Washington cherche les auteurs des attentats dans la nébuleuse islamiste Echaudés par les expériences passées, les Etats-Unis reconnaissent que l'enquête sera longue et difficile. Selon les derniers bilans, les opérations terroristes de Nairobi et de Dar es-Salaam ont fait 0 morts, dont 12 Américains, et 4 000 blessés ZECCHINI LAURENT TERRORISME L'Armée islamique pour la libération des lieux saints musulmans, qui a revendiqué les attentats anti-américains de Nairobi et de Dar es-Salaam, a réclamé le départ des forces américaines des pays musulmans dans un communiqué parvenu dimanche 9 août à Radio-France International. L'organisation y formule six autres exigences, qui tournent toutes autour du thème de l'usurpation par les Etats- Unis des droits et richesses des musulmans. LES ÉTATS-UNIS sont déterminés à retrouver les responsables de ces attentats et à les punir, ont dit, samedi et dimanche, les principaux responsables américains, qui affirment disposer de plusieurs pistes. OUSSAMA BEN LADEN, un islamiste richissime déchu de sa nationalité saoudienne et réfugié en Afghanistan, serait tenu pour le principal commanditaire possible des deux attentats. WASHINGTON de notre correspondant L'Amérique a la mémoire longue et aucun coupable ne doit se croire hors de sa portée : tel est en substance le message que les responsables de l'administration Clinton ont répété, dimanche 9 août. Madeleine Albright, William Cohen et Sandy Berger, respectivement secrétaire d'Etat, secrétaire à la défense et conseiller présidentiel pour la sécurité nationale, ont toutefois rappelé que des enquêtes comme celle qui vient d'être engagée après les attentats anti- américains de Nairobi et de Dar es-Salaam peuvent "prendre des années". Une caméra vidéo fixée sur le toit de l'ambassade à Dar es-Salaam, rapporte le New York Times, pourrait fournir de précieuses indications. "Au bout du compte, a assuré M. Cohen, nous capturerons les coupables." Le propos est de circonstance, même si l'expérience tend à prouver que le bilan de la lutte contre le terrorisme international est, dans l'ensemble, assez médiocre. Face au succès des longues traques ayant permis d'arrêter et de condamner Mir Aimal Kasi (responsable du meurtre de deux membres de la CIA, en janvier 93), et Ramzi Ahmed Yousef (principal organisateur de l'attentat contre le World Trade Center de New York, en février 93), combien d'autres opérations terroristes restées impunies ? Destruction du vol Pan Am 103 au-dessus de Lockerbie, en Ecosse, en décembre 88; attaques perpétrées au Liban, dans les années 80, contre l'ambassade et le quartier général des "marines" américains; attentat de Riyad, en novembre 95; attentat de Khobar, toujours en Arabie saoudite, en juin 96; meurtre de cinq employés d'une compagnie pétrolière américaine, à Karachi, en novembre 97, etc. "RÉPONSE APPROPRIÉE" Dans d'autres affaires, des coupables ont été arrêtés, mais soit ils n'ont pu être extradés aux Etats- Unis, soit ils ont été remis en liberté après quelques années de prison. Selon M. Cohen, Washington n'hésitera pas à apporter une "réponse appropriée" c'est-à-dire des représailles militaires s'il s'avère qu'un gouvernement étranger est à l'origine du double attentat de vendredi. Les responsables américains se gardent cependant de pointer le doigt vers quelque pays ou groupe que ce soit. Il n'empêche : à en croire plusieurs indiscrétions officielles, le suspect numéro un est bien Oussama ben Laden, ce dissident saoudien richissime résidant en Afghanistan, qui serait à la tête d'un des rares réseaux terroristes disposant à la fois des moyens financiers et de l'expertise pour mener à bien des attentats de cette ampleur. Il s'est juré d'obtenir le départ des forces américaines d'Arabie saoudite. Tous les journaux du week- end ont publié des portraits de l'intéressé, et le département d'Etat a rappelé que ben Laden avait qualifié les attentats perpétrés en Arabie saoudite d' "actes de terrorisme dignes d'éloges". En juin, à l'occasion d'un entretien accordé à la chaîne ABC, il avait notamment indiqué : "Nous pensons que les vrais terroristes sont les Américains (...). Nous ne faisons pas de différence entre les militaires et les civils : tous sont des cibles." Tout en soulignant qu'il est pratiquement impossible de protéger à 100 % des locaux diplomatiques contre une action terroriste, les responsables américains reconnaissent que les mesures de sécurité entourant les ambassades de Nairobi et de Dar es-Salaam n'étaient pas adéquates, tout simplement parce que le Kenya et la Tanzanie, en raison de leurs relations anciennes et amicales avec les Etats-Unis, n'étaient pas placés très haut sur la liste des pays dits "sensibles". En 85, deux ans après l'attentat contre l'ambassade des Etats-Unis à Beyrouth, le département d'Etat, reprenant les conclusions d'une commission présidée par l'ex-amiral Bobby Inman, avait adopté une série de recommandations de sécurité draconiennes. D'importants travaux devaient être entrepris dans 126 ambassades (sur 262) et 75 missions diplomatiques devaient être entièrement reconstruites, pour être compatibles avec les "standards Inman", pour un coût de quelque 3,5 milliards de dollars. Comme toujours lorsqu'il s'agit du budget du département d'Etat, le Congrès avait traîné les pieds (un tiers des fonds envisagés a été déboursé), et seules les ambassades situées dans des pays à haut risque, comme le Koweït et l'Arabie saoudite, ont profité de ce renforcement des mesures de sécurité. L'ambassade de Nairobi, construite en 81, devait faire l'objet d'un programme de réhabilitation, pour un coût de 3 millions de dollars, en janvier 99. LAURENT ZECCHINI Les attentats de Nairobi et de Dar-es-Salaam PORTRAIT Au coeur d'une nébuleuse islamiste, un richissime entrepreneur : Oussama ben Laden L'un des principaux suspects est un ancien de la guerre d'Afghanistan NAIM MOUNA IL EST DE CEUX qu'il faut toujours prendre au sérieux et dont les menaces ne sont jamais de simples rodomontades : Oussama ben Laden, qui a prédit, début juin, "un jour noir pour les Américains", est un millionnaire en dollars apatride depuis que le gouvernement saoudien l'a déchu de sa nationalité en 93, aujourd'hui tenu pour le principal possible commanditaire des deux attentats qui ont visé, vendredi 7 août, les ambassades des Etats-Unis au Kenya et en Tanzanie. Dans un entretien diffusé début juin par la chaîne de télévision américaine ABC news, Oussama ben Laden déclarait : "Nous pensons que les plus grands voleurs du monde et les plus grands terroristes du monde sont Américains. Le seul moyen de nous défendre de leurs assauts est de recourir aux mêmes moyens qu'eux. Nous ne faisons aucune différence entre ceux qui portent l'uniforme et les civils. Ils sont tous des cibles." Washington, comme lors de précédentes menaces du même genre formulées en 96 et 97, avait aussitôt renforcé les mesures de sécurité dans ses ambassades et installations au Moyen-Orient et en Asie du sud. Pourquoi ces deux parties du monde ? D'abord parce qu'Oussama ben Laden, installé en Afghanistan, est considéré comme l'un des principaux "banquiers" des activistes extrémistes islamistes. Et aussi, parce que le même ben Laden a participé, le 23 février, avec des responsables de mouvements islamistes, à une réunion organisée en territoire afghan et destinée à unifier les efforts pour créer un "Front mondial de la Djihad", dont l'objectif, selon des journaux arabes, est d'attaquer les Américains et leurs alliés jusqu'à "la libération de la mosquée d'el Aqsa (à Jérusalem) et de la Sainte mosquée (de la Mecque) et jusqu'au départ de leurs armées de toute la terre d'Islam". MOEURS ASCÉTIQUES Les chefs du Djihad islamique égyptien, de la Djamaa islamiya une autre organisation extrémiste égyptienne, du Mouvement des Ansars pakistanais et du mouvement du Djihad au Bengladesh auraient notamment participé à cette réunion. Qui est Oussama ben Laden ? Un grand bédouin sec, au regard doux et aux moeurs ascétiques, auquel on donnerait le bon Dieu sans confession si l'on devait se fier aux apparences. En réalité, un ancien de la guerre d'Afghanistan, atypique entre tous puisque, contrairement à l'écrasante majorité des musulmans, arabes surtout, qui avaient combattu l'Armée Rouge aux côtés des Afghans entre 79 et 89, ben Laden est un homme richissime, issu d'une grande famille d'entrepreneurs très liée à la famille royale saoudienne laquelle ne fut pas en reste lorsqu'il s'agissait d'encourager les recrutements et l'envoi d'aide en tous genres à ceux que l'on appelait les "combattants de la liberté" dans les années 80. En Afghanistan, ben Laden non seulement finance, recrute, crée des centres d'entraînement et arme les combattants, mais il participe aux combats. "Dans notre religion, il y a une place particulière dans l'au-delà pour ceux qui auront participé à la Djihad", déclarait-il en 96 à l'hebdomadaire américain Time. "Un seul jour en Afghanistan équivalait à mille jours de prières dans une mosquée ordinaire." C'est en Afghanistan qu'il noue des liens avec les responsables de mouvements islamistes de toutes nationalités, sa fortune et une certaine prodigalité facilitant l'amitié et l'allégeance. Après la chute de Kaboul, il regagne l'Arabie saoudite, mais les anciens d'Afghanistan n'y sont plus en odeur de sainteté. Il critique avec virulence le pouvoir qu'il accuse d'avoir vendu son âme et le pays aux infidèles, surtout après le déploiement de troupes américaines dans le royaume pour libérer le Koweït. Il s'enfuit en 91 au Soudan, où il a toujours affirmé, à l'unisson de ses hôtes soudanais, qu'il ne se livrait à aucune activité politique, se consacrant uniquement à ses affaires : investissement dans l'élevage, l'agriculture, l'exportation, la construction de barrages et de routes (Le Monde du 28 mai 97). Il aurait aussi largement financé le Front national islamique de Hassan Tourabi, l'éminence grise du régime islamiste soudanais. LA PROTECTION DES TALIBANS Comme on ne prête qu'aux riches, il n'en a pas moins été soupçonné, entre autres, d'avoir financé les extrémistes algériens qui ont commis des attentats en France en 95, d'autres, de la Djihad islamique, qui préparaient un attentat contre le président égyptien Hosni Moubarak la même année, d'avoir été le commanditaire d'attentats contre des personnels américains dans deux hôtels d'Aden en 92 et surtout de deux attentats qui ont pris pour cible des militaires américains en Arabie saoudite, en novembre 95 et juin 96. Ben Laden, lors de ses rares entretiens avec des journalistes, a toujours démenti les pouvoirs qu'on lui attribue. Samedi 8 août, c'est un porte- parole des talibans, les "étudiants en religion" afghans qui règnent sur Kaboul, qui a démenti, dans une déclaration à l'AFP, l'implication de ben Laden dans les deux attentats. Parce que depuis mai 96 Oussama ben Laden est de retour en Afghanistan, après avoir quitté Khartoum de son propre chef, affirme M. Tourabi, le Soudan voulant se blanchir des accusations de soutien au terrorisme. Lorsque les talibans ont pris le pouvoir à Kaboul en septembre 96, Oussama ben Laden aurait pu avoir quelques soucis à se faire, étant donné le soutien apporté par l'Arabie saoudite à ces "étudiants en religion". Mais le chef des talibans, le mollah Mohamad Omar l'a rapidement assuré de sa protection, en échange, selon la presse arabe, de l'engagement de ben Laden à financer des projets de développement en Afghanistan. Au gré de ses pérégrinations, ben Laden se serait aussi rendu au Yémen entre ses périodes soudanaise et afghane. En mars 98, un quotidien arabe paraissant à Londres, el Qods el arabi, rapportait, sur la foi des déclarations d'un chef de tribu yéménite, que le dissident saoudien aurait l'intention de s'installer dans les montagnes yéménites à la frontière saoudienne, pour lancer, avec un millier de sympathisants, "des actions militaires contre les forces américaines et saoudiennes". MOUNA NAIM Kinshasa accuse l'Ouganda de participer à la rébellion au Congo La RDC mènerait une "contre-offensive" au Kivu LA RÉPUBLIQUE démocratique du Congo (RDC, ex-Zaïre) a accusé l'Ouganda, dimanche 9 août, de participer à la rébellion des Banyamulenges, Congolais tutsis d'origine rwandaise entrés en guerre depuis une semaine contre le régime de Laurent-Désiré Kabila. Après avoir montré du doigt le Rwanda, un autre de ses anciens alliés, Kinshasa accuse Kampala d' "agression" et de violation du territoire congolais. Lors d'une conférence de presse à Kinshasa, le ministre de l'information, Didier Mumengi, a affirmé que deux colonnes de blindés de l'armée ougandaise ont été aperçues dans la province orientale frontalière de l'Ouganda. Ces colonnes se dirigeraient vers Bunia, localité située à moins de 50 kilomètres de la frontière avec l'Ouganda et le lac Albert. Officiellement, l'Ouganda, comme le Rwanda, a démenti toute participation aux combats. En réalité, comme lors de l'offensive victorieuse de M. Kabila contre Mobutu Sese Seko en 97, à laquelle Kampala avait activement participé, l'objectif serait d'occuper le nord-est de l'ex-Zaïre pour opérer la jonction avec les rebelles qui tiennent le Kivu (est du pays) grâce au soutien des troupes rwandaises. Selon M. Mumengi, l'envoi par l'Ouganda de troupes en RDC fait suite à une "contre-offensive" lancée par les Forces armées congolaises (FAC) aux environs de Bukavu, dans le Sud-Kivu, à la frontière avec le Rwanda et le Burundi. Outre Bukavu, les rebelles banyamulenges ont pris le contrôle des villes de Goma au Nord-Kivu et Uvira au Sud-Kivu. D'après M. Mumengi, les FAC auraient également "repris l'initiative" sur l'autre front, dans l'ouest du pays, autour de la ville de Boma, dans la province du Bas-Congo frontalière du Congo-Brazzaville et de l'Angola. Dans cette région, les rebelles ont annoncé avoir déjà conquis les villes côtières de Moanda, Banana et la base militaire de Kitona dans le Bas-Congo, ce que les autorités de Kinshasa démentent. L'enjeu de ces combats est le contrôle du port de Matadi par lequel transitent vivres et carburant à destination de Kinshasa. Dimanche, la RDC a accusé les troupes rwandaises de s'être livrées à des "actes d'extermination et de crimes de guerre". "Depuis samedi a commencé, à Bukavu, la déportation des populations civiles vers des camps de concentration au Rwanda en vue de massacres et d'exécutions", a affirmé le ministre de l'information congolais sans qu'aucune autre source ne vienne confirmer ses accusations. Par ailleurs, des rumeurs persistantes font état du ralliement à la rébellion d'anciens militaires de l'armée du maréchal Mobutu. A Kinshasa, les autorités ont procédé à l'enrôlement de "volontaires" afin de renforcer les rangs de l'armée gouvernementale. Plus de 5 000 jeunes auraient déjà répondu à l'appel à la mobilisation générale lancé par M. Kabila. OBJECTIF LUBUMBASHI De Bruxelles, un représentant de la rébellion a fait savoir que les insurgés banyamulenges, de leur côté, se fixaient maintenant comme objectif la prise de Lubumbashi, la deuxième ville du pays, et de Kinshasa, la capitale. Parallèlement, le mouvement politique d'Arthur Zahidi Ngoma, les Forces du futur, a désavoué "l'élection" de son chef à la tête de la rébellion. Dans un communiqué publié à Kinshasa, le parti de M. Ngoma estime que cette désignation va à l'encontre de "l'intégrité territoriale et des idées fondamentales du parti". Sur le plan des initiatives de paix, le sommet régional qui s'est tenu samedi au Zimbabwe n'a apporté aucun progrès. Malgré la présence des dirigeants ougandais et rwandais, Yoweri Museveni et Pasteur Bizimungu, les médiateurs ont été incapables de rapprocher la position des anciens alliés de la RDC de celle de M. Kabila, lui aussi présent. Une commission de quatre membres (Namibie, Tanzanie, Zambie et Zimbabwe) a été nommée, avec pour objectif d'obtenir un cessez-le-feu. (AFP, Reuters. ) Afghanistan Onze diplomates iraniens portés disparus L'Iran a rejeté, lundi 10 août, les affirmations des talibans selon lesquelles il n'y avait pas de diplomates dans le consulat iranien de Mazar-i-Sharif quand les miliciens intégristes sont entrés dans la ville, samedi. Selon Téhéran, les onze diplomates qui se trouvaient toujours à Mazar-i-Sharif ont été faits prisonniers par les assaillants. Mais un porte-parole des talibans, Wakil Ahmad Mutawakil, a affirmé que les Iraniens "pourraient avoir été tués". "Quand les talibans sont entrés dans le consulat, il n'y avait personne", a-t-il affirmé. Selon le représentant permanent de l'Iran pour l'Afghanistan, Alaeddin Borujerdi, les talibans se sont emparés des membres du consulat et "les ont maltraités en violation de toutes les règles internationales. Ils les ont transférés plus tard vers une destination inconnue. C'est clair et il n'y a pas d'ambiguïtés là-dessus." Les talibans affirment avoir pris le contrôle de la "capitale" du nord de l'Afghanistan CHIPAUX FRANCOISE ISLAMABAD de notre envoyée spéciale La guerre en Afghanistan pourrait avoir pris un nouveau tour avec l'entrée, samedi 8 août, de la milice islamiste des talibans dans Mazar-i-Sharif, la dernière grande ville qui leur échappait, dans le nord du pays. "Capitale" de l'opposition, à 450 kilomètres environ au nord-ouest de Kaboul, Mazar-i-Sharif était, pour l'essentiel et depuis plus d'un an, sous le contrôle des miliciens chiites d'ethnie hazara du Hezb-i-Wahdat qui y cohabitaient difficilement avec différentes forces de l'opposition. Des combats se déroulaient toujours, dimanche soir, dans la ville et ses alentours et la situation militaire y demeurait confuse, lundi, l'opposition comme les talibans affirmant être maîtres de la ville. Précédée de violents bombardements aériens et d'artillerie, l'entrée des talibans n'avait suscité que peu de résistance et ceux-ci avaient pris dans la journée position dans les principaux bâtiments et carrefours de la ville. Les choses se seraient compliquées pour eux dimanche, alors qu'ils commencaient leurs opérations de "nettoyage". De source indépendante, on affirme, en effet, que les accrochages se sont intensifiés dans l'après-midi de dimanche. Selon le principal porte-parole de l'opposition, le Dr Abdallah, "les combats ont débuté dans l'après-midi, quand les talibans ont commencé à perquisitionner dans les maisons pour ramasser les armes." Selon lui, les combats seraient menés par les chiites du Hezb-i-Wahdat et des combattants fidèles au commandant Ahmad Shah Massoud, qui auraient "repris une grande partie de la ville". Cette dernière affirmation a été rejetée comme "totalement sans fondement" par les talibans, qui ont envoyé, dimanche, des renforts avant de poursuivre leur offensive vers Hairatan, à 60 kilomètres au nord la ville. Port frontalier de l'Ouzbékistan sur la rivière Oxus (Amou daria), Hairatan est défendu par les troupes du général ouzbek Abdul Rachid Dostom, repliées samedi de Mazar-i-Sharif. Selon des sources humanitaires, les victimes de l'offensive de samedi seraient relativement peu nombreuses, les principales forces de l'opposition ayant quitté la ville dès l'approche des miliciens islamistes. Le porte-parole du CICR (Comité international de la Croix-Rouge), Juan Martinez, a annoncé que le CICR avait évacué en voiture huit blessés vers Sheberghan, à 120 kilomètres à l'ouest de Mazar-i-Sharif. A la demande des Talibans, le CICR a aussi fourni à la milice islamiste, à Kaboul, cinquante kits médicaux que celle-ci devait envoyer par avion au nord. Les civils s'étaient dès samedi terrés chez eux et les rues étaient désertes. Cette offensive des talibans vers le nord, dont l'issue reste à confirmer, s'est accompagnée d'une poussée sur le front tenu par les troupes du commandant Massoud, à environ 40 kilomètres au nord de Kaboul. Les talibans auraient gagné quelques kilomètres dans cette région dont le front est quasiment stable depuis un an. Des combats se sont aussi déroulés dans la région de Taloquan, tenue aussi par le commandant Massoud. L'aéroport de Taloquan est la principale voie d'approvisionnement du Lion du Panshir à partir du Tadjikistan. L'offensive des talibans vers Mazar-i-Sharif est la troisième depuis mai 97 quand, rentrés une première fois dans la ville qui leur avait été livrée par un allié du général Dostom, ils s'y étaient fait massacrer, perdant plus de 2 000 hommes, morts ou prisonniers après le retournement de leur nouvel allié. PRÉCAUTIONS En septembre, les miliciens étaient de nouveau aux portes de la ville mais avaient dû reculer sous les assauts de l'opposition, au prix encore de lourdes pertes. Même si la situation demeure aujourd'hui toujours incertaine, il semble les talibans ont, cette fois, pris des précautions. L'offensive vers Mazar-i-Sharif a en effet véritablement commencé il y a un mois quand, venant de la province de Badghis, le long de la frontière avec le Turkménistan, ils se sont emparés de Maïmana et de toute la province du Faryab contrôlée par des ouzbeks en mauvais termes avec le général Dostom. Ils ont ensuite continué en s'emparant de la base militaire de Sheberghan, capitale de la province natale du général Dostom, le Jowzjan, avant de poursuivre vers la province de Sar-i-Pul, où des commandants locaux en révolte contre le général ouzbek se sont livrés à eux. Contrairement à certaines expériences malheureuses du passé, les talibans ont désarmé leurs nouveaux alliés. Reste à savoir maintenant si les talibans vont pouvoir prendre le dessus, se maintenir durablement dans leurs nouveaux territoires et gagner quelque peu la confiance de la population. Selon les témoignages de plusieurs membres d'ONG qui étaient récemment en poste à Mazar-i-Sharif, la population de cette ville de 500 000 habitants était à bout de nerfs sous le pouvoir du Hezb-i-Wahdat. "Depuis mai 97, la ville était livrée à l'anarchie la plus totale", affirme l'un d'eux; "Vols et pillages se succédaient et j'ai l'impression que, au moins au début, elle préférera l'ordre taleb à l'insécurité permanente". L'autre question est aussi de savoir ce que vont faire les pays voisins. La Russie et l'Ouzbékistan avaient, dès le début de la semaine dernière, enjoint en termes sévères aux talibans de cesser leur offensive vers le nord. La Russie a mis en alerte maximum ses troupes qui patrouillent le long de la frontière du Tadjikistan. Le principal pays concerné est toutefois l'Iran, qui soutenait avec force les chiites installés à Mazar-i-Sharif. Onze diplomates iraniens sont portés manquants et pourraient être entre les mains des assaillants (lire ci- contre). Le Pakistan, qui est l'un des principaux soutiens de la milice intégriste, a promis, de son côté, de faire tout son possible pour régler le sort de ces Iraniens. Mais, jusqu'à maintenant, rien de concret n'est venu éclaircir le sort des diplomates et du correspondant de l'agence de presse iranienne IRNA, qui se trouverait, selon Téhéran, avec eux. Cette affaire risque de détériorer les relations entre le Pakistan et l'Iran, toujours tendues à propos de l'Afghanistan du fait du soutien de Téhéran à l'opposition. Les talibans ont, en revanche, reconnu détenir 35 camionneurs iraniens qu'ils accusent d'avoir transporté des armes et des munitions pour l'opposition. Attendue depuis longtemps, cette offensive des talibans sur plusieurs fronts pourrait en tout cas modifier sérieusement la géographie d'une guerre qui est loin d'être terminée. Mais Mazar-i-Sharif représente un enjeu capital pour chaque partie et va être sans doute chèrement disputée. FRANCOISE CHIPAUX DOC : AVEC UNE CARTE L'armée chinoise lutte pied à pied contre les inondations du Yang-tseu Une quatrième vague a épargné Wuhan de justesse Le quatrième pic de crue enregistré sur le fleuve Yang-tseu depuis le début des inondations a épargné de peu le centre industriel de Wuhan, dans la nuit de dimanche 9 à lundi 10 août. Le soulagement n'est que temporaire, de nouveaux orages, en amont, risquant d'amener les autorités à faire sauter de nouvelles levées. UN NOUVEAU pic de crue, le quatrième cette saison, a traversé la grande ville chinoise de Wuhan dans la nuit de dimanche 9 à lundi 10 août sans faire de dégâts, alors que les autorités envisagaient toujours de dynamiter certaines digues afin de détourner les eaux du Yang-tseu vers des zones de débordement. Le niveau du plus long fleuve de Chine est monté jusqu'à 29,39 mètres (par rapport au lit) entre minuit et 4 heures (16 heures et 20 heures GMT dimanche), avant de redescendre de un centimètre à 8 heures (0 heure GMT), a indiqué un responsable du centre municipal de lutte contre les inondations. Le débit du fleuve, qui passe en plein centre de la ville, a grimpé jusqu'à 68 300 mètres cubes par seconde, avant de revenir à 68 000 mètres cubes par seconde en début de matinée. Cette quatrième vague s'est révélée légèrement moins forte que ne le redoutaient les autorités : ces dernières s'attendaient à ce que le niveau monte jusqu'à 29,45 mètres, plus près du record de 54 (29,73 m). Les autorités avaient dynamité, dimanche, des digues secondaires dans le district de Jianli, à 0 kilomètres en amont de Wuhan, afin de protéger le centre industriel, qui est également un noeud de communications majeur, ferroviaire en particulier. L'opération avait pour but de détourner du cours principal du fleuve environ 800 millions de mètres cubes d'eau qui se sont déversés dans les campagnes environnantes. Cependant, l'agence Chine nouvelle a indiqué que les dynamitages avaient parfois rencontré l'opposition de la population, qui s'est réfugiée sur les levées et les digues, et que l'opération avait été alors retardée jusqu'à ce que les responsables locaux "persuadent" les récalcitrants. Les autorités centrales n'ont toujours pas donné de nouveau bilan total des victimes de ces inondations, s'en tenant à un chiffre de "plus de 2 000 morts", qui semble de plus en plus improbablement bas. Le chiffre officiel aujourd'hui retenu pour les inondations records de 54 est de 30 000 morts pour l'ensemble du bassin du Yang-tseu, mais une rumeur courante veut qu'il ait été de l'ordre de centaines de milliers de victimes, au bas mot. Dans la seule ville de Jiujiang, en aval de Wuhan, où une digue a éclaté le 7 août, ce sont 40 000 personnes qui ont dû être évacuées en catastrophe dans un quartier de cette agglomération d'un demi-million d'habitants. D'ores et déjà, près de 14 millions de personnes ont été évacuées de leur lieu de résidence le long du fleuve, et les eaux ont emporté près de 6 millions d'habitations. UN HOMMAGE APPUYÉ L'armée joue un rôle majeur dans les efforts de sauvetage et de prévention. Le gouvernement lui a rendu un hommage appuyé à l'occasion d'une visite du premier ministre Zhu Rongji et du vice-premier ministre chargé de la lutte contre les inondations, Wen Jiabao. L'ensemble des zones affectées a été placé sous "couvre-feu", un terme administratif chinois qui équivaut à une loi martiale dans laquelle l'armée prend les choses en main pour tous les aspects majeurs de la vie civile. Les journalistes étrangers étant repoussés vers les villes et les journalistes chinois se voyant imposer un "black-out" complet, la plupart des images de télévision visibles ces derniers jours ont été tournées par les caméras des chaînes officielles chinoises prises en main par l'armée. Leur propos est d'illustrer en particulier l'affirmation répétée avec force par le premier ministre au cours de sa visite sur le terrain : "L'Armée populaire de libération est bien l'armée du peuple chinois." Dans un accident colporté par le bouche-à-oreille chinois, une unité de plus de 100 hommes a péri dans l'éclatement d'une digue après que son commandant eut ordonné à ses soldats de rester sur place "jusqu'à la mort s'il le faut", alors que le combat pour maintenir le barrage était déjà perdu. Loin en amont, à Chongqing (province du Sichuan), 41 personnes ont péri dans des glissements de terrain intervenus après de violents orages vendredi. (D'après AFP, Reuters, AP.) DOC : AVEC UN DESSIN DE PANCHO Le Pérou est disposé à reprendre le dialogue avec l'Equateur LE PÉROU est disposé à discuter avec le nouveau gouvernement de l'Equateur du différend de frontières qui oppose les deux pays dans l'Amazone, a annoncé, dimanche 9 août, le ministère des relations extérieures. Malgré l'échec de la réunion de la Mission d'observateurs militaires pour l'Equateur et le Pérou (Momep) de samedi à Quito, le gouvernement du président Fujimori est "dans les meilleures dispositions pour prendre des contacts" une fois que le gouvernement du nouveau président équatorien Jamil Mahuad, qui prendra ses fonctions ce lundi, sera installé, a précisé le ministère dans un communiqué. L'objectif est d'aboutir "à une solution pacifique dans le respect de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de chaque pays", a ajouté le texte, qui attribue l'échec de la réunion de Quito à des "complications dues à des erreurs techniques (...) non imputables à la partie péruvienne", sans plus de précision. Un diplomate péruvien, l'ambassadeur Hugo de Zela, avait affirmé dimanche, lors d'une conférence de presse à Quito, qu'il n'y avait pas de "date précise" pour la reprise du dialogue bilatéral, mais que cela ne signifiait pas que celui-ci était rompu. Le président péruvien Alberto Fujimori avait réuni, samedi, les responsables de la défense nationale à la suite d'une incursion présumée de l'armée équatorienne au Pérou. La rencontre, qui a duré une heure, réunissait le chef d'état-major des forces armées, les ministres de l'intérieur, de la défense et des affaires étrangères. Le Pérou avait dénoncé jeudi une infiltration de troupes équatoriennes sur son territoire, 20 kilomètres au-delà de la zone démilitarisée séparant les deux pays. Quito a opposé un démenti formel, affirmant que tout était "totalement normal" à la frontière. La présence de M. Fujimori à la cérémonie de prise de fonctions de M. Mahuad, lundi, avait été initialement annoncée, mais le nouveau "différend" entre les deux pays fait que ce déplacement n'est plus à l'ordre du jour. (AFP.) L'écart se resserre entre M. Kohl et M. Schröder à l'approche des élections législatives allemandes Selon un sondage, les électeurs souhaitent une grande coalition entre la CDU et le SPD LEPARMENTIER ARNAUD A sept semaines des élections législatives du 27 septembre, l'écart se resserre entre le chancelier Helmut Kohl, au pouvoir depuis seize ans, et le candidat social- démocrate (SPD), Gerhard Schröder. Selon le baromètre de l'hebdomadaire Der Spiegel, paru le 10 août et réalisé par l'institut Emnid, le SPD n'obtient plus que 41 % des intentions de vote contre 38 % pour les chrétiens-démocrates (CDU). BONN de notre correspondant Helmut Kohl et les chrétiens-démocrates (CDU) peuvent-il encore gagner les élections législatives du 27 septembre ? A la mi-juin, l'écart avec son rival social-démocrate (SPD), Gerard Schröder, avait atteint un maximum de 8 points. Il n'est plus que de 3 points, selon le baromètre de l'hebdomadaire Der Spiegel. Selon un autre sondage réalisé par l'institut Infratest Dimap pour le Berliner Zeitung, 53 % des Allemands souhaitent avoir Gerhard Schröder comme chancelier contre 31 % pour Kohl. Mais la tendance est favorable à M. Kohl, qui a gagné 6 points en un mois, tandis que M. Schröder en perdait 7. En mai, 72 % des Allemands tablaient sur une victoire de l'opposition (14 % sur Helmut Kohl), selon Infratest Dimap. Ils ne sont plus que 57 % à le penser, 29 % pariant sur une victoire de M. Kohl. La cote de la CDU s'était effondrée après la victoire éclatante de Gerhard Schröder aux élections régionales de Basse-Saxe, le 1er mars. En mai, le chancelier était donné fini : lors des élections régionales de Saxe-Anhalt, dans l'ancienne RDA, son parti avait subi une déroute, obtenant 22 % des voix, en recul de 12 points par rapport au scrutin de 94. Le sommet de Bruxelles, qui devait permettre au "Grand européen" de profiter de l'introduction de l'euro, s'était soldé par une humiliation pour le chancelier allemand, en raison du psychodrame sur la présidence de la Banque centrale européenne. La remontée actuelle de la droite s'explique notamment par l'amélioration de la situation économique et la diminution du chômage, qui arrive en tête des préoccupation politiques des Allemands (82 %) devant la sécurité intérieure (18 %) et la limitation de l'immigration (15 %). Le nombre de demandeurs d'emploi a en effet baissé de 300 000 depuis le record atteint fin 97. 43 % des Allemands jugent que la situation économique est bonne, soit un bond de 12 % en un mois. Certes, les Allemands restent mécontents à 74 % de la manière dont ils sont gouvernés, mais pour la première fois depuis février, ils estiment que la CDU a plus de compétence que le SPD pour résoudre leurs problèmes. GRANDES MANOEUVRES L'euroscepticisme de la population s'est aussi atténué, ce qui ne saurait être défavorable au "grand européen" Helmut Kohl face à un rival longtemps dubitatif sur les vertus de la monnaie unique. Selon un sondage Emnid pour la chaine d'information NTV, 51 % de la population est aujourd'hui favorable à l'euro, contre 42 % au début de l'année. Surtout, les Allemands, qui n'ont jamais douté que leur appartenance à l'Union européenne était bonne pour l'économie allemande, estiment à 47 % que l'Europe leur apporte des avantages personnels. Ce taux s'était effondré à 31 % début 1995. Cette évolution de l'opinion pourrait se traduire dans quelques semaines par une augmentation des intentions de vote pour M. Kohl. Reste à savoir si la reprise économique et l'optimisme retrouvé des Allemands permettront à M. Kohl de l'emporter au finish, comme ce fut le cas en 94. A Bonn, de plus en plus d'observateurs estiment que l'Allemagne sera dirigée après le 27 septembre par une grande coalition entre le SPD et la CDU, censée entreprendre dans le consensus les grandes réformes fiscales, sociales et institutionnelles dont l'Allemagne a besoin, entraînant ainsi le départ de M. Kohl. Cette configuration politique, qui sera dictée par les urnes, correspond au souhait de la population (38 % selon Infratest Dimap) qui souhaite plus le départ du chancelier que l'arrivée au pouvoir de la gauche. Cette coalition serait conduite par Gerhard Schröder si le SPD arrive en tête. Si la CDU est le premier parti, le chancelier devrait être Wolfgang Schauble, président du groupe parlementaire CDU et dauphin de Helmut Kohl. Les grandes manoeuvres commencent à la CDU pour savoir si M. Schauble, paraplégique depuis qu'il a été victime d'un attentat en 90, pourra succéder à M. Kohl. "Je pense que c'est une fonction qui demande une quantité effroyable d'énergie et qui lui laisserait encore moins de liberté. Je pense en plus qu'il ne serait pas facile de faire passer dans l'opinion publique l'image d'un chancelier en chaise roulante. J'ai beaucoup de doutes à ce sujet", a déclaré son épouse Ingeborg Schauble dans un entretien au magazine Stern du 6 août, lançant le débat dans l'opinion publique. Si M. Schauble n'a pas la santé nécessaire ou n'est pas accepté par la population, le successeur de Helmut Kohl pourrait être le ministre de la défense Volker Rühe. L'autre solution serait la formation d'une coalition réunissant les sociaux- démocrates et les Verts. Mais cette hypothèse ne recueille plus l'assentiment que d'un cinquième de la population, contre 32 % en mars. Crédités de 12 % des voix au début de l'année, les Verts ont perdu la moitié de leurs intentions de vote : ils se sont discrédités en réclamant, dans une cacophonie surprenante, la hausse du prix du litre d'essence à 5 marks, la limitation à 100 kilomètres-heure de la vitesse sur les autoroutes, la limitation à un voyage en avion tous les cinq ans pour les vacanciers allemands, la dissolution de l'OTAN, la division par deux des effectifs de la Bundeswehr et l'abolition du service militaire, ainsi que la suppression de la prison à perpétuité. Aujourd'hui, les Verts ne sont même plus certains de franchir la barre des 5 % des suffrages, nécessaire pour être représentés au Parlement. ARNAUD LEPARMENTIER Le groupe paramilitaire protestant irlandais LVF annonce un cessez-le-feu LONDONDERRY. La Force des volontaires loyalistes (LVF), groupe paramilitaire protestant, a annoncé, samedi 8 août, qu'elle mettait fin de manière "absolue et complète" à sa campagne de violence en Irlande du Nord. La LVF, qui a diffusé des communiqués similaires par le passé, n'est pas signataire du cessez-le-feu décrété en Ulster par les autres milices loyalistes. Elle s'était opposée à l'accord de paix de Stormont conclu le 10 avril. Le gouvernement britannique avait fait savoir en juillet que la LVF ainsi que trois factions dissidentes de l'IRA (Armée de libération nationale irlandaise) ne bénéficieraient pas des libérations anticipées de prisonniers prévues par l'accord de paix. (Reuters.) Le nouveau cabinet palestinien a prêté serment GAZA. Le nouveau cabinet palestinien a prêté serment, dimanche 9 août au soir, devant le président Yasser Arafat, après avoir obtenu dans la journée la confiance du Parlement, a-t-on appris de source palestinienne. Au cours des derniers jours, pourtant, plusieurs députés avaient protesté contre le maintien en fonctions de ministres accusés de corruption. Le cabinet comprend trente membres, onze de plus que le maximum prévu par une Loi constitutionnelle adoptée par le CNP mais toujours pas entérinée par M. Arafat. En présentant, mercredi, le nouveau cabinet, M. Arafat avait souligné que le principal défi était de conduire les Palestiniens à proclamer un Etat à l'issue de la période intérimaire de l'autonomie qui prend fin en mai 99. Vendredi, Yasser Arafat avait pressé le secrétaire d'Etat américain, Madeleine Albright, de publier les propositions américaines sur un retrait israélien de 13 % de Cisjordanie. "En s'abstenant de présenter leur initiative, les Etats-Unis donnent l'occasion à Benyamin Nétanyahou [le premier ministre israélien] d'utiliser les pourparlers avec les Palestiniens pour gagner du temps et ne pas appliquer les accords." (AFP.) Médiation dans le conflit bissau-guinéen DAKAR. Une délégation de la communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao) a rencontré, dimanche 9 août à Dakar (Sénégal), les militaires rebelles bissau-guinéens d'Ansumane Mané, après s'être entretenue avec le président Joao Bernardo Vieira, a-t-on appris de source diplomatique à Bissau. La délégation s'est déclarée "satisfaite" au terme des deux réunions, selon un de ses membres. Pour mettre fin à la rébellion, qu'elle avait fermement condamnée, la Cedeao avait, en juillet dernier à Abidjan, préconisé trois options : le dialogue, les sanctions et l'intervention militaire, si nécessaire. Les rebelles avaient jusque-là montré une certaine réticence face aux tentatives de médiation de la Cedeao, invoquant la présence de la Guinée- Conakry et du Sénégal, engagés militairement auprès des forces fidèles au président Vieira, dans ce conflit qui oppose celui-ci depuis le 7 juin dernier aux mutins. (AFP.) ITALIE : interception de 63 clandestins Une embarcation transportant 63 personnes (des immigrés d'origine marocaine, tunisienne et kurde) qui souhaitaient débarquer clandestinement en Italie a été interceptée par une vedette de la brigade financière au large de l'île de Lampedusa, a-t-on appris, lundi 10 août, de source policière. Plus d'une centaine d'immigrés clandestins, pour la plupart des Albanais, avaient été interceptés dimanche au cours de différentes opérations dans plusieurs régions du sud de l'Italie. (AFP.) Un Français arrêté en Grèce pour "incendie volontaire" KUNZ DIDIER ATHÈNES de notre correspondant Un touriste français a été arrêté, vendredi 7 août, en Thesprotia, dans l'ouest de la Grèce, pour "incendie volontaire", alors que le pays est saisi d'une psychose à la suite d'une multitude de feux qui ravagent depuis un mois des dizaines de départements grecs. Alain de Frémont, quarante-neuf ans, agent immobilier à Neuilly-sur-Seine, a été arrêté pour avoir tenté de mettre le feu dans un petit bois de Zavia, près de Syvoton, un petit bourg balnéaire sur la mer Ionienne. Un berger l'avait repéré en train de se garer dans le bois et avait prévenu la police au moment où un petit feu éclatait dans la région. Devant le procureur d'Igouménitsa, le chef-lieu de la Thesprotia, Alain de Frémont a reconnu avoir allumé un feu pour brûler du papier toilette et avoir pris la fuite lorsqu'il a vu le feu s'étendre. Il devait comparaître lundi devant le juge d'instruction d'Igouménitsa, qui décidera de son éventuelle inculpation. Une source consulaire française a déclaré à l'AFP que l'incendie provoqué par le touriste français "était probablement dû à une maladresse" et que rien ne permettait de conclure qu'il s'agissait d'un acte intentionnel. La police d'Igouménitsa le soupçonne déjà d'être à l'origine d'incendies qui ont frappé, en début de semaine dernière, l'île de Corfou (mer Ionienne), où il a passé des vacances avec sa femme du 27 juillet au 4 août. Les responsables de la police ont également demandé des informations à Interpol pour examiner ses activités, car, selon le chef de la police locale, "il voyage beaucoup, au vu de son passeport qui comporte des tampons d'une dizaine de pays au cours des derniers mois". L'arrestation de De Frémont est intervenue après celle de deux jeunes toxicomanes, près d'Athènes, d'un émigré albanais de dix-huit ans près d'Aegion (nord du Péloponnèse) ainsi qu'un jeune Grec dans l'ouest du Péloponnèse. DIDIER KUNZ IRAN : Zan, le premier quotidien féminin Un quotidien féminin, Zan (Femme), est paru, samedi 8 août, pour la première fois en Iran. Appartenant à la députée modérée Faézeh Hachémi, responsable du sport féminin en Iran et fille de l'ancien président Ali Akbar Hachémi-Rafsandjani, le nouveau quotidien "veut jeter un regard féminin sur les problèmes des femmes, tenter de les familiariser avec leurs droits sociaux et combler ainsi des lacunes" écrit Mme Faézeh Hachémi dans un premier éditorial. Sans se prétendre féministe, Zan cherche simplement à "établir un équilibre entre les femmes et les hommes". (AFP. RUSSIE : l'amélioration des recettes fiscales nettement insuffisante Le chef des services fiscaux russes, Boris Fiodorov, a estimé, vendredi 7 août, nettement insuffisante l'amélioration des recettes fiscales constatée ces derniers mois (+ 6 % en juin par rapport à l'année dernière) et a accusé le Parlement de bloquer les efforts du gouvernement. La Douma (Chambre basse) n'a pour l'instant adopté qu'un tiers des mesures de réformes demandées par le gouvernement dans son programme anticrise. Elle doit se réunir à nouveau en session extraordinaire les et 20 août. (AFP.) 10 000 personnes aux obsèques de Todor Jivkov SOFIA. Dix mille personnes se sont rassemblées dimanche 9 août au matin dans le centre de Sofia pour rendre un dernier hommage à Todor Jivkov, qui dirigea d'une main de fer la Bulgarie communiste de 54 à 1989. Décédé mercredi à l'âge de 86 ans, Todor Jivkov avait été le premier dirigeant communiste à faire l'objet d'un procès en 1991. Il avait été placé en résidence surveillée, mesure qui fut levée en septembre 97. Il avait été hospitalisé le 8 juillet pour une infection virale, et son état de santé avait continué de se détériorer; des complications avaient entraîné coma puis décès. Aucun membre du gouvernement n'était présent aux obsèques; seuls des députés du Parti socialiste bulgare, héritier du Parti communiste, assistaient à la cérémonie. (Reuters Dix-huit étrangers sont détenus en Birmanie pour incitation aux troubles RANGOUN. étrangers, dont 6 Américains et 1 Australien, sont détenus à Rangoun depuis dimanche 9 août sous l'accusation d'avoir tenté de fomenter des troubles. Les autorités birmanes reprochent aux personnes interpellées (6 Américains, 3 Thaïlandais, 3 Malaisiens, 3 Indonésiens, 2 Philippins et 1 Australien) d'avoir distribué des tracts antigouvernementaux. "Ils resteront en détention pendant toute la durée de l'enquête", a précisé un porte-parole de la junte militaire tandis que des diplomates occidentaux penchent pour une prochaine expulsion. Ces interpellations sont intervenues au lendemain du dixième anniversaire du soulèvement populaire de 1988 en Birmanie, qui s'est déroulé sans incident notable à Rangoun, en dépit des appréhensions et des récentes altercations entre la junte militaire et la dirigeante de l'opposition Aung San Suu Kyi. (AFP.) L'attitude de la Russie au centre des discussions sur le Kosovo LA QUESTION de l'attitude de la Russie était, dimanche 9 août, au centre des discussions sur une intervention de l'OTAN au Kosovo : la France a estimé qu'il fallait un feu vert de Moscou, alors qu'un émissaire russe a déjà rejeté toute "ingérence militaire extérieure". Les Etats-Unis menacent depuis jeudi le président yougoslave Slobodan Milosevic d'une intervention de l'OTAN, sous la forme de frappes aériennes, si les forces de Belgrade ne cessent pas leurs opérations contre les séparatistes albanais du Kosovo, qui ont déclenché un nouvel exode de plusieurs dizaines de milliers de civils. Le secrétaire au Foreign Office, Robin Cook, a annoncé que les préparatifs militaires étaient achevés. "Nous avons signifié à Belgrade que l'OTAN était prête pour une intervention si nécessaire", a déclaré M. Cook à la BBC. Mais, pour pouvoir agir, l'Alliance atlantique doit maintenant obtenir un mandat international. Depuis l'avertissement de Washington, des consultations intensives ont lieu entre les alliés. Samedi, le président américain Bill Clinton a ainsi appelé au téléphone son homologue français, Jacques Chirac, avec lequel il s'est entretenu du Kosovo. Les deux hommes "sont tombés d'accord sur la nécessité d'aller de l'avant à l'OTAN pour une planification militaire", selon un porte-parole français. Mais M. Chirac a estimé qu'une intervention rendait nécessaire un accord préalable du Conseil de sécurité de l'ONU et "a remarqué que cela supposait un accord de la Russie, qu'il faut obtenir". Membre permanent du Conseil de sécurité avec droit de veto, la Russie, toujours réticente lorsqu'il est question d'agir contre les Serbes, a la capacité de bloquer une résolution autorisant l'usage de la force. M. Chirac a souligné la nécessité du "maintien de l'homogénéité du Groupe de contact", selon le porte-parole. Le Groupe de contact sur l'ex-Yougoslavie, mobilisé sur la crise au Kosovo, comprend l'Allemagne, les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne, l'Italie et la Russie. LA CHINE AUSSI OPPOSÉE À UNE INTERVENTION Quelques heures plus tôt, à Belgrade, un émissaire russe, Nikolaï Afanassievski, s'était prononcé contre une intervention militaire internationale. "Il ne peut y avoir de solution qui serait le résultat d'une ingérence extérieure contre une partie et en soutien à une autre", a déclaré M. Afanassievski, vice-ministre russe des affaires étrangères. "Je ne vois pas comment une ingérence militaire ou un bombardement peuvent contribuer à apaiser la situation" au Kosovo, a-t-il insisté. Et l'agence officielle yougoslave Tanjug, dans un compte-rendu de la visite à Belgrade d'une délégation parlementaire chinoise, a déclaré que la Chine, également membre permanent du Conseil de sécurité, était opposée à une intervention militaire occidentale. Sur le terrain, les sources serbes et albanaises ont fait état dimanche de violences dans la Drenica, une région du centre du Kosovo, et dans l'ouest, près de la frontière avec l'Albanie. Selon le centre d'information serbe de Pristina, chef-lieu du Kosovo, une série de points de contrôle de la police dans la région de Decani (ouest) ont été attaqués par des tirs d'armes automatiques ou par des tireurs isolés, et trois policiers ont été blessés lors d'une de ces attaques. Le service d'information albanais (KIC), pour sa part, a affirmé que plusieurs villages de la région avaient été "bombardés". Par ailleurs, selon le KIC, quatre civils albanais ont été tués à Decani, et ces meurtres auraient été commis par des membres des forces serbes, mais le KIC n'a fourni aucune précision sur les circonstances de leur mort. Trois autres Albanais ont été tués dans des villages de la région, selon le KIC. Les deux parties se sont aussi accusées mutuellement d'attaques dans la région de Klina, dans la Drenica, sans faire état de victimes. Depuis que le conflit a éclaté fin février, plus de 500 personnes, principalement des Albanais, ont été tués. (AFP.) La campagne électorale de 97 a coûté moins cher que celle de 1993 L'Etat s'est substitué aux entreprises, dont les dons sont désormais interdits RIVAIS RAFAELE LA DÉMOCRATIE a un coût. Les sommes dépensées pour les campagnes électorales ont tendance à diminuer, mais la part qui en incombe aux finances publiques augmente. La campagne des élections législatives de 97 a coûté à l'Etat plus de 900 millions de francs, alors que, pour celle de 1993, il avait déboursé 600 millions de francs, selon les données du ministère de l'intérieur. Cette augmentation est principalement liée au remboursement forfaitaire que l'Etat accorde aux candidats qui ont obtenu au moins 5 % des voix : il s'est élevé à 330 millions de francs en 97, au lieu de 118 millions en 93, 91 millions en 88. Aux élections de 97, il atteignait 50 % du plafond des dépenses autorisées, dans la limite de l'apport personnel du candidat : cette disposition, prévue par la loi du janvier 95, relative au financement de la vie politique, dite loi Séguin, constitue une contrepartie à l'interdiction des dons des entreprises. En 93, l'Etat ne remboursait que 20 % du plafond, et, en 88, 10 %. L'Etat s'est donc quasiment substitué aux entreprises : la différence entre le remboursement de 97 et celui de 93 s'élève à 212 millions de francs, ce qui est presque autant que le montant des dons consentis par les entreprises aux candidats en 93 (218 millions de francs). Les plus grands bénéficiaires du système sont les candidats qui n'avaient que peu de dons de ces personnes morales, parmi lesquels ceux du Front national ou du Parti communiste français : ils perçoivent désormais une aide publique. En revanche, ceux qui recevaient beaucoup d'argent des entreprises touchent infiniment moins, le remboursement de l'Etat étant plafonné. Ainsi, les vainqueurs des élections ont dépensé, en 1997, 40 % de moins qu'en 93. En revanche, ceux qui ont recueilli entre 5 % et 10 % des suffrages ont dépensé 56 % de plus, misant sur le remboursement forfaitaire. La loi de 95 aboutit, manifestement, à une plus grande justice entre les candidats. AIDE PUBLIQUE POUR CINQ ANS Par ailleurs, l'Etat rembourse aux candidats qui ont obtenu au moins 5 % des voix les frais d'impression de circulaires, de bulletins et d'affiches (114 millions de francs en 97, 119 millions en 93). Il prend en charge les frais de la campagne officielle radio-télédiffusée : 53,8 millions de francs en 97, au lieu de 41,6 millions en 1993. Le coût est plus élevé, car un plus grand nombre de formations étaient autorisées à y participer, la condition étant d'avoir plus de soixante-quinze candidats. Il faut encore ajouter les frais de mise sous pli des circulaires et bulletins (181,7 millions de francs en 97, 148 millions en 93), les frais postaux (102,9 millions de francs en 97, 93,4 millions en 1993), plus élevés dans la mesure où il y a eu plus de candidats, ainsi que les défraiements versés aux communes (environ 100 millions de francs), les frais d'enveloppes (20 millions de francs) et les heures supplémentaires payées aux fonctionnaires du ministère de l'intérieur (environ 2 millions de francs). Les résultats des élections législatives permettent de répartir pour cinq ans l'aide publique aux partis politiques, qui s'élève, en 1998, à 526 millions de francs. Les cinquante-six partis qui ont présenté plus de cinquante candidats ont reçu 263 millions de francs. A titre d'exemple, Génération Ecologie, avec 406 candidats et 448 287 voix, a obtenu une dotation de 4,8 millions de francs, chaque voix donnant droit à une aide d'environ 11 francs. Les partis ou groupements représentés au Parlement et ayant bénéficié de la première partie de l'aide publique se partagent, en outre, la somme de 263 millions de francs. RAFAELE RIVAIS Les nationalistes corses précisent leur stratégie A Corte, les dirigeants d'A Cuncolta indipendentista ont prôné le "règlement négocié" CODACCIONI MICHEL BASTIA de notre correspondant Les Journées internationales de Corte sont le traditionnel rendez- vous annuel des militants d'A Cuncolta, la vitrine légale du FLNC-canal historique, devenue depuis quelques mois A Cuncolta indipendentista. Cette année, la "grand-messe" nationaliste a été célébrée, du 7 au 9 août, en présence des délégations étrangères habituellement invitées, en provenance du Pays basque, de la Sardaigne ou de la Nouvelle-Calédonie; mais sept cents à huit cents personnes seulement avaient fait le déplacement. Le choc provoqué dans l'opinion par l'assassinat du préfet Claude Erignac, le 6 février, les nombreuses interpellations policières qui ont suivi dans les milieux nationalistes insulaires, et le surprenant succès d'A Cuncolta aux élections territoriales de mars conditionnaient ce rendez-vous politique. Toute la question était de savoir sur quel thème et avec quels moyens A Cuncolta entendait placer le rapport de forces avec l' "Etat français". Le 12 mai, le FLNC-canal historique avait annoncé "la reprise du fil de [son] combat après observation d'une période de trois mois [de trêve] suite à l'assassinat de Claude Erignac". L'organisation clandestine passait rapidement aux actes en perpétrant et en revendiquant plusieurs séries de plasticages, sur le continent et en Corse. "FORCE DE FRAPPE INTACTE" Le 28 juillet, le FLNC-canal historique affirmait : "Il est facile de prévoir que les mois à venir seront lourds d'événements parfois dramatiques (...). Le temps est passé de tenter de ramener à la raison un gouvernement démuni de toute politique (...). Ce n'est que par le rapport de forces constant et sur tous les terrains que les Corses pourront impulser les changements nécessaires. Contrairement à certaines prévisions, nous avons su conserver intacts tous les éléments de notre force de frappe et saurons les mettre au service de notre peuple en les adaptant à la situation (...). Cependant, nous persistons à dire qu'il est encore possible de choisir la voie raisonnable du règlement négocié. Encore faudrait-il ne pas trop retarder ce choix, ses limites en seraient réduites." La réunion de Corte a fait écho aux thèses des clandestins. Charles Pieri, le secrétaire national d'A Cuncolta indipendentista, a notamment déclaré : "Nous sommes là pour affirmer que l'indépendance se fera. Nous contribuerons à utiliser les moyens démocratiques à notre disposition. Nous laissons à nos frères d'armes du Front [FLNC-canal historique] les moyens d'action qui leur sont propres." Pour le responsable de l'organisation légale, la stratégie est claire : "L'indépendance, nous n'allons pas la demander, nous allons la prendre, en mettant tout en oeuvre pour nous doter d'institutions qui seront à négocier avec la France, mais aussi avec les organisations internationales." Selon M. Pieri, l'indépendance est accessible par deux voies, la "confrontation armée" ou le "règlement négocié". "Nous misons sur la seconde de ces deux démarches, a-t-il assuré. Nous avons été de ceux qui ont initié le processus de paix et nous y restons favorables. Pour autant, il ne saurait être question pour nous de sacrifier la moindre parcelle de nos droits au nom de ce choix." En partageant l'objectif d'indépendance de la Corse avec le FLNC- canal historique, tout en affirmant utiliser des moyens de lutte différents de ceux des clandestins, la représentation légale des nationalistes laisse entendre qu'elle échapperait à la tutelle hégémonique d'une organisation clandestine. Autrement dit, A Cuncolta indipendentista pourrait être le vecteur "démocratique" de la revendication. Participant à l'un des débats organisés à Corte, le fils de Jean-Marie Tjibaou, Jean-Philippe, membre du FLNKS, a donné une illustration de ce type de position en affirmant : "Je ne crois plus en la lutte armée. Il faut maîtriser d'autres armes pour les battre [les gouvernements] à leur propre jeu. Il faut démontrer que l'on peut gérer le pays aussi bien qu'eux." Cette thèse reste à débattre chez les nationalistes corses. MICHEL CODACCIONI La campagne électorale de 97 a coûté moins cher que celle de 1993 Plus de deux mille candidats remboursés 2 504 des 6 359 candidats aux législatives de 97 étaient en mesure de bénéficier du remboursement forfaitaire de l'Etat, car ils avaient recueilli au moins 5 % des voix. Seuls 2 391 candidats ont profité de cette aide, pour un total de 330 millions de francs. Les autres ne l'ont pas obtenue, soit parce que leur compte a été rejeté par la commission, soit parce qu'ils n'avaient pas apporté d'argent personnel. Le montant perçu par chaque candidat n'est pas public, mais il peut se déduire des comptes simplifiés publiés au Journal officiel du 30 juillet par la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques. Il serait aventureux, à partir de ces données, d'évaluer les sommes qui reviennent aux partis, car les candidats ne leur reversent pas forcément ces sommes, qui leur sont versées à titre personnel. ALLIANCE : Jean-Pierre Raffarin, vice-président de Démocratie libérale, déclare que "L'Alliance a été un pétard mouillé" Jean- Pierre Raffarin, vice-président de Démocratie libérale, déclare, dans un entretien publié par Le Figaro du lundi 10 août, que "L'Alliance a été un pétard mouillé" et qu'elle a été "tout de suite asphyxiée par des jeux d'appareil qui ont limité la formidable impulsion de rénovation contenue dans le message initial". Selon le président du conseil régional Poitou- Charentes, "les appareils nationaux sont victimes des stratégies présidentielles" et sont "dévorés par cette question, alors qu'il y a, dans les régions, une véritable dynamique, des énergies qui ne demandent qu'à se mobiliser et qui se fichent de la question de l'élection présidentielle". EXTRÊME DROITE Réactions après l'article de National Hebdo préconisant des "rafles" et des "camps de concentration" pour "l'expulsion immédiate des sans-papiers" Plusieurs responsables politiques et associations ont condamné l'article de National Hebdo, hebdomadaire proche du Front national, préconisant des "rafles" et des "camps de concentration" pour "l'expulsion immédiate des sans-papiers" (Le Monde du 8 août) : Michel Sapin (PS), Charles Pasqua (RPR), Alain Krivine (LCR), le MRAP et la Licra, la CGT... Le Conseil représentatif des institutions juives de France dénonce "une véritable provocation pour tous ceux qui ont connu les rafles et les camps de concentration". La campagne électorale de 97 a coûté moins cher que celle de 1993 Les candidats aux élections législatives provoquées par Jacques Chirac ont dépensé moins que leurs prédécesseurs. Le coût pour les finances publiques est cependant plus élevé, les contributions des entreprises ayant été interdites par la loi Séguin de 95 RIVAIS RAFAELE FINANCEMENTS POLITIQUES La Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques a publié au Journal officiel du 30 juillet les comptes de campagne des candidats aux élections législatives de mai et juin 97. Les dépenses de campagne pour ces élections, anticipées, ont été sensiblement moins élevées que pour celles de 1993, qui avaient eu lieu à leur date. LES FINANCES PUBLIQUES, en revanche, ont été davantage mises à contribution, la loi Séguin de 95, qui a interdit les dons d'entreprises aux candidats et aux partis, ayant prévu pour les campagnes une aide de l'Etat. EFFET PERVERS de cette disposition, les "petits" candidats ont eu tendance à "gonfler" leurs dépenses en y faisant figurer des frais pas toujours liés directement à leur campagne, afin de bénéficier le plus possible de l'aide publique prévue par la loi. POUR mener campagne, les candidats aux élections législatives des 25 mai et 1er juin 97 ont dépensé 480 millions de francs. Cette somme a été calculée par la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CCFP), qui vient de faire paraître, au Journal officiel du 30 juillet, les comptes simplifiés de ceux qui se sont présentés à ces scrutins. La dépense a été moins importante qu'en 93, où elle s'était élevée à 547 millions de francs. Cette diminution est la conséquence de la volonté qui s'est imposée, depuis une dizaine d'années, de réduire et de moraliser les dépenses engagées pour les campagnes électorales. Au terme de la loi du 29 janvier 93, dite loi Sapin, le plafond des dépenses autorisées aux législatives est de 250 000 francs, majorés de un franc par habitant de la circonscription. Sur la base de ces dispositions, la dépense moyenne aurait pu être, en 97, de 350 000 francs. La brièveté de la campagne, qui n'a duré que cinq semaines en raison du caractère anticipé des élections, provoquées par la dissolution de l'Assemblée nationale, le 21 avril, a permis de faire des économies : les candidats plus de six mille au total ont dépensé, en fait, une moyenne de 75 000 francs. Tous candidats confondus, cette moyenne a été sensiblement moins importante qu'en 93 : elle s'était élevée à 104 000 francs (soit 27 % de plus). Les vainqueurs sont plus dépensiers que la moyenne de l'ensemble des candidats : les cinq cent soixante-dix-sept élus ont déboursé, en moyenne, 231 000 francs. Leurs dépenses ont cependant, elles aussi, décrû : les députés de 93 avaient dépensé, en moyenne, 324 000 francs pour leurs campagnes. A l'inverse, les "petits" candidats ceux qui ont recueilli entre 5 % et 10 % des voix ont vu la moyenne de leurs frais passer de 73 000 francs en 93 à 114 000 francs en 97. Si ces candidats n'ont pas lésiné sur la dépense, c'est qu'ils ont misé sur le fait que leur campagne serait partiellement remboursée. DÉPENSES DOUTEUSES La loi du janvier 95, relative au financement de la vie politique, prévoit en effet que ceux qui obtiennent au moins 5 % des voix ont droit à un remboursement de l'Etat, qui peut aller jusqu'à 50 % du plafond des dépenses autorisées dans la circonscription concernée, dans la limite de l'apport personnel du candidat. Autrement dit, lorsqu'un candidat dépense 100 000 francs, dont 50 000 de sa poche, il a droit à un reversement de 50 000 francs. Cette disposition, contrepartie de l'interdiction des dons des personnes morales, a coûté à l'Etat 330 millions de francs au titre des élections de 97 (lire ci-dessous). Contrairement au passé, le principal souci des candidats n'a donc pas été de ne pas dépasser les plafonds, ce qui les rendrait inéligibles pour un an, mais d'intégrer dans leurs comptes un maximum de dépenses remboursables. En conséquence, les membres de la commission n'ont pas eu, cette fois, à traquer les dépenses omises, mais, au contraire, à déceler celles qui n'auraient pas dû figurer sur les comptes, parce qu'étant à caractère personnel. L'imagination des aspirants à la députation étant sans limite, les membres de la commission ont dû se demander s'ils pouvaient considérer comme des dépenses électorales des frais d'esthéticienne ou de coiffeur, des cours de diction ou de langues, des honoraires d'huissier ou d'avocat, des achats de costumes ou de vin fin, ainsi que des dîners aux chandelles pour deux personnes... Des rapporteurs, installés dans toute la France, ont fait un préexamen des comptes. Il s'agit de magistrats, de l'ordre judiciaire ou administratif, de membres de la Cour des comptes ou des chambres régionales, ainsi que de hauts fonctionnaires des finances, retraités pour certains, qui, moyennant une indemnité, ont accompli des vacations. Les comptes ont ensuite été transmis à la commission, composée de neuf membres et présidée par René Vacquier, qui a statué de façon collégiale. CANDIDATURES DE FIGURATION Ces limiers ont dû examiner 6 359 comptes, au lieu de 5 319 pour les élections de 93. Cette augmentation du nombre des candidatures s'explique, notamment, par le souci qu'ont eu les partis de multiplier leurs candidats, afin de bénéficier des aides accordées en fonction des suffrages obtenus aux législatives : s'ils présentent plus de cinquante personnes, ils ont droit à une somme d'environ 11 francs par voix obtenue (Le Monde du 24 mai 97). L'examen des comptes prouve qu'un grand nombre de candidats se sont contentés de faire de la figuration : plus de mille retracent des dépenses et des recettes de... zéro franc (les frais liés aux professions de foi et les bulletins de vote n'apparaissant plus, depuis 97, sur ces documents). La commission propose donc qu'à l'avenir on ne prenne en compte, pour l'établissement de cette dotation, que les candidats ayant recueilli au moins 2,5 ou 3 % des voix. Le calendrier du contrôle des comptes de campagne explique que ceux des législatives de 1997 ne soient publiés qu'aujourd'hui. Les candidats ont disposé de deux mois, après le scrutin, pour transmettre ces documents à la commission, ce qui menait au 1er août. La commission a examiné, dans un autre délai de deux mois, c'est-à-dire avant le 1er octobre, les 1 142 comptes qui faisaient l'objet d'un recours contentieux, afin de les transmettre très vite au Conseil