers de réflexion sur l'avenir de la ville et en prenant bien garde d'y impliquer toutes les sensibilités, tous les clans et toutes les générations. Philippe Sanmarco, qui aura purgé d'ici les municipales la peine subie dans l'affaire Urba, participe avec Mme Andrieux, première secrétaire fédérale déléguée, et Patrick Menucci, conseiller régional, conseiller municipal de Marseille et membre de la Gauche socialiste, à l'animation de commissions thématiques, qui prendront langue avec les sections et associations pour élaborer un programme d'ici l'été 2000. Il sera bien temps, alors, de trancher entre les ambitions ! Les dirigeants socialistes assurent que cela se fera dans les règles. Ils se disent vaccinés contre les dérives anciennes. Mme Andrieux assure même que sa fédération de 7 500 membres est une des rares en France à envoyer aux instances nationales un état mensuel des adhésions et cotisations. Quant aux relations avec le PCF, elles restent assez sereines : l'élaboration de la liste sénatoriale n'a donné lieu qu'à des accrochages rituels sur l'ordre des candidats qui ont été très vite réglés. Les communistes jouent le jeu, car ils rêvent de participer à la conquête de la mairie et ils ont su profiter des bonnes cotes de leurs ministres pour placer quelques permanents dans les enceintes élues. Ces bonnes intentions sont renforcées par ce que Jean-Marc Coppola, premier secrétaire de la fédération communiste, appelle "le double ``état de grâce`` : les régionales et les cantonales, plus l'effet Mondial". La rentrée sociale pourrait pourtant relancer quelques tensions sociales et politiques, évitées de justesse lors du mouvement de chômeurs de la fin 97. Et les élections européennes de juin 99 pourraient assombrir le tableau heureux que la gauche peint d'elle-même. MICHEL SAMSON Le PCF galvanise ses troupes en Seine-Saint-Denis à un mois de la Fête de "L'Huma" POLLET CAROLINE; VIRIEU HELENE DE À LA CHARNIÈRE des premières rentrées et des nouveaux départs en vacances, les militants de Seine-Saint-Denis, la plus importante fédération départementale du PCF 22 000 adhérents revendiqués, étaient conviés, mercredi 5 août, au château de Saint-Ouen pour une "assemblée de rentrée" avant l'heure. L'invitation avait également pour objectif de motiver les troupes pour diffuser en masse les vignettes donnant accès à la Fête de L'Humanité, en septembre. Juillet, en Seine-Saint-Denis, a été plus qu'ailleurs occupé par la Coupe du monde de football, événement à la fois rassembleur et controversé. Roland Jacquet, membre du bureau national du PCF, dont il est le trésorier, a fait part aux militants de son optimisme quant aux "profondes transformations de la société tout entière" provoquées par l'événement sportif. La fédération, pour sa part, a innové en sillonnant méthodiquement les villes du département avec une caravane. Le 25 juin à Pierrefitte, Michel Laurent, secrétaire de la fédération, lançait la tournée de son "chapiteau géant" sur les places publiques de Saint-Ouen, Sevran, Bagnolet... jusqu'à La Courneuve, le 11 septembre, pour la Fête de L'Humanité. "Deux mois de festivités pendant les congés d'été, avec rencontres- débats, spectacles, bals populaires, expositions", explique M. Laurent, qui veut "replacer la fête au centre de la politique, prendre le temps de parler ensemble, associer militantisme et plaisir". Premier bilan après un mois de nomadisme en Seine- Saint-Denis ? Les rencontres ont fonctionné, mais les personnalités les plus éminentes du parti se sont décommandées, à l'instar des deux ministres issus du département, Jean-Claude Gayssot et Marie-George Buffet. Robert Hue, lui, n'était pas au programme dans cette fédération pourtant voisine de son département du Val-d'Oise... Les militants communistes ont aussi pour mission de diffuser une pétition nationale, mettant en avant cinq revendications principales, "les cinq points de la bataille