constitutionnel. Elle a disposé ensuite de quatre mois pour examiner les 5 217 comptes restants. Son travail s'est achevé en février. Il a fallu alors assembler les éléments chiffrés et les rendre présentables. La commission a approuvé 6 085 comptes, soit 95,6 % du total, directement ou après révision à la hausse ou à la baisse. C'est plus qu'en 93 (87 %) : cette amélioration s'explique par la meilleure connaissance qu'ont les candidats des lois sur le financement de la vie politique. Cent trente-six comptes ont été rejetés, pour la plupart ceux de petits candidats n'ayant pas souhaité payer des honoraires d'expert-comptable. La commission a transmis les comptes rejetés au Conseil constitutionnel, afin qu'il statue. Elle a été suivie, sauf dans trois cas. L'un concernait Marie-José Roig (RPR), seule candidate à avoir dépassé le plafond autorisé, de 276 984 francs, dans la première circonscription du Vaucluse. Le Conseil constitutionnel a retranché certains frais, ce qui fait que les dépenses se trouvent au-dessous du plafond. Dans deux cas, ceux de Jean-Louis Masson (RPR, Moselle) et Jean-Marie Le Chevallier (FN, Var), la commission a approuvé les comptes, mais le Conseil constitutionnel, saisi par des tiers, les a rejetés; il a annulé les scrutins et déclaré les candidats inéligibles pour un an. Le Conseil constitutionnel a repris la jurisprudence qu'avait développée le Conseil d'Etat lors du contentieux, en appel, des élections municipales (Le Monde du avril 97) : il a toléré, dans certaines limites, les dons de personnes morales. Il s'agissait, en l'occurrence, de dépenses payées par des collectivités locales, telles que des frais de véhicule ou de téléphone portable. RAFAELE RIVAIS DOC : AVEC GRAPHIQUE : L'Etat s'est substitué aux entreprises Les principales sources de financement des campagnes législatives de 93 et 97 La pollution de l'air par l'ozone s'étend aux grandes villes de France Les difficultés pour informer en temps réel : le cas niçois LABORDE JEAN PIERRE NICE de notre correspondant La brise de mer fait défaut sur la Côte d'Azur, où à plusieurs reprises, ce week-end, le niveau 2 de pollution de l'air par l'ozone a été atteint. Habituellement, le littoral des Alpes-Maritimes profite d'un vent venu de la Méditerranée, si léger soit-il, pour dissiper la concentration en ozone. En fin de semaine, Qualit'Air, l'association agréée de surveillance de la qualité de l'air, avait délivré des bulletins satisfaisants, avertissant toutefois que le manque de vent risquait de provoquer une dégradation. La chaleur (environ 35 degrés), le ciel dégagé et la forte augmentation du trafic automobile le long de la côte ont entraîné, dès samedi après-midi 8 août, des dépassements du seuil de concentration d'ozone admis (180 microgrammes par m³) à Antibes, Cannes, et dans deux quartiers de Nice. Dimanche après- midi, le niveau 2 était atteint lors de six relevés différents entre heures et heures, dans trois stations de contrôle de Nice, Cannes et Antibes. Dans la soirée, un léger souffle venu de la Méditerranée faisait baisser les taux qui variaient, dans l'après-midi, de 2 mg/m³ à Nice à 8 mg/m³ à Cannes. Accusée, par le Journal du dimanche du 9 août, de rétention d'informations, la préfecture des Alpes-Maritimes a publié un communiqué, dimanche à la mi-journée, expliquant que, dès la veille, la procédure d'information établie pour le niveau 2 de pollution (lire ci-dessus) avait été parfaitement respectée. Dans le cadre des dispositions de la loi sur l'air, le préfet des Alpes-Maritimes avait pris un arrêté, le 1er octobre 96, pour déléguer à l'association Qualit'Air la mission d'information du public à travers les médias en cas d'alerte de niveau 2. Les capteurs d'air gérés par l'association sont ainsi reliés à un dispositif automatique qui déclenche l'envoi de fax aux médias et à la préfecture dès que la concentration en ozone dépasse 0 microgrammes/m³ sur une heure. Le document comporte le nom de la station de mesure, la valeur donnée par l'appareil et l'heure du dépassement. "La procédure est ainsi plus simple et plus rapide", explique le cabinet du préfet. Ce week-end, la transmission des fax a été relayée par une association basée à Martigues, Cyprès, dont le serveur Minitel sur le 36-14 recense l'ensemble des mesures sur la région Provence-Alpes-Côte d'Azur. Samedi, les fax constatant les dépassements de niveaux à partir de 16 heures ont été reçus à partir de 20 h 30 et jusqu'à 22 heures par les médias et la préfecture. Dimanche, la diffusion des dépassements constatés à heures a commencé aux environs de heures. Le temps de joindre l'ensemble des destinataires, l'information, qui concerne une heure donnée de la journée, ne peut donc jamais être transmise en temps réel. JEAN-PIERRE LABORDE La pollution de l'air par l'ozone s'étend aux grandes villes de France 000 francs pour l'achat d'un véhicule électrique L'aide à l'acquisition de voitures électriques, autorisées à rouler les jours de pics de pollution, a été portée de 5 000 à 000 francs, mais concerne un nombre limité de véhicules. Les véhicules bénéficiant d'une aide devront avoir été commandés à partir du 1er septembre de cette année et facturés au plus tard le 31 décembre 99. Sur cette période, le nombre de véhicules aidés sera plafonné à 3 000, précise un décret publié jeudi 23 juillet au Journal officiel. Moins de 3 000 immatriculations de voitures électriques ont été enregistrées en France depuis janvier 92 et le marché ne semble pas décoller. Malgré les avantages offerts aux propriétaires (contrats d'assurance préférentiels, stationnement résidentiel gratuit à Paris, Bordeaux, La Rochelle et Nice notamment), la vitesse maximum de ces véhicules plafonne à 95 km/h et leur autonomie à 100 kilomètres. La pollution de l'air par l'ozone s'étend aux grandes villes de France Des alertes de niveau 1 et 2 ont été déclenchées, samedi 8 et dimanche 9 août, dans la plupart des agglomérations et devaient être maintenues lundi. La surveillance de la qualité de l'air est entrée dans les moeurs mais le dispositif prévu par la loi se révèle encore insuffisant GARCIA ALEXANDRE ENVIRONNEMENT Les seuils d'alerte de niveau 1 et 2 de pollution de l'air par l'ozone ont été atteints, samedi 8 et dimanche 9 août, dans les grandes villes de France. Le niveau 2 d'alerte a été dépassé dimanche dans treize départements, parfois pour la troisième journée consécutive. L'OZONE troposphérique, situé au ras du sol, résulte d'une transformation chimique activée par le rayonnement solaire de polluants tels que les oxydes d'azote, les composés organiques volatils, les hydrocarbures ou les solvants. Ses effets néfastes à court terme sur la santé humaine sont aujourd'hui avérés. LA PRÉFECTURE des Alpes-Maritimes a délégué la mission d'information du public (niveau 2) à des associations de surveillance de l'air. Le dispositif automatique mis en place ne permet cependant pas une information en temps réel. (Lire aussi notre éditorial page 10.) LA POLLUTION de l'air par l'ozone progresse inexorablement sur l'ensemble du territoire. La canicule, l'absence de vent et la circulation automobile sont à l'origine d'un nouvel épisode de pollution qui a provoqué, samedi 8 et dimanche 9 août, une série d'alertes de niveaux 1 et 2 dans toutes les grandes villes de France. Selon Météo France, la journée du lundi 10 août s'annonçait comme la plus chaude du mois, les températures devant s'élever jusqu'à 38 degrés à Paris, Bordeaux et Lyon. Les pics d'ozone risquaient ainsi de perdurer jusqu'au début de la semaine. Le niveau 2 d'alerte, commandant des mesures d'information du public, a été dépassé dimanche 9 août dans treize départements français, parfois pour la troisième journée consécutive. L'alerte de niveau 2, déclenchée vendredi 7 août en Alsace et dans les Bouches-du-Rhône, s'est généralisée au cours du week-end dans les principales agglomérations du pays, comme Strasbourg, Mulhouse, Lyon, Paris, Bordeaux ou Grenoble. La pollution touche aussi des régions moins urbanisées, l'alerte de niveau 2 ayant été déclenchée dans des villes moyennes comme Epinal (Vosges), Annemasse (Haute-Savoie), Poitiers (Vienne) ou Le Havre (Seine-Martime), où des concentrations d'ozone supérieures à 0 microgrammes par mètre cube d'air ont été relevées. Cette pollution, provoquée par un fort ensoleillement associé à des vents faibles, décroît chaque jour après le coucher du soleil. La multiplication des alertes semble bien être la première conséquence de l'application de la loi sur l'air du 30 décembre 96, qui oblige, depuis le 1er janvier 98, toutes les agglomérations de plus de 100 000 habitants à s'équiper d'un dispositif de surveillance de la qualité de l'air. En 97, seules les agglomérations de plus de 250 000 habitants devaient disposer d'un tel outil. Au 1er janvier 2000, la France entière devra être placée sous "l'oeil" des capteurs. La surveillance de la qualité de l'air semble aujourd'hui être entrée dans les moeurs. L'équipement progressif des villes en réseaux de mesures atmosphériques trente-cinq à ce jour permet de disposer peu à peu d'une vision géographique globale de l'étendue de la pollution par l'ozone et par les autres polluants (dioxyde d'azote, dioxyde de soufre, particules fines) à travers le pays. La loi sur l'air de 96 a bien provoqué une réelle prise de conscience, mais celle-ci ne suffit pas, à elle seule, à juguler les causes et les conséquences de la pollution atmosphérique. L'efficacité des seuils en vigueur est notamment contestée par les écologistes. Le gouvernement a récemment choisi d'abaisser les seuils d'alerte de niveau 2 pour le dioxyde d'azote et le dioxyde de soufre mais il n'entend pas, pour l'heure, toucher au niveau 3 (Le Monde du 28 juillet). Au niveau 2, le dispositif obligatoire ne concerne que l'information du public et des personnes à risques et les préfectures peuvent décider de leur propre chef d'arrêter certaines mesures. Dans la région parisienne, où la circulation est pourtant quasi nulle en raison des départs en vacances, le préfet de police, Philippe Massoni, a recommandé aux particuliers, samedi 8 août, d'éviter l'usage de la voiture et d'utiliser en priorité les transports en commun. Les cars de tourisme ont été interdits à la circulation dans l'île de la Cité et l'île Saint-Louis. Les automobilistes d'Ile-de-France devaient en outre réduire leur vitesse de 20 km/h par rapport aux vitesses autorisées, soit 110 km/h sur autoroute et 70 km/h sur les routes nationales. POLITIQUE "DU COUP PAR COUP" Parmi l'arsenal facultatif à la disposition des préfets figurent également les contrôles antipollution. Dimanche 9 août, la police parisienne avait effectué "plusieurs milliers de contrôles" de véhicules dans la capitale et en Ile-de-France, qui ont donné lieu à une vingtaine de procès-verbaux. Les vérifications devaient être reconduites lundi 10 août. "Les forces de police et de gendarmerie procéderont à la vérification systématique de la réalisation effective des contrôles techniques obligatoires", a ainsi prévenu la préfecture de police de Paris. Le maire (RPR) de Paris, Jean Tiberi, a par ailleurs lancé un appel au civisme en demandant aux habitants de l'Ile-de-France d'utiliser au maximum les réseaux des transports en commun "qui sont les meilleurs du monde". Les élus écologistes de la capitale ont cependant jugé que cette politique du "coup par coup" ne règlait en rien le problème. "On répète depuis des années qu'il faut réduire la circulation automobile à Paris et le nombre de voitures qui circulent au diesel", a rappelé, samedi 9 août, un porte-parole des Verts. Les écologistes réclament des mesures "générales et continues" et la disparition des alertes. Cet épisode spectaculaire de pollution par l'ozone ne devrait toutefois pas atteindre l'ampleur de celui du mois d'août 97, où les pics de pollution avaient perduré, dans certaines régions, pendant plus de deux semaines. La pollution à l'ozone avait alors battu un record de durée à Paris : en moins de quinze jours, du 8 au 21 août, Airparif, le réseau de surveillance de la qualité de l'air en Ile-de-France, enregistrait pas moins de douze pics de pollution, huit déclenchant le niveau d'alerte 1 et quatre le niveau 2. Jean-Claude Gayssot, ministre de l'équipement, des transports et du logement, avait alors annoncé une réduction de 50 % des tarifs de la RATP, pour inciter les Franciliens à utiliser les transports en commun. Aucune réduction de tarif n'est prévue à ce jour, nous a-t-on précisé, lundi matin 10 août, au ministère des transports. A Strasbourg en revanche, la mise en place d' "une tarification spéciale" dans les transports en commun a été annoncée par la ville. PASTILLE VERTE Si le seuil d'alerte de niveau 3 devait être atteint dans les jours prochains, la circulation alternée serait immédiatement mise en oeuvre. La dernière alerte maximale, qui remonte au 30 septembre 1997, avait donné lieu, pour la première fois en France, à une application de la circulation alternée à Paris et dans vingt-deux communes de la région parisienne. Le civisme des Franciliens avait alors surpris. Le 1er octobre 97, le préfet de police de Paris, Philippe Massoni, avait en effet décidé de faire appliquer ce dispositif, prévu par la loi sur l'air de décembre 96, à la suite d'un pic de pollution au dioxyde d'azote. Ce jour-là, les transports publics étaient gratuits dans toute l'Ile-de-France; le nombre des rames de trains pour le service ferroviaire et le RER avait été augmenté pour accueillir le surplus d'usagers. La mairie de Paris avait annoncé, de son côté, que les places de stationnement résidentiel seraient gratuites pendant toute la durée de la circulation alternée (Le Monde du 3 octobre 97). Depuis, le gouvernement a lancé la "pastille verte" pour permettre aux véhicules les plus propres de circuler même les jours de pics de pollution et de circulation alternée. Cet autocollant gratuit est distribué par courrier depuis le 10 juillet aux propriétaires des véhicules les moins polluants et doit entrer en vigueur le août. ALEXANDRE GARCIA DOC : texte avec une carte intitulée "DE PLUS EN PLUS DE VILLES TOUCHEES". La pollution de l'air par l'ozone s'étend aux grandes villes de France Trois seuils d'alerte Niveau 1. Il correspond à une concentration d'ozone de 130 microgrammes par m³ d'air (CYg/m³ ). Les autorités sanitaires et préfectorales en sont informées par les différents réseaux de mesures, qui sont au nombre de trente- cinq en France. Aucun dispositif particulier n'est prévu. Niveau 2. C'est le "seuil d'information" de la population, atteint avec 180 microgrammes d'ozone par m³ d'air. Les enfants, les personnes âgées ou souffrant d'insuffisances respiratoires peuvent être affectées. Il est déconseillé aux sportifs de pratiquer des activités trop intenses pendant les pics de pollution. A ce stade, les autorités peuvent prendre des mesures pour réduire la circulation et la vitesse des automobiles. Niveau 3. C'est le "seuil d'alerte", atteint avec 360 microgrammes par m³ d'air. A ce niveau, l'ensemble de la population peut être affecté. Les autorités mettent en place des mesures plus contraignantes pour faire baisser les niveaux de pollution, telle la circulation alternée. La pastille verte, qui entre en vigueur le août, permettra aux véhicules les moins polluants de circuler les jours où ce seuil est atteint. La pollution de l'air par l'ozone s'étend aux grandes villes de France Des conséquences sanitaires néfastes et de mieux en mieux cernées FOLLEA LAURENCE L'OZONE, 0 pour les chimistes, est une molécule formée de trois atomes d'oxygène. Elle est présente à l'état naturel dans la stratosphère soit entre 10 et 50 kilomètres d'altitude où elle joue un rôle protecteur pour la santé humaine, en filtrant une grande partie des rayons ultraviolets émis par le soleil. L'ozone troposphérique (présente à moins de 10 km d'altitude) est produite par une transformation activée par le rayonnement solaire (photo-oxydante) de différents polluants (oxydes d'azote, composés organiques volatils, hydrocarbures ou solvants). Les pics de pollution par l'ozone se produisent dans la période estivale. La présence d'O dans l'atmosphère peut durer plusieurs jours, ce qui explique sa formation même en cas de circulation automobile réduite. Cet ozone "au ras du sol" est hautement néfaste pour la santé humaine. Il peut notamment être à l'origine de difficultés respiratoires chez les enfants, les personnes âgées et les personnes asthmatiques. Inhalée, cette molécule diffuse en effet facilement dans l'ensemble de l'arbre pulmonaire, jusqu'aux voies respiratoires les plus fines. Dès une exposition de l'ordre de 150 microgrammes par mètre cube d'air, des irritations oculaires, une toux et une altération pulmonaire peuvent apparaître, surtout chez les enfants et les asthmatiques. Les effets, variables en fonction des individus, sont majorés par l'exercice physique. L'ozone peut en outre entraîner une diminution du seuil de sensibilité aux allergènes qui affectent déjà les asthmatiques et aux infections virales. Il peut encore induire des inflammations de la muqueuse bronchique associées à une toux, une sensation d'oppression thoracique, une gêne respiratoire douloureuse. LIENS À COURT TERME Depuis quelques années, les connaissances scientifiques de l'impact de la pollution atmosphérique sur la santé humaine commencent à être mieux cernées. Les principaux effets à court terme concernent les appareils respiratoires et cardiovasculaires. Tous polluants confondus, une étude conduite sous l'égide du Réseau national de santé publique (RNSP) a chiffré le nombre des décès prématurés (avant soixante-cinq ans) liés à la pollution de l'air entre 30 et 50 à Lyon et entre 260 et 350 à Paris (Le Monde du 7 février 96). Une autre étude, baptisée Erpurs (Evaluation des risques de la pollution urbaine pour la santé) et lancée en décembre 90 par l'Observatoire régional de la santé d'Ile-de-France, le laboratoire d'hygiène de la Ville de Paris, le RNSP et la faculté de pharmacie de Paris-V, a constaté, au lendemain des pics de pollution, une hausse de la mortalité cardiovasculaire et confirmé l'existence de "liens à court terme entre les différents indicateurs de pollution et de santé" (Le Monde du 8 janvier). L'ozone a été statistiquement associé, l'été, à une hausse maximale de 4,8 % de la mortalité en Ile-de-France, toutes causes confondues. L'enquête Erpurs a également permis d'en savoir plus sur les conséquences sanitaires liées aux particules fines, au dioxyde d'azote (NO) et au dioxyde de soufre (SO). En période de fort ensoleillement, en cas de hausse du niveau de NO, la mortalité d'origine respiratoire augmente de 8 % à près de 20 %, ont calculé les épidémiologistes. En hiver, à un niveau moyen de pollution, la mortalité d'origine cardiovasculaire en relation avec une exposition au SO augmente de 2 %, et à un niveau élevé, de 7,6 %. Les hospitalisations pour affections des voies respiratoires sont surtout liées aux particules et au NO et peuvent augmenter jusqu'à 7 % lors des pics. Les visites médicales à domicile sont par ailleurs en hausse de 40 % en cas de pollution élevée au SO, de 53 % pour les particules et de 23 % pour le NO. DÉCÈS PAR CANCER Des travaux cherchant à établir des liens précis de causalité entre pollution de l'air et atteintes à la santé sont de plus en plus fréquemment publiés par les revues scientifiques internationales. Récemment, deux études britanniques ont conclu à une possible augmentation des décès d'enfants par cancers et par leucémies dans les zones fortement polluées par les dérivés du pétrole et, d'autre part, au rôle aggravant des polluants dans la survenue des infarctus du myocarde. LAURENCE FOLLEA Nouvelle mission de sauvetage des vins doux de Rivesaltes MARRE JEAN CLAUDE PERPIGNAN de notre correspondant "Tramuntana o marinada" ou "tramontane ou marinade", du nom des deux vents catalans qui soufflent dans les Pyrénées-orientales. Le slogan de la campagne de promotion de Jacques Séguéla annonçait-il dès le printemps la série de revers qui affectent aujourd'hui les vins de Rivesaltes ? Mardi 12 août, Jacques Berthomeau, ancien directeur de cabinet de Louis Mermaz, sera à Perpignan pour entériner les démissions de Bernard Dauré, président du comité interprofessionnel des vins doux naturels (VDN), Armand Ulrich, président du syndicat du cru Rivesaltes, et Jean-Luc Pujol, président de la confédération des VDN. Nommé le 6 août médiateur par le ministre de l'agriculture et de la pêche, Louis Le Pensec, il doit réaliser un audit sur la structure des VDN en Roussillon et faire d'ici six mois des propositions pour tenter de mettre un terme à la crise endémique qui frappe ces productions depuis plusieurs années. Le marasme actuel a des racines anciennes. Du début du siècle à 45, viticulteurs et caves coopératives vendaient en vrac aux négociants. Les courtiers très riches comme Violet (créateur de l'apéritif Byrrh) pratiquaient des prix élevés et chacun s'y retrouvait. Jusqu'aux années 60, les VDN de marque (Bartissol, Vabé, Dauré...) avaient pris le relais en faisant de même. Avec le décret du mai 72 regroupant les VDN des côtes de l'Agly, des côtes de Haut-Roussillon et les côtes de Rivesaltes sous le nom unique de Rivesaltes, l'appellation a pris une dimension nouvelle, mais la production reste excédentaire en dépit d'une baisse (de 336 000 hectolitres en 94 à 277 000 hectolitres en 97). La crise dure. Le décret du 29 décembre 1997 a élaboré le "plan Rivesaltes", qui vise trois objectifs : la reconversion d'environ 30 % de l'aire géographique, une démarche qualitative avec la constitution d'une réserve de viellissement de 100 000 hectolitres et une campagne d'image confiée au plus catalan des publicitaires, Jacques Séguéla. En dépit de cet effort, les stocks qui seront invendus au 1er septembre 98 friseront les 147 000 hectolitres, et le négoce est conduit à faire encore baisser les prix puisque les caves sont pleines. Pourtant les producteurs ont accompli des efforts pour la qualité, ont investi ou gelé des terres afin de redresser la situation. IMAGE BROUILLÉE Sans doute la réputation a-t-elle vieilli depuis l'époque où Rostand fit dire à Cyrano de Bergerac : "Halte-là Rivesaltes." Il y aurait pourtant, selon les producteurs 4 500 exploitants sur les Pyrénées-Orientales et l'Aude, bien des manières de déguster ces vins en apéritif : frappés avec des glaçons ou mélangés avec des sodas. Cependant l'image brouillée des rivesaltes a ouvert la brèche au porto, qui ne demandait, sur le même créneau, qu'à pénétrer le marché français. Pourtant un premier effort a été réalisé : "L'aire de production a été réduite de 4 000 hectares", souligne Bernard Dauré, du comité interprofessionnel des VDN, pour qui, tout espoir n'est pas encore perdu. "Il est insensé qu'avec le climat, le terroir, le savoir-faire et les hommes que nous avons, le produit ne soit pas plus connu." "Si l'on ne fait rien, on va crever sur un tas d'or", ajoute-t-il non sans une pointe de pessimisme. La mission de Jacques Berthomeau consistera sans doute à restructurer de manière encore un peu plus sélective le vignoble, en réservant les VDN à la partie en coteaux plutôt qu'à la plaine, et à fixer un prix plancher qui puisse permettre aux viticulteurs de rembourser les frais engagés pour une campagne. Mais la commercialisation reste la question la plus délicate des rivesaltes. Cette partie de la filière devrait pouvoir être prise en charge plus activement par les viticulteurs eux-mêmes ou leurs représentants. L'image ternie des rivesaltes saura-t-elle se transformer pour séduire à nouveau le consommateur ou bien, de plans de sauvetage en plans de sauvetage successifs et plus rigoureux, leur disparition est-elle inéluctable ? Autre nuage à l'horizon, sur le front de la concurrence : le groupe Pernod- Ricard a décidé récemment d'abaisser le degré de son apéritif Cinzano de 16 à 14 degrés. De ce fait, il bénéficiera d'un droit fiscal très allégé, passant de 14 à 0,22 francs par litre. Ces apéritifs sont sur les linéaires du commerce les concurrents directs et les plus redoutables des vins doux naturels. JEAN- CLAUDE MARRE La construction du dernier grand barrage du bassin de la Loire est contestée REPORTAGE La rivière de la discorde entre militants écolos et élus communistes La Petite-Marche (200 habitants), comme le village d'Astérix, fait de la résistance GUYOTAT REGIS CHAMBONCHARD (Creuse) de notre envoyé spécial Claire n'en est pas encore revenue. Une ministre dans son champ, sortant de l'hélicoptère en tailleur rose. "Je ne pensais pas qu'elle était aussi simple. Elle a cherché à s'informer. Elle voit bien que c'est un projet absurde." La visite de Dominique Voynet, ministre de l'aménagement du territoire et de l'environnement, le 2 juillet dernier à Chambonchard (Creuse), a redonné de l'espoir aux opposants résolus au barrage, comme Claire Gayon, ancienne laborantine, installée avec ses deux enfants à Saint-Pardoux, le seul hameau encore en vie dans la vallée qui va être noyée. Au milieu de cette cuvette naturelle, convoitée depuis le début du siècle par les aménageurs, le village de Chambonchard, serrée autour de sa petite église romane, est à l'abandon; les ronces partent à l'assaut des maisons. Seul le Cher fait entendre sa chanson, et les truites se faufilent entre les pierres plates sous d'épaisses frondaisons. Le projet de barrage a fait fuir les habitants. L'Epala s'est rendu maître de 90 % des terrains. "Quand le prix de la terre est multiplié plusieurs fois, on ne se fait pas prier pour vendre !", lance Gérard Renoux, un autre farouche opposant, adjoint au maire de La Petite-Marche. Cette dernière commune devrait être la plus touchée, avec 40 % de son territoire sous les eaux. La Petite-Marche (200 habitants), comme le village d'Astérix, fait de la résistance et a accueilli, le 28 juin dernier, les écologistes de SOS-Loire vivante, venus tenir leur assemblée générale dans la mairie rebelle. Mais cette petite commune, partisan d'un développement rural sans béton, est bien isolée. Les élus, de droite comme de gauche, de la Creuse ou de l'Allier le mince filet du Cher sert de limite entre les départements et les deux régions de l'Auvergne et du Limousin souhaitent la construction du barrage, solution, selon eux, aux maux dont souffre cette région en perte de vitesse. "Je suis maire depuis 71, j'ai une étagère de dix-huit mètres de dossiers sur Chambonchard !", s'exaspère Bernard Barraux, sénateur (centriste) de l'Allier, maire de Marcillat-en- Combraille. Le futur barrage est situé entre Evaux-les-Bains et Néris-les-Bains. "Ces deux stations thermales ont été construites par M. Jules César il y a deux mille ans. Depuis cette date, il ne s'est jamais rien passé ici... Ce barrage est pour nous l'occasion d'effectuer un virage vers une économie plus touristique, moins spécifiquement agricole", explique Bernard Barraux. "Ici nous ne sommes pas dérangés par les bouchons." Justement. Peut-on s'attendre à une ruée des touristes dans une région peu connue, où les activités de détente se pratiquent sur le mode de la discrétion ? "Nous sommes à un quart d'heure de Montluçon. Dans un rayon de une heure de route, nous avons un million d'habitants", assure le sénateur. Leader des pro- barragistes, le député communiste de l'Allier Pierre Goldberg affirme : "Il y a un consensus rarement vu chez des élus sur ce projet. Un homme comme Jospin devrait comprendre cela." Pierre Goldberg s'inquiète de l'approvisionnement en eau de Montluçon. La ville n'a pas de nappe phréatique, elle est donc tributaire des niveaux du Cher, où l'eau est puisée. "Actuellement, nous pompons moins de un mètre cube par seconde, les services de la mairie sont en alerte." Pour Pierre Goldberg, le barrage existant de Rochebut, exploité par EDF, ne peut suffire. Il faut un ouvrage neuf à Chambonchard. Une majorité d'élus, qui ne savent plus comment faire pour enrayer la désertification, s'accrochent à ce barrage comme à une bouée de sauvetage. La visite de Mme Voynet, invitée par Pierre Golberg, avec l'annonce d'un nouvel ajournement de la décision, alors que la déclaration d'utilité publique a été signée, a causé la déception. Et les écologistes de La Petite-Marche, ici, restent des envoyés du diable. "Mme la ministre s'intéresse beaucoup plus à trois ou quatre marginaux qu'aux autres habitants", insiste le sénateur Bernard Barraux. REGIS GUYOTAT La construction du dernier grand barrage du bassin de la Loire est contestée Malgré la signature de la déclaration d'utilité publique, le gouvernement hésite à financer cet important ouvrage à Chambonchard, sur le Cher, que les élus, autour de Montluçon (Allier), réclament à cor et à cri. Les opposants à son édification parlent d'un énorme gaspillage GUYOTAT REGIS ORLÉANS de notre correspondant Faut-il dépenser 600 millions de francs d'argent public pour construire le barrage de Chambonchard sur le Cher, un affluent de la Loire, en amont de Montluçon (Allier) ? "C'est du gaspillage !", clament tout net les écologistes. "C'est indispensable !", répondent les élus de toute tendance. Inscrit au "plan Loire", signé en 94 entre l'Etat et l'Etablissement public d'aménagement de la Loire et de ses affluents (Epala), Chambonchard est un rescapé du gigantesque programme de construction d'ouvrages dressé par l'ancien maire de Tours, Jean Royer créateur de l'Epala, pour dompter le fleuve. C'est aussi un des plus contestés. Lorsque, au début des années 90, l'Etat doit trancher, c'est le projet de barrage de Serre-de-la Fare (Haute- Loire), objet alors de la colère des écologistes, qui est sacrifié. Celui de Chambonchard, une belle cuvette sauvage sur les marches du Massif Central, refait alors surface. Il se murmure que Pierre Bérégovoy, premier ministre et maire (PS) de Nevers, a "offert" l'ouvrage aux communistes le député de l'Allier et maire (PC) de Montluçon Pierre Goldberg, le réclame à cor et à cri en échange de leur soutien lors d'un vote d'une motion de censure qui risquait de mettre en péril son gouvernement. Aujourd'hui le projet a même été revu à la hausse. Michel Barnier, qui, comme ministre (RPR) de l'environnement, avait signé le plan Loire en 94, avait engagé l'Etat pour une retenue de 50 millions de mètres cubes. L'Epala a porté la capacité de celle-ci à 83 millions, répondant au souhait des élus de la région de Montluçon d'ajouter à la fonction d'étiage une vocation touristique. La facture doit être réglée par l'Epala (340 millions de francs), l'Agence de l'eau (190 millions) et l'Etat (70 millions du ministère de l'agriculture), les collectivités locales prenant à leur charge l'essentiel du coût des aménagements touristiques. C'est donc un monstre qu'il va falloir gérer. Depuis, la déclaration d'utilité publique a été signée le 12 décembre 96. Mais l'Etat se fait tirer l'oreille pour verser sa part. A son arrivée au ministère de l'environnement, Dominique Voynet avait paru souscrire aux options du plan Loire. Aujourd'hui, la ministre fait part de ses "doutes". Répondant notamment à une question de Pierre Goldberg à l'Assemblée nationale, le 13 mai dernier, elle affirmait : "L'utilité du barrage apparaît moins évidente, compte tenu de l'évolution de la politique agricole." La ministre ne faisait que reprendre l'enquête publique, qui notait que l'extension de l'irrigation ne constituait plus une priorité, du moins "à court terme", pour les agriculteurs, en particulier les gros céréaliers du Berry, installés en aval. "Il y a une incroyable faiblesse argumentaire pour un ouvrage de 600 millions de francs. Jamais on n'aura autant dépensé avec si peu de raisons. C'est parce qu'il s'agit d'argent public...", estime Bernard Rousseau, un des responsables de France Nature Environnement. Rencontrant le 2 juillet à Montluçon les élus concernés tous favorables au barrage de l'Allier et de la Creuse, pour la plupart communistes, Mme Voynet a annoncé qu'une décision serait prise en fin d'année, après avoir répété que l'opération posait encore "de nombreuses questions". La réaction des élus ne s'est pas fait attendre. Le 9 juillet, l'Epala, par 53 voix pour, une contre et 4 abstentions, a décidé de suspendre sa participation financière au plan Loire. Eric Doligé (RPR), le successeur de Jean Royer à la tête de l'Epala, président du conseil général du Loiret, tempête : "Le vrai gaspillage serait de ne pas réaliser cet ouvrage, qui a été décidé par le gouvernement, qui a fait l'objet d'une déclaration d'utilité publique, et pour lequel 100 millions de francs ont déjà été dépensés". Et le responsable de l'Epala ajoute : "L'Etat a incité des dépenses sur sa signature : il va bien falloir qu'il compense." Les écologistes contre-attaquent : "En transformant un débat d'utilité publique en marchandage avec l'Etat, l'Epala réduit le plan Loire à une dimension strictement politicienne... C'est la question de l'utilité de l'Epala qui est posée". Réponse d'Eric Doligé : "L'Etat ne peut se passer de l'Epala, c'est un outil qui fédère les élus, un instrument d'appel de fonds et de réflexion." Derrière la polémique sur Chambonchard, c'est l'ensemble du plan Loire, doté d'un important volet environnemental (mise en valeur des berges, entretien des digues, maîtrise des zones inondables), qui est aujourd'hui en question, et pas seulement la construction du barrage. Dans l'immédiat, les élus du bassin, à l'initiative de Pierre Goldberg, ont demandé rendez-vous à Lionel Jospin. REGIS GUYOTAT DOC : AVEC CARTE : Les barrages du bassin de la Loire HORIZONS ENQUETE 1- VOYAGES EN UTOPIES Le tour de la Terre en 80 minutes MAURUS VERONIQUE Quarante et un ans après Spoutnik, l'espace reste le domaine réservé des scientifiques et des militaires, mais plusieurs sociétés imaginent les premiers véhicules de tourisme spatial MESDAMES, messieurs, nous sommes arrimés. Vous pouvez détacher votre ceinture. En orbite, il n'y a pas d'heure locale. N'oubliez rien à bord." Dans la haute cabine du spatiobus, un couple très ému flotte vers la sortie en se tenant par la main. Dix ans qu'ils en rêvent, et puis la chance, le hasard d'un tirage au sort qui leur a offert une semaine dans l'espace. "C'est exactement comme à l'écran", murmure Mme Dupont en titubant maladroitement vers le hall sphérique, d'où partent des rampes d'accès aux quartiers d'habitation. Au fur et à mesure qu'ils progressent, la marche devient plus facile. L'hôtel est conçu comme une énorme roue, tournant lentement autour d'un cylindre central : plus on s'éloigne du centre, où règne l'apesanteur, plus la gravité artificielle augmente. Au bout du couloir, on pèse un sixième de son poids terrestre, soit une dizaine de kilos. C'est assez pour se tenir debout, dormir, se laver sans difficulté, mais c'est si peu qu'on saute, bondit, et cabriole comme un enfant. Les Dupont savourent à l'avance les plaisirs inédits de leur première nuit dans l'espace, mais, arrivés dans leur chambre, ils restent interdits, hypnotisés par la vue qui s'offre à eux. Sur le noir étincelant de l'infini sidéral, la Terre et le Soleil se succèdent toutes les minutes, au rythme de la rotation des pièces. L'hôtel Intersidéral a été inauguré en 2024, il y a un an. Depuis les premiers vols suborbitaux au début du siècle, le tourisme spatial est devenu une vraie industrie. Aux aventures pionnières de quelques casse- cou richissimes, qui payaient une fortune pour quelques minutes passées en apesanteur, ont succédé des croisières à bord d'avions spatiaux de plus en plus sûrs. Après Cape York, dans le nord de l'Australie, des spatiodromes se sont ouverts sur tous les continents. Vedettes du spectacle et du monde des affaires, tous les privilégiés de la "space society" s'y succèdent. A 100 000 francs la semaine, le palace cosmique n'est pas encore à la portée de toutes les bourses. Les Dupont, premiers touristes ordinaires de l'espace, entendent profiter de tous ces jeux inconnus. Ils hésitent. Sauter comme une puce dans le trampoline tridimensionnel, où on rebondit en tous sens sans jamais se blesser ? Ou bien essayer de voler, muni de petites ailes, à travers l'immense gymnase en apesanteur. Il faut, paraît-il, de l'entraînement pour trouver l'équilibre. Ils peuvent aussi nager comme des dauphins dans la piscine sans fond, où l'eau, collée aux parois, semble posée sur le vide. Ils optent pour le ludo- bar, où on joue à manger : M. Dupont fait gicler un jus d'orange qui reste suspendu devant lui, puis le boit à la paille. Ensuite, ils iront contempler la Terre, dont on fait le tour en 80 minutes dans une bulle d'observation largement vitrée. A cette hauteur, notre planète, encore très proche, déroule ses fleuves, ses glaciers miroitants, ses déserts, ses vallées sous-marines. Ni frontière ni oeuvre humaine. Cette merveille bleutée flottant dans le noir galactique paraît si fragile qu'ils en reviendront transformés, convaincus, comme tous leurs prédécesseurs, de l'absurdité des guerres et de la pollution. Avec un nouveau rêve : aller sur la Lune, où on campe depuis peu dans des gîtes sous- luniens. Les Dupont de l'espace existent déjà. Vous, peut-être ? Vos enfants ou vos petits-enfants ? "C'est possible techniquement. Ce sera possible financièrement. Savoir si on le vivra...", dit-on chez Arianespace. L'hôtel de l'espace, dans ses moindres détails, figure dans les cartons du groupe japonais Shimitsu, comme le spatiobus conçu par la société Bristol Aerospace, et le spatiodrome de Cape York, actuellement en projet. Quand ? C'est la vraie question. A priori, le tourisme spatial paraît un rêve lointain. Quarante et un ans après le premier Spoutnik, l'espace reste le domaine réservé des scientifiques et des militaires, géré par des organismes publics qui n'ont pas pour objectif d'emmener M. Dupont en voyage, mais de conquérir Mars ou d'explorer la galaxie. Le marché commercial se limite aux satellites de communication. Quatre cents astronautes seulement ont volé dans l'espace. Les coûts de lancement prohibitifs (120 000 francs par kilo) et l'accident de Challenger en 86 ont repoussé aux calendes grecques toute exploitation touristique de l'espace. EST-CE bien sûr ? A écouter les spécialistes, cet horizon approche. "Dans cinq ans démarreront les premiers vols commerciaux suborbitaux; dans dix ou douze ans, les premiers vols orbitaux. Ils seront très chers, mais c'est comme ça qu'a débuté l'aviation", affirme Thomas Roger, président de l'Association américaine des transports spatiaux. "2025 paraît un horizon raisonnable pour le tourisme spatial, confirme Géraldine Naja, spécialiste du long terme à l'Agence spatiale européenne (ESA). Dès 2015, quelques pionniers privilégiés ouvriront la voie, mais, en 2025, on pourra faire son voyage de noces en orbite ou sur la Lune." 2025... Aux environs de Bristol, dans un bureau encombré de plans, d'ordinateurs et de maquettes, David Ashford sourit, énigmatique : "J'irai dans l'espace, et je ne serai pas le premier." Le tourisme spatial, il en rêve depuis les années 60, lorsque, jeune ingénieur aéronautique, il planchait déjà sur un petit avion spatial réutilisable. A l'époque, six équipes européennes, dix aux Etats- Unis, travaillaient sur le sujet. "Après le Spoutnik, c'était l'étape suivante évidente, dit-il. Elle n'est jamais arrivée, pour des raisons politiques." La NASA, embarquée dans la conquête de la Lune pour gagner la guerre froide, a oublié les désirs du public. Daniel Ashford a remballé ses rêves et travaillé sur le Concorde, puis dans l'armement. "J'ai été frustré de ma carrière", dit-il, l'oeil bleu pétillant. En 89, grâce à une préretraite précoce, il est revenu à l'espace et a créé une petite société, Bristol Aerospace. Depuis, il planche sur le développement d'avions spatiaux. Il n'est pas le seul : outre la NASA (avec les programmes X 33 et X 34), l'Agence spatiale européenne avec le Festip (futur système de transport spatial), une dizaine de petites sociétés (Pioneer, Kistler, Kelly, etc.), pour la plupart américaines, étudient sérieusement les futurs véhicules de l'espace. C'est, en effet, la clé de cette aventure. "Une fois qu'on a le lanceur, il n'y a plus de problème", assure Géraldine Naja. Pour initier le tourisme spatial, il faut faire baisser massivement les coûts de lancement et améliorer tout aussi spectaculairement la sécurité. Seuls des astronefs totalement réutilisables le permettront. Les lanceurs actuels sont soit "jetables", comme Ariane, soit partiellement réutilisables, comme la navette américaine, dont il faut à chaque vol refaire les pièces essentielles. D'où un coût prohibitif : "Imaginez une voiture dont il faudrait changer le réservoir et refaire le moteur à chaque fois qu'on s'en sert !" Un véhicule totalement réutilisable permettrait d'amortir les coûts sur de nombreux vols, donc de diviser les prix par cent, voire plus. Il aurait aussi un meilleur niveau de sécurité, à l'idéal comparable à celui de l'aviation. "Un avion effectue au moins mille vols avant d'être commercialisé. Il est testé progressivement, poussé à ses limites. C'est possible avec un véhicule réutilisable, pas avec un lanceur qu'on n'utilise qu'une fois", explique David Ashford. Cet avion de ligne sidéral est-il aujourd'hui faisable ? Oui, assure-t-il, avec tous les mordus du tourisme spatial. "Il n'y a pas besoin de percée majeure. On peut utiliser les techniques existantes." En combinant des moteurs à réaction puissants, pour décoller dans l'atmosphère (jusqu'à 50 kilomètres du sol environ), puis, une fois l'oxygène disparu, des moteurs chimiques de fusée pour gagner l'orbite (à plus de 100 kilomètres), on peut concevoir un véhicule capable de s'arracher à l'atmosphère, de faire un ou deux tours de Terre et de redescendre intact. Chacun a sa solution : David Ashford a imaginé deux avions imbriqués l'un dans l'autre qui se détacheraient à environ 70 kilomètres de hauteur. Kelly Space envisage de faire tirer son Astroliner par un Boeing jusqu'à une certaine hauteur, Kistler Aerospace étudie un camion spatial à deux étages tous deux récupérables. Les "grands" de l'espace font la moue. Quelle que soit la recette, il s'agit de bricolage, assurent-ils. Et tant qu'on gardera les moteurs chimiques (de fusée), les passagers seront assis sur une bombe en puissance. Mieux vaudrait un véhicule unique, doté d'un moteur mixte ou d'un nouveau système de propulsion, bref, un avion du troisième type. Tout est possible : l'ESA étudie des moteurs aérobies (dans lesquels l'oxygène de l'air sert de carburant) ou la propulsion électrique; la NASA envisage des systèmes encore plus futuristes utilisant l'antimatière ou les champs de force de l'univers. "Mon projet est le plus réaliste", persiste David Ashford, calculs en main. Car il ne s'agit pas de concevoir directement une navette bis. Plus prosaïquement, Bristol Aerospace, comme tous ses concurrents, essaie, dans un premier temps, de construire un petit véhicule suborbital, c'est-à-dire capable de monter jusqu'à environ 80 ou 100 kilomètres, avant de retomber, comme une balle lancée en l'air. Il existe déjà, sous forme d'une maquette téléguidée. Ascender, "premier avion spatial de la nouvelle génération" (sic), a volé incognito pour la première fois le 8 mai sur un petit aérodrome de campagne. A première vue, c'est un mini-Concorde. Mais, en grandeur réelle, il pourra emporter deux passagers jusqu'aux confins de l'atmosphère pour passer deux minutes et demie en apesanteur, puis redescendre à l'autre bout de la planète. La moitié du globe en 75 minutes... Reste à le construire. David Ashford n'en a pas le premier sou. Son espoir : gagner le "X prize", un concours lancé par une fondation américaine, qui récompensera la première équipe capable de faire voler un véhicule suborbital réutilisable. 10 millions de dollars (60 millions de francs) sont à la clé. Seize équipes concourent, dont quatre ont des projets très avancés. "D'ici à 2001, une équipe gagnera. Grâce à cette mise de fonds, on pourra réunir les sommes nécessaires au développement d'un vrai service commercial. Ces vols suborbitaux seront extrêmement populaires. Et, à partir de là, on pourra envisager un véritable avion spatial vers 2010", explique, enthousiaste, Patrick Collins, économiste et coauteur, avec David Ashford, d'un livre, Your Spaceflight Manual. Le marché potentiel existe. Toutes les études réalisées depuis 93 au Japon, aux Etats-Unis et en Europe le prouvent. Deux personnes sur trois aimeraient visiter l'espace une fois dans leur vie, à condition de ne pas dépasser 36 000 francs pour assouvir leur rêve. Une petite frange, trois millions de privilégiés, sont prêts à dépenser 600 000 francs et plus. A ce prix, le voyage pourrait être rentable. Déjà, deux tour-opérateurs américains proposent des vols suborbitaux : 590 000 francs, payables en quatre ans, pour une semaine, dont un jour de vol. Le 29 avril, Richard Branson, le PDG de Virgin, s'est mis sur les rangs pour organiser les premiers voyages spatiaux. SUR le bureau de David Ashford trône un petit Ascender orné du logo Virgin. Un fétiche. David ne se prend pas vraiment au sérieux. "Dès que l'un de ces avions spatiaux volera avec succès, il y aura une ruée vers la gloire, je devrai faire attention à ne pas me faire écraser." La gloire, il ne la cherche pas plus que la fortune. "J'adore dessiner des avions", dit-il. Passé l'étape des vols suborbitaux, les coûts de développement d'un véritable avion spatial plusieurs dizaines de milliards de dollars sont prohibitifs. Quelle entreprise privée prendra un tel risque pour un marché qui reste à créer ? Il est beaucoup plus probable que les développements technologiques majeurs seront assurés par les grandes agences publiques, quitte à laisser ensuite le privé assurer l'exploitation commerciale. L'ESA ou la NASA n'ont pas vocation à le faire. Mais elles ont intérêt à aider, ne serait-ce que pour justifier leur existence et leur budget. "Le tourisme n'est pas de notre ressort, mais si ce que nous faisons peut y contribuer, tant mieux", dit l'Agence. La conquête de tout nouveaux territoires passe par trois phases, explique Guy Pignolet, du Centre national d'études spatiales (CNES) : l'observation (pour la curiosité, la science et la gloire), puis la prise de position stratégique (on surveille, on retransmet des signaux), et, enfin, l'exploitation (on s'installe). Dans l'espace, la seconde phase se termine. Déjà, on songe à produire de l'énergie ou de nouveaux matériaux dans l'espace, à extraire les richesses minérales des comètes. Le tourisme est la suite logique. Depuis peu, les signes se multiplient. Aux Etats-Unis, une société propose d'expédier vos cendres dans l'espace. Une autre promet pour bientôt le yesterday delivery : grâce aux vols suborbitaux, on pourra livrer un paquet de Los Angeles à Tokyo en une heure, c'est-à-dire la veille ! Au Japon, Pepsi-Cola a lancé cet été un concours "Let's Go to Space". Les prix ? Cinq tickets pour l'espace en 2001. "2001, c'est un peu tôt, corrige Patrick Collins. Mais tous ceux qui ont trente ans pourront aller dans l'espace, j'en suis sûr !" VERONIQUE MAURUS DESSINS : JEAN-CLAUDE MEZIERES 10 RECTIFICATIFS Paul Flamand Dans l'article nécrologique sur Paul Flamand, fondateur du Seuil (Le Monde du 7 août), il était écrit par erreur que la revue Esprit était publiée par Le Seuil dès 1943. C'est après la guerre que la revue (dont la publication avait été interrompue entre juillet 41 et octobre 44) fut diffusée par Le Seuil, en restant indépendante. 10 Il y a 50 ans dans Le Monde Yachting aux Jeux olympiques LAVALETTE G. DE LE YACHTING à voile français est d'une grande modestie publicitaire : celle qui convient à un sport souvent "magnifique", mais qui pourtant ne fera jamais recette tant sont forcément vastes les "enceintes" et réservées à un public de connaisseurs. Il a fallu l'annonce de résultats techniques pour que l'attention soit attirée sur le Français Jean-Jacques Herbulot, gagnant la semaine dernière à Torquay une éliminatoire des Jeux olympiques, disaient les dépêches. Or il s'agit en réalité de la première manche d'une lutte très belle qui en comprend sept, et dans laquelle sont engagées vingt-trois nations. Pour la première fois, la technique d'aviation ! aidant, les bateaux monotypes intégraux mettent au départ tous les concurrents sur un strict pied d'égalité. Les Anglais ont créé en effet spécialement pour les Jeux un petit bateau d'environ 4 mètres de long, pourvu de deux voiles (il y a un foc), et dont tous les détails de construction sont de grande série moderne, c'est-à-dire strictement semblables en dimensions, matériaux, poids, etc. Jamais pareille égalité de moyens n'a été ainsi approchée. Les coques ne comprennent aucune charpente proprement dite : elles sont en bois moulé. Deux couches de feuilles de plaqué collées à la mise en forme sont entrecroisées. Elles assurent la solidité considérable et ce qui est capital pour un bateau de régates la constance des formes de la coque, jolie et résistante comme un grand violon en bois verni. G. DE LAVALETTE (11 août 48.) 10 HORIZONS - ANALYSES ET DEBATS LE MONDE EDITORIAL Une ville sans voiture ? PARADOXALEMENT, la pollution atmosphérique qui, ces dernières années, s'aggrave sur l'Hexagone et a atteint, ces derniers jours, pour la première fois du moins depuis qu'on l'observe la quasi-totalité des grandes villes, aura permis une conquête démocratique. Elle a en effet contraint les pouvoirs publics à prendre en compte le phénomène. Depuis que la loi Lepage oblige les grandes agglomérations à s'équiper en capteurs mesurant le niveau des gaz polluants, l'information est désormais disponible pour tous et il suffit qu'un département, comme celui des Alpes-Maritimes, ce week-end, publie les chiffres avec retard pour que le tollé soit général. Désormais, on sait et on veut savoir. Cette exigence de transparence s'accompagne d'une attitude de la population qui, lors de la circulation alternée imposée le 1er octobre 97, a surpris les responsables politiques et les observateurs patentés de la société française : les Franciliens ont plébiscité la mesure (à 80 % selon un sondage). On croyait les Français plus esclaves qu'ils ne le sont de leur automobile; on les découvre moins égoïstes, plus adultes, plus citoyens. Les mesures contraignantes qui sont prises pour contenir la pollution atmosphérique dans les villes sont en général bien accueillies. Jusqu'à présent mais il faut concéder que des mesures comme la réduction de la vitesse ou la circulation alternée ne sont pas encore très coercitives la responsabilisation et le civisme l'emportent sur les attitudes poujado-critiques. Tout le monde sait donc désormais que le phénomène de pollution urbaine par l'automobile est là, installé de manière durable, même si l'amélioration des moteurs et des carburants laisse espérer de moindres dégagements de gaz. La société française est désormais devant un choix, en toute connaissance de cause. Soit elle décide de vivre avec cette pollution, considérant qu'elle est indissociable de la modernité et des modes de vie urbains, tout en prenant des précautions. Cela passera inévitablement par des mesures de plus en plus restrictives comme l'abaissement des seuils en particulier celui du niveau 3 d'alerte, qui instaure la circulation alternée, le déclenchement de celle-ci dès le niveau 2 ou l'instauration de péages urbains pour endiguer la circulation... Mais si le phénomène est jugé suffisamment grave pour la santé publique, il oblige à repenser l'ensemble de la problématique de la circulation urbaine et, à travers celle-ci, toute l'architecture de la ville. L'histoire du dernier demi-siècle a soumis les villes à la loi de l'automobile. C'est elle qui a modelé le visage qu'elles présentent aujourd'hui, selon le modèle californien du "tout voiture". Chasser la voiture de la ville pour des raisons de santé publique mais aussi pour des raisons d'engorgement, de coût économique et de bruit permettrait de rendre enfin les transports collectifs attractifs et de repenser toute l'organisation urbaine dans le sens de la sociabilité. Une ville sans voiture, cela paraît impossible. Cela deviendra peut-être nécessaire. 10 HORIZONS - ANALYSES ET DEBATS RECTIFICATIFS Thermes de La Léchère Contrairement à ce que nous avons écrit à propos des thermes de La Léchère en Savoie (le Monde du 6 août), l'eau n'était pas polluée par des salmonelles mais par des légionelles. 10 AU COURRIER DU "MONDE" Pratiques génocidaires MONNOT JACQUES Dans son article sur la famine dans le sud du Soudan (Le Monde du 22 juillet), Mouna Naïm cite le directeur du département médical de Médecins sans frontières (MSF), Marc Gastellu Etchegorry, qui déclare que la famine dans le sud du Soudan est "comme un accident de voiture". En réalité, la famine dans le sud du Soudan n'est pas un accident. Elle est le résultat de la politique du régime islamiste de Khartoum, qui vise à l'extermination des peuples du sud du Soudan, afin de pouvoir exploiter (dans tous les sens du terme) le pétrole du sud du Soudan, sur un territoire qui aurait été vidé de ses habitants par des pratiques génocidaires. JACQUES MONNOT ORLEANS (LOIRET) 10 HORIZONS - ANALYSES ET DEBATS Les mots vieux garçons Réponse à Marc Fumaroli GARDE PAUL FAUT-IL dire "Mme le ministre" ou "Mme la ministre" ? Dans Le Monde du 31 juillet, Marc Fumaroli plaide pour le maintien de la première tournure. Il se fonde sur des considérations institutionnelles, psychologiques ou sociales, voire politiques : n'est-il pas un des meilleurs spécialistes de notre histoire culturelle ? Mais, bien qu'il s'agisse d'un problème de langue, il ne recourt à aucun argument proprement linguistique. Or l'histoire des idées et des cultures avance au long des décennies (tant de choses se passent De Montaigne à La Fontaine, comme dit le titre d'un livre du même auteur); les structures linguistiques, elles, évoluent au rythme des millénaires. C'est la rencontre de ce temps long et de ce temps court qui peut créer des conflits. On ne saurait les résoudre si l'on ne considère qu'un des deux termes. Le titre même de l'article, "La querelle du neutre", trahit une surprenante inadvertance : le grand humaniste classique qu'est l'auteur ne peut ignorer que le genre neutre, dans les langues où il existe, n'a jamais servi à résoudre les difficultés évoquées. Il nomme essentiellement des êtres inanimés, asexués ou considérés comme tels, et non des qualités attribuables aux êtres vivants des deux sexes. Ces dernières, à quelques exceptions près, sont condamnées au choix entre masculin et féminin : un élève, une élève, et la perte du neutre dans notre langue n'y a rien changé. Où donc est la spécificité du français parmi les langues indo-européennes ? C'est qu'il a progressivement perdu la capacité de féminiser librement des noms de personnes à l'aide de suffixes appropriés. L'italien dit sans hésiter professoressa, le tchèque profesorka, l'allemand forme indéfiniment des féminins en "in". Chez nous, le suffixe "esse" ne reste bien implanté que dans "maîtresse" et "hôtesse" et dans les titres nobiliaires : "princesse, duchesse, comtesse". Pour le reste, le français d'aujourd'hui relègue l' "abbesse", la "chanoinesse", la "prêtresse" et la "papesse" dans leur niche historique, la "demanderesse" dans le jargon du palais, le mot "négresse" dans son ghetto raciste, et s'il reste attiré par les "pécheresses", il fuit tant qu'il peut les "diablesses", "ogresses", "drôlesses" et autres "tigresses". Cette mauvaise compagnie a compromis jusqu'à la "poètesse", la "doctoresse", la "notairesse" et même la "Suissesse", qu'on appelle encore ainsi chez elle mais non dans l'Hexagone. Et ne parlons pas de l'éphémère suffixe "ine", que notre langue n'a emprunté à l'allemand que pour en affubler un mot russe dans "tsarine", anglais dans "speakerine", et arabe dans "cafrine" (qui remplace "négresse" dans la bouche des Réunionnais). Bref, ces suffixes sont morts, devenus inutilisables. C'est pourtant avec tout ce tintamarre qu'on essaie d'effrayer le public pour le dissuader de créer de nouveaux noms féminins, comme si la disparition d'un procédé particulier avait fait de tout le français une langue morte Or, en même temps qu'elle perdait la féminisation par suffixe, jadis propre au nom, notre langue développait à l'extrême un autre procédé plus simple, lui aussi hérité d'un passé lointain, et semblable à celui des adjectifs : le féminin ne diffère du masculin que par l'addition d'un "e" ou lui est semblable ( "un" ou "une secouriste", comme "il est" ou "elle est jeune"). Ce procédé concerne des milliers de noms de personnes et est applicable potentiellement à presque tous. Se sont aussi développés deux petits groupes de mots, ceux en "eur", "euse" et en "teur", "trice", qui servent à former à la fois des noms et des adjectifs ( "directeur, directrice" comme "plan directeur, idée directrice"), mais qui ne fonctionnent librement que s'ils sont en rapport direct avec un verbe existant dans la langue : est "directeur/trice" celui ou celle qui dirige. Si ce rapport n'existe pas, le suffixe n'est plus senti comme vivant. "Acteur/actrice" ou "instituteur/institutrice" sont des mots très courants, mais qui ne peuvent plus servir de modèles pour de nouvelles formations. D'où un premier blocage, purement linguistique, concernant un petit groupe de mots en "eur" ou "teur" que leur sens ne lie pas de façon évidente à des verbes : "docteur", "professeur", "recteur", "censeur", "procureur", "sénateur", "facteur" et quelques autres. Ces mots, désignant des fonctions qui jusqu'au siècle dernier n'étaient jamais exercées par des femmes, n'ont pas alors (contrairement à "acteur" ou "instituteur") développé de féminin en "euse" ou "trice", lorsque la langue le rendait encore possible. Plus tard, cette possibilité avait disparu. Ces mots sont pour ainsi dire restés vieux garçons. Mais à l'obstacle linguistique s'est superposé un blocage social. Il se trouve que toutes ces fonctions (sauf la dernière nommée) ont un certain prestige. Au début du XXe siècle, quand les femmes ont commencé à y aspirer, elles se sont inconsciemment persuadées que l'impossibilité de former un féminin grammatical était inhérente à l'autorité de la fonction. Le tabou s'est alors étendu à des mots pour lesquels la féminisation ne se serait heurtée à aucun obstacle formel. On n'a pas voulu dire la "juge", la "ministre", la "députée", etc. On a même refusé la "générale", la "colonelle", la "préfète", l' "ambassadrice" (mot aussi bien implanté qu' "institutrice"). Le prétexte en était que ces mots, dans l'usage d'alors, désignaient couramment les épouses des officiers ou fonctionnaires correspondants, auxquelles la République, dans sa générosité, impose une participation non rétribuée aux fonctions représentatives de leurs conjoints. Le français sur ce point n'a pas les ressources du tchèque, qui appelle doktorova l'épouse d'un docteur, mais doktorka une femme docteur. Ainsi s'est créée une sorte de nomenklatura, englobant tout au plus quelques dizaines de hautes dignités investies de ce que Marc Fumaroli appelle la "transcendance des titres", et prétendant échapper à la loi générale de la féminisation, qui touche des milliers de mots. Notre académicien a très justement vu que ce tabou est issu, initialement, d'une revendication féministe. Mais il se trompe quand il croit qu'il correspond à une tradition ancienne. Est-il vrai que dans notre langue "la répartition des deux genres n'a jamais coïncidé avec la division des sexes" ? Relisons Saint- Simon, Voltaire ou Balzac : cette coïncidence y est à peu près sans faille pour les noms de personnes (si l'on excepte quelques séries bien répertoriées : une vigie, un tendron, etc.), puisque, avant notre siècle, les fonctions litigieuses n'étaient exercées que par des hommes. Cependant, même de nos jours, en dépit des blocages, la puissante dynamique de la féminisation linguistique a continué son oeuvre. On dit couramment la "chef" dans les bureaux, la "prof" dans les lycées (on y entend même, malgré le jeu de mots, la "censeur"), la "capitaine" dans l'Armée du salut (pourquoi pas dans l'armée française ?), on disait dans les universités une "maître-assistante" tant que cette fonction existait, et, dans la série télévisée qui s'intitule "Mme le juge", plus d'un personnage appelle Simone Signoret "la juge". L'administration continuera peut-être à écrire : Mme X est nommée intendant, on appellera quand même cette personne l' "intendante". La SNCF imprime bien parfois "gare de : Le Havre", mais tout le monde dit la "gare du Havre". La norme bureaucratique n'est pas la grammaire de la langue. Au temps de Murger, on appelait "étudiantes", les "grisettes" qui "faisaient la vie" avec des étudiants. Qui s'en souvient aujourd'hui ? Dès l'admission des filles dans les facultés, le mot a changé de sens sans demander la permission à personne. De même, quand il y aura assez de femmes dans le corps préfectoral, tout le monde oubliera qu'hier la "préfète" était la femme du préfet. Bref, le français est vivant, et après une très courte période d'hésitation (un siècle à peine) il ne peut manquer de revenir à sa créativité millénaire. Un peu de féminisme crispé en a barré un instant le cours, beaucoup de féminisme banalisé rompt à nouveau la digue. Ne préjugeons pas ici de la solution que le génie de notre langue apportera à chaque cas litigieux, mais il est certain qu'on n'enseignera pas indéfiniment aux élèves qu'il faut écrire la "déléguée", mais pas la "députée". Les suffixes morts ne ressusciteront pas, et, dans la plupart des cas, le féminin ne différera du masculin que par l'article. On finira (un peu plus tôt, un peu plus tard) par dire "la docteur", même si cette forme nous choque aujourd'hui. Nous assistons à un débat à fronts renversés. Les prétendus féministes pourraient se réclamer d'une tradition immémoriale, les traditionnalistes supposés défendent en fait le féminisme de grand-mère. PAR PAUL GARDE Paul Garde est professeur émérite à l'université de Provence. CARNET JOURNAL OFFICIEL Au Journal officiel du samedi 8 août sont publiés : Tramway : un décret portant déclaration d'utilité publique des acquisitions et travaux nécessaires à la réalisation de la ligne B du tramway de l'agglomération strasbourgeoise et des opérations d'accompagnement sur le territoire des communes de Strasbourg, Schiltigheim, Bischheim, Hoenheim (Bas-Rhin). Nourrissons : un décret relatif à la distribution gratuite des préparations pour nourrissons, à la documentation et au matériel de présentation les concernant. AOC : un décret relatif à l'appellation d'origine contrôlée "Bleu du Vercors-Sassenage". Au Journal officiel du dimanche 9 août est publié : Environnement : un arrêté fixant les modalités d'application de la convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction et des règlements du Conseil européen et de la Commission européenne. ENTREPRISES BATAILLE Les huit mois d'assaut de Vincent Bolloré contre l'empire Bouygues Entre Martin Bouygues et son deuxième actionnaire, entré par surprise dans le capital en décembre, la guerre est totale. L'enjeu : garder ou prendre le contrôle du numéro un européen du BTP et propriétaire de TF 1 ORANGE MARTINE BATAILLE Martin Bouygues et Vincent Bolloré ont engagé une longue bataille juridique pour garder ou prendre le contrôle du géant du BTP et de la communication fondé par Francis Bouygues. ENTRÉ PAR SURPRISE dans le capital du groupe, M. Bolloré en est devenu le deuxième actionnaire. UN PACTE D'ACTIONNAIRES, très favorable à M. Bolloré, a été signé entre les deux "associés". LES RELATIONS entre les deux hommes se sont très vite dégradées, chacun soupçonnant l'autre de vouloir passer des accords avec d'autres partenaires. VINCENT BOLLORÉ souhaite un infléchissement de la stratégie du groupe, impliquant notamment la vente de la téléphonie mobile. Mais il reste isolé au conseil d'administration. Martin Bouygues a contre-attaqué devant les tribunaux. RÉCIT D'UN CONFLIT de huit mois, au confluent de l'économie et de la politique. "IL CONTESTE la stratégie, il conteste les comptes, et maintenant il conteste les votes. Ce n'est plus du Mozart, c'est un tintamarre !" Lorsque Martin Bouygues expose, en ce début juillet, sa décision de demander, devant les tribunaux, la fin de l'action de concert avec Vincent Bolloré, son deuxième actionnaire, ses proches applaudissent. Trop d'attaques, trop de différends publics, trop de rumeurs ont circulé depuis l'arrivée, en décembre, de Vincent Bolloré dans le capital du groupe de BTP. Dans le camp Bouygues, tous, salariés compris, rêvent d'en découdre avec "l'ange blond", comme ils surnomment Vincent. Même si la guerre doit être longue, âpre, meurtrière. La guerre ? Elle risque d'être plus dure que prévu. L'enjeu : le contrôle de Bouygues. Un groupe de 90 milliards de francs de chiffre d'affaires, numéro un européen du BTP, numéro un mondial des routes, propriétaire de TF 1, de la société de services collectifs Saur-Cise, de la troisième licence de téléphone mobile. Une des principales firmes françaises, qui, comme Vivendi (ex-Générale des eaux), Suez-Lyonnaise des eaux ou Elf, se trouvent placées au confluent de la politique et de l'économie. Lorsque M. Bolloré regarde le groupe Bouygues, le dossier a déjà été étudié de près par des groupes comme Suez ou Pinault. Le groupe familial n'est pas contrôlé (la famille possède alors 16 % du capital) et semble affaibli autant par les affaires judiciaires que par la crise du BTP. On dit Martin Bouygues ébranlé par ses différentes mises en examen, et plus préoccupé par ses intérêts patrimoniaux que par la conduite du groupe. Enfin, la dissension semble régner dans la famille. Début septembre 97, Corinne Bouygues a claqué la porte de TF 1, faute de l'avoir emporté face à Patrick Le Lay, PDG de la chaîne. M. Bolloré est familier de ce type de situations. L'homme a déjà profité de tels contextes pour s'emparer des firmes familiales Delmas-Vieljeux (transports maritimes) et Rivaud (plantations et participations). Prendre le groupe Bouygues lui permettrait de changer de taille, d'empocher d'importantes plus-values latentes en démantelant le groupe et surtout de mettre la main sur TF 1, une arme de pouvoir qui fait rêver. ENSEMBLE A L'ÉCOLE Enrichi par le trésor de guerre de Rivaud, le patron breton ramasse, en octobre, des actions Bouygues et atteint 8,7 % du capital. "C'est amical", dit M. Bolloré à M. Bouygues, au matin du 9 décembre, en lui rappelant leur classe commune de 8e à l'école privée Gerson, dans le XVIe arrondissement. Sonné, M. Bouygues réfléchit puis accepte : il n'a pas le choix. Tout Paris bruit des rumeurs d'OPA sur son groupe. Il n'a pas les moyens de le défendre. Une alliance avec Bolloré peut lui permettre de mettre à l'abri le groupe. De la stratégie du groupe, il n'en fut alors pas question. Les deux hommes concluent en trois jours un pacte d'actionnaires. M. Bouygues est ficelé par ce texte. M. Bolloré, qui a obtenu aussi la nomination de trois administrateurs, se sent très fort. Au lendemain du premier conseil d'administration auquel il assiste, le 27 janvier, il écrit à M. Bouygues : "Je ne te cacherai pas que je n'ai pas trouvé le niveau d'information dont j'estime avoir besoin". "S'il veut des informations, il en aura", rétorque M. Bouygues. M. Bolloré rencontre alors tous les directeurs du groupe, obtient les comptes et les plans de développement de chaque activité. A l'extérieur, on s'agite aussi beaucoup. Martin rencontre ses grands actionnaires, dont des fonds anglo-saxons. Vincent multiplie les rendez-vous avec les responsables du Conseil supérieur de l'audiovisuel, de l'Autorité de régulation des télécommunications, des banquiers, des hommes politiques, des concurrents de Bouygues comme Vivendi. En mars, tout se gâte : M. Bolloré apprend que M. Bouygues a rencontré Jérôme Seydoux, PDG de Pathé. Ce dernier est intéressé par TF 1 et a proposé de racheter la chaîne de télévision. Le PDG de Bouygues a refusé. Mais M. Bolloré est persuadé du contraire : pour lui M. Bouygues a passé un accord, dans son dos, avec Jérôme Seydoux pour lui céder TF 1. La crise est ouverte. M. Bolloré attaque sur tous les terrains : les comptes qu'il juge faux, la stratégie dans le téléphone, une activité qu'il considère comme trop gourmande en capitaux pour le groupe, le fonctionnement du conseil. Il écrit à tous les administrateurs du groupe pour leur rappeler leur responsabilité, s'ils approuvent des comptes non sincères. La missive jette un froid dans l'establishment parisien. Lors du conseil d'administration du 31 mars, M. Bolloré annonce qu'il ne votera pas les comptes 97. Il se retrouve isolé. Les administrateurs sont choqués par le comportement de Vincent Bolloré, ses mises en cause publiques, son comportement impérieux. "Avec 10 %, il n'est, après tout, qu'un actionnaire parmi les autres. La majorité n'a pas désavoué la direction de Bouygues", remarque l'un d'entre eux. "Lorsque j'investis plus d'un milliard de francs, il est légitime de poser des questions. Je n'ai pas vocation à être un partenaire dormant. La famille Bouygues n'a que % du capital, elle ne peut pas se comporter comme si le groupe était à elle", répond M. Bolloré. RÉSOLUTION ADOPTÉE A partir de ce conseil, la paranoïa s'installe. Le groupe Bouygues apprend que M. Bolloré a rencontré le président de Telecom Italia et le soupçonne d'avoir passé un accord sur le téléphone mobile du groupe. Le patron breton assure, de son côté, être suivi par Jules Kroll. Une vieille connaissance : ce détective américain spécialisé dans les affaires financières aurait déjà travaillé contre lui lors du raid sur Delmas- Vieljeux. M. Bolloré sait qu'il ne peut pas faire voter contre la direction de Bouygues, lors de l'assemblée générale. Mais il espère entraîner des actionnaires dans son opposition à une résolution qui prévoit un quasi-doublement du capital social, en cas d'attaque boursière. La Caisse des dépôts, le CDR (consortium de réalisation), des fonds anglo-saxons lui auraient, dit-il, donné des assurances en ce sens. Lors de l'assemblée générale de Bouygues, le 10 juin, la résolution est adoptée avec 67,7 % des voix. Dès le juin, M. Bolloré demande des explications sur les votes au groupe Bouygues. Celui-ci lui transmet les pouvoirs et des votes par correspondance, et l'invite au siège à examiner les votes rejetés car arrivés trop tardivement. Tandis que la querelle grossit sur le sujet, la bataille sur les autres fronts continue. Le 7 juillet, lors d'un conseil d'administration, le groupe Bolloré s'oppose, seul, à la décision du groupe d'exercer son droit de préemption et de racheter les 10 % détenus par le britannique Cable Wireless dans Bouygues Telecom. Aujourd'hui, le camp Bolloré pense avoir fait une erreur psychologique en attaquant sur le téléphone, "la seule activité que Martin Bouygues ait créée". M. Bouygues, lui, se défend de tout attachement sentimental. Il se dit prêt à la vendre, si nécessaire, en remarquant que le temps joue pour lui : son activité de téléphone qui ne valait rien il y a trois ans est estimée à 30 milliards de francs. PLUSIEURS FRONTS A bout, M. Bouygues, qui a proposé à plusieurs reprises de racheter sa participation à M. Bolloré, porte son différend devant les autorités boursières. M. Bolloré contre-attaque devant le tribunal de commerce de Paris pour faire confirmer le pacte d'actionnaire. M. Bouygues réplique et demande au tribunal de casser le pacte. Dans le même temps, Vincent Bolloré porte sa participation dans Bouygues de 10,2 % à 11,5 % et annonce son intention de monter très vite à 14 %. Ce qui, au cours actuel, lui coûterait près de 700 millions de francs ! Mais son groupe qui compte empocher 600 millions de francs pour la vente de sa part dans Intertechnique (aéronautique) et tire des revenus substantiels de ses plantations en Malaisie et en Indonésie a les moyens. M. Bolloré ouvre un autre front : il demande au tribunal de commerce de Versailles une enquête sur l'assemblée générale de Bouygues. "770 000 votes par correspondance qui auraient entraîné le rejet [du dispositif anti-OPA], ont été rejetés, faute d'être arrivés dans les délais. A-t-on fait le nécessaire pour que ces votes arrivent tardivement ?", s'interroge Me Prat, l'avocat de M. Bolloré. A mi-mots, son entourage laisse entendre qu'il pourrait avoir eu entente entre le groupe Bouygues et des intermédiaires financiers Paribas, chargé de la centralisation des votes, et les fonds de placements du Crédit lyonnais pour ne pas transmettre les votes à temps. Paribas a diligenté une enquête interne pour faire toute la lumière sur l'acheminement des votes par correspondance. Le groupe Bouygues, qui a exceptionnellement fait appel à un huissier pour surveiller la régularité de son assemblée générale, se dit "scandalisé". Le tribunal de commerce de Versailles a nommé, le 3 août deux experts pour enquêter sur la tenue de l'assemblée générale. Fort de cette première victoire, M. Bolloré compte rallier à sa cause des actionnaires minoritaires et des fonds de pension. La guerre entre les deux adversaires s'annonce longue. Ils n'ont ni l'un ni l'autre les moyens de mener une bataille boursière de 30 milliards de francs, mais ils sont prêts à utiliser toutes les autres armes à leur disposition. M. Bolloré semble le plus isolé. Mais les "amis" de Bouygues qui se disent nombreux feront payer cher leur soutien. Quelle que soit l'issue du combat, le groupe Bouygues ne sera plus jamais comme avant. MARTINE ORANGE DOC AVEC UN DESSIN DE SERGUEI ENTREPRISES BATAILLE LES HUIT MOIS D'ASSAUT DE VINCENT BOLLORE CONTRE L'EMPIRE BOUYGUES Un pacte de défiance Signé en trois jours, le pacte d'actionnaires entre Martin Bouygues et Vincent Bolloré a des allures de pacte de défiance. Il ne s'attarde que sur les participations de chacun, les droits de préemption réciproques, l'interdiction de toute autre alliance pendant cinq ans. Un texte très favorable à Vincent Bolloré : celui-ci peut augmenter sa participation jusqu'à 14 % comme il l'entend, alors que Martin Bouygues ne peut pas se renforcer. Si le total des droits de vote dépasse les 33 %, seuil de déclenchement obligatoire pour une offre publique d'achat, c'est Martin Bouygues qui doit renoncer à ses droits de vote double. Au bout de deux ans, si Vincent Bolloré atteint les 14 % du capital, il se retrouve quasiment à égalité de droits de vote avec Martin Bouygues. En cas de désaccord, les deux associés ont la liberté de vote. Enfin, le droit de préemption ne peut s'exercer que sur la totalité des titres mis en vente. Ce qui en fait une arme de dissuasion dans un groupe de la taille de Bouygues. ENTREPRISES BATAILLE LES HUIT MOIS D'ASSAUT DE VINCENT BOLLORE CONTRE L'EMPIRE BOUYGUES PROFIL PRÉNOM : MARTIN MARTIN BOUYGUES LEMAITRE FREDERIC En 89, Martin Bouygues hérite du groupe fondé par son père. Il semble recevoir un empire en béton armé, consolidé par sa proximité avec l'Etat. Il prend en fait les rênes d'un groupe complexe, alliant le BTP, les services collectifs et TF 1, dont la fragilité a été masquée par la personnalité écrasante de son fondateur. Depuis le début de sa présidence, tout s'est cumulé : crise de ses métiers historiques le bâtiment et les travaux publics, affaires judiciaires qui lui valent trois mises en examen, enfin attaque boursière à la suite d'une trop grande dispersion du capital du temps de Francis Bouygues. Simple bachelier, Martin, fils cadet de Francis n'était pas a priori le dauphin désigné du roi du BTP. Centralien, Nicolas semblait avoir le profil idéal. Mais, pressé de prendre le pouvoir, le fils aîné ne put s'entendre avec son père. Francis choisira donc Martin, après avoir été impressionné par ses résultats à la SAUR dans les services collectifs. Entré, à vingt- trois ans, dans le groupe, en 75, comme conducteur de travaux sur le chantier parisien des Halles, M. Bouygues crée en 78 la société Maison Bouygues. Nommé membre du conseil d'administration de Bouygues en 82, Francis lui confiera en 86 un second secteur-clé : la responsabilité de la SAUR, puis deviendra vice- président du conseil d'administration du groupe en 87, avant d'en prendre la présidence. Depuis, M. Bouygues n'a rien renié de l'héritage paternel, s'attachant à développer toutes les activités du groupe : le chiffre d'affaires est passé de 56 à 91 milliards de francs en neuf ans. Sa principale création sera d'engager le groupe dans le téléphone mobile. Un investissement de 23 milliards de francs financé aux deux tiers par l'endettement. M. Bouygues a gardé à leur poste les barons de l'empire, comme Patrick Le Lay à TF 1 et surtout Michel Derbesse, le directeur général du groupe, qui y travaille depuis quarante ans. Paradoxalement, la seule personne à avoir claqué jusqu'à présent la porte est... Corinne Bouygues, qui a quitté la régie publicitaire de TF 1, en désaccord avec Patrick Le Lay, soutenu par Martin. C'est sans doute parce qu'il le jugeait affaibli par ces dissensions familiales, par plusieurs mises en examen et par une coûteuse diversification dans le téléphone, que Vincent Bolloré est parti à l'assaut du groupe. Mais, jusqu'à présent, l'état-major comme les salariés font bloc autour du PDG. FREDERIC LEMAITRE ENTREPRISES BATAILLE LES HUIT MOIS D'ASSAUT DE VINCENT BOLLORE CONTRE L'EMPIRE BOUYGUES Les forces en présence Le camp Bouygues les proches : la famille; les directeurs du groupe; les salariés. les administrateurs extérieurs : Jean Peyrelevade (Crédit lyonnais); Georges Chodron de Courcel (BNP); Antoine Jeancourt- Galignani (AGF); Pierre Barberis (groupe textile VEV); Michel Rouger (ex-CDR). les grands actionnaires : Crédit agricole, AXA, Nippon Life, et des fonds d'investissement comme Capital research. les banques-conseil : Goldman Sachs et Rothschild (Nicolas Bazire, ancien directeur de cabinet d'Edouard Balladur). les avocats : cabinet Jean-Michel Darrois. Le camp Bolloré les proches : Jean-Paul Parayre, vice-président du groupe Bolloré, Jacques Rossi, directeur général, ex-directeur au Crédit lyonnais; Bernard Esambert, vice-président, par ailleurs vice- président du groupe Lagardère. les conseillers extérieurs : Antoine Bernheim (associé-gérant chez Lazard, président de Generali); Alain Minc (membre du conseil de surveillance de Pinault-Printemps-Redoute). la banque-conseil : Lazard. les avocats : cabinet Jean-François Prat. La sphère économique les soutiens présumés de Bouygues, intéressés aussi par certaines de ses activités : François Pinault pour la téléphonie mobile, Jean- Luc Lagardère pour TF 1, Bernard Arnault (LVMH) pour TF 1 aussi. Claude Bébéar (AXA) et Albert Frère pourraient apporter leur appui. les intéressés au démantèlement de Bouygues : Gian Maria Rossignolo, président de Telecom Italia, pour le téléphone mobile en France; Jérôme Seydoux, président de Pathé, qui convoite TF 1; Jean-Marie Messier, PDG de Vivendi (ex-Générale des eaux), favorable à tout ce qui peut affaiblir son concurrent dans le téléphone et la télévision. La sphère politique Le RPR : très favorable à Martin Bouygues. Nicolas Sarkozy est un de ses très proches amis et lui sert à l'occasion d'avocat. Hostile à Vincent Bolloré depuis l'affaire de la banque Rivaud, banquier du parti. Le gouvernement : très prudent sur la question mais ne peut se désintéresser du sort de TF1 et du groupe, très lié aux collectivités locales. ENTREPRISES BATAILLE LES HUIT MOIS D'ASSAUT DE VINCENT BOLLORE CONTRE L'EMPIRE BOUYGUES PROFIL LE CHASSEUR D'HÉRITAGES VINCENT BOLLORE LESER ERIC Vincent Bolloré n'est pas un personnage courant dans le capitalisme français. Il a construit son groupe, sans fortune personnelle, à coups de conquêtes audacieuses dignes d'un raider anglo-saxon, dont il se défend pourtant d'être une réplique. A quarante-six ans, il a déjà derrière lui un long passé de conquêtes d'entreprises familiales. Il s'est fait une spécialité de la chasse aux "héritages". Tour à tour, la SCAC, Sofical, Job, Rhin-Rhône, Delmas-Vieljeux, Saga et même la forteresse Rivaud sont tombés dans son escarcelle. Cette fois, il s'attaque à Bouygues et à beaucoup plus fort que lui : ils sont bien peu, dans le milieu des affaires et le monde politique, à souhaiter voir le numéro un européen du BTP, et surtout TF 1, tomber entre ses mains. Mais l'homme a de la ressource. Il a toujours su, dans le passé, séduire, tirer parti des dissensions au sein des familles actionnaires et installer le désarroi. Il a aussi réussi à chaque fois à convaincre des alliés puissants de le suivre : le Crédit lyonnais, bien sûr, mais aussi Georges Pébereau (Marceau Investissements) et Claude Bébéar (AXA) lors de la prise de contrôle de Vieljeux. Aujourd'hui, les liens seraient distendus avec le PDG d'AXA. Le parcours de M. Bolloré commence en 81, avec le rachat, pour 2 francs "deux chèques de 1 franc chacun", de la papeterie de ses ancêtres, au bord de la faillite. Après avoir connu la gloire dans les années 80 et être devenu, presque à l'égal d'un Bernard Tapie, le symbole du ralliement de la France au mythe du capitaine d'industrie, le "manager de l'année 87" tombe de haut. Son empire en gestation a failli sombrer dans la récession au début des années 90. En 93, le groupe Bolloré perd 1 milliard de francs et croule sous 8,5 milliards de dettes. Mais il résiste, vend 3 milliards d'actifs entre 93 et 94 et montre des qualités de gestionnaire insoupçonnées. Les 200 millions de francs de chiffre d'affaires des Papeteries Bolloré sont devenus aujourd'hui 23,3 milliards dans les papiers spéciaux, les transports maritimes, le tabac et les plantations d'huile de palme. M. Bolloré a su ne pas se laisser griser par sa réussite et même mettre un terme à la fréquentation trop assidue des médias. Il a réussi aussi à ne pas être affecté par les tourments judiciaires de son beau-frère, Gérard Longuet. Son goût du secret il n'a pas de chauffeur, son habileté financière et son indépendance sont autant d'atouts que de handicaps. ERIC LESER TABLEAU DE BORD ECONOMIE RUSSIE : coût de la secheresse la sécheresse a coûté 7 milliards de roubles (7,2 milliards de francs) dont 3 milliards de roubles perdus pour l'agriculture, a indiqué un représentant au ministère de l'agriculture. TABLEAU DE BORD ECONOMIE CHINE : le rôle des reserves des banques est évoqué par Li Guobin L'utilisation des réserves des banques est une clef du maintien de la croissance du pays, a estimé dans le journal China Daily Li Guobin, économiste auprès du centre d'information de l'Etat. La banque centrale devrait, selon lui, pratiquer des opérations de marché pour recycler une partie de ces réserves vers des investissements d'infrastructures. TABLEAU DE BORD ECONOMIE CORÉE DU SUD : investissements étrangers directs en juillet Les investissements étrangers directs ont augmenté de 203,4 % en juillet par rapport à la même période de 1997 pour atteindre 1,24 milliard de dollars (7,4 milliards de francs), ont annoncé des responsables du ministère de l'économie. TABLEAU DE BORD CHANGES LUNDI 10 AOÛT, le dollar a poursuivi sa hausse par rapport au yen. Les cambistes, déçus par la prestation du premier ministre japonais à la veille du week-end, ont porté le billet vert au plus haut depuis huit ans à 146,64 yens. Le dollar a gagné du terrain à 5,96 francs et 1,78 marks. COMMUNICATION LES DÉPARTEMENTALES DE L'INFORMATION 6 - "La Presse de la Manche" et la nostalgie du "scoop" Depuis l'affaire Luchaire, le quotidien de Cherbourg essaie, non sans peine, de maintenir une tradition d'enquêtes AMALOU FLORENCE CHERBOURG de notre envoyée spéciale Vendredi 28 février 86, en première page de La Presse de la Manche, le titre s'étalait en grosses lettres : "EXCLUSIF. Trois cargos de munitions ont quitté le port pour Bander-Abbas : le rapprochement franco-iranien passe-t-il par Cherbourg ?" La veille de cette "Une" inattendue pour un journal local, Daniel Jubert, le directeur de la rédaction, a hésité. L'information était d'importance, mais les médias parisiens allaient-ils accorder foi à un petit quotidien du Nord-Cotentin ? "Si on lançait cette information et que personne ne la reprenait, on coulait. Si elle était reprise, on était hors d'eau", se souvient Jean Levallois, aujourd'hui rédacteur en chef adjoint. Treize ans plus tard, il apprécie toujours avec reconnaissance la dépêche de l'Agence France-Presse qui, la première, a fait écho à la découverte du journal cherbourgeois. Voilà qu'un modeste quotidien départemental, fondé il y a plus de cent ans par Jean- Baptiste Biard, un ouvrier du Livre, se retrouvait sous les feux de la rampe pour avoir publié une enquête retraçant la route vers l'Iran de trois cargos chargés d'obus. C'était le début de "l'affaire Luchaire". Carte maritime et le répertoire des Lloyd's à l'appui, La Presse de la Manche révélait la rupture par la France, de 82 à 86, de l'embargo sur les ventes d'armes destinées à Khomeiny. Le scandale d'Etat qui éclaboussa, pendant trois ans, le gouvernement et la classe politique française était parti de Cherbourg. La Presse, comme on l'appelle ici, voulait sans doute faire oublier son "ratage" de 69. Cette année-là, dans la nuit du 24 décembre, cinq vedettes lance-missiles israéliennes avaient déjà bravé l'embargo décrété par le général de Gaulle. On avait alors reproché au journal, pourtant aux avant-postes d'observation des chantiers navals et des 400 cargos qui transitent chaque jour au large de Cherbourg, de ne pas avoir eu le courage de révéler l'information. Pendant la seconde guerre, le journal, qui s'appelait alors Cherbourg Eclair, avait été accusé de collaboration. Rebaptisé La Presse cherbourgeoise à la Libération, il a été confié par le fondateur Biard à son gendre, Marc Gustianini, qui s'était illustré dans la Résistance. Devenu La Presse de la Manche en 53, le "journal d'information laïc et républicain" allait rester aux mains de la famille Gustianini jusqu'en 90, date de son rachat par Ouest-France. Aujourd'hui, les six rédacteurs permanents de Cherbourg se souviennent à peine de l'affaire Luchaire. L'équipe a été totalement renouvelée. Seul Jean Levallois conserve un lien avec l'historique enquête du quotidien. Daniel Jubert et Jean-Pierre Beuve, les deux journalistes récompensés en 87 par la Fondation Mumm pour leur "scoop", ont quitté le journal depuis plusieurs années. Daniel Jubert, qui avait soutenu, lors de la vente, la candidature du groupe Hersant contre celle de Ouest-France, est parti s'occuper des périodiques polonais de la Socpresse. De son côté, Jean-Pierre Beuve, à qui La Presse devait les vérifications des routes maritimes depuis son poste de correspondant à Coutances, poursuit sa route de journaliste local à Ouest-France (Caen). "Chez nous, personne n'est dans un moule et on a tous une grosse influence sur le résultat final" La Presse de la Manche a entamé sa troisième vie, depuis sa prise de contrôle par le groupe de François-Régis Hutin. Payé une fortune 80 millions de francs alors qu'il avait été évalué 35 millions de francs, le petit quotidien lutte aujourd'hui contre l'asphyxie. Il est cantonné au nord de la presqu'île, sans espoir de développement "on ne va pas aller donner à lire aux poissons", sourit Jean Levallois dans une agglomération cherbourgeoise qui se vide. Il est bloqué au sud par Ouest-France, qui vend l'essentiel de ses 35 000 exemplaires au-dessous des "marais inondables". Depuis le rachat par le groupe rennais, qui contrôle toute velléité de son petit concurrent vers le sud, les moyens manquent et la rédaction reste très artisanale malgré ses 25 000 exemplaires vendus quotidiennement. "On fait tout dans l'urgence, parfois avec des éclairs de génie, parfois on pond de grosses catastrophes", reconnaît Philippe Lebarillier, le rédacteur en chef. Pas évident de travailler quand les pellicules de photos sont toujours acheminées par "hors-sac" depuis La Glacerie, Octeville ou Bricquebec par les chauffeurs de bus de ligne qui les déposent ( "quand ils n'oublient pas") dans la boîte aux lettres du journal. Mais, "même si on a la tête dans le guidon, on arrive quand même à faire un vrai journal", affirme le patron de la petite équipe dont l'humeur est, malgré le crachin, au beau fixe. Les journalistes, auteurs en moyenne de trois ou quatre articles chaque jour avec les cinq correspondants à Saint-Lô, Valogne et sur la côte ouest, et un important réseau d'échotiers, se réjouissent de leur liberté : "Chez nous, personne n'est dans un moule et on a tous une grosse influence sur le résultat final", explique l'une des rédactrices. Ils regrettent simplement que la page consacrée à l'état civil reste la première lue au détriment des pages d'investigation ou de reportage. La plupart estiment être "encore aujourd'hui aux premières loges pour toutes les affaires de pétrole, de drogue, parce qu'on connaît les gens qui surveillent". Et tentent, entre faits divers du bocage et des côtes des Isles, de maintenir ce qui peut apparaître aujourd'hui comme la tradition de grand reportage et de l'investigation cherbourgeoise. FLORENCE AMALOU DOC : texte accompagné d'un tableau et d'une reproduction de la " Une " TABLEAU DE BORD ECONOMIE FRANCE : balance des paiements courants en mai 98 La balance des paiements courants a enregistré un excédent de 21,736 milliards de francs en mai après un excédent de 21,073 milliards en avril, selon des chiffres provisioires publiés lundi par le ministère de l'économie et des finances. TABLEAU DE BORD MARCHÉS FINANCIERS PARIS LUNDI 10 AOÛT à l'ouverture, la Bourse de Paris a cédé 0,79 %, à 4 009,81 points, entraînée à la baisse par l'action France Télécom ( 1,5 %). Le titre de l'équipementier Bertrand Faure a accusé une perte de 5,9 %. En dépit de l'étude de l'Agence internationale de l'énergie estimant que le cours du baril de pétrole devrait rester faible, les titres Elf Aquitaine et Total sont restés stables. FRANCFORT LUNDI 10 AOÛT, la Bourse allemande a débuté la semaine sur une note hésitante. Après avoir gagné 0,23 %, l'indice Dax s'est replié de 0,25 %, à 5 585,10 points. Vendredi 7 août, il avait gagné 1,27 %, à 5 598,31 points. L'action Daimler Benz avait progressé de 4,28 % après l'annonce des modalités de la fusion avec Chrysler. TOKYO LUNDI 10 AOÛT, l'indice Nikkei a perdu 1,28 %, à 626,42 points. Les valeurs bancaires ont fortement baissé. Les opérateurs craignent que l'opposition ne retarde l'adoption des lois de restructuration du système bancaire dont l'examen a débuté lundi. NEW YORK VENDREDI 7 AOÛT, la Bourse de New York a terminé la séance sur un gain de 0,24 %, à 8 598,01 points. Le ralentissement des créations d'emplois en juillet du fait de la grève chez General Motors a éloigné les craintes d'un relèvement des taux directeurs de la Réserve fédérale. TABLEAU DE BORD ECONOMIE ALLEMAGNE : compétitivité des entreprises en 97 La compétitivité des entreprises allemandes s'est détériorée en 97, selon une enquête de la Fédération des chambres de commerce et d'industrie allemandes. La part de l'Allemagne dans le commerce mondial a diminué de 0,7 % par rapport à 96 et se situait en 97 à 10 %. TABLEAU DE BORD ÉCONOMIE L'inflation allemande inférieure à 1 % LES PRIX à la consommation ont augmenté de 0,3 % en Allemagne en juillet, ce qui porte leur hausse sur un an à 0,9 %, selon un chiffre définitif publié lundi 10 août par l'Office allemand des statistiques. Il s'agit du niveau le plus faible depuis la réunification. La première journée du championnat de France de football 1998-1999 Paris-Saint-Germain tombe à Bordeaux AVEC ALAIN GIRESSE désormais aux commandes, le Paris-Saint-Germain a mal débuté le championnat. Logiquement battue (3-1) à Bordeaux par une séduisante formation girondine qui a inscrit trois buts signés Lilian Laslandes, Sylvain Wiltord et Ali Benarbia, l'équipe parisienne, profondément modifiée par rapport à la saison passée, n'a pu sauver l'honneur que grâce à un tir superbe signé Augustine Okocha. Si la star du Nigeria, entrée en cours de jeu, a démontré par moments toute sa classe, les autres recrues parisiennes ont été décevantes, notamment le défenseur international allemand Christian Wörns, à la peine face à Lilian Laslandes. A noter les expulsions du Bordelais Michel Pavon et de la nouvelle recrue parisienne Bruno Carotti. RECORD D'AFFLUENCE Dans un Stade-Vélodrome rempli par 58 000 supporteurs, l'Olympique de Marseille a rempli son contrat, battant (2-0), sans panache mais avec réalisme, le FC Nantes grâce à des buts signés Fabrizio Ravanelli et Eric Roy. Bons débuts également du Stade Rennais, entraîné par l'ancien joueur parisien Paul Le Guen, et dont les ambitions sont réelles. Un but signé Laurent Huard a permis aux Bretons de battre l'AJ Auxerre. La surprise est venue de Toulouse, où les champions en titre du RC Lens ont été logiquement battus 3-2 après avoir pourtant mené deux fois au score. Le duel de l'Est entre deux promus s'est achevé sur un match nul (1-1). Le vétéran irlandais Tony Cascarino a ouvert le score pour Nancy avant que Kofi Fiawoo n'égalise à la dernière minute pour Sochaux. A Strasbourg, le Racing local n'a pu venir à bout de Lyon (0-0) alors que Montpellier arrachait le match nul (2-2) dans les arrêts de jeu à Bastia. Comme prévu, les records d'affluence ont été battus à l'occasion de cette première journée, la moyenne s'établissant à 20 8 spectateurs par match. Les résultats : Toulouse-Lens 3-2; Bordeaux-PSG 3-1; Le Havre- Metz 0-0; Lorient-Monaco 1-2; Marseille-Nantes 2-0; Strasbourg- Lyon 0-0; Bastia-Montpellier 2-2; Rennes-Auxerre 1-0; Nancy- Sochaux 1-1. Le classement : 1. Bordeaux, Marseille, Toulouse, Monaco, Rennes 3 points; 6. Bastia, Montpellier, Sochaux, Nancy, Lyon, Strasbourg, Le Havre, Metz 1 pt; 14. Lorient, Auxerre, PSG, Nantes 0 pt. ATHLÉTISME : deux records de France ont été améliorés, samedi 8 août, à Monaco, Deux records de France ont été améliorés, samedi 8 août, à Monaco, lors du meeting Herculis. Mustapha Essaid a couru le 3 000 m en 7 min 30 s 78 (contre 7 min 34 s 46 pour El Himer, le 29 juillet à Paris). Sur 1 500 m, Driss Maazouri a porté le record national à 3 min 31 s 59 (contre 3 min 32 s 37 par Eric Dubus, le 12 juillet 95 à Nice). Première journée du championnat de France de football 98-1999 Lens, champion en titre, commence mal une saison qui ne s'annonce pas très bien CONSTANT ALAIN TOULOUSE de notre envoyé spécial Champions de France au pays des champions du monde. Il y a quelques semaines, avant que la vague bleue ne fasse chavirer toute une nation, ce sont les Sang et Or lensois qui entraient dans la légende en remportant le premier titre de champion de France de l'histoire du club nordiste. Un succès mérité pour une équipe au style de jeu attachant. Mais comme souvent en pareil cas les lendemains de fête ont été difficiles. La perspective de disputer la prestigieuse Ligue des champions n'a pas été suffisante aux yeux de trois joueurs-clés, qui ont choisi l'argent plutôt que les incertitudes de la gloire. Avec les départs d'un défenseur emblématique (Jean-Guy Wallemme, parti à Coventry), d'un meneur de jeu décisif (Stéphane Ziani, à La Corogne) et d'un buteur efficace (Anto Drobjnak, à Osaka), le Racing Club de Lens semblait mal parti pour défendre son titre et représenter dignement le football français dans la plus prestigieuse des compétitions continentales. Face à ce début de pillage, l'entraîneur Daniel Leclercq ne cachait pas sa déception, en évoquant notamment le cas Wallemme, parti chercher fortune dans un modeste club anglais. "S'il y a un joueur qui ne devait pas partir, c'est bien lui. Il devait se sentir concerné par notre avenir à un moment crucial, l'année où on était en train de devenir un grand club", avouait-il, il y a quelques jours, à l'hebdomadaire France Football. UN NOUVEAU SPONSOR Heureusement pour les supporteurs du club nordiste, l'exode s'est arrêté là. Et, en coulisses, l'équipe dirigeante présidée par Gervais Martel a beaucoup travaillé pour que le développement du Racing Club de Lens ne soit pas stoppé net. Sur le marché des transferts, près de 100 millions ont été dépensés pour attirer de jeunes joueurs prometteurs. Stéphane Dalmat, dix-huit ans, en provenance de Châteauroux, Daniel Moreira, vingt ans, de Guingamp, Alex Nyarko, vingt-quatre ans, de Karlsruhe, Cyril Rool, vingt-trois ans, de Bastia, ont débarqué dans le Nord. Quatre joueurs considérés par tous les observateurs comme de futurs "grands". Sans oublier l'arrivée de Pascal Nouma (vingt- six ans), appelé à remplacer à la pointe de l'attaque Anto Drobjnak. Un recrutement de qualité qui satisfait Daniel Leclercq. Outre l'arrivée de nouveaux joueurs, le Racing Club de Lens a également continué de développer ses structures. Le nombre d'abonnés a doublé, passant de 9 000 à 000, et le budget de fonctionnement du club a grimpé en flèche, de 120 à 5 millions de francs. La saison dernière, le principal sponsor maillot du club, le constructeur automobile coréen Kia, n'avait, en raison de sa situation économique délicate, apporté qu'une somme modeste dans les caisses du Racing. Le titre de champion de France a permis d'attirer cette saison un sponsor beaucoup plus généreux, France Telecom, qui a signé un partenariat de trois ans. Avec un stade Félix-Bollaert rénové et capable d'attirer dans ses loges les nombreux partenaires économiques locaux, le Racing Club de Lens semble voguer vers l'an 2000 avec de réels atouts. Mais la seule réalité valable reste celle du terrain, et la première sortie des champions de France en titre était attendue avec beaucoup d'intérêt. Le hasard du calendrier avait désigné le splendide Stadium de Toulouse comme lieu de rendez-vous, et c'est sous les yeux intéressés du nouveau sélectionneur Roger Lemerre, ancien entraîneur du club nordiste, que le Racing Club de Lens débutait sa saison, samedi 8 août, face au TFC. Fidèle à ses idées, Daniel Leclercq alignait son équipe en 4-3-3, et au coup d'envoi, les seuls nouveaux joueurs lensois présents sur la pelouse par rapport à la saison passée avaient pour noms Alex Nyarko, Stéphane Dalmat et Pascal Nouma. "MANQUE DE RIGUEUR" Quatre-vingt-dix minutes plus tard, le Racing Club de Lens quittait le Stadium avec une défaite méritée (3-2), et personne, côté lensois, ne cachait sa déception. En ayant pourtant mené deux fois au score, les champions de France 97-1998 ont été incapables de gérer correctement ce match de reprise. Fébriles, figés en défense, les coéquipiers du nouveau capitaine Frédéric Déhu ont encaissé trois buts sur des erreurs individuelles inhabituelles à ce niveau. "Le manque de rigueur a été flagrant. Il est évident qu'en jouant ainsi en Ligue des champions nous allons à la catastrophe. Il faut que les joueurs se reprennent. Mais la pression qui pèse sur eux est plus dure que la saison passée", lançait Gervais Martel à l'issue du match. A quelques pas de lui, Daniel Leclercq résumait en une phrase la situation : "Il ne suffit pas de se présenter sur le terrain avec le titre de champion de France pour l'emporter !" Visiblement très déçu, l'entraîneur lensois continuait : "Je suis surpris par l'attitude de mes joueurs. J'étais persuadé que nous allions aborder ce nouveau championnat d'une autre façon ! Ce soir, j'ai noté une absence complète de cohésion entre les lignes." Triste constat pour une "première" ratée. ALAIN CONSTANT A l'Olympique de Marseille, on recrute aussi le public Dès la première journée du championnat de France de football 98-1999, l'OM a joué dans un Stade-Vélodrome comble. Ce succès résulte plus de la politique commerciale du club que d'un "effet Mondial" SAMSON MICHEL SPORTS La première journée de la saison 98-1999 du championnat de France de football de première division, qui a eu lieu vendredi 8 et samedi 9 août, a été notamment marquée par la victoire de l'Olympique de Marseille sur le FC Nantes (2-0) devant un Stade-Vélodrome comble. QUELQUE 58 000 SPECTATEURS ont assisté à ce match. La nouvelle politique commerciale du club, qui a permis d'attirer près de 37 000 abonnés, explique en grande partie une telle affluence. L'AFFLUENCE MOYENNE de cette journée s'établit à 20 8 spectateurs par match, nouveau record de la compétition. LE CHAMPION DE FRANCE sortant, le Racing Club de Lens, diminué par de nombreux départs à l'intersaison, a été défait (3-2) à Toulouse. LE PARIS-SAINT-GERMAIN a commencé sa saison par une défaite à Bordeaux, malgré de gros efforts de recrutement. MARSEILLE de notre correspondant régional Robert Pirès, champion du monde au regard sage, l'a dit après le match, en cherchant un peu ses mots : "C'est fabuleux, c'est fabuleux !" Il venait de découvrir, samedi 8 août, le Stade-Vélodrome de Marseille et ses 58 000 spectateurs enthousiastes. L'ancien Messin pouvait être d'autant plus satisfait qu'il avait adressé une passe décisive à Fabrizio Ravanelli pour le premier but de la saison (49e minute) de l'Italien qui reste bien l'idole du lieu et du club. Quand on lui demandait ce que cela faisait d'être ovationné dès l'échauffement, Florian Maurice, lui, a dit : "C'est émouvant. J'avais un peu l'impression que ça m'était déja arrivé dans mes rêves." Jocelyn Gourvennec, qui venait de battre (2-0) ses anciens camarades nantais, n'en revenait pas. "A la Beaujoire, se souvenait-il, on nous sifflait quand on était 0-0 à la mi-temps. Ici ça pousse tout le temps." Pourtant, l'équipe de stars de Rolland Courbis trois champions du monde en titre (Robert Pirès, Laurent Blanc, Christophe Dugarry), un quart de finaliste dans les buts (l'Allemand Andreas Köpke), un défenseur qui a participé au Mondial (le Sud-Africain Pierre Issa), un recrutement de haut niveau chez les rivaux français (Peter Luccin de Bordeaux, Sébastien Poratto de Monaco) et quelques anciens costauds (Eric Roy, Fabrizio Ravanelli, Cyril Domoraud) n'a fourni qu'un football très scolaire. "On a gagné en étant moyens et laborieux", expliquait l'entraîneur. Malgré une domination constante des Olympiens, il fallut attendre l'ultime minute du match pour qu'Eric Roy, sur une passe de Christophe Dugarry, trompe d'un tir en cloche des 40 mètres le goal nantais aventureusement sorti. L'Olympique de Marseille a donc entamé sa saison sportive de la meilleure manière possible, après que son équipe dirigeante eut commencé la sienne au mieux sur le plan financier. Avec 36 045 abonnés, et probablement près de 38 000 d'ici fin août, pour les dix-sept matches du championnat à domicile, l'OM bat de très loin tous les records nationaux. 23 000 abonnements, au tarif de 550 francs, concernent les deux virages, qui contiennent 28 000 places. Ils ont été placés par les associations de supporteurs qui les avaient achetés au club 450 francs. Les autres sont des places numérotées : les prix couraient de 1 400 à 9 000 francs, un tarif spécial (1 000 francs) étant réservé aux enfants accompagnés jusqu'à quinze ans, manière d'attirer les familles. Les effectifs ont donc plus que doublé dans toutes les catégories et cela laisse augurer quelques déçus pour les chocs prestigieux ou les rencontres européennes si l'équipe y fait un bon parcours. Pour le premier match du championnat de France 98-1999, cet OM-Nantes joué à guichets fermés, les places restantes ont été vendues en quarante-huit heures pour atteindre finalement le nombre de 58 000 spectateurs. Quant aux cinquante-quatre loges, elles sont occupées à l'année par des sociétés qui ont pour la plupart reconduit leur contrat. Trente autres seraient disponibles qu'elles seraient occupées. VENUS DE LOIN Selon la direction du club, les 35 000 "accros" se répartissent en quatre groupes. D'abord les abonnés fidèles qui sont revenus, un peu plus nombreux. Ensuite d'anciens abonnés, repris par la passion et la promesse de victoires. Viennent après des amateurs occasionnels qui ont vite compris qu'à ces tarifs- là, ils récupéreraient facilement leur mise : même si les abonnements sont nominatifs, ils trouveront bien un moyen d'utiliser leur billet s'ils ne peuvent venir eux-mêmes. Il y a enfin de nouvelles recrues encore mal connues d'un club qui compte bien les identifier dès l'automne en commanditant une étude sur son public captif. Premier constat cependant : l'aire géographique d'influence de l'OM s'est élargie. Lors de la saison 1997-1998, elle rayonnait sur une distance équivalant à une heure de trajet en voiture autour de Marseille. Désormais, elle atteint des fidèles jusque dans la Drôme ou l'Hérault. Cet engouement n'est pas essentiellement dû à la victoire française en Coupe du monde. Au 2 juillet, soit dix jours avant le triomphe des Bleus, 24 500 abonnés s'étaient déja inscrits. La bonne saison 97-1998 de l'équipe phocéenne, sa participation acquise à la Coupe de l'UEFA et l'assurance qu'un recrutement de haut niveau serait effectué en sont plutôt la cause. Le timing de la campagne, l'efficacité améliorée de la gestion, des tarifs mieux différenciés expliquent aussi cette réussite. Le Mondial 98 et l'enthousiasme qu'il a créé à Marseille auraient, selon le président délégué Jean-Michel Roussier, seulement amplifié un mouvement en cours. UNE VRAIE ENTREPRISE Ces données nouvelles permettent à la société anonyme à objet sportif (SAOS) d'envisager son avenir avec tranquillité : les recettes de billeterie seront supérieures aux estimations et atteindront plus du tiers du total des rentrées d'argent, un autre gros tiers viendra du sponsoring (Adidas et Ericsson en sont les poids- lourds) et des partenariats de télévision; les licences et le marketing boucleront le reste. Deux catalogues (32 et 80 pages) seront les supports majeurs de la vente de produits dérivé estampillés OM essentiellement du sportswear qui s'appuie sur huit boutiques. Car, on l'a compris, si l'OM reste un club sportif, la SAOS-OM est de plus en plus une entreprise de spectacles et un diffuseur de chaussures, d'habits et d'objets divers. Cette évolution est au coeur du conflit qui oppose le président délégué de l'OM, Jean-Michel Roussier, aux différents clubs de supporteurs, qui réclamaient, samedi encore, sa démission par des banderoles cruelles et des mots d'ordre lancés dans les moments creux du match. Les différents groupes ont par exemple refusé de communiquer leurs fichiers d'adhérents et d'abonnés, alors que le club, estimant y avoir droit, les demandait pour pouvoir contacter directement ce public. Tout le problème de l'Olympique de Marseille du président Robert-Louis Dreyfus va être désormais de concilier ces logiques qui ne tiendront ensemble que si, sur le terrain, l'équipe réalise les prouesses promises. MICHEL SAMSON DOC : avec photo Tennis : Mary Pierce bat Martina Hingis puis se blesse HANDICAPÉE PAR UNE BLESSURE au quadriceps droit, la Française Mary Pierce s'est inclinée, dimanche 9 août, en finale du tournoi de San Diego (Etats-Unis) 6-3, 6-1 face à l'Américaine Lindsay Davenport. Mary Pierce s'était blessée le matin même, au lendemain de sa brillante victoire (3-6, 7-6 (9-7), 6-2) sur la Suissesse Martina Hingis, numéro un mondiale. "Le service, le déplacement, tout mon jeu a été affecté [par ma blessure]. Et pour affronter Lindsay, il faut être au sommet...", a déclaré Mary Pierce, qui devrait, malgré cette défaite, gagner trois places au prochain classement mondial et atteindre le 13e rang. LOTO : résultats des tirages no 63 du Loto, effectués samedi 8 août Premier tirage : , 24, 26, 41, 46, 49, numéro complémentaire le 42. Rapports pour six bons numéros : 8 294 125 francs; pour cinq bons numéros et le complémentaire : 211 335 francs; pour cinq bons numéros : 7 300 francs; pour quatre bons numéros et le complémentaire : 346 francs; pour quatre bons numéros 3 francs; pour trois bons numéros et le complémentaire : 34 francs; pour trois bons numéros : francs. Second tirage : 7, 16, 22, 27, 29, 39, numéro complémentaire le 14. Rapports pour six bons numéros : 31 727 665 francs; pour cinq bons numéros et le complémentaire : 96 840 francs; pour cinq bons numéros : 6 295 francs; pour quatre bons numéros et le complémentaire : 262 francs; pour quatre bons numéros : 131 francs; pour trois bons numéros et le complémentaire : 26 francs; pour trois bons numéros : 13 francs. La première journée du championnat de France de football 1998-1999 En D 2, Guingamp s'impose à Lille L'affiche de la première journée du championnat de deuxième division opposait Lille à Guingamp, deux équipes qui évoluaient la saison dernière à l'étage supérieur. Devant près de 10 000 spectateurs, les Nordistes ont été battus à domicile, samedi 8 août, sur le score de 2 buts à 1, par une surprenante formation bretonne pourtant privée de sa plus célèbre recrue de l'intersaison, Jean-Pierre Papin. Les trois autres vainqueurs de la journée sont Troyes (2-1 face à Cannes), Laval (2-1 contre le promu Ajaccio) et Gueugnon (2-1 devant Caen). Les six autres rencontres se sont terminées sur un match nul : Red Star-Wasquehal 0-0; Saint-Etienne - Sedan 1-1; Nice-Châteauroux 1-1; Nîmes-Niort 1-1; Valence-Amiens 1-1; Le Mans-Beauvais 1-1. 16 LE CARNET DU VOYAGEUR FRANCE. Après les environs de Paris, l'Institut géographique national publie, dans la série "Une ville et ses environs", Lyon et ses environs, une carte routière et touristique au 1 / 0 000 couvrant une zone allant de Mâcon à Romans-sur-Isère et de Roanne à Annecy. Prix : 23 F. A noter également, dans la série "Culture et environnement", un Beaujolais au 1 / 80 000 (46 F), édité avec l'Union interprofessionnelle des vins du Beaujolais, et une France VTT et randonnées cyclo (29 F) au 1 / 1 000 000 avec parcours par niveaux de difficulté, centres VTT, stages, etc. HÔTELS. La nouvelle édition du Guide 98/1999 des hôtels Accor rassemble les 3 000 établissements du groupe présents sur les cinq continents avec les marques Sofitel, Novotel, Mercure, Jardins de Paris, Pannonia, Ibis, Etap Hotel, Formule 1, Motel 6, Parthenon, Hotelia et les labels Atria, Coralia et Thalassa. Nouveautés : la présence des 107 restaurants CourtePaille en France et des restaurants Lenôtre à Paris, une présentation des marques du groupe et des informations sur ses autres secteurs d'activité. Disponible dans les hôtels Accor, ce guide est également envoyé sur simple appel téléphonique au 01-60-87-90-00. ÉTATS-UNIS. L'extension, début 99, du centre de conventions de La Nouvelle- Orléans se traduira par une augmentation de la capacité hôtelière de la ville. Plus de 7 400 chambres seront ainsi mises sur le marché d'ici à 2002, soit une augmentation de 26 % du parc hôtelier, qui compte déjà 27 500 chambres. FESTIVAL La nuit Boréalis confirme le succès de la musique techno en France Jeff Mills, DJ "Aucun genre musical n'a à ce point aboli les frontières raciales" DAVET STEPHANE MONTPELLIER de notre envoyé spécial Les mantras implacables de Jeff Mills viennent de saluer l'aurore. Dans le ciel, pas d'autres nuages que ceux de poussières jaunes soulevées par les milliers de danseurs qui s'agitent encore sur la prairie brûlée. Le DJ de Detroit et plus de trente autres virtuoses des platines et des ordinateurs viennent d'attirer 25 000 personnes au parc Grammont de Montpellier. Dans la nuit du 8 au 9 août, Boréalis a confirmé brillamment qu'il est le plus gros festival techno français. Fin d'une longue diabolisation ? Emballement commercial ? Jamais on n'a organisé en France autant de rassemblements estivaux consacrés aux musiques électroniques. Avec des fortunes diverses. Malgré les réussites encourageantes d'Exil à Cherbourg ou d'Astropolis à Concarneau, l'été a aussi été marqué par les déroutes d'Aréa, à Amiens, ou de la soirée Francophonique de La Rochelle. Quel secret distingue cette nuit montpelliéraine, le "must" des fêtes techno officielles ? L'association, sans doute, de deux compétences. Celle d'un collectif sudiste, les Pingouins, responsable de tous les choix artistiques. Celle d'un producteur local, Tutto Va Bene, rodé à l'organisation technique. Les premiers ont acquis, depuis 93, une crédibilité en béton. Cette année-là, les Pingouins réunissent 2 500 personnes sur le parking d'une discothèque de Pézenas. Boréalis est né. L'envie de partager leur passion avec le plus grand nombre les convainc de collaborer avec un producteur, Bruno Asselin, de Tutto Va Bene, jusque-là spécialisé dans le rock et la variété. Deux nuits, restées mythiques, présentées dans les arènes de Nîmes en 94 et 1995, prouveront que la qualité des ambiances et de la programmation n'a pas à souffrir du professionnalisme de l'organisation. Pour cause de paranoïa policière, Boréalis disparaît en 96, avant de renaître en 97 à Montpellier, malgré les réticences sécuritaires. Moins de problèmes, cette année. "Notre réussite de l'an dernier a fait disparaître beaucoup de craintes, explique Bruno Asselin. D'autres soirées en France ont profité des portes ouvertes par Boréalis." Cela n'empêche pas le producteur de s'inquiéter lorsque, dans la nuit, un responsable de la mairie lui signale que les douanes viennent de procéder à de nombreuses saisies de produits prohibés autour du site. Sur l'immense pelouse, on croise moins de regards hallucinés que de groupes rigolards. Tendances : cheveux courts, tee-shirts amples, lunettes de soleil métallisées donnant un look "créature de Roswell"... On flâne entre les stands de tatouages effaçables et de vinyles, on s'allonge sur l'herbe en admirant la pleine lune, on compose sa soirée, mixant les sons bombardés au gré de ses déambulations... Les plateaux de quatre scènes présentent la musique électronique dans sa diversité. Contrairement à l'an dernier (Chemical Brothers, Daft Punk...), on trouve des pointures Laurent Garnier, Sven Vath, Jeff Mills, Photek, Grooverider..., mais pas de têtes d'affiche évidentes. Pour Josselin Hirsch, l'un des Pingouins en chef : "Nous ne voulions pas que l'attention du public ne soit mobilisée que par quelques noms. Il fallait laisser plus de place aux découvertes." ARYTHMIE DU DRUM'N'BASS L'immense vaisseau blanc de la compagnie Malabar fend la marée humaine. Si le budget artistique est de 500 000 francs, celui de la technique dépasse les 4 millions, conséquence d'une volonté d'améliorer spectaculairement le décor, les éclairages et les animations. Aucun stimuli ne manquera pour emballer la fête. Même le Kronogyre, petite scène occupée par des DJ locaux, dispose d'une nacelle mécanique mise en scène par des cyber drag queens. L'Olympe concentre une nuée d'effets spéciaux, tout autant dirigés vers les artistes que sur les spectateurs. Cette scène, la plus vaste de Boréalis, accueille la programmation la plus éclectique. Photek, par exemple, intellectualise l'arythmie du drum'n'bass, au point d'élaborer sur disque des abstractions d'une beauté glacée. Dans son set de DJ, le jeune Anglais injecte une sensualité jazzy à ses jeux cérébraux. Sur cette même scène, on apprécia d'autant plus le concert de Bentley Rhythm Ace que les performances "live" furent rares cette année à Boréalis. Sans s'embarrasser de bon goût, ces Britanniques catapultent hip hop, rock, house et funk en un joyeux bordel psychédélique. Dans le fond, des stromboscopes illuminent leurs initiales. BRA, en anglais, signifie également "soutien-gorge"... MITRAILLAGE MÉTALLIQUE Les "accros" de la danse se sont attardés à l'Eden et au Kabal. L'Eden programmait de la house. Jeff Craven, Kerri Chandler, Cassius se souvenaient des racines noires de cette musique née à Chicago au milieu des années 80. François Kevorkian, le doyen des DJ français, installé à New York depuis 75, sublimait son amour du funk en un set qui mariait à merveille électronique mélancolique et groove sudatoire. Mais le plus grand nombre de "ravers" se concentrait dans ce château fort rouge, décoré de créatures sanguines et baptisé Kabal. Les militants du son techno le plus hardcore y bastonnaient leurs beats. Le Suédois Cari Lekebush vomit un maelström d'infra-basse sur lequel s'emballe un mitraillage métallique. Dans le public, on peut palper la même énergie brute, le même goût des défoulements extrêmes que lors des "free party". Avec Lekebush, des vedettes du genre comme Marco Carola ou Adam Beyer font un triomphe. Les maxis de ces DJ ne se vendent qu'à trois ou quatre mille exemplaires. Durant la nuit Boréalis, beaucoup plus de danseurs leur faisaient face. Comme le précise Josselin Hirsch : "Cette musique reste une musique de DJ, faite pour écouter en soirée plus que chez soi. L'économie de ce marché reste artisanale. Beaucoup de gens ont tendance à surévaluer la culture techno." Et Boréalis continuera d'y contribuer. STEPHANE DAVET FESTIVAL La nuit Boréalis confirme le succès de la musique techno en France Vingt-cinq mille personnes réunies au parc Grammont de Montpellier ont dansé jusqu'à l'aurore du dimanche 9 août au son des rythmes hypnotiques des DJ, dont Jeff Mills est l'un des représentants les plus innovateurs. Il est aussi le théoricien d'une électronique minimale DAVET STEPHANE Le plus grand rassemblement français "officiel" d'amateurs de musique techno, Boréalis, a regroupé vingt-cinq mille personnes dans la nuit du samedi 8 au dimanche 9 août au parc Grammont de Montpellier. LE SUCCÈS de cette soirée, soutenue par la mairie, qui n'a été marquée par aucun incident grave, sonne peut-être la fin de la "diabolisation" de ces rave-parties, désormais rebaptisées festivals techno. L'EMBALLEMENT POPULAIRE et commercial autour de cette forme de musique électronique s'est traduit par de nombreux rassemblements du même genre au cours des dernières semaines. Boréalis a été l'un des sommets de l'été techno en France. LES DJ Laurent Garnier et Jeff Mills ont été les principales vedettes de la nuit qui a fait danser la foule jusqu'à l'aurore dans des décors, des éclairages et des animations hypnotiques. SI LA HOUSE MUSIC est née dans les clubs de Chicago, la techno a été baptisée dans les laboratoires de Detroit. En invitant Jeff Mills à Montpellier, les organisateurs de Boréalis ont rendu hommage à l'un de ces pionniers qui, à l'orée des années 90, dépouillèrent à l'extrême la sensualité des musiques noires, frigorifiant les rythmes à l'aide de la robotique. A trente-cinq ans, ce nightclubber continue d'innover. Comme DJ globe-trotter, pourvoyeur d'extases hypnotiques, mixant en virtuose avec ses trois platines. Comme musicien-producteur cérébral et mystique, théoricien d'une électronique minimale. "Vous avez la réputation d'être un DJ très rapide, capable de mixer entre trente et cinquante disques à l'heure à l'aide de trois platines et d'une boîte à rythmes... Je le fais quand cela est nécessaire, pour obtenir des danseurs certains types de réaction, pas par goût de la performance technique. L'intérêt de ces trois platines est surtout acoustique, pour que trois fois plus de sons sortent des enceintes. Quand un morceau est très minimaliste et très structuré, les trois platines fonctionnent comme les pistes d'un studio d'enregistrement. Les aigus à droite, les basses à gauche, les samples et les médiums sur la platine du milieu. Je peux créer à chaque fois un morceau complètement nouveau. Pourquoi Detroit est-elle devenue la capitale américaine de la techno ? Il existe dans cette ville une longue tradition musicale. Du vaudeville en passant par le blues, le jazz, le rock et bien sûr le rhythm'n'blues et la pop noire du label Tamla Motown. A Detroit, les parents ne s'étonnent pas si leur enfant décide de devenir musicien. A une certaine époque, des gens d'une même tranche d'âge ont été influencés par les mêmes musiques, stations de radio, DJ ou clubs. Je passais ma vie en boîte de nuit. Avec Derrick May, Carl Craig, Juan Hawtin ou d'autres futurs DJ, nous fréquentions les mêmes endroits mais nous ne nous connaissions pas. Nous avons fini par créer des musiques qui se ressemblent sans nous concerter. Detroit, qu'on surnomme aussi Motor city, est l'une des capitales américaines de l'automobile. Cet environnement industriel a forcément influencé notre musique. Avez-vous l'impression de composer de la musique noire ? Dans la mesure où je suis noir... Autrement, ce genre de catégorisation n'a que peu de valeur dans la techno. Les Allemands de Kraftwerk, un groupe blanc, ont été une de mes principales influences. Jamais les frontières raciales n'ont autant disparu que dans ce genre musical. Au début des années 90, vous avez créé, avec Mike Banks et Robert Hood, Underground Resistance, un des groupes les plus influents de la scène électronique américaine. Le nom même de notre trio était une déclaration d'intention. Nous ne nous considérions pas vraiment comme des innovateurs. Est-il possible aujourd'hui d'inventer une musique de toute pièce ? Nous voulions surtout tenter quelque chose d'audacieux. A l'époque, les gens du milieu nous semblaient trop amorphes. Nous avions envie d'une musique plus extrême, nous voulions aussi en garder le contrôle à travers le label du même nom que nous avions créé. Aujourd'hui encore, je possède deux labels. L'un, Purpose Maker, est surtout destiné aux DJ. L'autre, Axis, a une ambition plus musicale. Ses productions s'écoutent autant qu'elles se dansent. L'identité de ce label s'est bâtie autour de concepts liés à l'art en général. Le maxi Psycho 30, par exemple, est basé sur l'idée qu'il existe dans la mode comme dans la vie des cycles de trente ans. Dans le morceau, huit boucles étaient censées évoquer cela. Sur le rond central du disque était dessiné un arbre, symbole du temps. Quand on coupe un arbre, on y découvre des nervures qui ressemblent aux sillons d'un disque. Comment expliquez-vous le pouvoir du minimalisme et de la répétition ? Il permet de conditionner les gens. C'est le principe du chien de Pavlov. A force d'écouter la même boucle encore et encore, les danseurs finissent par l'anticiper et par se sentir parfaitement à l'aise. Je limite ma musique à ces répétitions très simples. Un son sans vie, minimal, prend soudain un sens. Ces constructions sont assemblées avec beaucoup de soin. Arrivez-vous, dans ce cadre minimaliste, à faire parler vos émotions ? Ma personnalité est le fil conducteur de mes morceaux. La base d'un titre est si minimale qu'il suffit de lancer une note pour exprimer une émotion forte." PROPOS RECUEILLIS PAR; STEPHANE DAVET DOC : texte accompagné d'une photo FESTIVAL La nuit Boréalis confirme le succès de la musique techno en France La tribu des Pingouins Créatrice en 93 des soirées Boréalis, la tribu des Pingouins (formalisée en association loi 1901 sous le nom de Pingouins associés) est un collectif d'une vingtaine de membres, cimenté par dix ans d'amitié. DJ pour la plupart (Anouck, Eva, Booly, Citru, Joss, Willy...), ils officient en dilettante dans les clubs de la région de Montpellier. Leur grand plaisir : se réserver la plus petite scène de leur festival (cette année, le Kronogyre), pour jouer, eux et leurs copains. Deux de ces drôles d'oiseaux ont ouvert un magasin de disques, de vêtements et d'accessoires techno, Pinguins Records (rue de Verdun, à Montpellier), un autre a créé un label, Kobayashi, qui signe essentiellement des artistes locaux. Le septembre, les Pingouins défileront à Paris sur leur propre char lors de la parade techno organisée par l'association Technopol, dont le président n'est autre que Josselin Hirsch, membre actif du collectif montpelliérin. Jack Lang, par ailleurs, était présent à Boréalis. FESTIVAL La nuit Boréalis confirme le succès de la musique techno en France Rinôçérôse, du rock "sixties" à l'électronique DAVET STEPHANE MONTPELLIER de notre envoyé spécial Les premiers spectateurs de Boréalis ont pu croire à un gag. Ouvrant la nuit en plein jour, trois guitares, une basse, des percussions... Les vieux instruments de Rinôçérôse en introduction de la grande célébration estivale de l'ère électronique ? Très vite, on aperçut tout de même, caché dans un coin, un programmateur de machines. Surtout, la musique qui naissait là était plus fraîche, plus inventive et moderne que celle de nombreux DJ. Ce groupe montpelliérin n'entendait pas, de toute façon, renier son passé. En son sein, on trouve d'anciens punks ou thrash-rockers (ex- Driveblind, ex-Moonstruck...) et un couple de leaders, Jean- Philippe (guitare, voix) et Patou (basse), qui, longtemps, menèrent les destinées des Maracas, groupe pop, autrefois signé par Sony. Sans cesser de cultiver leur vieil amour du rock sixties (particulièrement le Velvet Underground, les Small Faces et les Byrds), ils ont développé depuis cinq ans une passion pour la house music. Comment marier les deux ? "Nous avons d'abord bricolé tous les deux à la maison sur un quatre-pistes, explique Jean-Philippe. Nous n'avions pas de synthétiseurs, juste nos guitares et une vieille boîte à rythmes. Nous avons essayé de reproduire avec ces instruments ce que nous aimions dans la house. On a fini par trouver un son, un truc naïf, certes, mais bien à nous." "DESTRUCTURER LE JEU TRADITIONNEL" Le charme de ces maquettes séduira un petit label madrilène, Elefant Records, qui les presse à mille exemplaires, aussitôt épuisés, en 95. "Quand on a connu comme nous la pesanteur des majors, ajoute Jean- Philippe, on ne peut qu'aimer la légèreté, la liberté et la passion du milieu techno. Dorénavant, nous désirons tout contrôler." Apportant sa grande maîtrise du studio d'enregistrement, du groove et des effets, un producteur- programmateur, Johnny Palumbo, rejoint le groupe qui s'est baptisé Rinôçérôse en référence à un "poète" Gaston Duf de l'art brut. Jean-Philippe ne voit pas de réelle rupture entre ses différents travaux. "Quand on enregistre un disque de chansons classiques, on passe son temps à réécouter des boucles instrumentales, des pistes sur lesquelles vient ensuite se poser la voix. Souvent, on se dit que ces musiques suffiraient. Mais le chanteur finit toujours par imposer son imaginaire." Le travail des instrumentistes diffère pourtant. "Il s'agit d'utiliser la guitare autrement. Il faut déstructurer le jeu traditionnel, lui trouver une autre place. Nous utilisons des sortes de petits archets, les e-bow, qui permettent de prolonger les notes et font ressembler la guitare à un synthétiseur." Un nouveau mini-album, Le Mobilier, signé en licence aux Disques du Crépuscule par PIAS), fait aujourd'hui sensation. Sept instrumentaux d'humeur espiègle, mêlant trouvailles futuristes et traits d'humour, clins d'oeil rétro et saillies mélodiques. Car, malgré ses voyages entre house et dub, Rinôçérôse demeure un groupe pop. " Contrairement aux artistes techno qui, généralement, travaillent sur une base rythmique, tous nos morceaux partent d'une idée mélodique. Le groove, on le pose après." STEPHANE DAVET Le petit carré de paradis de Josef Albers au château de Plieux DAGEN PHILIPPE PLIEUX de notre envoyé spécial Dans à peu près toutes les grandes collections d'art du XXe siècle du monde, il y a un ou deux Albers. Dans les dictionnaires et les histoires de la peinture aussi. Ce sont toujours des toiles issues de la série Hommages au carré qui a occupé l'artiste de 50 à sa mort, en 1976. Dans à peu près tous les musées, vous avez donc vu une de ses compositions extrêmement reconnaissables : une toile de format carré à l'intérieur de laquelle trois ou quatre carrés s'emboîtent, chacun caractérisé par une couleur différente. Vous l'avez vue, vous l'avez identifiée, vous l'avez reconnue pour ce qu'elle est au premier coup d'oeil, une abstraction géométrique, l'abstraction géométrique par excellence, le triomphe de la méthode et du calcul. Au château de Plieux, il y a aussi des Hommages au carré, trois séries, la première dominée par les rouges, la deuxième par les gris, la troisième par les jaunes. Mais, à Plieux, ces oeuvres sont montrées pour elles-mêmes, ni comme jalons, ni comme archétypes, ni même comme les icônes sacrées d'une évolution générale. Voilà qui change des habitudes muséales. Ces peintures sont montrées en compagnie d'études préparatoires, de dessins de jeunesse et de photographies ce qui achève de tout changer. Pour la première fois en France, et à l'initiative de Renaud Camus, s'esquisse une rétrospective Albers (pour la première fois, alors qu'il est mort en 76). On consent à ne plus le considérer simplement comme l'inventeur du meilleur logo géométrique du siècle. C'est un progrès et une justice. Quelques évidences en pâtissent. Par exemple, celle qui veut que l'art d'Albers tienne à l'application d'un système. Ce n'est pas tout à fait ça. Sans doute le point de départ ne varie-t-il pas : des carrés les uns dans les autres. Mais de quelles tailles ? Selon quelles proportions décroissantes ? Placés comment ? De quel ton ? Des nuances apparaissent, qu'expliquent des détails faussement mineurs. Selon que le carré le plus petit, le seul que l'on voit entièrement, occupe une position plus ou moins centrale, la composition paraît statique ou flottante. Selon les rapports chromatiques, l'oeil croit observer une avancée ou un recul, une perspective de fuite ou l'illusion d'une saillie. Naturellement, les couleurs s'influencent fortement. Un carré noir sur un gris affecte celui-ci autant qu'un orange sur un jaune. Chevreul, Seurat, Kandinsky ont réfléchi à cette question. Albers aussi, en multipliant les expériences. L'ASPIRATION AU RAVISSEMENT L'air d'achèvement de ces toiles n'est qu'un air. Les verticales et les horizontales ne sont que rarement verticales ou horizontales, elles vibrent. Surtout, on le voit dans les esquisses, Albers cherche sans se lasser ses harmonies. Sur un bout de carton, il place une tache grossièrement quadrangulaire, l'entoure de bandes. Il essaie une nuance. Il la recouvre. Il risque des juxtapositions heureuses ou malheureuses, jusqu'à ce que ça tienne. Sa supposée méthode relève pour l'essentiel de l'empirisme optique. Pourquoi ? Non pas pour épuiser le spectre ou systématiquement associer des complémentaires, mais pour atteindre à l'équilibre chromatique qui satisfait la perception. Autrement dit, dans une langue qui n'est pas la sienne, Albers est un idéaliste tenté par la mystique. Il veut inscrire dans une forme parfaite une harmonie parfaite. Il veut, à chaque toile, le paradis de l'oeil, la beauté pure. Plus qu'à la logique de la démonstration, il aspire au ravissement. Il l'a trouvé tardivement, quand il a commencé ses Hommages au carré. Auparavant, il aura été instituteur à la campagne, dessiné en autodidacte les animaux de la ferme, puis se sera inscrit dans les Académies des beaux-arts à Berlin, à Essen, à Munich. Il s'intéresse alors au verre et au vitrail, qui est couleur pure traversée par la lumière. En 20, à trente-deux ans, il décide, sur la foi d'un prospectus publicitaire, de s'inscrire au Bauhaus. Inspiration