budgétaire de 99" : une augmentation du rendement de l'ISF, un relèvement plus important du SMIC, une baisse de la TVA de 20,6 % à 5,5 % sur les factures de gaz et d'électricité, un moratoire sur les plans de licenciement, la reconduction de l'augmentation de l'allocation de rentrée scolaire à 1 600 francs par enfant. La dernière proposition est déjà acquise pour le gouvernement. D'autres sujets demeurent à débattre ou bien ont été abandonnés, comme la revendication d'une taxation des biens professionnels à l'ISF. L'objectif est, enfin, de lancer le débat sur des sujets tels que le traité d'Amsterdam. Pour ce qui est de la Fête de L'Humanité, les militants font les comptes : 30 000 vignettes vendues, soit près de la moitié des ventes nationales (68 000), département d'accueil oblige. Comme il s'agit, avant tout, d'infléchir la tendance à la baisse qui sévit depuis quelques années, les militants se contenteraient de vendre le même nombre de vignettes qu'en 97. Ils insistent sur la volonté d' "ouvrir" la fête, en multipliant les débats et les invitations de personnalités non communistes. La Fête de L'Humanité ne doit plus être identifiée au parti qui en est, à la fois, l'initiateur et le bénéficiaire. A l'instar de la création d' "espaces-citoyens", visant à entretenir le débat au-delà des périodes de campagne électorale, les organisateurs de la fête voudraient en faire l'occasion d'une "mise à disposition" du citoyen de clés pour comprendre la vie politique, lui permettant à son tour de "prendre lui-même les initiatives". Les 11, 12 et 13 septembre, au Parc paysager de La Courneuve, sont prévus plus de trois cents débats, avec un objectif modeste : faire aussi bien qu'en 97, où la Fête de L'Huma avait attiré 400 000 personnes. CAROLINE POLLET; ET HELENE DE VIRIEU Le Crédit immobilier de France aide ses débiteurs à sortir du chômage L'établissement financier permet aux propriétaires privés d'emploi de bénéficier d'un reclassement individualisé. Expérimenté avec succès dans deux régions, le dispositif va être généralisé à l'ensemble du réseau GARIN CHRISTINE LOGEMENT Le Crédit immobilier de France, un établissement financier issu du mouvement HLM, expérimente en Rhône-Alpes et dans le Nord-Pas-de- Calais un système permettant d'aider les accédants à la propriété modestes au chômage à retrouver un emploi. Des consultants sont mis à la disposition de ces personnes frappées par le chômage, qui bénéficient de parcours individualisés de six mois. CETTE EXPÉRIENCE, aux premiers résultats satisfaisants, doit être étendue à l'ensemble du territoire à la rentrée. LA CONVENTION signée le 29 juillet entre le gouvernement et les collecteurs du 1 % logement prévoit le financement d'une dispositif de sécurisation des accédants à la propriété modestes. En cas de chômage, ils pourront bénéficier pendant un an d'un report de la moitié de leurs mensualités de remboursement. OIGNIES (Pas-de- Calais) de notre envoyée spéciale Patricia a d'abord cru "à une arnaque". Un organisme de crédit immobilier qui vous propose les services d'un cabinet spécialisé pour vous sortir du chômage, ça paraissait vraiment suspect. Alors, elle a posé la question : "Combien ça coûte ?" Pour finalement accepter de se rendre au rendez-vous proposé, "vraiment méfiante, dit-elle, puisque, en plus, c'était gratuit". Monique Charlet est habituée à ces réactions d'incrédulité. Depuis mars 97, elle s'occupe, pour le Crédit immobilier de France (CIF) de la région Nord-Pas-de- Calais, du reclassement des accédants à la propriété frappés par le chômage. La formule est originale. Plus ambitieuse que le classique contrat d'assurance "perte d'emploi" proposé habituellement par les banques et les établissements financiers, elle consiste à faire bénéficier les accédants privés d'emploi d'une aide au reclassement, en plus de l'indemnisation classique. Calquée sur le système d'outplacement, d'ordinaire