heureuse, mais non décisive. Il y étudie puis il y enseigne jusqu'en 33, jusqu'au nazisme et à l'exil précipité aux Etats-Unis. Au Bauhaus, il travaille le verre et la photographie une salle est consacrée à ces exercices méconnus, il s'accoutume à l'abstraction et à la géométrie. Pour autant, il n'affirme pas encore une oeuvre singulière. Alors qu'il côtoie Kandinsky, Klee, Gropius, Mies Van der Rohe, ses travaux ne peuvent sans dommages se comparer aux leurs. En 33, il est accueilli au Black Mountain College, en Caroline du Nord, où il enseigne jusqu'en 49, avant de s'en aller à Yale. Il multiplie les conférences. On peut imaginer le pire : un art didactique, la récapitulation des principes acquis. C'est l'inverse qui arrive. A soixante ans passés, Albers entrouvre le portail de l'éden des couleurs. Il n'en est plus redescendu. PHILIPPE DAGEN JOSEF ALBERS. Château de Plieux (Gers). Tél. : 05-62-28-62-92. Du mercredi au lundi, de à heures. Jusqu'au 21 septembre. FESTIVAL A Alès, Jean Ferrat célébré par sept cents choristes CADET VALERIE ALÈS de notre envoyée spéciale On n'avait pas vu cela depuis longtemps à Alès, ce samedi 8 août. Un jour tout à fait particulier : sous la canicule, des trains étaient restés en rade entre Nîmes et la cité cévenole, une pleine lune barroque irradiait comme un soleil, et les arènes de Temperas étaient combles à craquer pour le spectacle final de la "Première semaine chantante d'Alès en Cévennes". Depuis le 2 août, sept cents choristes venus de tous les coins de l'Hexagone, de Suisse, de Belgique, d'Allemagne et du Canada avaient rodé un spectacle d'hommage à l'oeuvre de Jean Ferrat. On savait que l'événement se passerait "en présence de l'artiste" et, fait inédit dans la chronique alésienne, soulignait-on, cette manifestation préparée depuis l'automne 97 par l'équipe du Grand Choeur Languedoc Chansons, sous la direction de Michel Schwingrouber, se donnait à guichets fermés. Fermés ? Dès vingt heures, le public rentrait en flot ininterrompu, débordant largement les quelque quatre mille places prévues une partie des arènes étant réservée au choeur. L'affaire dura deux bonnes heures avant que la première mesure ne retentisse. Entre les râleries chantantes des enfants du pays qui avaient loué depuis trois semaines, l'exaspération des invités qui n'avaient "même pas un bout de chaise" pour se poser. Finalement, chacun fit avec les moyens du bord : qui à même le sol, qui en bout de gradin, les jambes dans le vide; certains pressés en grappe aux extrémités de la scène, d'autres debout, accoudés derrière la palissade du promenoir pour y trouver leur querencia... UNE COMMUNAUTÉ D'ÉMOTION Comme le spectacle ne commençait toujours pas, le public des gradins improvisa une dizaine de "olas" dont le déploiement fit l'admiration du parterre. Relents de Mondial vite remplacés par une salve de rumeurs excitées : "Il" arrivait, "Il" était là, entouré de quelques très proches. On avait vu un peu de sa tignasse de neige. On avait pu se faufiler pour apercevoir Isabelle Aubret "Et pourquoi tu nous l'as pas ramenée ?", se plaignit une voix chantante locale. Bref, tout un désordre bougon et joyeux pour mieux faire advenir et savourer la cérémonie soigneusement ordonnée qui allait suivre. En ouverture, un "meddley musical" des plus fameux titres de Jean Ferrat arrangés par Jean-Marie Sion, le temps que les sept cents choristes prennent leur place. Et qu'une certaine féerie s'installe; lumières et mise en scène finement rodées. Sans jeu de mots, l'ensemble avait du corps. Trois chefs de choeur Jacky Locks, de Strasbourg, Xavier Vidic, de Paris, et Marc-André Caron, du Québec, venus prêter main-forte à Michel Schwingrouber. Un orchestre impeccable musiciens du Languedoc-Roussillon, des comédiens et un conteur, Yvon Daufagne, qui liaient par de belles envolées lyriques le parcours d'une vingtaine de titres choisis parmi les quelque deux cents chansons signées par Jean Ferrat depuis 54 paroles et musique, paroles ou musique de l'artiste. Dès les premières notes, on entendait fredonner à voix basse de partout, commentaires à l'appui "Tu te souviens ? Oh oui, elle est bien belle celle-là !". Cette magie légère des couplets qui marquent le rythme des vies de chacun et rassemble plusieurs générations en une communauté d'émotion. L'essentiel de la nostalgie, des révoltes, des utopies et des plaisirs simples de Ferrat fut égrené, Aragon ouvrant les feux : Aimer à perdre la raison, Potemkine, Ma France, On ne voit pas le temps passer, Mon vieux, Deux enfants au soleil, C'est beau la vie, Que serais-je sans toi ?... On apprécia particulièrement les voix des Sud-Américains El Pueblo sur La Complainte de Pablo Neruda, un peu moins celle de la soliste Marie Duratti, à la tessiture fragile et forcée, qui s'évertua sur six chansons. Il y eut deux moments de véritable intensité, lorsque commencèrent à sourdre les premières mesures de Nuit et Brouillard et, plus tard, en manière d'apologie locale, le début de La Montagne. Ovationné, Ferrat remercia chaudement pour cette brassée d'hommages, mais se contenta de reprendre avec les choeurs l'hymne de clôture au message improbable, La Paix sur terre. C'était déjà beaucoup, puisqu'il n'était pas remonté sur scène depuis son spectacle au Palais des sports, en octobre 72. VALERIE CADET Les cinéastes Jalili, Dante et Kramer, trio gagnant en ouverture de Locarno La 51e édition du festival du film joue de la diversité comme d'une incitation à la réflexion FRODON JEAN MICHEL Que ce soit Danse de la poussière, de l'Iranien Abolfazl Jalili, ou Small Soldiers, production de la major de Steven Spielberg réalisée par l'auteur de Gremlins, Joe Dante, ou l'intégrale consacrée à Marco Bellochio, ou même le bref et splendide Say Kom Sa de Robert Kramer, les films présentés lors de cette 51e édition du Festival de Locarno tentent d'affronter la question de la réalité et de ses figurations par l'image. LOCARNO de notre envoyé spécial La diversité, plus encore que la quantité des films présentés par cette 51e édition du Festival de Locarno, contraint à prendre date, à fixer des rendez-vous pour le moment où les films sortiront en salles car il est presque impossible de leur consacrer la place que certains méritent. Encore faut-il qu'une sortie soit prévue pour ces films. Ce n'est pas le cas en France pour la plus belle oeuvre projetée durant les premiers jours de la manifestation tessinoise : Danse de la poussière, de l'Iranien Abolfazl Jalili. Il fallait un certain courage pour la programmer sur l'écran géant de piazza Grande, en principe réservé aux films "grand public". En à peine une heure et quart et presque sans un mot, ce poème austère et bouleversant conte une histoire d'amour entre deux enfants dans un désert de dureté et de travail. Son décor est un no man's land universel où se fabriquent les briques de terre cuite qui deviennent comme le matériau même de la communauté humaine. Le lendemain soir, le festival présentait Small Smoldiers, production de la major de Steven Spielberg truffée d'effets spéciaux et réalisée par l'auteur de Gremlins, Joe Dante. En réalité, c'est au fond les mêmes enjeux qu'affronte ce beau film tout simple d'un réalisateur qui, cinq ans après l'échec de Panique à Florida Beach, renoue avec le cinéma cela ne l'a pas empêché de tourner pour la télévision le remarquable Second Civil War, sorti en salles en France. IMAGINAIRES INDUSTRIALISÉS Avec ses petits soldats, jouets programmés pour tuer, Dante compose une critique subtile de l'industrialisation des imaginaires. Et il invente une utilisation "décalée" des trucages, où il ne s'agit plus de faire passer pour réels et vivants des objets virtuels ou inertes, mais de jouer sur leur statut intermédiaire entre choses et hommes. Sans insister, Small Soldiers met en scène de manière critique les formes contemporaines d'hybridation dont les nouvelles technologies n'ont encore qu'entrebâillé les possibilités, ou les abîmes dans le domaine du spectacle notamment. Joe Dante est l'un des cinéastes les plus intéressants du dépassement de l'ancien clivage entre image enregistrée et image fabriquée, dont le dessin animé est l'archétype. Intéressant parce que, pour autant que l'industrie hollywoodienne lui en laisse la possibilité, il n'aura cessé depuis ses débuts chez Roger Corman, le pape stakhanoviste de la série B (Hollywood Boulevard, 77), de questionner de l'intérieur le système narratif et spectaculaire, ses procédures et ses limites. Le Festival de Locarno (qui devrait présenter l'an prochain une intégrale des films de Dante) est particulièrement adapté à la multiplication des approches autour de la nature même de modes de représentation. L'intégrale de cette année est consacrée à Marco Bellochio : outre ses films, on peut voir ses réalisations pour la télévision, dont la plus récente, La Religion de l'histoire, propose une intrigante, mais finalement décevante réflexion sur les phénomènes de ferveur qui auront marqué le siècle. Il fait se succéder des images de l'enterrement de Jean XXIII et de Togliatti, l'élan joyeux des foules allemandes détruisant le mur de Berlin et le mouvement désespéré des étudiants pékinois refluant devant les tanks à Tiananmen, y insère des plans de ses propres réalisations Au nom du père ou Le Diable au corps et noie le tout dans une illustration musicale insistante. Tout cela ne prouve finalement qu'une chose : le montage peut illustrer les idées qu'un réalisateur apporte avec lui, quelles qu'elles soient. Tout le contraire du bref et splendide Say Kom Sa : de Paris à Hanoï, sans rien prétendre démontrer ni dénoncer, Robert Kramer, les yeux grands ouverts, ouvre à son tour le regard et l'esprit de ses spectateurs. Les paradoxes et les étrangetés du monde réel comme les jeux imprévus qui s'y développent sont le contrepoint des images que nous nous en étions faites. Le Vietnam, pour la génération de Kramer en tout cas, aura été une sacrée source d'images mentales. Ainsi, de Jalili à Dante et de Bellochio à Kramer, pour s'en tenir à ces seuls exemples, l'éclectisme de la programmation de Locarno ne se contente pas de jouer la diversité pour elle-même et pour les suprises incongrues qu'elle permet, mais aide, non sans malice parfois, à réfléchir à la réalité et à ses figurations. JEAN-MICHEL FRODON SORTIR CABRIES - LA CATEAU CAMBRESIS CABRIÈS (Bouches-du-Rhône) Luciano Castelli, Rainer Fetting Représentants notables des "nouveaux fauves", mouvement pictural berlinois du début des années 80 qui a fortement marqué l'art contemporain, Luciano Castelli (né en 51, à Lucerne, Suisse) et Rainer Fetting (né en 1949, à Wilhelmshaven, Allemagne), s'expriment de façon sauvage, insolente et puissante dans la peinture, la photographie et, plus récemment, la sculpture. De l'amitié entre ces deux artistes naissent les célèbres "tableaux collectifs", aspect d'une peinture qui renouvelle la scène artistique internationale. Vingt ans après leur première rencontre, Castelli et Fetting sont les hôtes d'Edgar Mélik dans son château, pour une exposition réunissant des tableaux et des dessins récents. Musée Edgar- Mélik, château de Cabriès, 13480 Cabriès. Jusqu'au 14 septembre. Tél. : 04-42-22-42-81. LE CATEAU-CAMBRÉSIS (Nord) Baigneuses et Figures Le Musée Matisse expose trente-trois chefs-d'oeuvre du Musée d'art moderne de Lille métropole, Villeneuve-d'Ascq. Ce prêt exceptionnel permet de confronter, autour du thème Baigneuses et Figures, les oeuvres des collections Matisse et Herbin du Musée du Cateau et celles de la collection Dutilleul- Masurel du Musée d'art moderne. L'exposition présente des gravures fauves d'André Derain, des sculptures d'Henri Laurens, des portraits de Joan Miro, une gouache sur papier de Paul Klee, des portraits d'Amadeo Modigliani et de Pablo Picasso, et enfin, une huile sur toile d'Eugène Leroy intitulée Buste de Christ en croix. Musée Matisse, palais Fénelon, 59360 Le Cateau-Cambrésis. Jusqu'au 14 septembre. Tél. : 03-27-84-13-15. RADIO - TELEVISION NOTRE CHOIX 23.45 Arte Media Magica BARBERIS JEAN JACQUES "Une initiative personnelle pour présenter divers objets méconnus", annonce le collectionneur Werner Nekes, réalisateur de cette série documentaire consacrée à l'histoire des images animées. Le premier volet nous fait découvrir chambre noire, anamorphoses, jeux de perspective et théâtres d'ombres. Le fonctionnement des divers appareils est abordé de manière succincte et le traitement n'est guère original mais la profusion et la beauté des pièces pallient ces légers défauts. On aimerait partager la passion de Werner Nekes si le didactisme simpliste de la démarche ne réduisait son film à une belle exposition. JEAN JACQUES BARBERIS RADIO - TELEVISION NOTRE CHOIX 0.30 France 3 Inca de Oro, les derniers chercheurs d'or BARBERIS JEAN JACQUES C'est une petite ville du nord du Chili, écrasée de chaleur, baignée d'une atmosphère languissante. Les "pirquineros", les chercheurs d'or, y reviennent régulièrement après des mois de prospection solitaire. La ville a connu son heure de gloire, quand les pépites étaient monnaie courante. Aujourd'hui les filons se tarissent et Inca de Oro fait penser à un théâtre vidé de ses acteurs. Carmen Castillo brosse une émouvante galerie de portraits des derniers occupants : fiers prospecteurs rongés par la tuberculose, cantinières, prostituées, travestis... Certains soirs, Inca de Oro s'éveille, tirée de sa torpeur par des fêtes colorées. L'incessant ronflement des machines d'une compagnie minière canadienne rythme le quotidien. Superbes images d'une ville à l'agonie. Poésie sobre et délicate des commentaires. On s'attache à cet univers romanesque. JEAN JACQUES BARBERIS RADIO - TELEVISION NOTRE CHOIX 14.30 La Cinquième Adieu en Asie KRASNOPOLSKI THOMAS Bruno Carette a suivi la compagnie Adieu (Centre national chorégraphique du Havre) dans sa tournée asiatique. Filmant les danseurs sur scène et dans le quotidien, le réalisateur s'est attaché à mettre en lumière la relation entre la danse contemporaine et le milieu où elle évolue. Loin du choc des cultures, il a su rendre perceptible ce lien invisible et la façon dont les "mondes" rencontrés influent sur la production de la compagnie, amenant le téléspectateur à comprendre le travail de création à partir de ses sources mêmes. On voit ainsi comment, pendant les heures de détente, entre répétitions et spectacles, le chorégraphe, François Raffinot, puise dans cet autre univers les "éléments de vie" qui vont lui inspirer de "nouvelles phrases" dansées. On assiste également au moment où la troupe décide de modifier la fin de son spectacle pour faire référence à l'histoire du pays hôte, le Vietnam en l'occurrence. Avec des images très soignées, et en respectant la spontanéité des intervenants, Adieu en Asie montre l'action du milieu sur la création. Une clé pour aborder la danse contemporaine. THOMAS KRASNOPOLSKI RADIO - TELEVISION NOTRE CHOIX .55 La Cinquième Albums de famille BARBERIS JEAN JACQUES A travers les images de cinéastes amateurs, une émouvante description de la Lorraine de 20 à 1939. Ici plus qu'ailleurs, la guerre a marqué les esprits : Verdun reste le symbole sanglant d'un conflit meurtrier. La joyeuse animation du début des années 20 contraste avec l'horreur des tranchées : les prêtres initient les enfants à des sports nouveaux comme le basket-ball; le cinéma fait son apparition dans les écoles; le ski se développe dans les Vosges, ce qui nous vaut quelques jolies scènes. La Lorraine entre dans les "années folles", mais elle cultive ses différences : l'alcool de mirabelle est toujours distillé à l'ancienne, le cochon est rituellement saigné, le bois coupé dans les montagnes est acheminé par traîneau, et Metz et Nancy continuent de nourrir leur vieille rivalité. L'industrialisation progresse, tandis que le petit artisanat et l'agriculture déclinent. Remarquablement monté, assorti de commentaires en parfaite harmonie avec les images d'époque, ce documentaire de vingt-six minutes présente une Lorraine épanouie qui refuse de croire à l'imminence de la guerre. JEAN JACQUES BARBERIS 0 DÉPÊCHES DOUANES : le nombre des saisies de drogues dans les régions du Nord-Pas-de-Calais et de Picardie a augmenté de 347 % au premier semestre 98. Le nombre des saisies de drogues par les services de douanes dans les régions du Nord-Pas-de-Calais et de Picardie a augmenté de 347 % au premier semestre 98, comparé aux chiffres enregistrés durant la même période de 97. Ramene au volume de drogue saisi, cette augmentation se chiffre à 11 %. 0 Fin de l'occupation par les sans-papiers de la nonciature apostolique LES SANS-PAPIERS ont quitté, samedi 8 août, la nonciature apostolique de Paris, après une semaine d'occupation. Les trois sans-papiers et les cinq militants associatifs qui les accompagnaient ont mis fin à leur mouvement, après avoir reçu l'assurance que les dossiers des dix-sept anciens occupants de l'église Saint-Bernard seraient réexaminés. Dès leur sortie de la représentation diplomatique du Vatican, les trois sans-papiers ont été reçus place Beauvau afin de passer en revue les dossiers. Sur les 269 personnes qui avaient occupé, à l'été 96, l'église du e arrondissement, 223 ont été régularisées. Vingt autres ont été reconduits à la frontière. Dix personnes, frappées d'une interdiction du territoire, en attendent le relèvement ou la grâce, et quinze autres, considérées comme ne remplissant pas les critères de la régularisation, ont reçu une invitation à quitter la France. Le dernier, ancien gréviste de la faim, a reçu une autorisation provisoire de séjour en raison de son état de santé. 0 La Mutualité réclame une réforme plus rapide du système de santé BEZAT JEAN MICHEL L'UN DES PRINCIPAUX acteurs sociaux favorables au plan Juppé de réforme de la Sécurité sociale, la Fédération nationale de la mutualité française, ne cesse, depuis des mois, de manifester son impatience. Son président, Jean-Pierre Davant, vient d'en donner un nouveau signe. "Force est de constater que, malgré la réforme Juppé, le système d'offre de soins en France n'a pas été modifié en profondeur, déclare-t-il dans un entretien publié par Les Echos lundi 10 août. Il n'y a pas eu d'amélioration des prestations pour les assurés, les pratiques des médecins libéraux n'ont pas évolué." Le président de la première organisation sociale française (vingt-cinq millions de personnes couvertes) invite le gouvernement à "arrêter de ``bidouiller`` les dispositifs seulement et en fonction des intérêts des professions de santé, auxquelles, d'ailleurs, on ne demande jamais de rendre des comptes". Il lui demande d' "en finir avec une logique qui ignore les besoins des patients, la qualité des soins". Sceptique sur les "états généraux" de la santé, programmés pour la fin de l'année, il juge que ces réunions devront être "centrées sur les besoins des Français", faute de quoi elles "tourneront à la grande foire des corporatismes médicaux". La Mutualité juge que la mise en place de la couverture maladie universelle, qui doit faire l'objet d'un projet de loi à la fin de l'année, est urgente. Elle doit concerner les 13 % de Français qui n'ont pas d'assurance-maladie complémentaire. Jean-Claude Boulard, député (PS) de la Sarthe, a mené une concertation avec tous les acteurs (associations, élus locaux, mutuelles, assureurs), et il devrait remettre prochainement ses conclusions à Martine Aubry, ministre de la solidarité. LE RAPPORT MALINVAUD CONTESTÉ Enfin, le président de la Mutualité conteste les conclusions d'Edmond Malinvaud, qui souligne les dangers d'une extension de l'assiette des cotisations à la valeur ajoutée et préconise une baisse des charges patronales sur les bas salaires (Le Monde du 6 août). La Mutualité souhaite un élargissement de cette assiette à d'autres éléments que les salaires, comme le prévoyait le plan Juppé. M. Davant rappelle que Mme Aubry a bien fait, selon lui, de réformer les cotisations des salariés; "pourquoi ne le ferait-on pas ?", demande-t-il, pour la part patronale. C'est aussi l'avis de L'Humanité qui, dans son édition du 10 août, ressort le rapport qui avait été commandé par Alain Juppé à Jean-François Chadelat, inspecteur général des affaires sociales. Ce rapport finalement remis à Lionel Jospin en juin 97 plaidait pour une modulation des cotisations sociales en fonction d'un rapport masse salariale/valeur ajoutée, afin de réduire le coût du travail des entreprises à forte main-d'oeuvre. Sur ce point, FO se félicite, au contraire, des conclusions du rapport Malinvaud. Une telle réforme "conduirait non seulement à transformer la cotisation en impôt mais aussi à pénaliser les entreprises dites d'avenir", note-t-elle. En revanche, Force ouvrière critique l'idée d'une baisse "à titre définitif" des cotisations sur les bas salaires suggérée par M. Malinvaud, estimant que l'argument en matière d'emploi est "plus subjectif que fondé". JEAN-MICHEL BEZAT 0 DÉPÊCHES AGRICULTURE : deux nouveaux cas de "vache folle" ont été découverts dans l'Aisne et le Finistère. Deux nouveaux cas de "vache folle" ont été découverts dans l'Aisne et le Finistère, a annoncé lundi 10 août le ministère de l'agriculture et de la pêche. Il s'agit des 39e et 40e cas répertoriés depuis 90. La totalité des animaux des troupaux a été détruite. 0 DÉPÊCHES JUSTICE : le détenu allemand évadé de l'hôpital psychiatrique de Prémontré a été interpellé et écroué. Le détenu allemand qui s'était évadé lundi 3 août de l'hôpital psychiatrique français de Prémontré a été interpellé, vendredi 7 août, en Allemagne et écroué à la prison de Sarrebruck. 0 Un faux détournement d'avion a mobilisé Moscou pendant six heures SHIHAB SOPHIE MOSCOU de notre correspondante Des "pirates de papier" ont provoqué une panique réelle, dimanche 9 août en Russie. Peu avant midi, un Tupolev-154 se pose à l'aéroport de Domodiedovo, au sud-est de Moscou. Mais il est tout de suite dirigé en fond de piste, avec ses quatre-vingt-dix-sept passagers venant d'Irkoutsk. D'importantes forces de sécurité entourent l'aéroport, l'unité spéciale antiterroriste Alpha prend position. L'information se répand, via le pilote, que des terroristes à bord exigent une rançon de 100 000 dollars et du carburant pour se rendre dans un pays non précisé. Sinon, ils menacent de faire sauter l'appareil. Six heures durant, les agences crépitent et les informations télévisées ouvrent sur les dernières nouvelles du front : "au moins" deux pirates se trouvent à bord, annonce le ministère de l'intérieur. Des négociations se déroulent, des sacs contenant l'argent sont préparés. Puis, premier soulagement : les pirates ont laissé descendre les femmes et les enfants. Enfin, on apprend que "tous les passagers ont été libérés sains et saufs". Mais la réalité, qui perce peu à peu sous des communiqués de moins en moins cohérents, serait tout autre. L'agence officieuse Interfax croit savoir qu'au moment où le Tupolev survolait la ville de Perm, dans l'Oural, l'hôtesse de l'air découvrait, jeté sur le sol du couloir de la première classe, une feuille avec les exigences des "pirates", écrites à la main... C'est ce morceau de papier, transmis au commandant, qui a mobilisé toute la journée l'ensemble des forces d'élite de la capitale. Et donné du grain à moudre aux médias, en ces temps de basses-eaux où le président Eltsine est en vacances et où les mineurs non payés ont cessé de bloquer les voies de chemin de fer. Les étranges "terroristes de papier" n'étaient toujours pas retrouvés lundi matin. Les hommes ont dû, selon les forces de l'ordre, se soumettre à un examen graphologique... mais pas les femmes. Etrange ségrégation, alors même qu'un film vient d'être tourné en Russie sur un détournement d'avion organisé à la fin des années 80 par une mère de famille. Dernier en date de tels détournements : le 10 décembre 97, un retraité lassé d'attendre son logement prit en otages 140 passagers à Moscou avec en guise de bombe une pierre enveloppée dans des chiffons. Les forces d'élite parvinrent à le "maîtriser sans effusion de sang". SOPHIE SHIHAB 0 DÉPÊCHES MONTAGNE : trois personnes sont mortes et une autre a été blessée en montagne. Trois personnes sont mortes et une autre a été blessée en montagne, samedi 8 et dimanche 9 août. Un spéléologue grenoblois a été grièvement blessé dans le massif de la Croix-des-Têtes (Savoie). Un touriste âgé de 65 ans et originaire du Mans (Sarthe) a trouvé la mort dans les gorges du Verdon (Isère). Un guide de montagne de Chamonix, âgé de 26 ans, et un alpiniste allemand se sont tués au cours de deux accidents distincts sur des massifs alpins, côté italien. 0 DÉPÊCHES BRITISH AIRWAYS : la compagnie aérienne britannique a mis en vente deux millions de billets à prix réduits. La compagnie aérienne britannique a mis en vente, samedi 8 et dimanche 9 août, deux millions de billets à prix réduits alors qu'elle enregistre, au premier semestre 98, une baisse de 34,1 % de son bénéfice imposable qui atteint 145 millions de livres (1,4 milliard de francs). En outre, selon le Sunday Times, British Airways devrait annoncer en septembre une commande de plus de 100 moyen-courriers Airbus et 34 Boeing 777 long- courriers. 0 DÉPÊCHES DANONE veut créer avec l'allemand Gerresheimer Glas une "société commune européenne" dans le domaine des verres d'emballage. Le groupe agroalimentaire français veut créer avec l'allemand Gerresheimer Glas, filiale du groupe diversifié VIAG, une "société commune européenne" dans le domaine des verres d'emballage, a annoncé, lundi 10 août, la firme allemande. 0 DÉPÊCHES BELL ATLANTIC : le syndicat Communication Workers of America a appelé les 73 000 employés à cesser le travail. Le syndicat Communication Workers of America a appelé, dimanche 9 août, les 73 000 employés de Bell Atlantic, la première compagnie régionale de téléphone aux Etats-Unis, à cesser le travail après l'échec de négociations sur un nouveau contrat de travail. Le syndicat International Brotherhood of Electrical Workers a pour sa part décidé de ne pas appeler à la grève. 0 DÉPÊCHES BASKET-BALL : la Yougoslavie a conquis son quatrième titre de championne du monde. La Yougoslavie a conquis son quatrième titre de championne du monde, dimanche 9 août, à Athènes (Grèce), en battant la Russie (64-62). Longtemps menés au score, les Yougoslaves ont fait la différence dans les dernières secondes grâce à deux lancers francs inscrits par Zeljko Rebraca. 0 Pékin intervient pour contrer la spéculation sur la devise chinoise La faiblesse du yen japonais alimente la rumeur d'une dévaluation du yuan DELHOMMAIS PIERRE ANTOINE LES TENSIONS persistent sur les marchés financiers asiatiques. Lundi 10 août, à Tokyo, la monnaie japonaise poursuivait son recul, tombant jusqu'à 146,64 yens pour 1 dollar, proche de ses plus bas niveaux depuis huit ans face au billet vert. La Bourse nippone, de son côté, s'est repliée de 1,28 %. Les opérateurs n'ont guère été rassurés par la déclaration de politique générale prononcée à la veille du week-end par le nouveau premier ministre Keizo Obuchi. Les marchés ont déploré le manque d'audace du programme : ils auraient souhaité une rupture radicale avec les politiques économiques mises en oeuvre par les prédécesseurs de M. Obuchi : ils craignent de surcroît que les réformes annoncées ne soient que partiellement et tardivement appliquées. L'accès de faiblesse du yen a pour conséquence de mettre sous pression les autres devises de la région. Vendredi, le Vietnam a procédé à une dévaluation de 7 % du dong. Mais c'est surtout le sort du yuan chinois qui inquiète aujourd'hui. La Banque populaire de Chine a dû intervenir, lundi matin 10 août, sur les marchés, pour contrer les attaques spéculatives lancées contre le yuan. Elle était tombée, vendredi, sur le marché officieux de Shanghaï, jusqu'à 9,2 yuans pour 1 dollar, son cours le plus faible depuis cinq ans face au billet vert, soit aussi 9 % de moins que son niveau officiel. Victimes d'une perte de compétitivité liée aux dévaluations en cascade des devises d'Asie du Sud-Est depuis un an, les exportations chinoises n'ont augmenté que de 7,6 % au premier semestre, contre 22,6 % pour la même période de 97. Le taux de croissance de l'économie chinoise s'est établi à 7 % au premier semestre, en deçà de l'objectif gouvernemental de 8 % pour l'ensemble de l'année. Le repli du yen aggrave encore ces difficultés, près de 20 % des exportations chinoises étant destinées au Japon. PÔLE DE STABILITÉ A l'issue d'un entretien avec le nouveau ministre japonais des affaires étrangères, Masahiko Komura, le président chinois Jiang Zemin a demandé dimanche au Japon de stabiliser ses marchés financiers, tout en réaffirmant la détermination de Pékin de ne pas dévaluer sa devise. Les opérateurs s'interrogent pourtant sur la capacité et la détermination des autorités chinoises à maintenir inchangée la parité du yuan vis-à-vis du dollar. Leurs doutes sont accrus par les informations faisant état d'un vif débat, au sein même du gouvernement, sur la stratégie monétaire à suivre. Vendredi, un porte-parole de la banque centrale a démenti la rumeur selon laquelle son gouverneur Dai Xianglong aurait pris position en faveur d'une légère dévaluation. Lundi, la presse sud-coréenne indiquait que le gouvernement de Séoul préparait d'ores et déjà un plan pour faire face à une telle hypothèse. Jugeant que la Chine aurait trop à perdre sur le plan économique et surtout sur le plan politique, les experts de SG Securities Singapore (groupe Société générale) estiment que le scénario d'une dévaluation du yuan est peu probable au cours des douze prochains mois. En maintenant la parité de sa devise alors que tous les autres pays de la région voyaient leur propre monnaie s'effondrer, la Chine a réussi à s'imposer, en Occident, comme le pôle de stabilité monétaire en Asie. Lors de sa visite en Chine, au début de juillet, le président américain Bill Clinton avait loué publiquement la fermeté monétaire affichée par Pékin. La Maison Blanche craint qu'une dévaluation du yuan ne creuse encore l'important déficit commercial des Etats-Unis vis-à-vis de la Chine. Et qu'une chute de la monnaie chinoise n'entraîne toute la région asiatique dans une nouvelle spirale dévaluationniste, n'aggrave la récession économique dans cette zone, et ce alors même que l'économie américaine commence à montrer des signes de ralentissement. PIERRE-ANTOINE DELHOMMAIS 0 PEKIN INTERVIENT POUR CONTRER LA SPECULATION SUR LA DEVISE CHINOISE "Boursicoteurs de tous les pays, unissez-vous !" DERON FRANCIS RIEN n'est plus aléatoire que la notion de subversion dans la transition d'un régime autoritaire à... un autre. Voilà bientôt dix ans, les étudiants chinois de la place Tiananmen narguaient leur gouvernement communiste avec l'Internationale pour le plaisir de chanter "Il n'est pas de Sauveur suprême" ce qui procura à l'étranger l'impression erronée qu'ils se plaçaient effectivement sous la bannière rouge des héritiers de Marx et Lénine. Aujourd'hui, nous apprend l'AFP, une manifestation de mécontents d'un genre très particulier embarrasse fort le même gouvernement de Pékin : une centaine de boursicoteurs chinois disent avoir été bernés par un homme d'affaires américain originaire de Taïwan qui les avait convaincus d'investir, à travers sa propre firme, sur les marchés à terme du capitalisme chinois renaissant. Or, vers quelle instance de recours ces investisseurs floués se sont-ils retournés ? Très naturellement, vers le comité central du Parti communiste chinois, en se rassemblant, mercredi 5 août, devant son siège, la résidence Zhongnanhai, saint des saints du pouvoir, à proximité immédiate de la Cité interdite. Les plaignants affirment n'avoir jamais vu la couleur du moindre dividende provenant de leur placement, et accusent l'homme d'affaires, un certain Michael Ni, d'avoir quitté la Chine, le 1er août jour anniversaire de l'Armée populaire de libération !, en emportant leurs précieuses économies. L'importance des sommes en jeu donne une idée des progrès accomplis depuis Tiananmen, au moins du point de vue de l'épargnant. Celui-ci, voici dix ans, se contentait de conserver quelques liasses de billets de banque dans une pile de linge au fond de l'armoire. Aujourd'hui, il participe à des opérations comme celle offerte par ce Michael Ni, qui avait placé la barre minimale de l'investissement individuel à une somme équivalant à 36 000 francs par mise de fond dans sa firme, baptisée Xinguo Daqihuo. Un millier de ces épargnants dupés ont donc défilé depuis les locaux de la firme en question jusqu'à Zhongnanhai, à pied, en voiture et à bicyclette, jusqu'à ce que le cortège soit bloqué par un important dispositif policier. On ne manifeste pas sur la voie publique dans les parages de la toute-puissante direction chinoise, qui s'abrite derrière des vantaux aveugles, ornés de slogans en grands caractères blancs sur fond rouge proclamant une indéfectible foi dans "le glorieux Parti communiste chinois". Fait aggravant, l'un des organisateurs de la manifestation avait alerté les médias étrangers. Le dispositif policier en fut maintenu bien longtemps après le départ des manifestants, qui se dispersèrent en début d'après-midi après un face-à-face d'une heure avec les forces de l'ordre. Les autorités chinoises ont appris à jouer de la patience face à des rassemblements publics désormais fréquents. La retenue policière est moins étendue quand les protestataires sont des représentants de la "classe ouvrière" qui reste, au terme de la Constitution communiste, "le maître du pays". FRANCIS DERON L'alpiniste français Eric Escoffier porté disparu dans l'Himalaya ÉRIC ESCOFFIER et sa compagne de cordée, Pascale Bessière, sont portés disparus depuis le 29 juillet sur les pentes du Broad Peak, un sommet de 8 047 mètres situé dans la chaîne himalayenne du Karakorum, au Pakistan. Il reste peu d'espoir de retrouver vivants les deux grimpeurs, vus pour la dernière fois à 7 800 mètres d'altitude, sur la crête qui mène au sommet. Auteur de premières remarquées dans les Alpes, devenu un spécialiste des enchaînements des voies les plus difficiles du massif, Eric Escoffier avait aussi gravi cinq pics himalayens de plus de 8 000 mètres. Son brillant palmarès avait été interrompu en 87 par un accident de voiture qui le laissa partiellement hémiplégique. Surmontant son handicap, il avait recommencé, depuis 96, à enchaîner l'ascension des sommets les plus élevés du globe. Lire page 12 Le "Shelltanat" de Bruneï connaît ses premiers déboires POMONTI JEAN CLAUDE BANGKOK de notre correspondant régional Niché sur la côte septentrionale de l'île de Bornéo, le petit sultanat de Bruneï Darussalam symbolise la prospérité liée à la manne pétrolière : de fabuleuses réserves d'hydrocarbures; des dômes dorés de mosquées dominant la forêt tropicale; des réjouissances inouïes lors des anniversaires de Muda Hassanal Bolkiah, vingt- neuvième roi d'une dynastie vieille de cinq siècles, monarque islamique et l'un des hommes les plus riches de la planète; l'un des revenus par tête les plus élevés d'Asie, une voiture pour deux habitants, enseignement et soins gratuits, aides au logement et prêts à la consommation. En prime peu appréciée, l'interdiction drastique de l'alcool... A Bruneï, l'Etat emploie la moitié des près de trois cent mille habitants et la Royal Dutch Shell pratiquement le reste, à elle seule ce qui vaut au sultanat son surnom de "Shelltanat". Or, pour la première fois, quelques nuages apparaissent à l'horizon. En fuite à l'étranger, l'un des frères du sultan, le prince Jefri Bolkiah, a été limogé du ministère des finances qu'il dirigeait depuis des années, et de la direction d'Amedeo, conglomérat chargé d'investir à l'étranger une bonne partie des recettes du sultanat. La raison : un trou de près de 100 millions de francs a été découvert dans les comptes d'Amedeo, dont la gestion a été provisoirement confiée à deux consultants internationaux. L'effondrement d'Amadeo a provoqué le départ de plus de vingt mille étrangers expatriés, qui se sont retrouvés sans emploi. Le prince Jefri a également perdu les directions des télécommunications et de la BIA (Bruneï Investment Agency), gestionnaire de quelque 360 milliards de francs d'investissements et propriétaire, entre autres, d'hôtels aussi prestigieux que le Plaza Athénée à Paris. En outre, depuis le début de l'année, les recettes du pétrole, qui représentent la moitié de celles de l'Etat de Bruneï, ont chuté de 40 %. Enfin, la crise asiatique finit par avoir des effets sur cet eldorado : le dollar local, toujours lié à son cousin singapourien, a chuté de % en l'espace d'un an. Depuis quelques années, le sultan Hassanal Bolkiah songe à diversifier une économie construite sur des puits de pétrole et de gaz. Au rythme actuel d'exploitation, les réserves d'hydrocarbures seront épuisées dans un délai de vingt à trente ans, soit celui d'une génération. Le sultan veut transformer son petit territoire l'équivalent de la superficie et de la population de l'Ardèche en un centre de services, en dépit de la concurrence de Singapour et de Hongkong. Ces récentes difficultés vont donc le contraindre à introduire davantage de transparence dans ses comptes, ne serait- ce que pour satisfaire les créanciers d'Amadeo. Car les dernières élections sont ici un lointain souvenir : elles ont eu lieu en 1962, vingt-deux ans avant l'indépendance ! Bruneï illustre encore la devise des monarques absolus, "l'Etat, c'est moi" : le sultan est également premier ministre et, depuis peu, ministre des finances; aucune distinction publique n'est faite entre les finances de l'Etat et celles de la famille royale. La récession aidant, Hassanal Bolkiah, l'un des derniers autocrates de la région, va donc devoir modifier ses habitudes. Pour l'heure, il a commencé par demander à ses sujets de se serrer un peu la ceinture... JEAN-CLAUDE POMONTI Grenoble et son eau LE TRIBUNAL administratif de Grenoble a donné raison, vendredi 7 août, à Raymond Avrillier, adjoint écologiste au maire socialiste, qui contestait la renégociation du contrat avec la Lyonnaise des eaux conduite par le maire, Michel Destot (PS). Pour M. Avrillier, qui avait été le principal artisan de la chute d'Alain Carignon (RPR), condamné pour corruption, le "corrupteur", c'est-à dire la Lyonnaise des eaux, ne doit plus être le partenaire de la ville. M. Destot met en avant le montant entre 200 millions et 400 millions de francs des indemnités que Grenoble devrait verser à la Lyonnaise s'il dénonçait purement et simplement le contrat signé en 89 par M. Carignon. Lire page 5 Mme Aubry et les médecins : l'épreuve de vérité BEZAT JEAN MICHEL LES EXPERTS en météorologie sociale sont presque unanimes : il y a un avis de gros temps, à la rentrée, sur le système de santé. Les dépenses dérapent, la majorité des syndicats de médecins demeurent farouchement hostiles à tout encadrement économique de l'activité des praticiens, et l'annulation, par le Conseil d'Etat, des conventions liant les généralistes et les spécialistes à la Sécurité sociale laisse un vide qu'il va falloir combler avant la mi-novembre. Comme le préfigurent les discussions à couteaux tirés avec les radiologues, les relations entre le gouvernement et le corps médical si lourdes d'ambiguïtés ces derniers mois vont entrer, à l'automne, dans une zone de turbulences. Martine Aubry, qui a cherché pendant un an à ramener les médecins à la raison et à la table des négociations, n'a-t- elle pas investi à fonds perdus ? Claude Maffioli, président de la CSMF, la première organisation de médecins libéraux, a beau créditer Mme Aubry d'un sens du dialogue qu'il n'avait pas trouvé chez Alain Juppé, il ne cache pas que la rentrée sera marquée par une "épreuve de vérité" avec le gouvernement (Le Monde du 5 août). Elle portera, une fois de plus, sur la maîtrise des dépenses de santé et, plus précisément, sur ce que Mme Aubry a appelé une "clause de sauvegarde", qui n'est rien d'autre qu'un mécanisme de réduction du revenu des médecins en cas de dépassement des objectifs de dépenses d'assurance-maladie votés par le Parlement. On voit mal les syndicats médicaux hostiles au plan Juppé de réforme de la Sécurité sociale accepter de la gauche ce qu'ils ont refusé à la droite. Le retour de Gilles Johanet à la direction de la Caisse nationale d'assurance-maladie (CNAM) confirme l'intention du gouvernement de siffler la fin de la "récréation", qui a eu les conséquences que l'on sait : une progression de 3,4 % des dépenses de médecine de ville au cours des cinq premiers mois de 98. M. Johanet a demandé à Mme Aubry de lui laisser une grande marge de manoeuvre, notamment pour passer tous les biens et les services médicaux au crible du seul critère qui vaille : le service médical rendu. En se fondant sur les études menées en 92 par les médecins conseils de la "Sécu", M. Johanet estime que 20 % des dépenses sont "médicalement inutiles" et que la "Sécu" pourrait récupérer 100 milliards de francs. Il en va, selon lui, de la "survie" à cinq ans du système d'assurance-maladie et de santé. Avec les 2,7 milliards de francs d'économies que le gouvernement vient de réclamer à l'industrie pharmaceutique, aux radiologues, aux biologistes et aux dentistes, on est loin du compte. Ce plan n'en ouvre pas moins des perspectives, puisqu'il applique, sur certains points au moins, ce critère de l'utilité médicale, notamment pour les médicaments. Le gouvernement vient, par exemple, de décider que, dans les trois ans à venir, les 6 000 médicaments vendus en pharmacie feront l'objet d'une expertise, prélude au déremboursement des produits dont l'efficacité thérapeutique est douteuse. Pour M. Johanet, il faudra soumettre tous les actes médicaux à évaluation (cardiologie, biologie, radiologie...) tout en réduisant l'offre de soins (hôpitaux, cliniques, laboratoires de biologie, cabinets de spécialistes, etc.). Que de temps perdu, pourtant, depuis juin 97 ! N'en déplaise à Martine Aubry, les douze derniers mois ont été marqués par un relâchement dans la gestion du risque maladie. Comme si la gauche était prisonnière des réactions ambiguës qu'elle avait exprimées à l'annonce du plan Juppé, en novembre 95, qui s'inspirait de réflexions d'experts du PS, de la CFDT et de la Mutualité française. Laurent Fabius ou Claude Evin n'applaudissaient-ils pas la volonté enfin affichée par la droite de maîtriser les dépenses de soins ? Bernard Kouchner, désormais secrétaire d'Etat à la santé, n'approuvait-il pas ce "plan ambitieux et hardi" ? L'actuel conseiller social de M. Jospin ne signait-il pas, dans la revue Esprit, un appel d'experts en faveur de cette réforme ? M. Juppé est fondé à reprocher à son successeur d'avoir "entretenu une ambiguïté ravageuse sur la nécessité ou non de mettre en place une maîtrise des dépenses d'assurance-maladie durable" (Le Figaro du 3 juillet). Mais en bons gestionnaires du calendrier des réformes, ils se sont aussi dégagé l'horizon pour se consacrer à la lutte contre le chômage. Et en bons politiques, ils ont cherché à capitaliser à leur profit, momentanément et sans trop d'illusions, le désamour des médecins pour la droite. Le gouvernement a donc donné plusieurs signes d'ouverture aux médecins. Il a, notamment, légèrement desserré l'étau financier en 98. Tout en réitérant son souci de réguler les dépenses de santé, Mme Aubry a récusé toute "maîtrise comptable", reprenant ainsi la phraséologie des adversaires du plan Juppé; tout en approuvant les principes de ce plan, elle a regretté que la majorité précédente ne se soit pas dotée des outils nécessaires à son application. L'incompréhension a été d'autant plus grande que Mme Aubry a mis en oeuvre, parfois de façon volontariste, des points essentiels du plan de M. Juppé : transfert de la cotisation maladie des salariés sur la contribution sociale généralisée, création d'une couverture maladie universelle en faveur des foyers modestes, qui doit faire l'objet d'un projet de loi à l'automne. DÉRIVE DES DÉPENSES Sans doute M. Jospin et Mme Aubry ont-ils sincèrement essayé de renouer les fils du dialogue avec le corps médical, là où M. Juppé n'avait laissé qu'incompréhension et hostilité. A ce jeu, le gouvernement a gagné du temps, pas la confiance des professions de santé. Il a ébranlé la position de la CFDT, qui avait pris la présidence de la CNAM à FO en 96 pour mettre en oeuvre le plan Juppé, et qui affiche aujourd'hui un bilan médiocre. Il a fragilisé le syndicat de généralistes MG-France, ouvert aux réformes, et renforcé les organisations les plus radicales, comme le Syndicat des médecins libéraux. Enfin, il a rendu impossible, en raison de la dérive des dépenses, tout véritable allègement de la tutelle de l'Etat sur l'assurance-maladie, et donné des arguments à ceux qui, au sein du CNPF, prônent un désengagement de la "Sécu" et la privatisation du système. Des organisations de praticiens libéraux, déboussolées par le plan Juppé, ont mis à profit cet intermède d'un an pour radicaliser leurs projets et se livrer à une surenchère libérale, comme la mise en concurrence de la "Sécu" avec les assurances privées proposée par la Confédération des syndicats médicaux français. Un autre risque menace le gouvernement : la croissance retrouvée, et le léger surplus de recettes qu'elle apporte à la "Sécu", qui pourrait l'inciter à différer les réformes. Enfin, les états généraux de la santé prévus pour la fin de l'année premier exercice de "démocratie sanitaire", selon le gouvernement devront éviter deux écueils : trop encadrés, ils se transformeront en une grand-messe inutile; mal préparés, ils se transformeront en une grande foire de la démagogie et du corporatisme. JEAN-MICHEL BEZAT Le triomphe de Katia Angela Denoke DEPUIS un premier succès en 1997 dans le rôle de Marie, du Wozzeck de Berg, et deux ans après ses débuts, la soprano allemande Angela Denoke est aujourd'hui l'une des chanteuses les plus célébrées du Festival de Salzbourg. Sous la conduite du chef Sylvain Cambreling et du metteur en scène Christoph Marthaler, elle vient d'y faire triompher Katia Kabanova, l'opéra de Leos Janacek. DOC : texte accompagné d'un dessin de Taraskoff TELEVISION L'écume d'une légende Arte, mardi 11 août, 21 h 45 CADET VALERIE ENTRE l'eau et le ciel, sous le soleil approximativement, cette Thema "Surfers et rebelles" zigzague entre les différentes façons de saisir et d'exalter la vague pour mieux s'en sortir, ou simplement s'offrir un mirage de liberté : équilibristes de génie et marginaux au petit pied pressés en grappe sur les rouleaux d'Hossegor (jeux humoresques d'En attendant la vague, de Guy Girard), ou gamins réchappés des griffes de la mafia de la drogue qui sévit dans les favelas de Rio (Surfavela, de Joaquim Pinto). En ouverture, pièce majeure de la soirée, un documentaire d'Ovidio Andrew Salazar. A la recherche de "Da Cat" est de ces films, sophistiqués et excitants, qui se conjuguent au plus-que-parfait du subjectif. Libre mélange de styles et de tons. Road movie, polar, confession, quête, facétie. Le tout trempé de bluff, de poésie et de lyrisme déjanté, d'ironie et de nostalgie du paradis perdu; et même de cette pointe de vulgarité comme pied de nez au sérieux de l'affaire : retrouver la figure légendaire du surf, l'un des pionniers du genre à l'aube des années 50, Mickey Dora. "Da Cat", le félin de la planche, a disparu un jour de l'horizon de Malibu; ni au bout du rouleau ni au creux de la vague, mais au sommet exactement; à l'apogée de l'influence qu'il exerçait sur toute une génération de jeunes rebelles au "système" travail, famille, consommation. Etats-Unis, France, Afrique du Sud : Da Cat ou la saveur de l'éclipse. Un must dans l'art improbable d'être réellement libre et de se rendre invisible. Comme beaucoup d'autres aficionados avant lui, Salazar faséie d'informateurs véreux en témoins aléatoires ou véridiques. Complices d'hier, marginaux débrouillards, artistes récupérateurs des chromos de la beatnik generation ou reconvertis aux loisirs du jour, la garde rapprochée du Prince de la vague intelligent, cultivé, ténébreux, provocateur serre manifestement les rangs autour du mythe. Quelques repères, contradictoires, pour la bonne tenue de la fiction et, au bout du compte, le vague argument d'une clause de confidentialité. Histoire d'un insoumis, d'une sorte de prophète gourou allergique à la grande anarque de la vie, donc anarqueur de première. Jubilatoire. VALERIE CADET DOC : avec photo Attentats anti-américains : la piste islamiste Une mystérieuse "Armée islamique pour la libération des lieux saints musulmans" revendique les attentats de Nairobi et Dar es-Saalam Les explosions à la voiture piégée ont fait au moins une cinquantaine de morts Le président Clinton a dénoncé des actes "répugnants" UNE MYSTÉRIEUSE "Armée islamique pour la libération des lieux saints musulmans" a revendiqué les deux attentats anti-américains qui, vendredi 7 aôut, au Kenya et en Tanzanie, ont fait près d'une cinquantaine de morts et des centaines de blessés. La revendication a été formulée dans des appels téléphoniques qu'un interlocuteur anonyme a adressés au bureau du Caire du quotidien saoudien Al Hayat et à une agence de presse internationale à Dubaï, dans l'Etat des Emirats arabes unis. C'est la première fois que ce nom apparaît dans la nébuleuse des organisations et groupuscules qui, ces vingt dernières années, ont pratiqué le terrorisme au nom de l'islam extrémiste. L'interlocuteur n'a fourni aucune précision sur les éventuelles exigences de cette organisation. Les autorités américaines n'avaient pas encore commenté cette revendication samedi; elles se sont déclarées prêtes à étudier et suivre toutes les pistes possibles. Le bilan des morts pourrait encore s'alourdir; des sources hospitalières parlent d'une centaine de morts. Le président Bill Clinton a promis de traquer partout dans le monde les auteurs d'actes qu'il a qualifiés de "répugnants et inhumains". Les attentats ont frappé de façon quasi simultanée les ambassades américaines à Nairobi et Dar es-Salaam, deux capitales de pays qui, en Afrique de l'est, ont les meilleures relations avec Washington. A Nairobi, où l'attentat a dévasté tout un quartier, les autorités ont déclaré cinq jours de deuil et, dans les décombres, les recherches se poursuivaient samedi. DOC: avec dessin de Plantu TELEVISION DOSSIER Rendez-vous sous les étoiles Vendredi 14 août, à partir de 22 h 55, France 2 consacre trois heures d'antenne à la huitième édition de la "Nuit des Etoiles". Le spectacle se tiendra aussi à ciel ouvert, en France et à l'étranger, dans quelque 200 lieux sélectionnés par des clubs d'astronomie CORNU FRANCIS DANS un immeuble bourgeois du 16e arrondissement de Paris siège la respectable Société astronomique de France (SAF), qui, avec l'Association française d'astronomie (AFA) et l'Association nationale sciences techniques jeunesse (ANSTJ), est l'un des piliers de la "Nuit des Etoiles". Une constellation de cinq cents clubs ou associations spécialisés est mobilisée, le 14 août, pour animer deux cents sites d'observation dans tout l'Hexagone et à l'étranger. Quatre-vingt mille curieux avaient répondu à l'appel en 97, sans compter quelque 2,5 millions de téléspectateurs... Cette opération d'envergure, orchestrée par la télévision, est à la mesure de l'expérience de la société, qui demeure fidèle à l'esprit missionnaire de son fondateur (en 87), Camille Flammarion, savant de légende et auteur d'une fameuse Astronomie populaire, tirée à cent mille exemplaires par son frère éditeur : vulgariser, diffuser les connaissances, partager. Mais qu'y a-t- il de commun entre la SAF et la plupart des petits clubs qui participent à la "Nuit" ? Parmi ses 2 500 adhérents, dont 400 étrangers, la SAF compte quatre-vingts professionnels de l'astronomie ou des sciences qui s'y rapportent (Louis Leprince- Ringuet, "de l'Académie française", pionnier de l'étude des rayons cosmiques, en fut membre pendant soixante ans). Elle dispose de l'observatoire de la Sorbonne et de la lunette "amateur" la plus puissante de France. Elle possède un atelier de fabrication d'instruments et de taille de miroirs, ainsi qu'une bibliothèque de 7 000 ouvrages et un réseau spécial d'information sur Minitel, doublé désormais par Internet. Son budget, essentiellement alimenté par les cotisations des sociétaires, s'élève de 1,5 à 2 millions de francs, selon les années. Si elle donne des cours d'initiation, c'est à l'astrophysique et à la physique des particules, la passion de Michel Laurent, vice- président de la Société et médecin à la retraite. "Mais nous avons vraiment des débutants", tient à préciser ce dernier, tout en reconnaissant que nombre d'adhérents sont des "observateurs chevronnés ou des scientifiques de haut niveau", aptes à concourir à diverses grandes expériences internationales. "Le propre de l'astronomie est qu'un amateur, par ses observations, peut contribuer aux travaux des professionnels", souligne Michel Laurent, fier d'indiquer que deux membres de la SAF, Michel Meunier, pilote de ligne, et Philippe Dupouy, employé d'EDF, ont récemment découvert une nouvelle comète qui porte leur nom. Ces "amateurs" bénéficient évidemment d'un matériel perfectionné qui, aujourd'hui, repose sur l'électronique. L'astronome de métier ne travaille plus que sur écran, sur une représentation virtuelle du ciel. "Aussi le professionnel a-t-il de plus en plus besoin de redevenir amateur, assure pourtant Michel Laurent, de se remettre à l'oculaire d'une lunette, pour le plaisir." Retour à une échelle humaine donc, et c'est ce qui unit une institution comme la SAF et une association apparemment située à des années- lumière, le Club astronomique Alix Détente, basé dans une résidence HLM de Pantin et animé par Salem Aounit. Budget annuel : 300 francs, soit le montant des cotisations des cinq membres fondateurs. Mais, pour la première fois, avec l'aide de la mairie, le club va participer à la "Nuit des Etoiles", organiser une conférence et convier le public, sur le stade municipal, à profiter de ses modestes équipements. En 96, Salem Aounit a ajouté l'astronomie aux activités de l'association de quartier musique, danse, informatique, soutien scolaire, destinées à "développer la solidarité" et à éviter les dangers du "désoeuvrement". Ce militant voulait faire connaître un loisir "qui pourrait sembler réservé à une élite". Il confie : "Quand on regarde planètes et étoiles, on découvre une autre dimension. Ça relativise tout. On comprend mieux l'existence. Nous ne sommes rien face à l'univers mais en même temps nous en faisons partie. Nous sommes tous égaux." Et de conclure : "Quand on aime, on veut faire partager." Ces derniers mots sont également ceux de Michel Laurent. Avec le même souci, bien que se trouvant aux antipodes de la planète parisienne, les deux hommes préparent déjà l'événement historique du mercredi 11 août 99 : une éclipse totale de soleil, sur le nord de la France, une première depuis 1724. La nuit en plein midi, pour mieux étudier la plus proche des étoiles. Un rendez-vous dont la télévision ne manquera pas de faire valoir la dimension. FRANCIS CORNU DOC : avec photos et illustration : La carte du ciel le 14 août Une organisation islamiste revendique les deux attentats antiaméricains REPORTAGE Dévastation et horreur au coeur de la capitale kényane L'ambassadrice sort avec du sang sur ses vêtements; le ministre a une plaie à la tête FEDER LEON NAIROBI correspondance Il est 10 h 30 à Nairobi. Une violente déflagration près de l'ambassade des Etats-Unis, suivie d'un nuage de fumée grise, secoue le centre-ville de la capitale kényane alors que l'activité économique bat son plein dans le quartier d'affaires. "Dans mon bureau, situé à plus de trois cents mètres de l'ambassade, nous nous sommes jetés à terre, tellement l'explosion était violente", raconte un homme d'affaires français. La représentation américaine est située au coeur financier et commercial de la capitale kényane, à la jonction de deux artères très passantes, Moi Avenue et Hailé Sélassié Avenue. Seuls quelques mètres séparent l'ambassade des Etats-Unis de la chaussée. Le souffle est si puissant que les vitres des bâtiments sont brisées dans un rayon de plusieurs centaines de mètres. Les trottoirs sont parsemés de verre, et beaucoup de passants sont blessés par les éclats. Un peu partout, il y a des flaques de sang. Dans le parking de l'ambassade, six voitures brûlent. L'une d'entre elles finit de se consumer, à côté d'un cratère dans le bitume. Attentat à la voiture piégée, disent immédiatement les premiers témoins sur place. Les policiers se gardent de tout commentaire. Il faut attendre un communiqué gouvernemental, dans la soirée, pour apprendre officiellement que "les premières investigations montrent qu'il s'agit d'un acte de terrorisme". Trois bâtiments mitoyens sont touchés de plein fouet par l'attentat : le petit immeuble de l'ambassade, la gateway house (un édifice de cinq étages) et le bâtiment de vingt-cinq étages de la Cooperative Bank, qui abrite aussi des institutions gouvernementales. Au moment de l'explosion, l'ambassadrice américaine, Prudence Bushnell, et le ministre kényan du commerce, Joseph Kamotho, sont en réunion dans cet immeuble. Ils sont tous les deux légèrement blessés. L'ambassadrice sort avec du sang sur ses vêtements pour être conduite à l'hôpital; le ministre a une plaie à la tête. UN SPECTACLE DE GUERRE Dans le hurlement des sirènes de l'ambulance et le bruit des hélicoptères de l'armée, la rue offre un spectacle de guerre. Des dizaines de voitures à moitié brûlées ont été abandonnées au milieu de l'avenue. La gateway house, qui abrite une école de secrétariat, s'est écroulée comme un château de cartes. Immédiatement, les employés en costume-cravate qui avaient fui leur bureau reviennent et se transforment en secouristes bénévoles. Ils tentent, avec leurs mains, de déblayer les gravats pour libérer les personnes ensevelies. Ils sont très vite rejoints par les hommes de la Croix-Rouge, puis par des engins de travaux publics. Le président kényan, Daniel arap Moi, se rendra sur les lieux dans l'après-midi pour crier son indignation devant un attentat que l'on ne sait à qui attribuer dans un pays qui n'accueille pas de groupes anti-américains. Trois personnes sont sauvées des décombres, mais les cadavres s'amoncellent. Ils sont entassés dans un camion de la Croix- Rouge, avant d'être emportés. Le bilan provisoire s'élève à plus de 60 morts et un millier de blessés. Toute la façade arrière de l'ambassade des Etats-Unis est en ruine : portes blindées ou tenants de fenêtre métalliques n'ont même pas résisté à l'explosion. Un corps recouvert d'une couverture est sorti sur un brancard par une fenêtre. Les sauveteurs n'ont pas la tâche facile car, pour évacuer les blessés, ils doivent enjamber de nombreux gravats. Les "marines", armés de fusils automatiques et revêtus de gilets pare-balles, ont pris position autour de l'ambassade, dont le personnel a reçu la consigne de rejoindre le quartier américain de Nairobi. Peu après l'explosion, un homme d'origine arabe désigné comme suspect par les "marines" est immédiatement arrêté par la police kényane. LEON FEDER DOC : avec carte "le quartier d'affaires de Nairobi" Une organisation islamiste revendique les deux attentats antiaméricains Quinze ans d'attentats anti-américains Le avril 1983, un attentat à l'explosif détruit une partie de l'ambassade américaine à Beyrouth, faisant 63 morts, dont Américains, et une centaine de blessés. Le 23 octobre 83, un camion suicide explose à l'intérieur d'un bâtiment abritant une caserne de "marines" à Beyrouth, tuant 241 soldats américains. Le 20 septembre 84, une voiture piégée percute une annexe de l'ambassade des Etats-Unis à Awkar, au nord de Beyouth, et fait 24 morts et 96 blessés, dont les ambassadeurs américain et britannique. Le 13 novembre 95, en Arabie saoudite, une voiture piégée explose à Riyad devant un bâtiment de la garde nationale saoudienne, où travaillent des conseillers américains. Cinq Américains, deux Indiens sont tués, et plus d'une soixantaine de personnes blessées. Le 16 juin 96, en Arabie saoudite, une bombe dissimulée dans un camion garé devant la base militaire saoudienne de Khobar, près de Dhahran, tue Américains et fait 386 blessés. Une organisation islamiste revendique les deux attentats antiaméricains La revendication d'un groupe inconnu Le journal saoudien Al Hayat rapporte samedi 8 août, à la une, que son bureau du Caire a reçu vendredi un appel téléphonique anonyme revendiquant les deux attentats au nom de "l'Armée islamique pour la libération des lieux saints musulmans", jusqu'ici inconnue. A Dubaï, aux Emirats arabes unis, un interlocuteur anonyme a appelé une agence de presse internationale et a également revendiqué les deux attentats au nom de la même organisation. Jeudi, le bureau de l'AFP au Caire avait reçu un communiqué du Djihad d'Egypte, daté du 4 août. "L'administration américaine, indiquait ce communiqué, en coordination avec le gouvernement égyptien, a arrêté trois de nos frères dans certains pays d'Europe de l'Est. Nous voulons informer les Américains, laconiquement, que nous avons reçu leur message et que nous sommes en train de préparer la riposte; et nous souhaitons qu'ils en prennent bien conscience, car nous allons l'écrire par l'aide de Dieu, dans le langage qu'ils comprennent." Une organisation islamiste revendique les deux attentats antiaméricains Un drame qui rappelle aux Américains celui contre la base Khobar, en Arabie Saoudite ZECCHINI LAURENT WASHINGTON de notre correspondant Les reportages télévisés répétitifs montrant une Monica Lewinsky s'engouffrant dans une voiture après son audition devant le grand jury ont été brusquement interrompus, vendredi 7 août, par des images qui ont rappelé aux Américains de mauvais souvenirs : les sites des ambassades américaines de Nairobi et Dar es-Salaam, avec immeubles éventrés et blessés couverts de sang, ressemblaient à s'y méprendre à celui des Khobar Towers, cet immeuble de Dhahran, en Arabie saoudite, cible d'un attentat qui avait coûté la vie à soldats américains, le 25 juin 96. Commentant la double action terroriste de vendredi visant des intérêts des Etats-Unis (au moins huit Américains figurent parmi les victimes), Bill Clinton et la secrétaire d'Etat, Madeleine Albright (qui a regagné Washington dans la soirée, écourtant un séjour à Rome), ont employé des termes identiques pour dénoncer une violence "répugnante, lâche et inhumaine", tout en promettant de retrouver et punir coûte que coûte les coupables. Les Etats-Unis ont réagi avec rapidité en dépêchant sur place deux avions transportant une logistique médicale ainsi que des équipes d'enquêteurs du FBI et de la CIA, accompagnés d'experts en explosifs. Ces spécialistes ont été rejoints, à Nairobi, par une quarantaine de "marines" appartenant à la Fleet Anti-Terrorist Security Team, une unité spécialement créée pour répondre à ce type de situation d'urgence. Faute de revendication, les autorités américaines en sont réduites aux conjectures, mais il paraît exclu que ce double attentat soit l'oeuvre d'un complot local visant à punir les Etats-Unis. Il s'agit d'une action "très bien coordonnée et planifiée", a souligné le département d'Etat. Comme toujours en pareil cas, la tentation est grande de pointer du doigt les groupes islamistes, au risque cependant de se fourvoyer, comme ce fut le cas lors de l'attentat d'Oklahoma City, en avril 95. Peu après cette explosion, qui a fait 168 morts, des responsables de l'administration avaient épinglé le "terrorisme proche-oriental", avant de se rétracter. Même réflexe et même erreur en juillet 1996, après la destruction en vol du Boeing-747 de la TWA : des "suspects d'origine arabe" avaient été appréhendés, puis relâchés. Cette fois encore, la "signature" des attentats kényan et tanzanien (des voitures piégées) incite à établir un parallèle avec celui de Khobar, à ce jour inexpliqué, du moins officiellement. Depuis deux ans, les autorités saoudiennes ont fait preuve d'une évidente mauvaise volonté pour associer les agents du FBI à leur enquête. Les indices mènent pourtant irrésistiblement vers une origine iranienne, avec la probable complicité d'opposants saoudiens. Comme toujours en pareil cas, la tentation est grande de pointer du doigt les groupes islamistes Or Riyad ne tenait manifestement pas à fournir à Washington des informations sur l'influence de l'opposition islamiste dans le royaume wahhabite. Mais il y a autre chose : en partie parce que la présence de bases militaires américaines dans le pays a fait grandir un sentiment anti-américain, les autorités saoudiennes ont effectué un spectaculaire rapprochement avec Téhéran, qui n'a d'égal que la reprise d'une forme de dialogue irano-américain. Aujourd'hui, ni les Etats-Unis ni l'Arabie saoudite ne souhaitent ruiner un tel aggiornamento diplomatique en accusant Téhéran d'avoir fomenté l'attentat de Khobar. Officiellement, l'enquête n'est pas close. Pratiquement, le FBI a rapatrié tous ses enquêteurs, sauf un, pour la forme. Il y a un an exactement, le secrétaire à la défense, William Perry, n'hésitait pas à menacer l'Iran d'une action militaire au cas où la responsabilité de Téhéran serait formellement établie. Un tel avertissement n'est plus de mise aujourd'hui. Pourtant, les responsables américains ne se font guère d'illusions quant à la responsabilité de groupes d'origine iranienne dans le terrorisme international. Hasard du calendrier, vendredi, le FBI a fait part aux autorités argentines de sa certitude que des diplomates iraniens ont été mêlés à l'attentat perpétré, en 94, contre un centre juif de Buenos Aires, qui avait fait 86 morts. Les autorités américaines ont, d'autre part, pris très au sérieux les menaces récemment proférées par Ossama Bin Laden, un dissident saoudien qui vit en Afghanistan, où, aux côtés des moudjahiddine, il a participé à la guerre contre l'armée soviétique. Considéré par le département d'Etat comme l'un des principaux commanditaires du terrorisme islamiste à travers le monde (il est, entre autres, le principal suspect dans l'attentat de Khobar), qualifié par Sandy Berger, conseiller de Bill Clinton pour la sécurité nationale, de "terroriste indépendant le plus dangereux du monde", Ossama Bin Laden avait accordé une interview à la chaîne ABC, le 10 juin dernier, dans laquelle il ne faisait pas mystère de son intention de multiplier les attentats contre les intérêts et les citoyens américains. A la suite de cette émission, Washington avait alerté ses ressortissants dans la région du Golfe contre le risque d'une recrudescence d'attentats anti-américains. LAURENT ZECCHINI Une organisation islamiste revendique les deux attentats antiaméricains Le président Bill Clinton a juré de traquer les responsables des deux agressions terroristes perpétrées vendredi 7 août contre les ambassades des Etats-Unis au Kenya et en Tanzanie, et revendiquées par une mystérieuse "Armée islamique pour la libération des Lieux saints musulmans" AFRIQUE Une organisation au nom islamique, jusqu'alors inconnue, a revendiqué les attentats qui ont visé, vendredi 7 août, deux ambassades des Etats-Unis en Afrique au Kenya et en Tanzanie faisant des dizaines de morts et des centaines de blessés. DANS SON ÉDITION de samedi, le quotidien saoudien Al Hayat rapporte que son bureau du Caire a reçu vendredi un appel téléphonique revendiquant les attentats au nom de "l'Armée islamique pour la libération des lieux saints musulmans". La même revendication a été formulée à Dubaï. SELON DIFFÉRENTS bilans, cités vendredi soir, entre quarante et soixante personnes ont été tuées à Nairobi dont huit Américains et quelque mille autres blessées. L'attentat de Dar es-Salaam a fait six morts. LE PRÉSIDENT CLINTON a déclaré vouloir utiliser "tous les recours" pour traquer les auteurs de ces "actes répugnants et inhumains". UNE CINQUANTAINE de morts, plus d'un millier de blessés : ces chiffres n'étaient encore ceux que de bilans provisoires des deux attentats à la bombe qui ont frappé, vendredi 7 août, les ambassades des Etats-Unis à Nairobi et Dar es-Salaam, les capitales du Kenya et de la Tanzanie (Afrique de l'Est). Huit ressortissants américains figurent parmi les morts et six autres sont portés disparus affirmait, samedi, le département d'Etat à Washington. Au coeur de Nairobi, le quartier de l'ambassade américaine a été dévasté par l'explosion qui a projeté loin à la ronde des tonnes de verre et de gravats. Une organisation jusqu'ici inconnue a revendiqué les attentats dans deux appels téléphoniques anonymes aux médias à Dubaï et au Caire. Le journal saoudien Al Hayat rapporte ainsi, samedi, à la une, que son bureau du Caire a reçu vendredi un appel téléphonique anonyme revendiquant les deux attentats au nom de "l'Armée islamique pour la libération des lieux saints musulmans". A Dubaï (Emirats arabes unis), un autre interlocuteur anonyme a appelé une agence de presse internationale en affirmant la même chose. L'inconnu, qui parlait avec l'accent égyptien et semblait s'exprimer de l'étranger, a ajouté : "l'une [des opérations] a été menée par un fils de La Mecque (Arabie saoudite) et l'autre par un fils d'Egypte". Il a refusé de donner des précisions ou d'envoyer une revendication écrite, annonçant que d'autres détails viendraient ultérieurement. "REPRÉSAILLES" Jeudi, dans un communiqué adressé à l'AFP au Caire, une organisation islamiste armée égyptienne, le Jihad, avait annoncé "des représailles" contre les Etats-Unis. Dans ce message, les islamistes accusaient Washington d'avoir "planifié" l'extradition vers l'Egypte de sept de ses militants résidant en Albanie et dans un autre pays de l'Est. "Nous voulons informer les Américains que nous avons reçu leur message et que nous sommes en train de préparer la risposte. Prenez-en bien conscience", menaçait le Jihad. Quelques heures seulement après les explosions, qui ont été quasi simultanées, les policiers sur place et les autorités américaines évoquaient déjà la thèse de l'attentat comme une forte probabilité. "Etant donnés la répartition dans le temps des explosions et les objectifs visés, nous pensons qu'il est raisonnable de considérer qu'il s'agit d'attentats terroristes et qu'ils sont liés", avait indiqué, dès vendredi, le porte-parole de la Maison Blanche. Par mesure préventive, l'ambassade des Etats-Unis en Ouganda a été évacuée. La sécurité a été sensiblement renforcée autour du bâtiment ainsi qu'aux abords des représentations américaines ailleurs dans la région. ÉVENTUELS SURVIVANTS Washington a envoyé un avion de transport contenant du matériel médical accompagné de médecins et d'experts du FBI. L'appareil a atterri à Nairobi, samedi en début de journée. Les fournitures ont été chargées dans des camions de l'armée kényane pour être livrées à l'hôpital de la capitale kényane qui sert de centre d'accueil des blessés. En outre, 200 soldats israéliens entraînés pour des missions de secours dans des bâtiments effondrés doivent arriver dans l'après-midi, a déclaré à l'agence Reuters un porte-parole de l'ambassade d'Israël. Les secouristes kényans poursuivaient samedi leurs recherches pour retrouver d'éventuels survivants dans le quartier des affaires dévasté par l'explosion. Les hôpitaux de la ville ont été placés en état d'alerte pour accueillir tous les blessés et les autorités sanitaires ont lancé des appels pour que tous les médecins et infirmières disponibles viennent prêter main forte aux secours. Entre 40 et 60 personnes auraient été tuées dans la capitale kényane et plus d'un millier blessées. L'attentat s'est produit vers 10 h 30, heure locale. Il a vraisemblablement été causé par une voiture piégée garée près de l'ambassade et il a endommagé une bonne partie du centre-ville. Le bilan provisoire s'élève à une cinquantaine de morts et plus d'un millier de blessés. Il pourrait atteindre une centaine de morts selon la presse kényane qui cite des sources hospitalières. A Dar es-Salaam, la capitale tanzanienne, le dernier bilan fait état de 6 morts et 74 blessés. L'ambassade de France, située à proximité, a été légèrement touchée et celle du Nigeria a vu son toit soufflé par la déflagration. Comme à Nairobi, la police tanzanienne privilégie la thèse de la voiture piégée. (AFP, Reuters.) Doc: avec carte "deux explosions simultanées" TELEVISION DOSSIER Rendez-vous sous les étoiles Sirius, la petite lumière d'un club algérien BARTHELEMY PIERRE CELA pourrait être une "Nuit des Etoiles" comme les autres. Cela pourrait n'être qu'un des nombreux rendez-vous astronomiques que l'été donne aux découvreurs des cieux. Cela pourrait s'arrêter là. Mais la "8e Nuit des Etoiles" aura un petit plus. Presque rien. Un symbole. Pour la première fois depuis la création de l'émission, en 91, un club d'amateurs algériens sera associé à la fête. Créé il y a deux ans par une quinzaine de passionnés de Constantine, il a pris le nom de l'étoile la plus brillante de la voûte céleste, Sirius, le diamant bleuté de la constellation du Grand Chien. Curieuse, cette association d'astronomie dont les adhérents ne peuvent se réunir la nuit pour observer les astres... Alors, on étudie les taches solaires, on suit les cours d'initiation ou on organise des séminaires. On vit de gageures. "Dans les conditions actuelles, cela paraît un défi de faire de l'astronomie. Cela demande beaucoup d'abnégation et de sacrifices personnels", explique Jamal Mimouni, responsable de la commission scientifique et membre fondateur de l'association. Sirius voulait disposer d'un site d'observation non loin de Constantine, sur le djebel Ouahch, la montagne du Monstre. Mais elle a dû y renoncer pour des raisons de sécurité. Le monstre du terrorisme rôde, au moins dans les esprits si ce n'est dans la réalité, la région de Constantine s'avérant relativement épargnée par les attentats. Il n'y aura pas non plus, vendredi 14 août, de rendez-vous particulier. "Nous ne pouvons pas faire d'appel public pour organiser une manifestation : nous n'aurions ni autorisation ni possibilité de contrôler les choses", reconnaît Jamal Mimouni. Les amateurs de Sirius seront donc gentiment invités à suivre la soirée, "bien assis, chez eux, devant leur poste... s'ils sont parabolés". Ils verront un petit clip sur leur association, tourné par la télévision algérienne. Comme une amorce de dialogue. Pour compléter l'émission, il leur faudra lever les yeux vers les étoiles et rejoindre ainsi les promeneurs célestes de France, mais aussi de Tunisie, de Belgique ou de Suisse. Une façon de créer un pont virtuel au-dessus de la Méditerranée. Au quotidien, la vie d'un club d'astronomie algérien présente des côtés ubuesques qui font, par contraste, mieux ressortir toute la bonne volonté de ses responsables. "Nous voulons faire de la vulgarisation scientifique une source de loisirs culturels pour nos jeunes, mais nous ne touchons aucune subvention de la direction de la jeunesse et des sports, assure Jamal Mimouni. Il y a un manque d'intérêt absolument incroyable des autorités envers la culture scientifique. Elles privilégient les associations sportives, folkloriques et musicales. C'est l'état de la culture en Algérie : on voit les jeunes comme des consommateurs de spectacles. Il n'y a pas un seul livre d'astronomie dans les librairies. Ceux que l'on peut consulter dans les bibliothèques ont au moins dix ans. Nous ne recevons aucune revue scientifique. Les télescopes sont introuvables et les jumelles interdites pour des raisons de sécurité. Moi, j'ai le minimum depuis des années et une bonne bibliothèque. Tout cela est utilisé collectivement." Dans un tel climat, les clubs anciens, même s'ils disposent d'un peu plus de matériel, vivotent, périclitent ou "entrent en hibernation". Avec sa quarantaine d'adhérents actifs, essentiellement des lycéens, des étudiants et des enseignants, Sirius se démène du mieux qu'elle peut pour se faire connaître. Le jeudi après-midi ont lieu des cours, des ateliers et des projections de diapositives, dans un local qui est prêté à l'association, trois heures par semaine. La cotisation s'élève à 100 dinars par an (environ 10 francs), mais un certain nombre de personnes ne peuvent s'en acquitter. Ce n'est pas grave, elles viennent quand même. Jamal Mimouni ne baisse pas les bras et voudrait combattre "cet ensemble d'inhibitions que la situation a créées de manière non explicite, et qui font que les gens restreignent leurs activités à leur domicile". L'association n'a pas de moyens ? Ce physicien des particules qui enseigne à l'université de Constantine où Internet ne fonctionne pas a l'habitude de se débrouiller. Isolé du reste de la communauté scientifique, ce chercheur correspond directement avec ses pairs, par courrier. Les articles lui parviennent avec quelques mois de retard mais qu'importe, ils arrivent. Il rêverait de stages et de séminaires à l'étranger auxquels son association pourrait participer mais ne voit pas d'issue aux "événements"... Là-bas, de l'autre côté de la mer, Sirius existe, Sirius vit. Comme une étoile esseulée dans la nuit. Il y a des hommes derrière la lumière. PIERRE BARTHELEMY TELEVISION DOSSIER Rendez-vous sous les étoiles La 8e Nuit France 2 et France Info donnent rendez-vous pour une "8e Nuit des Etoiles", vendredi 14 août, de 22 h 55 à 2 h 05, en direct de la Cité de l'espace à Toulouse. Après le succès des précédentes émissions qui ont eu successivement pour thème principal le système solaire, Saturne, la Voie lactée, la Lune, les turbulences de l'Univers, la vie au-delà de notre planète, cette nouvelle "Nuit" est notamment consacrée à l'eau, qui est à l'origine de la vie et dont on vient de découvrir de nouvelles traces précises sur la Lune. Hubert Reeves et Claude Sérillon feront état des dernières recherches sur le sujet et des nouvelles technologies d'observation de l'Univers. Ils seront entourés par les astronautes Jeffrey Hoffman, représentant de la NASA, et Léopold Eyharts, récent invité français de la station spatiale Mir. Alain Cirou, de la revue Ciel et espace, présentera l'actualité astronomique et guidera l'observation du ciel de cette nuit du 14 août. En appelant le 05-62-71-56-29, téléspectateurs et auditeurs pourront poser des questions à Hubert Reeves et aux invités. Plus de deux cents manifestations (conférences, expositions, initiations à l'observation) sont prévues à travers la France mais aussi en Belgique, Suisse, Algérie, Tunisie et Polynésie, organisées par les multiples institutions, associations et organes de presse qui participent activement à l'opération. Renseignements sur le site Internet de France 2 : www. france2. fr PORTRAIT Congo-Kinshasa : Arthur Zahidi Ngoma, le juriste qui veut renverser M. Kabila En prenant la tête de la rébellion, l'ancien pacifiste s'est lancé dans une aventure bien délicate SOTINEL THOMAS ABIDJAN de notre correspondant en Afrique de l'Ouest Trois jours après sa nomination à la tête de la rébellion contre Laurent-Désiré Kabila, Arthur Zahidi Ngoma ne s'est toujours pas exprimé publiquement. Homme politique jusqu'à maintenant pacifiste porté à la tête d'une rébellion militaire, opposant à la présence rwandaise au Congo et désormais dirigeant d'un mouvement soutenu par Kigali, le professeur Ngoma, qui s'était toujours distingué par son idéalisme, vient de se lancer dans une aventure profondément délicate. C'est peut-être ce qui explique son silence. Ce juriste de cinquante ans est né dans le Maniema, dans l'est de l'ex-Zaïre, une province riche en or, dont l'économie est tournée vers la région des Grands Lacs, mais qui contrairement aux deux Kivus ne fait pas partie du champ d'affrontement entre Tutsis et autochtones bantous. Après avoir fui le Zaïre du maréchal Mobutu au début des années 70 pour suivre des études de droit en France, Arthur Zahidi Ngoma a longtemps travaillé à l'Unesco. En 92, il rentre au Zaïre. Mobutu a concédé le multipartisme, la Conférence nationale semble sur le point d'instaurer la démocratie. Face à Etienne Tshisekedi, l'opposant radical et imprévisible, et au maréchal vieillissant, le professeur Ngoma croit à ses chances. Certains lui prêtent l'appui de la France. Mais il postule sans succès au poste de premier ministre et les longues années de la transition ne lui permettent pas d'établir une assise partisane. En 97, la rébellion victorieuse de Laurent-Désiré Kabila permet à M. Ngoma de reprendre pied sur la scène politique. Il proteste contre l'emprise des puissances étrangères sur l'Alliance des forces démocratiques de libération (AFDL) de M. Kabila. Le 25 novembre 1997, il convoque, malgré l'interdiction des activités partisanes, les assises des Forces du futur, sa formation politique. La police de l'AFDL empêche la tenue de la réunion et arrête le professeur Ngoma. Il est bastonné puis détenu pendant deux mois à Kinshasa avant d'être transféré au Katanga, le fief de M. Kabila. En avril 98, il s'évade en compagnie d'un autre opposant, Joseph Olengakoy, et du commandant Masasu, ex- conseiller militaire de Laurent-Désiré Kabila, arrêté pour trahison. Repris au bout de trois jours avec le commandant Masasu, M. Ngoma est présenté devant les caméras de la télévision d'Etat congolaise. Amaigri, torse nu, il persiste dans son opposition au régime de l'AFDL "autoproclamé". Accusé d'atteinte à la sûreté de l'Etat, il n'est condamné qu'à un an de prison avec sursis. CONTRADICTIONS C'est que son arrestation et sa détention ont provoqué l'indignation dans le monde entier. L'Unesco, en la personne de son directeur, Federico Mayor, a fait pression sur Kinshasa pour obtenir sa libération. M. Ngoma peut alors quitter le Congo pour la France, afin de se rétablir. A plusieurs reprises, il confirme son opposition au régime de M. Kabila et son attachement à l'intégrité territoriale du Congo. Mais deux jours après le déclenchement de la rébellion militaire menée par les Banyamulenges et leurs alliés rwandais, il part pour l'est du Zaïre où les insurgés le portent à leur tête. Aujourd'hui la presse kinoise ne se prive pas de relever ces contradictions. Le quotidien Le Phare va jusqu'à affirmer que M. Ngoma "est de ceux qui ont toujours soutenu que les Banyamulenges ne sont pas congolais". La remarque est venimeuse et déforme dans le sens de la xénophobie en vogue aujourd'hui à Kinshasa la pensée du professeur de droit. Outre ces contradictions sur le fond, on peut se demander comment le professeur Ngoma, qui a préféré la prison à l'abjuration de ses idées, pourra s'accommoder des méthodes de certains dirigeants de la rébellion qui, comme Bizima Karaha, ont délibérément couvert les massacres de réfugiés hutus par les troupes rwandaises, du temps où ils étaient au pouvoir. THOMAS SOTINEL Kinshasa dément la progression des rebelles Les rebelles banyamulenges (Congolais tutsis d'origine rwandaise) affirmaient, vendredi 7 août, avoir remporté une victoire décisive contre les troupes du président Laurent-Désiré Kabila avec la prise de plusieurs villes côtières de la République démocratique du Congo (RDC, ex-Zaïre), lesquelles contrôlent l'approvisionnement de Kinshasa. Il s'agirait des localités de Moanda, Banana et Kitona, près de la frontière angolaise, et du port stratégique de Matadi. Kinshasa a démenti la perte de ces villes et affirmé avoir repris l'aéroport de Kisangani, où le couvre-feu a été instauré. Parallèlement aux combats, les initiatives de paix continuent. Vendredi, deux ministres sud-africains mandatés par le président Nelson Mandela ont rencontré M. Kabila à Lubumbashi (sud-est de la RDC). Samedi, un sommet régional devait se tenir au Zimbabwe pour tenter de trouver une solution à la crise congolaise. La rencontre doit réunir M. Kabila et plusieurs autres dirigeants de la région, dont ceux de l'Ouganda et du Rwanda, accusés par M. Kabila de soutenir la rébellion. (AFP.) Hanane Achraoui s'est expliquée sur son départ du cabinet palestinien TEL-AVIV de notre correspondant Hanane Achraoui s'en va. Ministre de l'enseignement supérieur dans le cabinet sortant de l'Autorité palestinienne, elle a annoncé, jeudi 6 août, qu'elle renonçait au nouveau poste ministériel, celui du tourisme et de l'archéologie, que comptait lui confier le président Yasser Arafat dans le cadre du remaniement ministériel auquel il a procédé cette semaine. Son collègue Abdel Jawad Saleh a fait de même (Le Monde du 8 août). Il y a un an, le Conseil législatif palestinien avait accusé trois ministres de M. Arafat, dont celui de la planification Nabil Shaath et celui des affaires civiles Djamil El Tarifi, de corruption et d'abus de fonds publics. Il avait réclamé un remaniement ministériel qu'après de nombreux atermoiements, M. Arafat a finalement présenté mercredi dernier au Conseil législatif. Mais il n'a renvoyé ni M. Shaath ni M. Al Tarifi : il s'est contenté d'élargir l'équipe gouvernementale, de 22 à 30 postes, violant au passage la loi organique palestinienne qui limite le nombre de postes ministériels à 28. Neuf des dix nouveaux ministres sont membres du Conseil et représentants du Fatah, le parti de M. Arafat. "ELLE A LE COURAGE DE PARLER" Lors d'une conférence de presse tenue jeudi 6 à Ramallah, Mme Achraoui s'est expliqué : "A mon avis, faire partie de cette nouvelle équipe ne servirait à rien. Il y a des demandes populaires et un besoin urgent de mener une campagne de changement fondamental et de réforme. Moi-même, je fais partie de la campagne pour un changement et une réforme véritables." Au sein du cabinet de M. Arafat, l'ancien ministre plaidait également, en vain, pour une interruption des discussions avec le gouvernement israélien au motif qu'elles ne mènent à rien. A cinquante et un ans, Mme Achraoui est sans doute une des personnalités palestiniennes les plus connues dans le monde. En tant que porte-parole de la délégation palestinienne aux pourparlers de Madrid, puis en tant que participante aux négociations avec Israël, elle a admirablement joué de sa maîtrise de l'anglais (qu'elle a enseigné à l'université de Bir Zeit), de son sens de la formule et de son indépendance (elle a été élue en tant que députée indépendante au Conseil législatif), y compris à l'égard de M. Arafat. Elle est devenue ainsi l'un des interlocuteurs de choix des médias internationaux. Son amie, la directrice de l'organisation féministe Markaz al-Nissa de Jérusalem, Sumaya Sarhat Naser, estime qu'elle a "pris la bonne décision". "Mais c'est dommage pour nous les femmes", explique-t-elle, "Elle a le courage de parler, c'est une personne de principes, et elle tenait beaucoup à ce qu'il y ait des changements pour mettre fin aux abus. Or rien n'a été entrepris contre la corruption. Les résultats de l'enquête sur la corruption n'ont pas été publiés". Sumaya Sarhat Naser souligne que de tous les ministères de l'Autorité, celui géré par Mme Achraoui était "le plus transparent" : c'est pourquoi elle trouve "profondément décevant" qu'elle ait été écartée de ce poste, car cela revient à "encourager la corruption". "Si elle redevient une parlementaire de base, et si elle travaille très dur, Hanane Achraoui pourra gagner à nouveau accès au public palestinien", prédit-elle, d'autant que sa démission a été perçue, selon elle, comme "une attitude très courageuse, et un acte positif". Gila Svirsky, présidente de Bat Shalom, l'organisation féministe israélienne Bat Shalom qui coopère avec le Markaz al-Nissa palestinien au sein de la fédération Jerusalem Link (cofondée par Hanane Achraoui) regrette elle aussi son départ. "Elle était en mesure de faire beaucoup, grâce à sa droiture et à son honnêteté. Elle manquera à l'Autorité palestinienne", prédit-elle. (Intérim.) REPORTAGE L'aide alimentaire n'enraye pas la famine au Sud-Soudan Les populations chassées par les offensives militaires continuent d'affluer dans des camps de fortune alors que les fortes pluies qui se sont abattues sur la province ont compliqué la tâche des organisations humanitaires STERN BABETTE Dans le sud-ouest du Soudan, la province du Bahr-el-Ghazal reste frappée par une famine endémique qui est la conséquence du conflit entre les troupes gouvernementales et celles de l'Armée populaire de libération du Soudan (SPLA), du chef sécessionniste John Garang. Les combats, accompagnés du pillage des villages et des récoltes, ont privé la population de la province de ses ressources. Seule une aide alimentaire internationale massive peut éviter à court terme une catastrophe de grande ampleur, mais les efforts des organisations humanitaires ont longtemps été gênés par les fortes pluies qui se sont abattues sur la province au cours des derniers jours. Sur place, la distribution de l'aide est également l'objet de nombreux détournements. A Ajiep, la mortalité des enfants et des adultes ne cesse donc d'augmenter en dépit des distributions de nourriture. AJIEP (Sud-Soudan) de notre envoyée spéciale La rumeur a couru qu'une distribution de maïs allait avoir lieu vendredi matin. A Ajiep, la ville la plus touchée par la famine dans la province du Bahr-el-Ghazal, l'atterrissage, jeudi 6 août au soir, d'un Buffalo, d'une capacité de huit tonnes, n'a échappé à personne : hormis de petits avions de six ou huit places, aucun gros porteur n'avait pu se poser depuis des jours, en raison des pluies incessantes qui avaient rendu la piste en terre battue et entourée de marécages impraticable. Dès l'aube, de lentes colonnes d'adultes, d'enfants et de vieillards, nus ou en guenilles, tous d'une maigreur effrayante, ont surgi des buissons, de dessous les arbres, marchant péniblement sur les chemins embourbés pour venir s'attrouper autour du camp de distribution de nourriture. L'UDA (Urgence et développement alimentaire), la branche alimentaire de Médecins sans frontières (MSF), qui distribue deux fois par semaine trois kilos de céréales à tous les enfants de moins de 130 centimètres, a déjà balisé la file d'attente avec une double haie d'épineux d'un mètre de haut. C'est le seul moyen qui a été trouvé pour permettre un semblant d'ordre. La dernière fois, les enfants ont failli être écrasés contre les portes de jonc du camp. A peine le soleil apparaît-il qu'un millier d'enfants ont déjà pris place entre ces deux rangées de ronces. Ceux qui sont visiblement trop grands pour avoir droit à ce supplément de nourriture portent des bébés squelettiques dans les bras. La file s'allonge vers l'arrière et déborde sur les côtés, des parents passant des petits en pleurs par-dessus les buissons. Certains enfants tentent de franchir, pieds nus, cette barrière d'épines, mais ils sont repoussés par ceux qui sont déjà installés. Le jour se lève dans une sourde clameur faite de gémissements et de plaintes. Les enfants qui ne peuvent se joindre à la queue errent meurent sont jetés dans la rivière : les familles n'ont plus l'énergie d'amener leurs morts au cimetière ou bien les enterrent elles- mêmes. BUTIN VITAL La malnutrition, les infections respiratoires, la malaria font des ravages et emportent maintenant des hommes et des femmes encore jeunes qui laissent des enfants à l'abandon. "Les gens arrivent de plus en plus en mauvais état", dit Karine, infirmière à MSF. Ils affluent toujours plus nombreux vers Ajiep, fuyant les villes plus au nord comme Gogrial, tenue par le chef de guerre Kerubino Kuanyen, ou plus au sud comme Wau, contrôlée par le gouvernement de Khartoum. Vers huit heures, ce sont près de trois mille enfants qui se pressent devant le centre. Seuls pourront pénétrer dans l'enceinte ceux qui ne dépassent pas la hauteur du bâton tenu par Guillaume, de l'UDA, posté à l'entrée. Une fois la porte franchie, ils reçoivent un sac en plastique jaune rempli des précieuses graines. A la sortie, le spectacle reste aussi poignant. Certains enfants, qui tiennent à peine sur leurs jambes, ne parviennent même pas à soulever le sac. Il faut les aider à le placer sur leur tête avant qu'ils ne s'éloignent en chancelant pour disparaître derrière les buissons. D'autres, hauts comme trois pommes, et encombrés d'un bébé sur la hanche, voient avec angoisse s'échapper leur butin vital de leur sac percé. La foule massée à la sortie se précipite sur les graines avant qu'un membre du SRRA (Sudan Relief and Rehabilitation Association), bras humanitaire de l'Armée populaire de libération du Soudan (SPLA), muni d'un bâton, fasse le service d'ordre. Les mouches sont partout, entêtantes, sur les yeux, sur la bouche et les vautours décrivent des cercles autour du camp. La distribution de l'UDA est une bénédiction pour de nombreuses familles. Théoriquement, les largages du PAM sont calibrés pour fournir une ration de quinze kilos de maïs par mois aux 000 personnes qui se sont regroupées dans un rayon de cinq kilomètres autour d'Ajiep. Mais la répartition au sol est loin d'être équitable. Pour toucher les populations, le PAM s'appuie sur le SRRA, associé incontournable puisque les largages s'opèrent sur les terres du SPLA. Ce sont ses membres qui ont le contact avec les chefs coutumiers. Ceux-ci ont donné aux femmes la responsabilité d'identifier les familles qui recevront l'aide alimentaire de base. Mais les "étrangers", ceux qui ont fui les villes avoisinantes ou qui habitent simplement de l'autre côté de la rivière, ou qui n'ont plus de chef pour les protéger, sont systématiquement exclus des distributions. DÉTOURNEMENTS Le PAM n'a pris conscience que peu à peu de ces détournements de nourriture, dont ne sont pas exempts les membres du SRRA eux- mêmes. N'y a-t-il pas autour d'Ajiep deux camps militaires du SPLA dont les combattants ont, eux-aussi, le ventre creux ? Ce sont ces familles de déplacés, sans protection et épuisées par des marches de plusieurs jours, qui souffrent le plus de la malnutrition. Elles campent sous des abris de fortune, faits de sacs de jute récupérés sur le tarmac et de morceaux de plastique tendus sur des bâtons, regroupées par paquets misérables sous de rares arbres, autour des centres de Médecins sans frontières, dans des conditions d'hygiène épouvantables. Car un maigre espoir de salut vient aussi de là. MSF a installé deux enclos, l'un pour les plus touchés par la malnutrition, l'autre pour les moins de cinq ans dont le poids n'excède pas 60 % de celui qu'il devraient atteindre compte tenu de leur taille. Ces enclos sont devenus le dernier refuge des plus déshérités. Les femmes ont le regard vide, les enfants geignent. Ils marchent à quatre pattes, faute de tenir sur leurs jambes. Les fiches d'admission sont éloquentes : cinq ans, 9,2 kg, 111 cm; deux ans, 5 kg, 72 cm; sept ans, 13 kg, 119 cm. Les équipes de MSF sont désespérées. Malgré leurs efforts, la situation ne s'améliore pas vraiment. Leur centre de nourriture supplémentaire, supposé être un complément pour les plus faibles, est devenu pour beaucoup la seule source d'approvisionnement, puisque les rations de base ne les atteignent pas. Vendredi matin 7 août, le responsable du SRRA et celui du PAM sont convenus de tout faire pour améliorer la distribution générale. De son côté, MSF se bat pour que les personnes dans ses centres aient prioritairement accès aux rations larguées par le PAM. En attendant, les déplacés continuent d'affluer sur Ajiep, victimes d'enjeux qui les dépassent : un enjeu politique et religieux interne au Soudan qui oppose le nord, à majorité musulmane, au sud animiste et chrétien compliqué par les revirements de chefs de factions rebelles, un enjeu économique puisque la région du sud recèle d'énormes gisements de matières premières, notamment de pétrole, dans la région du Bahr-el-Ghazal. Ces conflits n'ont qu'un seul résultat : la famine des populations civiles. BABETTE STERN DOC : avec carte LE MONDE TELEVISION RADIO MULTIMEDIA TÉLÉVISIONS DU MONDE, REFLETS DES SOCIÉTÉS (4) Turquie : politique, société, on en parle... jusqu'au petit jour Problème kurde, violence domestique, islam politique, faiblesses du système judiciaire... Une fois par semaine, une télévision privée s'ouvre au débat, avec des spécialistes et des gens "ordinaires". Le programme dure toute la nuit, et le public, avide d'échange d'idées, est fidèle au rendez-vous POPE NICOLE ISTANBUL de notre correspondante SI les Turcs ont parfois l'air fatigué, le samedi matin, ce n'est pas forcément qu'ils ont fait la fête la veille. Depuis 94, en effet, c'est devant leur téléviseur qu'ils s'installent le vendredi soir, pour suivre "Siyaset Meydani" ( "Arène politique"), une émission de débat sur la chaîne privée ATV qui mobilise les foules jusqu'au petit matin. L'émission, qui débute à 22 h 30 et continue des heures durant, est présentée par Ali Kirca, le PPDA turc. La formule en est simple : elle réunit 30 à 40 personnes politiciens, journalistes, universitaires, mais aussi des anonymes qui ont souhaité s'exprimer sur le sujet du jour (il est annoncé à l'avance) qui parlent très librement de questions politiques ou de société. Rien de très excitant, au premier abord, si ce n'est que le programme touche souvent à des questions rarement traitées en profondeur problème kurde, violence domestique, islam politique, rôle du Conseil national de sécurité, faiblesses du système judiciaire et qu'il donne la parole à des gens "ordinaires". Une véritable révolution tranquille. Dans la société turque, encore marquée par le coup d'Etat de 80 et la répression qui a suivi, le concept même du débat existait à peine avant l'avènement des télévisions privées, à la fin des années 80. Les émissions politiques étaient généralement limitées à des réunions de politiciens qui parlaient la langue de bois. L'idée que l'homme de la rue ou le paysan anatolien puissent avoir des choses à dire, et soient capables de les exprimer avec intelligence et bon sens, n'avait même jamais effleuré les élites intellectuelles, trop souvent enfermées dans leur tour d'ivoire. "J'ai eu l'idée de ce programme aux Etats- Unis où je travaillais alors pour TRT [la chaîne d'Etat turque], explique Ali Kirca, l'animateur de "Siyaset Meydani", qui présente également le journal télévisé tous les soirs sur la chaîne ATV. Je voulais une émission qui soit ``bruyante``, animée, qui permette à des voix différentes de s'exprimer, de façon démocratique." La personnalité chaleureuse de l'animateur (très populaire en Turquie), sa décontraction totale et son doigté contribuent indéniablement au succès de l'émission. Ali Kirca conduit les opérations comme un chef d'orchestre. Lorsque les percussions deviennent trop bruyantes, il fait entrer les violons. Et, quand la discussion risque vraiment de dégénérer, la pause café (télévisée), indispensable vu la longueur du programme, permet de calmer les esprits. "Je me souviens d'un débat sur le nationalisme, raconte le présentateur. Nous avions invité la génération de 68. Il y avait deux anciens militants, l'un de gauche et l'autre de droite, assis l'un à côté de l'autre. Au début de la soirée, c'était assez inconfortable pour eux. Après la pause, ils échangeaient des plaisanteries." Ali Kirca assure n'avoir jamais subi de pressions politiques. "Même les généraux regardent l'émission jusqu'au bout. Personne ne peut dire que nos programmes sont tendancieux. Nous donnons un temps de parole à tous, nous essayons toujours de présenter un tableau complet de la situation." "Siyaset Meydani", qui vient de terminer sa cinquième saison, a beaucoup évolué avant d'arriver à sa formule actuelle. Lancé juste avant les élections municipales de 94, cet espace de débat était initialement réservé aux candidats aux mairies d'Istanbul et d'Ankara, et à leurs supporters. Par la suite, il y a eu une diversification des invités. Les participants aussi ont évolué, en même temps que la société turque s'ouvrait sur le monde. Au cours de la première saison, la discussion n'était souvent qu'une série de longs discours parallèles. "``Siyaset Meydani`` a donné une confiance en soi au pays et au peuple", affirme Ali Kirca. Au fil des émissions, cette nouvelle assurance s'est reflétée par des interventions plus directes et de véritables échanges d'idées. Pour éviter de s'enfermer dans un carcan, l'équipe applique de temps à autre une formule différente, ou encore elle prend la route pour visiter d'autres régions du pays. Parmi les numéros qui ont marqué l'histoire de l'émission figurent une soirée à Ankara, qui réunissait 3 000 participants au moment des élections de 95, un long débat sur les problèmes d'éducation dans le Sud- Est anatolien organisé avec les habitants de Sirnak, une ville proche de la frontière irakienne déchirée par le conflit kurde, un autre sur la question kurde, retransmis de Diyarbakir. L'intensité d'un débat sur le conflit du Sud-Est qui avait duré jusqu'à 8 heures du matin est à l'origine de deux crises cardiaques : l'un des invités, le député kurde Abdulmelik Firat, et un téléspectateur avaient dû être hospitalisés après le programme. Certains sujets, comme la question kurde et l'islam politique, ont été abordés à plusieurs reprises, sous des angles différents. Par ailleurs, à plusieurs reprises, "Siyaset Meydani" a donné la parole à des enfants de 10 à 16 ans "Tout le monde était surpris par leur connaissance des problèmes, leur maturité et leur tolérance", souligne l'animateur. Ali Kirca estime que la mission du magazine n'est pas terminée. "Son impact n'est plus aussi fort, admet-il. Nous avons soulevé la plupart des grands problèmes auxquels la Turquie est confrontée. Maintenant, nous devons contribuer à leur trouver des solutions." Ces réponses, la classe politique n'est apparemment plus en mesure de les fournir. Ce n'est donc ni à Ankara ni à Istanbul que "Siyaset Meydani" va aller les chercher. Dès la rentrée, Ali Kirca prévoit de visiter plus fréquemment les provinces du pays et de donner plus d'importance encore au public local. Les hommes politiques, affirme-t-il, n'ont tout simplement plus la confiance du peuple. "La proportion des politiciens parmi nos invités baisse régulièrement. Fait significatif : lorsqu'un politicien prend la parole, l'audience chute." NICOLE POPE DOC : avec photos ANGOLA : le Guinéen Issa Diallo nouveau représentant spécial de l'ONU Le secrétaire général des Nations unies Kofi Annan, qui effectue une visite de cinq jours au Portugal, a annoncé vendredi 7 août la nomination du Guinéen Issa Diallo comme son nouveau représentant spécial en Angola. M. Diallo, un diplomate âgé de 59 ans, qui fut pendant dix ans, à partir de 82, conseiller spécial pour l'Afrique de l'ancien secrétaire général des Nations unies, Javier Perez de Cuellar, succède au diplomate malien, Alioune Blondin Beye, disparu le 26 juin dans un accident d'avion en Côte d'Ivoire. (AFP.) Afghanistan : les talibans auraient pris Mazar-i-Sharif La ville de Mazar-i-Sharif, dernier fief de l'opposition en Afghanistan, est tombée aux mains des talibans, a annoncé samedi 8 août l'agence officielle iranienne IRNA. "De fortes explosions sont entendues à Mazar-i-Sharif et les responsables de l'opposition ont fui la ville", écrit IRNA dans une dépêche datée de cette ville. "La population est en train de fuir la ville dont plusieurs quartiers sont en flammes", ajoute IRNA, faisant état d'une "résistance limitée" dans certaines rues de la ville. Citant un porte-parole de la milice intégriste, l'agence afghane AIP, dont le siège est au Pakistan, a annoncé samedi matin que les talibans ont pénétré dans Mazar-i-Sharif. "A l'heure actuelle, il y a une résistance importante dans la ville", a déclaré le porte-parole des talibans. (AFP.) Les inondations en Chine Quand les levées doivent tenir ou exploser... DERON FRANCIS Soit une ville de 50 000 habitants. C'est-à-dire, en Chine, un village. Soit un fleuve qui, samedi 8 août, risquait de déborder, dans les proportions gigantesques qu'on lui connaît désormais. C'était donc l'attente, vendredi soir. Attente d'une sorte de geste du Ciel, dans un sens ou dans l'autre. Attente de savoir si, devant le nouveau pic de crue qui se dessinait, les digues tiendraient, lâcheraient, ou seraient dynamitées, le gouvernement préférant laisser le fleuve inonder la campagne plutôt qu'attaquer la ville. "C'est simple, raconte Marcel Roux, délégué de Médecins sans frontières, depuis son téléphone portable dans la ville de Dong'an, à quelque 200 kilomètres en amont de Wuhan, sur le Yang-tseu. La moitié de la ville a été évacuée totalement; la population s'est regroupée sur l'autre moitié, protégée par une digue de sécurité construite avec les moyens du bord après l'inondation de 54. Et tout le monde attend. Si nous sortons d'ici, il y a de fortes chances que ce soit en bateau." La décision de faire exploser ou non les digues qui demeurent debout n'a rien à voir avec les autorités locales. "C'est à Pékin et à Wuhan que cela se décide." Evidemment : il s'agit de protéger l'un des plus gros centres industriels du pays. Pourtant, les conséquences, à Dong'an, s'annonçaient catastrophiques si l'eau devait gagner la partie. "Les gens d'ici n'ont plus rien. Ils ont épuisé leurs réserves de chlore pour purifier l'eau et obtenir de l'eau potable. Ils ont épuisé leurs réserves de médicaments. Ils n'ont rien reçu de Pékin. Alors tout le monde s'est réfugié sur les digues. Il y a les gens, les cochons, les vaches... Et on attend. Si à 8 heures, samedi matin, les digues n'ont pas sauté, ce sera gagné pour le moment. Sinon, ce sont 510 000 personnes qui se retrouveront au beau milieu de l'eau, et 1 million au total pour le seul district. Les conséquences peuvent durer des mois..." sans même jamais être complètement réparées. 28 PROVINCES TOUCHÉES Dans tout le bassin du Yang-tseu peuplé de quelque 200 millions de personnes ce sont des centaines de villes, au bas mot, qui sont dans la même attente de l'issue d'une bataille où tout peut disparaître. Les villages déjà dévastés, racontent tous les témoins de l'inondation en cours, "ne parviennent même pas à compter leurs morts". L'ampleur de la catastrophe qui pointe est telle que tout le monde s'y met. "Il y a l'armée, mais il y a aussi la Croix-Rouge chinoise, les volontaires, la population", raconte M. Roux, joint depuis Paris. Alentour, dit-il, on remonte les diguettes, on consolide les points de renfort, on distribue les vivres, et plus rien d'autre, évidemment, ne compte. Toute autre activité a cessé : "Les routes d'accès sont désertes. On attend..." Un officiel a raconté à M. Roux avoir vécu la terrible inondation de 54 presque aussi terrible que les précédentes les plus meurtrières du siècle, dont la plus mémorable remonte à 1931. Il avait sept ans. "Mais alors, la population de cette bourgade était de 5 000 personnes seulement. Il y en a dix fois plus aujourd'hui." Même si la mémoire a souffert du temps écoulé, la proportion d'ensemble est exacte, et ce pour des dizaines de millions de riverains du plus long fleuve de Chine. Que peut donc une organisation comme MSF devant un tel océan d'aléatoire misère ? "Donner un coup de main en un point précis. Ça peut servir à des gens bien, comme les administrateurs d'ici." Au total, selon le dernier des rares bilans donnés par le gouvernement à l'échelle nationale, un Chinois sur cinq est affecté à un degré ou à un autre par le désastre hydraulique en cours, qui a touché 28 provinces. Premier inventaire : 6 millions de foyers complètement détruits, 12 millions d'autres endommagés, 14 millions de personnes déplacées vers des lieux plus sûrs que leur terre ancestrale... Et à Dong'an, vendredi soir, l'eau montait encore entre les digues... FRANCIS DERON VIETNAM : dévaluation La banque centrale a procédé, vendredi 7 août, à une dévaluation de facto de 7 % de la monnaie vietnamienne, cédant finalement à la pression intérieure et internationale sur le dong (non-convertible) ont annoncé des banquiers. Cette dévaluation devrait ramener un peu d'activité sur le marché interbancaire, où les transactions sont très limitées. Celles-ci devraient désormais porter sur quelque 2 millions de dollars par jour, un montant qui reste très faible. (AFP.) En Birmanie, l'opposition maintient son appel à manifester contre la junte La Thaïlande s'inquiète ouvertement de l'évolution interne de son voisin POMONTI JEAN CLAUDE BANGKOK de notre correspondant en Asie du Sud-Est En dépit d'appels de Birmans exilés à manifester, samedi 8 août, pour le dixième anniversaire de la sanglante répression du soulèvement démocratique de l'été 1988, le quadrillage des populations par l'armée est assez efficace pour que la journée se soit amorcée sans incident. A Rangoun, où les forces de sécurité ont été discrètement renforcées, la tension ne devrait toutefois pas se relâcher. Car l'opposante Aung San Suu Kyi a réclamé la réunion, le 21 août au plus tard, de l'Assemblée élue en 90, demande aussitôt écartée par la junte. Il faut aussi compter avec la frustration d'étudiants privés de cours depuis décembre 96 et qui n'en passent pas moins quelques examens ces jours-ci. La junte a lâché un peu de lest. Mme Suu Kyi aurait obtenu vendredi l'expulsion de sa résidence des dix-huit militaires qui assuraient, avec son accord, sa sécurité depuis la levée, en 95, de son assignation à résidence. Cette présence lui permettait, faute de contacts, de faire passer des messages à un pouvoir qui semble aujourd'hui dans l'impasse. Dix ans après la sanglante répression du 8 août 1988, la junte fait face à une situation désastreuse. Elle a beau contrôler étroitement le pays, l'économie sombre, l'isolement diplomatique se renforce et des signes de désaccords entre généraux refont surface. MAUVAISES RÉCOLTES Les récoltes sont de plus en plus médiocres. Les exportations de riz ont chuté de 1 million de tonnes en 94-1995 à 120 000 tonnes en 96-1997. Après deux années d'inondations et en raison d'un manque d'engrais, la soudure s'annonce difficile à assurer en septembre- octobre. Entre-temps, les réserves de devises de l'Etat ont fondu : elles sont estimées à l'équivalent d'un mois d'importations. Au marché noir, le dollar vaut 350 kyats, la monnaie nationale, contre 100 kyats fin 96. Les relations avec le voisin thaïlandais, qui avait préconisé voilà quelques années "un engagement constructif" à l'égard de Rangoun, se détériorent. En novembre 97, la Birmanie a fermé trois postes frontaliers et le commerce bilatéral a chuté de moitié. Depuis deux mois, Bangkok s'inquiète ouvertement de l'évolution interne de la Birmanie et, fait révélateur, le nouveau ministre thaïlandais des affaires étrangères, Surin Pitsuwan, a indiqué qu'il demanderait à rencontrer Aung San Suu Kyi lors de sa prochaine visite à Rangoun, dont la date n'est pas encore fixée. En outre, l'adjoint de Surin, Sukhumband Paribatra, a proposé, vendredi 7 août, l'ouverture immédiate d'un dialogue entre Mme Suu Kyi et la junte, une initiative également réclamée par un groupe de Prix Nobel de la Paix et deux organisations humanitaires, Amnesty International (Londres) et Human Rights Watch (New-York). Les généraux avaient répondu, par avance, en proposant des discussions entre le gouvernement et la Ligue nationale pour la démocratie (LND), à l'exception de ses trois dirigeants, donc de Mme Suu Kyi. La LND a refusé, comme elle l'avait fait une première fois en 97. Au sein de la junte, les partisans d'une ouverture, dont le général Khin Nyunt, chef des services de renseignement, avaient espéré que l'admission de la Birmanie au sein de l'Asean (Association des nations de l'Asie du Sud-Est) offrirait un bouclier à leur régime. Ils se sont trompés. Les avocats de la fermeté, dont le leader serait le général Maung Aye, commandant en chef de l'armée de terre, auraient repris le dessus, ce qui expliquerait les arrestations récentes de quarante-deux cadres de la LND et les restrictions supplémentaires imposées à Mme Suu Kyi. Ces désaccords pourraient être exacerbés, rapportent certains diplomates, par la dégradation de l'état de santé de Ne Win, l'ancien dictateur, âgé de quatre-vingt-sept ans et qui aurait été victime d'une attaque d'hémiplégie. JEAN-CLAUDE POMONTI La rupture d'une digue majeure du Yang-tseu fait des milliers de disparus en Chine de l'Est La population assiste dans l'angoisse au débordement du système anti-inondation Une digue majeure du Yang-tseu a cédé, vendredi 7 août, à Jiujiang, une ville située sur le cours moyen inférieur du fleuve, provoquant des morts en nombre indéterminé et la disparition d'au moins un millier de personnes. En d'autres points du plus long fleuve de Chine, la population paniquée se réfugie sur les hauteurs et les autorités s'efforcent de coordonner les efforts pour renforcer les digues. DES MILLIERS de personnes ont été portées disparues à Jiujiang, une ville de 500 000 habitants de l'est de la Chine, après la rupture, vendredi 7 août, en milieu de journée, d'une digue majeure contenant le fleuve Yang-tseu. La rupture de la digue a été rapportée par l'agence Chine nouvelle avec une rapidité exceptionnelle, mais aucun bilan officiel de victimes n'a été publié. Cependant, un journaliste chinois sur place, qui a requis l'anonymat, a déclaré avoir vu "des cadavres un peu partout", précisant que, selon des informations obtenues auprès de responsables locaux, 40 000 personnes avaient été directement affectées par l'irruption des eaux dans un quartier de Jiujiang et que 20 000 autres avaient pu être secourues. Plusieurs milliers d'entre elles étaient en revanche toujours portées disparues samedi matin, selon ce témoignage. Selon Chine nouvelle, la partie ouest de Jiujiang, la deuxième plus grosse agglomération de la province du Jiangxi, en aval de Wuhan, se trouvait sous deux mètres d'eau. Sept bateaux ont été coulés délibérément avec leur chargement de charbon, de pierres et de riz pour tenter de colmater une brèche de 40 mètres de long dans la digue. Plusieurs milliers de policiers et de soldats ont été envoyés en renfort pour tenter d'édifier deux nouveaux ouvrages destinés à protéger le reste de la ville des inondations. Plusieurs ruptures accidentelles de digues se sont produites ces derniers jours dans le bassin du Yang-tseu, entraînant des centaines, voire des milliers de disparitions. Parmi les plus spectaculaires figure celle survenue samedi 1er août à Jiayu (province du Hubei), où près d'un millier de personnes dont cent cinquante militaires auraient trouvé la mort, selon des sources non officielles concordantes. Le dernier bilan officiel s'élève, quant à lui, à treize morts cinq soldats et huit civils. En amont de Wuhan, dans le canton de Dong'an (province du Hubei), où 370 000 personnes ont été évacuées vendredi en prévision du dynamitage de la digue principale du Yang-tseu, une attente nerveuse se poursuivait samedi matin. "La décision de faire sauter la digue est toujours suspendue", déclarait samedi matin Marcel Roux, de Médecins sans frontières, qui se trouve sur place. Le dynamitage a pour objectif de détourner les eaux du Yang-tseu vers la zone de débordement de Jingjiang, un dispositif clé de contrôle des crues du Yang-tseu censé protéger Wuhan. Il devrait avoir lieu si le niveau des eaux du Yang-tseu dans la ville voisine de Shashi atteint 45 mètres au-dessus du niveau du lit du fleuve. Le niveau atteignait 44,95 mètres samedi à 8 heures (heure locale, zéro heure TUC). La section de Jingjiang du fleuve, où se trouvent ces localités, est la portion considérée comme la plus dangereuse du Yang-tseu. Le plus long fleuve de Chine s'y rétrécit en largeur pour parcourir de nombreux méandres. L'ensemble de la zone a été désigné pour servir de bassin de débordement en cas de menace grave sur Wuhan, comme c'est le cas cette année. Les digues principales, qui contiennent en temps ordinaire le Yang-tseu, ont été submergées en de nombreux endroits depuis plusieurs semaines et, dans ces régions, le fleuve n'est plus contenu que par des digues secondaires, situées à plusieurs kilomètres du lit usuel. Le Quotidien du peuple, organe du Parti communiste, a reconnu que, dans la seule province du Hubei, 104 digues ont été "abandonnées" et 270 000 personnes évacuées. Dans une autre ville, située en aval de Wuhan, Ruichang, également au Jiangxi, la situation était particulièrement inquiétante vendredi. Selon un témoignage, "les cadavres y sont visibles un peu partout, des gens sont juchés dans les arbres et sur les toits des habitations, attendant les secours". Des scènes de panique ont été rapportées dans certaines localités, dont la ville de Wuhu, où l'on a vu la population gagner les hauteurs à bord de voitures, camions ou charrettes à bras. (D'après AFP.) Défilé protestant à Londonderry Quelque 10 000 protestants venant de l'ensemble de l'Irlande du Nord devaient défiler dans l'après- midi de samedi 8 août dans la ville à majorité catholique de Londonderry, a-t-on appris sur place. Des responsables de la marche traditionnelle, régulièrement suivie de troubles entre les deux communautés, ont appelé au calme. Des négociations avaient été menées, la semaine dernière, entre des responsables des deux communautés et selon un compromis accepté par les deux parties, la marche ne devait comporter qu'une présence symbolique de protestants accompagnés d'une fanfare. La marche commémore la fermeture par 13 apprentis protestants des murs de la ville devant l'avancée de l'armée catholique du roi James II en 1689. (AFP.) INDONÉSIE : retrait des unités de combat stationnées dans la province d'Aceh Le général Wiranto, chef des forces armées indonésiennes, a annoncé vendredi 7 août le retrait des unités de combat stationnées dans la province d'Aceh (nord de Sumatra). Le chef de l'armée, en visite dans la province afin d'enquêter sur les rumeurs de massacres et d'atrocités commises par les militaires au cours des dix dernières année, a précisé que le retrait interviendrait dans le mois à venir. Une insurrection engagée de longue date contre le pouvoir central à Aceh, où vivent environ 0 000 habitants, a culminé au début des années 90 avant que l'armée ne la réprime brutalement et n'en disperse les leaders. (Reuters.) Inondations Plus de 300 morts en Corée du Sud Des pluies diluviennes n'ont cessé de tomber, samedi 8 août, sur la Corée du Sud où le dernier bilan des victimes des inondations et des glissements de terrain est d'au moins 300 morts ou disparus. Mais le nombre des victimes risque d'être beaucoup plus lourd. Les opérations de secours et d'identification des victimes sont gênées par les perturbations dans les transports et les moyens de communication. Des dizaines de milliers de personnes ont été contraintes de fuir leur domicile samedi à la suite de nouvelles alertes aux inondations près de la capitale sud-coréenne. Selon des quotidiens coréens, les intempéries ont fait jusqu'à présent quelque 25 800 sans-abri et des dégâts d'un montant de quelque 7,4 milliards de dollars (45 milliards de francs). (AFP.) PAKISTAN : remaniement ministériel Le premier ministre Nawaz Sharif a remanié son gouvernement au cours de la nuit de jeudi 6 à vendredi 7 août, remplaçant le chef de la diplomatie, Gohar Ayub, par l'ex-ministre des finances, Sartaj Aziz, a annoncé vendredi 7 août l'agence officielle APP. Désormais, c'est le premier ministre lui-même qui assurera la gestion du ministère des finances. (AFP.) IRAK : attentat Un attentat à l'explosif a été commis vendredi soir 7 août dans une cité résidentielle de Bagdad, a annoncé samedi un responsable de la défense civile. Alors que ce responsable n'a pas signalé de victimes, des opposants iraniens réfugiés à Bagdad ont affirmé que l'attentat a causé la mort de trois Irakiens et a blessé treize personnes dont deux opposants iraniens. (AFP.) ISRAËL : nouvelles implantations sur le Golan Conformément à un plan du ministère de la Sécurité intérieure, une commission du Plan a autorisé l'extension des colonies sur le plateau syrien du Golan de manière à multiplier par trois leur superficie actuelle, a indiqué, vendredi 7 août, le quotidien Haaretz. Quelque 13 000 Israéliens vivent sur le plateau du Golan occupé par Israël pendant la guerre israélo-arabe de 67 et annexé par la suite. Trois des nouvelles implantations seront autorisées à atteindre jusqu'à 600 logements, a ajouté le journal. (AFP.) Andrès Pastrana devient président de la Colombie Le nouveau président colombienAndrès Pastrana, qui a prêté serment vendredi 7 août pour un mandat de quatre ans, devra à la fois surmonter les nombreux obstacles à la paix et faire face à une situation économique passablement détériorée. "La paix est la tâche la plus urgente à l'ordre du jour de notre pays", a déclaré le nouveau président à l'issue de la cérémonie de prise de fonctions, qui a eu lieu sur la place Bolivar, dans le centre de Bogota, en ajoutant que la recherche de la paix serait "le fil conducteur" de son mandat. M. Pastrana, un avocat et journaliste de 44 ans élu le 21 juin, avait déjà annoncé avant d'entrer en fonction qu'il comptait négocier lui-même avec les différents mouvements de guérilla les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC, marxistes) et l'Armée de libération nationale (ELN, guévariste) pour mettre fin à la guerre civile que connaît le pays depuis des années. (AFP.) Entretien Clinton-Kohl sur les préparatifs de l'OTAN pour le Kosovo Le président américain Bill Clinton a discuté, vendredi 7 août, avec le chancelier allemand Helmut Kohl de diverses options concernant la situation au Kosovo, dont la préparation par l'OTAN d'une éventuelle intervention militaire, a annoncé un porte- parole de la Maison Blanche. Selon M. Crowley, les deux hommes ont évoqué, au cours d'un entretien téléphonique d'une demi- heure, "la nécessité d'achever les préparatifs de l'OTAN et de faire renoncer [le président yougoslave Slobodan] Milosevic à son offensive en le ramenant vers une situation stable" au Kosovo. Le gouvernement français a lui aussi jugé "impératif qu'un terme soit mis aux opérations militaires serbes". Si elles se poursuivaient, le président Milosevic "devrait s'attendre à en subir toutes les conséquences", a déclaré le porte-parole du ministère français des affaires étrangère. La France et l'Allemagne ont décidé d'envoyer à Belgrade, le 12 août, une mission diplomatique conjointe. (AFP.) Le tribunal administratif sanctionne le nouveau contrat des eaux de Grenoble PORTRAIT Raymond Avrillier, un écologiste intransigeant L'inlassable activité de cet élu et militant lui vaut d'être parfois taxé d' "intégrisme" FRANCILLON CLAUDE GRENOBLE de notre correspondant régional Deuxième adjoint au maire de Grenoble, Raymond Avrillier, âgé de cinquante et un ans, est un élu pugnace, opiniâtre, et un perpétuel opposant. Dans la minorité municipale entre 89 et 95, il avait combattu Alain Carignon (RPR), puis, à partir de 93, provoqué sa chute. Aujourd'hui, son attitude n'a pas changé : M. Avrillier dénonce publiquement les décisions ou les projets du maire, Michel Destot (PS), qui ne le satisfont pas. Il multiplie les recours devant les tribunaux pour contrecarrer l'action de la majorité municipale, dont il est pourtant l'un des membres importants. Son principal cheval de bataille demeure l'eau. Il réclame depuis neuf ans la remunicipalisation de ce service, sans jamais avoir réduit la pression sur ce dossier symbole de la corruption politique à Grenoble. Il combat également, au nom de l'écologie, le tunnel que le maire veut percer pour désengorger sa ville et la communauté des communes de l'agglomération grenobloise, présidée par Didier Migaud (PS), député de l'Isère, comme M. Destot, et rapporteur général de la commission des finances de l'Assemblée nationale. M. Avrillier, qui est vice-président de la communauté des communes, s'efforce aussi, depuis trois ans, d'y remettre un peu d'ordre. Il avait été le premier a dénoncer le "grand arrangement" qui, selon lui, existait "entre les principaux notables, de droite et de gauche, de l'agglomération" pour assurer le financement de leurs activités politiques respectives. M. Avrillier ne se prive jamais de rappeler à ses collègues qu'il ne sera jamais, lui, "un adepte de l'arrangement". Au sein de la gauche "plurielle" PS, PCF, MDC, PRG, divers gauche et écologistes, des voix s'élèvent régulièrement pour dénoncer les "excès oratoires" et les "dérives intégristes" du dirigeant écologiste et de plusieurs autres membres de son groupe, formé de onze élus. "Oui, j'aime bien les gens intègres, mais pas les jugements moraux. J'ai toujours fait ce que j'ai dit", répond M. Avrillier. Le combat syndical au côté des militants CFDT, politique dans les comités d'action issus de mai 68, écologiste comme porte-parole du collectif Les Européens contre Superphénix est, depuis 67, le mode de vie quotidien de cet ingénieur-chercheur à l'université Pierre- Mendès-France. La lutte contre la centrale de Creys-Malville avait longtemps occupé le militant antinucléaire. "Cette bagarre, j'en suis très fier. Ma contribution a été importante. En 87, lorsque s'est produite la première fuite de sodium du barillet, nous n'étions plus, en France, qu'une dizaine de personnes à être encore activement mobilisées contre le surgénérateur. Notre travail a permis de révéler ses dysfonctionnements, son mode de gestion et la façon dont l'information était communiquée. C'est à partir de ce moment-là qu'on a commencé à ne plus prendre seulement en compte ce qu'affirmait EDF", dit-il. M. Avrillier, qui se déclare hostile au cumul des mandats, a pourtant siégé au conseil régional Rhône-Alpes de 95 à 98, ce qui lui a été reproché par ses amis écologistes. Désormais, il ne se consacre plus qu'à Grenoble et à son agglomération, au grand désespoir de ses adversaires de droite comme de gauche. L'élu et militant rebelle, qui se défend d'être devenu un notable, n'a pas l'intention de désarmer. Il y a quelques jours, il a obtenu l'annulation, par le tribunal administratif de Grenoble, de onze embauches de collaborateurs au cabinet de M. Carignon... CLAUDE FRANCILLON Trois questions à... MICHEL DESTOT FRANCILLON CLAUDE 1 En votre qualité de maire de Grenoble, avez-vous d'autre choix que la remunicipalisation pure et simple de l'eau de Grenoble réclamée depuis neuf ans par les élus écologistes ? La remunicipalisation a déjà eu lieu, en 96, par la création d'une société d'économie mixte locale, tenue majoritairement par la Ville de Grenoble et présidée par une conseillère municipale. Cette opération a été conduite conformément à nos engagements électoraux et en réponse aux conclusions de la chambre régionale des comptes, nous demandant de renégocier les contrats litigieux de 89. Cette démarche a d'ailleurs été validée par le Conseil d'Etat en décembre 97. Aujourd'hui le tribunal administratif considère que la Ville aurait dû utiliser une procédure différente, mais il ne demande nullement d'adopter la position des élus écologistes. Nous nous interrogeons sur les conséquences de ce nouveau jugement, sur sa cohérence avec les décisions et avis des autorités administratives et judiciaires, ainsi que des très nombreux experts consultés. Ce dernier jugement est susceptible de faire l'objet d'un appel dans un délai de deux mois. 2La remunicipalisation de l'eau aurait-elle un coût pour les Grenoblois ? Un retour en régie municipale aurait, bien sûr, un coût, exorbitant à mes yeux, pour les Grenoblois. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle nous ne l'avons pas retenue. L'essentiel demeure, pour la Ville, le maintien des acquis de 1996, à savoir la baisse du prix de l'eau payé par les usagers et le retour dans le cadre du secteur public sans qu'aucune indemnité ne soit versée à la Lyonnaise des eaux. 3Votre majorité "plurielle" peut-elle être atteinte par ce nouvel épisode ? Elle doit s'enrichir des contributions "plurielles" de ses membres. Le dossier de l'eau est complexe. Il peut encore connaître bien des rebondissements et des déroulements contradictoires. Les interprétations des juges eux-mêmes semblent aussi plurielles... Il y a heureusement bien d'autres questions, plus importantes pour l'avenir de la ville, sur lesquelles la majorité "plurielle" est mobilisée, dans le respect mutuel et la recherche d'efficacité. Ces questions, qui touchent à la solidarité, au développement de l'emploi, à l'environnement, sont, croyez-moi, celles qui intéressent les Grenoblois. PROPOS RECUEILLIS PAR; CLAUDE FRANCILLON Le tribunal administratif sanctionne le nouveau contrat des eaux de Grenoble Combattue par l'écologiste Raymond Avrillier, la renégociation de la concession dévolue à la Lyonnaise des eaux par Alain Carignon aurait dû, selon les juges, passer par une mise en concurrence des exploitants. Le maire, Michel Destot, se prépare à faire appel de cette décision FRANCILLON CLAUDE SERVICES PUBLICS Le tribunal administratif de Grenoble, statuant sur le recours d'un adjoint au maire de la ville, Raymond Avrillier, a annulé, vendredi 7 août, les délibérations du conseil municipal réaménageant le service de l'eau. Le tribunal a suivi l'avis du commissaire du gouvernement, qui reprochait à la ville de ne pas avoir respecté la procédure prévue par la loi sur les délégations de service public. LE MAIRE, Michel Destot, et les écologistes sont en désaccord sur la notion de "remunicipalisation" de l'eau, concédée à la Lyonnaise des eaux, en 89, par Alain Carignon (RPR), condamné à ce sujet, en 96, pour corruption, à cinq ans de prison. Pour M. Avrillier, la municipalité doit rompre le contrat avec la Lyonnaise. MILITANT syndical et politique, M. Avrillier, universitaire, avait été le principal artisan de la chute de M. Carignon. GRENOBLE de notre correspondant régional "Le contrat de privatisation-corruption de l'eau de Grenoble, signé en 89 par son ancien maire, Alain Carignon, n'est plus qu'un squelette", proclamait, vendredi 7 août, Raymond Avrillier, deuxième adjoint au maire de Grenoble. Le tribunal administratif a donné satisfaction à l'élu écologiste, qui conteste depuis neuf ans ce contrat, et au porte- parole de l'Association démocratie-écologie-solidarité (ADES), Vincent Comparat, qui agissait en tant qu'usager de l'eau. Les deux militants écologistes attaquaient, cette fois, la démarche du nouveau maire, Michel Destot (PS), député de l'Isère, qui, en 1996, avait renégocié avec la Lyonnaise des eaux le contrat d'affermage de 89. Les 13 mai 96 et novembre 97, le conseil municipal avait approuvé plusieurs avenants à ce contrat. Seuls les élus écologistes avaient voté contre. M. Avrillier avait attaqué ces délibérations, ensuite, devant la justice administrative. Le 24 juin, le commissaire du gouvernement, Christian Cau, soutenait, devant le tribunal administratif de Grenoble, que la ville avait "entièrement renégocié les contrats pour déterminer les nouveaux fermiers" et qu'elle aurait donc dû se plier à la procédure de mise en concurrence prévue par la loi Sapin de 93 sur les délégations de services publics, ce qu'elle n'avait pas fait (Le Monde du 26 juin). Suivant les conclusions du commissaire, le tribunal, vendredi, a déclaré illégales les délibérations du conseil municipal. Il donne ainsi satisfaction, en partie, aux deux requérants, qui réclamaient l'annulation des contrats conclus en 96 et des avenants signés en 97. ACTES AMPUTÉS MAIS MAINTENUS Le tribunal a ainsi annulé une quarantaine de dispositions de nature réglementaire, c'est-à-dire opposables aux usagers de l'eau, signées sur la base des délibérations illégales. Certains de ces articles constituent des éléments essentiels du contrat, comme l'exploitation du service de l'eau ou le régime des tarifs et celui des abonnements. En revanche, le tribunal s'est déclaré incompétent pour constater la nullité des actes administratifs contractuels passés entre la ville et la Lyonnaise des eaux. De ce fait, les contrats, bien qu'amputés d'une part importante de leur contenu, demeurent. La décision du tribunal n'en représente pas moins, pour M. Avrillier, une deuxième victoire, en quelques mois, dans la "bataille de l'eau" qu'il a engagée contre la Lyonnaise des eaux et, par voie de conséquence, contre la ville de Grenoble, dont il est l'un des principaux élus. Le 1er octobre 97, le Conseil d'Etat avait annulé la délibération du conseil municipal de Grenoble du 30 octobre 89, qui déléguait la gestion de l'eau de la ville à la Lyonnaise. S'appuyant sur l'arrêt de la cour d'appel de Lyon, qui avait condamné M. Carignon pour corruption, la haute juridiction administrative avait considéré que le contrat conclu par le maire avec la Lyonnaise était la contrepartie d'un abus de bien social. Les juges n'avaient pu mettre en cause le contrat lui-même, car les parties prenantes à celui-ci la société concessionnaire et le maire sont seules habilitées à en réclamer son annulation, en saisissant le juge des contrats. C'est ce que M. Destot avait refusé de faire, après avoir sollicité un avis de la section du rapport et des études du Conseil d'Etat. Il estime que la ville risque de devoir payer à la Lyonnaise une lourde indemnité, évaluée entre 200 millions et 400 millions de francs. M. Avrillier le conteste : "Ceux qui avancent que la ville va devoir débourser de telles sommes se trompent, dit-il. Ils se basent sur un contrat [celui de 89] qui n'existe pas. S'il y a un endroit où la Lyonnaise des eaux doit payer pour la corruption, c'est bien à Grenoble ! La perte de son contrat sera sa punition." Le deuxième adjoint a toujours soutenu que la Lyonnaise, qui avait "corrompu" l'ancien maire, ne doit plus être un partenaire de la ville dans le secteur de l'eau, et que la municipalité dispose désormais des moyens juridiques pour récupérer la totale maîtrise de son bien sans débourser un centime. M. Destot estime, lui, que l'accord qu'il a conclu en 96 a permis de "ramener la gestion de l'eau dans le secteur public", car, depuis cette date, la ville dispose de 51 % du capital de la Société des eaux de Grenoble (SEG), une société d'économie mixte dont la Lyonnaise ne possède que 49 % des parts. Dans ses conclusions, le commissaire du gouvernement estimait, au contraire, que "la remunicipalisation n'est pas véritablement intervenue, le véritable exploitant étant le sous-fermier de la SEM des eaux de Grenoble, qui est entièrement privé". Il s'agit, en effet, de la Société grenobloise de l'eau et de l'assainissement, filiale à 100 % de la Lyonnaise. POSSIBILITÉ D'APPEL Dès l'annonce de la décision du tribunal administratif, le maire s'est efforcé de minimiser les conséquences juridiques et politiques du jugement. "Le tribunal a constaté que le contrat de 89 avait été profondément modifié en 96. Il souhaite que nous nous mettions en conformité avec la loi Sapin", déclare M. Destot. Il affirme qu'il ne cédera pas à la pression des écologistes réclamant le retour de l'eau de la ville au sein d'une régie municipale, cela en raison des indemnités qui seraient alors dues à la Lyonnaise. "L'arrêt de la cour d'appel de Lyon n'a pas condamné pour corruption la ville de Grenoble et la Lyonnaise des eaux, mais seulement des individus, Alain Carignon et des responsables de la société, ce qui n'annule pas la dette de la ville vis-à-vis de son partenaire", rappelle M. Destot. Le maire n'écarte donc pas la possibilité de mener jusqu'à leurs termes les différentes procédures judiciaires en cours, ce qui permettrait au contrat de l'eau de perdurer quelques années encore. Il se pourrait donc que la ville fasse appel, devant le Conseil d'Etat, de la décision du tribunal administratif. "L'entêtement du maire va-t-il aller jusqu'à trouver un nouvel arrangement [avec la Lyonnaise des eaux] ?", demande, de son côté, M. Avrillier, prêt à engager une nouvelle bataille judiciaire. "La seule solution juridiquement et politiquement correcte, qui effacerait la corruption, est que le tribunal administratif annule les contrats à la demande de la ville. Ceux-ci n'existent que parce qu'il y a eu corruption. Il est normal de revenir à la situation antérieure au 30 octobre 1989", plaide M. Comparat. CLAUDE FRANCILLON DOC : avec dessin de Pancho Le tribunal administratif sanctionne le nouveau contrat des eaux de Grenoble L'accord de 89 avait conduit Alain Carignon en prison FRANCILLON CLAUDE GRENOBLE de notre correspondant régional L'eau de Grenoble, pourtant reconnue pour ses qualités naturelles exceptionnelles, empoisonne depuis neuf ans la vie de ses habitants. C'est en juillet 89, quelques mois après sa réélection à la mairie, qu'Alain Carignon (RPR) soumet au conseil municipal un projet de privatisation du service de l'eau et de l'assainissement. Le 30 octobre 89, le conseil acceptait de confier à la Cogese, qui deviendra quelques mois plus tard une filiale de la Lyonnaise des eaux, la gestion déléguée de ce service. Aussitôt, l'opposition municipale PS, PCF, écologistes déposait un recours devant le tribunal administratif de Grenoble. Elle soulevait plusieurs motifs d'illégalité, dont l'absence de communication aux élus des études préalables et des éléments financiers du contrat, ainsi que la durée trop longue de celui- ci, soit vingt-cinq ans. Le tribunal avait rejeté ce recours le 11 décembre 91, décision dont seuls les deux élus écologistes du conseil avaient fait appel devant le Conseil d'Etat. Le dossier de la privatisation de l'eau de Grenoble avait refait surface à l'occasion de l'instruction de l'affaire Dauphiné News par le juge Philippe Courroye, le magistrat révélant que le financement par la Lyonnaise des eaux de ce journal municipal, lancé quelques mois avant les élections de 89 par M. Carignon, avait été l'une des contreparties de la cession de l'eau de Grenoble à cette même société. M. Carignon, mis en examen pour "recel et complicité d'abus de biens sociaux" le 25 juillet 94, avait été condamné pour corruption par la cour d'appel de Lyon, le 9 juillet 96, à cinq ans de prison, dont quatre ans ferme. Auparavant, un rapport de la chambre régionale des comptes de Rhône-Alpes du 21 novembre 95 avait montré que la ville n'avait aucun intérêt à passer ce contrat avec la Lyonnaise, son service des eaux étant, avant sa privatisation, rentable et parfaitement organisé. Selon les magistrats financiers, les conventions d'affermage signées en 89 avaient organisé entre la commune et son partenaire privé "des relations totalement déséquilibrées", au profit quasi exclusif du second, et imposé aux consommateurs "des augmentations de tarif dépourvues de toute justification patente". La chambre demandait à la ville de renégocier le contrat. Pendant la campagne pour les élections municipales de 1995, Michel Destot (PS) avait plaidé pour "un retour à la gestion publique" de l'eau. Après une négociation de plusieurs mois entre la ville et la Lyonnaise, destinée à "régulariser" les délégations consenties, le conseil municipal approuvait, le 25 mars 96, la création de la Société des eaux de Grenoble (SEG), qui se substituait à la Cogese. "DROIT DE VETO" La SEG, contrôlée à 51 % par la ville et à 49 % par la Lyonnaise, confiait la sous- traitance de l'eau et de l'assainissement à une filiale à 100 % de la Lyonnaise, la SGEA. Les écologistes, qui considèrent que "la Lyonnaise s'est assuré un droit de veto sur toutes les décisions stratégiques de la SEM", avaient voté contre cette proposition, approuvée par les conseillers PS, PCF et divers gauche. Raymond Avrillier et des usagers de l'eau de Grenoble avaient alors attaqué les avenants au contrat de 89 approuvés par le nouveau conseil municipal le 13 mai 96, qui mettaient en place ce dispositif. Le 1er octobre 97, soit six ans après l'appel interjeté par M. Avrillier, le Conseil d'Etat annulait la délibération de 89 du conseil municipal, qui avait autorisé M. Carignon à privatiser l'eau. La haute juridiction administrative s'appuyait sur le jugement des tribunaux pénaux pour constater qu'il y avait eu un "pacte de corruption" entre M. Carignon et les dirigeants de la Lyonnaise et que "les motifs réels de la délibération attaquée [avaient] été dissimulés" à l'assemblée, motif d'annulation. Toutefois, l'arrêt du Conseil d'Etat n'annulait pas le contrat de concession. Un avis sollicité par le ministère de l'intérieur auprès de la section du rapport et des études du Conseil d'Etat et rendu le 3 décembre 97 devait confirmer que la ville de Grenoble n'était nullement obligée, comme le prétendait M. Avrillier, de procéder à la résiliation du contrat de 89 ou de demander au juge du contrat de prononcer rétroactivement sa nullité. CLAUDE FRANCILLON TELEVISION SAMEDI AOÛT 13.35 FRANCE 2 Aïe, le végétal ! LA VIE PRIVÉE DES PLANTES. Chaque samedi depuis le 8 août, David Attenborough raconte la folle vie des fleurs et des arbres. Images sublimes, spectaculaires : du grand classique, façon BBC HUMBLOT CATHERINE LUI, c'est le pape des séries "nature" en Grande-Bretagne. Une sorte de Léon Zitrone mâtiné de Michel Chevallet (pour la voix enthousiaste). On le voit accourir essoufflé dans une forêt tropicale, ou gravir un sommet en anorak. Il éternue au printemps dans un champ de fleurs britanniques ou se balance à soixante mètres de haut sur un arbre à Bornéo. Tel le lutin, il surgit inopinément, tout en poursuivant sa conversation... Depuis des décennies, David Attenborough arpente le globe pour faire découvrir les bêtes et les merveilles de la Terre. "La Vie privée des plantes" (5 x 52 minutes) fait partie de ces mégaproductions comme la BBC sait les faire. Budget colossal, des années de travail, la série est ensuite vendue dans le monde entier. Dans le rôle du guide, Attenborough explique ici le comportement caché du végétal. Quelle vie ! On croit que ça végète, sous prétexte que ça ne fait pas de bruit. Il suffit de filmer patiemment (jusqu'à trois ans pour une séquence) puis de passer les images en accéléré pour qu'apparaissent d'incroyables affrontements, des compétitions rudes. "Les plantes sont confrontées aux mêmes types de problèmes que les animaux tout au long de leur existence s'ils veulent survivre. Ils sont obligés de se battre les uns contre les autres, de lutter", explique David Attenborough, dont tout le travail est de montrer "ces drames" dont nous n'avons pas conscience parce qu'ils se développent sur une autre échelle de temps. Avec les progrès en matière d'image, non seulement les plantes poussent, rampent, bourgeonnent, explosent avec une détermination qui impressionne, mais on les voit mettre en place des stratégies machiavéliques pour se défendre ou se reproduire. Toute une vie qui se déchaîne et qu'on regarde, stupéfait. Comment un arbre parvient-il à remonter jusqu'à 400 litres d'eau à l'heure en haut de ses feuilles et en silence ? Comment les passiflores fabriquent des oeufs en trompe l'oeil pour empêcher que les papillons ne déposent les leurs, qui ensuite les dévoreraient ? Comment certaines orchidées imitent la guêpe femelle (couleur, fourrure, odeur) pour attirer son acolyte mâle qui, en tentant de s'accoupler, heurte ses sacs de pollen ? Comment certains arums copient jusqu'aux poils et à l'odeur de la charogne pour attirer les mouches et les emprisonner, le temps d'achever leur propre cycle sexuel et de les libérer, chargées de pollen ? Zooms sur les pores des feuilles, plans stupéfiants de troncs d'arbres, ralentis sur les ruses compliquées des fleurs, accélérés qui révèlent la complexité des rapports au sein du monde végétal, ou entre celui-ci et l'espèce animale. Chaque émission développe un thème. Les images sont superbes, mais le commentaire est (trop) classique. On ne retrouve pas l'humour alerte des merveilleuses séries de Jean-Pierre Cuny ( "L'Aventure des plantes", "Les Inventions de la vie") qui, les premières, ont mis en lumière l'unité du monde vivant en racontant les dessous pas tristes de la nature. CATHERINE HUMBLOT DOC : avec photo TELEVISION DU LUNDI 10 AU VENDREDI 14 AOÛT .35 CANAL + Des dangers du suspense à tout prix A LA FÊTE FORAINE DE BLACKPOOL. Les docu-soaps se suivent et ne se ressemblent pas. Cette semaine, on frôle la télé-poubelle HUMBLOT CATHERINE APRÈS En croisière sur le Galaxy ou une semaine de vie sur un paquebot de luxe (13-28 juillet), A la fête foraine de Blackpool montre les coulisses du plus grand parc d'attractions de Grande-Bretagne. La série de la BBC a eu un gros succès d'audience outre-Manche. Et pourtant... Rappelons le principe. La caméra suit des personnages ordinaires sur un lieu. Les péripéties du quotidien forment la trame d'un scénario à rebondissements. Le docu-soap observe le genre humain mais c'est d'abord un divertissement. Ici, Jim Rowland (surnommé J. R.), directeur du parc forain de Blackpool, et Keith Allen, son adjoint, doivent régler chaque jour les problèmes qui surgissent au sein de cette machinerie gigantesque. Wagonnets de la peur bloqués à 7 mètres de haut (avec une dame asthmatique qui ne peut plus descendre), trains qui déraillent, grand huit en panne... J. R. est obsédé par l'argent et le moindre incident rend fou cet homme à poigne. Todd Austin, le réalisateur, filme la vie du parc et chaque épisode fournit son petit lot d'événements. Enfants perdus, blessés, membres du personnel agressés, le suspense est perpétuellement renouvelé. Amanda Thompson, la fille du propriétaire, va-t-elle pouvoir monter à temps son nouveau spectacle sur glace ? Le prestidigitateur va-t-il réussir son numéro à la scie circulaire alors que sa chienne accouche ? Des employés ont jeté de la mousse dans une rivière pour embêter J. R. (hi hi !) alors qu'un groupe d'handicapés manifeste devant le grand huit parce qu'on leur impose des horaires. Le problème, outre que les personnages sont à la limite de la caricature, c'est qu'on voit un peu trop les ficelles d'un suspense maintenu à bout de bras. Montage hâché, lourd, mais le comble du mauvais goût est atteint au deuxième épisode quand la police prévient J. R. d'une alerte à la bombe. A lui de décider s'il évacue les 85 000 personnes présentes. J. R. risque de perdre beaucoup d'argent. Le directeur soupèse les risques, décide de ne pas croire à la menace, mais regarde constamment la pendule. "Si j'ai fait le mauvaix choix, il y aura beaucoup de victimes", explique-t-il (sic). La caméra fixe les aiguilles de l'horloge, qui tournent lentement. Un vrai suspense comme dans une fiction. Sauf qu'on est dans un documentaire. On frémit à l'idée du spectacle si J. R. avait fait "le mauvais choix". Du saignant, on aurait eu. De la télé- poubelle à l'américaine, ce qu'on appelle la "trash-TV". CATHERINE HUMBLOT DOC : avec une photo TELEVISION DIMANCHE 16 AOÛT 10.15 LA CINQUIÈME Une certaine idée de la peinture PIERRE BONNARD, A FLEUR DE PEAU. Il reprenait ses tableaux, encore et encore. Il en retouchera un sur son lit de mort. Le beau documentaire de Michel Van Zèle s'appuie sur les agendas de l'artiste et les témoignages de ses amis, confrères, élève et modèle... BELLET HARRY SI le pauvre Bonnard avait su, lui qui voulait "arriver devant les jeunes peintres de l'an 2000 avec des ailes de papillon", que les jeunes peintres en question n'existeraient plus guère ! Que représente Bonnard pour les artistes d'aujourd'hui ? Une vieille lune, capable de travailler sur la même toile des années durant, de la reprendre, encore et toujours, jusque dans les lieux officiels où elle était exposée, pendant que Dina Vierny, son modèle, après avoir été celui de Matisse et surtout de Maillol, faisait le guet pour prévenir la ronde d'un gardien. Un dinosaure, qui, au mitan de sa vie, confie à son confrère Bazaine, un gamin aujourd'hui nonagénaire : "Je commence seulement à comprendre. Il faudrait tout recommencer." Le documentaire de Michel Van Zèle restitue cela, et bien plus encore. Une époque, des témoignages, ceux, alertes, de Jean Bazaine et Dina Vierny, ceux, tout aussi poignants, des peintres Jacques Truphémus, qui lui a dédié toute son oeuvre; Gisèle Belleud, qui fut son élève au Cannet, dans cette maison provençale à la salle de bains immaculée où Bonnard brossait Marthe, son épouse : 140 nus répertoriés, une cascade unique dans l'histoire de l'art. Et les commentaires, sobres, précis, de Michel Terrasse, son petit-neveu, qui lit des passages de ces agendas où Bonnard dessinait des croquis, et notait la météo du jour. Et les événements, quels qu'ils puissent être : en 42, à la mort de Marthe, sa muse, sa femme, une simple petite croix, légèrement tremblée. Quelque temps plus tard, un aphorisme : "Vaut mieux s'ennuyer seul qu'à plusieurs." C'est le temps de l'introspection, des autoportraits de l'oeuvre ultime : Bonnard, vieillard sec et frêle, interroge son reflet dans un miroir. Sur son lit de mort, il se fait apporter un tableau ancien représentant l'amandier en fleur, qui pousse devant sa fenêtre : un coin de vert, en bas à gauche, lui trotte dans la tête. Aidé de son neveu, qui va lui chercher de la couleur, il le reprend en jaune, fébrilement, du bout des doigts. Puis s'éteint, et une certaine idée de la peinture avec lui. HARRY BELLET DOC : avec photo Les pouvoirs publics sauvent le Comité national contre le tabagisme Controverse sur l'état des comptes Dans son rapport sur l'état du CNCT, l'administrateur provisoire nommé par la justice indiquait que, fin juin, la trésorerie de l'association était négative de 710 000 francs et prévoyait un accroissement continu de ses pertes (163 000 francs en juillet, 347 000 en août, 653 000 en septembre et 1,524 million au-delà), justifiant l'imminence d'une déclaration de cessation des paiements. L'avocat du CNCT, Me Francis Caballero, a contesté cette analyse, rappelant les "potentialités d'actions judiciaires" dont les délibérés sont prévus pour septembre, ainsi que les transactions financières en cours au titre des "compensations médiatiques". Le montant des dommages et intérêts obtenus devant les tribunaux s'est élevé à près de 4,2 millions de francs en 97, et le montant des compensations négocié avec différents médias à près de millions de francs. Les comptes annuels du CNCT certifiés au 31 décembre 97 faisaient apparaître un exercice positif de 222 6 francs. Agressions en série contre des automobilistes en Rhône-Alpes LE PARQUET DE BOURG-EN-BRESSE (Ain) a ouvert, vendredi 7 août, une information judiciaire contre X... pour "enlèvements, séquestrations, vols en bande organisée avec usage ou menace d'une arme", dans l'affaire du gang des pirates de la route qui ont commis plusieurs agressions dans la région Rhône-Alpes. Cette procédure concerne trois des huit agressions répertoriées depuis le début de l'été. Une autre information devrait être ouverte dans les prochains jours à Chambéry pour des faits similaires commis en Savoie. Les pouvoirs publics sauvent le Comité national contre le tabagisme Le secrétariat d'Etat à la santé vient de débloquer 650 000 francs en urgence pour éviter à la principale association antitabac française de se déclarer en cessation de paiements. Une plainte pour "détournement de fonds publics à des fins personnelles" a été déposée contre l'ancien directeur FOLLEA LAURENCE SANTÉ Le secrétariat d'Etat à la santé vient de débloquer 650 000 francs en urgence pour sauver le Comité national contre le tabagisme (CNCT), menacé de liquidation judiciaire. L'ADMINIS- TRATEUR PROVISOIRE désigné en juin pour organiser le renouvellement du conseil d'administration et gérer l'association n'a pas réussi à mettre d'accord les deux clans qui s'opposent au sein du CNCT. À LA SUITE d'un rapport de l'inspection générale des affaires sociales, les autorités sanitaires ont porté plainte, le juillet, contre l'ancien directeur, Philippe Boucher, pour "détournement de fonds publics à des fins personnelles". LA CRISE que traverse le CNCT trouve ses racines dans les divergences stratégiques qui ont abouti, en 1991, à développer la logique du tout- judiciaire plutôt qu'une approche médicalisée de la lutte antitabac. IL S'EN EST FALLU DE PEU. Jeudi 6 août, l'administrateur judiciaire nommé pour gérer le Comité national contre le tabagisme (CNCT), en pleine crise interne, a bien failli prononcer sa liquidation. Michèle Lebossé- Peluchonneau s'apprêtait à déclarer l'association en état de cessation de paiements lorsque le secrétariat d'Etat à la santé a décidé de venir en aide à l'association et de lui verser 650 000 francs en urgence, à valoir sur sa subvention pour 98. Les autorités sanitaires avaient pourtant posé comme condition à l'octroi de leur subvention le "renouvellement total du conseil d'administration". Depuis plus d'un an, l'association phare de la lutte antitabac, née voilà cent trente ans et reconnue d'utilité publique en 77, fait en effet les frais de déchirements internes fort peu glorieux et qui auraient pu causer sa perte. Une enquête de l'inspection générale des affaires sociales (IGAS), diligentée en septembre 97 par le secrétariat d'Etat à la santé et dévoilée par Le Monde le mai, a mis le feu aux poudres. Donnant corps à des rumeurs persistantes, la mission dénonce les "pratiques douteuses et lucratives" de l'ancien directeur, Philippe Boucher, soupçonné d' "enrichissement personnel" et toute une série de "dysfonctionnements" dans la gestion de l'association. Un audit effectué quelque temps plus tôt par le commissaire aux comptes du CNCT avait pourtant été classé sans suite par le procureur de la République du tribunal de grande instance de Paris. Le juillet, sur la base des observations de l'IGAS, le secrétariat d'Etat à la santé a déposé une plainte avec constitution de partie civile contre M. Boucher, pour " détournement de fonds publics à des fins personnelles". La nouvelle stratégie d'activisme judiciaire mise en place par M. Boucher dès son arrivée au CNCT, en avril 91, soutenue par la majorité du conseil d'administration et par les pouvoirs publics, a certes porté ses fruits, mais au prix de bricolages financiers et de divers arrangements avec la légalité qui ont finalement conduit M. Boucher à démissionner, le 11 décembre 97. SUBVENTIONS EN RETARD Ce dernier admet aujourd'hui quelques "dysfonctionnements", mais réfute totalement un quelconque "enrichissement personnel" et assure que "le CNCT n'a subi aucun préjudice". Il relève certaines "inexactitudes", notamment de dates, dans le rapport, justifie ses augmentations successives de salaires 0 % en quatre ans, selon l'IGAS par sa charge de travail, ses qualités de "militant très actif" disposant d' "un réseau important de contacts internationaux", et relève que "les critiques de l'IGAS portent sur à peine 1 % du budget" de l'association. M. Boucher évoque également pour sa défense les versements "très tardifs" des subventions et la faiblesse des moyens consacrés à la lutte contre le tabagisme, qui "ne sont aucunement à la mesure ni de ses adversaires ni de l'épidémie". Le 1,7 million de francs alloué au CNCT par la direction générale de la santé pour 97 n'a été versé qu'en 98, et la subvention de fonctionnement de 1,3 million de la Caisse nationale d'assurance-maladie a été suspendue à la suite du rapport de l'IGAS. En juin, selon l'administrateur judicaire, il restait encore 1,6 million de francs de fonds européens à encaisser. Le professeur Gérard Dubois, président du CNCT depuis 93, endosse de son côté une "responsabilité morale et collective", mais souligne l'attitude de "quatre administrateurs [qui] ont mené au sein du conseil d'administration une querelle qu'ils ont poursuivie malgré la démission du directeur". Les choses se sont peu à peu envenimées et deux clans se sont formés à la tête de l'association : dix administrateurs minoritaires, représentés par le professeur Henri Joyeux (CHU de Montpellier), vice-président du CNCT, décidés à "faire le ménage" et à imposer leur voix, contre treize autres, tous derrière le professeur Dubois. Des batailles de procédures, des règlements de comptes et des scènes dignes de psychodrames ont commencé à ponctuer les réunions du CNCT. Saisi par les "dix" d'une requête en annulation des décisions prises lors de l'assemblée générale du 16 mai, le juge des référés avait chargé Mme Lebossé-Peluchonneau, par une ordonnance du 4 juin, d' "organiser dans des conditions conformes aux statuts l'élection des membres du conseil d'administration du CNCT et de gérer et administrer l'association jusqu'à ses élections". Sa mission n'a pas abouti, les deux parties n'ayant pu se mettre d'accord sur la composition du collège des électeurs. Les dix administrateurs minoritaires ont refusé de prendre en compte la liste de 859 adhérents arrêtée à l'issue de l'assemblée générale du 16 mai et souhaité revenir au chiffre de 1997 (298 membres convoqués). "Il est clair que l'assemblée générale du 16 mai a été manipulée, confie le professeur Joyeux. Ils ont fait rentrer d'un coup trois cents personnes qui leur étaient acquises. Mais nous maintiendrons nos positions, car n'avons pas à assumer les erreurs du passé. Et, en tant qu'association privée, nous ne sommes pas obligés de suivre les injonctions du ministère." "Nous ne financerons plus le CNCT tant que la transparence totale ne sera pas faite", avait prévenu Bernard Kouchner, secrétaire d'Etat à la santé, trois jours après la diffusion du rapport de l'IGAS. L'administration ne pouvait cependant pas assister sans bouger à la mort programmée d'une association sur laquelle elle délègue nombre de ses missions et dont le rôle moteur dans la lutte contre le tabagisme est unanimement salué. "Nous avons été alertés par l'administrateur judiciaire de l'état de cessation des paiements et du fait qu'elle n'avait pas réussi à organiser des élections en temps utile, nous a-t-on précisé dans l'entourage de Bernard Kouchner. Il est vrai que les subventions ne sont pas toutes arrivées. Il fallait sauver le CNCT." L'élection d'un nouveau conseil d'administration est programmée pour septembre. LAURENCE FOLLEA Les pouvoirs publics sauvent le Comité national contre le tabagisme Une stratégie du tout-judiciaire plutôt qu'une approche médicale FOLLEA LAURENCE LA CRISE que traverse aujourd'hui le Comité national contre le tabagisme (CNCT) ne se résume pas à une simple querelle de personnes. Elle trouve ses racines dans les divergences stratégiques qui font depuis longtemps débat au sein de l'association. En 91, année de la promulgation de la loi Evin contre le tabagisme et l'alcoolisme, le CNCT change de mains. Lors de l'assemblée générale du 13 avril 91, les membres de la Ligue contre le tabac en public - Droits des non-fumeurs prennent le contrôle du conseil d'administration. L'association va alors connaître une "révolution culturelle", rappelle l'inspection générale des affaires sociales (IGAS) dans son rapport sur le CNCT. "Le principal reproche adressé par la nouvelle équipe aux dirigeants précédents était celui d'une approche trop médicalisée de la lutte contre le tabagisme, conduisant l'association à se préoccuper presque exclusivement des fumeurs souhaitant s'arrêter (...) au détriment de la protection des non-fumeurs et de l'occupation du terrain judiciaire en vue de faire respecter les textes", relatent les inspecteurs de la police sanitaire. Ce recentrage sur l'activisme en justice est directement impulsé par le nouveau directeur, Philippe Boucher, militant écologiste comptant parmi ses amis proches un avocat pugnace et bientôt médiatique, Me Francis Caballero. Peu à peu, l'association acquiert une réputation de lobby antitabac, qu'elle assume pleinement, et devient "de plus en plus crainte des industriels" du secteur, précise l'IGAS. Les trois principaux fabricants de cigarettes attaqués sont en effet condamnés de manière définitive, après passage en cassation, "vingt-neuf fois en cinq ans", calcule la mission d'inspection. ENCOURAGEMENT FINANCIER PUBLIC La stratégie du "tout-judiciaire" s'accompagne de la mise au point du système des "compensations médiatiques" et des transactions financières : en échange de l'abandon des poursuites engagées par le CNCT, une chaîne de télévision, une régie de cinéma ou un support de presse accorde à l'association un espace publicitaire gratuit ou une somme d'argent. La révélation, en janvier 96, d'un accord passé en 1992 avec TF 1 concernant la retransmission des grands prix de formule 1 et portant sur 2,5 millions de francs, fait grand bruit. Le directeur du CNCT revendique alors ouvertement la pratique, estimant qu' "un bon arrangement vaut mieux qu'un long procès" (Le Monde daté 7-8 janvier 96). Ses succès devant les tribunaux vont peu à peu modifier l'image du CNCT, qui devient, selon l'IGAS, "un interlocuteur difficile, voir irritant, pour certains partenaires (Comité français d'éducation pour la santé, associations de lutte contre le cancer) et même pour les pouvoirs publics". L'équipe dirigeante en fonction avant la désignation de l'administrateur judicaire répond à l'IGAS que "l'établissement de priorités avec des moyens limités ne peut que contraindre à des choix" et rappelle qu'elle a mis en place des services Minitel et téléphoniques destinés aux fumeurs désireux d'arrêter. Le CNCT est d'ailleurs encouragé par les pouvoirs publics dans son activisme judiciaire et une part de la subvention allouée par la direction générale de la santé sert directement à financer ces activités (700 000 francs en 97). Aujourd'hui, les positions sont moins tranchées, chacun reconnaissant l'impact de ces procédures non seulement pour assurer l'application des textes, mais aussi en termes de prévention du tabagisme. "Le juridique rapporte beaucoup d'argent, estime cependant le professeur Henri Joyeux, qui compte parmi les dix administrateurs contestataires. Il ne faut pas négliger ces actions, mais il faut aussi développer la lutte pour la défense des non-fumeurs, jeter des ponts avec les autres organisations traitant de tabacologie et créer des unités militantes cohérentes." Une stratégie que ne renierait sans doute pas le professeur Gérard Dubois, l'ancien président, qui a accepté, à la demande du secrétariat d'Etat à la santé, de ne pas se représenter lors de l'élection du prochain conseil d'administration. LAURENCE FOLLEA Les pouvoirs publics sauvent le Comité national contre le tabagisme Habiter près d'une décharge industrielle augmenterait le risque de donner naissance à un enfant malformé NAU JEAN YVES SELON UNE ÉTUDE européenne publiée dans le numéro de l'hebdomadaire médical britannique The Lancet du 8 août, le fait, pour une femme enceinte, de vivre à proximité immédiate de décharges industrielles contenant des produits hautement toxiques augmente le risque pour elle de donner naissance à un enfant mal formé. Coordonnée par le docteur Helen Dolk (London School of Hygiene and Tropical Medicine), cette étude a été conduite dans cinq pays (Belgique, France, Italie, Danemark et Royaume-Uni). Les chercheurs ont analysé les données fournies par sept registres régionaux qui recensent de manière systématique la fréquence et le type des malformations néonatales d'origine congénitale. Au total, les dossiers de 1 089 enfants victimes de diverses malformations (nerveuses, cardiaques, urinaires, digestives, crâniennes, etc.; les malformations chromosomiques d'origine héréditaire ayant été exclues) ont pu être étudiés. Les chercheurs ont parallèlement constitué un groupe contrôle de 2 366 enfants normaux. Dans tous les cas, les mères résidaient dans un espace géographique d'un rayon de 7 kilomètres ayant pour centre une importante décharge de produits toxiques d'origine industrielle. De tels sites sont des sources importantes de pollution, de nombreuses substances chimiques (dioxines, métaux lourds, pesticides, solvants, etc.) pouvant contaminer le sol, les eaux ou l'air. UN SITE DE SAÔNE-ET-LOIRE Pour la France, le registre des malformations du Centre et de l'Est a été utilisé (docteur Elisabeth Robert, Institut européen des génomutations, Lyon). Ce registre englobe les données de la région Rhône-Alpes, de l'Auvergne, de la Bourgogne et du Jura. Les sites des déchets ne sont pas cités dans l'étude publiée par The Lancet. Pour autant, on indique de bonne source que le site français étudié est situé dans le département de la Saône-et-Loire. Les auteurs de la publication annoncent avoir pu mettre en évidence un risque accru, "faible mais significatif", de naissances d'enfants mal formés chez les femmes vivant à moins de 3 kilomètres de telles décharges. Ces femmes ont un risque de donner naissance à un bébé mal formé supérieur de 33 % aux femmes vivant dans une zone située de 3 à 7 kilomètres alentour. Cette conclusion résulte de l'analyse comparative des données issues des deux groupes, les auteurs ayant tenté, par des méthodes statistiques, d'annuler les différences d'ordre socio-économique. En revanche, ce travail ne fournit pas le détail des expositions toxiques auxquelles auraient par ailleurs été soumises les femmes enceintes. Les auteurs soulignent par ailleurs la nécessité de poursuivre les recherches afin de tenter de confirmer ou d'infirmer un lien de cause à effet entre proximité d'une décharge et malformation. La mise en évidence de telles associations entre les décharges industrielles et les pathologies néonatales avait déjà été effectuée, notamment aux Etats-Unis en 84, ainsi que, par la suite, dans d'autres pays, sans que les auteurs de ces travaux ne parviennent à établir un tel lien. "Il convient de noter que les conclusions de ce travail sont, tout compte fait, modérées, commente pour sa part Michel Jouan, responsable de l'unité santé- environnement au Réseau national de santé publique. Il faut aussi préciser que les auteurs ne sont pas parvenus à faire totalement la part entre les critères géographiques et ceux de nature socio-économique. Il s'agit néanmoins d'un travail fort intéressant qui devrait conduire à jouer un rôle d'alerte sanitaire afin que tout soit mis en oeuvre pour améliorer le système d'élimination des déchets industriels toxiques et pour prévenir leur dissémination." JEAN-YVES NAU DÉPÊCHES SANS-PAPIERS : les policiers ont évacué par la forceune vingtaine de sans-papiers qui avaient l'intention de passer la nuit sur le trottoir en face de la nonciature apostolique de Paris. Les policiers ont évacué par la force, vendredi 7 août, à 21 heures, une vingtaine de sans-papiers de Saint-Bernard et de militants qui avaient l'intention de passer la nuit sur le trottoir en face de la nonciature apostolique de Paris, où trois des leurs sont "réfugiés" depuis une semaine. Neuf manifestants ont été interpellés et remis en liberté dans la nuit de vendredi à samedi. Ouverture d'une information judiciaire sur le Royal Monceau LE PROCUREUR DE LA RÉPUBLIQUE DE PARIS, Jean-Pierre Dintilhac, a ouvert récemment une information judiciaire contre X... sur les conditions du redressement judiciaire du groupe hôtelier Royal Monceau. En 97, le tribunal de commerce de Paris avait approuvé le plan de continuation proposé par le propriétaire du groupe, l'homme d'affaires libanais Osmane Aïdi. Au terme de ses travaux, la commission d'enquête parlementaire sur les tribunaux de commerce avait estimé que M. Aïdi avait bénéficié d'une "mansuétude toute particulière" et signalé à la justice de "nombreuses anomalies" dans le traitement de ce dossier, qui avait suscité des "rumeurs de corruption", y compris parmi les magistrats (Le Monde du 30 juillet). L'enquête a été confiée au juge d'instruction Marie-Paule Moracchini. Sur la base d'autres éléments transmis par la commission parlementaire, le procureur a ouvert, en outre, trois enquêtes préliminaires, dont l'une sur les conditions de liquidation du Palace, ancienne boîte de nuit qui doit être vendue aux enchères. Nombreuses alertes à la pollution par l'ozone à travers la France PLUSIEURS ALERTES À LA POLLUTION DE L'AIR par l'ozone ont été lancées, vendredi 7 août, en raison notamment d'un fort ensoleillement associé à des vents faibles. Le niveau 2 d'alerte à la pollution de l'air par l'ozone (180 microgrammes/m³) a été dépassé dans le nord-est de l'Alsace et des Bouches-du-Rhône, dans l'agglomération toulousaine et à Poitiers. Il a été frôlé en Lorraine, avec un taux de 9 mg/m³, relevé à Brabois, dans la banlieue de Nancy, et à Lyon, où l'on a enregistré un taux de 5 mg/m³ à Ternay, dans le sud de l'agglomération. En région parisienne, la pollution n'avait atteint, vendredi, que le niveau 1 (130 mg/m³ ), mais le maire de Paris, Jean Tiberi, a appelé les Parisiens à "utiliser au maximum" les transports en commun durant le week-end. DEPECHES JUSTICE : des documents relatifs à un concert financé par Xavier Dugoin ont été saisis. La direction régionale de la police judiciaire de Versailles a saisi, jeudi 6 août, des documents relatifs à un concert organisé le 21 mars et pour lequel le conseil général de l'Essonne, alors dirigé par le sénateur (RPR) Xavier Dugoin, avait déboursé plus de 3,4 millions de francs. L'enquête vise à vérifier si une partie de ces fonds n'ont pas été détournés de leur but. LE MONDE RADIO TELEVISION MULTIMEDIA "Grain de philo", épilogue... et suite ? Une mise au point du responsable de l'unité magazines de France 3 et les réponses d'Alain Etchegoyen, après l'annonce de la suppression de son magazine à la rentrée CADET VALERIE A LA SUITE de notre article annonçant la non- reconduction du magazine mensuel "Grain de philo" diffusé sur France 3 depuis janvier 97 (Le Monde "TRM" daté 26-27 juillet), Claude Couderc responsable, sous la tutelle de Patrick de Carolis, du département magazines de la chaîne a formulé certaines remarques auxquelles Alain Etchegoyen, maître d'oeuvre de l'émission, a réagi à son tour. "J'ai informé à plusieurs reprises les producteurs de l'émission, souligne Claude Couderc, et non du jour au lendemain, comme vous l'indiquez, de l'interruption possible de ce magazine dans la perspective d'un renouvellement des programmes de la grille souhaité légitimement par Patrice Duhamel. Contrairement à ce qui est affirmé, nous avons été attentifs aux réductions budgétaires proposées par MDI [producteurs du magazine], bien qu'elles ne soient pas apparues très convaincantes." "Il n'y a eu aucune discussion sur le budget, oppose Alain Etchegoyen; ni sur le contenu. Les producteurs ont simplement téléphoné plusieurs fois pour s'inquiéter du sort de l'émission dont l'avenir semblait échapper totalement à Claude Couderc. Ce dernier leur a dit que réponse serait donnée début juin, puis mi-juin, puis fin juin. En fait, c'est le départ en vacances des décideurs qui a fixé la tombée du couperet, le 16 juillet." "Nous avons estimé, poursuit Claude Couderc, que ``Grain de philo``, certes de bonne tenue, et malgré ses promesses, ne permettait pas toujours au grand public d'entrer dans le discours du champ philosophique. J'ai maintes fois demandé aux auteurs de faire un effort d'accessibilité. Cette recommandation a été parfois entendue, mais pas suffisamment." "Je suis en désaccord total sur cette question qui est au fond la plus importante, rétorque Alain Etchegoyen. La vision que les gens de télévision ont à ce sujet est très méprisante pour le public. Il est vrai que France 3 nous avait demandé, il y a six mois, d'être plus ``rock'n'roll``. Comprenne qui pourra. En dix-huit mois de présence à l'antenne, jamais un seul critique n'a évoqué une difficulté de compréhension. (...) Le seul problème d'accessibilité souligné par différents organes de presse a concerné l'horaire, beaucoup plus tardif que prévu l'émission commençant entre 0 heure et 0 h 40 suivant les cas, au lieu des 23 h 30 initialement fixés par Patrice Duhamel. Le 9 mai, pour le dernier numéro du magazine, le journal L'Equipe recommandait à égalité d'intérêt la dernière journée du championnat de France de football et... ``Grain de philo`` !" "France 3 n'envisage pas pour autant d'exclure la philosophie de ses programmes, conclut le responsable des magazines. Nous préparons, pour la rentrée, un magazine de débats culturels et de société dans lequel la philosophie sera présente. J'ai d'ailleurs demandé à Alain Etchegoyen d'intervenir régulièrement sur ce thème." Prochain chapitre en octobre ? PROPOS RECUEILLIS PAR; VALERIE CADET TELEVISION SAMEDI AOÛT 14.05 CANAL + Othilie et le loup-garou L'ENFANT ET LES LOUPS. Pierre-Antoine Hiroz signe un joli conte écologique BOURGUIGNON SANDRINE OTHILIE, huit ans, passe les vacances chez son oncle Antoine, responsable d'un parc régional. "Tu crois que ça existe les gens qui savent parler aux loups ?", demande la blondinette. "Qui sait ?, lui répond Antoine, écologiste austère qui défend fiévreusement sa montagne. Tu as bien réussi à me parler à moi..." "Mais toi, t'es pas un vrai loup, tu fais juste semblant." Les vrais loups sont dehors, au coeur du parc, et ils affolent les habitants de la vallée. Les chasseurs veulent tuer les bêtes sauvages. Pis, ils menacent d'éliminer Tambourin, le berger d'Antoine, car, selon la légende, le père de Tambourin parlait aux loups. Pour les villageois, le berger est un loup-garou et c'est lui qui attire ses "frères". Othilie, qui n'a que faire de ces fantasmes et ne craint pas les secrets de la montagne, va réconcilier les uns et les autres. L'Enfant et les loups réunit une belle distribution : Christophe Malavoy (Antoine), Pascale Rocard (déjà présente dans Le Combat des reines, la précédente fiction du réalisateur), et surtout Chick Ortega (Tambourin), loup-garou sauvage et tendre, et la petite Marie Sambourg (Othilie), toute en grâce et en légèreté. La transparence de son regard n'a d'égal que la pureté du paysage. Les images sont superbes, on ressent l'espace et le vertige : Pierre-Antoine Hiroz sait filmer la montagne. Un téléfilm qui a le charme des contes. SANDRINE BOURGUIGNON HORIZONS ENQUETE 6 - LES TUBES DE L' ETE La tchatche des rappeurs marseillais Groupe emblématique d'une ville mosaïque, IAM impose, en 44, avec " Je danse le MIA " la musique et les mots de gamins exclus de la culture officielle DAVET STEPHANE L'engouement de la France pour son grand port du Sud peut aujourd'hui se chiffrer. En millions de places de cinéma pour les contes de l'Estaque de Robert Guédiguian (Marius et Jeannette) ou les courses-poursuites sur la Canebière du Taxi de Gérard Pirès, en cris d'amour et Marseillaise innombrables pour l'enfant de la Castelane, Zinedine Zidane... Et en tomberaux de disques écoulés pour les rappeurs locaux. Vedette incontestée de ce milieu hip- hop, IAM est le groupe symbole d'une ville mosaïque. Si les premières étincelles du renouveau ont sans doute jailli des gradins du Stade-Vélodrome, à la fin des années 80, ces musiciens ont ravivé la flamme de la fierté phocéenne. Une de leurs chansons, surtout, a provoqué le premier emballement national pour la nouvelle culture populaire marseillaise. Evocation drôle et nostalgique des années funk de leur adolescence, Je danse le Mia s'arrachera en 94 à six cent mille exemplaires; le plus gros succès d'un rap français prêt à révolutionner la chanson d'ici. Un tube en forme de flash-back. Au début des années 80... Marseille se noie dans la crise. A la fin du règne de Gaston Defferre, la ville part en quenouille. Déjà privée de son statut de port colonial au début des années 60, marquée plus qu'ailleurs par les deux chocs pétroliers de 73 et 79, La "grande machine à gérer les immigrés", dont parle le sociologue Jean Viard, connaît des ratés. Chômage et drogue rongent les quartiers nord, le centre se paupérise, le port est en faillite. L'image est désastreuse : une ville sale, laide, à la "une" des faits divers. Fusillade du bar du Téléphone, assassinat du juge Michel... Sur ce terreau fleuriront des haines. En 84, lors des élections européennes, Jean-Marie Le Pen arrive ici en tête. La cité compte alors trois vitrines culturelles de prestige : le Théâtre national de la Criée de Marcel Maréchal, le Ballet national de Roland Petit et l'Opéra. Mais on ne retrouve pas l'effervescence des créations "jeunes et populaires" agitée par le ministère Lang. Dans le reste de la France, on parle d' "années rock". "La porte cruelle de l'Orient" décrite par Edmonde Charles-Roux semble préférer les déhanchements plus chauds du funk et du reggae. Les idoles ne sont pas Elvis ou Johnny mais James Brown et Bob Marley. Les rythmes noirs ont des vertus fédératrices. Celles de la danse et de la drague, de la flambe et de la "fièvre du samedi soir". IAM allait, longtemps après, se souvenir de ces moments-clefs où la sensualité afro- américaine rencontrait la culture des minets marseillais. "Je me souviens des soirées / Où l'ambiance était chaude et les mecs rentraient / Stan Smith au pied, le regard froid / Ils scrutaient la salle le 3/4 en cuir roulé autour du bras / Ray Ban sur la tête survêtement Tacchini / Pour les plus classes des mocassins Nebuloni / Dès qu'ils passaient Cameo, Midnight Star / SOS Band, Delegation ou Shalamar / Tout le monde se levait les cercles se formaient / Des concours de danse un peu partout s'improvisaient / Je te propose un voyage dans le temps via / Planète Marseille je danse le Mia." A l'époque, beaucoup se méfient de ces "musiques d'Arabes". "Les boîtes de nuit refusaient leur entrée à la clientèle des quartiers, explique Chill, l'un des chanteurs d'IAM et auteur du Mia. Pour celle-ci, des pseudo-boîtes comme le Shopping, le Wilson ou le Mandingue organisaient des après-midi funk. On y trouvait plus de filles que dans les soirées hip-hop d'aujourd'hui. Les bagarres, pourtant, étaient nombreuses." Ces gamins exclus de la culture officielle et des fêtes en ville, on n'entendra pas leur voix jusqu'à l'éclosion du rap. A ses balbutiements, au milieu des années 80, le rap français a retranscrit sans finesse les codes vestimentaires, les tics musicaux et linguistiques des pionniers d'Amérique. Mais la faculté d'adaptation d'une musique communautaire aux réalités locales étayera les spécificités. Les enfants des banlieues sinistrées allaient s'identifier à la détresse des Noirs Américains. Jusqu'à imposer à leur tour cette "fureur de dire". Dans le Midi aussi, on allait s'approprier l'efficacité de ce vecteur de paroles. Responsable des activités musicales à la friche de la Belle-de-Mai, Ferdinand Richard côtoie depuis longtemps les rappeurs marseillais. "Pendant vingt ans, il y a eu un vide à Marseille autour des musiques actuelles. Puis, quelques DJ de radios libres, comme Philippe Subrini sur Radio Sprint, ont commencé à diffuser du hip-hop et du raggamuffin. La greffe a pris. Sans doute parce que ces musiques sont des prises de parole et que Marseille est une ville de paroles." Dans Total Khéops, son premier roman (au titre emprunté à l'un des morceaux d'IAM), Jean-Claude Izzo écrit : "A Marseille, on tchatche. Le rap n'est rien d'autre. De la tchatche, tant et plus." "Fiers d'être Marseillais !" Ce slogan qui, souvent, partira du Stade-Vélodrome à partir de 86 année de la mort de Gaston Defferre, de sa succession à la mairie par Robert Vigouroux et de la reprise de l'OM par Bernard Tapie, sera au coeur de l'inspiration des tchatcheurs de la Canebière. C'est à Vitrolles, dans le studio d'enregistrement de Massilia, qu'IAM produira sa première cassette (Concept). IAM pour Invasion Arrivant de Mars, Indépendantistes Autonomes Marseillais ou simplement, en anglais, "Je suis", "J'existe". Philippe Fragione, Geoffroy Mussard, Eric Mazel, Pascal Pérez, Malek Brahimi et François Mendy ont longtemps subi la routine d'une ville en décrépitude. Seul remède à l'ennui et aux poches vides, leur passion commune du hip-hop et une imagination qui met en scène le quotidien. Chaque membre de la bande s'invente des personnages au gré de sa fascination pour l'égyptologie, l'Afrique ou l'Extrême-Orient. Philippe, connu aussi sous le nom de Chill, se rebaptise Akhenaton (le nom du premier pharaon à avoir imposé une religion monothéiste); Eric sera Khéops; Geoffroy ou Jo, passionné de kung-fu et de taoïsme, devient Shurik'N; Pascal mue en Imhotep, Malek en Sultan et François en Kephren. Sorti en mars 91, leur premier album, De la planète Mars, rappelle que le Sud a enfanté les civilisations fondatrices. Il évoque le passé glorieux de la cité antique, sa tradition de métissage, vécue au sein même d'un groupe qui rassemble en son sein des gens d'origine italienne (Philippe), malgache (Jo), pied-noir (Pascal), algérienne (Malek), sénégalaise (François) et espagnole (Eric). Insolents, gouailleurs, parfois graves, ces textes scandés avec l'accent témoignent d'une délectable ingéniosité. Entre l'invention lexicale de MC Solaar et l'énergie revendicatrice de NTM, IAM trouve sa voie. Cela ne plaît pas à tout le monde. Le juillet de la même année, l'hebdomadaire d'extrême droite Minute stigmatise ces "purs produits des ghettos maghrébins" et les paroles "haineuses, approximatives et si peu artistiques de leur album", que le journal rebaptise "De la planète meurtre". Le disque connaît un beau succès d'estime mais pas de reconnaissance grand public. Avec ses quarante titres, le deuxième album, Ombre est lumière, affiche, en 93, toute son ambition. La maison de disques, Delabel, en a des sueurs froides. Productrice, en 84, de la première émission de télévision française consacrée au rap ( "Hip-hop" présentée par Sydney) avant de devenir directrice de Delabel, Laurence Touitou se souvient de ses angoisses. "Ce double album, très cher à produire, était un enjeu terrible pour nous. On y croyait, mais il fallait absolument élargir le public du groupe. Or, à l'époque, les radios boycottaient le rap français." Quel single pourrait fournir la clef de cette forteresse effrayée par les rythmes et les discours du hip-hop ? IAM a rapidement eu sa petite idée. "Nous avions écrit le Mia à l'époque du premier album, explique Chill. En tournée, nous nous sommes aperçus que le morceau recevait toujours un bon accueil, alors que les gens ne le connaissaient pas." Le single devait mettre tous les atouts de son côté. Malgré la qualité du texte, la version de la chanson figurant sur l'album manque de l'accroche décisive qui fait les grands tubes. Après brainstorming, le groupe décide d'inclure dans le morceau un sample ou échantillon du Give Me The Night de George Benson. Bingo ! Cette petite boucle, parfaitement évocatrice des soirées décrites dans le Mia, touchera la mémoire affective du plus grand nombre. Autre détonateur, un clip réalisé par Michel Gondry. Une vidéo hilarante, pendant visuel des paroles, à laquelle IAM s'est totalement prêté. Paradoxalement, ce sont les images qui convaincront les radios. "Et puis, souligne Laurence Touitou, il y avait le gimmick : le mia, qu'est-ce que c'est ? Ça nous a offert un axe promotionnel : mettre en avant cette culture de Marseille." Le mia ? Jean-Claude Izzo, dans Total Khéops, en propose une origine : "Cette expression, mia, venait d'Italie. De chez Lancia. Ils avaient lancé une voiture, la Mia, dont l'ouverture dans la fenêtre permet de sortir son coude sans avoir à baisser la vitre. C'était trop pour le génie marseillais ! Des mias, il y en avait plein les bistrots. Frimeurs, magouilleurs. Beaufs." Chill avance une autre version pour cet anagramme d'IAM : "Les voyous marseillais ont sans doute été les premiers à parler verlan. Je pense que mia, c'est ami à l'envers. Pour dire ``Oh l'ami !``, ``Oh pote !``. Mia est synonyme de ``cacou``, ``tintano`` ou ``trente-deux``. ``Trente-deux`` car il y a trente-deux dents dans une bouche. Donc, ``trente-deux`` pour ``menteur comme un arracheur de dents``." Le public aimera la volubilité de ce rap, "pagnolesque" plus que "pagnolade". Sur le Mia, le groupe échantillonnera un extrait du film Marius ( "En français, on dit ``guincher``"). COMME tous les artistes connaissant le vertige du tube, IAM est dépassé par ce single qui reste des semaines au sommet du Top 50. "Le groupe, le rap étaient réduits au Mia, explique Chill. Nous ne voulions pas apparaître comme un groupe faisant des coups." D'un côté, les Marseillais en enregistrant Reste underground se moqueront des puristes qui leur reprochent leur succès; de l'autre, ils prendront soin de ne pas céder aux facilités. Quand, le 13 février 95, IAM est élu "groupe de l'année" aux Victoires de la musique, la petite bande refuse de jouer Je danse le Mia malgré la pression des organisateurs et préfère chanter Sachet blanc, morceau consacré aux méfaits de l'héroïne. L'humeur n'est plus à la rigolade. L'affaire OM-Valenciennes a provoqué la démission de Bernard Tapie et la relégation du club. Si l'électorat du Front national a reculé à Marseille de 25 % à 22 %, l'environnement politique régional s'est assombri. Toulon, Orange, Marignane, Vitrolles... Les cauchemars d'IAM deviennent réalité. Dans la bouche du préfet du Var ou dans celle de Catherine Mégret, le rap devient le symbole de l'anti- France. En mai 95, Ibrahim Ali, un adolescent d'origine comorienne, est abattu par des colleurs d'affiches du FN. Il était membre du groupe de rap B. Vice et rentrait d'une répétition. La noirceur des temps et la colère accumulée expliqueront sans doute le dépouillement inédit de L'Ecole du micro d'argent, troisième album d'IAM, sorti en 97. Grande réussite artistique, ce disque se transformera en formidable succès commercial (700 000 albums vendus). Du projet Euroméditerranée, la ville nouvelle restructurant le port, aux exploits de Gemplus, le roi mondial de la puce électronique, Marseille espère un renouveau. IAM montre l'exemple. En réinvestissant une partie des bénéfices de ses succès dans la scène marseillaise, il a créé une structure de production, Côté obscur, et embauché une douzaine de personnes. Hyperactif comme tous les membres du groupe, Chill prépare cet été le tournage de son premier long-métrage, Comme un aimant, écrit avec son camarade Kamel Saleh. "S'il y a un retour à la prospérité, confie-t-il, il faut que tout le monde en profite et que la ville garde son cachet populaire. Je n'ai vu aucun signe qui allait dans ce sens. Les jeunes ont fait beaucoup d'efforts à Marseille. Au pouvoir de faire des gestes, sinon ça pétera." Comme souvent, le foot apporte un peu de baume au coeur. "Même si cela m'a moins ému que la victoire de l'OM en Coupe d'Europe en 93, celle de l'équipe de France en Coupe du monde a célébré l'image de la société qu'on défend. Son effet vaut 2 000 chansons d'IAM et 10 000 discours politiques." STEPHANE DAVET DOC : avec photo LE MONDE RADIO TELEVISION MULTIMEDIA CINEMA Ciné-massacre chez les petits-bourgeois MONSIEUR COCCINELLE. Réalisée en 38 par Bernard-Deschamps, cinéaste atypique aujourd'hui oublié, une comédie de moeurs grinçante où apparaît une fantaisie poétique qui témoigne de l'influence de René Clair et de Jacques Prévert Les folles amours de tante Aurore et du magicien Illusio SICLIER JACQUES POUR le cinéma français, l'année 38, c'est Entrée des artistes de Marc Allégret, J'étais une aventurière de Raymond Bernard, Hôtel du Nord et Le Quai des brumes de Marcel Carné, La Maison du Maltais de Pierre Chenal, Le Petit Chose de Maurice Cloche, Retour à l'aube d'Henri Decoin, La Fin du jour de Julien Duvivier, Le Roman de Werther de Max Ophüls, La Femme du boulanger de Marcel Pagnol, La Bête humaine de Jean Renoir, Katia de Maurice Tourneur. C'est aussi une comédie, Monsieur Coccinelle, réalisée par un cinéaste atypique, Bernard-Deschamps, mais ce film n'est pas passé à la postérité. Sorti, donc, en 1938, repris à Paris en 41, Monsieur Coccinelle n'a jamais été présenté à la télévision. Il serait, aujourd'hui, complètement inconnu sauf des rares aficionados de son temps ! si René Chateau ne l'avait pas, il y a cinq ou six ans, publié dans sa collection vidéo "Mémoire du cinéma français" avec deux autres films du cinéaste. Or c'est un petit bijou de satire de moeurs et de fantaisie poétique. Né en 92, Dominique Deschamps, qui devint Bernard-Deschamps, tourna divers films de 14 à 23, puis s'éloigna du cinéma où il ne revint qu'avec le parlant. Il réalisa Le Rosier de Madame Husson, d'après Maupassant, en 31, avec Fernandel, La Marmaille, d'après Alfred Machard en 36, Monsieur Coccinelle (dont il écrivit le scénario et les dialogues) en 38, et Tempête, libre adaptation moderne de Ferragus de Balzac, en 39. Ensuite, plus rien. On sait seulement que, de 35 à 55, Bernard-Deschamps fut le collaborateur scientifique du professeur Chrétien, inventeur de l'Hypergonar qui donna naissance au CinémaScope. Il est mort en 1966... M. Coccinelle, prénommé Alfred (Pierre Larquey), est un Français moyen d'une quarantaine d'années, habitant avec sa femme Mélanie (Jane Lory) et deux enfants (qui, dans le film, sont en vacances) le pavillon "Les Cèdres" à Béton-sur-Seine. Il travaille à Paris dans les bureaux des statistiques d'un ministère et sa vie est, sous le contrôle de Mélanie, réglée comme du papier à musique. Alfred Coccinelle a recueilli chez lui sa tante Aurore (Jeanne Provost), vieille demoiselle encore belle. Dans sa jeunesse, Aurore a voulu épouser Illusio (Robert Pizani), un prestidigitateur. La famille a refusé cette "mésalliance". Depuis, Illusio, voyageant de par le monde, envoie à Aurore des lettres qu'elle n'ouvre jamais. Elle va faire exception pour la dernière, postée à Bordeaux. Après tant d'années, Illusio est de retour en France. Il annonce à Aurore qu'il va venir la chercher le lendemain. Sujette à des syncopes, la vieille demoiselle tombe en léthargie sur son lit. Son médecin habituel n'arrivant pas assez vite, un confrère, appelé en renfort, conclut à la mort d'Aurore. Poussé par Mélanie, Alfred Coccinelle prépare les obsèques. La suite ne manque pas d'imprévus. Et l'originalité de ce film tient moins aux péripéties du scénario qu'à la manière dont elles sont filmées. Monsieur Coccinelle se rattache au "réalisme poétique". Pas à celui, virant au noir, de Marcel Carné, Pierre Chenal et Julien Duvivier. Mais à celui qu'avait inventé René Clair, depuis 30, en refusant la dictature du dialogue sur l'image au profit d'un style visuel agrémenté d'effets et de gags sonores. La présentation d'Alfred Coccinelle, au début, comme s'il s'agissait d'établir une carte d'identité, la rencontre avec le percepteur, les "ballets" d'entrée et de sortie des bureaux de fonctionnaires tous semblables, l'annonce du décès de la tante par les voisins et commerçants de Béton-sur-Seine, la manifestation des "fournisseurs" mécontents et les deux apparitions d'Illusio, dans le passé et le présent, portent ouvertement l'influence de René Clair. Tout l'aspect poétique est concentré sur le personnage d'Aurore vivant dans un rêve, se retranchant de l'existence par ses syncopes et attendant, en somme, ce prince charmant qu'est l'illusionniste, deus ex machina du film. On remarquera qu'Illusio, réel ou onirique, parle en vers comme Sacha Guitry. La comédie est, par ailleurs, très grinçante dans la description d'une humanité petite-bourgeoise dont les manies, les préjugés, les défauts, les mesquineries, le matérialisme sont implacablement épinglés par la caméra et caricaturés par des dialogues à l'emporte-pièce dans lesquels on peut déceler une certaine influence du Jacques Prévert de L'affaire est dans le sac, "ciné-massacre" réalisé en 32 par son frère Pierre. Ainsi les retrouvailles avec l'ami Ernest Dulac (René Bergeron) revenu des "colonies" et invité à dîner le soir de la mort présumée d'Aurore. Ainsi les visites à la défunte avant les obsèques, la mainmise de Mélanie sur les objets précieux de la tante, et les disputes autour de l'héritage avec le couple de charcutiers Brutus et Hortense Dupont (Marcel Peres et Yvette Lucas) arrivés en tandem de leur propre banlieue, le bonhomme portant autour du cou la couronne mortuaire (hideuse) destinée aux obsèques. L'intrusion de la fantaisie poétique dans la chronique de moeurs ne fait, à nos yeux d'aujourd'hui, que renforcer la noirceur de la satire. Bernard-Deschamps n'avait sans doute aucune estime pour la classe moyenne, la petite-bourgeoisie française, et il ne l'a pas épargnée, en employant d'excellents acteurs de second plan qui figurent ici autant de personnages typés. Sous les traits du populaire Pierre Larquey, Alfred Coccinelle, lui, manifeste une ambiguïté fondamentale. Rêveur, comme sa tante Aurore, Alfred subit son existence étriquée et le pouvoir de sa femme sans avoir le courage de s'en évader sauf en imagination : dans son jardin-mouchoir de poche, il cultive, sous une cloche, un plan de cèdre du Liban gros comme un haricot. La mort de la tante et ce qui s'ensuit semblent annoncer pour lui un changement qui, au bout du compte, n'a pas lieu. Coccinelle n'ouvre pas ses ailes. Quel film, décidément ! JACQUES SICLIER Mercredi 12 août, 9 heures, Canal Plus. Rediffusions : vendredi 14, 2 heures; lundi 24, 1 h 40. Jane Lory et Pierre Larquey : Madame et Monsieur Coccinelle HORIZONS-ANALYSES Le Monde EDITORIAL Une dictature sans avenir EN monarque javanais, Suharto a régné pendant trente-deux ans sur l'Indonésie. Cet autocrate peu respectueux des libertés a eu au moins le mérite d'amorcer le développement de son vaste archipel en s'appuyant sur l'aide déterminante d'un Occident séduit par son anticommunisme. Cela n'a pas empêché les classes moyennes et les universités de mettre fin à son règne inique et cruel quand la croissance économique n'était plus au rendez-vous. On ne peut même pas créditer les généraux birmans d'accomplissements comparables. Voilà près de quarante ans qu'ils malmènent un pays qui était, à la veille de la seconde guerre mondiale, l'un des plus riches territoires d'Asie. La Birmanie regorge de ressources naturelles. Il n'y a aucune raison matérielle de la voir croupir dans la misère. Le gâchis -gâchis d'abord humain- est d'autant plus scandaleux. Pas plus que la première, la deuxième génération de généraux, qui s'est installée aux commandes voilà dix ans au prix d'un bain de sang, n'a jeté aucune fondation pour le développement. Les méthodes de la junte sont tout simplement inhumaines, dignes d'un âge médiéval. Toute opposition est jugulée. On pratique encore aujourd'hui, en Birmanie, la corvée, le travail forcé de populations enchaînées, fers aux pieds. En dépit de recettes tirées sans scrupule de la drogue, l'économie est au bord de la faillite. Seules les forces armées, instrument de répression interne en l'absence de toute menace extérieure, se sont refait une santé. Avec pour seul ami Pékin, le régime se maintient par la terreur. Croyant étouffer le souvenir des massacres de 88, il isole Aung San Suu Kyi, cette femme qui symbolise maintenant la liberté pour son pays. Un bref espoir d'ouverture, au milieu des années 90, n'a pas été concrétisé. La Birmanie est revenue au point mort. Certes, la configuration ethnique de l'Union birmane est une donnée majeure qui rend la situation particulièrement complexe, plus encore que celle de l'Indonésie. Au lendemain de l'indépendance acquise en 48, le régime parlementaire avait échoué à faire cohabiter les Birmans de la plaine, son élite brillante, avec les peuples montagnards de la périphérie. Depuis le coup d'Etat de 62, les généraux n'ont répondu à cette grave question que par la trique. Depuis 1988, aucune stratégie n'a été élaborée pour tenter de déboucher sur autre chose que des paix précaires et armées avec des chefs de guerre souvent douteux. La junte a peut-être encore quelques années devant elle, mais elle ne sait offrir aux Birmans que la désespérance. Que le changement se fasse à l'occasion d'une implosion des forces armées ou d'un soulèvement populaire, il sera, le moment venu, brutal. Et les plaies, longues à panser. Même si les moyens de pression du monde extérieur sont limités, mieux vaudrait donc qu'il s'emploie à ce que le changement, là aussi, intervienne le plus tôt possible. Investir dans une dictature n'est jamais un bon placement. LE COURRIER DES LECTEURS Le mythe du naturel GODIN CHRISTIAN La récente affaire de dopage des cyclistes du Tour de France révèle au moins autant la contradiction dans laquelle se débat notre société que la mauvaise foi des sportifs et des organisateurs. Le scandale apparaîtra au public d'autant plus grand que la nature véritable du sport est oubliée : un spectacle qui vise à l'élection des seuls et rares meilleurs. Dans l'univers sans loi de la concurrence où le meilleur sera confondu avec l'image la plus performante c'est la définition même du spectacle, qu'il