réservé aux cadres des grosses entreprises, la prise en charge, taillée sur mesure pour chaque candidat, dure six mois. Le CIF est un établissement financier issu du mouvement HLM, spécialisé dans l'accession sociale. C'est, à ce titre, un des premiers réseaux de distribution du prêt à taux zéro. Plus du quart de ses clients gagnent moins de 6 000 francs par mois, la moitié moins de 10 000 francs. Dans ces conditions, le moindre incident de parcours peut être fatal. Le CIF a été l'un des premiers à proposer une assurance-chômage, mais la mise en place de la nouvelle prestation d'assistance à la recherche d'emploi marque une étape supplémentaire. Expérimentée depuis mars 97 en Rhône-Alpes et dans le Nord-Pas-de-Calais, elle doit être généralisée à l'ensemble du réseau en septembre. MIEUX QUE L'ANPE Les résultats déjà obtenus sont prometteurs. Sur les 100 chômeurs concernés par l'expérience dans les deux régions tests, 36 étaient encore au chômage un an après leur entrée dans le dispositif, 47 avaient été reclassés, dont 26 avec un contrat à durée indéterminée et avec un contrat temporaire. Quatre accédants ont créé leur entreprise. Six sites d'accueil ont été ouverts, trois en Rhône- Alpes et trois dans le Nord. Les candidats à l'emploi y disposent d'un consultant, des bureaux et des outils de communication gratuits, Minitel, téléphone et fax, ainsi que d'un secrétariat qui assure CV et lettres de motivations. Une super-ANPE en somme. De l'ANPE, la vraie, ils ont, pour la plupart, un très mauvais souvenir. L'impression d'avoir été "noyé dans la masse", sans "véritable interlocuteur". Les consultants du CIF s'efforcent, eux, d'offrir pendant six mois un parcours individualisé. Patricia, assistante comptable de trente-sept ans, cliente du CIF de Oignies (Pas-de- Calais), est entrée dans le dispositif en février 98, huit mois après avoir perdu son emploi. Elle rencontre, une à deux fois par semaine, Monique Charlet. Après une phase de bilan, elle est passée à la recherche intensive : travail sur son CV et envoi de candidatures spontanées, simulation d'entretien d'embauche. Au bout de six mois, sa prise en charge aura coûté environ 30 000 francs à l'assureur. Mais si elle retrouve un emploi, il cessera de lui verser les 1 000 francs d'indemnisation chômage (la moitié environ des remboursements mensuels dont elle s'acquitte), prévu par son contrat. "Tout le monde s'y retrouve, explique Patrick Dujardin, directeur du CIF de Oignies. Le client qui augmente ses chances de retrouver un emploi, la CNP qui, s'il y parvient, cesse de l'indemniser, notre établissement qui a tout intérêt à limiter les risque de contentieux." UN CAS DIFFICILE Monique Charlet a ainsi vu défiler, en un an, des mécaniciens et des chauffeurs routiers, plusieurs vendeuses, des peintres en bâtiment et des maçons. "La phase de bilan, explique t-elle, est parfois très longue. Beaucoup de ces personnes ont commencé à travailler très tôt et ne se sont jamais posé la question du chômage et de la recherche d'emploi. Elles n'ont jamais rédigé un CV ni subi un entretien d'embauche. Certaines arrivent avec un tas de documents jetés dans un sac en plastique et vous disent : ``Voilà, j'ai fais tout ça.``" Marcel V., quarante-huit ans, artisan boulanger depuis l'âge de quatorze ans, s'est sorti d'une très mauvaise passe grâce aux services de Monique Charlet. La maison qu'il a fait construire en 83 ne sera entièrement payée qu'en 2003. En attendant, il rembourse 2 000 francs par mois. Sans emploi et avec six enfants, cela tient de l'exploit. Il a, pourtant, attendu "d'être totalement pris à la gorge" pour déclarer au CIF qu'il avait perdu son emploi et déclencher l'indemnisation. "J'ai pensé pouvoir m'en sortir tout seul, avec l'ANPE, raconte t-il. Mais on m'a fait faire des stages, pour finalement me dire que j'étais trop vieux pour retrouver du travail." Quand il est entré dans le dispositif