soit cinéma, télévision ou sport, il est nécessaire que les moyens les plus artificiels soient utilisés pour produire l'illusion payante. Puisque les actrices se font gonfler les seins à la silicone et les lèvres à la graisse de boeuf, pourquoi les sportifs n'en feraient-ils pas autant pour leurs muscles ? Le public moderne de spectacles frelatés le cinéma et le sport en sont les deux plus manifestes illustrations est schizophrène au point d'admirer les effets en gémissant sur les causes : on admirera l'exploit, mais l'on s'indignera de la manière dont il a été accompli, comme s'il y avait encore, dans le monde du spectacle qui est celui de l'artifice par excellence, une place pour le naturel, c'est-à-dire le corps tel que le hasard l'a fait (...). L'exploit qu'il soit du sportif ou du top model est pour le corps une catastrophe. Seulement, c'est une catastrophe séduisante et qui rapporte beaucoup d'argent. Un sport sans drogue est aujourd'hui aussi impossible qu'une photographie sans cadrage ou mise en scène (ah, le mythe tenace du naturel en image !). CHRISTIAN GODIN LA VARENNE (VAL-DE-MARNE) LE COURRIER DES LECTEURS L'exemple espagnol GRALL CECILE Il n'est guère surprenant que Marc Fumaroli, fougueux champion de l'immobilisme culturel, répande les flots de son éloquence pour condamner, au nom de l'Académie française, la féminisation des titres de fonctions. On reste néanmoins consterné par le niveau d'une argumentation pseudo-grammaticale et réellement paralogique, pimentée de vulgarité racoleuse, qui ne confirme que trop la piètre opinion des linguistes et lexicographes sur les compétences de l'Académie : le genre neutre n'existant pas en français, il faudrait généraliser l'emploi du masculin pour "neutraliser" les féminins indésirables ( "académicienne", par exemple ?). Que M. Fumaroli, au lieu de resservir l'antienne sur les ravages du féminisme ou de la political correctness, daigne s'intéresser à une langue néo-latine dotée de remarquables capacités d'adaptation tant morphologiques qu'orthographiques : l'espagnol. Là non plus, le genre neutre n'existe pas : et précisément parce qu'il n'existe pas, tous les titres sont féminisés, en conformité avec la grammaire et avec la logique : la decana (la doyenne de faculté), la diputada, la ministra, la presidenta, la senadora, etc. CECILE GRALL TALENCE (GIRONDE) LE COURRIER DES LECTEURS Discours crypto-raciste NETTER JEAN PIERRE La réalité linguistique du français, c'est qu'on continue à parler de "ménagère" et de "repasseuse" sans qu'il existe de masculin et d' "ambassadeur" ou de "professeur" sans qu'il existe de féminin. Cela ne me paraît nullement relever d'un genre neutre mais reflète un choix de société. Mme Harriman a beau jeu, dans ces conditions, de rejeter le terme d'ambassadrice appliqué à son encontre, ce dernier désignant toujours non pas la fonction mais la position d'épouse d'ambassadeur à qui est dévolue la lourde charge de soulager le travail du mari en termes de réception mondaine à l'instar de Mme la préfète ou de Mme la présidente. (...) Là où le genre du français devient franchement dégueulasse, c'est quand il finasse : ainsi, "secrétaire" est exclusivement féminin pour les tâches subalternes et exclusivement masculin pour les tâches à responsabilités. Nous sommes toujours dans le discours crypto-raciste. (...) M. Fumaroli nie cette réalité pour se retrancher dans le pré carré du bon usage. JEAN-PIERRE NETTER PARIS LE COURRIER DES LECTEURS Docteur Freud, au secours ! MESNARD CHRISTINE Je ne souhaite pas m'attarder sur la pertinence au fond de la réflexion de M. Fumaroli. Je suis une prof et mes élèves n'ont pas subi d' "oukase capricieux" (une femme peut-elle être autre qu'autoritaire et capricieuse ?) par "foucade" (sic) pour parler de la ministre de l'emploi. Je désire simplement évoquer le "ridicule" et l' "odieux" non pas de la féminisation des titres mais des arguments de Monsieur l'Académicien. Docteur Freud, au secours ! Comment imaginer que mairesse, maîtresse, doctoresse puissent rimer avec d'autres mots que "fesse, borgnesse et drôlesse"... Sagesse, justesse, adresse ou richesse (d'esprit) seraient en effet impropres. Le féminin de recteur, "rectale" ? Quelle finesse ! "Madame la ceci ou cela" opposée à "Madame le recteur", quelle délicatesse ! L'auteur stigmatise la comédie de boulevard, le fanatisme, le dogmatisme (n'en jetez plus) et le créole (resic) qui se profilerait à cause de quelques femmes triomphantes... Monsieur l'Académicien propose une vérité établie étriquée. CHRISTINE MESNARD ANGOULEME (CHARENTE) LE COURRIER DES LECTEURS Le point de vue de Marc Fumaroli, professeur au Collège de France et membre de l'Académie française, publié dans Le Monde du 31 juillet sous le titre "La querelle du neutre", a suscité de nombreuses réactions. Nos correspondants répondent notamment à l'affirmation de l'auteur selon laquelle les fonctions dans la vie publique sont du genre masculin parce que celui-ci est l'héritier du neutre. Plusieurs lecteurs reviennent également sur la question du dopage dans le sport et sur l'enquête judiciaire qui a perturbé le récent Tour de France cycliste. LE COURRIER DES LECTEURS Les deux visages du pouvoir MOLINIER CLAUDE Etrange débat que celui de la langue qui débat d'elle- même, et pourtant, c'est là partie si sensible que la France en tressaille à chaque fois. Donc, les fonctions administratives incarneraient le neutre. Ainsi point de coup d'Etat sexiste. Comme il pleut, on dit "il gouverne", et toutes les grenouilles d'applaudir à la pluie du prince. Ah ! Dame neutralité, belle dame sans merci pour dorer la pilule à l'archétype du pouvoir. Alors vite, la Révolution et une nouvelle nuit du 4 août féminisée... Le ridicule étant au rendez-vous, rien ne bouge. Mais nous les hommes, les forts de l'épée et du concept, ferions bien de nous pencher un peu à l'écoute de nos compagnes pour découvrir peut-être une autre perception du monde : celle qui ne serait pas l'envers d'une vision dominante et qui ne se déroberait pas dans la neutralité; celle qui reconnaîtrait que le fonctionnaire du pouvoir, à l'image du pouvoir et de Dieu, peut avoir deux visages, l'un masculin et l'autre féminin. (...) Que faire quand une civilisation abordant ce partage de la vie entre hommes et femmes en termes politiques et culturels est devenue objet d'un négationnisme enfoui dans l'Histoire ? Eh bien, laisser parler cette pythie usurpatrice sur son trépied académique et sourire... Mânes des troubadours, vous continuez à hanter l'Europe et particulièrement la France ! CLAUDE MOLINIER LA SALVETAT (HERAULT) LE COURRIER DES LECTEURS Mécanique judiciaire BEUNAT MARIO Le pouvoir sportif, en refusant de s'attaquer au problème récurrent du dopage chez les coureurs, qu'il connaissait parfaitement, a rendu inévitable l'intervention de la justice sur le Tour de France cycliste. Une fois la mécanique judiciaire enclenchée, aucune considération, même la popularité du Tour, ne peut plus l'arrêter. Il aurait été bien préférable que cette procédure fût engagée dès la saisie au mois de mars de produits interdits dans une voiture de l'équipe TVM au lieu d'attendre une saisie comparable dans un véhicule de l'équipe Festina avant le départ de la Grande Boucle. Pourquoi en effet tant de discrétion en mars et un tel raffut médiatique en juillet ? N'aurait-il pas mieux valu, là aussi, différer l'action judiciaire et attendre la fin du Tour ? Autre réflexion provoquée par l'intervention de la police sur commission rogatoire d'un juge d'instruction. Elle a mis en évidence le scandale de la garde à vue telle qu'elle est pratiquée en France au mépris des droits élémentaires de la personne humaine puisque des témoins sont considérés comme des coupables et traités comme tels. Trop de juges d'instruction à l'ego surdimensionné abusent en outre de la détention provisoire, qui ne devrait être que l'exception. Certains l'utilisent même comme un moyen de pression pour obtenir des aveux, ce qui est tout à fait contraire à la loi, qui prévoit avec précision les motifs justifiant une incarcération. (...) Ce sont donc les méthodes qui sont critiquées, à juste titre car, sur le fond, il est tout à fait normal qu'une enquête sur le dopage permette d'aboutir à l'éradication de ce fléau que les instances sportives, soumises à la loi du silence, se sont avérées incapables de combattre. MARIO BEUNAT NICE (ALPES-MARITIMES) Question de confiance TARDY MARCEL M. PAUL REYNAUD, ministre des finances, a consacré hier une grande partie de son discours devant l'Assemblée nationale à l'analyse de la situation économique et financière du pays. C'est qu'en effet son programme en découle logiquement. Il est des impératifs économiques qui priment toutes les questions de personnes et de partis. Sans l'aide américaine, les Français ne pourraient avoir qu'un niveau de vie très bas. Mais elle ne durera pas toujours. Nous devons donc nous équiper, augmenter notre production, développer nos exportations. Les moyens d'action demandés par le gouvernement lui permettront de favoriser ce relèvement. Mais la politique générale et les réformes plus particulières envisagées par M. Paul Reynaud, comme celle des services publics et des entreprises nationalisées, ne peuvent donner leurs fruits qu'à longue échéance. Or dès maintenant un problème urgent se pose, celui des finances et de la monnaie. Sans monnaie saine, point d'économie saine. Il y a lieu de prévoir cette année un déficit budgétaire de 100 milliards et un déficit de trésorie de 100 milliards également. N'espérons pas que les réformes projetées, si efficaces qu'elle puissent être, permettront de combler ce trou. Que faire ? L'Etat dispose encore d'une marge d'avances de 70 milliards à la Banque de France. Le plafond des avances pourrait être relevé. M. Paul Reynaud ne le veut pas, car ce serait l'inflation. Reste donc l'emprunt. Emprunt ou inflation, voilà l'alternative. Mais l'emprunt suppose la confiance. MARCEL TARDY (10 août 48.) LE COURRIER DES LECTEURS Opération "sports propres" BRANCHEREAU JEAN LOUIS En 92, éclatait en Italie, grâce au courage, à la compétence et à l'obstination d'une équipe de magistrats milanais, sous la houlette du juge Di Pietro, l'opération "mains propres" : le vaste réseau de corruption qui impliquait nombre d'hommes politiques et d'hommes d'affaires haut placés éclaboussait toute l'Italie, mais plus encore l'Italie du Nord que beaucoup croyaient au-dessus de tout soupçon. Le scandale fut énorme et les réactions passionnées. Certains dirent que l'image de l'Italie était plus que jamais ternie, d'autres, les plus lucides, comprirent que ce coup de balai était nécessaire pour assainir la situation du pays et que l'Italie, qui avait le courage de dénoncer publiquement ses tares, n'était pas, tout compte fait, aussi "pourrie" qu'il pouvait sembler. Le scandale suscité par les enquêtes policières diligentées par la justice française à propos des coureurs du Tour de France est du même ordre et doit susciter les mêmes réactions. Que l'image du Tour de France soit ternie, au grand dam des sponsors et autres grands manipulateurs d'argent, c'est évident. Mais si dopage il y avait, c'est-à-dire trafic de produits interdits dont les coureurs sont les victimes plutôt que les bénéficiaires, ce grand coup de balai était nécessaire et il faut saluer le courage des autorités judiciaires qui ont bravé les plus hauts dirigeants sportifs, avec l'appui du ministère des sports. L'opération "sports propres" est lancée : il faut qu'elle continue, car c'est l'avenir qui est en jeu. JEAN-LOUIS BRANCHEREAU SAINT-LAURENT-DU- VAR (ALPES-MARITIMES) JOURNAL OFFICIEL Au Journal officiel du jeudi 6 août est publié : Logement : un décret modifiant le code de la construction et de l'habitation, en ce qui concerne la participation des employeurs à l'effort de construction. Au Journal officiel du vendredi 7 août est publié : Enseignement : un décret modifiant les taux de rémunération des heures supplémentaires d'enseignement effectuées par des personnels enseignants des établissements du second degré. CARNET DISPARITIONS JEAN WAGNER JEAN WAGNER, critique de jazz et spécialiste du cinéma américain, est mort mardi 4 août, à Montrouge (Hauts-de-Seine), des suites d'une attaque cérébrale. Il était âgé de soixante-neuf ans. Né à Bruay-en-Artois (Pas-de- Calais) le 28 décembre 28, ancien journaliste à l'Agence France-Presse (AFP) qu'il avait quittée en 87, Jean Wagner a été un des piliers de Jazz Magazine et a tenu pendant longtemps la chronique jazz de l'hebdomadaire Télérama. Il était l'auteur notamment du Guide du jazz, initiation à l'histoire et l'esthétique du jazz (1986), dont la cinquième édition venait de paraître aux éditions Syros. Avec Frank Ténot et Daniel Filipacchi, il avait publié en 64 Mais oui, vous comprenez le jazz aux Editions du Jour/Paul Legrain. Grand connaisseur du cinéma américain, Jean Wagner a collaboré aux Cahiers du cinéma et a consacré des ouvrages notamment à Anthony Mann, Nicholas Ray (éditions Rivages) et publié une Anthologie du cinéma. Il était aussi l'auteur d'un essai sur Jean-Pierre Melville (Seghers). Jean Wagner avait en outre écrit des poèmes et plusieurs romans : Khamsin (1971, Editeurs Français Réunis), La Ballade du nègre blanc (1987, Robert Laffont), Scénario pour une inconnue (1990, Jean Picollec), Un jour dans la vie (1995, Le temps des cerises). CARNET DISPARITIONS CLAUDE FANJAS CLAUDE FANJAS, directeur adjoint de la rédaction des Echos jusqu'en 97, est mort dimanche 2 août, à l'âge de soixante-huit ans. Pendant une dizaine d'années, il avait souvent signé l'éditorial du quotidien économique, toujours signé du pseudonyme de Favilla. Né le octobre 29 à La Tronche (Isère), Claude Fanjas a tout de suite choisi, dès 56, le métier de journaliste économique. Avec une licence de droit en poche, il a occupé les fonctions de rédacteur en chef adjoint du Bulletin économique SED, puis de responsable de Lorraine Magazine, avant d'intégrer, en 65, le quotidien Les Echos. D'abord journaliste au service industrie, puis chef du service des informations industrielles, rédacteur en chef adjoint, Claude Fanjas a été rédacteur en chef du quotidien de 1981 à 86, avant d'être directeur adjoint de la rédaction de 1986 à1997. Il a largement contribué à l'essor du journal, en ayant toujours le souci de mettre à la portée de tous les questions économiques et la vie des entreprises. 0 ENTREPRISES MALGRE LEURS DEBOIRES, LES BANQUES BRITANNIQUES RESTENT TRES RENTABLES Des résultats contrastés Hongkong and Shanghai Banking Corp : 2,4 milliards de dollars de résultat net au premier semestre 98 ( 16 % sur le premier semestre 97) et rendement sur fonds propres de ,5 %. Barclays : 887 millions de livres ( 1,8 %) et 23 %. National Westminster : 715 millions de livres (+ 46 %) et ,1 %. Halifax : 575 millions de livres (+ 8 %) et 16,1 %. Lloyds TSB : 924 millions de livres ( %) et 33,7 %. Abbey National : 514 millions de livres (+ 10 %) et 22,8 %. Standard Chartered : 264 millions de livres ( 10 %) et 20,9 %. 0 ENTREPRISES LUXE Laurent Perrier veut réussir dans le champagne en solitaire Tandis que ses principaux rivaux s'adossent à des grands groupes industriels, une des plus grandes maisons de la Marne fait le choix inverse. Elle se sépare de son actionnaire de référence, le groupe britannique Diageo, et redevient indépendante RISSER HELENE UNE MAISON de champagne qui a des ambitions internationales peut-elle réussir hors du giron d'un grand groupe industriel ? C'est la question que pose Laurent Perrier, le numéro cinq du secteur. Il y a cinq ans, ce producteur était aux abois, après s'être diversifié de façon hasardeuse dans les vins de Bourgogne et de Bordeaux. En 93, le groupe agroalimentaire britannique GrandMet aujourd'hui devenu Diageo après avoir fusionné avec son compatriote Guinness l'avait tiré de ce mauvais pas en entrant dans son capital à hauteur de 22,4 %. A peine remise sur pied, la société champenoise reprend son indépendance en rachetant cette participation (Le Monde du 6 août). "Laurent Perrier redevient exclusivement familial", a déclaré Yves Dumont, président du directoire de ce groupe champenois (marques Laurent Perrier, de Castellane, Salon/Delotte et Joseph Perrier), fondé en 12 et détenu par la famille de Nonancourt. Ce choix se démarque de celui de ses concurrents, adossés, pour la plupart, à des multinationales dotées de puissants réseaux de distribution à l'étranger. Ainsi Moët et Chandon, Veuve Clicquot, Ruinart et Mercier appartiennent au géant du luxe LVMH, Mumm et Perrier Jouët ont été rachetés par le groupe de spiritueux canadien Seagram. PROFIL IDÉAL En ouvrant son capital à GrandMet, Laurent Perrier comptait bénéficier de la puissance de son nouvel actionnaire. Grâce au réseau de distribution de ce dernier, il espérait renforcer sa présence sur les marchés tiers, notamment en Allemagne, aux Etats-Unis, en Belgique, en Hollande et en Italie. Mais les rapports entre les deux partenaires se sont déteriorés. "Nous avons constaté que nous étions très faibles dans les pays où nous dépendions du britannique, alors que nous nous en sortions beaucoup mieux en France, en Grande-Bretagne et en Suisse où nous disposons nos propres forces de vente", explique Yves Dumont. Les accords entre les deux groupes seront donc résiliés avant le janvier 99. Laurent Perrier est en négociation pour trouver d'autres distributeurs, mais il a déjà défini le profil idéal : un spécialiste des vins haut de gammme, capable de parler millésime et grands crus, afin de s'imposer chez les restaurateurs et les détaillants spécialisés. "Cette compétence, indispensable pour bénéficier d'une bonne image de marque, faisait défaut au réseau de GrandMet, dont les principales marques (Smirnoff, J & B, Baileys...) sont des standards faciles à diffuser en grandes surfaces", assure Yves Dumont. Autre motif de rupture : la fusion de GrandMet avec Guinness (comptant LVMH comme principal actionnaire) qui donna naissance, fin 97, à Diageo, un mastodonte de plus de 130 milliards de francs de chiffre d'affaires. "Avec nos 786 millions de francs, nous ne pesions plus assez lourd pour demander des efforts de commercialisation supplémentaires", ajoute M. Dumont. Fort de sa nouvelle autonomie, Laurent Perrier, qui réalise 70 % de son chiffre d'affaires à l'exportation, compte désormais améliorer son système de distribution à l'étranger. Objectif : rattraper ses concurrents qui gagnent du terrain sur les marché européens (hors France), en hausse de 12 % par an, contre 3 % à 4 % dans l'Hexagone. "Le marché français est arrivé à maturité. Dorénavant, les marges et la croissance se feront à l'exportation", confirme Daniel Lorson, responsable du Centre interprofessionnel des vins de Champagne, tirant les leçons de la crise du début des années 90. L'effondrement de la demande et la baisse des prix avaient alors fait plonger les producteurs les moins diversifiés. Laurent Perrier n'avait pas été épargné. Aujourd'hui, les résultats de cette vieille maison sont redevenus positifs (60 millions de francs de bénéfice net cette année, contre 13 millions de perte l'an dernier) et son endettement a fortement diminué. Reste que sa nouvelle indépendance n'est pas facile à assumer. Avant de reprendre sa liberté, Laurent Perrier a dû racheter, pour un montant tenu confidentiel, la part de son capital détenue par le britannique. Cette immobilisation risque, à terme, de grever ses capacités de développement. Le groupe familial pourrait alors être contraint de trouver de nouveaux partenaires pour financer sa croissance sur ce marché de prestige qui, en s'internationalisant, requiert des investissements marketing et commerciaux de plus en plus importants. HELENE RISSER DOC AVEC UN TABLEAU "les grandes maisons" 0 ENTREPRISES Malgré leurs déboires, les banques britanniques restent très rentables FAY SOPHIE LES BANQUES britanniques sont très rentables, nettement plus que les établissements français et allemands. Les déboires qu'elles ont connus au premier semestre de l'année crise asiatique, scandale des retraites en Grande- Bretagne n'y ont rien changé. Malgré la baisse de son résultat, la Hongkong and Shanghai Banking Corp (HSBC), première banque mondiale par le montant de ses fonds propres, affiche 14,3 milliards de francs de bénéfice pour le seul premier semestre. C'est le groupe Lloyds TSB, cinquième banque, spécialiste des services financiers aux particuliers en Grande-Bretagne, qui garde la palme de la rentabilité, avec un rendement sur fonds propres de plus de 33 %. Le groupe HSBC et la Standard Chartered Bank, historiquement très présentes en Asie, ont subi le contre- coup de la crise financière qui secoue toujours cette zone géographique. Toutes deux ont plus que quadruplé leurs provisions par rapport à celles passées au premier semestre de 98 : 6,8 milliards de francs pour le groupe HSBC et 1,8 milliard pour la Standard Chartered, neuvième banque britannique. HSBC a précisé avoir gardé "comme deuxième ligne de défense" la provision générale de 290 millions de dollars (1,7 milliard de francs) arrêtée fin 97, qu'elle n'a pas encore utilisée. Son directeur général, Keith Whitson, a souligné que l'effort supplémentaire s'expliquait surtout par la baisse de qualité de crédits en Thaïlande et en Indonésie. A Hongkong, la banque a surtout passé des provisions pour couvrir des risques pris par des entreprises locales dans d'autres pays d'Asie, et "très très peu" pour couvrir des défaillances sur les crédits hypothécaires accordés aux ménages de la ville. Malgré ces montants exceptionnels de provisions, l'activité des deux banques est restée très soutenue. Beaucoup d'établissements se retirent de la zone asiatique ou sont trop empêtrés dans leurs problèmes financiers pour continuer à prêter. Il y a une pénurie de crédits bancaires, le fameux credit crunch. Les quelques banques qui restent attirent de nouveaux clients et peuvent pratiquer des marges plus élevées, expliquent les dirigeants de la banque. Sur leur marché domestique, les banques britanniques ont aussi subi un revers : elles sont obligées de passer des provisions massives pour indemniser les particuliers britanniques, piégés dans le scandale des plans de retraite individuels. A la fin des années 80, à la suite d'une libéralisation des mécanismes de retraite outre- Manche, banques et compagnies d'assurance-vie ont conseillé à leurs clients de laisser tomber leurs sytèmes de retraite d'entreprise et d'Etat et d'opter pour des plans individuels, qui se sont révélés quelques années plus tard bien peu avantageux. Les établissements financiers doivent indemniser les victimes de leurs mauvais conseils. Il en a coûté 400 millions de livres (3,9 milliards de francs) au groupe Lloyds TSB, qui a, au total, provisionné 700 millions de livres du fait de ce scandale. Les provisions de la Midland Bank (groupe HSBC) ou de NatWest sont de l'ordre de 500 à 600 millions de francs. RECENTRAGE STRATÉGIQUE Les deuxième et troisième banques britanniques, Barclays et NatWest, ont tiré parti du recentrage stratégique déchirant opéré l'an dernier : elles s'étaient séparées de leurs banques d'affaires filiales, jugées trop peu rentables par leurs actionnaires, pour ne garder que quelques activités de marché bien ciblées et se concentrer sur leurs activités de banque commerciale. NatWest en a le plus bénéficié, Barclays souffre encore d'une progression soutenue de ses frais généraux due, selon ses dirigeants, aux frais d'adaptation à l'euro et à l'an 2000. De plus en plus concentrées sur leur marché domestique à l'exception notoire d'HSBC et de StandChart, les banques britanniques ont encore connu une activité soutenue au premier semestre. Les résultats des spécialistes du crédit hypothécaire immobilier (Abbey National, Halifax, qui vient d'acheter Birmingham Midshires...) en témoignent. Le ralentissement de l'économie britannique jette toutefois une ombre sur l'avenir. Les provisions domestiques risquent d'avoir touché un point bas. NatWest prévoit une croissance du produit intérieur brut de l'ordre de 1 % en 99, contre 3 % au premier trimestre de 98 et 2,6 % au deuxième. Son directeur général, Derek Wanless, a indiqué qu'en conséquence la banque avait une politique de crédit très prudente. "Je suis inquiet, mais pas très inquiet", a renchéri Martin Taylor, le directeur général de la Barclays. SOPHIE FAY 0 ENTREPRISES FRANCK RUSSELL : racheté par Northwestern Mutual Spécialisé dans le conseil en gestion d'actifs, notamment auprès des fonds de pension, la société américaine Franck Russell devrait être rachetée par un assureur du Wisconsin, Northwestern Mutual, selon le Financial Times daté 8-9 août. La transaction s'élèverait à 1 milliard de dollars (6 milliards de francs). 0 ENTREPRISES EDS : valeur des actions et démission de son président Les Alberthal Les actions de la société américaine de services informatiques, ex-filiale de General Motors, ont bondi de 14 % vendredi 7 août, après l'annonce de la démission de son président, Les Alberthal. Son départ était réclamé par les fonds de pension actionnaires de la société, qui estiment insuffisante la rentabilité d'EDS. M. Alberthal a touché un chèque de dédommagement de 35 millions de dollars (210 millions de francs). 0 ENTREPRISES DÉPÊCHES IBM : met fin au financement des jeux olympiques, étant en désaccord avec le CIO, Comité olympique international Le géant américain de l'informatique, sponsor des Jeux olympiques depuis quarante ans, a décidé de mettre fin à ce financement. Le groupe est en désaccord avec le Comité olympique international (CIO), qui veut faire entrer d'autres sociétés d'informatique parmi ses partenaires. Le budget d'IBM pour les derniers Jeux d'hiver, à Nagano, a été estimé à 100 millions de dollars. 0 ENTREPRISES L'industrie informatique mondiale franchit un nouveau cap LE CHIFFRE D'AFFAIRES de l'industrie informatique mondiale a dépassé les 1 000 milliards de dollars (6 000 milliards de francs) en 97, a indiqué, vendredi 7 août, le groupement industriel américain des technologies de l'information (ITI). Les ventes dans ce secteur ont atteint 1 027 milliards de dollars, soit 8 % de plus qu'en 96. L'ITI prend en compte les ventes d'ordinateurs et d'équipements annexes, de logiciels, de services informatiques, de systèmes pour entreprises, et d'équipements et de services de télécommunications. Les entreprises américaines ont enregistré des ventes de 804 milliards de dollars, soit 80 % du total. Depuis 87, date à laquelle leur volume d'activité s'élevait à 391,4 milliards de dollars, les groupes américains ont connu une croissance annuelle moyenne de 7,5 %. "Ces chiffres montrent clairement que l'industrie informatique est un moteur de notre économie", a souligné le président de l'ITI, Rhett Dawson. 0 ENTREPRISES PRODUITS MYTHIQUES LA CLE FACOM 101 OU CLE ANGLAISE 3 - "Madame 101", indispensable compagne des hommes d'atelier Nous publions une série d'articles, illustrés par Jacques Valot, sur les produits mythiques qui traversent les modes et les époques. GALINIER PASCAL Dans la maison, on parle encore avec respect de "Madame 101", le surnom que lui avaient donné les cheminots qui en étaient les utilisateurs exclusifs lors de son lancement, en 1918. La clé Facom no 101 fête cette année ses quatre-vingts ans. C'est une grand-mère alerte, qui a traversé le siècle dans les coulisses de la société industrielle et généré une nombreuse descendance, restée fidèle à son principe de départ : prolonger la main de l'homme, qui "restera indispensable" malgré l'évolution technologique. Louis Mosès, le fondateur de la société Facom, d'origine péruvienne, avait été impressionné, en tant que jeune ingénieur des Arts et Manufactures (la future école Centrale), par "l'abondance de matériel et l'avancée des techniques industrielles" déployées par les Américains sur les champs de bataille de la Grande Guerre. "La première guerre mondiale a définitivement consacré le triomphe de la mécanique et de la technique sur la force et le courage des hommes. Les machines vont révolutionner le monde du travail, comme elles ont bouleversé l'art des batailles", prophétise-t-il en 18. C'est en achetant le brevet américain d'une simple clé à molette qu'il va lancer son entreprise. Il la baptise pompeusement "Franco- américaine de construction d'outillage mécanique" (Facom), "pour se donner une image de sérieux, de qualité et de modernisme", explique une plaquette de présentation. La "clé 101", forgée dans un petit atelier parisien, à proximité de la gare de Lyon, sera d'abord un produit unique vendu à un type de client unique (les compagnies de chemin de fer, pas encore fédérées au sein de la SNCF). Mais elle va vite devenir un best-seller. "Pour être objectif, il faut avouer qu'elle ressemblait étrangement à la clé américaine Clyburn dite "clé anglaise"", reconnaît-on chez Facom. Un concept aussi inaltérable que l'acier dont est fait l'outil. Le manche en fonte brunie a aujourd'hui cédé la place à une clé forgée d'une pièce dans un bloc d'acier. Le profil et l'inclinaison de la tête sont désormais calculés par ordinateur pour optimiser l'efficacité et la rapidité du serrage. Le forgeage à froid tend progressivement à remplacer l'antique marteau-pilon, qui n'est plus utilisé que pour les outils de grosse taille. Dès les années 20, Louis Mosès, toujours inspiré par l'Amérique, mise sur l'automobile et l'aéronautique. Il réalise pour Renault une clé à crémaillère et pour Peugeot une clé anglaise garnie d'un manche de bois. Il importera aussi l'idée des clés "à pipe" ou "à tube". En 33, Facom devient le fournisseur de la toute nouvelle compagnie Air France. Louis Mosès en profite pour créer le logo de Facom, un boulon ailé, qui demeure l'emblème de la firme. Longtemps les outils, forgés en région parisienne, seront livrés en voitures à cheval. Elles préfigurent les 120 camionnettes de démonstration qui effectuent aujourd'hui 100 000 visites annuelles d'usines, ateliers et autres garages à travers l'Europe, pour entretenir l'image de la marque auprès de ses utilisateurs. Homme de commerce autant que d'industrie, Louis Mosès lance le premier catalogue Facom en 1924. Au début des années 30, il compte quelque 500 références. Il y en a 8 569 dans la dernière édition, imprimée en 96 à 800 000 exemplaires et en treize langues. En 37, apparaissent les premiers outils à douille et les premières clés chromées. A la veille de la seconde guerre mondiale, Facom a installé ses clés dans le paysage industriel français. Le fils de Louis Mosès, André, reprend les rênes de l'entreprise en 45, à vingt-neuf ans. Il les gardera jusqu'en 74, année de sa mort. Sous sa férule, la PME paternelle est devenue un groupe international, grâce à un audacieux mélange d'innovations techniques et commerciales. Dans les années 50, un certain Yves Carof, inventeur génial travaillant en exclusivité pour l'entreprise mais qui se fera habilement payer en royalties dépose quelques brevets appelés à un grand avenir : la clé à "cliquet" ou la pince-étau, par exemple. Il perfectionne aussi la vieille clé à molette en y introduisant un système de "rattrapage de jeu". Mais c'est sur le plan commercial qu'André Mosès va le plus innover. Il fait du catalogue Facom la véritable "bible des ateliers" et lance sur les routes les fameuses camionnettes chargées de répandre la bonne parole. Il constitue un réseau de distributeurs exclusifs totalement dévoués à la cause et s'assure de la fidélité de ses salariés les "facomards" en lançant une politique d'intéressement du personnel d'avant-garde en 59. Enfin, dès 1952, il ose la fameuse "garantie à vie" sur les outils, qui contribuera plus que tout à forger la réputation de Facom. "Madame 101" peut tirer sa révérence : elle est entrée dans l'éternité. PASCAL GALINIER DOC AVEC UN DESSIN DE JACQUES VALOT 1 PLACEMENTS ET MARCHES Marché international des capitaux : à la recherche de placements sûrs VETTER CHRISTOPHE DES DERNIERS développements de la crise asiatique, le plus inquiétant concerne l'éventualité d'une dévaluation de la monnaie chinoise. Cette perspective a renforcé l'attrait des placements jugés les plus sûrs, faisant diminuer encore les rendements des obligations des grands Trésors publics occidentaux. Dans une conjoncture aussi incertaine, voir les capitaux se porter en masse vers les titres des Etats-Unis ou d'Allemagne n'a donc rien de surprenant. Les deux pays n'empruntent que dans leur propre devise. Le dollar et le deutschemark sont les principales monnaies de réserve. Il est cependant plus frappant de constater que le mouvement s'est propagé aux titres de toute première qualité libellés en écus et dont la valeur peut déjà être exprimée dans un même montant d'euros. Les grands emprunts internationaux en écus/euros, contractés au premier semestre par l'Italie ou la Suède, par exemple, n'ont cessé d'être en vedettes depuis leur lancement. Un autre pays européen, le Danemark, vient d'émettre deux emprunts plus petits, l'un de 130 millions d'euros et l'autre de 98 millions qui sont encore plus significatifs de l'évolution de la demande. Ces deux affaires sont dirigées par des intermédiaires financiers d'origine japonaise. Daiwa pour la première d'une durée de cinq ans et Nikko pour la seconde qui viendra à échéance dans trois ans. Destinées à l'évidence à se placer au Japon, elles répondent bien à l'appétit, de plus en plus affirmé dans ce pays, pour la monnaie communautaire. En Europe, les avis demeurent partagés quant aux mérites des emprunts en écus/euros. Beaucoup d'investisseurs rechignent à prendre le risque de change que représente un investissement en écus du fait de la place prise par la livre sterling dans la composition de cette unité de compte. Au Japon, on se montre beaucoup plus sensible aux avantages de la parité de l'écu et de l'euro. La question est d'ordre technique. Il est certainement plus juste de considérer que les vraies monnaies de notre continent préfigurent mieux l'euro que ne le fait l'écu, mais celui qui possède des obligations en francs français, en florins néerlandais ou en deutschemarks sera, le jour venu, confronté au problème de la conversion dans la nouvelle devise. La plus grande émission de ce début d'août a été lancée en dollars pour le compte d'une entreprise de télécommunications, WorldCom, pour un montant total dépassant les 6 milliards. Elle est scindée en plusieurs tranches dont les échéances vont de trois à trente ans. Offerte par l'intermédiaire d'une banque américaine, Salomon Smith Barney, l'opération a été fort bien accueillie aux Etats-Unis où elle est venue à point nommé satisfaire l'attente de nombreux investisseurs qui se détournaient du marché des actions. Les emprunts en circulation émis par des entreprises industrielles et commerciales ont été quelque peu malmenés récemment. Leurs rendements se se sont distanciés de ceux des titres des Trésors publics libellés dans les mêmes monnaies et qui servent de référence. Les nouvelles transactions doivent offrir une rémunération relativement plus attractive que celles apparues il y a quelques mois. Le franc français voit son activité ralentie par la période des vacances, mais contrairement à ces dernières années, il ne se passe pas de semaine sans qu'au moins une nouvelle émission internationale voie le jour. La dernière date de mercredi. Elle a été lancée par l'intermédiaire de Paribas pour le compte d'une des sociétés américaines les plus appréciées, General Electric Capital Corporation, pour un montant de 1,2 milliard et une durée de treize ans. Son taux d'intérêt est de 5 % l'an et le prix auquel étaient initialement vendues les obligations situait leur rendement à 0,23 point de pourcentage au-dessus du Trésor français. L'affaire a été une vraie réussite. Elle s'est placée non seulement en France mais pour une part non négligeable dans les pays voisins. Une transaction de 1 milliard de deutschemarks et d'une durée de douze ans a beaucoup retenu l'attention, notamment parce que sa direction était assurée par une banque française : le Crédit agricole Indosuez, en association avec d'autres établissements du mouvement coopératif qui, ensemble, forment le groupe Unico. Ces banques resserrent leurs liens dans la perspective du marché commun des capitaux. L'émetteur, KfW, est un établissement allemand de tout premier plan. CHRISTOPHE VETTER 1 PLACEMENTS ET MARCHES BOURSES ETRANGERES Les Bourses américaine et européennes sont parvenues à limiter la baisse MORIO JOEL LES MARCHÉS ont fait preuve d'une grande nervosité cette semaine. Près de quinze jours après les déclarations du président de la Réserve fédérale américaine, Alan Greenspan, prévoyant une "une correction significative" de la Bourse américaine, les investisseurs se sont enfin rappelés que "les arbres ne montent pas au ciel". Après avoir réagi relativement sereinement à la chute du yen lundi 3 août, les boursiers ont pris brusquement conscience que la crise financière asiatique allait avoir un impact sur l'économie américaine et sur les profits des entreprises. Mardi, l'indice Dow Jones a chuté de 3,4 % en clôture, son plus fort recul depuis le début de l'année. Les jours suivants, la Bourse américaine a regagné une partie de ses pertes. Cependant, les opérateurs ont fait preuve d'une grande fébrilité : le Dow Jones a alterné entre la hausse et la baisse lors des séances de mercredi et de jeudi. Vendredi, la Bourse de New York a ouvert la séance en nette reprise pour terminer sur une hausse timide de 0,24 %. Le marché a été rassuré par la publication d'un taux de chômage de 4,5 % en juillet aux Etats- Unis, inchangé par rapport au mois de juin. L'économie n'a créé que 66 000 emplois, le nombre le plus faible de créations d'emplois sur un mois depuis janvier 96. Cependant, ce mauvais résultat s'explique en partie par la grève chez General Motors. Surtout, ces chiffres ont agréablement surpris Wall Street, qui tablait sur 50 000 créations d'emplois au plus et sur une légère augmentation du chômage à 4,6 %. Au Japon, le moins que l'on puisse dire, c'est que les premiers pas du nouveau gouvernement n'ont pas convaincu les marchés. Les déclarations faites par Kiichi Miyazawa, le ministre des finances, à la fin de la semaine dernière sur l'inefficacité des interventions des banques centrales pour soutenir le yen ont eu des effets désastreux. Lundi, la monnaie japonaise a chuté pour atteindre son plus bas niveau depuis plusieurs semaines. Cette dégringolade a entraîné la Bourse de Tokyo, qui a reculé de 1,31 % en une seule séance. Vendredi, c'est le discours d'investiture du nouveau premier ministre japonais, Keizo Obuchi, qui a déçu les opérateurs. Le Nikkei a cédé 0,30 %, alors que le marché avait progressé pendant presque toute la séance. Keizo Obuchi a concentré sa déclaration de politique générale sur les réductions d'impôts (plus de 6 000 milliards de yens). Il a également promis un collectif budgétaire de plus de 10 000 milliards de yens. Mais le marché attendait des détails sur le plan de sauvetage du système bancaire entériné par le gouvernement cette semaine. Sans mesures promptes, le marché aura beaucoup de mal à se redresser durablement. "Les actions japonaises seront instables la semaine prochaine, en raison de la faiblesse continue du yen contre le dollar", prédit Yasuo Ueki, analyste pour Nikko Securities. INCERTITUDES Coincées entre les soubresauts de Wall Street et les incertitudes sur la situation japonaise, les places boursières européennes ont eu du mal à se redresser, même si la conjoncture économique sur le Vieux Continent apparait mieux orientée qu'ailleurs. Outre-Rhin, les investisseurs ont suivi l'évolution de Wall Street pas à pas. Toutefois, bon nombre d'entre eux restent persuadés que la Bourse allemande atteindra des nouveaux sommets d'ici à la fin de l'année. Ragaillardis par les bonnes perspectives du nouvel ensemble réunissant les contructeurs automobiles Daimler et Chrysler, l'indice DAX a clôturé vendredi en nette hausse. La Bourse de Londres est elle aussi parvenue à finir cette semaine mouvementée sur une note positive. Toutefois, après cinq séances d'affilée de baisse, cette hausse reste fragile. Les opérateurs attendent la semaine prochaine les statistiques sur l'emploi, les salaires moyens et le rapport trimestriel de la Banque d'Angleterre sur l'inflation. Ce dernier devrait donner une idée de l'évolution de la politique monétaire de la banque centrale dans les mois à venir. A Paris, l'indice CAC 40 a affiché vendredi sa plus belle progression depuis près de trois semaines. Cependant le marché aura eu, ces derniers jours, bien du mal à s'affranchir des influences étrangères. Lundi, la dégringolade des places asiatiques a fait plonger l'indice vedette de près de 2 %. Mercredi, le recul du Dow Jones a entraîné le CAC 40 dans une baisse équivalente. Il est revenu pour la première fois depuis le 20 mai en dessous de la barre symbolique des 4 000 points. Il existe des causes spécifiquement françaises pour que la Bourse de Paris reprenne son souffle après sa spectaculaire progression enregistrée depuis le début de l'année. Dans leur dernière lettre mensuelle, les analystes de la société de Bourse Gilbert Dupont dressent une liste de facteurs qui devraient encore peser sur le CAC 40 pendant le mois d'août : "L'absence d'informations nouvelles en provenance des sociétés, la réduction des volumes d'échanges qui ont été ces derniers mois une composante importante de la hausse des cours, la brutalité de certaines réactions aux publications semestrielles qui illustre une nervosité du marché. Enfin, on peut craindre que les gérants ne s'attachent à préserver leur exceptionnelle performance engrangée au premier semestre, ce qui limitera leurs initiatives." JOEL MORIO 1 PLACEMENTS ET MARCHES MATIÈRES PREMIÈRES Nouveau recul du blé PETIT CAROLE PRIS DANS L'ÉTAU des bonnes perspectives de récolte et du ralentissement du commerce des pays d'Asie, les prix du blé, sur le Chicago Board of Trade, viennent de toucher leur plus bas niveau depuis huit ans. Le petit grain doré fait grise mine, en ce début d'août, en ne s'affichant plus qu'à 247 cents le boisseau. Cet effondrement n'est pas une surprise : le mouvement de glissade avait commencé depuis plusieurs mois. Les pays occidentaux commencent à craindre sérieusement que la tourmente asiatique ne mette leurs économies en danger. Aux avant-postes, les matières premières sont un bon indicateur. Les grandes céréales en font partie, et leur témoin s'est mis au rouge du côté de l'Orient. L'incertitude se développe et le Conseil international des céréales (CIC) estime qu'elle continuera à peser sur les exportations de céréales. Les dévaluations successives de leurs monnaies poussent les acheteurs asiatiques à chercher des fournisseurs moins chers proposant en outre des conditions de crédit avantageuses. Quand ils ne laissent pas en suspens, comme l'a fait la Chine, une commande de 1,5 million de tonnes de céréales. De leur côté, les producteurs attendent de bonnes récoltes. En juin, la FAO annonçait un niveau record de 1,911 milliard de tonnes de la production céréalière globale 1998-1999 dans le monde, de quoi largement couvrir la consommation et reconstituer les stocks de sécurité. Les Etats- Unis, selon le Département américain à l'agriculture (USDA), obtiendront 65,14 millions de tonnes de blé, et 244,87 millions de tonnes de maïs. Chiffres que confirme le CIC, qui y ajoute les récoltes de blé de la Chine (117 millions de tonnes), de l'Inde (66,5 millions) et de la Russie (39,5 millions). Quant à l'Union européenne, elle devrait engranger 93,1 millions de tonnes de blé, en hausse de 6 % sur la précédente récolte. La France ne sera pas en reste, avec une production record de céréales à paille (hors maïs et sorgho) de 49,1 millions de tonnes, dont 35,8 millions de blé. Mais les céréaliers français, rendus moroses après le relèvement du taux de jachère dans l'UE, ne peuvent changer d'humeur devant cette durable baisse des cours. CAROLE PETIT DOC AVEC UN GRAPHIQUE "COURS DU BLE A CHICAGO" 1 PLACEMENTS ET MARCHES Vers une hausse des taux allemands ? Les marchés obligataires ont continué à progresser, cette semaine, profitant à la fois de l'accès de faiblesse des Bourses occidentales et des inquiétudes persistantes à propos de la situation en Asie. Dans ce contexte difficile, les gestionnaires, privilégiant la sécurité, ont acheté des emprunts d'Etat. En France, le rendement de l'obligation assimilable du Trésor (OAT) à dix ans est tombé les taux baissent quand le cours des titres monte à un plus bas niveau historique de 5,69 %. Les opérateurs ne semblent guère s'inquiéter d'un possible resserrement de la politique monétaire allemande, évoqué par l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) dans son rapport annuel sur l'Allemagne publié jeudi 6 août. "Comme l'activité devrait s'accélérer dans la zone euro, un nouveau relèvement des taux directeurs de la part de la Bundesbank pourrait être nécessaire en cours d'année mais il ne devrait pas être de grande ampleur", estime l'OCDE. 1 PLACEMENTS ET MARCHES La faiblesse du yen et du yuan inquiète les marchés financiers La déclaration d'investiture du premier ministre japonais a reçu le soutien du département américain du Trésor, mais pas celui du marché des changes. La crise asiatique commence à se répercuter sur les bénéfices des sociétés américaines DELHOMMAIS PIERRE ANTOINE La semaine a été marquée, sur les marchés financiers internationaux, par les accès de faiblesse conjugués de Wall Street et de la devise japonaise. Les opérateurs boursiers commencent à s'inquiéter des conséquences, pour la croissance économique américaine, d'une crise asiatique à laquelle ils ne voient pas d'issue. Les promesses de baisse d'impôts faites par le nouveau gouvernement japonais n'ont pas suffi à les rassurer. Les tensions en Asie, aggravées par la dégradation de la situation économique en Chine qui fait planer la menace d'une dévaluation du yuan, continuent à bénéficier aux marchés obligataires occidentaux. Les taux d'intérêt à long terme poursuivent leur décrue, atteignant des plus bas niveaux historiques : à Paris, ils ont atteint un nouveau plancher à 4,65 %, vendredi 7 août. Les investisseurs prêtent peu d'attention à l'éventualité d'un resserrement de la politique monétaire en Allemagne. LES EFFORTS déployés pour endiguer les effets de la crise asiatique semblent vains. Le discours de politique générale prononcé, vendredi 7 août, par le nouveau premier ministre japonais Keizo Obuchi (lire aussi page ) a été occulté par la rumeur d'une dévaluation du yuan chinois. Celle-ci s'est propagée après l'annonce d'une dévaluation de 7 % du dong vietnamien. La première crise monétaire en juillet 97 a démontré que lorsqu'une digue cède (la crise a débuté par la dévaluation du bath thaïlandais), les flots peuvent tout entraîner sur leur passage. Conséquence : le yen a chuté à 146,24 yens pour un dollar à un demi-yen de son plus bas historique de 146,75 yens, le 16 juin, qui avait entraîné l'intervention de la Réserve fédérale américaine (Fed), et le démenti opposé par la Banque populaire de Chine n'a pu enrayer la baisse. ESSOUFFLEMENT DE L'ACTIVITÉ Auparavant, la tension avait gagné les marchés internationaux d'actions. Le 4 août, à Wall Street, l'indice Dow Jones a abandonné 3,4 %. Les opérateurs occidentaux seraient-ils en train de découvrir que l'Asie traverse, depuis plus d'un an, une grave crise économique et financière ? Ils s'inquiètent tout à coup des conséquences négatives que celle-ci pourrait avoir sur la croissance aux Etats-Unis et, par contrecoup, sur les profits des entreprises et le niveau de Wall Street. La publication d'une série d'indicateurs économiques, outre-Atlantique, a souligné le ralentissement de l'activité. L'indice composite des indicateurs avancés, censé préfigurer l'évolution de la conjoncture dans les six mois à venir, a reculé de 0,2 % en juin. Il s'agit de son deuxième recul consécutif, ce qui ne s'était plus vu depuis 95. Vendredi 7 août, le département du travail américain a révélé que l'économie américaine a créé 66 000 emplois en juillet, le résultat le plus faible depuis deux ans. Ce chiffre est principalement dû à la grève chez General Motors. Au total, le chômage touche 4,5 % de la population active. Dans son enquête de conjoncture Livre beige, la banque centrale américaine a souligné l'essoufflement de l'activité. "Des pénuries de main-d'oeuvre, des retards de livraison et la faiblesse persistante des économies asiatiques ont commencé à tempérer la croissance dans certaines régions", écrit la Fed. Avant d'ajouter que "la baisse des prix des matières entrant dans la fabrication des produits et la concurrence intense" expliquent "la stabilité des prix à la consommation". Difficile de tirer une leçon monétaire précise de ce constat économique qui laisse ouverte la voie à une hausse des taux sans pour autant exclure leur baisse. La réponse réside sans doute dans l'évolution de la crise asiatique. Le nouveau gouvernement japonais a annoncé une baisse des impôts supérieure à 6 000 milliards de yens (250 milliards de francs) destinée à relancer la consommation intérieure, dont celle des ménages qui a baissé de 1 % en juin, pour la huitième fois consécutive; la production automobile, de son côté, a plongé de 8,4 % en juillet. Le directeur de l'Agence de planification économique (EPA), Taichi Sakaiya, a reconnu lundi que l'objectif d'une croissance de 1,9 % pour l'année en cours est irréaliste. Le produit intérieur brut (PIB) ne devrait pas progresser de plus de 0,5 % et pourrait même se contracter de 0,5 %. Le gouvernement japonais a aussi tenu à clarifier sa politique de change. Après avoir affirmé, vendredi 31 juillet, que la parité du yen devait être déterminée par les performances économiques du Japon et non par des manipulations gouvernementales, le ministre des finances, Kiichi Miyazawa, a fait marche arrière en précisant que "des fluctuations perturbatrices des marchés doivent être corrigées, sinon une économie de marché ne peut fonctionner normalement". Ce mouvement a été peu apprécié à Pékin, où les autorités craignent qu'une nouvelle dépréciation du yen, en détériorant la compétitivité des produits chinois, n'aggrave les difficultés économiques du pays. Des efforts "ardus" seront nécessaires pour permettre à la Chine d'atteindre cette année son objectif de croissance de 8 %, a déclaré lundi le premier ministre chinois, Zhu Rongji, qui, pour la première fois, a employé le mot de déflation. Ces déclarations alarmistes ont pesé sur toutes les devises asiatiques. Prenant le contrepied des jugements très sévères portés sur le Japon, l'agence de notation Standard and Poor's (S&P) s'est déclarée optimiste sur les perspectives économiques et financières dans l'Archipel, confirmant au passage les notes attribuées aux dettes à long terme et à court terme du pays. Elle a justifié sa décision par "la position créancière extérieure extrêmement forte" du Japon, qui dispose d'un solde net d'actifs étrangers de 1 000 milliards de dollars environ, le plus élevé dans le monde. L'agence met aussi en avant l'excédent gigantesque de la balance des comptes courants nippons (environ 100 milliards de dollars par an) et le niveau exceptionnel de liquidités (les réserves de la Banque du Japon s'élèvent à 200 milliards de dollars). Malgré la récession et le coût élevé de la restructuration du secteur financier, S&P estime que la tendance de fond de l'économie japonaise sur le long terme est une croissance de 1 à 2 % par an. Les investisseurs occidentaux, qui ne cessent de déplorer la mauvaise santé de l'économie nippone, auraient-ils vraiment à se réjouir de son redressement rapide ? La faiblesse des rendements proposés aujourd'hui dans l'Archipel pousse les investisseurs japonais à acquérir des titres étrangers, et notamment des obligations américaines. Dans le cas où le marché nippon redeviendrait plus attractif, les Etats-Unis et l'Europe ne pourraient plus compter sur cet afflux de capitaux, gage de taux d'intérêt très bas. PIERRE-ANTOINE DELHOMMAIS DOC AVEC UN GRAPHIQUE "plus bas historique", Taux de l'emprunt d'état francais a dix ans 2 AUJOURD'HUI MONTAGNE L'ALPINISTE FRANCAIS ERIC ESCOFFIER EST PORTE DISPARU DANS L'HIMALAYA Un palmarès impressionnant 82 : avec son compagnon de cordée Daniel Lacroix, Eric Escoffier enchaîne dans la journée la directe américaine et le pilier Bonatti au Dru. 83 : il enchaîne la voie américaine à l'aiguille du Fou en 3 h 30, la voie Decamp-Cordier à la pointe Lépiney en 3 heures et le pilier Cordier au pic de Roc en 2 h 45. Il gravit à la suite et en solitaire, sur le versant italien du mont Blanc, le grand pilier d'Angle par la voie Bonatti-Zapelli puis le pilier central du Freney, avant de redescendre par l'éperon de la Brenva. Le tout en 21 heures. 84 : il gravit en une journée le Dru et les Grandes Jorasses. 85 : il réalise en hivernale la voie slovène aux Grandes Jorasses, en 13 heures. En avril, il enchaîne en solo et en moins de 24 heures l'éperon Croz et l'éperon Walker des Jorasses. En moins d'un mois, il réussit dans l'Himalaya l'ascension du Gasherbrum 2 (8 035 m), de l'Hidden Peak (8 068 m) et du K2 (8 611 m), où il perd son compagnon de cordée Daniel Lacroix. 86-1987 : il tente la trilogie hivernale (faces nord de l'Eiger, du Cervin et des Grandes Jorasses) en même temps que l'autre alpiniste français du moment, Christophe Profit. Ils échouent tous les deux. L'année suivante, Eric Escoffier abandonne en raison du mauvais temps, Christophe Profit réalise l'exploit en quarante-deux heures. En septembre, Eric Escoffier gravit en solitaire le Shishapangma (8 046 m). 96 : ascension du mont McKinley (6 4 m), point culminant d'Amérique du Nord, et du Kilimandjaro (5 895 m), en Afrique. 97 : ascension de l'Aconcagua (6959 m), plus haut sommet d'Amérique du Sud, et du Cho Oyu (8 201 m), son cinquième 8 000, le premier depuis son accident. 2 AUJOURD'HUI SCIENCES Une pierre sur la piste du mythique roi Arthur LE HIR PIERRE C'EST UNE PIERRE grise, plate comme une dalle, en forme de trapèze de 50 centimètres sur 35. En scrutant sa surface, on peut déchiffrer, parmi d'autres inscriptions, les huit lettres du mot "Artognov". Peut-être, en bas latin, le nom d'Arthur, le légendaire roi des Bretons. La découverte a été effectuée, début juillet, par une équipe d'archéologues fouillant les ruines du château de Tintagel, sur les hauteurs du plateau de Cornouailles, à la pointe sud-ouest de l'Angleterre. Dans ces mélancoliques décombres battus par les vents, datant du VIe siècle et étudiés depuis les années 30, certains ont cru trouver les vestiges du célèbre camelot de la littérature arthurienne. La récente trouvaille, annoncée par English Heritage, l'organisme gouvernemental chargé de la conservation du patrimoine britannique, les renforcera dans leur conviction que le mythique suzerain des chevaliers de la Table ronde a bel et bien existé. Les experts archéologiques se montrent pourtant plus circonspects. "Cette découverte apporte une nouvelle pierre au débat sur la possibilité de l'existence d'un vrai roi Arthur sur laquelle la légende serait fondée", estime l'un des responsables d'English Heritage, Geoffrey Wainwright. Plus prudent encore, Kevin Brady, de l'université de Glasgow, qui dirige les fouilles, se garde bien d'établir un lien entre le nom gravé dans la pierre et le personnage légendaire, même s'il juge la coïncidence assez "excitante" intellectuellement. Les historiens espèrent néanmoins faire parler la pierre et, grâce à elle, combler une des nombreuses lacunes de l'histoire du château de Tintagel. Certains pensent que ce site aurait été, après la fin de l'occupation romaine, le siège d'un commandement royal ou de haut rang, en tout cas une place "d'une grande importance". Kevin Brady en est persuadé. Arthur aurait lui-même été un chef militaire, dont la renommée aurait pu être établie par ses succès contre les envahisseurs saxons. Mais l'existence d'un roi Arthur n'a pas été formellement établie. On trouve pour la première fois mention d'un personnage de ce nom, vainqueur d'une douzaine de batailles, dans l'Historia Britonum de Nennius, au début du IXe siècle. Au XIIe siècle, l'évêque gallois Geoffroy de Monmouth lui réserve une place de choix, dans son Histoire des rois de la Grande- Bretagne. Mais c'est avec le Roman de Brut de l'écrivain anglo- normand Wace, composé au milieu du XIIe siècle, et, surtout, l'oeuvre de Chrétien de Troyes, que la thématique arthurienne prend son véritable essor. Ceux que les enchantements de Merlin, les amours d'Arthur et de la douce Guenièvre, les exploits de Lancelot et de Perceval ont fait rêver voudront voir, dans la pierre de Tintagel, le chaînon manquant entre la légende et l'Histoire. Il est, cependant, douteux que les archéologues aient trouvé le Graal. PIERRE LE HIR 2 AUJOURD'HUI SCIENCES Le satellite solaire SOHO sort de son silence BARTHELEMY PIERRE IL S'ÉTAIT tu. Il parle à nouveau. Le 25 juin, ceux qui le dirigeaient depuis la Terre avaient eu le temps de comprendre qu'ils perdaient le contrôle du satellite d'observation du Soleil SOHO (Solar and Heliospheric Observatory) mais qu'il était probablement sauf (Le Monde du 7 juillet). Depuis, silence radio. Une enquête a déjà montré que l'incident était dû à une succession d'erreurs contenues dans les commandes envoyées par le Goddard Space Center de la NASA, dans le Maryland. En répondant à ces ordres erronés, SOHO s'est désorienté par rapport au Soleil, ce qui a eu pour conséquence de décharger très vite sa petite batterie. Même si cette sonde scientifique américano-européenne, lancée en décembre 95 et opérationnelle depuis avril 96, avait parfaitement rempli sa mission de deux ans, des astrophysiciens désiraient être alimentés en données pendant encore plusieurs années, afin de percer un certain nombre de mystères qu'alimente toujours notre étoile. Ils rêvaient de le voir survivre jusqu'au prochain pic d'activité solaire, prévu pour 2001-2002. UNE CHANCE EN SEPTEMBRE Leur espoir pourrait ne pas être vain. Mardi 4 août, la cellule de crise mise en place par l'Agence spatiale européenne (ESA) et la NASA a reçu du satellite quelques bribes de signaux durant entre deux et dix secondes. Malgré leur intermittence et l'absence d'informations émanant des instruments de mesure, ces signaux prouvent que l'engin est encore capable de recevoir des commandes et d'y répondre. "C'est un excellent signe, s'est enthousiasmé Joe Gurman, un des responsables scientifiques de la mission SOHO. Cela signifie que le coeur de la sonde bat toujours et renforce notre optimisme quant à la possibilité de rétablir les opérations scientifiques. Notre prochaine étape, qui a déjà débuté, consistera à poursuivre le délicat processus de reprise de contrôle de l'engin. Nous allons tenter, dans un proche avenir, de commencer les transmissions de données de façon à évaluer l'état dans lequel il se trouve." Enorbite autour du point de Lagrange, un coin d'espace situé à 1,5 million de kilomètres de la Terre, où l'attraction de notre planète et celle du Soleil s'annulent, la sonde avait été localisée le 23 juillet grâce au couplage de deux radiotélescopes américains. Les informations recueillies montraient que SOHO tourne lentement sur lui-même, à la vitesse approximative d'une révolution par minute. Malheureusement, l'axe de rotation est tel que les panneaux solaires ne sont à aucun moment dirigés vers notre étoile, ce qui a empêché le rechargement de la batterie après l'incident du 25 juin. La dernière chance de SOHO consiste dans le fait que le point de Lagrange se déplace lui aussi autour du Soleil. Comme la Terre, où les saisons se succèdent selon l'angle d'incidence des rayons solaires, le satellite américano-européen va bientôt connaître sa "saison ensoleillée". D'après les calculs des ingénieurs de l'ESA et de la NASA, cette période favorable arrivera fin septembre. Les panneaux solaires de SOHO devraient alors être suffisamment bien orientés pour permettre à la batterie de se recharger. Si les liaisons ont bien été rétablies d'ici là et si le satellite n'a pas subi trop de dommages notamment en raison du froid, il récupérera assez d'énergie pour se réorienter et reprendre le travail. En revanche, si la manoeuvre échoue, les conditions de sauvetage deviendront par la suite de moins en moins favorables. Sans compter que SOHO, dont la trajectoire n'aura pas été corrigée depuis plusieurs mois, risque à terme de sortir de son orbite. Pour se perdre à tout jamais. PIERRE BARTHELEMY 2 AUJOURD'HUI MONTAGNE L'alpiniste français Eric Escoffier est porté disparu dans l'Himalaya Avec sa compagne de cordée, Pascale Bessière, il tentait l'ascension du Broad Peak, un sommet de 8 047 mètres situé dans la chaîne du Karakorum au Pakistan. L'espoir de retrouver vivants les deux grimpeurs est quasiment nul PEREIRA ACACIO MONTAGNE L'alpiniste français Eric Escoffier et sa compagne de cordée, Pascale Bessière, sont portés disparus depuis le mercredi 29 juillet sur les pentes du Broad Peak (8 047 mètres), au Pakistan. Les deux grimpeurs se trouvaient alors à un peu plus de 7 800 mètres d'altitude, sur l'arête qui mène au sommet. HIMALAYISTE CONFIRMÉ, Eric Escoffier avait déjà atteint cinq des quatorze sommets de plus de 8 000 mètres. Il s'était fait connaître dans les années 80 comme spécialiste de l'enchaînement des voies les plus difficiles des Alpes. UN ACCIDENT DE VOITURE, en 87, l'avait rendu partiellement hémiplégique. SURMONTANT son handicap, il avait, depuis 96, gravi les points culminants d'Afrique, d'Amérique du Nord et du Sud, ainsi qu'un autre sommet himalayen de plus de 8 000 mètres et avait entrepris de compléter son brillant palmarès. L'ALPINISTE français Eric Escoffier et sa compagne de cordée, Pascale Bessière, sont portés disparus depuis le 29 juillet sur les pentes sommitales du Broad Peak (8 047 mètres) dans la chaîne du Karakorum, au Pakistan. Eric Escoffier s'était fait connaître du grand public, dans les années 80, en réalisant des premières remarquées dans les Alpes, devenant l'un des spécialistes des enchaînements des voies les plus difficiles du massif. Un parcours interrompu pendant près de dix ans après un accident de voiture qui le laisse partiellement hémiplégique du côté gauche. Surmontant son handicap, il envisageait de parcourir d'ici l'an 2000 les quatorze sommets de plus de 8 000 mètres, les sept montagnes les plus hautes de chaque continent ue inclus) et d'atteindre les deux pôles (le Monde du avril). Il a déjà derrière lui cinq succès sur des plus de 8 000, dont le Cho Oyu, le premier gravi après son accident. Arrivés au camp de base du Broad Peak le jeudi 16 juillet, Eric Escoffier, Pascale Bessière et Jean-François Lassalle, le troisième membre de la cordée, sont partis le jeudi suivant, après une semaine d'acclimatation, pour tenter la voie normale de ce sommet himalayen. Le mauvais temps qui sévit alors sur la chaîne du Karakorum ralentit leur progression. Mardi 28 juillet, à la faveur d'une accalmie, ils décident de tenter l'assaut final. Les trois alpinistes sont alors à 6 500 mètres, dans un camp intermédiaire installé entre le camp 2 et le camp 3. Il leur reste encore plus de 1 500 mètres de dénivelé. Une véritable gageure qu'Eric Escoffier espère réaliser dans la journée malgré son handicap. "Nous sommes donc partis sans gaz ni duvet, avec seulement un peu de nourriture et de quoi boire", a confié au Monde Jean-François Lassalle, joint à Skardu, dans le Cachemire, où il attend de pouvoir regagner la France. "LE PLUS DUR ÉTAIT DEVANT NOUS" Le jour se lève quand la cordée atteint le camp 3 à 7 400 mètres, où se trouvent des grimpeurs polonais qui envisagent de faire le sommet le lendemain. "Le vent soufflait très fort et par rafales", se souvient Jean-Francois Lassalle. Obligés de faire la trace dans une neige fraîche et profonde, les alpinistes français avancent avec difficulté. Il est 13 h 30 lorsqu'ils atteignent 7 700 mètres, en dessous du col du Broad Peak. "Je me suis dit qu'il était trop tard pour faire l'aller-retour dans la journée, raconte Jean-François Lassalle. Le plus dur était encore devant nous. Nous nous sentions fatigués. Mais Eric et Pascale m'ont dit qu'ils voulaient continuer un peu, au moins jusqu'au col. J'ai préféré redescendre. Nous étions convenus de nous retrouver au camp 3." Revenu à 7 400 mètres, Jean-François Lassalle attend ses compagnons de cordée, avant de s'endormir, épuisé, à l'abri d'une tente. "Je me suis réveillé dans la nuit. Eric et Pascale n'étaient toujours pas là. A 4 heures du matin, les Polonais ont quitté le camp pour le sommet. J'espérais qu'ils les repéreraient". A 10 h 30, le 29 juillet, alors qu'ils sont à une centaine de mètres du col, les Polonais aperçoivent effectivement Eric Escoffier puis Pascale Bessière. Les deux alpinistes, qui sont encordés, progressement lentement. Trop lentement. "Ils ont passé une nuit en haute altitude sans matériel de bivouac, dans une minuscule grotte creusée à même la glace où ils pouvaient seulement tenir assis", rapporte Jean-François Lassalle. Arrivée au col, la cordée polonaise ne voit plus les deux Français qui auraient pourtant dû se trouver à l'attaque de l'arête sommitale. Leurs traces se perdent dans le rocher. À en croire Eric Marguerite, un jeune alpiniste français de dix-huit ans membre de l'expédition polonaise, la cordée française "ne pouvait pas avoir disparu du champ de vision des Polonais si elle était toujours dans la voie". Informé de la situation, Jean-François Lassalle décide alors de redescendre au camp intermédiaire, à 6 500 mètres. Le lendemain il retourne au camp 3, y passe la nuit et y dépose un sac de couchage, du gaz et de la nourriture, en espérant que ses compagnons de cordée retrouvent le chemin du retour. Puis il redescend au camp de base, où il attend encore trois jours avant de partir pour Skardu. Qu'est-il arrivé à Eric Escoffier et Pascale Bessière ? Selon un membre de l'expédition polonaise, l'alpiniste français a vraisemblablement été déséquilibré par une rafale de vent sur l'arête sommitale, emportant dans sa chute sa compagne de cordée. Ils auraient alors basculé sur le versant chinois du Broad Peak. L'espoir de retrouver vivants les deux alpinistes est quasiment nul. Voilà maintenant plus de douze jours qu'ils se trouvent quelque part sur les flancs de la montagne, sans matériel de bivouac ni de quoi se nourrir, à une altitude où le manque d'oxygène et le froid polaire ne laissent guère d'espoir de survie. Les autorités pakistanaises ont promis d'envoyer un hélicoptère pour tenter de repérer les deux Français. Samedi matin, le vent interdisait toujours le survol de la zone. ACACIO PEREIRA DOC : AVEC CARTE : " L'un des 14 sommets de plus de 8000m " 2 AUJOURD'HUI MONTAGNE L'ALPINISTE FRANCAIS ERIC ESCOFFIER EST PORTE DISPARU DANS L'HIMALAYA Un homme de défis Né à L'Arbresle, près de Lyon, Eric Escoffier devait fêter son trente-huitième anniversaire, dimanche 9 août. Installé à Chamonix, père de deux enfants, il a arpenté les voies les plus difficiles des Alpes, avant de se tourner vers l'Himalaya. Il a impressionné ses pairs par ses ambitions parfois démesurées, ses réussites exemplaires et, surtout, sa force de caractère. Après un grave accident de voiture dans les gorges de l'Arly (Haute-Savoie) en septembre 1987, qui le rend partiellement hémiplégique du côté gauche, les médecins le considèrent comme perdu pour l'alpinisme. Mais, à force de rééducation et de volonté, il reprend le chemin des cimes en 96 et se lance un défi fou : accrocher à son palmarès les quatorze sommets de plus de 8000 mètres, les plus hautes montagnes de chaque continent et les deux pôles. Son rêve devait s'achever en juin 2000 avec l'ascension de l'Annapurna, pour le cinquantenaire de la première victoire sur un 8000 mètres : celle de la cordée française Maurice Herzog-Louis Lachenal. 3 AUJOURD'HUI LES RÉINCARNATIONS AUTOMOBILES 3 - La Volkswagen New Beetle tente de séduire les nostalgiques Le marketing du passé fait de bonnes affaires NORMAND JEAN MICHEL VOLKSWAGEN n'a certes pas inventé le "marketing de la nostalgie". Depuis le début de la décennie, de jolis roadsters petits deux-places sportifs, un genre automobile complètement oublié sont venus enrichir la gamme de Mazda, BMW, Fiat, Porsche, Mercedes ou MG. L'arrivée prochaine d'une nouvelle Mini comme le retour de Harley-Davidson et des scooters Vespa confirment que l'évocation du passé est une affaire qui marche. Un retour en arrière revisité, qui n'oublie ni le confort ni la technologie. Freinage ABS, air conditionné, chaîne stéréo laser, airbags en nombre et sièges avec réglage lombaire sont disponibles. Il n'en demeure pas moins que Volkswagen est sur le point de réussir un "coup" parmi les plus spectaculaires, surtout auprès des 35-55 ans. Chez cette catégorie d'âges à fort pouvoir d'achat et à influence grandissante au sein de la société civile, le discours nostalgique fait vibrer une corde particulièrement sensible. En février, lors du lancement de la New Beetle, les dirigeants de Volkswagen se sont défendus de viser une génération particulière d'acheteurs, affirmant s'adresser "à tous les gens optimistes". Le discours publicitaire de la nouvelle Coccinelle ( "si vous avez perdu votre âme dans les années 80, voilà l'occasion de la racheter") dément avec humour le discours officiel. La concurrence s'active, elle aussi, à raviver le souvenir des années 60-70, devenues synonymes d'un idéalisme perdu. Les constructeurs font revivre des stars disparues. Ainsi, aux Etats- Unis, Mercedes recrée le show télévisé d'Ed Sullivan pour lancer la Classe M et, en Europe, Ford met en scène Steve MacQueen au volant de la Puma. Les constructeurs mettent également à contribution quelques standards de la pop music. Sly and the Family Stone défendent les couleurs de Toyota et les Who celles de Ford. Les vétérans du rock sont aussi très demandés en dehors de l'automobile. Les Rolling Stones arrivent en tête du hit- parade publicitaire (Start Me Up pour Microsoft, Brown Sugar pour Pepsi), devant l'omniprésent Elton John (AT&T) et les Bee Gees (Intel). Le I Feel Good de James Brown est un chant à la gloire du laxatif Senokot. Les résultats semblent probants. Le boom des ventes qui a suivi l'apparition, en 94, d'une réplique (en plastique) de la fameuse petite bouteille arrondie, a surpris les experts de Coca-Cola. "Les baby-boomers les plus âgés sont quinquagénaires et ils luttent contre le processus de vieillissement avec la même énergie qu'ils déployaient pour manifester contre la guerre, notait Business Week, en mars. Les services de marketing jouent sur l'attrait des produits nostalgiques pour apaiser les blessures du temps qui passe, faire en sorte qu'ils se sentent toujours jeunes." De ce côté de l'Atlantique, ce courant n'est sans doute pas aussi porteur, mais il paraît en plein essor. En France, où chaque anniversaire de Mai-68 ressemble un peu plus à une commémoration, il suffit de jeter un coup d'oeil aux rayons d'électroménager pour voir les réfrigérateurs et les robots de cuisine s'arrondir dans un style très kitsch. Les marchands de bonbons réinstallent leurs bassines de fraises Tagada, la "génération Nutella" est interpellée, les séries-culte télévisées font grimper l'Audimat et le Solex redevient à la mode. Le Trivial Pursuit est, évidemment, pourvu d'une édition spéciale "Baby-Boomer". Mais qu'attend donc Citroën pour lancer une nouvelle 2CV ? JEAN-MICHEL NORMAND 3 AUJOURD'HUI LES RÉINCARNATIONS AUTOMOBILES 3 - La Volkswagen New Beetle tente de séduire les nostalgiques Fiches techniques Volkswagen Coccinelle (1948) Longueur : 4,05 mètres. Poids : 725 kilos. Motorisation : quatre cylindres à plat 1 131 cc (25 chevaux). Prix actuel : à partir de 000 francs New Beetle (1999) Longueur : 4,10 mètres. Poids : 1 200 kilos. Motorisation : de 1,8 à 2 litres (90 à 0 chevaux). Prix : à partir de 110 000 francs (lancemement début 99). 3 AUJOURD'HUI LES RÉINCARNATIONS AUTOMOBILES 3 - La Volkswagen New Beetle tente de séduire les nostalgiques Premières livraisons début 99 en France Les amoureux de la Coccinelle vont avoir un choc, au début de l'an prochain, lorsque les premières New Beetle débarqueront sur les routes de France. La nouvelle Volkswagen conserve l'équilibre général de son aînée, avec une ligne de pavillon en arc de cercle, des ailes très galbées et des marchepieds joliment suggérés. Contrairement à la "Cox", elle tient parfaitement la route et, sans être dotée d'un caractère sportif, offre de bonnes reprises. En Europe, trois motorisations (1,8 litre et 2 litres essence ainsi qu'un 1,9 litre TDI de 90 ou 100 chevaux) sont prévues. En attendant une version plus puissante et, sans doute, un cabriolet, Volkswagen compte produire plus de 120 000 New Beetle dès l'an prochain, dont 50 000 pour l'Europe et 8 000 pour la France. Le tarif devrait débuter autour de 110 000 francs et les premières livraisons intervenir au premier trimestre. 3 AUJOURD'HUI LES RÉINCARNATIONS AUTOMOBILES 3 - La Volkswagen New Beetle tente de séduire les nostalgiques Ce modèle est une résurgence artificielle mais séduisante de la célèbre Coccinelle, modèle le plus fabriqué de l'histoire NORMAND JEAN MICHEL LA NEW BEETLE, attendue en Europe en 99, est une création artificielle. Ce n'est pas un nouveau modèle populaire (elle sera vendue plus de 110 000 francs) mais une voiture clin-d'oeil, aux antipodes du concept d'origine de la Volkswagen de 38, le modèle le plus fabriqué de l'histoire de l'automobile. Variation moderniste sur un thème sexagénaire, la New Beetle répond pourtant à une attente, comme en témoigne la frénésie qui, depuis le printemps, entoure son lancement aux Etats-Unis. Cette création, qui doit plus aux services marketing qu'aux ingénieurs des bureaux d'étude, cultive la propension des baby-boomers, génération nombreuse et à fort pouvoir d'achat, à verser dans la nostalgie et l'autocélébration. Il serait sans doute injuste de s'en tenir à ce froid constat, car la New Beetle est l'un des modèles qui apporte le plus d'émotion dans le monde automobile actuel. Elle fait réagir. La nouvelle Volkswagen s'appuie sur le mythe américain de la Beetle, qui a permis à la fameuse Volkswagen, produite à plus de 21 millions d'exemplaires, de s'émanciper de ses sombres origines. Ce sont ses utilisateurs qui ont créé sa légende et lui ont inventé des noms : Scarabée (KÄfer en Allemagne, Beetle aux Etats-Unis) ou Coccinelle en France. Comme son nom l'indique, la "voiture du peuple" est un projet politique. Dès 33, Hitler convoque Ferdinand Porsche, créateur d'un dynamique bureau d'étude, et lui soumet un projet de voiture populaire capable de transporter une famille de quatre personnes et d'atteindre les 100 kilomètres heure sans excéder le prix de vente totalement irréaliste car ridiculement bas de 1 000 reichsmarks. Le but est clair : permettre à l'ouvrier allemand de s'offrir, comme l'ouvrier américain, une automobile. Ferdinand Porsche s'inspire de ses précédents travaux menés pour Zundapp et NSU. Financé par des fonds publics, le projet Volkswagen avance. Wolfsburg, une usine-ville, est créée ex nihilo pour produire un modèle reconnaissable à son pavillon en demi-lune, dont le moteur à deux cylindres à plat opposés (22 chevaux) et refroidi par air est placé à l'arrière. La mise au point s'effectue dans le plus grand secret (des SS sont chargés des tests d'endurance) et, en mai 38, lors de la pose de la première pierre de l'usine, Hitler annonce que la Volkswagen répondra à la très propagandiste appellation de KdF ( "Kraft durch Freude", "La force par la joie"). Un nom qui sera vite oublié car la guerre éclate et annihile toute velléité de production industrielle d'une voiture civile. En 45, à peine 1 785 exemplaires sortent de ce qui reste des chaînes de montage de Wolfsburg. Peu à peu, le petit scarabée sait se faire apprécier. En 50, on fête son 100 000e exemplaire et le millionième cinq ans plus tard. L'exportation vers les Etats-Unis, entamée timidement en 49, devient importante. Au total, cinq millions d'unités rejoignent les routes américaines, avec une année record de 423 000 livraisons en 68 (voir à ce sujet le livre de Fabien Sabatès et Jacky Morel, La Cox, Massin éditeur). Bon marché et solide, la Beetle est la deuxième, voire la troisième voiture du foyer. Anticonformiste, elle défie les conventions de la production automobile américaine, un tantinet boursouflée. Egalement proposée en coupé et cabriolet Karmann et en minibus Combi, elle est un peu malgré elle happée par l'univers hippie et communautariste. Les autres constructeurs européens les Japonais n'ont pas encore percé ne savent comment concurrencer la VW, qui n'est pourtant pas exempte de défauts. L'insonorisation est sommaire et la tenue de route déconcertante, car tout le poids repose sur le train arrière. Juchée sur ses roues, la Cox ne manque pourtant pas de charme mais, vaincue par les normes de sécurité et de pollution, sa carrière s'interrompt aux Etats-Unis et en Europe à la fin des années 70. La production n'est plus assurée que dans l'usine de Puebla, au Mexique, qui continue aujourd'hui encore de fabriquer le Sedan Classico. Depuis plus de dix ans, on croyait la Coccinelle installée dans son rôle de voiture passée à la postérité et résolument extravagante, capable de se "customiser", de se transformer en bateau pour franchir le détroit de Messine, de décoller dans les airs ou de voir s'entasser trente-six étudiants pour établir un nouveau record. Erreur. Ce n'est pas seulement pour rendre hommage à Ferdinand Porsche son grand-père que Ferdinand Piëch, le PDG de Volkswagen, a décidé de lancer la New Beetle. Au plus bas sur le marché américain (pas plus de 1 % des ventes) en 93, VW compte prendre une nouvelle dimension avec sa nouvelle Coccinelle, présentée sous forme de prototype-ballon d'essai au Salon de Detroit en 1994. Cette voiture, fabriquée au Mexique et réalisée sur la base de la Golf (un modèle qui ne s'est jamais imposé aux Etats-Unis), est une réussite conceptuelle autant qu'esthétique. Elle reprend l'allure générale de son ancêtre quitte à se contenter de deux places à l'arrière mais avec beaucoup d'élégance. Les surfaces vitrées sont généreuses, le raccordement des éléments de carrosserie est impeccable et l'habitacle est à la fois original (on retrouve le compteur rond à grosses aiguilles et les poignées de maintien d'antan) et confortable. En fin de compte, le style high-tech prend le pas sur les références rétro, au risque de donner une allure de beauté froide à la New Beetle, qui, par ailleurs, présente une habitabilité mesurée, peu d'espaces de rangement et un coffre guère accessible. Il n'empêche que cette madeleine de Proust pour baby-boomers, d'inspiration plus californienne qu'allemande, s'est forgé d'emblée un incroyable capital de sympathie. Quiconque apparaît à son volant sera immanquablement sollicité par des anonymes enthousiastes, avides d'en savoir plus sur un modèle qui leur rappelle tant de choses. Grâce à la New Beetle, des inconnus partagent leurs impressions, comparent leurs appréciations et échangent des souvenirs. Aujourd'hui, quelle autre voiture contemporaine peut en dire autant ? JEAN-MICHEL NORMAND DOC : texte avec deux photos portant la légénde " La new Beetle, ci-dessous, reprend avec beaucoup d'élégance l'allure générale de son ancêtre. " 4 LE CARNET DU VOYAGEUR GRANDE-BRETAGNE. Bass Hotels & Resorts ouvrira en septembre, dans le centre de Londres, son premier hôtel Crowne Plaza. Situé sur New Bridge Street, près du pont Blackfriars, cet établissement de 203 chambres sera proche de la City mais également de la Tate Gallery, qui doit ouvrir ses portes en l'an 2000. FRANCE. Le département du Bas-Rhin propose une brochure trilingue (français, allemand, anglais) suggérant 22 itinéraires aux adeptes du tourisme à vélo, débutants ou chevronnés, amateurs de balades d'un jour ou de grandes randonnées. Quatre types de parcours sont présentés dans cet ouvrage : deux itinéraires transversaux nord/sud, quatre itinéraires ouest/est, un circuit de découverte de Strasbourg et quinze circuits en boucle de 80 à 100 km. La brochure est disponible auprès des offices du tourisme et syndicats d'initiative de la région et, moyennant une participation de F pour l'affranchissement, en s'adressant à l'Agence de développement touristique du Bas-Rhin, 9, rue du Dôme, 67000 Strasbourg, tél. : 03-88-15-45-88. AUSTRALIE. Le 26 octobre, la compagnie Qantas mettra en place trois vols hebdomadaires directs au départ de Paris Roissy-Charles-de-Gaulle (terminal 1) vers Sydney via Singapour. Ces vols en 747-400 décolleront tous les mardis, jeudis et samedis à 23 h 30, les vols en provenance d'Australie arrivant vers 6 h 30 ces mêmes jours. C'est la première fois, depuis mars 95, qu'un appareil de la compagnie Qantas atterrira à Roissy. Festival de Salzbourg Katia Kabanova chante et pleure les amours prolétaires Christoph Marthaler et Sylvain Cambreling donnent à Salzbourg une vision belle et terrifiante de l'opéra de Leos Janacek. Dans un décor d'immeuble défraîchi où tous les protagonistes peuvent s'observer, intérieur et extérieur se confondent en un spectacle minéral LOMPECH ALAIN OPÉRA La version de Katia Kabanova offerte à Salzbourg sert brillamment cette oeuvre terrible du compositeur tchèque Leos Janacek (1854-1928). Christoph Marthaler évite toute gratuité scénique, et les musiciens, dirigés par Sylvain Cambreling, touchent à la perfection. SUPERPRODUCTION très attendue, la création du Mahagonny de Bertolt Brecht et Kurt Weill déçoit, en revanche. Très loin de son esprit de transgression, le chef d'orchestre, Dennis Russel Davies, dirige au pied de la note et sans imagination. Le talentueux metteur en scène Peter Zadek semble, quant à lui, avoir perdu sa verve, sa poétique du noir. PRÈS DE 4 000 PERSONNES travaillent, l'été, à la bonne marche du Festival de Salzbourg, qui a accueilli en 97 plus de 242 000 spectateurs et qui rapporterait des recettes supplémentaires de 1,25 milliard de francs dans l'Autriche entière. SALZBOURG de notre envoyé spécial Leos Janacek est sans aucun doute le plus grand compositeur lyrique de ce siècle par l'abondance de son legs, par la qualité littéraire, poétique, philosophique et humaine de ses propres livrets, adaptés de grands écrivains, par la qualité de sa musique, qui réussit la fusion de l'intonation vocale et musicale, du savant et du populaire. Ce compositeur ne cherche pas, qui plus est, à mettre le mélomane dans sa poche, meilleur rempart contre le vérisme, le wagnérisme, le voyeurisme. Il ne cherche jamais à s'emparer de notre esprit : sa musique ne s'insinue pas dans notre inconscient, ne s'y tapit pas, prête à revenir à la mémoire quand bon lui semble. Ses oeuvres n'ont ni passé ni futur. Chaque fois, on les redécouvre avec le même émerveillement, la même émotion. Katia Kabanova serait son chef- d'oeuvre. Mais l'on est tenté de le dire de chacun de ses opéras au moment précis où on les écoute. Katia Kabanova est pourtant une histoire terrible, inspirée de La Tempête, d'Ostrovski, présentée cet été à Avignon. Une vieille peau, bigote et cupide (Kabanicha), écrase son fils (Tichon) et sa bru (Katia). Katia, qui se devine surveillée, ose aimer un orphelin (Boris), soumis au pouvoir de son oncle (Dikoj) jusqu'à sa majorité s'il veut toucher l'héritage de ses parents. Katia avoue sa liaison à son mari et à sa belle-mère. Le seul pouvoir de Katia est de pouvoir mettre fin à ses jours quand Boris accepte d'être envoyé au loin sans elle. PAPIERS PEINTS PISSEUX Les mises en scène, les interprétations musicales habituelles donnent à Kabanicha et à Katia une primauté qui concentre l'action sur l'affrontement des deux femmes. Le rôle de Kabanicha est souvent confié à une chanteuse vocalement sur le retour, dont l'outrance physique et les hurlements ont leurs adeptes. Christoph Marthaler, Sylvain Cambreling et les chanteurs de cette nouvelle production remettent les choses à plat. Pour commencer, il y a un décor unique : la cour d'un immeuble défraîchi, avec ses hautes façades percées de fenêtres typiques de l'Europe de l'Est, ses poubelles, ses chaises rouges en plastique. A travers les fenêtres, on aperçoit des lustres, des pièces vides ou habitées. A ce réalisme du détail s'oppose l'irréalité de cette cour, dont le rez-de- chaussée est l'intérieur à ciel ouvert d'un appartement aux murs recouverts de papiers peints pisseux, celui de gauche s'ouvrant sur une chambre hideuse... La décoratrice Anna Viebrock et Christoph Marthaler ont réuni là tout ce que la production de masse a inventé de laid depuis la révolution industrielle. Comme dans les spectacles des Deschiens, les objets disent l'appartenance à une classe sociale. Les costumes sont identiques à ceux portés par les Deschiens : Nylon, polyester, Tergal, imprimés à fleurs. Intérieur/extérieur : on ne sait jamais vraiment où l'on est dans cette mise en scène. Mais l'on sait toujours où l'on en est. Les murs sont si fins que les protagonistes voient, entendent tout ce qui se passe chez leurs voisins. Certains se mettent aux fenêtres pour mieux profiter du spectacle, pour mieux écouter. Un vieux reste assis dans la cour- appartement, témoin lourd, inquiétant. Cour-appartement-jardin- place publique où tout se dit, se joue, se noue, se dénoue avec une absence de gratuité scénique remarquable. Chaque geste, chaque regard compte. Il y a bien des danses déglinguées esquissées par les jeunes quand les vieux sont absents ou regardent ailleurs. Elles pourraient déranger. Mais ces jeunes, justement, ne dansent, ne s'émancipent qu'en dehors du champ de vision des vieux. Il y a bien aussi cette fontaine dont l'eau jaillit quand le vieux Boris éjacule précocement sur la vieille Kabanicha, qui l'a attiré dans son lit. Mais l'on rit. Tout à l'heure, elle rejaillira avec plus de majesté. Au fond du jardin, Katia et Boris s'aiment. L'idée est belle et efficace d'avoir rajouté deux choeurs pris dans une version ultérieure de l'opéra pour les faire chanter a cappella entre les actes... Dans l'un des appartements que l'on aperçoit au deuxième étage de l'immeuble, les chanteurs tournent le dos au public comme s'ils improvisaient pour eux-mêmes, comme cela se fait encore dans certaines régions d'Europe. On reste ainsi dans la vie, et cela évite un tomber de rideau qui détruirait l'unité musicale et dramatique de ce spectacle minéral. Ce qui s'impose finalement dans cette production exemplaire, c'est que le travail de Marthaler rejoint la musique du compositeur, son absence de scolastique, ces déflagrations soudaines de cuivres, ces bois agrestes, son atmosphère parfois évocatrice sans être jamais descriptive. La nature, la vie, la musique ne sont pas de la poésie, mais peuvent donner cette impression. SONORITÉ SOYEUSE ET RAUQUE Les chanteurs sont parfaits. Il est impossible de séparer leur travail musical de leur travail scénique. Mieux, il est impossible de séparer leur travail de l'oeuvre elle-même. Sylvain Cambreling, qui connaît cette musique depuis ses années bruxelloises au Théâtre de la Monnaie, dirige la Philharmonie tchèque, dont la sonorité, si indéfinissable (soyeuse et rauque à la fois ?), traverse les décennies sans changer. Il n'y a rien à dire devant une telle perfection musicale. Si ce n'est qu'il n'y a aucune star sur le plateau, que le public de Salzbourg lui fait un accueil triomphal auquel choeur, orchestre et chanteurs prennent part pour distinguer la Katia d'Angela Denocke. Marie sublime l'été dernier dans Wozzeck, d'Alban Berg, dirigé par Claudio Abbado et mis en scène par Peter Stein, Katia inoubliable cette année au côté d'une Kabanicha pour une fois bien chantante. ALAIN LOMPECH KATIA KABANOVA, opéra de Leos Janacek. Avec Henk Smit (Dikoj), David Kuebler (Boris), Jane Henschel (Kabanicha), Hubert Delamboye (Tichon), Angela Denocke (Katia)... Orchestre philharmonique tchèque. Choeur philharmonique slovaque de Bratislava. Sylvain Cambreling (direction). Christoph Marthaler (mise en scène). Anna Viebrock (décors et costumes). Olaf Winter (lumières). Thomas Stache (chorégraphie). Stéfanie Carp (dramaturgie). Kleines Festspielhaus, le 6 août. DOC : texte accompagné d'une photo Festival de Salzbourg Les murs trop lisses de la ville de Mahagonny SCHMITT OLIVIER SALZBOURG de notre envoyé spécial L'attente de certains spectacles aide à naviguer sans hargne dans les saisons ordinaires. Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny, l'une des nouvelles productions à l'affiche du festival de Salzbourg cette année, était de ces promesses qui, pensait-on, récompenseraient le mélomane des désillusions subies ici ou là tout au long de l'hiver musical international. On ne compte pas la somme des talents réunis sur la scène du Grosses Festspielhaus, qui tous devaient concourir à l'achèvement de la soirée. Hélas ! A l'issue d'une représentation longue comme un jour sans pain, force est de s'avouer vaincu. Rien ne va dans cette superproduction totalement inadaptée au caractère impossible de l'ouvrage de Brecht et Weill, critique radicale de l'utopie d'une cité paradisiaque. Le choix du Grosses Festspielhaus est peut-être le premier piège qu'il aurait fallu éviter. Certes, Mahagonny est un opéra dont l'écriture appelle un effectif musical, vocal et théâtral important. Son immersion dans l'immensité du Grosses Festspielhaus est pourtant une trahison d'emblée irrémédiable : la dimension du lieu appelle une grandiloquence qui ne sied pas à l'ouvrage. D'abord parce que, pour attirer le client, il faut aussitôt convoquer sur la scène des stars du chant propres à rassurer les responsables de la billetterie. Où l'on retrouve Gwyneth Jones, aussi weillienne qu'une Walkyrie, dont les intonations, le vibrato à la retraite sonnent le tocsin d'une distribution homogène dans sa médiocrité. La remarque vaut aussi par Catherine Malfitano, Jenny toute en vulgarité, sans poésie ni désarroi. C'est justement ce chant-là, cet opéra romantique du XIXe siècle, que Weill s'est employé à subvertir en écrivant Mahagonny. Et le voilà qui resurgit à l'endroit précis où on ne veut pas l'entendre. Au premier acte, Jerry Hadley fait illusion dans le rôle de Jimmy, puis perd son chant bien avant la fin de l'ouvrage. INDIGNE DE SES AMBITIONS Le chef américain Dennis Russel Davies est évidemment l'un des responsables de cet échec. D'une baguette assurée, il déporte la partition vers une Californie "new age", lisse, bronzée, en pleine forme, qui n'évite aucun des pièges tendus par Kurt Weill. Quand celui-ci s'interroge avec sérieux, certes, mais avec cet esprit de Berlin prompt à toutes les transgressions, sur les formes baroques (canon, fugue, choral, récitatif...) ou classiques, Davies dirige au pied de la note, sans imagination, sans jamais de risque, voyageant dans l'histoire de la musique sans vouloir entendre dans sa propre fosse les saxophones, qu'il fait sonner comme des clarinettes basses, ou la batterie, qui a ici des accents de timbales. Quand, au deuxième acte, Weill installe sur le plateau un orchestre de bal censé rythmer la scène des déchaînements érotiques, Dennis Russel Davies nous donne à entendre une formation d'hôtel chic, sans intention, sans feeling, inexistante... Dans ce contexte musical, le talent habituel du metteur en scène Peter Zadek n'y peut mais. A la peine, il échoue à inventer une forme appropriée au lieu. Dans les beaux, trop beaux décors, de Richard Peduzzi fanstasme de ville américaine provinciale de briques, de murs, de portes en fer, de néons sur fond de ciel immense, il mène l'action dans le respect scrupuleux des didascalies de Brecht, mais sans éviter les chausse-trapes induites par l'occupation d'une aire trop grande. Il multiplie les actions secondaires dont la charge provocante est éculée ainsi un étalage de chairs féminines à l'obscénité niaise doublée d'une scène de fornication lesbienne qui ne pourra émouvoir que les érotomanes octogénaires... Quand il ne sait plus que demander à ses chanteurs, Peter Zadek les confie à une chorégraphe indigne de ses ambitions : moquer les Chorus Lines de Broadway, pourtant bien plus habiles à la manoeuvre. Il y a bien quelques moments qui portent la marque de Zadek particulièrement ces trois silhouettes d'un père, d'une mère et de leur enfant qui se préparent, immobiles, à subir les assauts d'un typhon qui épargnera la cité de tous les rêves inaboutis... Mais le metteur en scène paraît avoir perdu sa verve, ses méchancetés narquoises, cette poétique du noir, jusque-là sa marque, qui paraissait si bien convenir à l'approche de l'ouvrage. Si Mahagonny devait être repris à Salzbourg, on rêverait de l'entendre à Perner Insel, par exemple, cette usine transformée en théâtre où le rapport entre le public et les oeuvres est immédiat. Il faudrait aussi qu'il soit servi par une distribution qui réunisse des chanteurs-diseurs, peut-être recrutés en dehors du sérail purement classique. Si on tient absolument à confier l'orchestre à un Américain, il vaudrait mieux chercher du côté de New York, dans les clubs, et retrouver un peu du swing qui est l'âme de l'Amérique populaire, ce continent qui fit rêver Kurt Weill tandis qu'à Berlin commençait de souffler un vent mauvais. OLIVIER SCHMITT GRANDEUR ET DÉCADENCE DE LA VILLE DE MAHAGONNY, de Bertolt Brecht et Kurt Weill. Mise en scène : Peter Zadek. Décors : Richard Peduzzi. Costumes : Norma Moriceau. Lumières : Dominique Bruguière. Chorégraphie : Verena Weiss. Dame Gwyneth Jones (Léocadia), Catherine Malfitano (Jenny), Jerry Hadley (Jimmy), Roy Cornelius Smith (Fatty), Wilbur Pualey (Moïse), Udo Holdorf (Jacob), Harry Peeters (Joe), Toby Spence (Tobby)... Orchestre symphonique de la radio de Vienne, choeur de l'Opéra de Vienne, Dennis Russell Davies (direction). Winfried Maczewski (chef des choeurs). GROSSES FESTSPIELHAUS, les 12, et 25 août, à 20 heures. 0 F à 2200 F. Tél. : (00) 43-662-80-45-01. Festival de Salzbourg Les chiffres et les lieux d'un rendez-vous hors pair LOMPECH ALAIN SALZBOURG de notre envoyé spécial Le Festival de Salzbourg, c'est bien évidemment une programmation musicale, lyrique et théâtrale de premier plan, mais c'est aussi un lieu et des personnes. Gérard Mortier, le directeur artistique de cette institution, est connu, mais il ne travaille pas seul. Helga Rabl-Stadler est présidente du comité directeur, au sein duquel on trouve Hans Landesmann, directeur de l'administration et directeur artistique des concerts, et Ivan Nagel, le nouveau directeur du théâtre qui a succédé à Peter Stein. 93,3 % DE REMPLISSAGE Cent soixante-dix-huit permanents travaillent toute l'année pour un festival qui emploie près de 4 000 personnes, l'été venu. En 97, 2 948 étaient à comptabiliser du côté artistique, et 805 dans l'administration. La même année, le festival dura du juillet au 31 août et accueillit 242 761 spectateurs et auditeurs, dont 75 % de visiteurs étrangers. Le taux de remplissage des salles était de 93,3 %. Neuf opéras, 4 pièces de théâtre, 67 concerts, totalisant 4 manifestations publiques, rapportèrent une recette de 296 millions de schillings, soit environ 0 millions de francs sur un budget qui atteint approximativement le double. L'argent public apporté au festival sous forme de subventions directes s'est élevé à 65 millions de francs environ, accordés par l'Etat, la région et la ville. Si l'on ajoute au produit de la vente des billets l'argent du mécénat et des recettes tirées de la location des salles et des droits de retransmission (radio et télévision), l'autorentabilité de la manifestation se sera élevée à 74 %, si l'on se réfère à un document publié par le festival lui-même. Une étude officielle de la chambre économique de Salzbourg a par ailleurs calculé que le festival entraînait des recettes supplémentaires de 2,5 milliards de schillings (1,25 milliard de francs) dans l'Autriche entière. Si la Grosses Festspielhaus (2 179 fauteuils), inauguré en 60, est connu pour sa laideur et pour avoir l'une des scènes les plus larges du monde (110 mètres avec les dégagements latéraux, et 32 mètres d'ouverture utile sur la salle), la Kleines Festspielhaus (1 324 places assises et 60 debout), plus ancien, a été plusieurs fois remanié. TOIT AMOVIBLE En 37, cette salle a été reconstruite parallèlement à la montagne sur laquelle s'appuie le palais du festival. Son acoustique est excellente, et il est le lieu rêvé pour présenter les opéras de Mozart. Partageant le même hall d'entrée, la Felsenreitschule a été construite à l'emplacement d'une carrière d'où l'on aura extrait la pierre qui servit à la construction de la cathédrale toute proche. Cette salle à ciel ouvert a un toit amovible qui permet d'y jouer les jours de pluie. Elle compte 1 549 places. Le Festival de Salzbourg utilise d'autres salles et d'autres lieux : la place de la cathédrale, où se joue Jedermann, de Hugo von Hofmannsthal, depuis 20 (2 111 places assises); la cour de la résidence (780 places), protégée de la pluie, elle aussi, par un toit amovible; la Perner-Insel Hallein, une grande halle construite sur un site classé qui servait encore, il y a peu, à la transformation du sel; le Landestheater; la salle de concert de la célèbre école du Mozarteum, et le Lehrbauhof, une école appartenant à l'Association de formation professionnelle du bâtiment, qui sert de lieu pour certaines répétitions d'opéras et, parfois, de salle de concerts et de spectacles. Pierre Boulez y a dirigé un concert symphonique, et Peter Sellars y a présenté sa mise en scène des Perses, de Sophocle. ALAIN LOMPECH 6 "Les Noces de Figaro" traitées en opéra-comique MOULINIER PIERRE SAINT-CÉRÉ (Lot) de notre envoyé spécial Le château de Castelnau dresse sa puissante silhouette au-dessus du bassin de Saint-Céré. Des jeunes gens en costume XVIIIe siècle accueillent le public. Ils chanteront les choeurs un peu plus tard. Dans l'espace qui sert de loge en plein air, s'affinent les derniers maquillages, les figurants discutent autour des tables. La cour du château, ses hauts murs et ses donjons menaçants, en paraît toute humanisée. Les musiciens arrivent, eux aussi en tenue d'époque. La représentation peut commencer. Avec Les Noces de Figaro, Olivier Desbordes présente le premier volet d'un diptyque sur le libertinage (le second est Manon), dans cette époque prérévolutionnaire où la liberté est à l'ordre du jour. Pour mieux faire sentir le poids politique de l'oeuvre, il a remplacé les récitatifs de Da Ponte par des extraits de la pièce de Beaumarchais. Le librettiste avait édulcoré son adaptation pour satisfaire la censure impériale. Le texte initial est plus percutant et rejoint l'esprit de Mozart. Va pour l'esprit. Mais la lettre ? Transformer Les Noces de Figaro en un opéra-comique, mêler le français à l'italien est une opération casse-cou. Ici, sur le fil du rasoir, ça marche. Les dialogues sont bien en situation, ils ne sont pas envahissants. Les enchaînements avec la musique se déroulent correctement. Les capacités théâtrales des chanteurs sont plus inégales. La plupart ont des intonations, des ports de voix qui ne sont pas de comédiens. La mise en scène, alerte, aide aux liaisons entre le parlé et le chanté. Olivier Desbordes privilégie le rapport au public. Il le prend à témoin, l'introduit dans l'action. Un peu facile, mais efficace. Et les spectateurs, contents de comprendre ce qui se passe (ce n'est pas fréquent à l'opéra) et d'être mis dans le coup, adhèrent. Musicalement, l'entreprise est périlleuse. Surtout pour l'orchestre, placé au fond de la scène. Le chef, Joël Suhubiette, doit accompagner des chanteurs qui lui tournent le dos, ce qui favorise les décalages avec le plateau. L'Ensemble Ostinato, composé de jeunes instrumentistes en formation, fait preuve de vivacité, sinon toujours de justesse. Les titulaires des rôles principaux n'ont pas, eux, l'excuse de l'inexpérience. François Harismendy (Le Comte) n'est à l'aise ni vocalement, ni scéniquement. Marie-Paule Dotti (La Comtesse) possède un timbre chaleureux, mais son vibrato est trop marqué et elle dramatise ses deux airs à l'excès. Franck Leguérinel est un Figaro bien sonnant, avec des basses un peu faibles. Deux découvertes : Patricia Fernandez, Chérubin craquant, et Gersende Florens, qui chante joliment Barberine. La confirmation vient d'Isabelle Poulenard, cantatrice surtout cantonnée dans le baroque. Elle mène sa voix avec adresse, et ses qualités musicales s'épanouissent dans le personnage de Suzanne. PIERRE MOULINIER LES NOCES DE FIGARO, de Mozart. Avec Isabelle Poulenard (Suzanne), Franck Leguérinel (Figaro), François Harismendy (Le Comte), Marie-Paule Dotti (La Comtesse), Patricia Fernandez (Chérubin), Fabienne Masoni (Marcelline), Jean-Claude Sarragosse (Bartolo), Eric Vigneau (Basile), Gersende Florens (Barberine), Boris Grappe (Antonio), Choeurs du festival, orchestre Ostinato, direction Joël Suhubiette, mise en scène Olivier Desbordes, en collaboration avec Sylvie Ottin, décors, costumes, lumières Patrice Gourdon. FESTIVAL DE SAINT-CÉRÉ : château de Castelnau, les 8, 10, 13 août, à h 30. Prix : de 120 à 260 F. Tél. : 05-65-38-28-08. 6 Festival de la Roque d'Anthéron La plénitude "conjugale" de Franz Liszt et France Clidat ROUX MARIE AUDE LA ROQUE-D'ANTHÉRON de notre envoyée spéciale A force de répéter qu' "on ne présente plus France Clidat", il faut dire simplement que cette grande dame du piano n'est plus assez présente sur les scènes françaises. La Roque, au mépris des coteries du temps, n'hésite pas à donner à France Clidat la place qui lui revient dans le paysage du piano contemporain. C'est donc à Liszt, et à Liszt exclusivement us et coutumes obligent, qu'est consacré ce récital centré sur l'Italie. Le second cahier des fameuses Années de pèlerinage (vécues en compagnie de Marie d'Agoult) marque pour Liszt un double accomplissement, celui de l'artiste et de l'homme de chair. Il est d'ailleurs cocasse que ce recueil, qui convie les grandes figures picturales et poétiques italiennes, culmine dans les visions infernales de Dante : simple manifeste esthétique ou prémonition d'une descente aux enfers matrimoniaux ? France Clidat s'avance vers le piano comme s'il était de son salon. Et l'on sent vite à quel point la musique de Liszt est ici en familiarité. Il émane de cette artiste une force et une tranquillité qui produisent un état de détente et de réceptivité assez inhabituel. On pourra se dire qu'on a entendu Liszt plus finement nuancé, ou bien encore plus éclatant de panache et de virtuosité, mais un Liszt plus profondément humain, authentique, certainement pas. Il y a chez France Clidat comme une plénitude quasi "conjugale" avec le compositeur qui fait du bien. VISION DE LA MATURITÉ Si l'émotion contenue du spozalizio semble corroborer la vision sacrale du Mariage de la Vierge peint par Raphaël, le marbre sombre et tragique du Penseroso de Michel-Ange est traité avec un vrai sens de la déclamation. Il y a même, avec la Canzonetta del Salvator Rosa, comme un tutoiement qui s'instaure, que les trois Sonnets de Pétrarque ne démentiront pas. Le phrasé est naturel, sans ports de voix : c'est un piano qui chante comme pour soi-même, privilégiant couleurs et résonances, legato et poésie. Mais c'est vraiment avec la Dante Sonata que la sûreté du jeu de France Clidat prend toute sa dimension. Des portes de l'Enfer aux visions des tortures infernales que traverse le chant salvateur d'amour adultérin !, la pianiste se fait maître d'oeuvre. Point d'héroïsme paroxystique, point de révolte métaphysique, mais une vision de la maturité qui sait que l'enfer n'est pas forcément de l'autre monde... De la seconde partie du concert au répertoire plus "alimentaire", lequel réclame son tribut en virtuosité, entrain, simplicité, et aussi une belle santé, on retiendra surtout une absence totale de vulgarité. En bis, telle Mazurka de Chopin pleine de fine nostalgie et, surtout, une Malaga de l'Iberia d'Albéniz enchanteront un public peut-être moins nombreux qu'à l'accoutumée, mais, à coup sûr, tout aussi fervent. Il y avait aussi, à l'église de La Roque- d'Anthéron, deux jeunes artistes auxquels le public n'a pas ménagé ses encouragements. Juan Manuel Quintana, gambiste, et Céline Frisch, au clavecin, ont donné de la musique de Bach une vision riche et vivante. Virtuosité, lisibilité et intelligence du texte, souplesse et expression, ces deux-là ont tout pour faire leur chemin : ils savent à la fois se recueillir et danser. MARIE-AUDE ROUX FRANZ LISZT : Les Années de pèlerinage (Italie), Soirées de Vienne no 6 et 7, Venezia e Napoli. France Clidat (piano). Parc de Florans, le 6 août, 21 h 30. JEAN-SÉBASTIEN BACH : Sonates pour clavecin et viole de gambe BWV 1029, 1028 et 1027, Toccata en ré majeur BWV 912, Prélude de la suite no 2 pour violoncelle BWV 1008. Juan Manuel Quintana (viole de gambe), Céline Frisch (clavecin), église de La Roque-d'Anthéron, le 6 août, heures. 6 SORTIR PARIS La nuit de la comédie musicale Dans le cadre de la thématique "Paris vu par... les cinéastes étrangers" que propose la Vidéothèque de Paris jusqu'au 25 octobre, une nuit est consacrée à la comédie musicale. Quatre films américains se déroulant à Paris seront présentés tout au long de la nuit : Les Girls (George Cukor, 57) avec Gene Kelly, Gigi (Vicente Minnelli, 58) avec les acteurs locaux Leslie Caron et Maurice Chevalier, La Belle de Moscou (Rouben Mamoulian, 57) avec les jambes de Cyd Charisse et les pieds de Fred Astaire, et enfin, en apothéose au petit matin, Un Américain à Paris (Vicente Minnelli, 1951), servi par le génie bondissant de Gene Kelly. Petit- déjeuner offert au matin. Vidéothèque de Paris, 2, Grande Galerie, Nouveau Forum des Halles, porte Saint-Eustache, Paris 1er. Mo Châtelet-Les Halles. Le 8 août, à partir de 23 heures. Tél. : 01-44-76-62-00. De 40 F à 60 F pour la nuit. Le Vallenato de Colombie, La Maafia L'Amérique latine et la Martinique sont les invitées de ce troisième bal-concert que le kiosque à musique du parc de La Villette organise chaque dimanche d'été. En première partie, Le Vallenato de Colombie, représentant du chant vallenato, qui donne de l'importance tant à la musique qu'aux paroles. S'il fallait regrouper les airs vallenatos, le merengue et la puya seraient proches, par la rapidité de leur exécution, le son et le paseo, par leur lenteur. Avec, entre autres, Ismaël Rudas (accordéon), Daniel Celedon (chanteur-compositeur), Ariel Avial (caja). En deuxième partie, La Maafia, un orchestre en formation big band dirigé par Jean-Michel Cabrimol : trompette, saxophone, flûte, baryton, trombone, bugle, trois violons, deux guitares, congas, bongos, timbales, piano, basse, batterie, des chanteurs cubains pour entourer les choeurs antillais... Au total, une vingtaine de musiciens colorent un répertoire éclatant de rythmes, inspiré de la musique haïtienne, de la salsa cubaine et des différents rythmes, reflets de cultures musicales variées, du compa, en passant par la salsa, le boléro, la biguine, la mazurka... Parc de la Villette, Paris e. Mo Porte-de-la- Villette. Le 9, à17 h 30. Tél. : 0-803-306-306. Entrée libre. 6 Les éditions Calmann-Lévy renoncent à publier une biographie de François Pinault Les auteurs et l'éditeur étaient liés par un contrat " à option " VAN RENTERGHEM MARION Une enquête menée par deux journalistes, Caroline Monnot du Monde et Pierre-Angel Gay des Echos sur François Pinault, le PDG du groupe Pinault- Printemps-Redoute, propriétaire de la FNAC, rencontre des difficultés de publication. Calmann-Lévy, qui l'avait commandée, a dénoncé le contrat l'unissant aux auteurs, après avoir reçu un manuscrit partiel, en estimant qu'une expertise juridique était nécessaire. DEUX JOURNALISTES, Caroline Monnot du Monde et Pierre-Angel Gay des Echos, se sont vu refuser par Calmann-Lévy, qui la leur avait commandée, la publication d'une enquête sur l'ascension de François Pinault, PDG du groupe Pinault-Printemps- Redoute. Propriétaire du Point et, à hauteur de 2,33 %, l'un des nombreux actionnaires extérieurs du Monde, M. Pinault contrôle aussi, via la FNAC, 20 % à 25 % du chiffre d'affaires de l'édition de littérature générale en France. Signé par les auteurs et l'éditeur en février 96, le contrat "à option" sur simple synopsis donnait la possibilité aux contractants d'annuler à tout moment l'engagement. Sur la base de cet accord, un premier tiers du manuscrit une centaine de pages fut remis (moyennant à- valoir) à Olivier Nora, PDG de Calmann-Lévy, en septembre 97. Publication prévue : février 98. Le 13 octobre, lors d'un déjeuner avec M. Nora, les auteurs disent avoir senti son "inquiétude" lorsque furent évoquées de possibles représailles de la FNAC. En décembre, une brève du Canard enchaîné révèle la parution imminente d'une autre biographie de M. Pinault, également prévue pour février 98, mais, cette fois, sous la plume d'un ami de l'homme d'affaires, Pierre Daix, aux éditions De Fallois. Chez Calmann-Lévy une maison du groupe Hachette, lequel diffuse également De Fallois, personne n'avait été informé de la programmation de cet ouvrage. Selon Olivier Nora, cette parution concurrente aurait impliqué pour lui, en plus de ses "inquiétudes", un changement de stratégie commerciale. "Non seulement le marché n'était pas assez grand pour deux livres sur Pinault, nous explique-t-il, mais cela nous aurait obligés à positionner la nôtre [de publication] plus radicalement comme biographie à scandale, et à amplifier les difficultés." Olivier Nora, le PDG de Calmann-Lévy, assure n'avoir subi "aucune pression" de la part de M. Pinault Le 30 janvier, après avoir remis une deuxième partie du texte, les deux journalistes suscitent un rendez-vous avec l'éditeur et lui proposent d'achever leur ouvrage dans les plus brefs délais, à condition que, de son côté, il en garantisse la publication. Olivier Nora, considérant qu'il ne peut s'engager sur un manuscrit partiel dont certains passages nécessitaient une expertise juridique, dénonce le contrat. Les auteurs s'étonnent que l'examen juridique des premiers chapitres n'ait jamais eu lieu. Du temps avait déjà passé en tergiversations sur le choix de l'avocat. M. Nora jugeait difficile de faire appel à celui de Calmann-Lévy, Me Yves Baudelot, également avocat du Monde où Caroline Monnot est journaliste; l'idée de solliciter Me Georges Kiejman, spécialisé dans les dossiers d'édition, avait été également écartée, l'ancien ministre ayant eu à défendre les intérêts de M. Pinault. Selon les auteurs, l'essentiel des faits "problématiques juridiquement" apparaissait dès les premiers chapitres. Ils contiennent, affirment-ils, "des informations sur les débuts de François Pinault, peu conformes à la légende d'un entrepreneur parti de rien, sur ses anciennes relations avec Jean-Marie Le Pen, sur le réseau de ses sociétés à l'étranger". Olivier Nora réplique : "Les préalables à l'expertise juridique n'étaient pas remplis. J'avais dit que rien ne paraîtrait sans que M. Pinault ait l'occasion de répondre [selon les auteurs, celui-ci aurait annulé au dernier moment un déjeuner prévu depuis plusieurs mois]. D'autre part, les preuves manquaient aux accusations contenues dans les cent premières pages." Le PDG de Calmann-Lévy, qui assure n'avoir subi "aucune pression" de la part de M. Pinault ou de son entourage, précise que "le sérieux de l'enquête menée par Caroline Monnot et Pierre-Angel Gay n'est pas en cause", mais que, "au stade où ils [lui] ont demandé de s'engager sur la publication de l'ouvrage, ce n'était pas jouable". Les deux journalistes, qui sont aujourd'hui sur le point d'achever leur travail, affirment avoir depuis frappé sans succès aux portes du Seuil et d'Albin Michel. Le PDG de Fayard, Claude Durand, a fait savoir, de son côté, que "le sujet ne [l]'intéressait pas". Les auteurs disent "avoir pu analyser la position de force de M. Pinault qui tient entre ses mains, par l'intermédiaire de la FNAC, près du quart du chiffre d'affaires des éditeurs : un titre de moins commandé à la FNAC, c'est ce qui peut faire passer de l'équilibre au déficit". Ils précisent cependant que "rien ne permet d'affirmer que l'homme d'affaires ait exercé une pression quelconque". Les auteurs ne perdent pas l'espoir de voir publier leur manuscrit. Sollicité par Le Monde, M. Pinault, pour sa part, n'a pas souhaité faire de commentaire. MARION VAN RENTERGHEM 6 NOUVEAU FILM LE PLAISIR (ET SES PETITS TRACAS) Film français de Nicolas Boukhrief BLUMENFELD SAMUEL Le titre est emprunté à Max Ophuls, son fonctionnement à La Ronde, un autre film du réalisateur, mais il faut plutôt aller chercher l'inspiration du Plaisir du côté de La Chasse de William Friedkin, un thriller qui se déroulait dans le milieu gay sado-maso dont Nicolas Boukhrief reprend plusieurs principes de narration, et même des scènes entières. Ces références demeurent les seules balises fiables auxquelles le spectateur peut s'accrocher, faute de personnages cohérents et d'un scénario ne dépassant jamais l'idée simplette qu'Eros mène à Thanatos. Le film n'avance que sur une suite d'accidents improbables et qui touchent tous ces personnages s'abandonnant à leur désir : un militaire victime d'une bombe, un homme succombant à une overdose après une nuit dans des boîtes gays, un homosexuel renversé par une voiture, une actrice de porno tombant amoureuse d'un meurtrier et lui demandant de la tuer. Le Plaisir est une menace, nous explique-t-on. Mais, vu la manière dont les personnages sont mis au service de cette thèse, le plaisir peut aussi ennuyer. SAMUEL BLUMENFELD Avec Francis Renaud, Julie Gayet, Vincent Cassel, Mathieu Kassovitz. (1 h 40.) RADIO - TELEVISION NOTRE CHOIX 20.50 France 3 Le Malingot NAKACHE KARINE Lorsque Malingowski, dit Le Malingot, soulage de ses mains de guérisseur une jeune fille blessée à la cheville, son fils, Julien, âgé de onze ans, est très fier de lui. Sept ans plus tard, l'enfant est devenu un jeune homme assoiffé de connaissances. Il décide d'étudier la médecine officielle, et non pas celle pratiquée par son père. Il est alors contraint de quitter le domicile familial. Tiré du roman de Gilbert Schlogel, ce téléfilm réalisé par Michel Sibra déploie magnifiquement les ressorts de la haine-amour qui lient un père et un fils au tempérament et au destin différents. Défendu par des acteurs d'une grande justesse Julien Guiomar dans le rôle du guérisseur, Alexandre Cros dans celui de Julien, Le Malingot cerne l'être humain, ses plaies, ses bosses, ses travers. Et son irrésistible propension à aller au bout de ses convictions. Les risques de la médecine parallèle et les catastrophes qu'elle peut provoquer sont également analysés avec intelligence et sensibilité. KARINE NAKACHE RADIO - TELEVISION NOTRE CHOIX 9.10, 13.00, .00, 21.45 et 1.35 Muzzik Mopiopio, souffle d'Angola Luanda, années 90 LABESSE PATRICK "J'AIMERAIS que les problèmes de guerre qu'on a en Angola se résolvent très vite pour que tous les Angolais qui sont ici [à Lisbonne] puissent rentrer au pays..." Dans un demi-sourire, avec une extrême pudeur, une femme se confie. Comme des milliers de ses compatriotes, elle a fui la tourmente qui déchire son pays, s'est installée au Portugal, "terre d'accueil" aléatoire où il a fallu s'accommoder du racisme et des blessures de l'exil. La musique est une manière de se rapprocher de la mère patrie. Le réalisateur angolais Zézé Gamboa, lui-même installé à Lisbonne, est parti à la rencontre des musiciens qui tissaient ce lien, depuis la capitale angolaise, au début des années 90. Dans les rues et les faubourgs de Luanda, on croise quelques-unes des figures composant alors le paysage musical : le groupe Kituxe, dont la musique jouée avec des percussions et un arc musical prend sa source dans les campagnes, Elias Dia Kimuezu, trente- trois ans de carrière, qui se présente comme "l'amant de la musique angolaise", le surprenant duo Nova Vaga (guitare et scie musicale, appelée "hawaïenne" par Zé Turra, son interprète). Il y a aussi Filipe Mukenga (ses chansons furent reprises par les Brésiliens Djavan et Flora Purim), Nany, Don Caetano, André Mingas... Mingas est le seul à donner (rapidement) quelques clés sur la musique angolaise, évoquant ses cousinages avec celle du Brésil. Une parenté flagrante, notamment dans le semba. On aurait aimé en apprendre plus sur ce rythme père de la samba brésilienne, mais aussi sur toutes les danses (kilapangas, rebitas, kabetulas) et les chants (lamentos) de l'Angola. Semée entre les images ou les témoignages d'un quotidien malmené par la guerre civile, la musique, souvent mal enregistrée, n'est ici pas vraiment mise en valeur. Plus qu'une approche musicale du pays, Mopiopio, souffle d'Angola est un portrait sensible et percutant (certains témoignages sont saisissants) de Luanda au début des années 90. Le film témoin consacré à la richesse de la musique angolaise, lui, reste à faire. PATRICK LABESSE RADIO - TELEVISION NOTRE CHOIX 20.45 RTBF 1 Les Barbouzes SICLIER JACQUES Un magnat de l'armement meurt, laissant en "héritage" à sa veuve des brevets d'armes atomiques, thermonucléaires et bactériologiques. Cinq agents secrets de différents pays cherchent à s'en emparer. Le plus drôle, le plus délirant des films d'espionnage parodiques de Georges Lautner. C'est devenu un classique jusque dans l'interprétation (Lino Ventura, Bernard Blier, Francis Blanche, Jess Hahn, Charles Millot, Mireille Darc...). Comme La Grande Vadrouille de Gérard Oury, on ne s'en lasse pas. JACQUES SICLIER FOOTBALL : en matches avancés de la première journée du championnat de France, Monaco a battu Lorient En matches avancés de la première journée du championnat de France de première division, Monaco a battu Lorient par 2 buts à 1, à Lorient, et Le Havre, à domicile, a concédé un nul (0-0) face à Metz. Le nouveau premier ministre japonais est critiqué jusque dans son propre parti PEDROLETTI BRICE TOKYO correspondance Une pluie de critiques acerbes, venues de l'opposition, de la presse mais aussi de son propre parti, s'est abattue, samedi 8 août, sur le nouveau premier ministre japonais après son discours de politique générale prononcé la veille devant la Diète. Pourtant, Keizo Obuchi aurait difficilement pu promettre plus : le nettoyage des mauvaises créances du système financier; plus de 10 000 milliards de yens de plan de relance; près de 7 000 milliards de yens de réductions fiscales et l'abandon de la loi d'austérité budgétaire, mesures qui étaient réclamées tout à la fois par les marchés, les économistes et les Etats-Unis. L'enthousiasme n'est pourtant pas au rendez-vous. Et la Bourse de Tokyo a terminé en dessous du seuil psychologique des 16 000 points. Sur les chaînes de télévision japonaises, beaucoup moins consensuelles que la presse écrite, les commentateurs s'en donnaient à coeur joie, soulignant le manque d'ardeur du premier ministre et le flou des détails. "Ce sont les bureaucrates qui ont écrit le texte. Il n'y a pas de projet concret", expliquait le commentateur politique Makoto Sako. Ailleurs, on souligne qu'Obuchi n'a pas su convaincre, malgré l'emploi répété d'expressions telles que "mettre en action", "responsabilité" et "détermination". Dans l'opposition, les critiques sont virulentes : Naoto Kan, chef du Parti démocrate, donne 30 points sur 100 au premier ministre, du Parti libéral-démocrate (PLD). Première formation de l'opposition, vainqueur des sénatoriales du 12 juillet, le Parti démocrate est opposé au projet des banques-relais tel qu'il est proposé par le PLD, soupçonné de vouloir une fois de plus protéger ses principaux soutiens financiers. Takako Doi, chef du Parti socialiste, estime que M. Obuchi est au bord du précipice. Même dans les rangs du PLD l'harmonie ne semble pas revenue. La bouillonnante Makiko Tanaka, députée PLD et fille de l'ancien premier ministre Kakuei Tanaka, a jugé que "le discours d'Obuchi manque de force. C'est le début du gouvernement [Obuchi], mais ça ressemble déjà à la fin du cabinet Hashimoto."M. Obuchi aura sans doute du mal à se départir de ce péché originel, qui lui a valu d'être l'élu le moins populaire d'un parti qui, de plus, a été désapprouvé par une consultation électorale. En revanche, l'urgence de la crise plaide en sa faveur. Les éditoriaux de la presse écrite en appellent à la responsabilité de l'opposition. LE TEST DES BANQUES-RELAIS Le PLD mise sur les qualités de conciliateur de M. Obuchi pour faire passer à la Diète, cet automne, les six lois sur les banques-relais. Celles-ci seront un dossier-test d'un double point de vue : politique, car un affrontement avec l'opposition signifierait la fin du cabinet Obuchi et pourrait se conclure par la tenue d'élections législatives anticipées, que craint plus que tout le PLD; et économique, car il s'agit en fait de constituer un cadre pour une mise en faillite "propre" et moins traumatisante, puisque 13 000 milliards de yens de fonds publics seront mobilisés à cet effet des établissements financiers non viables. Que les administrateurs publics, chargés selon les propositions de loi de liquider lesdits établissements, manquent de crever l'abcès, comme le craint le Parti démocrate, et l'économie japonaise s'enfoncera un peu plus dans le marasme. Quant à la mise au placard des lois d'austérité budgétaire et au vote de la loi sur les réductions fiscales, ils ne se feront qu'en 99. Car "le gouvernement devrait envisager de prolonger la session actuelle [du Parlement] au-delà du 7 octobre pour que ces lois soient adoptées d'ici à la fin de l'année", écrit l'éditorialiste du Yomiuri Shimbun. Le temps risque cette fois de manquer au PLD, qui, pour en éluder la responsabilité, a formidablement temporisé dans la gestion d'une crise aux effets longtemps repoussés : ceux du krach immobilier et financier de 91. BRICE PEDROLETTI Lors de sa mise en examen, M. Léotard a refusé de signer le procès-verbal Soupçonné de "blanchiment d'argent", le président de l'UDF s'indigne GATTEGNO HERVE CAMPÉ sur une ligne de défense très dure, le président de l'UDF, François Léotard, a non seulement refusé de s'expliquer sur les faits qui lui sont reprochés, vendredi 7 août, dans le cabinet des juges Eva Joly et Laurence Vichnievsky, mais il n'a pas même voulu signer le procès-verbal de sa comparution. Dénonçant, en son nom, "une mise en scène savamment médiatisée", l'un de ses avocats, Me Jean Veil, a indiqué au Monde, samedi matin 8 août, que ce refus constituait une "manifestation de son indignation". Mis en examen pour "blanchiment d'argent", de même que son plus proche collaborateur, Renaud Donnedieu de Vabres, député (UDF-DL) d'Indre-et-Loire, M. Léotard avait violemment réagi à la présence de journalistes à sa sortie du bureau des juges d'instruction. "Allez vous faire foutre !", a lancé l'ancien ministre de la culture à ceux qui tentaient de l'interroger, allant jusqu'à menacer l'un d'eux en ces termes, rapportés par l'AFP : "Toi, ferme ta gueule ou je te fous mon poing sur la gueule." Accompagné par ses défenseurs, Me Georges Jourde et Jean Veil, il a été entraîné par l'un d'eux, au moment où il s'avançait vers les journalistes. "L'énervement manifesté par François Léotard résultait de ce qu'il s'est senti délibérément humilié par une convocation inutile au palais de justice, alors que la loi prévoit la possibilité d'une mise en examen par lettre recommandée, a précisé Me Veil. Pour lui, cette mesure s'inscrivait dans une mise en scène annoncée par voie de presse, savamment médiatisée." Les avocats ont d'ailleurs tenté, mais en vain, de faire convertir par les juges cette convocation en une mise en examen par courrier. Jeudi, France-Soir et Le Monde avaient annoncé la convocation et la mise examen de MM. Léotard et Donnedieu de Vabres. CONSIGNE DE SILENCE Aucun des deux hommes ne s'est exprimé, depuis, sur les circonstances dans lesquelles l'ancien Parti républicain (PR) rebaptisé Démocratie libérale (DL) avait fait déposer au Luxembourg, en juin 96, 5 millions de francs en espèces, afin de garantir un prêt du même montant, consenti au parti par une coopérative financière italienne, le Fondo sociale di cooperazione Europea (FSCE). Tout au plus ont- ils, via leurs avocats, "contesté les charges" retenues à leur encontre. "M. Léotard n'est soupçonné d'aucun enrichissement personnel, a observé Me Veil. Nous démontrerons qu'il a agi dans l'intérêt du PR, dans la légalité." Egalement mis en examen pour "blanchiment", le maître d'oeuvre du montage italo- luxembourgeois, Serge Hauchart, autre proche de M. Léotard, avait affirmé aux enquêteurs que les 5 millions de francs en espèces provenaient d'une réserve de "fonds spéciaux" du gouvernement, constituée depuis plusieurs années par les dirigeants du PR. Confirmée par l'entourage de M. Léotard, cette version n'explique pas pourquoi l'ancien chef du PR aurait donné pour instruction, avant d'abandonner la tête du parti à Alain Madelin, en juin 1997, de "garder le secret sur le dépôt d'espèces", ainsi que l'a affirmé le directeur financier du PR, Antoine de Menthon. Pour avoir signé le contrat de prêt, ce dernier avait, lui aussi, été mis en examen. Pour avoir respecté cette consigne de silence, M. de Menthon a été licencié du parti, vendredi 7 août. HERVE GATTEGNO Projet d'accord sur les médicaments génériques BEZAT JEAN MICHEL LE GOUVERNEMENT et les organisations représentatives des pharmaciens sont parvenus à "un projet de protocole d'accord global sur la pharmacie d'officine", a annoncé, vendredi 7 août, le ministère de l'emploi et de la solidarité. Ce texte, qui doit être soumis début septembre aux instances délibérantes de ces syndicats "en vue de sa signature", prévoit notamment que les pharmaciens auront le droit de substituer un générique (copie d'un médicament dont le brevet est tombé dans le domaine public) à un autre générique, mais surtout à un médicament de référence (princeps) plus coûteux. Ce droit de substitution, qui leur était jusqu'à présent refusé (sauf urgence), devra être inscrit dans la loi. Le développement de ces produits moins chers affectera la marge financière des vingt-deux mille officines et, en conséquence, le revenu des pharmaciens. Aussi Martine Aubry avait-elle indiqué, le 6 juillet, en présentant ses mesures de réforme de l'assurance-maladie, que la négociation porterait sur "une évolution du système de marge des pharmaciens". Les syndicats de pharmaciens ont déjà accepté le principe d'une réforme de leur mode de rémunération. Selon une estimation du ministère, un développement systématique des génériques à des prix inférieurs de 30 % à ceux des molécules de référence permettrait à l'assurance-maladie de réaliser 4 milliards de francs d'économies. Mme Aubry s'est fixé comme objectif un doublement, d'ici à la fin de 99, de la place de ces médicaments (moins de 5 % du marché aujourd'hui). S'il est admis que les médecins soumis à la pression des visiteurs médicaux des "labos" auront le droit de refuser la substitution, ils devront justifier ce refus. LA SÉCU ET L'UTILITÉ MÉDICALE Ce début d'accord s'inscrit dans le cadre plus large d'une révision de la politique du médicament, un des principaux postes de dépenses de la Sécurité sociale. Mme Aubry a annoncé le lancement, en septembre, d'un "plan triennal" de révision de l'utilité médicale, des prix et des taux de remboursement des quelque six mille médicaments vendus en pharmacie. Elle a prévenu que "cette réévaluation se fera sur la base de critères médicaux (...) afin de renforcer les exigences sanitaires fixées pour l'admission au remboursement". En décidant d'exclure de la liste des médicaments remboursables un produit des laboratoires Pierre Fabre, le Maxepa (Le Monde daté 2-3 août), elle a frappé les esprits dans le monde de l'industrie pharmaceutique. Les experts du gouvernement jugent que cette politique, fondée sur le service médical rendu, va entraîner la restructuration trop longtemps différée, selon eux de ce secteur, qui emploie 85 000 personnes. JEAN-MICHEL BEZAT CINÉMA : Marco Müller, directeur du Festival de Locarno, a annoncé sa démission Marco Müller, directeur du Festival de Locarno depuis 92, a annoncé sa démission, le jour même de l'ouverture de la manifestation tessinoise qui a lieu du 5 au 16 août. Dans un communiqué, le président du festival, Raimondo Rezzonico, affirme que "les tractations avec le directeur reprendront une fois le festival terminé". 2 TELEVISION Une sélection de documentaires France 3 Ernest Hemingway, une bruyante solitude Pierre Guglielmina et Arnaud de Sélignac (1996, 52 min). CADET VALERIE C'est l'un des plus beaux documents de la collection "Un siècle d'écrivains". Découpage et montage sophistiqués, pour une évocation en chassés-croisés qui traverse sans emprisonner cette figure mythique de la littérature du XXe siècle : Ernest Hemingway (1899-1961), écrivain américain né, en tant que tel, dans l'Europe de l'entre-deux-guerres. Cinq voix comme interprètes du tableau Philippe Labro, Philippe Sollers, Jérôme Charyn, Jim Harrison et Henry Villard, compagnon d'armes Hemingway en 18. Débordant la légende et textes à l'appui, aperçus d'un lutteur constamment au plus près de l'action, toujours au bon endroit et au bon moment; esprit enfantin "animalement heureux" pour avoir survécu à l'étouffement d'une éducation puritaine. Les grands espaces, les femmes, la tauromachie, et l'invention de l'omission volontaire dans une écriture sans pathos. Pour mot d'ordre : "La grande chose, c'est de durer, de faire son travail, de voir, d'entendre, d'apprendre et de comprendre. Et écrire lorsqu'on sait quelque chose, et non avant, ni trop longtemps après." VALERIE CADET Diff. : mercredi 12 à 23 h 50. 2 LE MONDE RADIO TELEVISION MULTIMEDIA Une sélection de documentaire Planète Le Temple souterrain du communisme Igor Minaïev (1991, 53 min). HUMBLOT CATHERINE C'est en 35 que Staline inaugure la première ligne du métro de Moscou. Igor Minaïev, réalisateur ukrainien, esquisse un parallèle époustouflant entre l'architecture des stations souterraines et celle des églises, que l'on démolissait au même moment par milliers. En longs et lents travellings, la caméra découvre les voûtes, les marbres, les coupoles, les statues de bronze, les nefs centrales avec leurs bas-côtés. Dans les médaillons, les soldats, les paysans, les sportifs, les écoliers ont pris la place des saints. Ce très étonnant document contemple la beauté mystique des lieux tout en démontant le mythe. Le métro comme substitut du religieux. Des a