du CIF, il avait envoyé 200 lettres et n'avait reçu aucune réponse. Il n'avait jamais rédigé de CV. "Avec vingt- deux ans de boulot dans la même boutique, explique t-il, je n'en avais jamais eu besoin." Dans le bureau de Monique Charlet, il a attaqué par le téléphone "de chez moi, ça coûtait trop cher" et par les annuaires. C'est comme ça qu'il a trouvé un patron prêt à l'accueillir en mai 98, à Tournai, en Belgique. Pour Jacqueline, les choses seront sans doute plus difficiles encore. Malgré une volonté farouche de "trouver quelque chose" et bien qu'ayant "toujours travaillé", elle cumule tous les handicaps : l'âge, cinquante-quatre ans, un niveau scolaire très bas, une situation familiale difficile. La maison des houillères qu'elle a acheté 110 000 francs en 94 lui coûte 1 600 francs par mois. Elle a déjà un an de chômage derrière elle et seulement 3 200 francs par mois d'allocation. Cette ancienne fille et femme de marinier qui s'est posé un peu par hasard à Douai n'a qu'une maigre expérience d'aide ménagère et de "technicienne de surface" à proposer. Elle rencontre une fois par semaine Monique Charlet. Comme elle écrit très mal, c'est cette dernière qui envoie les candidatures spontanées, cosignées par Jacqueline. En trois mois, elles en ont posté 0. "Je ne sais pas si ça aboutira, reconnaît Monique Charlet, car Jacqueline est un cas vraiment difficile. Mais j'ai bon espoir. Sur le premier groupe de 39 personnes que j'ai pris en charge, 29 on retrouvé un emploi en six mois et 4 continuent à chercher. Six seulement ont abandonné." CHRISTINE GARIN DÉPÊCHES JUSTICE : le hooligan allemand Karl-Heinz Elschner est retourné en prison. Le hooligan allemand Karl-Heinz Elschner, libéré la semaine dernière après avoir été mis en examen et écroué pour l'agression du gendarme Daniel Nivel, est retourné en prison, mercredi 5 août. La chambre d'accusation de la cour d'appel de Douai (Nord) a suivi le parquet de Béthune (Pas-de- Calais), qui avait fait appel de sa remise en liberté par le juge d'instruction. Plus de ménages pauvres locataires GARIN CHRISTIQUE DANS UNE ÉTUDE sur le logement des ménages pauvres en 96, l'Insee montre que le rajeunissement massif de cette population estimée à 2,8 millions, soit 12 % de l'ensemble des ménages s'est traduit par un déplacement de la propriété vers le parc locatif. Il y a douze ans, 46 % des ménages pauvres étaient propriétaires de leur logement et le secteur HLM n'accueillait que 16 % d'entre eux. Aujourd'hui, les propriétaires ne sont plus que 31 % au sein de cette population. Le parc social en loge le quart, le secteur locatif privé un autre quart. En 84, 60 % des ménages les plus défavorisés n'avaient aucune dépense de logement, parce qu'ils étaient propriétaires, logés gratuitement ou parce que les aides publiques au logement couvraient intégralement leurs dépenses. Aujourd'hui, ils ne sont plus que 45 % dans ce cas. Toutefois, pour ceux qui touchent des aides, même si les dépenses de logement continuent à peser davantage dans le budget des ménages pauvres (15 %) que dans celui des ménages modestes (11 %), la couverture fournie est meilleure aujourd'hui qu'en 84. Les locataires pauvres du parc privé sont cependant davantage pénalisés. En 96, 9 % seulement ont bénéficié d'une couverture intégrale de leur loyer alors que, dans le parc HLM, plus du tiers des ménages les plus en difficulté sont dans ce cas. Sur la période, note l'Insee, les dépenses de logement des plus pauvres se sont fortement accrues sous l'effet d'une augmentation générale des loyers. En 84, 3 millions de logements, soit le tiers du parc total de logements, répartis à égalité entre le parc HLM et le parc privé, offraient des loyers mensuels inférieurs à 10 francs le mètre carré. Il en reste 820 000, soit moins de 9 % du parc locatif total. CHRISTIQUE GARIN Alain Delon fait suspendre par la justice un projet de biographie INCIYAN ERICH SAISI PAR ALAIN DELON, le juge des référés du tribunal de grande instance de Paris a provisoirement interdit, mercredi 5 août, la publication de tout ouvrage issu d'un simple synopsis remis aux éditions Grasset par un auteur, Bernard Violet, travaillant sur un projet de biographie de l'acteur. La décision de la vice-présidente du tribunal, Marie-Claude Domb, a la particularité d'intervenir très en amont de la phase de publication. Par son caractère inédit, elle relève, selon les points de vue, d'une entreprise de censure ou d'une mesure de sauvegarde de la vie privée. Quand Bernard Violet présente son projet à Laure Adler, directrice de collection chez Grasset, en mai, il reçoit un accueil favorable. L'ancien journaliste a déjà publié une biographie du commandant Cousteau, des enquêtes sur l'affaire Ben Barka, la mort du pasteur Doucé, le terroriste Carlos ou le dossier Papon. A Laure Adler, qui évoquera le projet en comité de lecture, il remet un synopsis de dix-huit feuillets. Ce plan de travail présente les investigations envisagées sur l'enfance d'Alain Delon, sa carrière d'acteur et son parcours d'homme d'affaires. Les liens qu'aurait entretenus Alain Delon depuis un quart de siècle "avec des personnages choisis parce que l'opinion publique les connaît pour leur passé crapuleux ou criminel", selon l'expression de son avocat parisien, Me Jean Braghini, sont évoqués dans le synopsis. Mais il ne s'agissait encore que d' "une correspondance privée entre un auteur et son éditeur potentiel, sous la forme brute de pistes de travail", souligne M. Violet. Celui-ci ne cache donc pas sa surprise d'avoir découvert que Grasset a transmis ce document, sans l'en avertir, à Alain Delon. "ENTREPRISE DE DÉMOLITION" Laure Adler avait en effet contacté l'acteur pour lui demander s'il était informé de ce projet biographique. Répondant par la négative, la vedette a demandé à la directrice de collection, dans une lettre adressée le 29 mai par son avocat genevois, de lui "adresser un exemplaire" du document : "J'interviens en ma qualité de mandataire de M. Alain Delon (...), écrit Me Dominique Warluzel. Mon mandant souhaite prendre connaissance du texte dudit synopsis, avant que de se déterminer." Après la transmission du document "une boulette" de Mme Adler et de Grasset, pour M. Violet; "une précaution d'usage pour un éditeur responsable", pour la défense de M. Delon, la riposte de l'acteur n'a pas tardé. "Le synopsis révélait une entreprise de démolition, une volonté de traîner quelqu'un dans la boue, de fouiller dans sa couche, estime Me Braghini. Notre volonté n'est pas de tuer un ouvrage dans l'oeuf, mais de prévenir la publication d'anecdotes de caractère graveleux ou sexuel d'une rare fantaisie, et d'une masse d'allégations diffamatoires ou portant atteinte à l'intimité de la vie privée." Juridiquement fondée par le document remis à M. Delon, une assignation en référé visant M. Violet et Grasset a été adressée au tribunal afin "que soit interdit à l'auteur du synopsis proposé aux éditions Grasset de faire paraître des extraits ou la totalité du synopsis, ou d'un ouvrage qui en serait tiré". Par lettre de son avocat, la maison d'édition a alors fait savoir à la justice qu'elle n'avait pas signé de contrat avec M. Violet et qu'elle n'était pas engagée à publier d'ouvrage issu du synopsis. Dans son ordonnance du 5 août, le tribunal a jugé que "la gravité des atteintes portées à l'intimité de la vie privée du demandeur justifient, afin de prévenir tout dommage pouvant résulter pour lui de la publication du synopsis par extraits ou en totalité, ou d'ouvrages tirés de ce synopsis, qu'il est interdit à Bernard Violet, à titre provisoire et jusqu'à décision du juge du fond, toute publication sous astreinte" de 30 000 francs par infraction. Sur le fond, la demande de M. Delon sera examinée par la première chambre civile du tribunal à dater du 14 octobre. ERICH INCIYAN